mercredi 29 mai 2024
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La révolution douce des couleurs

David Bobée, actuel directeur du Centre dramatique national de Lille, est cofondateur du collectif Décoloniser les arts et a toujours veillé à la visibilité des racisés sur les scènes de théâtre. Aussi, quand il annonce la création, avec son complice à l’écriture, d’un spectacle intitulé Ma couleur préférée, on sait que son spectacle sera politique. Et qu’il aura du sens dans une ville où l’extrême droite et le racisme sont depuis longtemps ancrés dans une part importante de la population.

L’énergie, la générosité et la beauté de Ma couleur préférée font visiblement sauter tous les verrous. Le public, populaire, de tous les âges, applaudit debout et crie son enthousiasme, parfois bruyamment pendant le spectacle. Comment en serait-il autrement ? 

Bousculer les préjugés

Grâce aux vidéos projetées et au décor qui déplie habilement ses pop-up, l’expérience sensorielle vécue par le public est stupéfiante. Par tous les publics, puisque la représentation était adaptée en langue des signes française, avec une intégration inédite de la traductrice sur scène, comme un personnage muet mais très dansant. Les trois acteurs Steven Lohick Madiele NgondoShade Hardy Garvey Moungondo et Orlande Nataeli Zola, d’origine congolaise, passent du gris pollué de Paris au blanc de la lune, et surtout aux décors merveilleux empruntés à van Gogh ou Klein, aux Voyelles de Rimbaud, aux matières pures, aux couleurs déclinées. 

Ils dansent, bougent, chantent, jouent, avec enthousiasme, et bousculent sans insistance les préjugés liés aux couleurs : le bleu indigo était produit par des esclaves, le rose était pour les grecs une couleur plutôt virile, le jaune, couleur des gilets et des cocus, était la cœur de la noblesse romaine, le rouge, couleur de la révolution, fait véritablement accélérer les battements du cœur et des paupières, le vert dit aujourd’hui nos inquiétudes pour la vie future… On apprend, on admire, mais on entend aussi que préférer une couleur, loin d’être un choix subjectif, est une construction historique et sociétale. 

Au terme de ce voyage, on atteint le noir. La peur du noir, la négativité, les monstres fantasmés. Très légèrement la couleur de peau des acteurs est évoquée.  C’est alors que la conclusion surgit, aux couleurs de l’arc en ciel, des LGBTQI+ mais aussi des préférences de tous, et de l’égalité. Vécue en musique, en danse et en enthousiasme !

AGNÈS FRESCHEL

Ma couleur préférée a été jouée le 24 mai à La Garance, scène nationale de Cavaillon.
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