samedi 13 avril 2024
No menu items!
spot_img
AccueilMusiquesLe Corbeau plane encore sur Marseille

Le Corbeau plane encore sur Marseille

Pionnier du reggae marseillais et artiste touche-à-tout, Jo Corbeau, accompagné de son Trident, livre un nouvel EP ensoleillé composé de quatre titres inédits

La plume lumineuse du corbeau mythique de Marseille revient sur ses quarante ans de reggae avec un petit bijou de quatre titres inédits. Jo Corbeau et son trio, le célébrissime Trident (Christophe « Badan » Cusin à la basse, Loïc « Kilo » Wostrowsky, batterie et Denis « Rastyron » Thery, claviers et chœurs), offrent ici un reggae superbement orchestré avec de longs passages instrumentaux en improvisation. 

Le premier titre est un hommage au rastafari chanteur et auteur-compositeur principal du groupe de reggae roots Culture, Joseph Hill, dont le Two Sevens Clash inspiré d’une prophétie de Marcus Gravey prédisant la fin du monde connu le 7 juillet 1977 (dans le livre de l’Apocalypse, la « collision des 7 » devait annoncer de terribles bouleversements sur terre, la chute des tyrans et la délivrance des opprimés) a connu un énorme succès. Reprenant son Armageddon war et transcrivant sa prononciation, Armagedéon, Jo Corbeau, après une intro aux couleurs de l’Inde, plonge son reggae dans le « tourbillon dense de Babylone » tandis qu’« un froid glacial s’installe sur la planète ». 

Une poésie méditerranéenne 

« Confusion la plus totale dans les têtes », sans doute, mais le tissage des mots et des formes mélodiques et rythmiques est sans faille et le discours incisif et militant n’a rien perdu de sa verve. Les chiens de garde médiatiques sont épinglés lorsque l’on voit « radio Babylon [qui] manipule tout le monde » et les dérives économiques dites libérales dénoncées avec force : « le pouvoir du fric contrôle la machine ». Le monde ne se referme pas pour autant, la capacité d’empathie et la générosité du groupe marseillais lui font esquisser la silhouette d’une montagne où « l’enfant roi retrouve son sceptre en diamant ». 

Suit un passage tout de délicate légèreté, L’éloge de la folie. Entre Érasme et un clin d’œil au bateau ivre rimbaldien, « la rivière s’est endormie » et les dérives de notre planète sont mises de côté afin de goûter un instant aux bonheurs de la paix, comme lire au soleil L’éloge de la folie, par exemple. U-Mazzeru, en référence au mazzérisme, cette croyance vivace en Corse, qui accorde un don de prophétie funèbre au mazzeru, « le chasseur d’âmes » dont le corps spectral part chasser et tuer des animaux, renoue avec les sources d’inspiration chamaniques du poète marseillais et lui permet de survoler sa ville sous la forme d’oiseau. « Le jaune dans le bleu de la mer » se peuple de rires et de danses, alors que « la flèche de Brahma (a tué) le cœur du démon » dans un reggae qui rend hommage au poète de Toulouse, Claude Nougaro, « tu verras, tu verras, tu verras »… « un voile d’or se (lève) », la poésie de la Méditerranée affleure, chargée de musiques. Bonheurs ! 

MARYVONNE COLOMBANI

Jo corbeau & Le Trident 
(Association Aix’Qui? / La Vieille Montagne)
ARTICLES PROCHES
- Publicité -spot_img

Les plus lus