dimanche 25 septembre 2022
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Magiques Nuits Pianistiques

Récitals, concerts de musique de chambre et soirées orchestrales, retour sur la très riche trentième édition du festival aixois

Trois semaines de Nuits Pianistiques, au rythme d’environ quatre concerts par semaine. C’est le pari d’une programmation particulièrement riche, rassemblant des pianistes d’horizons et de sensibilités divers sur des répertoires plus que variés – et ce malgré une très faible présence de pianistes femmes, pourtant inhabituelle dans ce festival. La virtuosité inhérente à ce format à la fois intime et performatif est évidemment au rendez-vous. On a notamment l’occasion de découvrir la méconnue Sonate en mi bémol mineur de Dukas, interprétée avec une rare dextérité technique mais surtout une émouvante musicalité par Samuel Parent ; ou encore la Grande Polonaise brillante opus 22 de Chopin, sublimée par l’exécution sensible de Carlos Roque Alsina, tout aussi impressionnant sur le Concerto en la mineur opus 16 de Grieg.

Chevalier romantique

Mais ce goût de la virtuosité ne relève heureusement pas de la simple épate : la technique se mettant en effet toujours au service de pages d’un lyrisme assumé. Le piano « chevalier romantique » cher à Liszt trouve notamment en Alexandre Lory un défenseur passionné et passionnant, capable de faire chanter la Ricordanza sans effort ou de faire valser Faust joyeusement. Les inconditionnels des transcriptions de Liszt sont également ravis par sa géniale Symphonie n°9 de Beethoven pour deux pianos, laquelle est entonnée par les non moins géniaux Philippe Cassard et Cédric Pescia. Sur ces pages pourtant si familières, réunies sur ces deux seuls claviers, on croit entendre tour à tour Bach, Mozart et Bruckner.

Une autre modernité se fait également entendre : les couleurs impressionnistes de Debussy, chères à Samuel Parent mais également à Albéniz, et son El Albaicin sont également de la partie. La fougue gitane est en effet convoquée tour à tour par Alexandre Lory et Samuel Parent, pour des résultats étonnamment dissemblables.

Clavier bien tempéré

Si Bach est moins présent que dans l’édition précédente, où Konstantin Lifschitz s’était brillamment emparé des Variations Goldberg, il est cependant chaleureusement applaudi en clôture du festival. C’est le cas sur deux Toccatas méconnues exécutées avec la même chaleur par un Lifschitz tout aussi saisissant sur le contrepoint de Couperin. Ce piano aromantique, peut-être moins prisé des mélomanes, est cependant mis courageusement à l’honneur à cette édition. Alexandre Lory se frotte ainsi avant Lifschitz à Messiaen, avec le même désir de faire surgir une mélodie secrète d’un inimitable et fascinant magma polymodal. Lifschitz fait découvrir à un public pourtant déjà sonné par les oiseaux messianiques le langage tout aussi atypique de Peter Seabourne. Pianiste célébré, Carlos Roque Alsina est également applaudi en tant que compositeur, sur des œuvres joliment exécutées par l’Orchestre Philharmonique de Marseille. De quoi conjuguer le piano au futur proche.

SUZANNE CANESSA

Les Nuits Pianistiques se sont déroulées du 9 juillet au 12 août dans divers lieux à Aix-en-Provence.

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