mercredi 11 février 2026
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Nubya Garcia au MJ5C : un tourbillon arrive à Marseille

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Nubya Garcia @Danika Lawrence (2)
Nubya Garcia © Danika Lawrence

Zébuline. Vous êtes déjà venue au Marseille Jazz des Cinq Continents. Quel souvenir en gardez-vous ? 
Nubya Garcia. J’adore Marseille, et la dernière fois que je suis venue au festival c’était une expérience incroyable. J’y ai vu Gilberto Gil et j’ai découvert la communauté brésilienne sur place, donc je suis impatiente de revenir.

Comment décririez-vous votre travail ?
J’écris de la musique, je m’exprime à travers elle et j’ai un groupe avec lequel je peux explorer la musique que je compose. Je m’inspire de sons qui ont marqué ma vie. J’ai grandi au croisement du dub, du jazz, du garage, du UK funky, la Circa, du calypso et du reggae. Je dirais donc que ma musique se situe dans ce tourbillon de sons.

Vous venez de sortir votre dernier album Odyssey, qu’aimeriez-vous que les gens en retiennent ?
Je pense que le mantra de l’album, c’est que nous sommes un seul peuple. Il y a des choses qui nous séparent et d’autres qui nous rassemblent mais la manière dont chacun fait les choses est unique. Et toutes ces différences doivent être célébrées.

Comment raconte-t-on cela en musique ?
J’ai adopté une nouvelle méthode en écrivant tous les jours, là où avant j’entrais en studio eten cinq ou sept jours, je vidais tout ce que j’avais. Avec Odyssey, j’ai compris que je voulais avoir un maximum de matière pour raconter cette histoire. J’ai appris à entrer plus régulièrement dans un état de flow.

Il y a dans ce nouvel album beaucoup d’invités, comme Esperanza, Georgia et Richie.
C’était fou. Quand j’écris et travaille avec des invités, je compose le morceau mais je ne cherche pas juste une « collaboration », je cherche la personne. C’est pour ça que je les ai choisis. En plus d’aimer leur musique, j’aime aussi leur manière de créer. Et elles ont fait un travail absolument incroyable.

Tu as écrit les paroles de Triumphance, une première. Tu as aimé ça ?
Oui ! Au départ, je voulais demander à quelqu’un de toaster [du parlé-chanté, très rythmé et à la mélodie souvent monotone, sur les musiques reggae, dub, ragga, ndlr] – mais la personne n’était pas disponible. Kwes [son co-producteur] m’a suggéré de le faire moi-même. J’ai essayé, et c’est sorti comme une entrée de journal intime. Tout ce que j’avais en tête est ressorti, d’une façon que l’instrumental ne permettait pas.

Un des grands changements de cet album, c’est l’ajout des cordes dans ta musique. Pourquoi ce choix ? 
J’ai appris à écrire pour les cordes, et c’était un vrai défi. J’ai voulu le faire moi-même car j’avais déjà un son en tête. Le transmettre à quelqu’un d’autre aurait été très compliqué. Au départ, c’était juste pour un morceau, puis c’est devenu plus de la moitié de l’album. C’était une floraison d’idées, une nouvelle palette sonore.

Pour Source, vous aviez tout enregistré en groupe et en live, alors que pour Odyssey vous avez tout fait séparément. Qu’est-ce que cela a changé ?
Oui, pour Source on a enregistré tous ensemble, ce qui crée de la diaphonie ou « mic bleed »,et l’a rendu difficile à remixer. Pour Odyssey, je voulais que tout soit enregistré séparément pour avoir la possibilité de faire des remixes plus tard. J’ai aussi pris un rôle plus affirmé dans la production ; j’avais une vision précise du son. Et le résultat sonne exactement comme je le voulais. Le changement entre Source et Odyssey vient de tout ce que j’ai appris entre les deux albums.

ENTRETIEN RÉALISÉ ET TRADUIT PAR LAVINIA SCOTT

Au programme du Marseille Jazz des Cinq Continents :

1er juillet : Marie Carnage ; Poetic Ways & Divertimento, Centre de la Vieille Charité
2 juillet : Youn Sun Nah ; Salma Quartet, Centre de la Vieille Charité
3 juillet : Coline Siméone ; Nubya Garcia, Centre de la Vieille Charité
4 juillet : Tigran Hamasyan, La Citadelle 
5 juillet : Antonion Lizana ; Ludivine Issambourg, Théâtre de la Sucrière
8 juillet : Jeff Mills & Emile Parisien 4tet ; Angles Morts, Friche la Belle de Mai 
9 juillet : Caravan Palace ; Mino Cinelu, Théâtre Silvain
10 juillet : Sophye Soliveau ; Thee Sacred Souls, Théâtre Silvain
11 juillet : Anne Paceo ; Kokoroko, Théâtre Silvain
12 juillet : Erik Truffaz ; Dee Dee Bridgewater, Théâtre Silvain
13 juillet : Alune Wade ; Jocelyne Béroard & Tony Chasseur, Théâtre Silvain

Un article complet sur le Marseille Jazz des Cinq Continents est à lire dans notre premier magazine de l’été paru le 13 juin, et toujours disponible en kiosques. 

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Châteauvallon contre le fascisme

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châteauvallon
Charles Berling © Vincent Berenger

Zébuline. Vous commencez votre Festival d’été par un parcours qui retrace les 60 ans du lieu. Pourquoi célébrer cette mémoire ? 

Charles Berling. Parce qu’elle est importante. Ce lieu est né dans les années 1960, dans la lignée des festivals qui ont démocratisé la culture au sortir de la guerre. Un lieu qui a été pour moi un phare dès l’âge de 13 ans, j’y ai écouté du jazz, j’y ai découvert la danse contemporaine. Aujourd’hui nous fêtons les 60 ans d’une utopie politique faite pour augmenter nos capacités d’émotion et de réflexion. 

Est-elle devenue une réalité ?

En un sens oui. Cette cité des arts, de la science et de la nature était une anticipation de l’idéal de décloisonnement d’aujourd’hui. Elle est partie de presque rien, de l’amitié de deux couples…

Le peintre Henri Komatis et le journaliste Gérard Paquet, et leurs femmes, qui ont découvert et restauré la bastide initiale dans la pinède

Avec les citoyens qui ont fabriqué ce site de façon empirique et amoureuse, en particulier l’amphithéâtre. Ce lieu symbolise ce qu’il faut absolument garder : le passionnel, l’âme, l’esprit, la liberté.

Et qui est en danger ? 

Oui, c’est aujourd’hui violemment attaqué, nous restons sans remparts contre le productivisme et le totalitarisme. 

Le Front national qui a gagné les municipales en 1995 a mis fin à cette utopie… 

Oui, il a voulu détruire cette liberté de penser. C’est la même lutte qui est à l’œuvre aujourd’hui. Je ne sais pas ce qui va se passer dans l’agglomération toulonnaise mais nous devons absolument regrouper nos forces républicaines et ne pas laisser le RN reprendre la ville. 

La ville, l’agglomération, le département, la région, le danger du RN est partout… Que ferez-vous s’il accède au pourvoir ?

Je ne sais pas. Est-ce que je partirai, est-ce que je resterai pour lutter, il est trop tôt pour le dire.  Mais je sais deux choses : je résisterai jusqu’au bout pour que cela n’advienne pas. Et je continuerai à dialoguer avec ceux qui votent pour lui et ne savent pas ce qu’ils font. Mais le RN n’est pas le seul en cause dans ma peur du futur. 

C’est-à-dire ? 

La droite aussi veut détruire le service public de la culture. Ici on a 50 personnes qui travaillent à créer des liens. Les salles sont pleines, la population aime ce que nous faisons, mais la Région nous enlève 10%, le Département du Var aussi, et les autres depuis notre création n’ont pas indexé nos subventions. Ce qui fait que nous perdons 2 à 3 % par an. 

Pour quelle raison ? 

La classe politique est totalement désorientée. Je ne sens pas non plus à gauche, aujourd’hui, une conscience de l’importance de ce que nous faisons. Carole Delga elle aussi baisse les subventionsde 10 % en Occitanie. Je suis très inquiet pour l’avenir. 

Et en même temps… je suis très confiant dans le travail de fond que l’on fait ici. Nous avons restitué l’histoire de Léon Blum avec un succès unanime, nous avons emmené 30 jeunes issus de la diversité – je déteste ce mot – à Buchenwald pour travailler des textes de Semprun. Non les musulmans ne sont pas antisémites, ils sont émus par cette histoire et la rendent avec une incroyable émotion, pour peu qu’on leur donne la parole. C’est ce que nous faisons…

Les formes participatives sont de plus en plus nombreuses dans votre programmation… 

Oui, nous faisons un film avec des enfants qui se projettent sur 60 ans d’avenir. Nous apportons énormément à cette société qui croit que nous lui coûtons, et qui cède notre mémoire et nos arts à la voracité des Gafam qui nous décervellent. La culture publique est la seule à lutter contre les amalgames abrutissants de l’industrie du divertissement. Il faut relire Hannah Arendt, il faut retourner à cette pensée qui nous éclaire…

Vous avez fait un spectacle sur la philosophe. Que nous apprend-elle ?

Que le divertissement étourdit. Qu’un discours haineux simpliste est terriblement plus efficace pour convaincre qu’une pensée articulée et dialectique. Que les démocraties ne se battent pas à armes égales contre le fascisme. Hélas, on vit aujourd’hui des parallèles troublants avec cette époque.

ENTRETIEN REALISE PAR AGNES FRESCHEL

Festival d’été de Châteauvallon
Du 26 juin au 29 juillet

Soirée d’inauguration
Le 27 juin

Norma
Le 26 et 28 juin

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« Once upon a Time In Gaza » : à Gaza, on ne choisit pas son histoire

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@Dulac Distribution

On ne sait pas si les réalisateurs gazaouis auraient eu le courage de l’humour, même caustique, qui caractérise leur cinéma et ce dernier opus, si leur film avait été conçu après le 7 octobre. La comédie -même noire, dans la tragédie absolue aurait-elle encore pu se glisser là ? Les mots hallucinants de Trump, imaginant la Bande de Gaza  en « riviera du Moyen Orient », entendus en voix off au début du film, ont été ajoutés après le tournage. Mais face à la croisade exterminatrice menée par le gouvernement Netanyahu après le massacre perpétré par le Hamas, on ne peut même plus en rire.

Ironiquement, ce délire du 47è président des USA, relie le film palestinien à l’Amérique, et à son cinéma dont Arab et Tarzan Nasser utilisent les codes, affirmant leur cinéphilie tout en dynamitant de l’intérieur ses mythes et son idéologie. Once upon a Time in Gaza sera donc tour à tour un western, un polar, un film de guerre, mais aussi une comédie satirique, un conte philosophique et un pastiche.

Nous sommes en 2007. A Gaza. Le Hamas vient de prendre le pouvoir. Le blocus israélien s’est mis en place. Pour la population, un nouveau quotidien : des immeubles qui explosent sous les bombes; des enterrements de martyres mis en scène : drapeaux palestiniens dressés, photos grand format des défunts brandis par une foule encadrée de combattants qui mitraillent le ciel. Pénurie, inflation, interdictions d’aller en Israël même pour voir ses proches sans autorisation, propagande du gouvernement à la télé et dans les journaux; petits arrangements pour survivre. Aux plans larges de l’Histoire, s’opposent ceux plus resserrés plus intimes de ce quotidien-là, à hauteur d’hommes.

Fiction et balles réelles

Yahya (Nader Abd Alhay), étudiant, rêveur, sans grande assurance rencontre Ossama (Majd Eid), un homme plus âgé, grande gueule et peu enclin à se laisser marcher sur les pieds. Ossama engage le jeune homme dans son petit snack où certains falafels sont garnis de pilules anti-douleurs. Ordonnances volées, petit trafic modeste et « artisanal » qui ne les enrichit guère mais leur fait croiser la route de Abou Sami (Ramzi Maqdisi ), un flic palestinien ripou, chéri par sa hiérarchie. Ossama connait le passé corrompu de Sami qui va l’éliminer.

Plus tard, Yahya est casté pour tenir le rôle principal dans Le Rebelle un film commandé par le Ministère de la Culture (et de la propagande) afin de glorifier la résistance contre l’ennemi sioniste. Ce sera « le premier film d’action produit dans la bande de Gaza ». Pendant le tournage, Yahya croise à nouveau Sami plus puissant que jamais. Le néo-acteur jusqu’alors faible et pleutre, devenu à l’écran un Rambo palestinien, va se transformer en vengeur impitoyable. Les réalisateurs s’amusent de l’intention du Hamas de créer un Gazahood, de ce tournage sans moyens – puisqu’on y tire à balles réelles faute de pouvoir s’offrir des effets spéciaux, de la fabrique du héros au cinéma et en politique.

Ils choisissent, railleurs, ce titre, Le Rebelle, référence au chef d’œuvre de King Vidor, chantre de l’individualisme. Dans Il était une fois à Gaza, les écrans se multiplient comme pour feuilleter le réel et lui rendre, sans manichéisme, sa complexité. Il n’y a pas de rôles féminins dans ce scénario dans lequel la seule chose qui semble échapper à toute raillerie, et laisser un peu d’espoir, demeure l’amitié entre deux hommes, qui n’avaient pas choisi leur histoire.

ELISE PADOVANI

Once upon a Time in Gaza, Arab et Tarzan Nasser

Le film était en compétition à Cannes, Section Un Certain regard. Il a obtenu le Prix de la Mise en scène.

En salles le 25 juin

La guerre n’est pas la paix

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Le langage politique n’a jamais autant ressemblé aux antiphrases de 1984 d’Orwell. « La Guerre c’est la paix », « l’ignorance c’est la force »… Et le bien commun, c’est Stérin ? 

Son projet PERICLES a pourtant l’acronyme très clair : Patriotes, Enracinés, Résistants, Identitaires, Chrétiens, Libéraux, Européens, Souverainistes. Même si on peut s’amuser qu’un  « patriote » « enraciné » se soit exilé en Belgique pour ne pas payer l’impôt de ses smartbox, l’outrance n’a rien ici de comique. Le projet de Pierre-Édouard Stérin, révélé par L’Humanité en 2024, est de recruter des cadres et d’amener au pouvoir l’extrême droite en l’alliant avec la droite réactionnaire.

Liberté et bien commun

L’alliance est en route : ce mardi Bardella, Maréchal, Knafo, Ciotti, Dupont-Aignan… se sont réunis au Casino de Paris, salle appartenant à Bolloré, pour un « Sommet des libertés » (sans rire) organisé par Périclès. Pendant ce temps, la « Nuit du Bien commun » se balade en tournée provinciale. La Ville de Marseille, informée des intentions de Pierre-Édouard Stérin, refuse d’accueillir ce prétendu gala de charité et a officialisé son refus, comme Rennes, Annecy, Tours, Lyon, Nantes, Bordeaux et Lille. La Fondation de France a mis fin à tout financement. 

Si 6mic scie le système

Mais en Provence, la ville d’Aix prendra le relais en accueillant le gala en octobre au 6MIC, salle de musiques actuelles, gérée en délégation de service public. Pourtant, La Nuit du Bien commun finance des associations dont certaines sont très inquiétantes, comme Marthe et Marie, foyer pour femmes enceintes qui décourage l’avortement, ou Excellence-ruralité et Espérance-banlieue, établissements de formation hors contrat épinglés pour racisme et violences. D’autres associations financées sont moins douteuses, mais le projet politique du Fonds pour le Bien commun n’est plus mystérieux : il s’agit de défendre une France blanche et chrétienne, une famille avec papa et maman, et la charité plutôt que la justice sociale. 

Il s’agit aussi de remplacer le juste financement public des associations par un mécénat d’entreprise à main levée. Cela place le secteur associatif dans une soumission et une dépendance inédites. La droite coupe, l’extrême droite récupère.

Président de la Paix

Aux États-Unis, l’antiphrase a déjà élu son Président. Qui bombarde l’Iran au nom de la Paix, en soutien à un pays gouverné par un criminel de guerre. La presse occidentale, sidérée, désapprouve mollement le coup de force, ou se félicite de l’élimination de la menace iranienne, voire de l’apaisement possible au Proche Orient, remettant en cause la solidarité avec le peuple palestinien qui commençait à gagner les opinions.

La guerre n’est pas la paix. Le régime iranien, liberticide et criminel, a néanmoins signé le traité des non-prolifération atomique qui a permis de diviser par 7 le nombre mondial d’ogives nucléaires depuis son lancement (70 374 et 1985, 958 aujourd’hui). Israël n’a jamais admis posséder ses 90 ogives. Ni signé le traité. 

Agnès Freschel


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Plus d’un tour dans zon Zac

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Dinaa © Fiona Bazze

Imaginé il y a presque trente ans, le festival Zik Zac est un exemple de métissage, d’ouverture et de partage qui n’a pas eu besoin d’attendre l’urgence pour créer l’union. L’événement organisé chaque été dans le cadre idéal du Théâtre de Verdure du Jas de Bouffan, à Aix-en-Provence, réunit à l’affiche des artistes de renom aux esthétiques dites du monde, de jeunes et émergents talents, et des artistes locaux. Encore une fois gratuite, sa 28e édition est à découvrir du 3 au 5 juillet.

Voyage, voyage

Vaisseau lancé sur les rives des musiques d’ailleurs, le Zik Zac marquera un arrêt remarquable en terres africaines, avec le Général Rebelle aka Jupiter Bokondji, à la tête du projet Jupiter & Okwess, qui mêle avec une énergie surpuissante la rumba, le soukous et le groove congolais à des riffs funk et rock. Les nouvelles stars du hip-hop sénégalais Def Mama Def (que les Marseillais pourront découvrir fin juin au festival Au Large), offriront un rap dakarois des plus novateurs, tandis qu’Abi Afrobeat sublimera les racines du genre d’effluves caribéennes et cubaines. 

L’inépuisable jamaïcain Clinton Ferron, bassiste de génie des cultissimes Gladiators, proposera une balade reggae-blues aux confins de l’humanisme et du groove, et les marionnettes berlinoises superstars de Puppetmastaz d’offrir leur live hip-hop aussi nostalgique qu’entraînant. 

Locaux motivent

Hybrides, les projets programmés mêlent bien souvent les influences musicales, à l’image de des Marseillais de Benzine, formation franco-algérienne qui trace une ligne entre la culture bédouine et les rythmiques électro, pour un raï psychédélique entêtant.

Curieuse, la programmation offre également une balade éveillée dans ce que la nouvelle scène offre de beau à entendre. Est ainsi à découvrir la folk rafraîchissante de la toute jeune et montante Dinaa ou bien encore l’électro-pop inspirée du duo suisse Roshâni. La jeune et talentueuse Baby Sharon (anciennement S.H.A.) représentera quant à elle de sa voix soul la nouvelle scène marseillaise, pour un voyage nostalgique et introspectif sur les rives de la nu-soul. 

Attaché aux formations instrumentales festives, le festival invite enfin les mélomanes marseillais Accoules Sax, la batucada Aixoise Curinga et la fanfare salonnaise Mudanza à électriser la foule. 

Pour les minots aussi 

Pensée comme une proposition ouverte à tous, le festival s’ouvre quotidiennement sur un spectacle jeune public. Cette année, de la poésie farfelue et dansée avec la Cie Éléphante, un plongeon dans le grand bain de la consommation avec Barbara Probst, et le trapèze volant humoristique des clowns des compagnies Aller-Retour et Basse Cour. 

LUCIE PONTHIEUX BERTRAM 

Zik Zac 
Du 3 au 5 juillet 
Théâtre de verdure du Jas de Bouffan
Aix-en-Provence

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La rue s’anime à Pertuis

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pertuis
© Philippe Benaquista

Porte d’entrée du Luberon, Pertuis et ses vieilles pierres se font hôtes de choix pour les arts de la rue à l’orée de l’été. Chaque année à Lézardons dans la rue, des atemporels du secteur se mêlent aux plus récentes créations. Classique du genre, l’inratable Deux secondes de la compagnie Petit monsieur met aux prises Paul Durand, éternel héros tatiesque engoncé dans son costume trois pièces, avec une sournoise tente 2 secondes (les 20 et 21 juin). 

Frigo, clown corrosif et attachant au nez noir, revient quant à lui avec un nouvel opus pour tenter l’impensable, secondé par son fidèle acolyte : tenter de décoller, avec son réfrigérateur transformé en fusée (Frigo #opus2, Cie Dis bonjour à la dame, les 20 et 21 juin). Déjà avéré comme un incontournable de la saison, Une jungle de la Compagnie Chao.s revisite quant à elle l’allégorie dansée du nomadisme, une femme et un homme, bousculés par les événements de la vie, tour à tour rivaux ou soutiens l’un de l’autre, véhiculant une émotion brute (les 20 et 21 juin). 

Enfin, une cérémonie de funérailles un brin burlesque vous sollicitera peut-être pour honorer la mémoire du disparu (Partir en paixLes Compagnons pointent, les 20 et 21 juin). Le soir venu, les maîtres ès-pyrotechnie Karnavires font Feu de tout bois, donnant vie à une scénographie étincelante, faite de flammèches et d’épais brouillard, au son du piano et des cloches, entre nature et surnaturel au centre d’une clairière (au boulodrome Goujon, le 20 juinà 22h30).

Tout pour la musique​

En ce week-end de Fête de la musique, il s’agit aussi de la célébrer sous toutes ses coutures. Le Conservatoire de Pertuis propose plusieurs rendez-vous fédérateurs et transgénérationnels. En préambule Orchestre à l’école, le 20 juin à 18 h, place Saint-Nicolas ; Symphonic Pitchoun, en déambulation à travers les rues du village, le 21 juin à partir de 17 h ; musiques actuelles, place Jean Jaurès le 21 juin à 18 h ; exploration du thème de la conquête et de la découverte de l’Amérique par les jeunes musiciens de l’Harmonie junior (cours de la République, le 21 juin à 19h45), suivie d’un voyage musical des années 1970 à nos jours assuré par l’Harmonie adulte, à 21 h. 

Le lendemain, Ensemble de Cors écume un répertoire varié, de la musique baroque au jazz en passant par le rock et la musique de film (place du 4-Septembre, le 22 juin à 10h30). À 17 h sur le parvis de l’église, place à Fanfare, une joyeuse aventure collective liant musiciens de tout âge et de tout niveau. 

D’autres pratiques amateures ponctuent les festivités tout au long du week-end : chorégraphies de l’association Espace Danse sur des morceaux créés spécialement pour l’occasion par le département de MAO du conservatoire de musique de Pertuis (parvis de l’église, le 21 juin à 11h) ; répertoire de chanson française interprété par l’atelier Ô petits bonheurs (place Jean Jaurès, le 21 juin à 12h) ; déambulation dansée de l’association Luzolo, autour des danses et cultures africaines (départ place Jean Jaurès, le 22 juin à 14h45)…

JULIE BORDENAVE 

Lézardons dans la rue
Du 20 au 22 juin
Divers lieux, Pertuis

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My stolen planet: L’Iran côté faces

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Le film s’ouvre avec Farahnaz Sharifi qui commente, en voix off, des images d’enfance floutées, retravaillées : « Nous sommes le 8 mars 1979 ; c’est le jour de ma naissance. » Les images en noir et blanc de la photographe Hengameh Golestan donnent à voir des manifestations de femmes, tête nue, pour leur liberté. « Trois semaines après la révolution islamique en Iran, surviennent les premières restrictions concernant le corps des femmes. » C’est ainsi que commence le documentaire de la cinéaste iranienne, exilée à Berlin depuis 2022, dédié « aux femmes iraniennes qui se battent pour la liberté et à la mémoire de celles qui ont perdu leur vie sur le chemin. » Un film, à la fois journal intime et témoignage sur la vie en Iran, de la chute du Shah jusqu’à nos jours. Un film qui se construit à partir d’archives personnelles et d’archines privées, d’inconnu·e·s, en super 8.  

À 7 ans, Farahnaz réalise qu’elle a deux planètes : sa maison où elle peut être elle-même, danser cheveux lâchés ; et l’extérieur, à l’école, où coiffée du hijab, on lui apprend la haine. À l’adolescence, c’est le début de ce qu’elle appelle sa « dépendance ». Elle achète son premier téléphone et désormais elle filmera tout : des cafards dans une pièce, les fêtes avec ses amis, interrompues par la police. Elle doit tout filmer. Quelques années plus tard, sa « dépendance » augmentant, elle collectionne de vieilles bobines de films en super 8 qu’elle numérise et classe : « J’achète les souvenirs des autres ! »

Images avec les traces du temps, superbes comme celles de ces femmes, libres, qui dansent. Des traces contre l’oubli. Car tout est devenu crime dans le pays : danser, la musique, la voix des femmes, l’alcool, ne pas porter le hijab, la joie… On parcourt ainsi à travers ces images d’archives un pan de l’histoire iranienne, marqué par des moments terribles et douloureux comme l’exécution de milliers d’opposants au régime, la répression des manifestants contre l’inflation, ou l’arrestation des amies de Farahnaz. Mais on voit aussi des scènes de joie collective quand on permet aux femmes d’assisteràun match de foot et qu’elles crient pour leur liberté, des moments de partage entre amies, des jeux, des chants.« Ils ont des armes, on a la solidarité ! » des fêtes familiales comme son anniversaire avant son départ en Allemagne pour une résidence d’écriture.

Si les choix d’écriture de Farahnaz Sharifi ne sont pas inédits, le montage, les images plastiquement retravaillées, sa voix remplie d’émotions, qui raconte, commente, s’indigne, font de ce documentaire un film qui laisse des traces. On en sort ému, peut-être même bouleversé et avec l’envie de se battre aux cotés de ces femmes.

ANNIE GAVA

My stolen planet, de Farahnaz Sharifi
En salles le 25 juin

Olé belles nuits !

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© X-DR

Voilà déjà dix ans qu’Aubagne se pare, chaque début d’été, d’odeurs, de saveurs et de notes andalouses, en offrant un des plus grands événements nationaux dédiés au flamenco. Entièrement gratuites, Les Nuits Flamencas sont imaginées par le directeur artistique et musicien Juan Carmona, qui fêtera sur scène ses quarante ans de carrière, accompagné pour l’occasion de l’orchestre symphonique de l’Opéra de Lyon, avec sa pièce Sinfonia Flamenca(4 juillet).

Pluridisciplinaire, comme l’art millénaire et multiculturel qu’il honore, l’événement propose un panel fourmillant de formats, entre danse, concerts, spectacles, bal sévillan, défilé de mode, conférences, projections et autres animations jeune public… à découvrir du 2 au 6 juillet. 

Ayer y hoy

Désireuse de mettre en lumière les grandes figures du flamenco traditionnel mais également des artistes aux écritures plus contemporaines, l’équipe imagine une programmation à la croisée des esthétiques.

Ainsi, le public est invité à découvrir le jeune compositeur et pianiste Andrès Barrios, qui invente un flamenco teinté de jazz aux milles influences, et invite la très talentueuse danseuse Sarah Sánchez à partager la scène. Novatrice également, la soirée du 5 juillet proposera une performance défilé/concert inédite entre les créations vestimentaires et musicales de Cristina Granero

Ôdes à la tradition, la grande danseuse Patricia Guerrero dirigera le Ballet Flamenco de Andalucía, pour la première en France de Tierra Bandita, le 5 juillet, tandis que l’annuel bal sévillan sera orchestré par le célèbre groupe de férias espagnoles Giral Dos, formé par les musiciens Antonio Vargas et Miguel Ángel Ordóñez, le 4. Après la fin de son éditionaubagnaise, le festival s’exportera à Aix-en-Provence le 9 juillet pour un tablao au 6mic, puis à Marseille le 11 août – dont le menu n’est toujours pas dévoilé à l’heure où nous écrivons. 

LUCIE PONTHIEUX BERTRAM 

Les Nuits Flamencas 
Du 2 au 6 juillet 
Aubagne 

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30 bougies à ciel ouvert

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© Laetitia Møller : Les Films du Bilboquet

Voilà trente ans que chaque été, des toiles se déploient dans les nuits marseillaises à l’occasion du festival Ciné Plein-Air. Elles sortent des salles de cinéma pour offrir à un public intergénérationnel de plus en plus nombreux au fil des années, des films de tous formats, de tous registres, anciens ou récents, en VF ou en VOST. Trente ans : des noces de perle avec Phocée, scellées par l’amour du cinéma et une philosophie du partage et de la transmission. 

Cette année, La Ciotat rejoint l’aventure à l’occasion des 130 ans de Gaumont avec cinq projections événements au Théâtre de la Mer et au Palais lumière. Comme toujours, les 37 séances marseillaises se déroulent dans des lieux emblématiques de la Ville pendant tout l’été. 

Prestigieux comme La Vieille Charité où on attend Jason et les Argonautes de Din Chaffey, à voir en famille le 31 juillet et L’homme qui a vendu sa peau de Kaouther Ben Hania le 26 août. Le site archéologique du Port antique qui accueille entre autres, des films patrimoine : l’exquise Heure exquise de René Allio et un ciné concert autour de Cœur Fidèle de Jean Epstein

Dans les musées et les festivals 

Et le Mucem bien sûr, où, parmi tant d’autres événements, le monolithe de l’Odyssée de l’espace de Stanley kubrick devrait faire escale le 16 juillet, Le Château dans le ciel d’Hayao Miyazaki flotter le 23 juillet, devant les yeux émerveillés des petits et des grands.Et où le 30 juillet, les extraterrestres de Premier Contact réalisé par Denis Villeneuve, se poseront tandis que les explorateurs d’Interstellar de Christopher Nolan, franchiront le 20 août, les limites de la galaxie. Autre musée mais plus au sud, il ne faut pas rater, pour leur pétillance et leur humour, les courts-métrages d’Agnès Varda le 10 juillet au Mac. 

Comme dans les précédentes éditions, des collaborations précieuses avec d’autres structures dont le Festival de Marseille ou Ciao MOKA. On pourra dans ce cadre, retrouver,le 30 juin, les chanteurs autistes du groupe Astéréotypie, dans le documentaire musical de Lætitia Möller L’Energie positive des lieux. Et le 18 juillet, la tribu fantasque et marginale de Gelsomina dans Les Merveilles d’Alice Rohrwacher – une lumineuse ode à l’enfance –, Grand Prix du jury cannois en 2014.

Pour sa troisième décennie sous les étoiles, porté par les Écrans du Sud, Ciné Plein-Air qui a cumulé en 2024, 11 244 spectateurs, continue à croire à la sienne. Souhaitons à ce projet,ambitieux par sa durée, le nombre de projections proposées, la multiplicité des sites, en plus d’une météo favorable, d’atteindre une fois de plus ses objectifs et le cœur des publics.

ÉLISE PADOVANI

Ciné Plein-Air 
Du 30 juin au 26 septembre 
Divers lieux, Marseille
Infos sur cinepleinairmarseille.fr

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Diasporik : D’El Andalus à Marseille

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fouad didi
© S.C.

Né en 1964 à Tlemcen (Algérie), Fouad Didi baigne dès l’enfance dans les traditions musicales de sa ville natale, réputée pour son école intimiste, ornementée et spirituelle de la musique araboandalouse . Son père, membre d’une confrérie où se chantaient des hymnes sacrés, l’initie aux percussions (bendîr, darbouka) et à la mandoline. Mais c’est le violon, sous l’orientation de Yahia El Ghoul, qui devient son instrument de prédilection, aux côtés du oud (luth).

Formé aux répertoires classiques des maîtres Abdelkrim Dali, Redouane Bensari, et guidé par des Cheikhs tels que Brixi ou Ahmed Malti, Fouad Didi est un virtuose du violon et incarne la transmission orale des traditions tlemcéniennes.

L’école de Tlemcen et ses noubas

L’univers araboandalou repose sur le concept de nouba, suite modale structurée en plusieurs mouvements rythmiques (mîzān) de lents aux rapides. Tlemcen conserve 11 noubas majeures, réputées pour leurs ornementations subtiles, leur voix solistes puissantes et un violon lyrique porté vers l’expressivité.

Entre musique sacrée et musique savante, le répertoire arabo-andalou est sauvegardé durant la colonisation et constitue une notabilité puissante et ancienne en Afrique du Nord, avec une esthétique codifiée, influençant depuis des répertoires plus populaires comme le chaâbi. 

Cette esthétique « pleine de tarab » (extase) est à la fois précise dans son architecture et émotive dans sa transmission, un équilibre que Fouad Didi incarne pleinement.

Pédagogue et passeur 

Installé à Marseille depuis 1996, Fouad Didi, titulaire du Diplôme d’État et du Certificat d’Aptitude pour les musiques traditionnelles, enseigne à la Cité de la musique de Marseille, au Conservatoire de Toulon et à l’Institut des Musiques du Monde d’Aubagne, tout en dirigeant l’Orchestre Tarab, formé de musiciens issus des écoles de Tlemcen et d’Alger. Il y propose ateliers, masterclasses et formations, autour des formes classiques (nouba, hawzi) et populaires (chaâbi, melhoun), montrant ainsi la richesse évolutive du répertoire.

Passeur depuis plus de 30 ans, il contribue à l’émergence et la professionnalisation de nouveaux artistes, tels que Nadir Ben dont le premier album Maturity, Al Roshd paraît à l’automne prochain, suite à une série de concerts en France et en Algérie.

SAMIA CHABANI

Fouad Didi et son orchestre
les 24 et 25 juin
Cité de la musique de Marseille

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