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Quand Ravel rencontre Cézanne

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Gabriel Pidoux, hautbois. Bilal Alnemr, violon. Luc Dedreuil, violoncelle. Jorge Gonzalez Buajasan, piano. Musée Granet. Aix-en-Provence, 22/07/2025. © Caroline Doutre

Peinture et musique en harmonie au Musée Granet

Le 22 juillet dernier, le musée Granet d’Aix-en-Provence a ouvert grand ses portes au Festival de Vauvenargues, Ugarit en Provence, pour une soirée unique. Cet événement a offert aux participants une double expérience artistique : la découverte de l’exposition Cézanne au Jas de Bouffan, suivie d’un concert en plein air dans le patio du musée.

Lieu emblématique de la vie du peintre, le Jas de Bouffan fut la demeure familiale de Cézanne pendant de nombreuses années. C’est là, dans cette ancienne bastide du 18 e siècle, qu’il réalisa certaines de ses premières œuvres majeures, inspiré par les paysages alentours, les murs de la maison, les arbres du jardin, ou encore la Sainte-Victoire visible depuis la propriété. L’exposition, riche de 130 œuvres, retrace les liens profonds entre Cézanne et ce lieu fondateur de son parcours artistique. Tableaux originaux, esquisses, lettres et documents d’archives invitent le visiteur à plonger dans l’univers intime de l’artiste.

Modernité

Après l’émotion picturale, le public est convié à prolonger la magie dans le patio, pour un concert sous les étoiles. Le Directeur du Musée Granet, Bruno Ely s’en félicite « Cézanne était le peintre de la modernité. Le programme qui va suivre rend hommage aux compositeurs qui, en musique, ont ouvert les portes de l’ère moderne ».

Crée par le violoniste d’origine syrienne Bilal Alnemr {lire l’entretien ici}, le tout jeune festival de Vauvenargues, prend aujourd’hui toute sa place dans le paysage culturel de la région. Cette soirée musicale a affiché une programmation intimiste et audacieuse. Elle a débuté avec la sonate pour violon et piano de Claude Debussy, duo enlevé entre le violon de Bilal Alnemr et le piano du cubain Jorge Gonzales Buajasan. Ce derniera enchaîné en solo avec unepièce peu connue, dédiée à l’impressionnisme : les Baigneuses au soleil de Déodat de Séverac (1872-1921), comme un écho aux baigneuses de Cézanne exposées à quelques mètres. Puis, dans une fluidité et une aisance absolue, le pianiste a développé les Jeux d’eaux de Maurice Ravel.

Le hautbois à l’honneur

Hommage est rendu à un instrument, le hautbois, rarement mis en avant en dehors des orchestres et défendu par un Gabriel Pidoux virtuose et passionné « Né au 17 e siècle, le hautbois a dû attendre trois siècles pour qu’on lui consacre enfin des partitions », explique-t-il. Il a un grand plaisir à présenter la première pièce : Le poème pour hautbois et piano de Marina Dranishnikova (1929-1994). Écrite en 1953, la pièce, romantique à souhait, aurait été inspirée d’un amour non partagé de la compositrice pour un oboïste de Léningrad. Puis, le musicien enchaîne avec une œuvre pour hautbois solo de Benjamin Britten, composée en 1951 : les 6 métamorphoses après Ovid. Cet exercicede bravoure, qui laisse le public médusé, fait voyager par petites étapes impressionnistes dans le mythe de Pan, Phaéton, Niobe, Bacchus, Narcisse et Arethusa.

Le concert s’est conclu en apothéose avec la Sonate pour violon et violoncelle, (un Luc Dedreuil-Monet magnifique de précision et d’expressivité) œuvre majeure de Maurice Ravel.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Le concert s’est déroulé le 22 juillet au Musée Granet

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Dans le champ de Battaglia 

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Famiglia-al-funerale-del-figlio-morto-in-ospedale.-San-Vito-Lo-Cap © Letizia Battaglia

C’est une exposition où l’on pourrait s’arrêter des heures sur chaque photo. Elles sont une bonne centaine, mais elles ont toutes un geste, un regard, une force, un discours. À la chapelle Saint-Martin-du-Méjan, les Rencontres proposent une grande rétrospective de l’œuvre de Letizia Battaglia, photojournaliste italienne engagée, prix Eugene Smith 1985, connue pour son travail sur la mafia dans les années 1970 en Sicile. 

La magie des rétrospectives est souvent de faire voir l’évolution d’un artiste : ses débuts, ses éclats, parfois son déclin. Mais avec Letizia Battaglia, rien ne bouge. Ou peut-être est-ce la société qui ne bouge pas. Car à travers son objectif, c’est la réalité la plus crue qu’elle saisit. « La photographie devient, ou plutôt elle est la vie racontée : je me glisse dans une photographie qui est le monde, c’est à dire que je deviens le monde et que le monde devient moi. » 

L’exposition s’attache donc à retracer chronologiquement le parcours de l’artiste italienne. Il y a ses débuts dans la presse à Milan, où on lui confiait les sujets de mœurs, puis son retour dans son île natale où elle travaillera jusqu’en 1988 pour le quotidien L’Ora. Dans ce journal engagé à gauche, sa photo est à la fois politique et documentaire. Elle montre la réalité des crimes mafieux : les corps assassinés, les mères pleurant leurs enfants, ou le regard d’une jeune fille derrière un corbillard. Et puisque la misère est le terreau de la mafia, on voit aussi ces enfants sous alimentés, ou le doigt de ce bébé rongé par un rat. 

Réalité surréaliste 

© Letizia Battaglia

Sa photo est aussi sociale, quand elle s’immisce dans une veillée funèbre, à la lueur de bougies, ou qu’elle suit les grandes manifestations religieuses siciliennes. Elle est même surréaliste, quand on voit cette colombe fendre la foule et se diriger vers deux garçons, ou ces enfants jouant avec les armes factices que leur offrent leurs parents. 

Toutes ces photos, aux contrastes marqués, témoignent d’une époque qui n’est certainement pas révolue, en Sicile comme ailleurs. Il y a quelques jours à Nîmes, un jeune de 19 ans a ététorturé et assassiné par une bande de narcotrafiquants rivale. Le 11 novembre 1970, au lendemain de la mort du général de Gaulle, un même crime sordide était commis non loin de-là dans le Gard : « Deux cadavres atrocement mutilés ont été découverts hier près d’Orthoux. Les premiers éléments de l’enquête laissent présager qu’il s’agirait d’un règlement de comptes », expliquait alors le journal La Marseillaise. La réalité de Letizia Battaglia est d’une intemporalité glaçante. 

NICOLAS SANTUCCI

Letizia Battaglia
J’ai toujours cherché la vie
Jusqu’au 5 octobre
Chapelle Saint-Martin-du-Méjan

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Simiane : entre troubadours et corsaires

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Guillermo Perez -Ensemble TASTO-SOLO © X-DR

Depuis 43 ans, le Festival des Riches Heures Musicales fait vibrer le village de Simiane-la-Rotonde en offrant aux spectateurs le cadre du château médiéval. C’est au sein de la salle romane de la Rotonde, donjon du XIIᵉ siècle, que les concerts prennent vie comme au temps des Agoult, seigneurs de Simiane, qui y invitaient les troubadours occitans. L’acoustique dulieu confère à chaque concert une grande intensité. Le festival explore le répertoire envoûtant des musiques anciennes. Ce sera une nouvelle fois le cas du 1er au 12 août.

Cartes blanches

Sans thème imposé, cette édition se distingue par la liberté donnée aux ensembles invités. On aime ce mélange d’excellence musicale mêlé à l’érudition historique qui redonne vie à ces répertoires anciens.

Dès le 1er août, le trio Les Veilleurs de Nuit, qui réunit Alice Pierrot au violon, Angélique Mauillon à la harpe baroque, et Élisabeth Geiger au clavecin et à l’orgue vont faire entendre les Sonates du Rosaire d’Heinrich Biber (vers 1678), chef-d’œuvre du violon baroque.

Deux jours plus tard, l’ensemble Tasto Solo, spécialiste des musiques médiévales, dirigé par Guillermo Pérez, propose La Flor en Paradis, mêlant musiques sacrées et profanes des XIIIeet XIVe siècles. Le timbre de la soprano Anne-Kathryn Olsen se mêlera aux sonorités de la vièle de Pau Marcos, aux percussions de David Mayoral et à l’organetto joué par Pérez lui-même. Ce dernier est l’un des rares virtuoses de cet instrument. En collaboration avec le facteur d’orgues Walter Chinaglia, il reconstruit des modèles inspirés de croquis de Léonard de Vinci.  

Saut dans le temps avec les Tumbleweeds Virevoltants, qui nous baladent dans la Venise du XVIIe siècle à travers canaux et élégances de FrescobaldiKapsberger et Legrenzi qui mettent en valeur la sacqueboute (ancêtre du trombone) de Claire-Ombeline Muhlmeyer, accompagnée par le violon de Valentin Seignez-Bacquet, de la harpe triple de Pernelle Marzorati et du théorbe/archiluth de Thomas Vincent. Le 5 août.

Prendre la mer

La musique défie le temps et l’espace. Nous voilà dans l’Ecosse et l’Irlande des 17e et 18esiècles avec Les Musiciens de Saint Julien sous la direction de François Lazarevitch qui en explorent les airs de danse. Avec Garance Boizot (viole de gambe), David Lombardi(violon), et Eric Bellocq (archiluth et cistre), le groupe restitue l’esprit populaire et festif de ces répertoires. (9 août)

Enfin le 12 août, il sera temps de prendre la mer avec les Corsaires d’Élisabeth, à bord d’un vaisseau de « Sa Très Gracieuse Majesté »François Joubert-Caillet et le Quatuor A’dam évoquent la vie musicale à bord des navires sous le règne d’Élisabeth 1ère. La viole de François Joubert-Caillet accompagnera les voix d’Olivier RaultRyan VeilletLouis-Pierre Patron et Julien Guilloton

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Riches Heures Musicales de la Rotonde
Du 1er au 12 août
Simiane-la-Rotonde

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Formes abstraites et mondes lumineux

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© X-DR

Inspirée par la musique aussi bien que par le théâtre ou l’architecture, la photographe suisse Béatrice Helg mêle dans ses photographies abstraites, espace, lumière et matière. Elles naissent dans son studio d’un travail d’installations de petites dimensions (la taille d’une table pour les plus grandes), où, dans un espace constitué d’un sol et d’un arrière-plan vertical, elle place au premier plan et au centre des formes géométriques, faites d’acier, de plexiglas, de papier, de verre, de pierre, de brique. Des matériaux qu’elle récupère et qu’elle retravaille, tout en se concentrant sur les couleurs et la lumière, créant tensions ou harmonies. Les maquettes ainsi construites sont photographiées, et les photos développées en grand format, donnant l’impression d’œuvres monumentales.

Jaillissement

Pour la photographe, l’image n’exprime pas un sujet précis, identifiable. Elle est l’expression d’une ouverture, du jaillissement d’une émotion, d’une épiphanie. « Je crois à la vibration de l’image, à l’interaction des éléments et des formes qui habitent un espace construit, animé par la luminosité du silence, par la vie ». Dans Géométries du silence est présenté, au sein d’une scénographie épurée, un corpus de plus de 70 photographies, réalisées au cours des 35 dernières années, qui mêlent des images emblématiques de son parcours artistique, et des créations inédites.

MARC VOIRY

Géométries du silence
Du 5 juillet au 5 octobre
Musée Réattu, Arles

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La ville reprend ses habits technos

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uzès
Sama-Abdulhadi © Tristan Hollingsworth

Les Électros d’Uzès reprennent du service sur la promenade des Marronniers de la cité gardoise. Avec un programme riche et ouvert, comme l’explique Pascal Maurin, programmateur du rendez-vous depuis 25 ans. De la « pure techno » le vendredi 1er août, avec quelques entrées dans la dub notamment, et un samedi aux artistes « cohérents » mais « éclectiques ». Le tout en gardant les principes qu’on lui connaît : une rendez-vous à taille humaine, aux prix raisonnés, avec une parité quasi parfaite. 

Techno, disco, vinyles 

Pour la première soirée, les Électro d’Uzès accueille du lourd, avec Sama Abdulhadi, la DJ palestinienne star de la techno, puis Lacchesi, co-fondateur du label Maison Close, qui mêle techno et trance. Le festival accueille également Voltaire et ses live toujours réglés au millimètre, avant de finir avec Lucile Cordova la jeune DJ originaire du Sud de la France – qui ne passe que des vinyles ! Le lendemain, on va découvrir tour à tour Space 92Léo Pol ou Miley Serious et son mélange entre punk et techno. Le duo Autoreverse finira la soirée avec ses influences house, nu-disco et disco.

Malgré cette programmation riche, « le festival reste à taille humaine, avec des petites scènes mais des soundsystem de qualité, entre artisanat et professionnalisme. Cela nous permet de garder des prix très accessibles d’une dizaine d’euros ». Post-covid, le festival a vu un boom dans ses fréquentations, avec plus de 3 000 personnes par soir les années précédentes. Pas de quoi faire flamber les prix ; le pass un soir est à 14 euros et les deux jours à partir de 20 euros.

LOLA FAORO

Les Électros d’Uzès
Les 1er et 2 août
Promenade des Marronniers

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L’été en courts

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phare
© X-DR

« Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ? » chantait Trénet. En ces temps moroses, Phare axe sa programmation 2025 sur le bonheur. Quatre jours de projections – fictions, documentaires, animations – pour se faire du bien ! Une quinzaine de courts métrages (dont beaucoup réalisés par des femmes) en lice avec quatre prix à la clé : ceux du Public, des Cinéastes, des Étudiants et le Prix Alice-Guy. 

Ouverture le 6 août au soir, à Fontvieille, au cinéma Eden, pour retrouver Le Joli Mai de Chris Marker et Pierre Lhomme. Quand, au sortir de la guerre d’Algérie en 1962, les réalisateurs interviewaient les Parisiens dans ce « premier printemps de la paix ». Voix off d’Yves Montand, musique de Michel Legrand. Nostalgie et joie des retrouvailles assurées pour les spectateurs les plus âgés ! 

Le lendemain, la sélection compétitive se dévoile au Théâtre Antique d’Arles. On va s’attendrir entre autres, sur la rencontre de Vadim et Léonore dans un salon de bronzage (Les Solariens de Clarence Larrivoire). Sourire aux tentatives désespérées de Philippe Rebbot pour faire cesser la rumeur qui le prétend mort (Mort d’un acteur d’Ambroise Rateau). Puis un voyage poétique au Cap Vert avec Joanna, la dessinatrice et Lito, le pêcheur (Kaminhu de Marie Vieillevie). 

De la musique aussi

Le 9 août, conférence au musée Arlaten par Robert Pujade qui créera des ponts entre le cinéma et les collections du musée. Puis soirée « humour » à la fraîche, sur les gradins du théâtre romain. Pour la clôture, le 10 août, après la remise des récompenses, on pourra assister à un ciné-concert avec la talentueuse Anna Idatte sur un film de Jeanne Roques, dite Musidora, muse des surréalistes, star du cinéma muet chérie par Louis Feuillade, mais aussi cinéaste, romancière et membre fondatrice de la cinémathèque française !

ÉLISE PADOVANI 

Phare
Du 6 au 10 août
Divers lieux, Arles

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Durance en cadence

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© Christian Ducasse

Du 1er au 16 août, le Festival Durance Luberon poursuit son ancrage territorial avec une 28eédition qui conjugue exigence artistique, éclectisme musical et esprit de convivialité. Neuf dates, neuf lieux, et une ligne artistique qui refuse le cloisonnement : jazz, opéra, opérette, musiques du monde… tous les genres sont conviés dans une même logique de partage.

La soirée d’ouverture, le 1er août dans la cour d’honneur du Château de La Tour d’Aigues, donne le ton. Le saxophoniste Rémi Abram, héritier flamboyant de Sonny Rollins, invite à un voyage jazz aux accents chauds et fluides. Le lendemain, le Trio Barolo mêle jazz, musiques baroques et airs populaires sur la terrasse du château de Peyrolles-en-Provence. Une traversée musicale au carrefour des genres, fidèle à l’identité du festival.

Le 3 août, place de l’Église à Grambois, une soirée lyrique marque les 150 ans de la mort de Bizet. La soprano Carole Meyer, entourée des pianistes Vladik Polionov et Tristan Legris, revisite les œuvres de jeunesse du compositeur et livre un éclairage sensible sur l’avant-Carmen. Le souffle folk du festival s’incarne ensuite dans la soirée du 8 août, à La Tour d’Aigues, avec le groupe The Green Duck. Musiques irlandaises endiablées, virtuosité souriante et ambiance festive garantissent deux heures trente de communion joyeuse.

Musique et théâtralité

Le 9 août, à Lauris, la soprano Charlotte Bonnet rend hommage aux héroïnes de l’opéra français et aux grandes figures de l’opérette viennoise. Thaïs, Marguerite ou La Veuve Joyeuse trouvent ici une voix vibrante, portée par le piano complice de Vladik Polionov. Le 10 août, au Château de Mirabeau, changement de climat : Violence et passion explore les scènes les plus intenses du répertoire lyrique. Le quatuor vocal, composé de Julie Robard-GendreValentin ThillFlorent Leroux Roche et Carole Meyer s’attellera programme dramatique (HamletDon CarloCavalleria Rusticana) en compagnie de Vladik Polionov, également à la présentation du concert.

Le 14 août, place à l’humour et à la satire. L’opérette Les Travaux d’Hercule de Claude Terrasse, créée en 1901, est reprise dans une mise en scène vive par l’ensemble Musicatreize. L’occasion de découvrir une œuvre rarement jouée, où le héros mythologique est confronté à une galerie de personnages cocasses, entre quiproquos et situations absurdes. Et d’entendre l’ensemble sur un registre dont il n’est pas coutumier. Le 15 août, retour à La Tour d’Aigues pour une Traviata intimiste, en version piano-voix. Armelle Khordoïan campe une Violetta bouleversante, face à Rémy Poulakis en Alfredo et Norbert Dol en Germont père. Mise en scène et direction musicale assurées une fois de plus par Vladik Polionov.

Enfin, le 16 août, le festival se clôt à Lauris sur une note jazz avec le Jon & John Trio. Énergie, complicité, improvisation : un final festif à l’image de cette édition 2025, vivante, plurielle, accessible.

SUZANNE CANESSA

Festival Durance Luberon
Du 1er au 16 août
Divers lieux, Luberon 

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60 ans d’« utopie réaliste »

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châteauvallon
PHOTOS D'ARCHIVES - Maurice Béjart © DR Châteauvallon

Châteauvallon, c’est « une utopie réaliste » écrit Charles Berling, son directeur. Il reprend ici l’oxymore utilisé pour le colloque présidé par Edgard Morin en 1995, organisé pour les 30 ans du lieu, qui s’appelait encore à cette époque le Théâtre de la danse et de l’image. Celui qui a grandi en partie à Toulon raconte : « Alors que j’étais tout jeune, j’ai eu la chance, comme tant d’autres, de me construire en tant qu’artiste et citoyen dans ce lieu exceptionnel qui offrait au public de nombreuses créations, des rencontres et des évènements à la renommée internationale ».

Fort de ces souvenirs marquants, le directeur de la scène nationale a décidé, avec ses équipes,de travailler sur une 60e édition mettant au cœur de sa programmation la notion de temps et de transmission entre les générations. Au programme : flâneries poétiques, lectures, expositions, et grands spectacles de danse et de musique.

Répertoires danse

Le Ballet Preljocaj est présent à travers deux propositions, conjuguant répertoire, reprise et création : le 4 juillet, le G.U.I.D (Groupe Urbain d’Intervention Dansée) investit la pinède enreprenant plusieurs tableaux des pièces les plus connues du chorégraphe.

Puis du 24 au 26 juillet, c’est la reprise d’Helikopter, pièce créée en 2001 : six danseur·eusessur scène exposé·e·s aux rythmes « technorganiques » de la fameuse pièce de Stockhausen écrite pour le Quatuar Arditti, jouant depuis des hélicoptères. Un moment dense, « orageux »,suivi d’un autre plus doux, lumineux, Licht, création 2025 d’Angelin Preljocaj sur une musique de Laurent Garnier. Un DJ qui, pour le chorégraphe, est une sorte de petit-fils putatif de Stockhausen, considéré comme le grand-père de l’électro.

Répertoire et transmission également avec (La)Horde – Ballet national de Marseille qui vient danser Roommates, une façon de « célébrer les écritures plurielles de chorégraphes qui ont formé [leur] regard ». Des extraits de chorégraphies de Claude Brumachon et Benjamin Lamarche, Cecilia Bengolea et François Chaignaud, et Lucinda Childs sont complétés par des pièces du collectif, dansé par 11 interprètEs (10 et 11 juillet).

Quant à Kader Attou, il est aux manettes de La Nuit du hip-hop (18 juillet) avec sa compagnie Accrorap : popping, break, beat-box et graffiti, suivi d’un voyage chorégraphique à travers des extraits de spectacles emblématiques, racontant « comment Châteauvallon a accompagné le hip-hop et inversement ».

Public sur scène

Le 4 juillet, après les interventions du G.U.I.D dans la pinède, Caillou Michael Varlet et Nacim Battou invitent le public à prendre place sur la scène de l’amphithéâtre, contempler les 1 167 pierres qui le composent, et traverser, dans L’Espace vide, sous la forme d’une fresque vivante en mapping vidéo, 60 ans de culture et de créations, de Patti Smith à Dizzy Gillespie, de Carolyn Carlson à Maurice Béjart.

Un public également invité sur scène pour la clôture du festival, le 29 juillet, par Jann Gallois : une Block Party sous forme d’atelier de danse géant, à vivre en famille, pour apprendre des pas et, ensuite, danser ! 

Musique au grand air

L’ouverture du festival se fait en opéra avec Norma de Bellini (26 au 28 juin), dirigé par Andréa Sanguinetti avec l’Orchestre et le Chœur de l’Opéra de Toulon et le Chœur de l’Opéra de Nice. Trois représentations en plein air, avec des décors pensés et adaptés à la scène de l’amphithéâtre. 

Autre temps fort musical, avec la troupe de la Comédie-Française (1er juillet) pour Les Serge (Gainsbourg point barre), un spectacle en forme de portrait collectif de Serge Gainsbourg, une sorte de concert stand-up, composé d’extraits d’interviews, de textes et de reprises de chansons personnalisées par chacun des artistes présents : Stéphane VarupenneBenjamin LavernheSébastien PouderouxNoam MorgenszternYoann Gasiorowski, et Marie Oppert

Le compositeur Loïc Guénin est présent lui avec deux propositions déambulatoires : A Web, A Limb, A Wire (6 juillet à 5 h du matin) un rendez-vous aux aurores et une création sonorepour accueillir le lever du soleil en écoute immersive.

Et Walden-Châteauvallon (15 juillet) différentes compositions créées in-situ à partir des notes, dessins, enregistrements pris par le compositeur lors de ses arpentages du site de nuit et de jour, pendant plusieurs mois. Mêlant musique, mots et sons, en lien avec l’histoire du site et son environnement, des compositions interprétées par des musicien·ne·s, ou bien émises à travers des installations, dans différents endroits à découvrir.

MARC VOIRY

Festival d’été 
Du 26 juin au 29 juillet
Châteauvallon, Scène nationale d’Ollioules

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Gangs of Taïwan : la fin d’une époque

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Gangs of taïwan de Keff @ Kindred Spirit

Pour ce premier long-métrage, Keff dit avoir voulu concocter un « film porc braisé ». Un film, qui, comme ce mets asiatique, offre une incroyable saveur à partir d’ingrédients simples – pourvu qu’ils soient cuisinés avec art. Et de fait, Gangs of Taïwan excelle au mélange, subtil et délicieux, même si une amertume tenace reste en bouche.

Zhong-Han (Liu Wei Chen) est un jeune taïwanais, adopté comme un fils par Rong, vieux restaurateur qui tient avec sa femme, une cantine populaire, dans sa famille depuis trois générations.  Zhong-han est muet comme le Samouraï de Melville, comme le cinéma des origines, ou métaphoriquement comme Taïwan, un pays qui ne peut parler en son nom propre. Le jour, il travaille au resto. La nuit, membre d’une bande de voyous aux ordres d’un parrain mafieux, il rackette, piège, intimide, brutalise sur commande. Son chef du groupe l’apprécie : “Tu n’as pas eu de chance à la distribution des cartes mais tu joues quand même, tu ne te dégonfles pas.” Solitaire, porteur d’une colère froide et d’une souffrance latente, Zhong-han observe, impassible, un monde qui le traverse, l’expose, le crucifie. Si son idylle avec la caissière d’une supérette du quartier adoucira un temps son mal de vivre, loi implacable du genre noir, la tragédie le rattrapera. Car à la fin ce sont les méchants qui gagnent. Et les vainqueurs qui imposent leur vérité. Tout au plus, les perdants leur opposeront quelque chose qui pourrait s’appeler panache ou dignité.

Rien de la chorégraphie nerveuse et virtuose des polars hongkongais mais le même sens esthétique et la même élégance.

Alternance jour-nuit

La lumière rouge et stroboscopique d’une boîte succède à celle un peu blafarde du jour, les néons des avenues de Tapei, au soleil d’une escapade amoureuse. En cut ou fondus, on passe d’une ambiance à l’autre. D’une pulsation à l’autre. Le visage de Zhong-han en clair-obscur semble parfois un Caravage.

Keff brosse ici le portrait de la jeunesse taïwanaise. Celle dorée des héritiers que les gangsters dépouillent, celle corvéable à merci, qui trime et ne peut pas faire d’études, celle qui verse dans la violence, se rêve en « Robins des bois » mais se fait manipuler par des politiciens associés à des hommes d’affaires et à des parrains. Celle qui manifeste dans les rues ou celle qui s’intéresse davantage à l’ouverture d’une pâtisserie branchée et à ses followers sur Insta qu’au destin de l’île. On est en juin 2019. De nuit comme de jour, les écrans télé retransmettent les images des émeutes de Hong-kong. C’est une phrase de Martin Luther King qui ouvre le film : « Les émeutes, c’est le cri des sans voix ». Les élections se préparent à Taïwan et divisent la population. La Chine menace. Et la fin imminente d’une époque s’immisce dans les esprits.

La caméra ne s’appesantit jamais et le scenario n’explique rien. Une rétention qui fait sens comme le mutisme désespéré de Zhong-Han.

ELISE PADOVANI

Gangs of Taïwan, Keff

En salles le 30 juillet

Quand le journalisme devient cirque 

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© X-DR

Ce n’est pas le théâtre mais une agence d’assurance Maif qui accueille Au pays des hypers à Avignon jusqu’au 24 juillet. Et les trois acteurs en jogging Lidl en rigolent haut et fort. Ce spectacle ironique prend à partie le public, le fait rire, le bouscule et le gêne aussi. « Le supermarché est un lieu violent, tant pour les consommateurs que les travailleurs ou les animaux » lance Sylvain Lablée, acteur du collectif La bande à Léon à l’initiative ce spectacle. 

Il faut dire que depuis 2019 ce collectif s’intéresse à la violence, « en particulier dans ce que Marc Augier appelle les non-lieux, explique Sylvain Lablée, c’est-à-dire ces espaces interchangeables de rencontres sans véritables connexions entre les individus comme les supermarchés, les stations d’autoroutes ». Mais ils refusent le sérieux et préfèrent l’humour. Un humour noir et vache que le collectif revendique.

Miss Mende 

Cette violence se traduit donc par un humour très piquant, mais parfois proche du mépris : Béatrice, caissière dont on fête le départ à la retraite, se souvient avec fierté que le magasin embauchait seulement des gagnantes du concours de Miss Mende. Et si l’on entend bien la critique d’un patron misogyne qui employait « à la tête », on rit plus du personnage ridicule de Béatrice, que de son patron. 

Certains « produits voyous », comme le nutella, sont eux aussi critiqués. Pour cela les acteurs donnent de leur personne : une actrice l’engloutit à la main et s’en met même dans le nez. Plus tard, les deux actrices courent pour atteindre la dégustation gratuite d’andouillettes et se baffrent de saucisses végétariennes. Du clown rieur donc, mais bien trop superficiel face au travail de Florence Aubenas sur lequel le spectacle entend s’appuyer. 

LOLA FAORO

Au pays des hypers est donné jusqu’au 24 juillet à la Maif d’Avignon

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