Locale de l’étape et conclusion d’une longue et belle saison de récitals organisés par Marseille Concerts à l’Opéra, la pianiste Amandine Habibs’installe au foyer ce dimanche 25 mai le temps d’un récital dédié à François Couperin. L’occasion pour un public davantage habitué à un répertoire classique et romantique de découvrir ce héraut de la musique baroque française.
Saluée pour son disque intitulé Les Ondes, mêlant les œuvres les plus imagées et poétiques du compositeur à celles de Claude Debussy, son lointain cousin impressionniste, Amandine Habib saura sans nulle doute en transcrire toute la grâce et la richesse.
Dans leur dernier album enregistré en 2024 dans les Hautes-Alpes, le Duo Neria redonne voix à des compositrices que l’histoire a trop souvent oubliées comme Marie Jaëll ou Hedwige Chrétien. Camille Belin (piano) et Natacha Colmez-Collard (violoncelle) mettent aussi en lumière des œuvres de jeunes créatrices contemporaines comme Camille Pépin et Elisabeth Angot qu’elles font résonner avec l’élégante Sonate de Saint-Saëns à l’intensité dramatique.
On pourra découvrir ce programme inédit oscillant entre romantisme et modernité lors de trois concerts proposés par l’Espace de Chaillol en partenariat avec Présence Compositrices, association qui met en valeur le matrimoine musical.
ANNE – MARIE THOMAZEAU
Du 23 au 25 mai À Avençon, Gap et La Fare-en-Champsaur
Dividus est la première pièce chorale de Nacim Battou et de sa compagnie Ayaghma (fondée en 2017), une dystopie chorégraphique pour sept danseurs, qui se déroule dans un futur où le spectacle vivant n’existe plus, où tout a été oublié, ses raisons, ses codes, ses critiques, ses acteurs… Mais une minorité de danseurs a néanmoins été préservée, pour donner à voir les vestiges de cet art oublié.
Sur la scène, ils sont dans une boîte-laboratoire, protégés autant qu’observés. Des questions se posent : que s’est-il dit de si important dans ces lieux ? Aujourd’hui, quelles sensations devons-nous transmettre ? Que laisser aux générations futures ? Le chorégraphe a emprunté le titre de son spectacle au philosophe et romancier japonais Keiichiro Hirano, qui définit le « dividu » comme ce qui réunit toutes nos personnalités, et nous définit en tant qu’individu comme en tant qu’être social.
À la mort de Gisèle Halimi, en 2020, l’artiste multidisciplinaire Estelle Meyer découvre l’œuvre littéraire et l’ampleur du combat de la grande avocate. Nait alors en elle la nécessité de témoigner, de raconter à son tour ses propres expériences de femme pour « en faire quelque chose » comme Halimi a su avant elle transformer ses causes intimes en combat collectifs.
Dans Niquer la fatalité, mis en scène par Margaux Eskenazi, Estelle Meyer fait dialoguer le récit de ses révoltes, de ses joies et de ses traumatismes, avec des fragments de vie de Gisèle Halimi, qu’elle incarne par moment. Parfois, le chant vient remplacer la parole, et la danse s’invite aussi. Accompagnée sur scène de deux musiciens, l’artiste entend créer un moment de communion émancipatrice.
De l’intrigue de Hamlet de Shakespeare, on retient souvent, avant tout autre chose, l’histoire d’une vengeance, d’une forme de justice que le prince du Danemark promet à son défunt père de rendre. Mais pour les metteurs en scène Alexis Moati et Pierre Laneyrie de la Compagnie Vol Plané, cette grande pièce est aussi une occasion d’aborder des thèmes comme la transmission et les tourments de la jeunesse.
Leur version se joue dans un décor dépouillé, sans costumes ni fastes techniques, mais entendmettre en lumière les comédien·nes. Iels coupent parfois le texte, le commentent, s’adressent au public ou au contraire incarnent pleinement les personnages. Une manière sobre d’explorer l’intimité et l’humanité du héros vengeur.
Avec son projet littéraire Éloge de la honte, Mathieu Simonet s’intéresse depuis 2019 à cette émotion si universelle et pourtant si intime qu’est la honte. Il invite ainsi des anonymes à lui écrire des cartes postales dans lesquels iels répondent à une question simple : « De quoi avez-vous honte ? ».
L’auteur, habitué depuis une vingtaine d’années à inventer des dispositifs littéraires collaboratifs, a posé cette même question à trois classes de lycées et de collège. Après des mois d’ateliers conduits par Simonet avec la complicité de la musicienne Amandine Maissiat, les élèves présentent à La Criée le fruit de leur travail dans le cadre du festival Oh les Beaux jours ! auquel l’auteur est invité pour deux projets [lire p.2].
Rythmée par les musiques électroniques très 2000’s d’Ulf Langheinrich et colorée par les lumières de Kurt Henschläger, N, pièce maîtresse créée par Angelin Preljocaj en 2004, revient sur la scène du Pavillon Noir.
Interprétée cette fois par les danseurs du Ballet Junior le temps de trois représentations, cette œuvre exigeante qui dessine les contours de l’amour et surtout de son envers – la haine évoquée par paréidolie – tirera le meilleur de la jeunesse, de la fougue et de l’endurance de ses danseurs et danseuses en pleine mue.
Habitué de la scène des Salins, Sylvain Groud y présente sa dernière création, Le Banquet des merveilles. Le directeur du CCN de Roubaix, ancien danseur du Ballet Preljocaj, rejoint en plateau cinq danseurs et cinq musiciens pour deux heures d’un spectacle ample et généreux, gothique et lyrique.
Postulant la fin violente d’un monde comme condition nécessaire à sa renaissance, Le Banquet des merveilles donne la parole à une société venue des marges et des souterrains. Et nous plonge dans une douce ivresse au goût de cendres.
Dans le cadre du Printemps de la danse, la danseuse et chorégraphe hip-hop Mellina Boubetra présente deux pièces au Zef, scène nationale de Marseille. Dans la première, NYST, elle danse seule. Tandis qu’elle improvise ses mouvements, la danseuse Julie Compans décrit ce qu’elle voit, autant la chorégraphie que le jeu des lumières. Une pièce qui interroge la manière de regarder le mouvement.
La seconde, INTRO, est une pièce chorale dans laquelle Mellina Boubetra s’intéresse à la manière de traduire chorégraphiquement les émotions des interprètes. Huit danseuses s’engagent dans un dialogue dansé, sensible, au son de rythmes techno. Première pièce créée par Mellina Boubetra, INTRO se présente comme une transe introspective collective, qui laisse toute la place à la singularité de chacune.
Peut-on imaginer un acte aussi universel, et pourtant si culturellement marqué que celui de manger ? Celui de cuisinier, peut-être. Temps fort de la saison de la Scène nationale de Cavaillon depuis trois ans, le Festival Confit ! propose, du 20 au 25 mai, de réfléchir aux enjeux culturels et politiques de la nourriture.
Qui dit pratique culturelle dit héritage, qu’il soit traditionnel ou familial. Le festival dédie donc une grande partie de sa programmation à cette thématique avec différentes performances cuisinées. En ouverture, le 20 mai, Histoires de manger : apéro zakouski de Tatiana Spivakova et Maly Diallo plante le décor et surtout les enjeux présents en filigrane tout au long du festival : transmission, dominations sociales, et récits de vie liés à l’alimentation.
Avec Freekeh, Hiba Najem invite le public dans les campagnes du Sud du Liban pour un rituel culinaire et funéraire (du 23 au 24). Anissa Aou évoque le lien familial, celui au père absent plus précisément, à travers la pratique de la pâtisserie. Dans, Au non du père d’Ahmed Madani (présent avec elle sur scène), elle retrace son voyage sur les traces de ce paternel qui ne l’a jamais reconnue, le tout en préparant un dessert (les 22 et 23). Enfin, avec un arpentage collectif de Mangeuses de Lauren Malka, le festival propose d’analyser la manière dont la culture occidentale dicte la relation des femmes à l’alimentation (le 24).
Interroger les modes d’alimentation nécessite également de réfléchir aux modes de production des aliments que nous consommons, aux impérialismes qui ont permis de faire venir les tomates dans les assiettes européennes, à l’exploitation esclavagiste puis post-coloniale qui nous permet de boire du café. Ce sont ces dominations qu’analysent Eva Doumbia et sa compagnie La Part du Pauvre/Nana Triban dans Autophagies, une performance documentaire qui allie théâtre, musique, danse, vidéo, et bien sûr cuisine (20 et 21). Le 22, le cuisinier et comédien Alexandre Bella Ola, qui participe aussi à Autophagies, s’empare en solo de la question coloniale avec la conférence cuisinée Le voyage des ingrédients, un regard noir.
La question de la production renvoie aussi évidemment à ses enjeux environnementaux. Une problématique explorée par Sien Vanmaele – remplacée sur la durée du festival par la comédienne Annelotte van Aarst – dans son Repas de Mer, une sorte de quête gastronomique dans laquelle elle imagine différentes recettes à partir d’algues et autres produits marins, inspirées par ses rencontres avec des producteur·ice·s en milieu salin (en néerlandais surtitré, du 23 au 25).
CHLOÉ MACAIRE
Festival Confit ! Du 20 au 25 mai La Garance, scène nationale de Cavaillon