samedi 14 février 2026
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Vers un pays inconnu

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(C) Eurozoom

Reda et Chatila
Ils sont palestiniens et viennent d’un camp de réfugiés au Liban : deux cousins, Chatila (Mahmood Bakri) et Reda (Aram Sabbagh), toujours avec son skate-board. Ils habitent dans un squat à Athènes et rêvent de pouvoir partir à Berlin. Mais sans papiers et sans argent, peu de chance d’y arriver. Il s’agit donc de s’en procurer. Les deux cousins multiplient les combines, promeneurs qu’on arnaque dans les parcs, vol de chaussures dans les magasins et revente, prostitution parfois. La somme d’argent qu’exigent les passeurs est d’autant plus difficile à obtenir que Reda a une fâcheuse tendance à se défoncer et à dilapider l’argent péniblement amassé. Chatila le plus responsable des deux, met consciencieusement de côté leurs gains car il espère pouvoir faire venir plus tard en Allemagne sa femme et son fils qui vivent encore dans un camp libanais. Il pique régulièrement des colères contre Reda, qui reste toutefois sa seule attache dans cette ville. Avec Malik (Mohammad Alsurafa), un jeune garçon de 13 ans, abandonné en Grèce et qui voudrait rejoindre sa tante en Italie, ils partagent quelques moments chaleureux, les seuls de cette vie de galère. Mahdi Fleifel les suit dans leur errance, dans une ville aux ruelles taguées, sales, loin des lieux emblématiques, dans des squats où s’entassent tous ceux qui sont là et voudraient partir, et que la caméra de Thodoris Mihopoulos filme, révélant leur misère.

Thriller nerveux

Mahdi Fleifel s’est inspiré de faits réels, d’histoires vécues pour réaliser ce premier long métrage de fiction. « Athènes me rappelait Beyrouth » a précisé le cinéaste, né à Dubaï, élevé dans le camp libanais d’Ain el Helweb qu’il avait évoqué dans son documentaire A World Not Ours en 2012. Quant à Chatila et Reda, superbement interprétés, ce sont George et Lennie, les personnages de Des Souris et des hommes de John Steinbeck, qui les ont inspirés : Mahdi Fleifel nous les a rendus attachants malgré leurs errements et leurs méfaits. « Chatila, on est des monstres ! » reconnait Reda. Et comme le récite Abu Love, un des personnages, citant des vers de Mahmoud Darwich « Tu n’as pas de frères, mon frère, pas d’amis, mon ami, pas de citadelle, pas d’eau, pas de médicaments […] Dans cet espace ouvert aux ennemis et à l’oubli, fais de chaque barricade un pays. ». Ils nous font sourire aussi parfois, surtout Réda qui accumule les bêtises. À travers eux, le cinéaste parle bien évidemment du destin des Palestiniens, sanslourdeur, dans un rythme rapide, tel un thriller nerveux, ponctuant son film de moments à la limite du comique.

 « Lorsque nous avons entamé ce projet, les événements en Palestine venaient de reprendre. Cela a eu un impact profond sur nous tous, (…) Nous avons réalisé qu’il n’y avait rien à dissimuler. Nous avions le choix entre rester passifs, figés devant les informations, ou bien investir corps et âme dans la réalisation de ce film » a déclaré le réalisateur au moment de sa présentation à la Quinzaine des cinéastes à Cannes.

Un film qui résonne très fort en cette période.

ANNIE GAVA

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Oona Doherty danse Belfast

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© HTBS Press

Tout commence dans une salle obscure. Seul un faisceau de lumière éclaire trois jeunes gens vêtus de noir, capuches vissées sur la tête, mains dans les poches. Ils fixent la fumée qui s’élève d’un feu imaginaire. Le décor est posé : nous sommes dans les rues de Belfast, cette ville marquée par trente ans de conflit et pour laquelle Oona Doherty écrit sa prière en quatre tableaux.

La chorégraphe apparaît ensuite, allongée au sol, simplement vêtue d’un t-shirt blanc et d’un bas de jogging. Derrière elle, pour seul décor, une immense cage en métal. L’espace sonore est occupé par des voix, des sons de rue et les paroles d’habitants de Belfast, sur fond de musique sacrée. OonaDoherty leur donne vie avec deux solos puissants, en ouverture et en clôture de la soirée : elle les danse, les incarne, les mime aussi, avec une intensité fascinante, traduisant jusque sur son visage les émotions de chacun. Hip-hop, capoeira et danse urbaine se mêlent dans sa performance brute et expressive.

Forts et tendres 

Puis, les Sugar Army entrent en scène avec une énergie palpable. Ce sont de jeunes danseuses, recrutées dans chaque ville où le spectacle se joue. Vêtues de treillis et de bombers satinés aux couleurs vives, elles racontent le chemin chaotique de l’adolescence à travers des courses circulaires effrénées, un haka revisité, des parades aux allures de défilés de mode…

Dans le tableau suivant, deux interprètes aux allures massives de lutteurs, torses nus, avancent très lentement l’un vers l’autre pour finir enlacés. Ils luttent, se repoussent et se retrouvent à nouveau. A la fois forts et tendres – hard and soft – on y perçoit un choc des générations, une confrontation complexe des sentiments et des idées, au sein d’une même famille mais aussi au sein d’une même ville. Oona Doherty raconte son Belfast avec rage et poésie, témoignant ainsi des différentes facettes de ses habitants.

CÉLIANE PERES-PAGÈS

Spectacle le 1er mars au Pavillon Noir, Aix-en-Provence.  

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Le jazz de Jacky Terrasson à La Criée

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© E.M.

La grande salle de La Criée affichait complet pour le concert de Jacky Terrasson. Le pianiste, à l’aube de la soixantaine, devait livrer un set brûlant, principalement issu de son dernier album Moving On, avec ses partenaires de tournée : Sylvain Romano (contrebasse, et marseillais de l’étape) et Lukmil Perez (batterie). Dans cette forme canonique du trio jazz, l’évocation d’Ahmad Jamal était un passage obligé : la première composition originale était un hommage à « l’architecte », débordant de sensations contrastées, par un interplay constant entre les musiciens. 

Besame Mucho, introduit par une évocation de Chopin, fait l’objet de variations rythmiques au service de la seule sensualité. L’ensemble du set est à l’avenant : les compositions originales comme les standards faisant l’objet de traitements polyrythmiques et polyphoniques à fort degré de swing et de groove, avec un détour obligé par le blues – sur un Misty d’une rare profondeur jusqu’à un Autumn Leaves reconstruit autour d’un contrepoint ravageur. Et à un chant d’oiseau enregistré à Bornéo, intitulé Edit Piaf, de donner au concert les atours d’une performance écologique.

LAURENT DUSSUTOUR

Concert donné le 3 mars à La Criée, théâtre national de Marseille.
Une proposition de Marseille Concerts.

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Sigmar Polke : se jouer de l’art

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sigmar polke
Sigmar Polke, Flüchtende (Fugitifs) 1992. Carré d’Art, Musée d’art contemporain de Nîmes © The Estate of Sigmar Polke/ Adagp, Paris, 2005 Photo Franck Sperling

Peu exposé en France depuis quelques années, Sigmar Polke (1941-2010) est un artiste, peintre et photographe allemand, connu notamment pour ses expérimentations formelles en termes de style et de matériaux. Inaugurée le 1er mars, l’exposition Sigmar Polke, Sous les pavés, la terre (dont le titre a été choisi en référence à l’énergie transgressive de mai 1968 qui irrigue ses premiers travaux) offre un panorama de son œuvre, avec la peinture au cœur du propos. Comme toujours à la Fondation, le commissariat est assuré par sa directrice Bice Curiger, qui fut une amie personnelle de Sigmar Polke avant sa mort, et une spécialiste de son œuvre. Elle apparaît d’ailleurs sur l’un des films tournés par Polke et ses pairs et diffusés sur des télévisions dans différentes salles de l’exposition. 

Au-delà des codes 

Affranchi des codes classiques de la peinture, Polke se distingue en travaillant le plus souvent sur des tissus d’occasion ou industriels. Ainsi, Gangster (1988) et Cristal d’un souffle (1997), sont peints sur des voilages enduits, produisant de beaux jeux de transparence, et c’est une flanelle sale à motifs qui accueille les lignes abstraites d’Images de hérons II.

© The Estate of Sigmar Polke, Cologne/ Adagp, Paris, 2025

Il travaille aussi sur des trames d’images de journaux, qu’il imprime ou reproduit à la main point par point, en s’intéressant aux tâches et autres ratés que cela produit. C’est l’un des procédésutilisés pour ses célèbres Fugitifs (1992).

Photographies 

Si l’exposition se concentre en priorité sur les peintures de Polke, elle présente aussi une partie de son travail photographique. Une salle est consacrée à ses clichés des catacombes de Palerme (1976), d’autres photos documentent sa recherche autour de la peinture, par exemple autour d’Estampe et Révolution, 200 ans après, tableau réalisé dans le cadre d’une grande commande publique pour le bicentenaire de la Révolution française. 

Cette belle exploration de l’œuvre de Polke se conclut sur un film de ses dernières œuvres, douze vitraux pour la Cathédrale Grossmünster de Zurich, créés en 2009. Déjà très riche, l’exposition sera complétée à partir du 21 mars, par Paganini et Le jour de gloire est arrivé, deux tableaux importants datant des années 1980, actuellement exposé au musée du Prado de Madrid.

CHLOÉ MACAIRE

Sigmar Polke. Sous les pavés, la terre
Jusqu’au 26 octobre 
Fondation Van Gogh, Arles

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Carton plein pour Émilie Lalande

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Émilie Lalande
© Jean-Claude Carbonne

Créé en 2017, le Pierre et le loup revu et chorégraphié par Émilie Lalande a depuis tracé un joli chemin. Le principe demeure le même face à une salle toujours comble, pour des sessions en scolaire comme pour la séance du mercredi après-midi : les membres du public décident au lever du rideau quels danseurs vont interpréter ces rôles qu’ils connaissent sur le bout des doigts – ou plutôt des oreilles !

Ce mercredi 26 février, Anaïs Pensé endosse les – quelques – plumes de l’Oiseau. Baptiste Martinez sort les griffes pour se glisser dans les pattes du chat. Audrey Lièvremont chausse, quant à elle, de belles palmes de plongée et un air invariablement nigaud pour donner corps à un canard si attachant ; Jean-Charles Jousni bombe le torse pour incarner un Pierre au courage inaltérable ; Marius Delcourt courbe son dos et tremble du mollet, car le grand-père semble ici plus âgé que jamais. Et Jérémy Kouyoumdjian prête enfin ses traits au chasseur et au loup – ne sont-ils au fond pas les deux faces d’une même pièce ? 

Un tube pour la jeunesse

L’ouverture laisse le temps aux jeunes spectateurs de peser le pour et le contre, et aux interprètes d’essayer leurs costumes. Mais on peinera, une fois le spectacle commencé, à imaginer une distribution moins idéale. C’est que les interprètes se révèlent particulièrement investis physiquement dans une chorégraphie maline, grâcieuse et symboliquement riche, mais également théâtralement dans la caractérisation volontairement outrée de leurs personnages. 

Dans le rôle de la narratrice, Émilie Lalande rappelle la finesse et la précision de sa gestuelle, elle qui fut il y a quelques années une grande interprète du Ballet Preljocaj. L’influence du chorégraphe est tangible mais jamais écrasante, d’autant que l’humour mais également la plasticité bricolée de l’artiste, également présente aux décors et costumes, insuffle une forte identité au tout. Un inratable du spectacle jeunesse, applaudi à tout rompre par des enfants fascinés et émus. 

SUZANNE CANESSA

Spectacle donné les 3 et 4 mars au Pavillon Noir, Aix-en-Provence.

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« Berlin, été 42 » : L’amour contre la barbarie

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Arrêtée comme son compagnon en 1942, alors qu’elle était enceinte. Guillotinée en 1943 avec ses camarades de lutte, Hilde Coppi a laissé un fils né en prison, qui n’eut de cesse de garder la mémoire de ses parents, et dont on entend les mots à la fin du film. Pour rendre hommage, justice, corps et voix à la jeune Résistante, le réalisateur choisit la douceur et la modestie. Pas de croix gammées, de coups de feu, de séances insoutenables de torture. Pas plus que d’actes de sabotage pyrotechniques spectaculaires. Andreas Dresen évoque un été radieux. La rencontre amoureuse d’Hilde ( Liv Lisa Fries) et de Hans Coppi ( Johannes Hegemann), les baignades et les pique-niques des jeunes Résistants au bord de l’eau, l’exultation de leur jeunesse solaire comme une véritable ode à la Vie. Images saturées de lumière qui reviendront assez conventionnellement en flash back alors qu’Hilde de sa prison n’aperçoit qu’un bout de ciel. En alternance, espaces ouverts de liberté et espaces fermés (ceux pour l’amour et la clandestinité puis pour la mort).

Le réalisateur dit avoir voulu s’éloigner des stéréotypes héroïques qui lui étaient proposés dans la RDA de son enfance, rendant perversement inaccessible au commun des mortels toute rébellion. Il montre comment la résistance à la monstruosité du Troisième Reich passe par de petits actes : une femme qui cache un document dangereux en s’asseyant dessus, une infirmière qui s’oppose à un docteur-boucher, une matonne qui infléchit les règles pour aider Hilde.

La boussole

Incarnée par Liv Lisa Fries – l’inoubliable Charlotte Ritter de la série Babylon Berlin -, Hilde est une fille sage, discrète, au look de gouvernante avec sa tenue convenable et ses lunettes rondes. Une fille bien élevée même quand la Gestapo l’interroge. C’est par amour pour Hans qu’elle rejoint le réseau d’activistes et met sa subtilité au service de leur lutte anti nazie, apprend le morse, envoie des messages aux Soviétiques, écoute les émissions de Radio Moscou pour transmettre aux familles des nouvelles des prisonniers allemands, colle des affiches. Liv excelle à traduire par ses gestes et postures. la vulnérabilité de cette femme et cette force intérieure, « cette boussole » comme dit le réalisateur qui lui indique ce qui est juste de faire. De Hilde avec amour, les derniers mots d’une dernière lettre de Hilde Coppi, repris par le titre du film semblent s’adresser tout aussi bien à sa mère et à son fils, qu’à nous qui voyons 80 ans plus tard, la résurgence décomplexée des mouvements fascistes.

ELISE PADOVANI

En salles le 12 mars 2025

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L’Opéra de Montpellier met les femmes à l’honneur 

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Médée © S.Brion

Conçu comme une invitation à plonger au cœur du romantisme, le concert donné les 7 et 8 mars à la Salle Pasteur du Corum proposera une redécouverte précieuse : celle de Mel Bonis, compositrice longtemps restée dans l’ombre, formée au Conservatoire de Paris aux côtés de Pierné et Debussy. Sa Suite en forme de valse ouvrira le bal avec la grâce et la subtilité qui caractérisent ses rares mais précieuses partitions.
Redécouverte qui sera suivie d’un autre joyau du répertoire : le Concerto pour violoncelle de Schumann, confié à la jeune Luka Coetzee. Nul doute que la jeune virtuose canadienne, lauréate du prestigieux concours Pablo Casals, insufflera à Schumann la folie et la fougue qu’elle a su extraire de Beethoven et de son opus 69.
Et c’est enfin Beethoven et sa Symphonie n°1, éclatante de jeunesse, qui conclura ce beau récital. Une œuvre fondatrice où l’audace et l’inventivité se mêlent aux influences mozartiennes, portée par l’Orchestre national Montpellier Occitanie sous la direction inspirée de Swann van Rechem. Lauréat du Concours de Besançon en 2023, le chef lillois reviendra au Corum après une prestation remarquée lors des Victoires de la Musique de 2024.

Une Médée d’anthologie

Chef-d’œuvre du bel canto, la Médée de Cherubini demeure une tragédie foudroyante. Inspirée des textes d’Euripide, Sénèque et Corneille, cet opéra-comique en trois actes nous plonge dans la fureur et la psyché d’une héroïne brisée. Mélangeant dialogues parlés et numéros chantés, cette version originale, immortalisée par Maria Callas dans les années 1950, retrouve aujourd’hui tout son lustre dans une mise en scène signée Marie-Ève Signeyrole. Coproduite avec l’Opéra-Comique et Insula orchestra, cette production redonne à l’œuvre sa place centrale dans l’histoire de l’opéra, et fut saluée lors de sa création le mois dernier. Sous la direction de Jean-Marie Zeitouni, l’orchestre promet d’explorer avec finesse cette partition nécessitant une précision, une entente mais aussi une émotivité sans faille. Joyce El-Khoury promet d’incarner une Médée bouleversante, entre rage et vulnérabilité, face à l’inflexible Jason de Julien Behr. Marie-Andrée Bouchard-Lesieur prêtera sa voix chaleureuse à la tendre Néris, tandis que Edwin Crossley-Mercer campera un Créon imposant. À découvrir de toute urgence les 8, 11 et 13 mars à l’Opéra Comédie.

Après-Guerre

C’est enfin à un répertoire plus populaire que s’attaquera le dispositif Opéra Junior pour le midi musical du 12 mars. Celui de la chanson française, fruit de l’effervescence poétique et musicale de l’après-guerre. Sous la direction du chef de chœur Albert Alcaraz, le chœur Opéra Junior fera revivre ces mélodies restées inoubliables. De la nostalgie de Que reste-t-il de nos amours ? de Trenet à l’énergie espiègle de Couleur café de Gainsbourg, en passant par l’élégance intemporelle de La vie en rose, chaque morceau y trouvera une nouvelle jeunesse. Ce programme mettra également à l’honneur des compositrices et musiciennes trop souvent restées dans l’ombre. Dont la Fantaisie pour chœur à bouche fermée de Marie-Claire Alain, hommage poignant à son frère Jean Alain. Jane Vieu, compositrice encore méconnue du XXe siècle, apportera quant à elle une touche de finesse avec Arlette. Sans oublier la présence incontournable d’Édith Piaf, voix iconique d’une France en quête de renaissance.
Accompagnés par Valérie Blanvillain au piano et Philippe Limoge au marimba et à l’électronique, ces chants traverseront les époques et les sensibilités, tissant un pont entre le passé et le présent. Un moment suspendu où la musique se fait mémoire, à savourer le 12 mars à 12h30 à la Salle Molière.

SUZANNE CANESSA

Vague romantique
Les 7 et 8 mars
Le Corum

Médée
Les 8,11 et 13 mars
Opéra Comédie

Chansons françaises d’après-guerre avec Opéra Junior
12 mars
Opéra Comédie

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Laurence Chanfreau et la passerelle des droites

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© Eliès Hamdach

Zébuline. Pourquoi avoir choisi d’honorer la mémoire de Laurence Chanfreau ?

Sophie Roques. Ça fait partie des revendications des militants LGBT+ d’avoir des noms dans l’espace public de militantes et de militantes LGBT+. Deux autres facteurs ont été pris en compte. Il fallait avoir quelqu’un associé à l’histoire de notre ville, et qui réponde à la logique de féminisation de noms de rue à Marseille. Laurence Chanfreau était une artiste et une militante, qui a trouvé un port d’attache à Marseille. Et c’est important que ce soit proche du cour Julien : c’est le lieu de la contre culture, des mouvements queers, alternatifs. Un lieu de passage, une passerelle… c’est symbolique.

Avez-vous été étonnée de la réaction de Séréna Zouaghi (LR) lors du Conseil d’arrondissement du 6e-8e 

Venant d’une femme oui. Moins venant de cette droite où les digues sautent de plus en plus : ses propos étaient dignes de l’extrême droite.

L’extrême droite en a remis une couche lors de du Conseil municipal, par l’intermédiaire de Stéphane Ravier. Qui a dénoncé la « perversité » de l’exposition qu’avait consacrée Laurence Chanfreau aux vulves.

On n’est pas très étonné… Ce sont des propos sexistes, qui témoignent du problème autour de la représentation du corps des femmes. Comme j’ai pu le dire au Conseil d’arrondissement, quand on a une statue de David [on ne vous fait pas un dessin, ndlr], ça ne pose aucun problème, mais le représentation du corps d’une femme sur trois photos oui. D’autant plus s’il s’agit d’une femme qui avait une sexualité sans hommes. 

Dans la même phrase, il poursuit sur l’œuvre intitulée Niqab, ni croix, ni kippa, ni Boudha. Avec comme exégèse que le « ni privatif ne s’applique pas au Niqab ». À l’entendre, Laurence Chanfro serait donc une islamiste qui expose des vulves…

[souffle] C’est complètement anachronique… C’était une militante qui défendait la laïcité, et le titre veut bien dire ce qu’il veut dire. 

Artiste et militante, Laurence Chanfreau a co-fondé le bar des 3G, QG lesbien à Marseille, présidé Act up Marseille, et milité au Mouvement de Libération des Femmes.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR NICOLAS SANTUCCI

Plaque dévoilée le 26 avril

La cérémonie de changement de nom devrait se tenir lors de la Journée internationale de la visibilité lesbienne, le 26 avril prochain.  
Stéphane Ravier : « Estelle c’est joli, ça sonne bien, c’est mignon » 

En prononçant cette phrase lors du Conseil municipal du 28 février, l’élu proche de Zemmourne semblait pas vraiment savoir à qui fait référence le nom de cette rue. Il s’agit de Jean-Baptiste Estelle, premier échevin de Marseille (équivalent de maire) pendant la grande peste de 1720. Si pendant longtemps son rôle lors de cette crise n’était pas ou peu connu, il est désormais établi que c’est lui qui a permis à la maladie de se propager dans la ville, par cupidité. Quand le navire Grand Saint-Antoine arrive à Marseille, neuf morts sont déjà comptés sur le navire. Les autorités sont averties, et les intendants du bureau de santé décident de placer le navire en quarantaine sur l’île de Jarre. Jusqu’à ce que Jean-Baptiste Estelle, qui détient une partie de la cargaison, intervienne… et la marchandise est finalement déchargée. 50 000 personnes meurent à Marseille de cette épidémie, soit plus de la moitié de la population de la ville (et 100 000 en Provence). 

NICOLAS SANTUCCI

Brouiller les pistes  

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La Montagne cachée, Les Dramaticules © Eugenie
La Montagne cachée, Les Dramaticules © Eugenie Martinez

Ravis mais un peu déboussolés, voilà l’état dans lequel les spectateurs quittent la grande salle du Théâtre Joliette ce samedi, à l’issu de la dernière représentation de La Montagne cachée des Dramaticules. Et pour cause. La pièce s’annonce comme une adaptation libre du Mont analogue, roman inachevé de René Daumal dans lequel un groupe d’amis part à la recherche d’une montagne située au milieu de la mer et invisible au commun des mortels, qui serait la limite entre notre monde et l’au-delà. En pratique, elle superpose cette aventure – du recrutement des explorateurs au voyage en lui-même – et une autre trame narrative qui suit la création d’une pièce sur le sujet. Entre les deux, la frontière est fine et se brouille en permanence, les personnages passant sans prévenir de l’une à l’autre, à tel point qu’il est compliqué de savoir comment chaque événement va impacter la narration. À cela s’ajoute la réalisation, par l’un des personnages, d’un faux documentaire sur le double projet dont les images sont diffusées en direct sur un écran en avant-scène. 

En équilibre 

La confusion, nourrie par l’exceptionnelle fluidité du jeu des acteur·ice·s, est entretenue de bout en bout, quitte à rendre un peu insensible au destin des personnages. Mais qu’importe, car l’intérêt de la pièce réside davantage dans les mondes qu’elle déploie, notamment grâce à la scénographie spectaculaire pensée par Blandine Vieillot, avec ses projections vidéo et son décor modulable à souhait. Et de cette narration complexe, apparemment sans issus, qui réussit à prendre aux tripes et à faire passer le spectateur du rire à l’angoisse. Enfin, et surtout, dans ce qu’elle dit des potentialités du théâtre, tout en restant complètement accessible. 

CHLOÉ MACAIRE 

La Montagne cachée a été jouée du 27 février au 1er mars au Théâtre Joliette, Marseille.

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Dialogues chambristes autour de Renaud Capuçon

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© Julia Wesely

Le seul nom de Renaud Capuçon suffit aujourd’hui à un théâtre pour faire salle combleavant même l’ouverture d’une saison. Non content de rassembler sans peine autour du répertoire peu considéré de la musique classique, le célébrissime violoniste a souvent donné de son nom, et de sa personne, pour soutenir à Aix-en-Provence des projets loin des sentiers battus – notamment autour de Nouveaux Horizons, festival malheureusement disparu depuis cette saison. 

C’est de nouveau en compagnie de jeunes révélations qu’il s’est produit le 28 février dans un effectif somme toute rare : le quatuor à cordes avec piano. Paul Zientara à l’alto, nommé aux Victoires de la musique classique, la prodige salzbourgeoise Julia Hagen au violoncelle et le pianiste Guillaume Bellom, disciple impressionnant d’Angelich, ont ainsi fait corps autour de Capuçon, prouvant qu’ils n’ont aujourd’hui plus rien à envier à leurs aînés. Les musiciens ont tour à tour brillé sur leurs parties solistes, notamment sur le très bel opus 45 de Fauré. La cantilène de l’adagio ma non troppo a notamment mobilisé tout particulièrement l’alto doux et chantant de Paul Zientara, avant de se propager avec la même intensité chez ses voisins.

Renaud Capuçon © Benjamin Decoin

Pari tenu 

Les extrémités étaient davantage sollicitées sur la magnifique pièce de jeunesse de Mahler : brahmsien, encore marqué par la forme sonate, ce quatuor plus bref regorge de thèmes entêtants. Marqué par ces sauts de sixte mineures scandés avec fougue et désespoir par le violon de Capuçon, il reluit au son des brillants chromatismes exécutés avec dextérité et émotion par Julia Hagen, articulés sur la même inflexion, et attestant ainsi d’une réelle complicité nouée entre les interprètes.

Plus conséquent, le quatuor de Strauss sollicite tout particulièrement le piano subtil, mélancolique et incantatoire de Guillaume Bellom. Lyrique, riche et complexe, la pièce démontre dans ses développements les plus versatiles que les musiciens disposent d’un sens de l’écoute rare, et d’une complicité digne d’ensembles bien installés. Un beau pari, donc, magnifiquement tenu.

Paul Zientara © Tatiana Megevand

SUZANNE CANESSA

Concert donné le 28 février au Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence.

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