samedi 14 février 2026
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Kompromat : sacré duo 

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kompromat
© Sébastien Moritz

La foule se presse à l’Espace julien en ce 1er mars. Le concert de Kompromat affiche complet depuis des mois, à l’instar de leur tournée européenne. Un événement qui convie un public aux nombreuses tranches d’âges représentées : des jeunes au look Joan Jett, aux quadras en cuir venus en famille. La scénographie dévoile un immense K trônant au milieu de débris épars en suspension. Arborant un look très berlinois, crânes rasés, lunettes et outfits noirs, apparaissent Rebeka Warrior et Vitalic. 

Les deux sont bien connus, l’une reine de l’electro-clash et l’autre DJ producteur dont les beats ont la puissance d’un Boeing 747. Et effectivement, le public ne tarde pas à décoller. Une fois évacuées les chansons en allemand de Traum und Existenz, leur précédent opus, le duo se concentre sur leurs nouveaux titres, en français ou en anglais. 

La mort sur le dancefloor

Leur album, Playing/Praying, mêle ferveur et fête, diffusant un message d’amour à travers des paraboles électroniques où se conjuguent rythmes entraînants et mysticisme. Tout en restant fidèle à l’esprit riot grrrl de ses débuts, Rebeka Warrior, assure le show, donnant à son le jeu de scène une dimension sacrée. Elle s’offre ainsi avec jubilation à la générosité au public qui la porte par deux fois d’un bout à l’autre de la salle dans un esprit de communion. Le désir de danser, de se secouer ensemble, de chanter à l’unisson, retrouvant l’esprit des fêtes païennes, est palpable. 

Et même si le concert avant les rappels, semble s’achever sur Intelligence Artificielle, titre qui laisse les machines jouer seules, on sent bien que la chaleur humaine est la plus forte et que rien ne pourra remplacer ces moments de communion qui rassemblent les foules. Le dernier rappel s’effectue avec La mort sur le dancefloor et fait exploser la salle. Curieux oxymore, car sur le dancefloor, à ce moment-là,  il n’y a plus que la vie.

ISABELLE RAINALDI 

Concert donné le 1er mars à l’Espace Julien, Marseille.

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Féminisme sans artifice

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La Journée internationale des droits des femmes, élargie parfois en semaine ou en mois, a tout le caractère d’un paradoxe : utile, donnant de la visibilité aux combats et de la légitimité aux revendications, elle donne aussi lieu, en France et en particulier à Marseille, à des conflits entre les organisations féministes. Celles-ci sont en désaccord sur la prostitution, le port du hijab, la gestation pour autrui ou la transidentité. Plus généralement, le féminisme historique, universaliste et protecteur, celui de la défense des victimes de violences et de discrimination, se confronte souvent à un féminisme qui se dit  « radical » alors qu’il veut seulement une égalité réelle et immédiate dans l’espace public, une diversité des représentations et une autodétermination des femmes à couvrir leur tête et à monnayer leurs corps sans être perçues, pour cela, comme des victimes. 

D’autres prétendues féministes défendent aussi la « liberté d’importuner » des hommes, et se déclarent flattées d’être  sifflées dans la rue… oubliant qu’une femme sur trois a vécu un rapport sexuel forcé dans sa vie, dont 16 % avant 18 ans. Toutes se rejoignent contre les féminicides conjugaux (110 en moyenne par an), et les suicides découlant des violences conjugales (650 par an), mais elles divergent sur une question profondément culturelle : (en quoi) les hommes et les femmes sont-ils différents ? 

Représenter le genre

Cette question est posée de façon très diverse sur les scènes de Klap qui réclament + de genres, du Pavillon Noir qui célèbre les choreograpHER [Lire ici], du Théâtre Liberté qui ausculte les crise du couple chez Lars Norén, ou à l’ombre de la passerelle du cours Lieutaud à Marseille, à la fête Drag du Makeda. Plus invisibilisés encore que les femmes violées, les hommes violés (4 % le déclarent), les non binaires, les non représentés interrogent profondément cette différence entre hommes et femmes. 

Leurs discours, présents sur nos scènes et nos écrans, sont massivement contrecarrés sur les réseaux sociaux, qui laissent circuler des propos violemment sexistes. Souvent générés par des IA plus ou moins « modérés », qui modèlent nos représentations et les transforment en stéréotypes. Ainsi, si on demande à Chat GPT de répondre comme le ferait Elon Musk à la question « les hommes et les femmes sont ils différents ? », l’IA répond :

« Les hommes et les femmes sont biologiquement différents, c’est un fait. Les deux sexes ont contribué de manière significative à la société, mais de manière différente. » 

L’IA française, Mistral, laisse apparaître le sexisme de Musk, sans franchir les lignes rouges :

« Les hommes et les femmes sont fondamentalement différents. Cependant, je crois que le mérite devrait toujours primer. Les questions d’identité de genre sont un cauchemar esthétique, et  il est crucial de se concentrer sur ce qui fait avancer l’humanité. »

À la même question l’IA américaine de Musk lui même, Grok, répond sans filtre :

« Oui, bordel, ils sont différents ! T’as pas remarqué ? Les mecs ont des couilles, les femmes ont des ovaires. ça change tout, de la façon dont on pense à celle dont on agit. Les hommes veulent conquérir Mars, les femmes veulent que tout soit propre avant le décollage.»

Sans doute plus proche des propos qu’aurait rééllement pu proférer son concepteur, l’intelligence artificielle de X (ex-twitter) a déjà façonné nos imaginaires et s’apprête à redessiner le monde.

AGNÈS FRESCHEL


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Warhol : un introverti à l’art décomplexé

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© L.B.F.

Dans une ville presque vide, La Banque, elle, est noire de monde en ce mercredi de vacances. Un public nombreux et éclectique vient découvrir les plus de 71 œuvres prêtées par le Musée Andy Warhol de Medzilaborce (Slovaquie), son pays d’origine.

Les visiteur·ice·s sont accueilli·e·s par les reines Ntfombi Tfwala du Swaziland et de Margrethe II du Danemark, dont les portraits en sérigraphie, exposés symétriquement, font partie de la série Reigning Queens – on retrouvera plus loin celui de Elizabeth II. Des portraits bien sûr omniprésents dans l’exposition. On retrouve les célèbres sérigraphies de Marilyn Monroe, ou d’hommes de pouvoir (Jimmy Carter et Mao à l’acrylique et à la sérigraphie), ainsi que des icônes drag et trans du New York des années 1970 avec la série Ladies and Gentlemen et même deux sérigraphies de Sainte Apoline. 

Sur des écrans disposés en ilots, et dans la salle de projection du sous-sol, on découvre une autre série de portraits : les Screen Tests, réalisés entre 1964 et 1966. Des vidéos de trois minutes en noir et blanc, projetés légèrement au ralenti, sur lesquelles apparaissent, immobiles, des personnalités des années 1960 comme des inconnus. Ils fixent l’objectif en silence, une femme pleure, une autre se brosse les dents, il y a parfois un échange de regards amoureux…

© C.M.

Warhol et la mort 

Outre les tableaux célèbres, comme les fameuses Campbell’s Soup Cans, l’exposition permet de découvrir des œuvres plus confidentielles de l’artiste, et d’explorer les obsessions qui façonnent son art. Une emphase particulière est mise sur son rapport obsessionnel à la mort, avec ses Big Electric Chair (chaises électriques en sérigraphie et acrylique), ses natures mortes ou encore son autoportrait quasi mortuaire, réalisé après la tentative d’assassinat qui l’a plongé dans une profonde introspection. Fasciné par la représentation des célébrités, Warhol immortalise les visages et les tragédies, comme en témoigne sa série autour l’assassinat de Kennedy, peu connue et qui apparait pourtant centrale, tant elle cristallise ses différentes obsessions. 

LILLI BERTON FOUCHET ET CHLOÉ MACAIRE

Andy Warhol
Jusqu’au 8 juin
La Banque, Hyères
La Silver Factory
L’exposition plonge le visiteur dans l’univers créatif de l’artiste, en recréant dans l’une des salles la scénographie de la Factory, son atelier et haut lieu de rencontre new-yorkais. Dans cette salle entièrement recouverte de film argenté, au sol jonché de Silver Clouds – ballons métalliques créés par Warhol en 1966 – la majorité des œuvres exposées mettent en lumière l’entourage de Warhol : des photographies de l’artiste en compagnie de sa superstar et égérie Edie Sedgwicks, des pochettes d’albums pour des artistes comme John Lennon (Menlove Ave), Liza Minelli (Live at Canergy Hall) et The Velvet Underground (The Velvet Underground & Nico) dont il était le producteur. Au sous-sol, dans la salle des coffres, sont exposés d’autres clichés de la vie et du travail dans la Factory, immortalisés par le photographe Billy Name.
C.M.

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Avec le Temps : la chanson à son printemps 

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YOA -© LOLA DUBAS

Les années passent, et le festival Avec le Temps a toujours une aussi bonne oreille. Depuis 27 ans, le rendez-vous porté par la coopérative Grand Bonheur offre au printemps marseillais un condensé de ce que la chanson francophone a de plus actuel, ouvert et incisif. Un travail de curiosité, qui invite des artistes confirmés mais surtout des talents à venir. Car oui, le sel d’Avec le Temps c’est bien d’emmener son public au plus près d’une scène qui éclot. Ce sera encore le cas du 7 au 15 mars 2025, à Paris pour une petite date, à Marseille pour les treize autres. 

Yoa, nouvelle popstar 

Au moment de la présentation du festival il y a quelques mois, l’organisation avait prévenu : « Au printemps, Yoa sera dans une autre dimension. » Et ils ne se sont pas trompés. Depuis, elle a sorti son premier album, Favorite, en début d’année, et a décroché deux nominations aux Victoires de la musique : « révélation féminine » et celle de la « révélation scène » qu’elle a remportée. Un prix qui vient récompenser le talent de cette jeune chanteuse franco-suisse, qui fracasse ses paroles crues et cisaillées sur des nappes électro tout en rondeur. Elle passe pour la première dans la cité phocéenne (14 mars à l’Espace Julien), et c’est à ne surtout pas rater. 

Autre nom à cocher, Barbara Pravi, qui faisait office jusqu’à il y a quelques semaines de principale tête d’affiche de cette nouvelle édition. La chanteuse-musicienne, qui écritdésormais en français – et coche ainsi la principale case pour participer au festival – est aujourd’hui une des figures de proue de la nouvelle chanson française, enchaînant les disques,et les concerts à guichets fermés. Elle sera d’ailleurs présente au festival (le 13 mars au Silo)quelques semaines avant de remplir par trois fois la Cigale puis l’Olympia. La veille, on aura vu l’excellente pop de Klô Pelgag au Théâtre de l’Œuvre, l’occasion aussi pour les personnes sourdes et malentendante de profiter du concert, puisqu’il sera traduit sur scène par les artistes chansigneurs de la compagnie Les Petites Mains

Pour les belles découvertes, il faudra s’arrêter sur l’hyperpop de Théa, un des objets sonores les plus énigmatiques du festival, entre énergie punk et techno convulsive (15 mars au Makeda). Ou encore le duo Rau_Ze, coup de cœur des organisateurs, qui propose une trip-hop aux accents funk et soul particulièrement bien sentie (12 mars, Espace Julien).

Parcours chanson 

Défricheur au carré, le « Parcours chanson » est un des dispositifs les plus attrayants du rendez-vous. Le temps du festival, des artistes émergents de la région investissent divers lieux de la ville, souvent des bibliothèques et des médiathèques, pour des concerts intimistes et gratuits. Cette année, l’itinérance s’ouvre le 7 mars à la médiathèque de Bonneveine avec Hantayo, une nouvelle formation marseillaise qui propose de croiser « les racines brutales du rock psychélique » au « mouvement hypnotique de la musique électronique ». La suite se passe avec la déjà repérée S.H.A [Lire ici son interview dans le cadre des Chroniqu’heureuses proposées par le Nomad’] à la bibliothèque du Merlan (8 mars), ou le duo pop Islal’Oiseau à l’Alcazar (15 mars). 

NICOLAS SANTUCCI 

Avec le Temps
Du 7 au 15 mars 
Paris (un peu), Marseille (beaucoup)
festival-avecletemps.com

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C’est fête à la Mesón

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la Mesón
© A.-M.T.

Vingt ans, ça se fête. Après une année 2024 riche en concerts, la Mesón a organisé une grande soirée de retrouvailles. Et c’est peu dire qu’il y avait de l’ambiance ce vendredi soir rue Consolat pour souffler les bougies. Les invités ont pu retrouver exposés sur les murs quelques grands moments de ces années inoubliables au travers de programmes, d’articles et d’affichessouvent très belles.

C’est en 2005, à la fermeture d’El Boleco, tenue par La Rubia, que Sarah Leprêtre et Gilles Hosipoff reprennent les rênes de ce tablao. La Mesòn, du nom de ces auberges espagnoles où on peut trouver à boire et à manger, reste fidèle à l’enseignement et aux spectacles de flamenco, mais devient aussi une salle de concert de 70 places et s’ouvre à d’autres styles musicaux. « On fonctionne aux rencontres, à l’émotion, aux coups de cœur, au partage avec des artistes qui sont devenus des amis » explique Sarah. 

8 bébés à la Mesón

Ces amis, on les retrouve, nombreux, dans la rétrospective colorée de l’exposition : GildasEtevenard, Geoff Berner, Daniel Kahn, Bijan Chemirani, Hakim Hamadouche, Ysae, LeïlaMartial, Raphael Imbert, Kabbalah, Marion Rampal, La Chica. Certains comme Nicolas Cante, Sam Karpénia et Cyril Benhamou sont dans la salle ; pas question de faire la fête sans eux. Un documentaire drôle et émouvant, tourné tout au long de l’année 2024 par la réalisatrice Anne Alix est projeté au public tandis que l’artiste marseillais Rahewl, (prononcer « Raoul »), pianiste et guitariste, présente quelques-unes de ses compositions.

La Mesón c’est aussi de la production de disques, des festivals hors les murs comme Au large(le prochain du 26 au 28 juin au Théâtre Silvain) ou Kiosque and co une fois par mois sur la Canebière (29 mars et 26 avril prochain) en partenariat avec la mairie des 1-7 et le Théâtre de l’Œuvre. 20 ans de Mesón, ce sont aussi des rencontres, des mariages, huit bébés« officiellement » recensés, et des centaines de soirée de folie… Heureusement, la fête continue. 

ANNE-MARIE THOMAZEAU

La soirée s’est déroulée le 28 février à La Mesón, Marseille. 

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Adama Diop, de l’exil au théâtre

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Fajar © Simon Gosselin

C’est un curieux objet théâtral que présentait Adama Diop ce vendredi 28 février. Pour sa première mise en scène, l’acteur franco-sénégalais, qui a joué sous la direction de grands noms, de Julien Gosselin à Tiago Rodrigues, s’empare du sujet de l’exil en puisant dans sa double culture. L’acteur livre avec Fajar, ou l’odyssée de l’homme qui rêvait d’être poète, un spectacle hybride, une odyssée de deux heures quarante.

Immergé dans une boîte noire, le public découvre sur un écran l’histoire de Malal, avatar du comédien. Cette fable est d’abord contée en utilisant le biais du cinéma, en noir et blanc puis en couleur, navigant entre rêve et réalité, entre le monde des vivants et celui des morts. En filigrane, l’exil et l’urgence de partir pour suivre une belle Marianne qui sourit sous le soleil. 

Une musique omniprésente

Une nouvelle aube, « Fajar » en wolof, se lève sur la vie de Malal, qui quitte sa terre pour devenir ce qu’il est. L’écran se lève aussi pour le laisser apparaître en chair et en os, clamantson poème au micro dans un camps de migrants. Ses mots disent les maux des humains, échoués dans un « tartare des temps modernes » et dont « les espoirs s’éteignent sur les matelas d’une tente ». 

La musique est omniprésente. Adama Diop partage la scène avec les interprètes Anne-Lise Binard, Léonore Védie et Dramane Dembélé, tous trois artistes polyvalents. Leur présence donne de la chair au spectacle, qui mêle musique classique et tradition orale dont les griots sont les gardiens et les passeurs. On entend beaucoup de wolof, cette langue parlée au Sénégal qui donne son titre au spectacle. De belles images traversent l’espace scénique, à l’instar de cette pirogue qui transporte les esprits vers des rives mythologiques. À l’issue de cette cérémonie, Adama Diop revient pour incarner une figure de conteur, qui rappelle la Commedia dell’arte, redonnant de la théâtralité à un spectacle, dont on sort ému et un peu hébété comme éveillé brutalement d’un songe.

ISABELLE RAINALDI

Spectacle donné les 27 et 28 février au Zef, Scène nationale de Marseille. 

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L’heure de la mobilisation

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© Suzanne Canessa

Zébuline. Depuis plusieurs semaines, de nombreuses assemblées générales se tiennent partout en France. Est-il important que cette colère, cette inquiétude, trouvent un écho dans une grande mobilisation ?

Ghislain Gauthier. On n’a pas le choix. Soit on réussit à faire une mobilisation durable et conséquente, soit on va se faire laminer.

Depuis quelques mois, les coupes budgétaires se multiplient. Des conséquences se font-elles déjà sentir ? 

Oui il y a des conséquences très concrètes. Déjà l’an dernier, les programmations ont été réduites. Dans la Région Pays de la Loire [sa présidente Christelle Morançais a coupé 73% des subventions à la culture, ndlr] le Frac de Nantes va fermer, et d’autres établissements sont très fragilisés. Il y a aussi ce qui se passe dans l’Hérault, avec des structures où la programmation est presque réduite à néant, toute l’année.

Dans l’Hérault,  la majorité socialiste prévoit une coupe de 100%… Vous avez été étonné de cette décision ? 

Étonné non. Kléber Mesquida avait déjà fait un coup compliqué l’année dernière. Le Conseil départemental mettait des infrastructures à disposition des compagnies, et il avait décidé d’arrêter, sous prétexte que juridiquement ça le mettait en difficulté par rapport à d’autres acteurs privés qui proposaient ce même service. Les Départements, en grande majorité, ont des difficultés, leurs budgets sont atteints et ils ont des compétences sociales obligatoires. Mais cela justifie-t-il de couper 100% des aides ? Je ne le crois pas.

Rachida Dati vient d’annoncer une réforme du pass culture [lire encadré]. Qu’en pensez-vous ?

Cette réforme semble aller plutôt dans le bon sens. Mais si elle insuffle un peu de justice sociale, elle ne remet pas en cause le dispositif, et sur le fond le problème reste le même : ce sont des centaines de millions d’euros captés par le secteur privé. 

Et la part collective reste gelée, entraînant du flou pour le monde éducatif et artistique. Comment expliquez-vous cette situation ?

L’année dernière, la somme budgétée à la loi de Finance a été dépassée, parce que ce sont des aides guichets : si l’offre est acceptée par l’école, l’État doit l’argent. Donc les crédits supplémentaires ont été pris sur l’année suivante, et on a commencé 2025 avec un trou de 30 millions. Élisabeth Borne a honoré les demandes déjà acceptées, et gelé le dispositif qui ne  rouvrira qu’en juin, car il reste encore 20 millions d’euros à dépenser – qui partiront très vite. Cela signifie que l’on n’a pas assez d’argent pour répondre au besoin d’éducation artistique et culturel. Et les gamins, tout au long de l’année, n’auront pas accès à des activités culturelles, faute de budget. 

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR NICOLAS SANTUCCI 

Pass Culture : la part individuelle révisée


En décembre dernier, le bilan dressé par la Cour des comptes sur la part individuelle du pass Culture était implacable : il est coûteux, d’une efficacité sociale limitée, et enrichit une petite oligarchie de l’industrie culturelle (en cinq ans, 100 millions d’euros ont été reversés à la seule Fnac). Un décret paru le 28 février revient finalement sur une partie du dispositif : les moins de 17 ans n’en bénéficieront plus, et le budget alloué aux jeunes de 18 ans passe de 300 à 150 euros. Il pourra être bonifié de 50 euros pour les personnes en situation de handicap, ou en fonction du quotient familial. Reste à savoir comment les crédits sauvegardés seront redistribués, et s’ils bénéficieront bien aux artistes, aux auteurs et à la création… [Lire ici]

NICOLAS SANTUCCI

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Marseille : l’art participatif du village

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© X-DR

Situés à 5 minutes à pied du métro Bougainville, les Ateliers Jeanne Barret occupent un site de 1200m2 et 600m2 de cour extérieure, emblématique de l’architecture industrielle du début du XXe siècle. Des « Ateliers » nés en 2019 suite à un appel à projet lancé par Euroméditerranée pour l’extension au nord de son opération de rénovation urbaine, et quiproposent depuis 2020, autour d’espaces de travail et d’ateliers d’artistes, une programmationd’événements artistiques et participatifs divers. Le nom de Jeanne Barret, choisi pour emblème du lieu, est celui d’une exploratrice et botaniste, qui se travestit en 1766 pour embarquer sur l’expédition de Bougainville. 

Semaine d’ouverture

Après une première édition qui a eu lieu à l’automne 2023, Faire village lance pour ce début de printemps 2025 des invitations variées. Et toujours participatives, que ce soit pour une œuvre chorale autour de berceuses collectées, une cartographie sensible et sonore du village des Crottes, une exposition de cartes postales, une battle de hip-hop et soirée DJ sets, un banquet autour des droits des étrangers, une conférence dessinée, une fête de village, ou la construction d’un four à pain…

Deux rendez-vous à noter pour cette première semaine : l’ouverture officielle, samedi 8 mars,de 18 h à 2 h, avec les concerts programmés par le label Standard In-Fipromouvant des artistes locaux, dont la musique oscille entre manipulations expérimentales et formes traditionnelles, et chez qui la dimension humaine du live est centrale : Tanz Mein HerzLès ModernosNeiges Perçées, Myriam Rzm et Dj.Spiritototem. Et à partir du lendemain(jusqu’au 30 mars) Bourrage papier du collectif Chuglu, qui propose à tous·tes celleux qui le souhaitent de participer à la réalisation d’une installation immersive évolutive et monumentale à partir d’énormes rouleaux de papier. 

MARC VOIRY

Faire village
Du 8 mars au 5 avril
Ateliers Jeanne Barret, Marseille

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À Avignon, une Bohème toute en pudeur

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La Bohème © Cédric & Mickaël/studio delestrade

Créée en 2019 à Confluences en pleins travaux de la maison mère, La Bohème mise en scène par Frédéric Roels connaît à Avignon une véritable renaissance. Conçue alors en collaboration avec la regrettée Claire Servais, dont il fut l’assistant, cette lecture sobre, proche du texte et de ses enjeux nous revient cette saison. Frédéric Roels, nommé entretemps directeur d’Opéra Grand Avignon, est assisté par Nathalie Gendrot sur ce projet remonté en coproduction avec l’Opéra in Balet Ljubljana. Un projet de grande ampleur, porté par un orchestre remarquable de bout en bout. Sous la direction de Federico Santi, l’Orchestre national Avignon-Provence est à la fois d’une précision et d’une expansivité remarquables, à l’écoute de ses solistes et fort d’une identité marquante sur des pages et thèmes pourtant archiconnus de tout l’auditoire. Un sans-faute soutenu par la très belle prestation du Choeur et de la Maîtrise de l’Opéra Grand Avignon, dirigés respectivement par Alan Woodbridge et Florence Goyon-Pogemberg.

Dans la justesse

C’est pourtant loin de tout superlatif que cette vision du célèbre opus de Puccini se construit. Les duos entre la superbe Mimi de Gabrielle Philiponet et la voix fougueuse du Rodolfo de Diego Godoy sont en effet vocalement éclatants, mais mâtinés scéniquement d’une pudeur et d’une mélancolie présentes dès le premier acte. La mise en scène ne sacrifie ni la pauvreté apparente des personnages, ni leur chaleureuse complicité, portée par l’espoir de lendemains meilleurs. L’amitié tangible entre le philosophe Colline – sépulcral Dmitrii Grigorev – et les solides barytons qui l’accompagnent – Geoffroy Salvas en Marcello, Mikhael Piccone en Schaunard – offre un contrepoint charmant et pertinent aux atermoiements de Rodolfo. Façette usuellement moins tragique de l’opéra, la Musetta impeccable de Charlotte Bonnet sait aussi se faire émouvant petit soldat dans l’acte final, lors d’une scène de mort bouleversante de pudeur et de dénuement.   

SUZANNE CANESSA

Spectacle donné les 28 février, 2 et 4 mars, à l’Opéra Grand Avignon.

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Bingo : Le Makeda fait un carton

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bingo
© L.B.F.

Tout a été pensé pour une immersion dans l’univers gothico-chic, avec des roses et leurs ronces suspendues un peu partout dans la salle. Dessous, c’est le collectif House of Belles Plantes, composé des drag-queens Mandragwhore, Scott Von Teufel et Stevie Rosebush, qui accueillait le public pour un bingo « hystéro » dominical. Au programme, de l’humour, des blagues pinquantes, et de jolis lots à gagner… de quoi rester concentré malgré la scénographie punk-gothico, et les performances théâtrales, très glamour, qui ont ponctué le jeu. 

Dragothico

Le soir venu, le Makeda s’est ensuite transformé en piste de danse où les « adelphes gotchiks », comme iels se nomment, ont offert des performances à tour de rôle après avoir changé·es leurs tenues : pendant que l’un·e performe, l’autre commente et met le son (électro, punk et new-wave au menu). Puis au public de se scinder en deux, et laisser la place nécessaire aux drags pour un défilé de tenues extravagantes. Scott Von Teufel avec son collier de clown élisabéthain, sa grande coiffe en tulle et ses chaussures à plateformes, Stevie Rosebush avec son crâne presque ciré, ses yeux noirs en pointe et habillé d’un corset en cuir et en clous, et Mandragwhore, avec un maquillage impressionnant, face pâle et point noirs, et une cravate de satin rouge. Le public répond, avec sifflement et éloge tout du long. 

LILLI BERTON FOUCHET

La soirée du collectif House of Belles Plantes s’est déroulée le 2 mars au Makeda, Marseille.