jeudi 9 avril 2026
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Les mondes arabes en images 

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arabe
The roller, the life, the fight d’Elettra Bisogno et Hazem Alqaddi © Tandor Productions

Les années passent, mais faire découvrir le cinéma des pays arabes ou de la diaspora est toujours l’objectif du festival Aflam. Que ce soient des portraits, des récits, fictions et documentaires, longs et courts métrages… les films interrogent les représentations, les identités et les réalités des mondes arabes. Avec au programme une trentaine d’invités, une cinquantaine de films issus de vingt pays, deux soirées de concerts et deux masterclass à découvrir à Marseille et en Région Sud du 19 au 27 avril. 

C’est au Vidéodrome 2, au Polygone étoilé et à La Baleine que commencera la manifestation avec Vives Archives : une série de rendez-vous qui met en dialogue des images du passé avec les réalités d’aujourd’hui : des conférences, des projections et une rétrospective consacrée au cinéaste palestinien Kamal Aljafari (Recollection, An Unusual Summer…) qui donnera aussi une masterclass le 22 avril à La Baleine.

Le festival se poursuit au Mucem le 23 avril dès 10 h avec un documentaire, The roller, the life, the fight d’Elettra Bisogno et Hazem Alqaddi sur l’attachement aux origines et la recomposition des identités. Puis Fanon d’Abdenour Zahzhah, une première française [lire notre article sur journalzebuline.fr].

Notons aussi le thriller social du réalisateur égyptien Khaled MansourSeeking Haven for Mr. Rambo (23 avril à 20 h au Mucem)Un homme qui fait tout pour sauver son chien, et qui montre la vitalité du cinéma égyptien.

Histoires d’exils

Courts et longs métrages, tout au long de la semaine, questionnent les trajectoires d’exil et de filiation, racontent luttes et émancipation. Tels Les miennes de la Belgo-Marocaine Samira El Mouzghibati ou La Guêpe et l’orchidée du Tunisien Saber Zammouri.

Invitée d’honneur de cette édition, l’actrice, réalisatrice et productrice tunisienne, Fatma Ben Saïdane : une sélection de films courts et longs de cette figure du cinéma des pays arabes, une femme engagée artistiquement et socialement. On pourra la voir dans La télé arrive de Moncef DhouibEl Jaida de Selma Baccar ou Making of de Nouri Bouzid. Et l’entendre parler de son parcours, de sa vision de la culture comme arme d’émancipation en Tunisie ces cinquante dernières années dans une masterclass animée par le critique Samir Ardjoum le 26 avril à 14h au Mucem. 

Le lendemain, une table ronde modérée par Brigitte Curmi, présidente d’Aflam et ancienne ambassadrice de France pour la Syrie permettra d’évoquer les évolutions politiques et sociétales en cours et la situation des cinéastes en exil. 

Outre les nombreux ateliers, rencontres professionnelles, et la résidence d’écriture, le rendez-vous se termine le 27 avril avec Moondove du Libanais Karim Kassem : un village, des récoltes, des problèmes d’eau… et une pièce de théâtre dont le titre – idoine – est Départs ! 

ANNIE GAVA

Aflam
Du 19 au 27 avril
Divers lieux, Marseille et Région Sud
Toute la programmation à découvrir sur aflam.fr

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Nos articles Diasporik, conçus en collaboration avec l’association Ancrages sont également disponible en intégralité sur leur site

De crimes en génocides

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Il est des massacres de masse qui n’ont pas pour but d’éliminer un peuple. Quand les populations civiles sont bombardées, et les prisonniers ennemis exécutés, il y a crime de guerre. Quand les malades et handicapés mentaux sont exterminés, quand les homosexuels sont poursuivi·e·s et exécuté·e·s, quand les femmes sont privées de leurs droits et lapidées, quand des opposants politiques sont systématiquement emprisonnés et exécutés, il y a crime contre l’humanité. 

Mais la volonté d’anéantir un peuple, le génocide, relève d’un ressort différent : il ne s’agit pas d’éliminer les groupes antagonistes de sa propre civilisation mais de désigner l’autre comme son ennemi, souvent perçu comme insidieusement introduit au cœur d’une nation qui se veut pure. Les génocidaires s’attaquent à l’existence même d’un peuple : à sa descendance, sa culture, son influence, sa langue et sa trace. 

Le génocide n’est donc pas le degré supérieur du crime contre l’humanité, il en est une catégorie, qui relève d’une intention spécifique, et peut se combiner à d’autres meurtres de masse : les nazis, en éliminant les handicapés et les homosexuels, voulaient préserver l’excellence supposée des Allemands. Mais en éliminant les Juifs et les Tziganes, c’est leur Empire, leur Reich, qu’ils voulaient épurer des ethnies exogènes. 

Comprendre les mécanismes

Le génocide ne se qualifie pas non plus par le nombre de victimes. Lorsque les Danois stérilisent 200 femmes inuits du Groenland dans les années 1960, lorsque la France organise le déplacement de 2 000 enfants réunionnais dans la Creuse dans les années 1970, lorsque la Russie déporte et russifie 20 000 enfants ukrainiens dans les territoires annexés depuis 2014, leur démarche comporte des caractéristiques génocidaires : sans meurtre direct, mais avec l’idée d’affaiblir un peuple minoritaire. 

Le Camp des Milles expose clairement le mécanisme global qui a déclenché les quatre grands génocides du XXe siècle, celui des Arméniens, ceux des Juifs et des Tziganes par les nazis, et celui des Tutsis au Rwanda. On y retrouve des constantes : la mise à l’écart du droit commun ; la censure de la presse et la désinformation ; l’accusation, fondée ou non, d’avoir commis des actes barbares ;  le déni de l’humanité des victimes. Et les moyens des génocides sont toujours les mêmes : le meurtre collectif, l’emprisonnement dans des conditions de survie intenables, la famine organisée,  le transfert d’enfants et la stérilisation forcée. 

Sortir du silence

Aujourd’hui, il s’agit de poser des mots sur ce qui se passe à Gaza. Il est établi que les autorités israéliennes commettent des actes interdits par la Convention de 1948 qui réprime le crime de génocide. Elles sont soupçonnées de vouloir anéantir le peuple palestinien de Gaza. 50 000 morts sont dénombrés pour le moins, dont 13 000 enfants. Une population entière est parquée, laissée sans soin, sans hôpitaux, systématiquement déplacée, acculée, affamée, bombardée.

À l’heure où l’État français commémore le 110e anniversaire du génocide des Arméniens, toujours non reconnu par la Turquie [Lire ici], à l’heure où la France accueille des artistes palestiniens dont elle ne reconnaît pas l’État, mais qui tous dénoncent le génocide de leur peuple à Gaza, il est plus que temps de lever les faux semblants : les horreurs absolues commises par les terroristes du Hamas le 7-Octobre ne donnent aucun droit au gouvernement israélien d’exterminer des civils dans un territoire qu’ils occupent illégalement depuis près de 60 ans. Et quiconque collabore avec un gouvernement génocidaire et un chef d’État sous mandat d’arrêt de la Cour Pénale Internationale se rend complice, face au droit international et à l’Histoire, des actes en cours. 

Agnès Freschel


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La Provence en pleine lumière

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Provence
© Laurent Mattio

Fruit d’une démarche initiée pour la première fois par le musée Regards de ProvenceLa sélection du public est une exposition qui rassemble dans les salles du rez-de-chaussée une cinquantaine d’œuvres choisies dans la collection du musée par les visiteurs, à travers des votes exprimés entre décembre 2024 et février 2025.

On y trouve, à l’intérieur de luxueux cadres dorés, de nombreuses vues du Vieux-Port de la fin du XIXe siècle au début XXe, par exemple d’Albert Marquet avec la silhouette du pont transbordeur à l’horizon, de Charles Camoin face à Notre-Dame de la Garde, de Jean-Baptiste Olive qui le peint depuis le Pharo. 

Puis c’est le littoral méditerranéen, et l’arrière-pays : parmi les tableaux les moins académiques, Les roches rouges à Agay peintes en 1901 par René Seyssaud, touche épaisse et couleurs saturées, sorte de fauvisme avant le fauvisme, tout comme La Montagnette, paysage lumineux peint sur carton par Auguste Chabaud depuis Graveson. D’autres artistes plus connus sont présents (Cocteau, Picabia) ainsi que trois contemporains, dont Piotr Klemensiewicz, avec Evatemada n°4, toile abstraite toute en larges bandes verticales vibrantes, dorées et rougeoyantes sur fond gris.

Aplats et empâtements

Au premier étage ce sont 155 toiles, aquarelles et dessins du peintre Laurent Mattio (1892-1965) qui sont exposées. Un peintre qui après s’être formé auprès d’Edmond Barbaroux à Toulon et Fernand Cormon à Paris, fut nommé professeur à l’École des Beaux-Arts de Toulon en 1922, puis se consacra uniquement à son art à partir de 1931. 

On parcourt à travers son regard de paysagiste le littoral provençal de Marseille à Toulon, en passant par Sanary où sa maison dominait le port. Il dessine et peint sans relâche les nombreuses embarcations, barques de pêcheurs, bateaux à voile, navires militaires évoluant sur l’eau, la plupart de ses toiles mettant en présence aplats lisses et empâtements vifs au couteau. Une manière que l’on retrouve diversement déclinée dans ses paysages de la Provence rurale, entre champs d’oliviers, bastides ensoleillées et places ombragées.

MARC VOIRY

La sélection du public
Jusqu’au 15 février 2026

Laurent Mattio – Peindre la lumière
Jusqu’au 28 septembre
Musée Regards de Provence, Marseille

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Du jazz accessible en Métro

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métropolitain
Elise Vassallucci © X-DR

2025 est une année toute particulière pour le Marseille Jazz des Cinq Continents. Il y fête ses 25 ans, et prévoit une belle surprise du 22 au 25 mai, avec son Ici Jazz Fest – un festival inédit de 25 concerts dans 25 lieux différents [on y reviendra rapidement dans ces pages]. Mais il n’oublie pas pour autant la recette qui a fait son succès. Une première quinzaine de juillet rythmée par des grands artistes internationaux à Marseille, et son Parcours Métropolitain, qui s’étale du 17 avril au 5 décembre, pour 21 rendez-vous dans autant de communes de la Métropole Aix-Marseille. 

Ce sont les locaux du Saiko Nata quartet qui ouvrent le Parcours ce 17 avril à l’espace Jean Ferrat de Septèmes-les-Vallons. Actif depuis plus de quinze ans, le groupe composé d’Hélène Niddam, Fallou N’Diaye, Franck Galin et Abdoulaye Kouyaté mêle les influences musicales du monde avec une efficacité saisissante – leur Danse hongroise donnée à Babel Med Music en 2015 et visible sur YouTube est un très bel exemple. 

Ciné-concerts 

Le mois de mai et le Ici Jazz Fest passé, la suite se poursuit non pas sur scène mais au cinéma. Le 1er juin à l’Alhambra (Marseille) est présenté Köln Tracks, La Légende du Köln Concert de Keith Jarrett, le documentaire de Vincent Duceau dans lequel il revient sur une des soirées les plus exceptionnelles de l’histoire de la musique.

En 1975, Keith Jarrett arrive épuisé à Cologne où il doit se produire, mais découvre sur scène un piano ¼ de queue qu’il considère comme injouable. Il refuse de jouer, avant d’être convaincu par l’organisatrice du concert. Il monte sur scène et sort une des plus grandes improvisations du jazz. L’enregistrement du concert se vendra à 3,5 millions d’exemplaires !Un sacré pitch de film, mais une prouesse d’en faire un documentaire puisqu’il n’existe aucune image ou photo de cette soirée…

Une projection qui ouvre un mois de juin à la programmation bien fournie. Le 13, la chanteuse et compositrice Elise Vassallucci présente son premier album Capharnaüm [lire le portrait ici] au parc Miremont de Plan-de-Cuques. Le lendemain, c’est à Jouques qu’il faut se rendre pour un double plateau composé du quartet Effimero (déjà présent au festival l’an dernier en ouverture de Mayra Andrade) et le jazz funk/brésilien de Cotonete. Un bel événement à noter également, la tournée métropolitaine de l’O’jazz Amu et Leila Olivesi qui revisitent ensemble le répertoire de Duke Ellington (17 juin à Miramas, 19 à Vernègues, 20 à Vauvenargues, 21 à Aubagne et le 22 à Châteauneuf-les-Martigues.) 

Quartet Effímero © Clara Lafuente

Citons aussi le 26 juin au parc de la Moline (Marseille) un hommage à Quincy Jones, décédé en novembre dernier, avec Rycko Filet en maître de cérémonie. Ou encore le pianiste Shai Maestro au Château de l’Empéri de Salon-de-Provence le 28 juin, à quelques jours del’ouverture de la 25e édition du Marseille Jazz des Cinq Continents, de retour chez lui, à Marseille.

NICOLAS SANTUCCI

Parcours Métropolitain
Du 17 avril au 5 décembre
Divers lieux, Métropole Aix-Marseille 

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Angelin Preljocaj: La vie sous les pâles

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Preljocaj
Helikopter © JC Carbonne

C’était en 2001, à La Criée. Angelin Preljocaj créait Helikopter sur le bruit infernal de la pièce de Karlheinz Stockhausen : les quatre musiciens du Quatuor Arditi, embarqués dans quatre hélicoptères, décollent puis stagnent. Eux, sonorisés, jouent, de longues glissades ascendantes ou descendantes, stridentes la plupart du temps, lyriques par instants, rappelées par le compte des mesures eins, zwei, drei, viiiier… 

Les danseurs se placent dans l’espace et combinent eux aussi leurs mouvements dans des lignes mouvantes projetées au sol, des codes numériques, des cercles concentriques que leurs corps semblent perturber… Une illusion, ces perturbations faisant en fait partie de la vidéo, et les danseurs inscrivant leurs pas, au millimètre et à la microseconde, dans les lignes tracées. 

Un exploit technique qui se double de phrases chorégraphiques complexes exécutées à l’unisson, de gestes amples et souples, d’équilibres précaires, de  corps qui combinent leurs membres dans des passes inédites, de changements rythmiques : bref une partition d’une difficulté extrême, que les danseurs de 2025 exécutent avec plus d’évidence encore que les créateurs de 2001.

Abstraction ? Rien n’est plus peuplé d’émotions que ces corps qui se battent contre les éléments, les lignes numériques, que ce quatuor qui lutte contre les pâles et s’impose, vivant, vibrant, jusqu’à l’atterrissage. Jusqu’au solo final, tranquille, imposant son ultime rotation en silence. 

Après la mort

Après Helikopter, avant Licht, le chorégraphe projette les images d’un entretien qu’il a eu avec le compositeur quelques mois avant sa mort. Ils y soulignent les points communs de leurs œuvres, faites de combinatoires infinies, d’aléas régulés, de superpositions abstraites qui visent pourtant unemystique reflétant un ordre transcendant loin des limites humaines.

« Mehr Licht » (« plus de lumière ») aurait dit Goethe en s’éteignant, entrevoyant un au-delà qui traverse souvent les œuvres du chorégraphe. Licht est un parcours lumineux et comme désincarné, où les douze danseur·euses heureux·ses évoluent sur la musique de Laurent Garnier qui est comme un hommage pulsé à l’électronique bricolée de Stockhausen.

Licht © Yang Wang

D’abord en joggings colorés, ils se débarrassent de leurs oripeaux pour apparaître dans des voilesminimales couleur chair et enchaînent des séquences où ils dansent, solitaires, en lignes, en couples répétés ou en groupe uni pour former des combinaisons nouvelles. Comme dans Helikopter les ensembles et les unissons sont parfaits, mais laissent aussi surgir comme des bribes d’individus, les « âmes des corps » qui apparaissent, comme le dit souvent le chorégraphe. 

Car la danse, jamais, n’est abstraite, pas plus qu’une interprétation musicale. Que l’on y perçoive une quête mystique ou un souvenir plus ou moins conscient : Angelin Preljocaj a parfois raconté comment il a rejoint Vermosh, le village albanais que ses parents avaient quitté clandestinement avant sa naissance. En hélicoptère, en 1994, survivant sous le bruit des pâles. 

AGNÈS FRESCHEL

Helikopter/Licht est joué jusqu’au 14 juin au Théâtre de la Criée 

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Joël Pommerat : « Puis le théâtre est venu demander sa place »

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Joël Pommerat © David Balicki
Joël Pommerat © David Balicki

ZébulineVous créez à Châteauvallon Les petites filles modèles

Joël Pommerat. Modernes pas modèles. Les petites filles modernes. C’est un titre provisoire pour moi.

J’ai dit « modèles »

Je crois [l’enregistrement lui donne raison, ndlr]. Cela prouve que l’ambiguïté fonctionne,j’espère simplement qu’elle ne va pas trop bien marcher !

Est-ce pour cela que c’est un titre provisoire ? 

Pour le moment [l’entretien s’est déroulé deux semaines avant la création, ndlr], ce n’est pas encore clair pour moi. Je n’ai pas de recul. Nous créons à Châteauvallon, mais le spectacle ne tournera que la saison prochaine. À la différence d’autres spectacles écrits pour les enfants,pour celui-ci je me suis laissé la possibilité de dévier. Je ne sais pas encore si je pourrai y inviter des enfants, et à partir de quel âge. Je ne veux pas qu’ils y risquent le traumatisme, l’angoisse, ou l’ennui.

Pourquoi redoutez-vous pour eux, précisément, ces trois maux, le traumatisme, l’angoisse, l’ennui ? 

C’est une question d’âge, de maturité. S’adresser à des enfants au théâtre c’est s’interroger sur les sujets mais surtout la façon dont on les met en scène. Plus « comment on dit » que de quoi on parle. À ce stade je ne sais pas si la forme sera totalement adaptée à de jeunes enfants. Unecertaine violence subsiste pour l’instant, mais je redoute surtout l’ennui, si ma façon n’est pas assez lisible, assez claire pour des enfants. À partir de quel âge ils pourront suivre et ne pas s’ennuyer.

Que raconte ce spectacle?  

C’est une histoire épique [un temps]. Je déteste raconter mes histoires [un temps]. Celle-ci est très accessible en termes de narration. Facile à suivre, mais avec des gouffres, des trous d’air [un temps]. Bon. Si on la prend par un bout c’est l’histoire de deux très jeunes filles. 10, 12, 13 ans au maximum qui découvrent qu’elles s’aiment d’amitié passionnelle. Et qui sont empêchées dans cet amour, et doivent s’affronter à des obstacles. 

Avec trois acteurs ? 

Oui deux comédiennes et un comédien.

Vous présentez ces Petites filles modernes comme du « théâtre roman »…

Oui, ça m’est revenu en travaillant, là. J’écris beaucoup de mes pièces avec une part narrative et descriptive. Pas toutes, La Fin de Louis ou Contes et légendes sont nettement dramatiques mais tous mes spectacles pour enfants, CendrillonPinocchio et Le Petit Chaperon Rougepartent du narratif, d’une forme non théâtrale qui commence par quelque chose comme « il était une fois », avec des narrateurs incarnés qui deviennent des personnages et font des allers et retours entre les deux. Avec des degrés, dans Au Monde c’est plus conventionnel, dans Les Marchands les personnages ne disent que trois phrases et la narratrice occupe l’espace de la parole… Je ne fais pas ça systématiquement, partir du narratif, mais quand même j’ai fait ça souvent ! Pour ce spectacle j’ai procédé comme les autres fois mais avec une spécificité inattendue : j’ai beaucoup écrit. Si j’avais laissé aller davantage ça aurait pu être un roman. Puis le théâtre est venu demander sa place. 

C’est à dire ? Le dialogue ? 

La scène, les corps, les voix. J’aurais pu raconter simplement avec les mots, dialogue ou narration et description… mais il y avait des choses que je ne pouvais pas seulement raconterou faire dire. Qu’il faut faire voir ou deviner. La forme romanesque fige aussi, elle met les corps dans une sorte de retenue et de raideur. Ce n’était pas envisageable de porter ce narratif/descriptif sur scène seul, je ne pouvais pas tout faire de cette manière. Donc j’ai beaucoup coupé, et je continue de beaucoup couper… 

Comment cela se présente-t-il sur scène ? À votre manière, avec des cuts et un traitement intimiste du son ?

C’est à nouveau une forme très découpée oui, très construite sur des transitions, des noirs, des coupures, des ellipses. Cette manière de mettre sur scène a à voir, pour moi, avec la forme narrative, ou avec des pièces séquencées comme La réunification des deux Corées. Mais cette fois-ci la lumière est prise en charge par la vidéo. Des images qui permettent de construire et déconstruire des espaces. C’est une écriture de la lumière spécifique à cette pièce. 

AGNÈS FRESCHEL

Les petites filles modernes (titre provisoire)
Du 24 au 29 avril
Châteauvallon, scène nationale d’Ollioules

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Sawa Sawa, accueillir la Palestine

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Mohamed Allaloul transmet le Dabke lors d'un atelier a la FabricA © A.F.

Durant toute l’année 2025, ce sont 33 artistes palestiniens qui sont accueillis en France, pour des durées très variables, allant de 2 à 8 mois. 24 autres doivent bénéficier de résidences en Palestine, mais la situation de guerre en perturbe fortement le déroulement. Ainsi le festival de danse de Ramallah, qui devait accueillir des artistes du dispositif, n’a pas eu lieu depuis 2022, et est cette année encore fortement compromis.  

Venir en France

Le dispositif Sawa Sawa, qui « vise à la valorisation de la créativité des territoires palestiniens, y compris en temps de guerre » est un projet d’État officiel : c’est le ministère des Affaires étrangères qui a mis en place cet appel à projet porté par l’Institut Français de Jérusalem, invitant les artistes palestiniens à déposer leurs propositions. Les 33 lauréats ont pour certains commencé, voire fini leurs résidences, mais aucune publicité ou communication officielle de l’État français n’accompagne leur présence : des relations de soutien à l’État palestinien, que la France n’a pas encore reconnu et qu’elle nomme « Territoires palestiniens de Gaza, Cisjordanie et Jérusalem », imposent visiblement une discrétion diplomatique. 

La question de la sécurité de ces artistes, qui pourrait aussi expliquer cette discrétion, ne se pose pas, les artistes palestiniens n’étant pas menacés en France. En revanche l’obtention des visas reste problématique. Ainsi le poète Mohammed Al Qudwa, réfugié en Egypte pour fuir les bombardements, vient à peine d’obtenir de la France, qui pourtant l’a retenu pour résidence, le visa qui va lui permettre de venir à Transfestival à Metz, après plusieurs mois d’attente et une annulation au festival Diwan en Lorraine.

Un paradoxe de plus en plus fréquent : les artistes bénéficiant d’une tournée ou d’une résidence en France peuvent obtenir un visa « passeport talent», «profession artistique et culturelle » qui ouvre la possibilité de demander une carte de séjour pluriannuelle. Ce visa permet d’éviter le statut de réfugié, qui restreint notamment le retour dans le pays d’origine, ce que la plupart des artistes palestiniens ne souhaitent pas. Dans un contexte politique de restriction de la politique d’accueil, y compris pour des ressortissants de pays en guerre, l’arbitrage entre les ministères de l’Intérieur et des Affaires étrangères semble délicat, et le ministère de la Culture est visiblement peu impliqué…

Au travail pour transmettre

Pourtant l’État français accompagne bien ces artistes, leur permettant de construire des œuvres souvent engagées pour leur pays et la cause palestinienne. Il prend en charge les frais de déplacement, les frais de production des œuvres et donne à chaque artiste une allocation de vie de 1 000 euros mensuels. Les établissements culturels d’accueil, qui participent au choix des artistes, doivent les loger et construire avec eux un programme qui vise à leur faire connaître le tissu culturel français. Et si certains résidents travaillent à des projets lointains, sans présentation prévue en France, d’autres en profitent pour finaliser des œuvres qui seront programmées en France après leur résidence.

Peu contraints dans leurs productions, les artistes sont cependant déjà au travail. Six d’entre eux sont à Marseille, et trois d’entre eux à Avignon, où le Festival, la Scène nationale de La Garance (Cavaillon) et le Train bleu organisaient, avec l’association Présence Palestine, un temps de partage le 9 avril : Mohamed Alaloul, jeune artiste actuellement étudiant à Lille (et qui n’a donc pas besoin de visa !), transmettait le dabkeh, danse traditionnelle palestinienne inscrite au patrimoine immatériel de l’Unesco, à un groupe d’Avignonnais·e·s dont l’une remarquait les points communs avec la farandole provençale…

Les chorégraphes Ramz Sayyam et Nowwar Salem présentaient  leur projet de création chorégraphique et diffusaient leur film Loving the Land. Un court métrage poignant autour d’une maison absente, un cadre vide suspendu à un arbre mort, une eau versée lentement qui se transforme en sang…  Elles vivent à Jérusalem et interviennent dans les camps de réfugiés en Cisjordanie, auprès des femmes et des enfants, utilisant la danse comme force de vie et de résistance. Ramz Sayyam parle clairement du génocide à l’œuvre, de la terreur dans les territoires occupés, de la Nakba (l’exode) de 1948, de la situation de colonisation depuis 1967, d’un futur qu’elle décrit comme une « libération ». 

Nowwar Salem et Ramz Sayyam © Elodie Molle

Une parole qu’elle voudrait faire entendre en France plus amplement, même si elle n’envisage pas un instant de rester en Europe, et veut repartir dès que possible vivre et travailler en Palestine. Son métier de chorégraphe ? Elle l’a appris en dansant le dabkeh, puis lors de résidences en Europe, d’études en Italie. La danse isarélienne ? Elle n’a jamais travaillé de l’autre coté de la ville, ni avec la Batsheva dance company de Tel Aviv. Dont les artistes ne rencontrent aucun problème de visas. 

AGNÈS FRESCHEL 

Les artistes accueilli.e.s en région Sud

Nowwar Salem, danseuse, Théâtre du Train Bleu, Avignon, La Garance, Cavaillon
Ramz Siam, danseuse, chorégraphe,Théâtre du Train Bleu, Avignon, La Garance, Cavaillon
Mohammed Alaloul, plasticien, danseur, Festival d’Avignon
Rula Halawani, photographie et arts visuels, Fondation Camargo, Cassis
Rama Alashqar, artiste visuelle, Villa Arson, Nice
Rehaf Albatniji, photographe, artiste visuelle, Les Beaux-arts de Marseille
Lina Bani Odeh, artiste visuelle, Triangle-Astérides, Marseille
Ashtar Muallem, artiste multidisciplinaire, Meditalents et Music & Cinéma, Marseille
Tamer Tafesh, acteur et metteur en scène, Les Rencontres à l’échelle, Marseille
Bashir Massad, art vidéo, Instants vidéo numériques & poétiques, Marseille
Mays Assi, spectacle vivant transdisciplinaire, Théâtre Joliette, Marseille

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Le flou, le faux et le malhonnête

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© G.C.

Remplaçant au pied levé le géographe Alexandre Grondeau qui devait parler de « l’ubérisation des territoires », le philosophe Denis Caroti était l’invité, le 14 avril, de l’Université populaire Marseille Métropole

Avec un brin de provocation – « j‘essaie juste de vous embrouiller » –, ce spécialiste de l’esprit critique titillait le public en multipliant des questions dérangeantes. Faut-il interdire les fausses informations ? Êtes-vous pour ou contre la censure ? Et la science, doit-on la croire alors que ce qui est tenu un temps pour vrai finit souvent par être dépassé ?

Si la propagande et la manipulation de masse n’ont pas attendu les algorithmes pour être déployées par les politiques, les responsables religieux ou les intérêts économiques, s’orienter dans un monde numérique en roue libre est de plus en plus difficile. Même les chercheurs, explique Denis Caroti, peinent à y voir clair. Comment déterminer, par exemple, l’influence des fake news sur le vote ? Est-ce un lien de cause à effet, une simple corrélation ?

Définir, clarifier, enquêter

Pour en avoir le cœur net, il faut établir des critères précis, et certains, nous dit-il, pensent qu’on n’en est pas encore là, faute de recul suffisant. Un problème méthodologique de taille se pose : « qui va checker les fact checkers ? ». Procéder par ordre, en bons philosophes, implique de d’abord formuler des définitions. La « malinformation », par exemple, consiste à diffuser des informations véridiques, mais en cherchant à nuire, là où la désinformation veut induire en erreur, et la post-vérité attribue plus d’importance aux émotions et aux opinions qu’à la réalité des faits.

Comment, en tant que citoyen, garder l’esprit clair, particulièrement sur les sujets brûlants ? Un rapport tout récent révèle que la désinformation concernant le climat, diffusée à longueur de micros dans les antennes d’extrême droite, sévit jusque dans les médias traditionnels, y compris de service public.

L’une des boussoles peut être de toujours questionner les intérêts qui se cachent derrière telle ou telle information. Et qui, parmi les puissants, n’a pas intérêt à ce que telle autre soit diffusée. Des fondamentaux du journalisme, auxquels il est bon de revenir, qui demandent un effort, certes, mais sont toujours valables, sinon plus, dans ce monde incertain.

GAËLLE CLOAREC

La conférence de Denis Caroti s'est tenue le 14 avril dans l'auditorium de la mairie des 1er et 7e arrondissements de Marseille.
À noter : 

Avec Marine Geydan, Denis Caroti a coordonné aux éditions Hors Pistes une revue sur l'éducation à l'esprit critique, Grandir libres ? (2023). Ce manuel pratique fournit aux pédagogues des exercices pratiques pour apprendre aux enfants de 9 à 12 ans à différencier ce que l'on sait de ce que l'on croit, contextualiser une image, ou encore déconstruire le discours des influenceurs. Il intéressera aussi les adultes désireux de muscler leur capacité de recul.

GAËLLE CLOAREC

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Revivre par l’écriture

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Ce livre pourra surprendre. Jeanne Benameur y installe une femme jamais nommée que l’on reconnaît peu à peu à la faveur de certains indices. Son histoire commence avec son regard sur la mer et le souvenir d’un fils qu’elle a nourri et qui ne fermait jamais les yeux. « Étrange fils », qu’elle n’a plus. Et elle évoque aussi le doux Jean, l’ami du fils, qui veille sur elle. Vous aurez reconnu qu’il s’agit de Marie, mère du Christ, et de l’apôtre Jean. Jeanne Benameur a déclaré avoir été frappée par un bas-relief du XVe siècle sur lequel la Vierge était représentée en train de lire. C’est cela qui l’a amenée à imaginer la vie de cette femme après la mort de son fils, et d’en faire une femme comme les autres, qui rentre en contact avec les habitants d’un petit village, s’éveillant peu à peu à une vie nouvelle. Elle y rencontre une enfant aux cheveux noirs bouclés à laquelle elle s’attache très vite. Sa mère est morte dans un naufrage. Depuis ce jour, la petite a perdu la parole et vit avec sa grand-mère. C’est le début d’une relation qui va les libérer peu à peu toutes les deux.

Un chant lyrique 

Jeanne Benameur met ses personnages face à leur destin comme ils sont face à la mer. Jean avait rencontré cet homme, le fils, qui lui avait déclaré devant ses filets vides qu’il pouvait devenir « pêcheur d’hommes ». La femme et l’enfant ont subi la grande douleur de la perte. Son vieux maître lui avait appris des choses réservées aux garçons comme l’écriture tracée dans le sable. Et elle reproduit cet apprentissage pour l’enfant. En la sauvant, elle se sauve et ose enfin écrire son histoire dans les rouleaux de papier vierge, « sans peur de laisser trace ». L’autrice trouve une voix et un rythme proche de la litanie qui s’accorde au mystère de cette femme qui redécouvre la vie.

CHRIS BOURGUE

Vivre tout bas, de Jeanne Benameur
Actes Sud - 19,50 €

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L’antipsychiatrie en liberté

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La-tête-loin-des-épaules-© Alain Dalmasso

Depuis ses 6 ans, Katrina Chaumont fréquente la psychiatrie au gré des internements successifs de sa mère bipolaire. Témoin impuissante des dysfonctionnements de cette institution, elle s’y affronte aujourd’hui dans sa première pièce, La Tête loin des épaules, créée à l’IMMS (Friche La Belle de mai). 

Dans un espace scénique affranchi de toute formalité, Chaumont s’adresse au public – qu’elle accueille avec des tasses de café chaud – dans une sorte de conférence intime. Partant de l’expérience de sa mère, elle met méticuleusement à nu la déshumanisation à l’œuvre dans l’institution psychiatrique. Elle s’attaque sans détour à la médication et l’isolement des patients, des méthodes qui ne visent selon elle pas à soigner mais à maintenir en place un système de domination – des médecins sur les patients, de la société sur des malades perçus comme dissidents.

Ses mots et son jeu provoquent tour à tour le rire, la compassion et le malaise. Sa colère est communicative et grandit au fur et à mesure que son argumentation antipsychiatrique se précise. 

« On se lève et on se barre ! »

Chaumont ne se contente pas de dresser un constat : elle veut proposer un modèle alternatif de soin, fondé sur l’accompagnement humain plutôt que sur la sédation. Ayant créé un sentiment collectif avec le public dès le début du spectacle, elle l’entraîne en extérieur pour une balade dans les rues de la Belle de mai. La colère laisse place à une fantaisie faussement naïve et franchement cathartique.

Le passage de la salle à l’extérieur, qui se conclut par un pique-nique et une discussion, permet à Katrina Chaumont de mettre en place une dialectique formelle et joyeuse qui amène à une conclusion simple mais radicale : seul le sentiment de communauté peut soigner en profondeur les souffrances psychiques. 

CHLOÉ MACAIRE 

La Tête loin des épaules se joura du 10 au 12 avril au théâtre des Halles, Avignon 

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