dimanche 15 février 2026
No menu items!
Accueil Blog Page 173

Les Récits de la Table Ronde

0
Laurent Daycard repetitions © Chloé Curci

Les Romans de la Table Ronde, contés il y a plus de huit siècles par Chrétien de Troyes, inspirent encore aujourd’hui régulièrement écrivains, musiciens, cinéastes. Laurent Daycard, conteur et directeur artistique de La Baleine qui dit « Vagues » à Marseille, en propose une relecture par le prisme des mythes celtes. Après une première partie, donnée en 2022 à La Criée, autour des « temps merveilleux » (Merlin, la naissance d’Arthur, Excalibur, Arthur devenu roi, la reine Guenièvre et la formation de la Table Ronde), voici la deuxième partie, autour des « temps aventureux ». Des aventures que Laurent Daycard raconte en rythmant avec ses instruments médiévaux (dont le dulcimer – instrument moyenâgeux de la famille des cithares) les exploits de Gauvain, Yvain, Lancelot et les autres.

MARC VOIRY

10 et 11 janvier
La Criée, Théâtre national de Marseille

Les raisons d’espérer

0

Difficile de souhaiter une bonne année. Donald Trump veut annexer le Canada, Mayotte délaissée par l’État fait la fête à Marine le Pen (je ne commenterai pas la mort de son père), le criminel de guerre à la tête d’Israël ne se présente pas devant ses juges, les attentats islamistes ou fascistes continuent leurs ravages et leur terreur, la vie culturelle française est gravement menacée, l’état de santé des Français·e·s se dégrade, l’emprise médiatique de Bolloré et de Musk menace l’existence même de l’esprit critique et la liberté d’être trans… 

Que souhaiter en 2025 ? On peut, dans un esprit magique, noter que 2025 est le carré de 45 comme 1936 était celui de 44, et y voir le signe d’un possible retour du Front populaire ? On peut publier un dessin de presse (merci Silvestre) pour se moquer librement du président et rendre hommage aux morts de Charlie et aux dessinateurs de presse. On peut constater que la presse libre a amené Sarkozy, les prédateurs sexuels et les marchands de sommeil devant les tribunaux. On peut continuer de résister en pariant sur l’intelligence non artificielle, le partage culturel et le plaisir des arts.

2025 commence par une fête de cirque, de la musique en création, Avignon qui entre en année culturelle, les bibliothèques de Marseille qui commencent un vaste cycle sur l’exil, et de beaux livres de femmes que nous vous conseillons. Nous vous souhaitons donc une bonne année, riche de combats acharnés et de plaisirs superbes. 

Agnès Freschel


Retrouvez nos articles Société ici

Françé

0
Françé © Eric Massua

De quelle manière résonne l’histoire coloniale auprès de ceux qui en ont héritée ? Produit par la compagnie de l’Énelle et mis en scène par Jessica Dalle, Françé questionne ce qu’est l’identité française aujourd’hui près d’un demi-siècle après les indépendances de 1960, où deux mondes se sont heurtés. Celui de l’Europe coloniale dans sa toute-puissance avec celui des civilisations traditionnelles d’Afrique. La pièce est interprétée par les afrodescendants français Lamine Diagne, aussi fondateur de la compagnie, et le comédien Raymond Dikoumé, qui s’inspirent de leurs propres vécus pour raconter ce qu’est la transmission transgénérationnelle de l’époque coloniale.

LILI BERTON FOUCHET

8 janvier
Théâtre des Halles
,Avignon

Happy 2way

0
© J2MC

Les créations étaient légion en 2024 à Klap-Maison pour la danse, et 2025 devrait en être tout autant. Ça commence dès le 8 janvier, avec la pièce chorégraphique HappY 2-waY de la compagnie Abdel Blabla. Sur scène, deux corps, ceux de Corinne Pontana et François Bouteau, qui entendent se faire le reflet de leurs propres pensées, en solo ou en duo. Ce n’est pas la première fois que le studio de la Belle de Mai voit passer cette pièce, ou presque, puisqu’elle a été en partie dévoilée ici-même dans un work in progress en 2022 à l’occasion du festival Question de Danse.

NICOLAS SANTUCCI

8 janvier 
Klap - Maison pour la danse, Marseille 

Phèdre

0
Phèdre © Pierre Gondard

Robin Renucci reprend la tragédie de Racine qu’il avait présentée à La Criée à son arrivée à la direction. Spécialiste du vers racinien et de sa musique si fragile et puissante, le metteur en scène sait les faire entendre : dans un dispositif frontal – et non plus en cercle comme à la création sur un ring de boxe – Phèdre affronte la froideur d’Hippolyte, la terreur de Thésée et la complaisance maternelle d’Oenone, dans des alexandrins éternellement sublimes, magnifiquement maîtrisés par des comédiens hors pair, Marilyne Fontaine en tête. Une tragédie de la passion lorsqu’elle se confronte au pouvoir, aux transgressions incestueuses et au rapt, que Robin Renucci ne souligne pas, laissant le texte faire son chemin.

AGNÈS FRESCHEL

Du 8 au 12 janvier
La Criée, Théâtre national de Marseille

Retrouvez nos articles et annonces ici

Une histoire subjective du Proche-Orient…

0
© Alain Richard

Fondé en 2009 à Paris par l’autrice franco-libanaise Lauren Houda Hussein et le metteur en scène israélien Ido Shaked, le Théâtre Majâz mène une recherche théâtrale politique et engagée en confrontant la petite histoire à la grande. En 2021, en pleine crise sanitaire Covid, ils créent une forme itinérante destinée à jouer aussi bien hors les murs qu’en salle : Une histoire subjective du Proche-Orient mais néanmoins valide… je pense. Un projet qui s’articule sur trois épisodes de 55 minutes. Chaque épisode est dédié à une ville : Beyrouth, Jérusalem et Paris, et mêle récit et musique live, portés par une comédienne et un oudiste. Une cartographie sensible de ce territoire, comme un concert documentaire, à voir en intégrale au Théâtre Joliette.

MARC VOIRY

8 au 11 janvier
Théâtre Joliette, Marseille

Les gros patinent bien

0
© Fabienne Rappeneau.

Énorme succès aussi bien sur les scènes du théâtre public que privé, le « cabaret de carton » Les gros patinent bien de Pierre Guillois et Olivier Martin-Salvan, couronné en mai 2022 Molière du meilleur spectacle de théâtre public, passe par le Théâtre Liberté à Toulon. Sur scène, un duo du genre Stan et Laurel ou Don Quichotte et Sancho Panza : d’un côté Olivier Martin-Salvan, rondelet, braillard et hautain, assis tout du long sur un trône dérisoire, éructe un gromelot d’anglais shakespearien. De l’autre Pierre Guillois, grand échalas, se démène pour planter les différents décors, du haut du ciel jusqu’au fond de l’océan, et représenter la multitude de créatures qui lui sont assignées. Une épopée hilarante emballée dans une ingénierie de carton épatante.

MARC VOIRY

Du 7 au 12 janvier
Théâtre Liberté, Toulon

Retrouvez plus d’articles et annonces ici

Encore une journée divine

0
© E.N.

Il suffisait que le metteur en scène et comédien Emmanuel Noblet envoie une lettre fraternelle à François Cluzet pour qu’il soit de retour sur scène après 25 ans sans y avoir mis les pieds. Mais qu’a donc pu charmer le célèbre acteur ? Dans Encore une journée divine, un brillant psychiatre, Robert, se retrouve interné à l’hôpital psychiatrique, car celui-ci navigue entre un refus de sensibilité et une ambition de changer le monde… l’occasion aussi d’analyser les travers de notre société, dans une langue aux accents absurdes. Spécialiste des adaptations littéraires au théâtre, Emmanuel Noblet s’empare ici du thriller éponyme de l’auteur Denis Michelis.

Lili Berton Fouchet

Du 7 au 18 janvier
Théâtre du Jeu de Paume, Aix-en-Provence

Nîmes danse le flamenco

0
Rocio Molina - Al fondo riela © Óscar Romero

C’est un des rendez-vous phares du flamenco à l’échelle européenne. Depuis 35 ans, le Théâtre de Nîmes propose pendant deux semaines une généreuse vitrine de la création flamenca contemporaine. Et plus particulièrement de la danse, dont il est « le seul à [lui]accorder une place centrale » explique l’organisation. Et l’édition 2025, du 9 au 18 janvier, ne fera pas exception. Sous la houlette de la nouvelle directrice du Théâtre de Nîmes Amélie Casasole et Chema Blanco, conseiller artistique – qui dirige également la Biennale de flamenco de Séville –, les grands noms de la danse flamenca répondent à l’appel : Rocío MolinaIsrael Galván ou Andrès Marin sont notamment à l’affiche.  

Un dimanche avec Rocío Molina

C’est l’un des moments les plus attendus de cette édition 2025. Déjà programmée l’an dernier pour le dernier épisode de sa trilogie dansée intitulée Trilogía sobre la guitarra, Rocío Molina– nouvelle artiste associée du Théâtre de Nîmes – présente cette année l’intégralité de son triptyque le temps de la journée du 12 janvier. D’abord Inicio (11 heures), puis Al Fondo riela (15 heures) et enfin Vuelta a uno pour terminer le tableau (20 heures). Dans cette trilogie, la danseuse espagnole se distingue par la traduction moderne du langage flamenco. À la fois exubérante, incandescente et technique, elle embarque le public dans une transe divine, bien accompagnée par le jeune guitariste Yeraï Cortès, avec qui elle entretient une relation scénique fusionnelle. 

Un autre moment fort en ouverture du festival (9 janvier). Le Ballet Flamenco de Andalucía propose son spectacle Pineda – Romance popular en tres estampas. Une première en France et une première pour Patricia Guerrero, désormais à la tête du Ballet, qui a choisi s’emparer de l’œuvre du poète et dramaturge espagnol Federico Garcia Lorca pour cette création. Et plus précisément de la pièce Mariana Pineda – du nom de l’héroïne espagnole de la cause libérale au XIXe siècle. Une pièce chorégraphique qui entend rendre à l’œuvre du poète toute son expressivité et sa force spirituelle. 

Fidèle du festival, Andrès Martin viendra non pas une fois mais deux. Le génie autodidacte présente d’abord son Recto y Solo le 11 janvier. Accompagné de Pedro Barragán à la guitare, il revisite par la danse les écrits de Vicente Escudero, danseur, chorégraphe et théoricien de la danse espagnol. Entre danse avant-gardiste et classique, Andrès Martin entend ici déconstruire la culture hétéro-patriarcale du flamenco. Le 15 janvier, on retrouvera le même danseur au côté de Ana Morales, pour la première en France de la pièce Matarife Paraíso, une œuvre entre le paradis et l’enfer, illusion et désillusion, mythe et réalité.

Enfin, le Festival Flamenco accueille La Edad de Oro d’Israel Galván. Une pièce créée en 2005 qui revient sur « l’âge d’or » du flamenco, entre la fin du XIXe siècle et les années 1930, et qui fêtera au Théâtre de Nîmes ses 20 ans dans une nouvelle distribution (14 janvier).

Un pas de côté

Si la danse occupe une très grande place dans la programmation, le rendez-vous propose aussi un concert de la figure emblématique du flamenco contemporain Niño de Elche à Paloma (10 janvier), ou encore María Terremoto, qui présentera en première mondiale dans la même salle son nouvel album (17 janvier). 

NICOLAS SANTUCCI

Festival Flamenco
Du 9 au 18 janvier
Divers lieux, Nîmes 
theatredenimes.com

Retrouvez nos articles Musiques et Scènes ici

Deux femmes, deux Irak

0

Taj Al-Moulouk et Widiane se rencontrent lors d’un concert à Paris et développent une amitié en découvrant qu’elles ont toutes deux grandi en Irak, pays qu’elles ont dû fuir. À 90 ans, la première se souvient d’une vie irakienne des années d’après-guerre dans laquelle les idéesmodernes et révolutionnaires progressent, tandis que Widiane, la petite quarantaine, a connu les années de guerre, d’instabilité et de peur. Elle répète souvent à la vieille dame que son Irak à elle « n’est pas le sien ».

Leurs deux personnalités aussi sont opposées : La jeune Widiane, violoniste reconnue s’est emmurée dans le silence, après avoir été abandonnée par son fiancé et subi la torture perverse d’un homme proche du pouvoir. Taj Al-Moulouk, elle, a vécu trois vies en une. Beauté fatale, journaliste, férue de poésie arabe, amie des artistes d’avant-garde, espionne, amoureuse passionnée, elle a collectionné les amants brillants mais reste inconsolable de sa séparationavec le journaliste palestinien Mansour Al-Badi qui, en 1948, a tenté de rebâtir, dans un Pakistan naissant, la maison qu’Israël venait de lui enlever. Pétrie de contradictions, Taj a créé en Irak un journal qui soutient le roi Fayçal mais prend la tête des émeutes communistes qui vont mener l’Irak à la république.

Rouvrir les boites à photos

Il y a peut-être un peu de ces deux femmes chez Inaam Kachachi, journaliste écrivaine irakienne. En 1996, elle acquiert la nationalité française et réalise en 2004 un documentaire sur Naziha Al Dulaimi, pionnière des mouvements féministes en Irak et première femme à devenir ministre dans le monde arabe. Avant L’indésirable, elle a publié deux romans : Si je t’oublie, Bagdad (Liana Lévi), et Dispersés (Gallimard) qui lui vaut le prix de littérature arabeen 2016.

Dans ce roman qui ravira les passionnés d’histoire, de politique et d’aventure, on voyage entre Beyrouth, Jérusalem, Karachi, Bagdad et Paris, on croise quelques grandes figures des années d’après-guerre comme la chanteuse Oum Khaltoum, Bourguiba, Ben Bella ou le roi Abdallah 1er de Jordanie et des personnages plus contemporains comme Hugo Chavez. Le roman est aussi une réflexion implacable sur le temps qui passe, la vieillesse et les dangers que l’on encoure à rouvrir les boites à photos du passé et à reconvoquer à son chevet lesamours des années révolues.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

L’indésirable, de Inaam Kachachi 
Gallimard - 25 €

Retrouvez nos articles Livres et Littérature ici