dimanche 15 février 2026
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Monaco Dance Forum : Akram Khan fait vibrer le Rocher 

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Chotto Desh © Camilla Greenwell

Chotto Desh, (petite patrie) est une histoire dansée qui emprunte à la biographie d’Akram Kan, un emblème du métissage des cultures. Elle raconte le périple d’un petit garçon né de parents bangladais. Le « baba » tient un restaurant et voudrait que son fils prenne un jour la relève mais Akram est un rêveur. Il trouve sa nourriture dans les contes que lui lit sa maman et en particulier Le tigre de miel (d’après le livre de Karthika Naïr) inspiré de mythes musulmans et hindouistes. Celui-ci relate l’odyssée de Shonou, fils d’un collecteur de miel qui vit en lisière d’une forêt profonde. 

L’année a été terrible, les inondations ont tout dévasté, les récoltes sont perdues. Malgré l’interdiction, le petit garçon part à la recherche des abeilles dans la forêt gardée par un puissant tigre. Le danseur évolue et se fond dans un décor animé onirique d’une poésie totale dans lequel on croise un éléphant, un crocodile, un serpent, des papillons. Mais le petit garçon chute. Que va-t-il se passer ? Cette quête initiatique, c’est aussi celle d’un Akram devenu adolescent qui s’entraine au kung-fu, à la boxe mais surtout à la danse. Sa décision est prise, il deviendra danseur. 

Tourbillonnant

Seul sur scène, il pirouette, s’envole, tombe parfois, empruntant à la danse classique, contemporaine, au khatak, tradition classique du nord de l’Inde, aux arts martiaux avec grâce, souplesse et énergie extrême. Son père l’exhorte à en finir avec ces rêves absurdes, à devenir adulte, à se confronter à la réalité d’un monde en guerre et puis surtout à l’écouter, lui son père, comme on respecte son père au Bangladesh « ce pays n’est pas le mien. Retournes-y si tu veux » proteste Akram qui s’engage dans une course folle mêlant colère et volonté de rompre avec ce qui l’enchaîne pour enfin vivre la vie qu’il s’est choisi. Il peut alors quitter sa chaise d’enfant et gravir celle immense de la maturité avec laquelle il improvise un duo tourbillonnant. 

Tout au long du spectacle, le danseur évolue seul mimant chorégraphiquement toutes les situations avec une précision totale. Le voilà dans une rue du Bangladesh où son baba l’emmenait l’été, tentant d’éviter les voitures, les chiens errants, les policiers sifflants, les mendiants, les infirmes et les charmeurs de serpents, jouant avec les ombres chinoises ou parodiant son père. Un spectacle virtuose, souvent drôle, accompagné par les créations musicales de Jocelyn Pook, dont l’Hallelujah, composée pour le spectacle Desh en 2011, résonne dans les cœurs bien longtemps après avoir quitté la salle.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Chotto Desh d’Akram Kahn a été donné au Grimaldi Forum Monaco dans le cadre du Monaco Dance Forum, le lundi 16 décembre

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Aix célèbre enfin Cézanne !

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Paul Cezanne, Autoportrait au chevalet, vers 1898-1900 Lithographie sur papier, 50 x 34,5 cm Musée Granet, Aix-en-Provence © Claude ALMODOVAR / musée Granet, Ville d'Aix-en-Provence

Zébuline. Qu’est- ce qui vous passionne dans l’histoire et la peinture de Paul Cézanne ?

Alain Paire. C’est l’inventeur du cubisme, l’inventeur de l’art moderne, il n’y a pas de doute. Et par rapport à l’impressionnisme c’est considérable. C’est du Nicolas Poussin et en même temps c’est la modernité. C’est une césure ! Cela va plus loin qu’Ingres et Barbizon. ça reste figuratif et rigoureux, et c’est passionnel. Il répétait : « je vous dois la vérité en peinture, et je vous la dirai ». Enfin, je ne veux pas enfoncer des portes ouvertes, mais c’est considérable !

À quoi correspond 2025 dans la vie de Paul Cézanne ?

À rien ! Excepté l’ouverture au public du Jas de Bouffan : on a décidé de faire une grande manifestation, autour de ce lieu qui sera un pôle d’attraction pour l’histoire de l’art : l’objectif principal de l’événement, c’est l’attractivité d’Aix.

Au-delà de ce constat, quel est votre regard sur l’opportunité de cette manifestation ?

Cézanne fut longtemps ignoré en Provence, malgré sa renommée mondiale. On réalise au musée Granet une exposition avec des chefs-d’œuvre des musées du monde entier, tant mieux, mais c’est bien avant qu’il aurait fallu faire ce travail. En 1906, quand Cézanne meurt, il est soutenu par Ambroise Vollard, il est au Salon d’Automne. Braque et Picasso sont bouleversés, par contre les aixois n’y croient pas et prétendent que c’est du snobisme intellectuel. 

La première exposition du centenaire de la naissance de Cézanne, c’est 1939, juste avant la guerre. Un peintre aixois, Marcel Arnaud veut faire une rétrospective à Aix-en-Provence : il n’y arrive pas. Au lieu d’Aix, c’est à Lyon qu’elle se déroule. Le conservateur du musée d’Aix, Pontier avait dit que de son vivant aucun Cézanne n’entrerait dans le musée : il a tenu parole ! Dans les années 1950, la salle Cézanne du musée Granet, c’était trois aquarelles et quelques souvenirs. Et ce n’est pas par manque d’argent, une municipalité a toujours un peu d’argent, c’est par manque de lucidité. C’est seulement en 1980, pendant l’époque de Jack Lang, qu’il y a eu enfin un dépôt de huit toiles au musée Granet. Après quoi une grande exposition s’est déroulée autour des tableaux de la Sainte Victoire, parce que la Sainte Victoire avait été incendiée.

Ceci dit, il y a quand même eu deux expositions en Aix-en-Provence, en 1956 et en 1961…

Oui, dans un lieu décentré, le pavillon de Vendôme, réalisées par un peintre et lithographe allemand Léo Marchutz, informé et très cultivé, un ancien interné du camp des Milles. En 1961, l’exposition a été cambriolée : il n’y avait qu’un seul gardien, qui s’était endormi, pas de sonnette d’alarme ! Les cambrioleurs ont emporté en toute tranquillité huit tableaux, dont Les joueurs de cartes ! Ce fait-divers sera raconté en 2025, dans une exposition du Pavillon de Vendôme. Preuve flagrante qu’à Aix, Cézanne n’était toujours pas considéré. Il y a eu 22 000 visiteurs, on est en 1961, Cézanne a depuis longtemps une renommée mondiale ! 

Cézanne 2025 va voir l’ouverture au public du Jas de Bouffan, l’exposition d’une centaine de toiles au Musée Granet va être orientée sur cet endroit. Quel est ce lieu et son importance ?

Le Jas de Bouffan, c’est un endroit magnifique et tout à fait capital. À l’Office du tourisme pour l’instant, il y a deux endroits « labellisés »  Route Cezanne : les carrières de Bibémus, entre Le Tholonet et Aix, et l’atelier des Lauves qui fut son dernier endroit de travail. Le Jas de Bouffan fut le premier. En 1859 le père de Cézanne, qui était banquier, achète la propriété du Jas de Bouffan, 15 hectares, une bastide charmante, pour en faire sa villégiature d’été. Entre 1859 et 1899, Cézanne n’a pas arrêté d’y vivre et d’y travailler. Il faisait sans arrêt des allées et venues entre Paris et la Provence. Son port d’attache c’était toujours Aix, et précisément cet endroit. Il y avait beaucoup de tensions avec son père et sa mère, il dissimulait sa liaison avec sa femme Hortense, avec qui il avait eu un enfant, il se cachait constamment. Le Jas de Bouffan est un lieu essentiel : c’est vraiment là qu’il fait ses débuts, c’est son lieu de création, le laboratoire où il réalise plusieurs fresques. C’est ce que va montrer cette exposition : on s’en félicite, même si c’est très tardif  !

Entretien réalisé par MARC VOIRY

Les expositions et visites de Cézanne 2025 

La petite galerie Cézanne
Du 4 février au 12 octobre 2025 
Galerie de la Manufacture 

Aix et Cézanne
Du 6 juin 2025 au 5 janvier 2026 
Musée du Vieil Aix

L’expo des expos – Cézanne au Pavillon Vendôme en 1956 et 1961
Du 19 juin au 2 novembre 2025
Musée du Pavillon de Vendôme

Cézanne au Jas de Bouffan
Du 28 juin au 12 octobre 2025
Musée Granet 

Visite de la Bastide du Jas de Bouffan 
ouverture exceptionnelle du 28 juin au 12 octobre 2025

Visite de l'atelier des Lauves 
à partir du 28 juin 2025

Visite des carrières de Bibémus 
toute l'année, sur inscription.

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Ultime rebondissement pour le Dock des Suds 

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Les Docks des Suds © Lila Seror

On appelle ça un coup de théâtre. Il y a quelques jours à peine, la fermeture du Dock des Suds le 31 décembre semblait entendue. Ni l’abandon du projet de la Cité du cinéma, ni la mobilisation du collectif « Où va la nuit », ni les prises de paroles de la Ville de Marseille (Jean-Marc Coppola [Lire notre entretien ici] et Benoît Payan en tête) ne semblaient faire bouger Euroméditerranée de sa ligne. Affirmant jusqu’au 13 décembre que le Dock des Suds fermerait bien le 31 décembre. C’était sans compter un retournement de situation inattendu ce mardi 17 décembre, d’abord au cours d’une réunion organisée le matin même entre l’association gestionnaire Latinissimo et Aurélie Cousi (directrice d’Euroméditerranée), puis dans un communiqué publié par l’établissement public en début d’après-midi. Le Dock des Suds ne fermera pas avant trois mois, et un appel à Manifestation d’intérêt (AMI) sera lancé en janvier. 

C’était au départ une réunion « technique » prévue depuis longtemps ce mardi matin. Pas de quoi susciter un optimisme débordant auprès des équipes de Latinissimo, déjà résolues à quitter les lieux le 31 décembre. Mais, surprise, « il y a eu une prise de conscience de la part d’Euroméditerranée que ce lieu ne pouvait pas rester vide avant qu’un projet définitif n’y soit implanté », explique Jacques Lantelme, directeur de Latinissimo. Quelques heures plus tard, Euroméditerranée publiait un communiqué de presse revenant sur ses anciennes prises de positions, expliquant qu’il avait « entendu les inquiétudes des acteurs culturels sur le devenir du site du Dock des Suds ». Et de poursuivre qu’ « en attendant le projet définitif dont les contours seront discutés dans les prochaines mois avec sa gouvernance, État et collectivité, Euroméditerranée continuera à faire vivre le site du Dock des Suds au service de la culture. » 

Pour Latinissimo, ce communiqué signifie un délai supplémentaire « pour que [l’association] continue son activité jusqu’à fin mars 2025 », lui permettant d’assurer notamment la tenue de son événement Babel Music XP. Mais son avenir au Dock reste incertain. 

Un AMI en 2025

Car pour la suite, Euroméditerranée s’apprête à lancer un appel à manifestation d’intérêt (AMI) fin janvier, « pour une nouvelle occupation temporaire du lieu, faisant une place à une dimension culturelle et festive / récréative et plus ouverte sur le quartier ». Un appel auquel Latinissimo devrait répondre, « selon sa teneur », explique Jacques Lantelme. 

De la teneur de cet AMI, la mairie entend également connaître les contours. Car si Jean-Marc Coppola, adjoint au maire de Marseille en charge de la Culture, salue une décision « de bon sens » concernant la poursuite d’activité du Dock, il entend que la Ville de Marseille soit « autour de la table, dans l’écriture du cahier des charges, et dans le choix final. » Précisant que le Dock devait « rester un lieu d’activité nocturne et de diffusion musicale. »

NICOLAS SANTUCCI

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Mayotte, une situation coloniale

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Soly Mbaé © X-DR

Diasporik. Zanatany est mot malgache qui désigne les populations exilées qui gardent avec leur terre natale un lien d’attache. De quoi parle ce spectacle que vous créez pour la Journée  des Migrants du 18 décembre ? 

Soly Mbaé. C’est un  spectacle sur l’exil et le déracinement, le racisme. Ma collègue Marisoa Ramonja a été arrachée à Madagascar, sa terre natale, à 11 ans. On parle de ce déracinement commun, elle en Picardie, moi à Marseille, et à la fin on évoque la situation de Mayotte.

Avant le cyclone.

Bien sûr. Mais avant le cyclone c’était déjà une tragédie. Il y a des milliers de Comoriens qui vont à Mayotte en kwassa kwassa et qui meurent chaque année. Sur place, la situation est insoutenable, Mayotte n’intéresse pas la France en dehors de son intérêt stratégique dans le canal du Mozambique, les bâtiments publics se sont envolés, les réseaux d’eau et d’électricité n’ont pas tenu, comme si Mayotte n’était pas un département français…

Est-ce qu’on peut dire que la société y est toujours coloniale ? 

C’est évident. Les expat’ ont tous les postes importants. À compétences égales, un Mahorais n’a aucune chance. Les écarts de salaires eux sont énormes, le droit français, le droit du sol, n’y est pas appliqué, et la France va à l’encontre des résolutions internationales, inchangées depuis 1976 [date du referendum à Mayotte, ndlr] : les Comores sont un État souverain qui comprend Mayotte, dont le rattachement à la France n’est pas reconnu par l’ONU. Cette situation coloniale est camouflée par une fausse tension entre Mahorais et Comoriens attisée par la députée LIOT Estelle Youssouffa, qui prône la haine des étrangers et des clandestins et fait le lit de Marine le Pen dont les scores explosent. La tension entre les Comoriens n’a jamais était aussi grande. Pourtant, que la France le veuille ou non, nous sommes un même peuple, avec la même histoire, la même langue, la même religion, les mêmes traditions, sur les quatre îles. Nous avons tous de la famille sur les quatre îles. Depuis 1975 nous sommes séparés, depuis le visa Balladur en 1995 nous ne pouvons même pas aller visiter nos familles, et aujourd’hui on sépare les morts, en comptant les Français d’un côté, les « clandestins » de l’autre ? Je refuse ce mot, clandestin, nous sommes tous comoriens. 

A Marseille, qui est dite la cinquième île des Comores, ces tensions sont-elles palpables ? 

Elles sont moins violentes, mais elles apparaissent, oui. Il y a quelques années les 110 000 marseillais d’origine comorienne marchaient main dans la main, très soudés dans les événements culturels, sportifs, festifs, sociaux. Aujourd’hui les Marseillais de Mayotte se sont retirés de ces endroits-là, ils se considèrent comme français, comme supérieurs aux « comoriens », ils votent Marine le Pen…

C’est de la haine de soi !

Séparer les communautés colonisées permet, toujours, de maintenir la domination.  C’est classique. Aujourd’hui il faut arrêter tout cela et porter secours. Il n’y a pas de clandestins à Mayotte.

ENTRETIEN REALISE PAR AGNES FRESCHEL

Zanatany
18 décembre
Parvis des Arts, Marseille

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Le budget culture de Marseille préservé

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Jean-Marc Coppola © X-D.R.

Zébuline. Vous venez de voter un budget culture en légère hausse. Était-ce un choix difficile à faire, compte tenu de l’instabilité politique que connaît le pays ? 

Jean-Marc Coppola. Les choix politiques sont toujours compliqués à faire quand les budgets publics sont contraints, et que l’on ne sait pas ce que sera le prochain budget du gouvernement. Si on regarde le budget tel qu’il avait été présenté avant la censure, c’était 50 millions de moins pour Marseille. Mais si la politique se contente de simplement gérer comme un comptable les budgets publics, il n’y a plus besoin d’élus. L’art de la politique c’est de trouver des solutions face à des problèmes inextricables. C’est de répondre aux besoins, aux attentes de nos concitoyens. Ce qui est notable sur la ville de Marseille, c’est que l’on ne considère pas la culture comme une variable d’ajustement. 

D’autres collectivités n’ont pas fait le même choix. 

Je pense même que certaines collectivités se dévoilent derrière l’austérité budgétaire. Certains ont le courage de bien l’afficher, c’est le cas de la présidente de la région Pays de Loire [Christelle Morançais, qui s’apprête à baisser de 70% son budget culture, lire notre article ici]. Elle, pour le coup, annonce très clairement quelle est sa conception de la culture : elle considère que les acteurs culturels sont des enfants gâtés par l’argent public… C’est une méconnaissance de la réalité de la culture.

Mais quand je dis que certaines se dévoilent, je pense par exemple à la Région Sud [lire ici] qui considère que la culture n’est pas essentielle, vitale, prioritaire… parce qu’ils ont d’autres priorités, comme les Jeux olympiques d’hiver en 2030. Ils vont construire une patinoire à Nice, alors qu’il en existe une à Marseille, ou des canons a neige dans les Alpes… c’est du n’importe quoi. Le tout au sacrifice de la culture. Je ne donne pas de leçon à la Région, je fais le constat qu’elle a renoncé à la Cité du Cinéma et qu’elle baisse le budget de subventions de la culture. Pareil pour le Département, qui coupe de moitié son budget investissement culture. C’est dramatique. Alors que notre démocratie est malade, on a besoin d’oxygène, et c’est par la culture que cet oxygène viendra aussi. Les masques tombent sur la conception qu’ont les uns ou les autres de la culture.

Ces baisses peuvent avoir un impact direct sur les opérateurs culturels à Marseille ? 

Ces baisses vont poser des problèmes oui. Quand vous avez deux partenaires financiers qui diminuent le budget subventions, les opérateurs ont tendance à se tourner vers celui qui continue d’avoir un budget constant ou en légère hausse. Sauf que les besoins sont colossaux… Il en va parfois de l’existence même de certains opérateurs.

Si le nouveau gouvernement demande un effort financier aux collectivités, le budget de Marseille peut-il être revu ?

Non, parce que l’on a baissé l’endettement de la ville, donc on peut se permettre d’emprunter. Mais on ne pourra pas le faire chaque année. On attend des mobilisations citoyennes pour dire qu’il y a d’autres choix politiques, de gestion. Il y a de l’argent dans ce pays, mais il y a une injustice et une inégalité dans la répartition de la richesse, et on va demander encore aux plus pauvres de se serrer la ceinture. Nous, nous ne renonçons pas. 

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR NICOLAS SANTUCCI

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Budget culture : La Région Sud annonce des coupes

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Sophie Joissains, vice-présidente de la Région © Région Sud

Des paroles aux actes. Le 10 décembre dernier, Renaud Muselier cosignait une tribune avec Franck Leroy (président de la Région Grand Est) dans le journal L’Opinion, dans laquelle il annonçait que malgré la censure, le prochain budget de la région serait « en phase avec le projet de loi de finances » du gouvernement déchu. Pas de surprise donc pour le vote du budget ce 13 décembre, qui affiche une économie de 80 millions, et devrait grever la ligne culture de 5 à 10%. 

« Qui n’avance pas recule »

Pour sa vice-présidente en charge de la culture, Sophie Joissains, cette baisse de budget s’explique avant tout par la situation budgétaire nationale, mais elle s’inquiète : « J’espère encore que la baisse prévue, et qui n’a pas encore été reprise par le projet du gouvernement, nous permettra de garder les ratios déjà mis en place. Le maître mot est aujourd’hui la prudence. On tente de préserver l’existant : les acteurs culturels en situation de fragilité, la protection du patrimoine, et tout particulièrement du patrimoine rural. De préserver avant tout l’emploi, l’action dans les territoires. Je suis inquiète car je reste persuadée de cet adage : qui n’avance pas recule. »Tout en se désolant de « renoncement à des projets d’ampleur, dont celui de la Cité régionale et méditerranéenne du cinéma », elle se rassure quant au fait que les projets d’antenne de la Cinémathèque et de Ciné Fabrique soient maintenus : « il est louable de vouloir avant tout protéger les petites structures ; mais les gros opérateurs connaissent également des difficultés ! » 

Celle qui est également depuis trois ans la maire d’Aix-en-Provence craint par ailleurs un « effet-ciseaux » sur d’autres projets en construction : « je me suis engagée à ne pas toucher aux impôts et au soutien associatif, tant que la situation me le permettra. Mais la plupart des associations soutenues par Aix-en-Provence répondent à des critères multi-partenariaux : si la Région et le Département baissent leur budget, je ne pourrai pas combler le manque. » Et si sa municipalité compense cette année son budget avec le Fonds de compensation pour la taxe sur la valeur ajoutée, la maire s’inquiète pour ses collègues moins bien lotis. « Plusieurs maires des Bouches-du-Rhône affirment ne pas être en mesure de boucler leur budget. La crainte de la récession est réelle. »

SUZANNE CANESSA

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Le Bal imaginaire 

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Bal imaginaire © Lea-Sallustro Princia Car,

Pour Noël, le théâtre de La Criée accueille l’Agence de voyages imaginaires, la fameuse troupe de théâtre de l’Estaque. Co-dirigée par Valérie Bournet et Philippe Car, ils parcourent les scènes avec des pièces toujours très visuelles, en détourant certains grands textes du répertoire : Le Cid, Dom Juan, Roméo et Juliette… Pour son Bal imaginaire, la compagnie se prépare à faire danser tout le monde : en couple, en farandole, en solo… Au son de la clarinette basse, de la guitare et du saxophone en passant par les percussions, le piano, les accordéons, on retrouve les influences métisses où se côtoient rock’n’roll sixties, rumba cubaine, slow langoureux, valse musette, swing de Broadway…

Lilli Berton Fouchet

20 décembre 
La Criéethéâtre national deMarseille

Roger Muraro 

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Roger Muraro © Jean-Baptiste Millot

C’est un invité d’exception que la salle Musicatreize accueillera ce jeudi 19 décembre : le grand pianiste Roger Muraro, célébré par toutes les générations de pianistes classiques comme un représentant incontournable de l’école française. Élève d’Olivier Messiaen, immense interprète, entre autres, de son maître et de Ravel, Roger Muraro s’attaquera ce 19 décembre à Chopin et à ses Préludes op.28, miniatures poétiques et tragiques. Avant de se tourner en seconde partie de concert vers Granados : Quejas o la Maja y el Ruiseñor, El Amor y la Muerte, trois pièces emblématiques de l’Espagne romantique. En clôture, la fougueuse Fantaisie Bétique de Manuel de Falla, hommage à l’Andalousie, révèlera l’étendue des talents d’un pianiste se frottant à tous les répertoires.

SUZANNE CANESSA

19 décembre 
Salle Musicatreize, Marseille

Yé ! 

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© Metlili

Autour d’un seul accessoire symboliquement fort – la bouteille en plastique –, le collectif Circus Baobab s’empare à bras le corps des questions écologiques, tout en s’amusant à détourner les valeurs viriles prônées par certaines performances sportives. Toujours irrévérencieux et sur des charbons ardents, Yann Ecauvre, directeur artistique de la compagnie Inextremiste, met en scène les 13 acrobates du collectif guinéen en revisitant les classiques du genre – main à main, pyramides humaines, danses de masques… Explosif et sacrément pertinent ! A noter que le metteur en piste travaille actuellement sur la prochaine création de la compagnie, autour de l’excision.

JULIE BORDENAVE

20 et 21 décembre
Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence 

Le Murmure des songes 

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LE MURMURE DES SONGES © Benoîte Fanton

On le sait depuis les concerts dessinés, l’association entre illustration et spectacle vivant peut faire des miracles. Les ballets s’enrichissent désormais eux aussi de scénographies mouvantes : le souffle de vie animant les dessins se combine alors à la fluidité des mouvements chorégraphiés. En collaborant avec l’illustratrice Jessie Désolée et le vidéaste Yves Kuperberg, Kader Attou enrichit son univers d’une donnée onirique, piochant dans la puissante évocation du cinéma d’animation. Au plateau, quatre artistes donnent vie à un bestiaire chimérique, sur fond d’abysses ou de cosmos étoilé. Ces tableaux dansés s’adressent à toutes les générations, sur la musique du compositeur Régis Baillet.

JULIE BORDENAVE 

18 décembre
La Colonne, Miramas