samedi 5 avril 2025
No menu items!
Plus d'infos cliquez ci-dessousspot_img
Plus d'infos cliquez ci-dessousspot_img
Accueil Blog Page 40

L’art peut-il changer le monde ?

0
Le 4e Mur (C) Le Pacte

Le « quatrième mur » au théâtre ou au cinéma, est le mur imaginaire qui sépare le lieu de la fiction, l’illusion, de la salle, le lieu du réel. C’est aussi le titre d’un roman de Sorj Chalandon, prix Goncourt des lycéens 2013, que vient d’adapter David Oelhoffen. Un livre dense dont il va mettre en scène la deuxième partie, qui pour lui pose la question essentielle du pouvoir de transformation de l’art : comment un projet artistique peut-il réellement changer la réalité ?

Samuel Akounis rêvait de monter Antigone d’Anouilh sur la ligne verte à Beyrouth, en faisant jouer des acteurs de toutes les communautés. Tombé malade, il fait jurer à Georges (Laurent Laffite) son ami, de prendre la suite, de rassembler les acteurs et de monter la pièce. En 1982 Georges part donc au Liban. Le choc est brutal pour lui qui ne connait ni le Liban, ni la guerre. Il parcourt la ville en compagnie de Marwan (Simon Abkarian) son guide, peu convaincu par le projet : « C’est plus pour vous donner bonne conscience que pour régler nos problèmes ! »En effet, n’est-ce pas naïf, voire indécent, de penser que le temps d’une représentation théâtrale, les tensions vont s’apaiser alors que le fracas de la guerre est partout, que les gens manquent de tout.

Mais Georges a fait une promesse, il ne croit plus à la politique, il veut essayer de transformer le monde par l’art. En créant un microcosme utopique : pour lui, le théâtre se fait résistance en faisant cohabiter des acteurs des différents clans en conflit : Charbel (Pio Chahine), chiite maronite, sera Créon, Imane la sunnite (Manal Issa) sera Antigone, le jeune druze, Nakad (Tarek Yaakoub) sera son fiancé Hémon, Khadija la chiite (Kitham Al Lahham) Eurydice… Chacun doit laisser sa religion au vestiaire !

L’Antigone d’Anouilh qui avait été jouée pour la première fois en 1944 en pleine occupation et collaboration, ne représente-t-elle pas la résistance ? Néanmoins, la guerre est là, partout, et le cinéaste a décidé de nous la montrer dans toute son horreur aussi bien dans le théâtre où ils se retrouvent pour répéter que dans les camps de Sabra et Chatila : « La guerre est une chose abominable et mon objectif était de la filmer comme quelque chose de terrible, la rendre insupportable aussi bien moralement que visuellement. » La mise en scène est soignée : le travail du directeur de la photo Guillaume Deffontaines est remarquable, ainsi que le travail de l’ingénieur du son, Pierre Mertens.

Quant aux acteurs, ils sont étonnants de justesse, en particulier Laurent Laffite qui incarne Georges, ce metteur en scène, toujours entre le théâtre et le réel, entre l’illusion politique et le tragique de la guerre, qui veut y croire jusqu’au bout, malgré tout. Les scènes de répétition, plus légères, plus joyeuses, dans ce théâtre à moitié détruit pouvaient donner l’espoir que l’art pouvait changer le monde… Tout comme ce film tourné en 2022, deux ans après l’explosion du port de Beyrouth, deux ans avant le déclenchement de la guerre ! « L’art, c’est des défaites magnifiques ! » On en sort bouleversé…

ANNIE GAVA

Le Quatrième mur, de David Oelhoffen
En salles le 15 janvier

Women in Troy 

0
Women of troy© Sanne Peper

Cette création du metteur en scène et dramaturge portugais Tiago Rodrigues – pour le collectif néerlandais Dood Paard – revisite le mythe de la guerre de Troie à travers le prisme des femmes, et plus particulièrement celui des mères. Cette version de l’histoire ne provient pas des héros classiques de la mythologie grecque, mais de voix souvent ignorées : les femmes et les mères, qui portent un regard intime et intergénérationnel sur les souffrances, les pertes et les conflits. Sur scène, les comédien·ne·s confectionnent un immense couvre-lit au crochet tout en dialoguant avec leurs propres mères. Les figures d’Hélène, Hécube, Cassandre et Andromaque prennent vie, et offrent une perspective féministe sur l’Histoire en interrogeant la marginalisation des voix féminines dans les récits de guerre.

CÉLIANE PERES-PAGÈS

14 et 15 janvier
Théâtre du Bois de l’Aune, Aix-en-Provence

Une peur de loup ? 

0
© L.B.-F.

Pour sa création annuelle, le Badaboum a laissé carte blanche à la metteuse en scène Sandra Trambouze, connue aussi pour ses rôles dans le théâtre jeunesse. Elle y a présenté L’enfant qui n’avait pas peur des loups mais très peur de grandir, un spectacle à cheval entre chorégraphie, musique et comédie, où elle s’inspire des contes de son enfance, comme de ses propres peurs.

Sur scène, un drap d’hôpital, et une pancarte « J’ai PAS peur ». À côté, quelques mouchoirs en tissu et une maison en carton décorent la scène. Perché dans son enclos, le mouton (Éric Bernard) accompagne le spectacle de bruitages (de cris, de souffles, de notes de musique) pour animer les scènes du spectacle. Et puis un loup (Jean-Marc Fillet), mais à contre-emploi de nos récits d’enfance : c’est ce dernier qui sauvera la petite fille (Jeanne Peltier Lanovsky) de sa peur de grandir.

Normaliser la peur

Sandra Trambouze réinterroge la peur – sujet classique de la création jeunesse –qu’il s’agit ici d’avouer : il faut « accepter d’enlever son masque pour oser montrer sa fragilité »,explique la metteuse en scène. Une réflexion que l’on retrouve aussi dans la chanson donnée au cœur du spectacle intitulée La force d’être soi. Puisque accepter sa peur, c’est s’accepter soi-même. Message reçu par les enfants… qui n’ont pas eu si peur !

LILLI BERTON-FOUCHET

Le spectaclea été donné du 30 novembre au 21 décembre. 

Retrouvez nos articles Scènes ici

Trente-cinq ans de Badaboum

0
Le Badaboum © L.B.-F.

Le Badaboum s’est construit avec peu de financements publics, sous l’impulsion de Laurence Janner, fondatrice et directrice des lieux jusqu’en 2019, aujourd’hui présidente de l’association. C’est Anne-Claude Goustiaux, comédienne et metteuse en scène, qui a repris la direction, dans un esprit de fidélité et d’innovation, animée par la conviction du théâtre populaire. Entretien

Zébuline. Combien de spectacles présentez-vous aux enfants ? 

Anne-Claude Goustiaux. Nous avons cette année 19 spectacles à l’affiche dans notre salle, avec toujours une création maison en décembre, et des productions dans lesquelles nous nous investissons à hauteur de nos moyens. Nous accueillons les spectacles dans des conditions difficiles, que je regrette : notre salle est petite et les compagnies sont à la recette, avec un minimum garanti. C’est difficile de dire aux artistes « venez partager notre misère », mais depuis que nous avons la salle de résidence nous leur offrons au moins un espace de répétition, qui permet des créations et un répertoire plus varié.

Votre offre pour les enfants ne s’en tient pas aux spectacles…

Non, pendant les vacances scolaires nous avons des stages, deux de théâtre et deux de cirque chaque semaine, et durant l’année des cours réguliers pour tous les niveaux. En juin dernier nous avons eu 30 spectacles de fin d’année, à raison d’une douzaine d’enfants par ateliers. On a une équipe de profs formidables, des garçons d’ailleurs, ce qui est bien pour un théâtre qu’on dit maternel ! Ce sont des profs qui sont aussi comédiens, avec un vrai plaisir et désir d’enseigner le théâtre et le cirque. 

Vous avez aussi des activités à l’extérieur…

Oui, nous jouons nos spectacles dans les écoles maternelles et primaires, les centres sociaux. On a plus d’une centaine de représentations, que l’on vend à prix coutant, à partir de 700 euros… les écoles ne sont pas riches ! On fait aussi des stages dans les écoles. Et on a quelques projets nouveaux auxquels je tiens beaucoup. D’abord l’atelier, que je mène avec le collège Renoir et sa classe de NSA, des enfants « non scolarisés antérieurement ». Cela fait trois ans  que nous intervenons dans ces classes, et qu’ils viennent au théâtre. Ils ont de 12 à 17 ans, ce sont « Nos  Spectateurs Associés », une autre façon de décliner le sigle. On fait des bouts de spectacles avec eux, et c’est toujours miraculeux… J’ai aussi mon atelier d’écriture pour grands-parents, des grands-mères en fait, une quinzaine, il n’y a que des femmes. Elles écrivent avec des auteurs et lisent dans les écoles, et là aussi le rapport de génération est miraculeux. 

Cette année on travaille aussi avec le Festival de Marseille pour la Manifête, une manifestation des enfants. On va dans les écoles, on cherche des slogans pour leurs banderoles et leurs revendications d’enfants dans la ville. 

Qu’est-ce que cela signifie pour vous, faire du théâtre pour enfants ?

Du théâtre avec les enfants, pas pour ! Je ne suis pas là pour former les citoyens de demain mais pour vivre des moments précieux avec les enfants. Jouer face aux enfants, c’est un thermomètre, quand ils s’ennuient, quand ils gigotent, c’est que le spectacle flotte. On fait des spectacles pour leur apporter de la joie, au présent. 

ENTRETIEN REALISE PAR AGNES FRESCHEL

Contes pour tous 
Pour les fêtes le Badaboum a offert aux tout petits, à partir de 6 mois, un joli duo dansé de la compagnie Zita la Nuit, experte pour attraper l’attention, brève mais intense, des bébés fascinés par un bruit de papier, une chanson, un bras qui danse, un livre qui s’ouvre... Au fil des livres est un des rares spectacles qui tourne dans les crèches.
Pour les plus grands, à partir de 5 ans, un classique du Badaboum, mis en scène par Laurence Janner : Tabagnino le petit bossu déjoue les ogres et les rois sur un rythme enjoué, un décor tournant plein de surprises, et trois comédiens formidables. Jusqu’au 11 janvier. A.F.

Retrouvez nos articles Scènes ici

Les Chroniqu’Heureuses : Wilko et les minots

0
Wilko répond aux questions des jeunes de l’association Because U Art © X-DR

 Les chroniqu’Heureuses. Comment avez-vous commencé le rap ? 

Wilko. J’ai commencé vers quinze ans. J’ai grandi dans la musique, mon frère et mon père en faisaient. J’aimais le fait qu’on puisse exprimer des choses par la musique, et comme je ne jouais pas d’instrument et que je ne savais pas chanter, j’ai choisi le rap ! On a commencé ensemble, avec des amis, on avait des choses à dire. 

Quelle a été votre première expérience sur scène ? 

Au Centre culturel René Char [à Digne-les-Bains, ndlr], je faisais la première partie de mon frère Andy, j’étais avec mon premier groupe, Deuxième Ligne, j’avais seize ans. C’était incroyable, c’est la première fois où je me suis senti pousser des ailes. 

Quand et comment avez-vous appris à faire de la musique électronique ? 

J’ai tout de suite voulu faire mes instrus moi-même. J’ai fait des ateliers de MAO [Musique Assistée par Ordinateur, ndlr] dans une MJC près de là où j’ai grandi. Mon professeur venait de l’électro, il m’a donc appris comment en faire. 

Que ressentez-vous devant le public, en concert ?

C’est une sensation unique. Le public te met toujours un peu sur un pied d’estale, tu sens que tu peux maîtriser ton show, mener les gens dans ton univers, leur demander des choses comme crier ou se taire. C’est excitant et stressant à la fois. Généralement, cinq minutes avant, on n’a pas du tout envie ! Et une fois dedans, on ne veut pas que ça s’arrête. C’est une des meilleures sensations qui soit. 

Pourquoi avez-vous arrêté de faire de la musique avec votre frère Andy, alias N’dy ? 

Andy a décidé d’arrêter et moi de continuer seul. On avait fait le tour de ce qu’on faisait avant et on n’était plus animés par la même chose. J’aimais bien l’idée d’explorer mon univers en solo, mais cela n’a rien changé à nos rapports. 

Comment décririez-vous votre projet solo ? 

C’est de l’électro rap aux influences UK, drum’n’bass, techno… Sur les textes, on va dire que c’est basé sur mes émotions, sur la nostalgie. C’est un méli-mélo de sentiments. 

En effet, le clip du titre VHS est sombre et le texte nostalgique. Pourquoi toute cette tristesse ? 

Ce n’est pas que de la tristesse, même s’il y a beaucoup de nostalgie. C’est un regard sur le passé, plutôt bienveillant, qui mélange mes relations amicales et amoureuses. 

Pourquoi avoir choisi une pochette d’album en noir et blanc, avec des personnages effrayants autour de vous ? 

Les personnages sont mes démons. Ils représentent tout ce que je peux penser, tout ce qui me touche, me hante. J’aimais le noir et blanc pour aller avec cette image.

Pourquoi aimez-vous parler de votre mélancolie ?

Ce sont des choses qui me remplissent, les écrire et les chanter me permet de les libérer et de ne pas les garder en moi. C’est comme écrire ses ressentis pour qu’ils te hantent moins. J’évacue. 

Quels sont vos projets dans les mois à venir ? 

Je travaille sur un autre EP 4 titres que j’aimerais sortir en mai, puis travailler le live pour faire des concerts. 

Les Chroniqu’heureuses :  Khadija, Iza, Yamina, Ala, Himda et Ibrahim. 

PROPOS RECUEILLIS PAR LUCIE PONTHIEUX BERTRAM


Retrouvez nos articles Musiques ici

Les mémoires d’exil de Marseille

0
Chibanis-Chibanias, portraits d'une generation sans histoir, Abed Abidat © Abed Abidat

Marseille, ville port, ville antique, est historiquement liée aux migrations humaines. Pour rendre hommage aux personnes exilées  de manière transitoire ou définitive à travers les années, la ville de Marseille programme dans ses bibliothèques quatre mois d’expositions, de projections, de rencontre, de lectures et d’ateliers. 

La bibliothèque des Cinq-Avenues et la médiathèque Salim Hatubou accueillent deux expositions en partenariat avec l’association SOS Méditerranée. La première, Sauver, protéger, témoigner donne à voir des photos réalisées lors d’un reportage réalisé lors de missions de l’Ocean Viking (jusqu’au 25 février, Bibliothèque des Cinq-Avenues). La seconde, Éclaireuses d’humanité, s’intéresse également aux opérations de sauvetage mais se concentre pour sa part sur l’expérience féminine, du point de vue des sauveteuses et des secourues (jusqu’au 27 février, Médiathèque Salim Hatubou). 

La programmation rend également hommage à la population immigrée installée à Marseille, avec notamment l’exposition Ne M’oublie pas, Belsunce, Marseille, qui donne à voir les photos d’identité et les portraits d’habitants qui composent le fonds photographique du Studio Rex, conservé par le collectionneur Jean-Marie Donnat (jusqu’au 1er mars à L’Alcazar, [voir article ici]). Mais aussi deux expositions d’Abed Abidat en collaboration avec sa maison d’édition Images Plurielles : Boulevard National, au delà des clichés, conçue avec la sociologue britannique Claire Bullen et qui rend compte des la vie des habitants de la grande artère marseillaise ainsi que de ses évolutions urbaines (jusqu’au 30 avril, Bibliothèque du Merlan) et Chibanis-Chibanias : portraits d’une génération sans histoires ? qui rend hommage aux personnes arrivées du Maghreb entre  1940 et 1970 (jusqu’au 3 mars, Alcazar).

Exil et créativité 

Le 10 janvier, l’Alcazar accueille une projection de Varian Fry, visas pour la liberté, un documentaire de Mathieu Verdeil qui s’intéresse au parcours de Varian Fry, Juste parmi les Nations installé à Marseille qui permit de sauver plus de 2000 personnes entre 1940 et 1941. Parmi elles, de nombreux artistes comme André Breton. Le film sera suivi du court-métrage Walter Benjamin à Marseille d’Alain Paire, et d’une conférence donnée par Alain Paire, et Anne Roche, chercheuse spécialiste de Benjamin, qui se propose de réfléchir à la manière dont l’exil nourrit la créativité, et de se pencher sur plusieurs figures importantes de personnes exilées à Marseille.

Dans la bibliothèque de Belsunce aura aussi lieu le 18 janvier une projection de Ma valise est mon pays. Hommage à Mahmoud Darwich, une lecture-concert des poèmes de l’écrivain palestinien. 

Pour ce qui est des œuvres de fictions, le cinéma du Centre Urbain du Merlan accueil une avant-première de La mer et ses vagues de Liana & Renaud en présence des réalisateurs (9 janvier). Et la bibliothèques de Cinq-Avenues projettera deux courts-métrages d’Ali Zare Ghanatnowi, suivis d’une rencontre avec le cinéaste iranien. 

CHLOÉ MACAIRE 

Jusqu’au 30 avril 
Bibliothèques de la ville de Marseille 

Dang Thai Son 

0
Dang Thai Son © X-DR

C’est une des grandes légendes vivantes du piano. Rarement invité en France, le lauréat 1980 du prestigieux Concours Chopin de Varsovie, avait été qualifié de « phénoménal » lors de cette prestation. Il s’agissait de l’une de ses premières apparitions en public. Né à Hanoï, le pianiste a rapidement conquis le public international, poursuivant sa carrière sur le continent américain. Il est particulièrement admiré pour son approche lyrique et poétique, qui donne vie à la musique avec une élégance et une clarté exceptionnelle. Après une première partie autour des œuvres de Debussy Rêverie Images, livre I, Masques et les célèbres Children’s corner, il interprètera des œuvres de Chopin (Nocturnes, Barcarolle, valses) dont il est l’un des plus grands spécialistes.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

14 janvier 
Conservatoire Darius Milhaud, Aix en Provence

DIASPORIK : L’Algérie coloniale à hauteur d’enfants

0
Djamila et Khadija se rencontrent au Café Tantonville, Petite Casbah d’Alice Zeniter et Alice Carré © Darjeeling

Si l’enseignement de la colonisation et des décolonisations reste insatisfaisant en France, le cinéma et la littérature offrent de nombreuses occasions d’approfondir nos connaissances. Toutefois, Petite Casbah constitue la première tentative ambitieuse de raconter aux enfants, et par leurs yeux, ce qui reste le conflit le plus important mené par la France depuis la Seconde Guerre mondiale. 

Une mosaïque de communautés 

Arabes, amazighes, pieds-noirs, ou juifs sépharades, Alger offre en 1955 un terrain où les relations croisent insouciance et drame collectif, innocence et impunité, quotidien et grande Histoire… Ces présences multiples évoquées dans la série dessinent les différences de statuts et de conditions de vie sous l’Algérie française. Elles éclairent les inégalités persistantes après 130 ans de colonisation et laissent entrevoir l’escalade des violences à venir. 

Les autrices Alice Zeniter [Lire ici et ici] et Alice Carré sont habituées à aborder l’Algérie coloniale avec les nuances nécessaires à une transmission historique rigoureuse : leur approche documentée de la situation coloniale se conjugue avec une narration sensible des vécus des différentes communautés, rattrapées par le conflit puis l’exil.  

Une fiction et des emblèmes

Philippe et Ahmed sont camarades de classe et partagent l’espace d’une terrasse avec Lyes, un orphelin cireur de chaussures, avec lequel ils partagent leurs aventures. Khadija, récemment arrivée à la Casbah pour rejoindre son grand frère Malek et commencer sa scolarité en ville, voit sa vie bouleversée lorsqu’il est incarcéré suite à une altercation avec la police. Pour venir en aide à Malek, militant indépendantiste, la petite bande déjoue les contrôles de police et les conflits entre élèves.

Dans leur périple, les enfants sont guidés par des personnalités emblématiques comme la chanteuse Reinette l’Oranaise et le boxeur Alphonse Halimi, champion du monde des poids coqs en 1957. Le rendez-vous au Café Tantonville, lieu emblématique de la vie intellectuelle algéroise, entre Khadija et Djamila rappelle le rôle des femmes moudjahidates : une rencontre essentielle pour sauver Malek et préserver le réseau de soutien clandestin. 

L’implication des enfants dans la guerre d’Algérie fut tout aussi réelle, illustrée par la figure du Petit Omar (Omar Yacef), un jeune agent de liaison entre les combattants du FLN et les chefs de la Zone Autonome d’Alger. Abattu à l’âge de 13 ans, il est aujourd’hui commémoré comme un symbole de patriotisme et de courage.

Petite Casbah est un projet né de la volonté de France TV Jeunesse de proposer une série sur l’Algérie à hauteur d’enfants. Porté par Darjeeling Production, il en fait des protagonistes actifs : une belle surprise offerte par le service public ! 

Samia Chabani

À voir sur France 4 jusqu’en novembre 2028

Petite Casbah  
(6 x 26 min)
Une série créée par Alice Zeniter et Alice Carré,
scénario et dialogues par Marie de Banville et Jean Régnaud,
réalisation par Antoine Colomb

Retrouvez nos articles Société ici


Nos articles Diasporik, conçus en collaboration avec l’association Ancrages sont également disponible en intégralité sur leur site

Le pass Culture est loin du compte

0

L’idée avait été jetée en quelques lignes dans le programme présidentiel de 2017 d’Emmanuel Macron : « Nous créerons un “Pass Culture”. Il permettra à chaque Français de 18 ans d’effectuer 500 euros de dépenses culturelles (cinéma, théâtre, livres…). Nous ne retirerons pas un euro au budget du ministère de la Culture. » L’objectif : démocratiser l’accès à la culture des jeunes, sans peser sur le budget de l’État. Mais la réalité est tout autre. Dans son rapport publié le 17 décembre 2024, la Cour des comptes pointe les nombreuses dérives du dispositif : il est coûteux, d’une portée limitée, et – fidèle à la politique macronienne –enrichit les plus riches.

Un coût énorme, des gains limités

« Un modèle financier tout à fait original ». Voilà comment Frédéric Jousset, mécène multimillionnaire chargé de la mise en place du Pass Culture, présentait en 2018 le dispositif. À l’époque, il devait être financé à hauteur de 80 % par le secteur privé. Dix ans plus tard, et après cinq années d’exercice du pass, le rapport de la Cour des comptes indique que la part du privé n’atteint pas même les 10%. Pire, l’argent du ministère utilisé pour le dispositifbénéficie principalement à une petite oligarchie de l’industrie culturelle : 100 millions d’euros en cinq ans ont été versés à la seule Fnac, et 10 entreprises privées se partagent 270 millions sur la même durée. « C’est un système d’aide d’État à l’industrie culturelle, alors même que l’on a des difficultés pour financer le service public » dénonce Ghislain Gautier, secrétaire général de la CGT-Spectacle. « C’est clairement un scandale d’État » poursuit-il. 

Faute de financement privé, le déploiement du pass Culture a fait croître chaque année son budget, passant de 91 millions d’euros en 2019 à 244 en 2024. La Cour des comptes estime pourtant que les objectifs affichés sont loin d’être remplis. D’abord sur ses bénéficiaires. Si 80% des jeunes d’une classe d’âge activent leur pass, c’est seulement 68% pour ceux issus des classes populaires. Sur son utilisation aussi : l’absence de médiation culturelle crée une forte inégalité dans son utilisation (entre 42 et 55% du pass est utilisé pour le livre, 7% pour le spectacle vivant – hors musique). Exit la volonté de diversifier l’activité culturelle des jeunes,puisque comme le souligne la juridiction financière, « le principal impact du pass Culture […] se traduit plutôt par une intensification des pratiques culturelles déjà bien établies chez les jeunes. » Pour Ghislain Gauthier, le pass ne serait « qu’un chèque à la consommation, mais pas un outil pour ouvrir la jeunesse vers de nouvelles pratiques culturelles ».

Un problème de gouvernance 

La Cour appuie aussi sur un autre problème, le choix d’une société par action simplifiée pour mettre en œuvre le dispositif : la SAS pass Culture. Alors même que celle-ci est financée par plus de 90% d’argent public, sa forme juridique ne permet pas au Parlement d’avoir un droit de regard sur celle-ci. Ni la masse salariale des 176 équivalents temps plein (en 2024)mobilisés, ni l’utilisation de son budget ne sont contrôlés. Pour la Cour des comptes « la transformation de la société pass Culture en opérateur de l’État doit être effective dès 2025 ». En réponse via communiqué, la SAS pass Culture explique – sans rire – que son « autonomie est un levier clef de son succès ». 

Une ministre « préoccupée »

Depuis sa nomination au ministère de la Culture en janvier 2024, Rachida Dati n’a jamais caché ses doutes sur le pass. Devant la Commission des affaires culturelles en mars dernier, elle disait avoir des « réserves » sur celui-ci, estimant qu’il reproduisait « les inégalités sociales et culturelles ». Même son de cloche en octobre, quand elle annonce vouloir réformer le dispositif pour cibler les bénéficiaires les plus modestes, et réserver une part du pass au spectacle vivant. Facile alors pour la ministre de « partager les préoccupations » de la Cour des comptes à la suite de la publication du rapport. Mais si le secrétaire général de la CGT-Spectacle salue la lucidité de la ministre, il doute sur sa capacité à le réformer. Rien n’indique qu’une distinction entre le spectacle vivant public et privé soit effectuée, rien non plus sur la mise en place d’une éventuelle médiation culturelle ou sa méthode.

La réforme du pass arrive en outre à un moment où la culture connaît une profonde crise de financement. Les tours de vis des collectivités territoriales ont largement tapé dans les budgets culture (coupes de 70% en Région Pays de la Loire, 20% en Île-de-France ou 10% en Paca…). Et la politique de la demande voulue par Emmanuel Macron dans la culture pourrait se fracasser sur un mur que tout le monde voit venir : un affaiblissement sans précédent de l’offre culturelle en France.   

NICOLAS SANTUCCI


Retrouvez nos articles Société et Politique culturelle ici

Avignon, Terre de culture débute en cirque

0
La Cie Ilotopie et leur spectacle Fous de Bassin © Steve Eggleton

« Faire d’Avignon une exception culturelle pour tous ». Cécile Helle, maire d’une ville au patrimoine et au Festival sans conteste exceptionnels, ne veut pas se contenter d’être capitale un mois par an, et étape de touristes émerveillés par le Palais des Papes. La Ville se réjouit évidemment d’être un carrefour culturel incontesté, et Avignon Terre de Culture célèbre l’anniversaire de l’année Capitale Culturelle 2000, mémorable comme son expo sur La Beauté

Mais 25 ans après ses habitants et habitantes sont appelés à s’emparer au quotidien de la question culturelle avignonnaise, dans les musées, les bibliothèques, les espaces et bâtiments publics, à l’intérieur mais surtout à l’extérieur des remparts. Les projets pour un accès gratuit et partagé aux collections des musées et aux ressources des bibliothèques, ainsi qu’aux pratiques artistiques et aux festivals différents comme C’est pas du Luxe ou Tous artistes, ont transformé le rapport que les Avignonnais entretiennent avec les propositions culturelles, qu’ils envisagent aujourd’hui davantage comme un patrimoine leur appartenant, aussi.

Ainsi l’année débute par l’inauguration de la médiathèque Renaud-Barrault, (anciennement Jean-Louis Barrault) dans le quartier populaire de la Rocade. Entièrement reconstruite, ambitieuse et offrant des espaces multimédias innovants, elle est recouverte d’une gigantesque canopée sur laquelle Benoît Brune, fildefériste, se livrera à une performance suspendue (le 11 janvier à 15 h). À 17h30, sur le parvis de la Gare centre lui aussi rénové, Tensegrity, la danse de six grands tubes fluorescents qui, vibrent et changent de tons. Puis les créatures géantes de Planète Vapeur avec leur impressionnant Pégase, emmèneront le public de la gare vers le Rhône où l’attend, sur l’eau, la création d’Ilotopie, Noeurhône, à 19 h.

La Biac à Champfleury

Le dimanche sera tout aussi chargé, et tout entier cirque ! Pour la première fois la Biennale, qui s’était arrêtée aux portes du Vaucluse à Cavaillon, monte jusqu’à la capitale du département et organise une journée exceptionnelle avec un village circassien déployé à Champfleury. Au programme, tout au long de la journée, des ateliers de Parkour (cie PK show) de jonglage (cie Sombra) et de funambule (cie Zim zam) ouverts à tous et toutes, un labo cirque par l’école de cirque d’Avignon, une O.N.D.E (Objet Nodulaire Dérivant Esthétiquement) qui déploie ses fantaisies dans l’espace, animée par cinq jardiniers…

Le matin, le Récit des yeux de Carlos Munoz, un spectacle de jonglage cinétique. À 15h30 un spectacle exceptionnel : Bleu Tenace, solo aérien écrit par Chloé Moglia (Cie Rhizôme) pour Fanny Austry, danseuse des airs, version musclée. À six mètres du sol, accrochée à deux barres élancées en forme de potence bleue, toute de bleu elle aussi vêtue, avec pour seul décor la couleur du ciel et la musique de Marielle Chatain elle évolue, lentement, majestueusement, par une main seule accrochée, la tête en bas, comme un idéogramme dessiné dans l’espace… 

Histoire de famille

Sous chapiteau le final du week-end : Le cabaret renversé de la Faux Populaire – que Zébuline a vu le 21 décembre 2024 au Pôle de La Seyne-sur-Mer – est un festival de cruauté pour rire, et de complicité pour le meilleur. Entre deux, trois, quatre verres de vin (bons !) offerts au public (ou de sirop, pour les enfants…) Monsieur et Madame se livrent à des acrobaties et des jeux d’adresse insensés. Lui semble maladroit et réussit des exploits avec des verres empilés, des ballons gonflés, des couteaux jetés, un violon dont il joue dans les positions les plus impossibles, tandis que sa femme, sadique, accumule les obstacles… Le jeu entre eux est théâtral et drôle, avec quelques beaux exploits sur le fil, à vélo ou en trapèze, avant qu’elle n’entraîne des spectateurs (volontaires et qui ont répété !) dans des numéros aériens d’une belle poésie… Le spectacle se conclut avec un clin d’œil familier. Leur fils et leur chien, brefs acteurs de ce Cabaret renversé qui viennent saluer avec eux, comme s’ils nous avaient accueillis à la maison…

Un bel esprit partagé pour cette année culturelle qui débute !

AgnÈs Freschel

Avignon, Terre de culture 2025
Week-end inaugural
11 et 12 janvier
biennale-cirque.com
avignon2025.fr