lundi 9 février 2026
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I Will Survive : De la justice, de la morale et du rire

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Screenshot

Après la famille, la religion, le patriarcat ou l’écologie, les Chiens de Navarre dressent aujourd’hui le procès – au sens propre – d’une société obsédée par la morale et la sanction. I Will Survive se déroule dans un tribunal, espace symbolique où tout se rejoue : le pouvoir, la peur, le doute, la vérité.

Deux affaires se succèdent, deux procès rappelant divers souvenirs, deux miroirs déformants d’un même système. Dans la première, une femme est jugée pour le meurtre de son mari, qui l’agressait physiquement et sexuellement depuis des années. Dans la seconde, un humoriste célèbre comparaît pour avoir fait, sur une radio populaire, une blague de mauvais goût sur les violences faites aux femmes. 

Quand la justice devient performance

Chez les Chiens de Navarre, rien n’est jamais tout à fait réaliste, ni totalement absurde. Le plateau devient un ring, la salle d’audience un cabaret tragique où se mêlent rires nerveux et colère contenue. La mise en scène alterne improvisations, moments de pure farce et jaillissements tragiques. Tout le petit monde judiciaire s’y agite : juges désabusés, avocats cabotins, témoins mal à l’aise et médias en embuscade. Le public, lui aussi, est mis à contribution : où s’arrête la liberté d’expression, où commence la responsabilité ? 

Les Chiens de Navarre font du tribunal le théâtre de notre époque : celui de l’opinion immédiate, du jugement permanent, de la parole condamnée ou glorifiée avant même d’être entendue. 

MARC VOIRY

I Will Survive
Du 19 au 29 novembre
Friche La Belle de Mai
Une programmation du Gymnase hors-les-murs

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Du rire sur la toile à Vitrolles

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La petite cuisine de Mehdi, de Amine Adjina © Pyramide Distribution

À Vitrolles, le cinéma municipal Les Lumières est un espace précieux sur son territoire. Il accueille tout au long de l’année une programmation soignée, où les films d’arts et d’essai, mais aussi les associations, les ciné-débats, et même des concerts trouvent leur place en ses murs. À cette démarche déjà salutaire, le cinéma Les Lumières s’ajoute un nouveau rendez-vous avec La Comédie humaine, un festival « qui rit de la vie », et qui s’étend du 20 au 30 novembre avec des projections, des rencontres et des avant-premières.

Humour balzacien 

La référence à  la Comédie humaine  de Balzac n’est pas vaine. Lui « dépeignait la société française de son temps avec lucidité et mordant », le festival choisit de « célébrer des films qui savent rire du monde tout en le regardant droit dans les yeux » explique Florie Cauderlier, directrice du cinéma. Dans cet esprit, on verra en ouverture La petite cuisine de Mehdi, de Amine Adjina, l’histoire d’un jeune algérien qui cache à sa famille son amour pour Léa et la gastronomie française. Le lendemain, deux avant-premières de deux films italiens : Follemente, de Paolo Genovese, et Le dernier pour la route, de Francesco Sossai. Avec entre les séances, un apéritif dînatoire aux saveurs transalpines. 

Un autre temps fort du festival sera la venue de Coline Serreau, marraine du cinéma, pour un moment d’échange après la projection de son œuvre culte Trois hommes et un couffin. Notons aussi le focus québécois avec les avant-premières de Amour apocalypse de Anne Émond et Deux femmes et quelques hommes de Chloé Robichaud. Pour finir, le festival revient dans ses contrées provençales avec le succulent Cigalon de Marcel Pagnol : une histoire de grivèlerie, sauce aïoli. 

NICOLAS SANTUCCI

La Comédie Humaine
Du 20 au 30 novembre 
Cinéma Les Lumières, Vitrolles 

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Séparer l’artiste du Nazi

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La puissance des médias détenus par l’extrême droite et ses milliardaires est un danger pour la démocratie. La Commission européenne vient de condamner lourdement Google pour « abus de position dominante », mais la presse et les médias français sont désormais presque tous au service de quelques capitalistes ultra-riches qui ont, à des degrés divers, fait le pari du Rassemblement national pour prendre la suite du désastre macronien.

Échaudés par les années où les gouvernements socialistes ont ralenti, mais non stoppé,  l’accroissement exponentiel de leur tirelire, les capitalistes français, élevés au culte de Picsou, ont choisi de combattre la gauche en finançant la désinformation des citoyens. Quitte à promouvoir, comme le patronat des années 1930, les équivalents de Mussolini, Franco, Pétain et Hitler.

Afficher la propagande

Leur conquête du pouvoir mondial passe aujourd’hui non par le contrôle du cinéma naissant comme au temps de Disney, mais par celui des réseaux sociaux, où chacun peut exprimer librement sa haine de l’autre. La majorité des médias d’information hexagonaux emboîte ce pas martial et malsain, et on ne compte plus les silences, les manipulations et les approximations éditoriales dénoncées par Acrimed*. 

Cette fabrique de l’opinion française passe aussi par l’édition, diffusée en particulier par les réseaux Relay, filiale du groupe Hachette détenu par Bolloré. Celles-ci font aujourd’hui la promotion, dans toutes les gares de France où l’essentiel des ventes de presse et de livres s’effectue, des idées de l’extrême droite. Cela passe par la surdiffusion des livres de Bardella et de De Villiers, dont l’affichage compte plus que les ventes : comme Valeurs actuelles, condamné de nombreuses fois pour incitation à la haine raciale, ces « essais » diffusant l’idéologie de la droite extrême sont systématiquement placés dans les rayons les plus visibles.

Exemple de rayonnage d’une boutique Relay © N.C.

Simuler l’incendie

Cette propagande se fait aujourd’hui au nom de la liberté d’expression sur les réseaux et dans les médias, et de la liberté de création dans le monde culturel. Fayard édite les Sermons de Marcel Pagnol, où le coureur de jupons notoire joue le père la morale de la « femme adultère », le 6mic aixois accueille Notre Dame de Pierre, spectacle qui fait l’apologie d’une France chrétienne, blanche et royaliste, le Château de la Buzine diffuse et promeut les leçons navrantes de Sacré Coeur. Mieux encore, le Rocher Mistral illumine le Château de la Barben en rouge « couleur du martyre », en « soutien aux chrétiens persécutés »…

On peut en rire, et se dire qu’il y a peu de chrétiens persécutés parmi ceux qui peuvent voir «  ce symbole de solidarité » qui « rappelle que la liberté de conscience et de culte demeure un droit fondamental ». L’illumination nocturne rougeoyante ne cherche pas à faire cesser une persécution, mais à entretenir la peur de la disparition de la France éternelle. Celle où les sujets du roi ont pris les armes pour devenir des citoyens et ériger la République et la Nation en brûlant les châteaux. Celle dont Stérin, De Villiers, Bolloré et les autres ne cessent de pleurer la disparition due à l’avènement du peuple. 

Démos, le peuple

La démocratie est fragile. Elle repose aussi sur le respect du droit d’expression des esprits totalitaires. Mais quand le capitalisme s’allie à eux et met en avant leur propagande, il s’agit d’affûter les armes de la résistance, de dénoncer leurs alliances médiatiques et la lente érosion de la culture de service public. 

Comme les Nouvelles Rencontres d’Averroès, il faut promouvoir les essais de véritables historiens, sociologues, universitaires, politologues, philosophes, de véritables artistes qui incarnent et analysent la pluralité, la diversité, l’attention aux faibles et aux opprimés de l’histoire. Pas les aristocrates catholiques de l’Ancien Régime.

Agnès Freschel

 *Acrimed (action-critique-média) est un observatoire associatif des médias de référence


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Une belle fête yiddish 

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© A.-M.T.

Virtuose des clarinettes et des flûtes, Marine Goldwaser est une figure du renouveau klezmer. Elle a, entre autres, collaboré avec Bartabas, signant la musique du Cabaret de l’exil, puis avec Michaël Dian, à l’Espace de Chaillol, où est né ce projet. Le sous-titre du spectacle L’Europe Ré-orientée raconte à lui seul la géographie mouvante de ces peuples ballotés par l’histoire : « On a l’habitude de parler des musiques d’Europe de l’Est, terme issu de la guerre froide. Or il semble plus juste de parler à nouveau d’Europe orientale, d’où ce joli jeu de mots » explique Michaël Dian.

Le concert s’ouvre sur un solo de violon d’Élie Hackel, aux accents en effet orientalisants. Le cymbalum – caisse de résonance trapézoïdale surmontée de cordes tendues – fait son entrée sous les maillets du talentueux Mihai Trestian. Puis, Marine introduit en yiddish : on comprend qu’on va assister à un mariage, une noce imaginaire.

Une procession se forme : le trombone (Michaël Joussein) module, la contrebasse (Juliette Weiss) et le violon laissent imaginer les pas des anciens et la clarinette, solaire, la mariée. En robe blanche, elle ouvre la porte. Le moment musical est solennel, puis le tempo s’accélère ; la ronde devient course folle jusqu’à la Houppa sous laquelle, selon la tradition, un verre sera brisé. Mazeltov ! La célébration peut commencer. Elle nous mène en Roumanie, guidé par un Bastien Charlery de la Masselière,remarquable.Quand il n’active pas les touches de son accordéon, il joue la comédie et les chanteurs de charme avec une fantaisie décapante. 

Le spectacle évoque les tableaux oniriques d’un Chagall qui aurait découvert la gouaille des artistes de Broadway. On célèbre aussi les mets – la maliga (polenta roumaine) ou le gefilte fish (carpe farcie) – entre autres portraits musicaux hilarants, jusqu’à un épilogue, qui enveloppe et relie : « Toutes les générations sont ici, écoutez… on entend encore résonner leur pas ».

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Noces Yiddish, Europe Ré-orientée s’est déroulé le 15 novembre à la Cité de la musique, Marseille

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Carnaval vaniteux

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Le mariage forcé © Brigitte Enguérand, coll. Comédie-Française

Sganarelle veut se marier, animé par la peur de vieillir seul et le désir d’affirmer sa virilité. Sa jeune fiancée, Dorimène, voit quant à elle le mariage comme une promesse d’une vie bourgeoise, menée en toute indépendant. Un discours libre et ironique qui déstabilise profondément le premier. Dès lors, tout s’emballe. Pris dans un vertige de doutes, Sganarelle consulte tour à tour son ami Géronimo, des philosophes absurdes et des bohémiennes inquiétantes, autant de miroirs grotesques de sa propre confusion.

Le bal des masques

Dans cette revisite de la farce de Molière par Louis Arène et sa compagnie, le Munstrum Théâtre, Sylvia Bergé, Julie Sicard, Benjamin Lavernhe, Gaël Kamilindi et François de Brauer composent une galerie de figures monstrueuses et hilarantes. Des clowns bizarres, en mutation constante, affublés de vêtements enfilés à l’envers, de nombreuses prothèses et de masques inspirés de la commedia dell’arte, mais revisités par le regard plastique du metteur en scène, accentuant la dimension cauchemardesque de la farce. Le décor exigu et sommaire, un espace clos entièrement fait de planches blanchies, devient une boîte à illusions où les portes claquent, les corps se cognent et les certitudes se fracassent. 

Louis Arène fait de cette farce ancienne une œuvre d’aujourd’hui, où la mécanique du comique se déploie comme une horlogerie infernale : on rit de bon cœur, mais ce rire dérange, dévoilant la part d’ombre du désir de domination. Sous les traits déformés de Sganarelle, c’est un regard cruel sur l’homme contemporain, incapable de comprendre un monde dans lequel les rapports entre les sexes se redéfinissent. 

MARC VOIRY

Le mariage forcé
Du 19 au 21 novembre
Théâtre Liberté, Scène nationale de Toulon

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John Maus, dans son monde  

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John Maus © David LaMason

Assister à un concert de John Maus n’est pas chose commune. Le choix du verbe “assister” est, lui, tout à fait conscient. Si John Maus fait parler de lui dans les rangs des outsiders et autres amoureux de la musique psychédélique ses prestations scéniques ont la réputation de marquer. 

Ainsi, dans un Espace Julien bondé d’un public très de noir vêtu, la figure de proue de la synth-pop entre en scène seul, dans une chemise « bleue bureau » très boutonnée et très ajustée. Si l’on retrouve tout de suite les sonorités synthétisées qu’on lui connait, il faudra se faire à l’idée que Maus ne chantera que sur des bandes pré-enregistrées. Il devient, en quelques minutes, l’unique acteur d’un concert qui se rapprochera plus d’une expérience singulière et performative que d’une proposition d’écoute live. 

John, on est là 

Il en va donc de l’acceptation, pour ceux qui suivraient et apprécieraient sa musique, et plus particulièrement ici son dernier opus sorti en septembre dernier – Later than you think -, qu’il sera difficile de comprendre les paroles, voire même de discerner les morceaux. En effet, s’il est de mise dans le style synht-pop/new wave d’y aller sans modération sur la réverb’, le mix rendait l’écoute précise impossible, et faisait du show un amoncellement plutôt flou de rythmiques, de lignes de chant noyées et de cris habités. 

Sur scène, John Maus fait don de litres de sueurs, semblant se donner sans restrictions à son art : yeux principalement fermés, mâchoires serrées, visage presque souffrant, Maus se frappe incessamment du poing le torse, parfois même le visage. Sauts, mouvements de tête brutaux et frénétiques, le chanteur nous emporte dans une boucle infernale et dérangeante, aliénante, s’adonnant même à un combat de boxe en solitaire. 

Une expérience dont on ne sait pas forcément quoi penser en premier lieu, mais qui donne définitivement à analyser. Si John Maus ne cache jamais son amour pour la philosophie, on est forcé d’essayer de déceler dans cette prestation un message plus vaste qu’une simple interprétation live. L’homme paraît ici coincé dans sa chemise, coincé dans ce monde, coincé dans une boucle frénétique, et seul. La frustration de ne pouvoir entendre correctement ses textes laissera le public tout de même plutôt perplexe.

LUCIE PONTHIEUX BERTRAM 

Concert donné le 14 novembre à l’Espace Julien, Marseille

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À Marseille Objectif Danse : Un binôme surprenant…

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Un Monde réel © Guillaume Robert

Deux danseurs aux physiques dissemblables : Rémy Héritier, grand et mince, qui a initié la création, le second, le danseur américain Bryan Campbel,massif et barbu. Le début de la danse est annoncé par une voix off : « activité ». Des séquences de longueurs diverses vont se succéder, et démarrer à la commande d’un signal sonore qui les met en action. Les mouvements sont verticaux, les bras dessinent des figures géométriques, coudes pointus, poignets cassés, mains s’enroulant autour du cou et caressant les cheveux. 

Les deux hommes sont éloignés l’un de l’autre, ne se regardent pas, se mobilisent en équilibre. Bientôt des images apparaissent de façon aléatoire sur un écran posé au sol. Images de forêts, d’oiseaux, de personnes, d’un nénuphar, d’un couteau, de babouches, sans liens entre elles, semble-t-il. Des projecteurs, parfois manipulés par les danseurs, occupent le côté de l’espace et servent aussi de supports aux danseurs. C’est Ludovic Rivière, longtemps complice de Rémy, qui a choisi les photos et réglé les lumières. Parfois un cercle de lumière jaune provenant d’un projecteur au plafond accompagne les mouvements.

Affirmer leur présence au monde

Peu à peu les interprètes se rapprochent. Peu de regard mais parfois une esquisse de sourire de Bryan. La musique d’Éric Yvelin, autre complice, d’abord assez discrète, parfois répétitive, se fait plus envahissante, accompagnant la rencontre des corps qui vont désormais au sol, s’entrechoquent, s’entrelacent jusqu’à s’enchevêtrer. Parfois ils changent de sweat ou de pantalon, s’emmitouflent, se mettent torse nu, sans raison apparente. Ils ne « racontent » rien, ils sont ici et maintenant. Tout est impeccablement réglé. C’est un plaisir de retrouver la programmation de la structure Marseille Objectif Danse qui avait dû abandonner ces projets, suite à la baisse de subvention, se consacrant essentiellement à l’accompagnement d’artistes.

CHRIS BOURGUE

`Un monde réel, chorégraphie de Rémy Héritier-GBOD ! (création) s’est dansé les 13 et 14 novembre à la Friche la Belle de Mai

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Des preuves d’amour : parcours de combattantes

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Le 23 avril 2013, le parlement adopte par 331 voix contre 225, la loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe, promulguée le 17 mai suivant. C’est sur cette archive sonore que s’affiche le générique initial du premier long métrage d’Alice DouardDes Preuves d’amour.

Si cette reconnaissance officielle du droit à la famille pour tous, marque une étape décisive pour beaucoup d’homosexuels, elle ne leur évite pas tous les écueils discriminatoires dans leurs démarches pour fonder un foyer.

On est au printemps 2014. A Paris. Céline (Ella Rumpf) et Nadia (Mona Chokri) se sont mariées et attendent leur premier enfant conçu par PMA au Danemark – la PMA ne sera autorisée en France qu’en 2021. C’est Nadia, 37 ans, qui porte le bébé. Céline, plus jeune, portera le deuxième, elles se le sont promis. Nadia est dentiste. Céline DJ. Elles s’aiment et partagent l’expérience de cette gestation comme tous les parents. Entre échographies, séances de préparation à l’accouchement, discussions avec ceux qui sont passés par là, elles s’émerveillent, s’angoissent, doutent … Attendre un enfant est une aventure banale et extraordinaire ! Universelle et unique. Nadia ne rentre plus dans ses vêtements, panique devant les difficultés professionnelles et financières que sa maternité va générer mais garde son humour et sa radieuse solidité. Céline, dont on épouse le point de vue, plus fragile, plus grave et sans lien génétique avec sa fille à naître, doit trouver sa place et sa légitimité.

Nourri par l’expérience de la réalisatrice, dont le court métrage césarisé L’Attente abordait déjà le sujet, le film suit la grossesse de Nadia et les étapes de la constitution du dossier. Il sera soumis à la décision du juge des affaires familiales qui permettra à Céline d’adopter le bébé. Il va falloir donner « des preuves d’amour », collecter photos et témoignages des  parents et amis – en veillant à ne pas choisir que des copines lesbiennes (sic). Il s’agira d’ attester de la solidité du couple, de sa capacité à accueillir l’enfant.

La preuve par trois

Sans taire l’homophobie et les préjugés, se moquant des maladresses des hétéros (qui sentent le vécu) , Alice Douard ne réduira jamais son film à une dénonciation. Il sera lumineux, bienveillant et joyeux. Le parcours administratif et médical, émaillé de vraies scènes comiques, s’associe à un cheminement plus intime. Plus particulièrement pour Céline. Sur le point de devenir mère, la jeune femme est confrontée à sa propre enfance, marquée par la mort de son père, l’absence de sa « mauvaise » mère (impeccable Noémie Lvovsky), pianiste internationale qui a placé sa carrière avant sa maternité. Mère et fille, musiciennes dans des registres différents, si loin, si proches. La pulsation techno, tout comme les envolées de Chopin et de Beethoven, se font écho de cet élan d’amour, de confiance, au-delà du chaos profond que chacune porte en elle. Les actrices, selon le vœu de la réalisatrice, existent aussi bien indépendamment qu’ensemble dans une indéniable alchimie. Alice Douard voulait « un film populaire et fédérateur » et c’est réussi !

Quand, après l’accouchement et une dernière hésitation à l’image, entre flou et net, Nadia et Céline, mères ravies et apaisées, se retrouvent dans le même plan, leur petite fille contre la peau de Céline, la preuve par trois est évidence.

ELISE PADOVANI

Des preuves d’amour d’Alice Douard

Sortie : 19 NOVEMBRE 2025

Une très belle purge à Martigues 

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© Vahid Amanpour

Le comique est un art exigeant : faire rire au théâtre requiert une véritable maîtrise. C’est ce qu’a rappelé Louis Dieuzayde, maître de conférences à Aix-Marseille Université, lors d’une éclairante conférence d’avant-spectacle. Le rire selon Feydeau est une mécanique subtile qui observe les comportements humains tout en conservant l’illusion du réel. La metteuse en scène et performeuse Karelle Prugnaud signe une relecture audacieuse, proche de l’univers du cirque. 

La scénographie, imaginée par Pierre André Weisz, déploie de grands panneaux rose bonbon formant un dispositif modulable, prêt à se laisser envahir par la frénésie des personnages. Les filins qui actionnent ces murs, laissés volontairement visibles, exposent au public une mécanique à nu, plaquée sur un univers bouillonnant de vie. Ce choix rejoint le parti pris de Karelle Prugnaud : jouer avec la machinerie théâtrale et la précision des entrées et sorties propres à Feydeau.  

Comique, farce et chaos 

« Bébé », en couche-culotte et masque de singe, déambule parmi les spectateurs, multipliant acrobaties et grimaces. Personnage secondaire chez Feydeau, il devient ici le véritable détonateur, celui qui vient fissurer le confort bourgeois du foyer Folavoine. Enfant tyran, tétant encore sa mère à un âge avancé, accro aux nouvelles technologies, il agit comme le révélateur des dysfonctionnements des adultes. Les qualités circassiennes des comédien·nes leur permettent de s’affranchir d’eux-mêmes dans un jeu d’une physicalité intense. 

Au fil de la pièce, les tensions entre tragique et comique dessinent un monde de plus en plus anxiogène, promis à l’implosion. Le chaos fait basculer la farce dans un surréalisme contemporain, où l’ordre social se fissure jusqu’à voler en éclats.

ISABELLE RAINALDI

Spectacle donne le 11 novembre au Théâtre des Salins, Scène nationale de Martigues. 

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Avec Pulsations !, on danse au musée 

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Bal participatif Danceoke © X-DR/Mucem

Dans le forum situé au sous-sol du Mucem, les participant·es s’installent en ce samedi 15 novembre. Danseur·euses confirmé·es comme débutant·es se préparent à suivre 2h30 d’atelier chorégraphique mené par le Toulousain Sylvain Huc. Pour le chorégraphe, le corps en mouvement est à la fois un langage et une véritable technologie à transmettre et à partager. L’atelier s’organise dans un flux continu, un mouvement ininterrompu qui se déploie depuis le sol jusqu’à la verticale. La répétition, nourrie de gestes qui se complexifient progressivement, devient une méthode de travail et le groupe, loin de se lasser, se laisse conduire avec euphorie. 

Le soir, le hall du musée se transforme en dancefloor pour le « danceoké », un néologisme qui rassemble danse et karaoké. La performance est collective, petits et grands se retrouvent pour suivre les chorégraphies sur écran géant et les imiter sans pression. Se succèdent ainsi Beyonce, Lady Gaga ou Dua Lipa avant de finir en apothéose sur Dirty Dancing et son fameux porté. Une soirée aux allures de grand bal populaires où les corps en mouvement vibrent à l’unisson.

ISABELLE RAINALDI


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