samedi 7 février 2026
No menu items!
Plus d'infos cliquez ci-dessousspot_img
Accueil Blog Page 45

Le Zef met les pieds dans le plat

0

Des grands-mères italiennes, une drag queen et des lasagnes géantes : Le Lasagne della Nonna, un spectacle pop et politique, où mémoire migrante et quête de soi se répondent avec éclat

Le Zef affiche complet ce mercredi 5 novembre pour l’une des deux représentations des Lasagne Della Nonna, une création 2024 de Massimo Furlan et Claire de Ribaupierre, respectivement metteur en scène et dramaturge. Depuis plusieurs années, le tandem explore la dimension artistique de la parole intime, du témoignage et du récit de soi.

D’emblée, l’audience, plongée dans le noir, est projetée dans l’univers du cabaret. Une drag revêtue d’azur se déhanche sensuellement bientôt rejointe par des femmes plus âgées dont les tenues scintillent sous les projecteurs. La première ôte ensuite sa perruque et entame son récit. C’est Davide, acteur et drag queen, qui se fait le chantre de ces histoires entremêlées. Petit-fils de Giuseppina, présente sur scène, arrivée du Sud de l’Italie pour rejoindre son mari en Suisse, Davide déroule le fil de destin de ces grand-mères, Rita, Lucia, Anna, autrefois jeunes femmes nées en Italie, après-guerre et ayant émigré vers la Suisse.

Les corps en mouvement

Sur le plateau, apparaît alors une large table de cuisine où ces dernières s’affairent pour confectionner les fameuses lasagnes, faisant résonner des gestes, des savoir-faire et des traditions venues d’ailleurs mais toujours bien vivantes. Sous les yeux du public naît alors une communauté dont les récits font écho aux enjeux de notre monde contemporain.

Le spectacle bascule dans l’onirisme, une part de lasagne géante se fait vaisseau spatial et dévoile Ali, comédien marocain, arrivé depuis peu en Suisse.  Face aux « Nonne », Davide et Ali, jeunes hommes homosexuels aux trajectoires très différentes, s’interrogent sur leurs racines et sur le rejet qu’ils affrontent. Le voyage se referme sur la chorégraphie d’ouverture, reprise cette fois sans artifices ni costumes, mettant les corps des femmes âgées en mouvement. Une image encore trop rare et d’une force politique discrète mais implacable.

ISABELLE RAINALDI

Le spectacle a été donné les 5 et 6 novembre au Zef, Scène nationale de Marseille.

Retrouvez nos articles On y était ici

Un trouple attachant

0

Sur la scène du Théâtre Joliette, Marie Provence présentait La Stupéfaction, le premier texte qu’elle a écrit et mis en scène

C’est un drôle de trio qui s’empare du plateau de la Joliette. Le premier sort d’une hospitalisation après un AVC qui lui laisse quelques séquelles. La deuxième, enseignante, d’un burn-out. Et la troisième d’une relation toxique avec un homme qui a eu la bonne idée de mourir quelques jours seulement après qu’elle a eu le courage de le quitter. Tous les trois se retrouvent dans un lieu non identifié, mais qui respire la quiétude et la nature, comme l’exprimentles trois grands panneaux forestiers en fond de scène, et les décors à la géométrie réconfortante.

Cette histoire est la première qu’écrit Marie Provence, comédienne et metteuse en scène au CV bien fourni, soutenue par Les Théâtres pendant plusieurs années, aujourd’hui par La Criée et le Théâtre Joliette qui coproduisent la pièce. Dans La Stupéfaction, elle invite trois personnes qui sont à un moment de bascule dans leur vie, ou juste après. Pendant 1h40, ces derniers vont dialoguer, se retrouver, s’aider mutuellement, s’accompagner dans la reconstruction.

Mal-lettres

C’est avant tout une histoire de langage que cette pièce explore. Celui des mots, beaucoup, celui du corps aussi. Les dialogues qu’il produit deviendront un remède pour les âmes blessées sur scène. Une délivrance que le public attendra et souhaitera, tant on s’attache à ce trio (Christelle Saez, Leslie Granger et Florent Cheippe) – et tant il est facile de s’identifier à ces histoires de vie.

Dans cette pièce au rythme media-tempo, Marie Provence injecte aussi des jeux de lumières, et d’ombres ; de la musique également ; dans des scènes où les acteurs se retrouvent souvent à trois, parfois seuls, pour des longues tirades drôles, savoureuses ou poignantes.

NICOLAS SANTUCCI

La Stupéfaction a été créée du 4 au 8 novembre au Théâtre Joliette, Marseille

Retrouvez nos articles On y était ici

La chair du mythe

0

Avec Cinq Versions de Don Juan, Josette Baïz célèbre une icône en mouvement

Sur le plateau du Grand Théâtre de Provence, la chorégraphie de Josette Baïz déploie une énergie captivante, portée par des danseurs doués, généreux et à l’écoute les uns des autres. Chaque geste dialogue avec l’autre, chaque mouvement informe le suivant. Ici, le séducteur devient miroir des désirs et résistances féminines, figure insaisissable et fascinante, au cœur de la danse autant que de l’imaginaire. Lacan le rappelait volontiers : Don Juan est aussi, et peut-être même avant tout, un fantasme féminin. Miroir des identités, désirs mais aussi des résistances, figure insaisissable et fascinante : le personnage avait de quoi intéresser la danse, lieu de l’intime, de l’imitation et de l’échange.

L’amour en étendard

Le premier acte, intitulé Démesure, ouvre la pièce dans un trouble sensuel : un trio vibrant, presque fusionnel, rappelle que le véritable couple chez Molière fut toujours un trouple – Don Juan, Sganarelle et Elvire. Entre étreinte et fuite, c’est la tension de la possession et de la perte qui s’y joue.

Mais très vite, Rébellion prend le relais : la pulsation du krump, brut et viscéral, électrise le plateau. La révolte prend naissance dans les corps féminins ; la douleur se mue en énergie, en revendication, en joie rageuse : et vient enfin la Libération, avec ses accents et déhanchés orientaux, ses bras qui s’élèvent comme des étendards. Les femmes quittent enfin la figure mythique pour retrouver leur propre voix, leur propre geste.

Mort et Métamorphose se succèdent pour montrer un collectif aux trousses du séducteur, puis le réintégrant dans sa dynamique. Le goût de la citation et du symbole affleurent, parfois de façon un peu trop appuyée. La musique, souvent illustrative, verse dans l’emphase – c’est le travers habituel de Baïz, toujours prête à embrasser trop large. Mais qu’importe : la sincérité du geste, la beauté du collectif, la précision rythmique et la chaleur des interprètes l’emportent sur tout le reste. Et c’est peut-être cela, aujourd’hui, le vrai mythe : celui d’une humanité qui, par la danse, tente encore d’aimer sans posséder.

SUZANNE CANESSA

Le spectacle a été joué les 4 et 5 novembre au Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence.

Retrouvez nos articles On y était ici

Un tourbillon jubilatoire

0

On rit, et on rit beaucoup. Le Falstaff de Verdi présenté à l’Opéra de Marseille est une véritable fête théâtrale et musicale

Inspirée des Joyeuses Commères de Windsor de Shakespeare, avec des emprunts à Henry IV, cette œuvre testamentaire de Verdi met en scène les mésaventures de Sir John Falstaff, vieux chevalier bedonnant et sans le sou. Espérant conquérir le cœur – et la bourse –, de deux bourgeoises de Windsor, Alice Ford et Meg Page, le lourdaud leur adresse des lettres d’amour identiques. Elles découvrent la supercherie et décident de se venger, jusqu’à jeter Falstaff, caché dans un panier à linge, dans la Tamise.

Denis Podalydès, qui a signé la mise en scène, a situé l’intrigue au sein d’un hôpital. Sceptique avant la représentation – l’hôpital est un cadre galvaudé dans l’opéra –, on en ressort conquis tant les dialogues du livret d’Arrigo Boito se prêtent à cette truculente transposition. Les décors sobres et élégants d’Éric Ruf laissent les chanteurs révéler leur sens du jeu comique. L’ensemble ne faiblit jamais ; le rythme, constant, transforme la soirée en un moment de jubilation.

Un Falstaff magistral

On ne pouvait rêver meilleur Falstaff que Giulio Mastrototaro. Spécialiste du répertoire bouffe, le baryton qui sillonne les grandes scènes européennes venait d’interpréter à Vérone Falstaff ossia Le tre burle de Salieri, précurseur de l’opéra de Verdi ; une expérience qui a sans doute nourrit ici son personnage. Son interprétation conjugue puissance vocale, diction exemplaire et sens aigu du théâtre. Vantard et glouton, mais aussi touchant dans sa solitude, le chanteur rend palpable de bout en bout la complexité émotionnelle de Falstaff.

Affublé d’une prothèse ventrale d’où s’échappent des livres de Shakespeare, le héros incarne à lui seul la comédie humaine et le théâtre tout entier : grotesque et grandiose. Podalydès fait ainsi de Falstaff une allégorie qui transcende un pamphlet où la verve satirique – impensable aujourd’hui – s’acharne sans ménagement sur les ventrus et les obèses.

Le livret est à l’inverse d’une surprenante modernité féministe. Alice Ford (Salome Jicia) et Meg Page (Héloïse Mas), entourées de leurs complices Mistress Quickly (Teresa Iervolino) et Nanetta (Hélène Carpentier), dominent le scénario. Leurs quatuors pétillants et virtuoses, célèbrent le génie féminin : intelligence, solidarité et humour face à des hommes bien pathétiques. Le baryton Florian Sempey livre une prestation de haute tenue dans le rôle de Ford, mari d’Alice, en proie à la jalousie amoureuse.

Ghazarossian, l’enfant du pays

Le ténor Carl Ghazarossian, que les Marseillais connaissent bien, campe un Bardolfo d’une agilité comique irrésistible. Son duo avec Pistola (Frédéric Caton) rythme l’action. Enfin, le couple Nannetta-Fenton, formé par Hélène Carpentier et Alberto Robert, séduit par sa fraîcheur et sa musicalité. Sous la baguette de Michele Spotti, l’Orchestre de l’Opéra de Marseille mène la soirée tambour battant.

La dernière scène, dans la forêt de Windsor, voit Falstaff déguisé en cerf, pris au piège des « esprits » que sont en réalité ses amis et bourreaux. Humilié, il finit par éclater de rire. L’opéra s’achève – en compagnie d’un chœur de l’opéra fougueux – sur la fugue éclatante : « Tutto nel mondo è burla » (« Tout dans le monde est farce »), une méditation joyeuse sur la condition humaine. Car si tout n’est que comédie, c’est bien dans le rire que réside la sagesse et sans doute la tendresse.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Le spectacle s’est déroulé le 9 novembre, Opéra de Marseille.

Retrouvez nos articles On y était ici

Soirée psyché à la Cité

0

Après une semaine de résidence, le trio Sidiaz s’est produit en concert ce 7 novembre à la Cité de la Musique de Marseille

Dans la salle de concert de la Cité de la Musique, le public se retrouve dans une atmosphère intimiste pour découvrir la sortie de résidence du trio Sidiaz formé par Salaheddine Zaïdi au chant et à la guitare, Lucas Zemmour à la basse et Charly Guerin à la batterie. Ce soir, ils nous font découvrir leur tout dernier opus Trig (paru chez Boucan Records), ainsi que « quelques surprises ».

Après une rapide introduction par Manu Théron, directeur et programmateur de la Cité de la Musique, la musique commence hors scène comme un bourdon, jusqu’à ce que le chanteur, Salaheddine Zaïdi, se rapproche du micro et chante d’un souffle hantant, comme si sa voix traversait une vallée ou une montagne. Elle se transforme sous ses ornementations, elle glisse d’une note à l’autre utilisant les quarts de tons et produit des mordants qui la font rebondir.

Et de l’impro

Le groupe entame ensuite son rock psychédélique avec Mektoub : un rock imprégné de musiques sahraouies et sahéliennes. La seconde chanson est légère, se rapprochant d’une sonorité folk où le guitariste produit un effet sur le haut de manche en utilisant ses ongles. Quelques minutes plus tard, lors de Dhol, le guitariste démarre sur un solo qui devient progressivement de plus en plus effrénée, rejoint par la batterie, et s’en vont ensemble vers une transe bienvenue.

Pour finir le concert, le trio interprète Nour, commençant par des arpèges à la guitare et une voix grave. Salaheddine balance la tête de gauche à droite en face du micro pour un effet à la voix et utilise son rockboard pour saturer le son de sa guitare avant un passage d’improvisation onomatopéique vocale où, en même temps, le batteur improvise avec ses baguettes sur le tambour. La soirée se termine par Khouya, en bis : un rock frénétique et entraînant.

LAVINIA SCOTT

Deux concerts à venir à la Cité
Deux nouveaux concerts sont à l’affiche de la Cité de la Musique cette semaine. D’abord les Noces Yiddish avec Marine Goldwaser – virtuose de la clarinette et soliste notable de la scène klezmer – et son ensemble Petit Mish-Mash réimaginent une noce – ou un mariage – en yiddish traditionnel. Et le 17, après une rencontre avec l’artiste, le public découvre Tintamarres, la création de Carole Rieussec. Plasticienne du son depuis près de quarante ans, elle explore la voix et les objets du quotidien pour créer des paysages sonores à la croisée de la musique, de la poésie et des arts visuels et rendre perceptible l’invisible du son. L.S.
Noces Yiddish - 15 novembre à 20 hTintamarres, Carole Rieussec - rencontre à 18h30 et concert à 20 h le 17 novembre

Retrouvez nos articles Musiques ici

La langue contre l’oubli

0

Reprise attendue du spectacle créé il y a dix-huit ans par le Théâtre du Maquis, La Compagnie des spectres, quipoursuit sa route à L’Ouvre-Boîte (Aix-en-Provence)

Rose et sa fille Louisiane vivent recluses dans une cité. Un huissier frappe à la porte : inventaire avant expulsion. Mais pour Rose, le visiteur n’est autre qu’un envoyé de Darnand, ou pire, du Maréchal « Putain ». Son frère, résistant de 18 ans, a été assassiné par la milice ; depuis, le temps s’est figé.

Sur scène, un quasi-rien de décor : une table, une chaise, un miroir, quelques objets détournés, et c’est tout un monde qui surgit. Pierre Béziers dirige Florence Hautier au plus près du souffle : geste mesuré, parole offerte, justesse du corps. On touche ici à une forme de théâtre d’objet intérieur, où chaque accessoire – paquet de cigarette, verre d’eau – devient relais de mémoire et d’incarnation. Car Florence Hautier incarne tout : la mère, la fille, l’huissier, les spectres… avec une générosité qui refuse l’effet. Une main posée, un ventre ployé, un regard qui se perd : autant de signes minuscules qui suffisent à faire exister l’autre. Elle navigue dans la langue mouvante de Lydie Salvayre avec jubilation et précision, gardant son humour corrosif, sa désespérance, sa tendresse. On rit parfois, mais on tremble aussi : la folie de Rose est une clarté douloureuse sur notre monde.

Car si le texte date de 1997, il résonne en 2025 avec l’inquiétude d’aujourd’hui : celle des expulsions, des frontières, de la peur. La logorrhée maternelle, drôle et tragique, dit aussi l’angoisse d’un présent rongé par la haine de l’autre, collective, institutionnalisée. 18 ans après la première création, l’actrice a voyagé vers la mère, comme si le rôle avait mûri avec elle. Il y gagne sans doute en gravité et en mélancolie.

SUZANNE CANESSA

À venir

La Compagnie des spectres
Les 13, 14, 15 novembre puis les 20, 21 et 22 novembre
Théâtre de L’Ouvre-Boîte, Aix-en-Provence

Retrouvez nos articles Scènes ici

HOT, c’est tout show

0

Au Recording Studio de Marseille, Cyril Benhamou a présenté en avant-première HOT (Heart of Town), son premier album personnel

Devant un public d’heureux élus, le pianiste marseillais a dévoilé son album en live entouré de ses complices Jérôme Mouriez à la batterie et Pascal Blanc à la basse. Un moment de musique et de partage. Officiellement, HOT (Binaural prod) est son premier disque personnel, mais il a déjà collaboré à de multiples projets.

Le concert s’ouvre sur un morceau inédit absent de l’album. D’emblée la « magie » Benhamou opère : un solo de piano, minéral et limpide, suivi de l’entrée de la batterie, aérienne, avant que la mélodie ne prenne forme. Peu à peu, la basse s’installe, et les variations s’enchaînent. Ces lignes musicales touchent au cœur, comme des réminiscences d’adolescence, de marches rapides dans New York, de paysages qui défilent par la fenêtre d’un train.

Un sacré mélodiste

La musique de Benhamou n’impose rien : elle suggère, ouvre un espace où chacun projette ses images et ses émotions. Puis parfois, la machine s’emballe : accélérations, fougue, allégresse, portée par une section rythmique d’une grande cohésion. C’est vivant, précis, et terriblement beau. Les musiciens enchaînent avec Song for Avi, (après Hip Hop des Kids, le deuxième single tiré de l’album) avec son motif latino en milieu de morceau, qui entre dans la tête pour ne plus vouloir en sortir. Une invitation à la fête, pleine d’énergie et de liberté.

Benhamou revendique son goût pour l’exploration. Son troisième single est une reprise de White Keys de Chilly Gonzales – le morceau n’utilise que les touches blanches du clavier – et qu’il adore confie-t-il. Le résultat : une version jazzy, aux modulations subtiles, qui transforme le dépouillement de l’original en terrain d’improvisation.

« J’ai rêvé d’une danse irlandaise que je ne connais pas mais qui m’a inspiré », poursuit-il. Il en a tiré Irish Dance, qui évoque des quadrilles de danseurs dans un pub où la Guinness coule à flots. Le piano devient violon, s’enflamme, s’apaise en harpe celtique, puis repart dans une virtuosité de gigue endiablée. Un solo de batterie vient clore la pièce sous les applaudissements. L’occasion pour Jérôme Mouriez d’expliquer le rythme utilisé, « un 7/8 décomposé en 3+4 », dont il fait la démonstration tout sourire. Pascal Blanc, explicite-lui aussi sa mission : « Le bassiste, c’est la base du groove. Parfois on part dans des directions si opposées que plus personne ne sait où est le premier temps », ironise-t-il. « Mon rôle, c’est de garder la ligne pour que les copains puissent s’amuser. Si c’est l’autoroute pour eux, c’est que je suis un bon bassiste. Ce qui ne m’empêche pas de faire parfois des échappées ».

Pour conclure le showcase, Benhamou entame Abuelas, hommage à l’amour des grands-mères, une pièce bouleversante où la ligne principale, toujours expressive, est – dixit Benhamou et on confirme – « chialante ». Le début, d’inspiration latine, est joué marcato et se tend comme un fil émotionnel avant de se relâcher dans un souffle de douceur. On y entend l’Espagne, les fêtes populaires, la dramaturgie du flamenco. Puis cette mélodie en boucle, suspendue… qui touche au cœur. C’est superbe, tout simplement. L’album sort le 14 novembre et l’on retrouvera avec bonheur le trio le 6 décembre au Théâtre de l’Œuvre.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Concert donné le 4 novembre au Recording Studio, Marseille.

Retrouvez nos articles On y était ici

Bal magique à La Criée

0

L’Agence de Voyages Imaginaires enflamme le dance floor au Théâtre national de Marseille

« Mélangez-vous, osez inviter quelqu’un que vous ne connaissez pas ! » Sous la grosse boule à facettes de la salle Ouranos, la fine équipe de l’Agence de Voyages Imaginaires cueille un public bien disposé à être embarqué dans la danse. Clavier, percus, guitare, clarinette, accordéon, saxophone… Si les regards sont encore un peu timides, les pieds s’élancent, les hanches bougent toutes seules, et très vite le rythme emporte tout dans un grand brouhaha chaleureux.

Nul besoin de connaître les subtilités du swing ou de la cumbia, il suffit de se laisser aller, les airs sont familiers, ou quand ils ne le sont pas, suffisamment entraînants. Bei Mir Bist Du Schoen, l’une des plus fameuses chansons d’amour yiddish, Johnny B. Goode, sommet du rock’n roll des fifties…

« Jusqu’à présent on a rigolé, maintenant on va demander un peu de discipline ! », préviennent les musiciens, dans une salle remplie jusqu’au maximum de sa jauge (470 personnes).

Jeunes et vieux, sportifs et essoufflés se prennent la main pour un cercle circassien, danse du XIXe siècle britannique impliquant de fréquents changements de partenaires. « On ne va vous répartir entre garçons et filles, sinon on va perdre 20 minutes ! Vous serez des citrons et des pastèques. » Entre les bras tendus, des minots se faufilent, grimpent sur les épaules des grands pour participer ; les citrons s’avancent, les pastèques reculent, puis c’est l’inverse, et on recommence.

Il est peut-être imaginaire, ce bal, mais c’est une expérience qui traverse et relie les corps, les laissant trempés de sueur, couronnés de visages hilares. À l’entrée, la queue s’allonge, en attendant que certains ressortent pour libérer des places ; une jeune femme garde les affaires de son amie, déjà dans la salle : « moi je les ai déjà vus cet été, c’était génial ».

GAËLLE CLOAREC

Le Bal imaginaire a eu lieu le 8 novembre à La Criée, Marseille.

Retrouvez nos articles On y était ici

Fable domestique

0

Dernier opus en date du Turak Théâtre, Ma mère c’est pas un ange (mais j’ai pas trouvé mieux) était présenté à Marseille sur la scène de l’Odéon dans le cadre du festival En Ribambelle !

Surplombant le centre du plateau trône une maison de verre, à la fois serre, cage, refuge, aquarium, voire mirador, légèrement surélevée sur pilotis. À l’intérieur, des horloges indiquant des heures différentes, un canapé branlant, un escabeau, une patère, des boites. À l’extérieur, tout autour, dans des bric-à-brac placés sous trois réverbères et trois panneaux en carton indiquant Voisin 1, Voisin 2, Voisin 3 se trouvent respectivement guitare électrique, batterie, et basse électrique.

Une vieille femme en bottes en caoutchouc entre sur le devant de la scène, chapeau noir sur masque gris au gros nez et aux yeux tombants, carabine à l’épaule, poste de radio à la main, qui crépite et saute d’une station à l’autre. Fragments de voix, de musiques, bribes de conversations s’enchaînent sans logique, le monde en éclats sonores chaotiques.

Mi-Calamity Jane, mi-Brigitte Fontaine

Elle rentre chez elle et se barricade, enlève son masque, sous lequel se dissimule un second, avec un grand sourire figé d’une oreille à l’autre. Elle se défait de plusieurs couches de vêtements, cajole deux sacs à main-poulet, dont un contient un œuf, qu’elle dépose, en ouvrant une trappe dans le sol, au creux d’une vieille poussette garée sous la maison. Le tout accompagné des bruitages musicaux réalisés en live par les trois voisins, acteurs-musiciens-marionnettes-masques, qui se sont installés sous leur réverbère respectif, et qui vont dérober la poussette peu de temps après.

Mi-gardiens, mi-intrus, leurs interventions ponctuent les gestes de la grand-mère, Mi-Calamity Jane, mi-Brigitte Fontaine, ses réglages d’horloges, ses danses, ses brèves lectures de lettres de sa fille, sa folie douce solitaire et recluse. Profitant d’un moment où la vieille s’est endormie sur le canapé, ils pénètrent, inquiétants, dans la maison. Mais c’est pour la couvrir gentiment d’une couverture. D’autres fois, ils passent dessous, sous-sol mystérieux, où grouillent les rats, créatures burlesques, nerveuses et sinistres, qui vont également gambader, à leurs risques et périls, dans la maison.

Infiltrations

Au fil des scènes et des incursions, la maison-aquarium-mirador se révèle pas du tout étanche, le monde clos de la vieille femme est en fait fissuré et pénétré partout, les cloisons vitrées de la maison s’ouvrent l’une après l’autre. Arrive, revenu par la poussette et les voisins, une sorte d’œuf de dinosaure. La vieille femme casse ses parois et découvre à l’intérieur, en la dépliant, une marionnette d’elle-même.

Une fable domestique sur les bonheurs du repli, la volonté illusoire de vouloir échapper au monde, et la capacité à renaître, par sa propre fantaisie associée à celle des autres, à soi-même.

MARC VOIRY

Ma mère c’est pas un ange (mais j’ai pas trouvé mieux) a été présenté le 5 novembre à l’Odéon dans le cadre du festival En Ribambelle ! par le Théâtre du Gymnase - Hors les murs

Retrouvez nos articles Scènes ici

Birds on a Wire

0
Birds on a wire © Jeremiah

Voilà maintenant plus de dix ans que l’aventure Birds on a Wire est née. Fruit de la collaboration entre Rosemary Standley (chanteuse du groupe Moriarty) et de la violoncelliste brésilienne Dom La Nena, elles ont marqué les scènes par leur hommage sensible à la musique dans toute sa diversité : rock, baroque, latino, folk… Pour ce nouveau spectacle, elles s’associent avec l’univers magique et onirique d’Étienne Saglio, pour une exploration des œuvres de Purcell, Tom Waits, Barbara, et même les Cure ou Bronski Beat.

N.S. 
13 novembre
Zef, Scène nationale de Marseille

Retrouves nos articles Musiques ici