vendredi 7 août 2026
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Lilia en six chapitres

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a-voix-basse-c°-memento-films.

Un aéroport, une voiture et deux jeunes femmes, la brune Lilia (Eya Bouteraa) et la blonde Alice (Marion Barbeau). Lilia, ingénieure qui vit à Paris, revient à Sousse, en Tunisie, pour les funérailles de son oncle, Daly. Mais dans son pays natal et dans sa famille, impossible de présenter sa compagne qui va séjourner à l’hôtel. 6 chapitres pour 6 jours. Dans la maison de famille- celle de la maison originelle de la grand-mère de la cinéaste- on prépare l’enterrement de Daly, retrouvé mort dans la rue, à moitie dénudé.  Au fil des étapes des rite funéraires, véritables tableaux vivants, des questions se posent et Lilia veut connaitre la vérité d’autant plus que des officiers de police viennent poser des questions. Commence alors pour Lilia une enquête familiale : que s’est-il passé ? Qui était Daly ? Mais aussi une quête intime ; ressurgissent souvenirs, non –dits, mensonges.  Et quand Alice s’invite à un repas, Lilia doit faire face à ce qu’elle cache. Et ce n’est pas facile. Néfissa (Salma Baccar) la grand-mère dicte sa loi et Wahida (Hiam Abbass) qui aurait pu avoir le Prix d’interprétation), sa mère, médecin, chef de service, ne peut accepter l’homosexualité de sa fille. La scène d’explication entre elles est un des moments les plus forts du film : « Alice me rend heureuse ! C’est juste l’amour ! -Cela aurait été plus simple que tu ne le sois pas ! »lui répond sa mère, la chassant de la chambre.

Caméra de l’intime

 La caméra du chef opérateur, Sébastien Goepfert cadre au plus près les visages, saisissant leur souffrance. Une caméra toujours dans la retenue qui saisit les gestes ; une main qui frôle, une caresse échangée. Une caméra qui capte les ombres de la maison, puis peu à peu sa lumière. Une caméra qui filme les photos du mariage imposé à Daly comme le film culte de la cinéaste, la Jetée de Chris Marker. Une mise en scène tout en retenue.C

Leyla Bouzid dont on avait apprécié les films précédents, À peine j’ouvre les yeux (2015) et Une histoire d’amour et de désir (2021) confirme son talent pour les récits d’émancipation, de combat pour la liberté et pour le choix de ses actrices, toutes excellentes.

Un film à voir pour se souvenir que dans bon nombre de pays, il n’est pas permis de désirer et d’aimer qui on veut.

Annie Gava

A voix basse sort en salles le 22 avril 2026

En route…

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Notes sur un retour en Syrie,

Un an après la chute de Bachar al-Assad, le 8 décembre 2024, plus d’un million de Syriens qui avaient fui à l’étranger sont rentrés dans leur pays. C’est dès février 2025 que  Mohamad Al Rashi, comédien et musicien  et sa compagne, Mariam Rehayel, libanaise, tous deux réfugiés à Marseille depuis 2014 , décident de retourner en Syrie en compagnie de leurs amis Catherine  Estrade  et Vincent Commaret – qui  forment depuis longtemps le duo Catherine Vincent . C’est en effet à Damas qu’ils ont commencé à faire de la musique ensemble et qu’ils ont connu Mohamad. Très vite le voyage s’est organisé « Quand nous avons pris la décision d’y aller très vite, je me suis dit que j’allais filmer. J’aime filmer même si cette pratique est irrégulière, précise Vincent qui est aussi monteur et a collaboré avec Ghassan Salhab, Robert Guédiguian et Paul Vecchiali.

Tourné entre le 21 février et le 5 mars, le documentaire, Notes sur un retour en Syrie, nous donne à voir les premières sensations et impressions dans ce pays fatigué. En route ! On déguste le premier petit déjeuner à la maison, on s’attarde sur le balcon d’où l’on découvre les traces des  roquettes, et l’on évoque les crimes du régime de Bachar al-Assad. Tout à la joie des retrouvailles avec les proches et les amis, on fête l’anniversaire de Mariam qui affirme vouloir revenir. Et surtout on parcourt la ville : longs travellings en voiture qui nous font voir, avec leurs yeux, une ville qui a souffert et en garde de profondes blessures. Immeubles éventrés, chaussées qui n’en sont plus. Quand on arrive au camp de réfugiés de Yarmouk, le premier qu’ils visitent,  les paroles de la chanson« mon cœur s’est serré, j’ai cessé de respirer » traduisent le poids du chagrin. Soudain, comme un espoir de renaissance, du vert entre les amas de pierre, des plants de menthe, de poireaux. « C’est difficile de filmer les destructions, avoue Vincent. Pas de couleurs. Tout est gris, sans vie. » Et quand ils arrivent dans les quartiers de Gaboun et de Jobar qui avaient  subi une attaque chimique,  on est comme Mariam sous le choc. Quartiers fantômes qu’on parcourt dans le silence et la blancheur de la mort.

Pourtant à Damas, on est tellement soulagé d’avoir réussi à chasser Bachar, de pouvoir parler, manifester. « Les premiers jours en Syrie nous étions ahuris, c’était surréaliste. Être rentrés, être bien accueillis, ne pas avoir peur, confie Vincent. Une chorale de jeunes femmes, la chorale Gardenia, qui a répété clandestinement durant des années, chante pour la première fois à l’Opéra de Damas  sa soif de liberté. Mohamad pense qu’i faut un dialogue sincère, croit à une réconciliation nationale.. On aurait envie de le croire aussi et on pense en parcourant ces Notes sur un retour en Syrie, dédiées  «  à toutes celles et ceux qui ont cru à la Révolution syrienne » à tous ceux et celles qui fuient leurs pays bombardés et qui ne pourront peut être pas y retourner.

Annie Gava

Notes sur un retour en Syrie sera projeté le 30 avril à la Librairie  Zoème à 19h et sera suivi d’un échange avec les cinéastes

Caravane, la liberté en Italie

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Caravane (C)Les Alchimistes

La mer, reflets de la lumière du soleil, des vagues. Une voix qui murmure : « Ne t’inquiète pas ! Ça va être très bien, David. Tu vas voir la mer, le sable, des mouettes ! »  Des mains entrelacées. Ce sont celles d’une mère et de  son fils,  Ester et David, un adolescent trisomique et autiste. Ils sont en Italie, invités par une amie dans la grande maison où elle vit avec son mari et leurs deux enfants.  . Mais quand David a saccagé leur salon, effrayant les deux fillettes, Ester et son fils doivent aller dormir dans le camping car du couple. Ayant surpris une conversation lui révélant que ses amis ont pitié d’elle et ne savent comment l’aider, elle décide de partir avec le camping car vers le Sud. Moments de complicité heureuse, dans la caravane, douche céleste dos à dos, courses au super marché, rythmées par la chanson de Dusty Springfield, I only be with you. La rencontre avec une jeune femme aux cheveux roses va tout changer. En panne  de voiture, laissant ses deux copains elle demande à Ester de l’embarquer. C’est Zuza, tchèque comme elle, libre et pleine de vie. .

Être au monde

Commence alors pour ce trio, un road movie, sur les routes italiennes du nord au sud, vers la Calabre. Road movie intime aussi pour Ester qui semble s’alléger un peu de son poids de mère ; Zuza lui offre une sorte de respiration, par ce qu’elle est, une nomade, qui ne porte aucun jugement, qui accepte David comme il est. Voglio l’estate chante Daniele Benati.  Ensemble, ils dansent, se baignent s’installent sur une plage privée, cueille des raisins qu’ils dégustent allongés sur la plage. C’est cette liberté que filme Zuzana Kirchnerova. Peu de mots, des gestes, des regards. David ne parle pas, il touche, frôle. Ses mains sont souvent filmées en gros plan, caressant la peau de sa mère, les cheveux de Zuza. La cinéaste nous offre un  film très sensuel, tactile, à l’image de ce  jeune adolescent, pas comme les autres, qui découvre  son corps, celui des autres,  l’amour. Elle nous fait partager les moments où Ester retrouve le désir, oubliant un instant son fils, ses crises de colère ou d’angoisse.  C’est à travers les sons, la lumière, les mouvements que David perçoit le monde ; les directrices de la photo, Simona Weisslechner et Denisa Buranová ont réussi à nous le rendre perceptible par les reflets, les lens flare, les images floues, les gros plans sur les yeux, sur la peau, sur les mains qui caressent, qui consolent, qui tiennent un outil, qui découvrent le monde.

Aňa Geislerovà incarne avec subtilité cette mère courage et Juliana Brutovská avec énergie et conviction cette femme qui vit dans l’instant. Pour jouer David,  David Vodstrcil, que  Zuzana Kirchnerova a choisi après avoir vu 150 garçons, venant de République Tchèque et de Slovaquie. «  Dès le début, nous savions que nous voulions trouver un garçon qui soit mentalement handicapé. Je ne voulais absolument pas que quelqu’un fasse semblant d’avoir un handicap mental, car pour moi ce serait un tout autre film. »

Dédié à David et Vaclav, Caravane est un film qui laisse des traces.  Un film inspiré à la cinéaste par sa propre histoire « J’ai un enfant handicapé, et c’est à partir de cette expérience que tout s’est forgé. Je voulais montrer ce que signifie  être au monde différemment »

C’est réussi ! « Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers, Picoté par les blés, fouler l’herbe menue   Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds. Je laisserai le vent baigner ma tête nue » écrivait Rimbaud

Annie Gava

Caravane en salles le 22 avril

Numéro Zéro #9 : le festival aux semelles de vent

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Du 28 avril au 3 mai, Numéro zéro revient à Forcalquier et Pierrerue. Pour la neuvième fois depuis 2018. En toute logique, ce devrait donc être, un Numéro 9. Mais le premier nom provisoire du festival avec sa rime en O, est resté. Comme pour signifier un élan originel toujours renouvelé. Dans la salle du Bourguet, dans l’Espace Bonne Fontaine, à la Citadelle, au restaurant Cocotte, à la ferme Les Charentais, dehors et dedans, l’édition proposera des expériences partagées d’écoutes radiophoniques, d’ateliers artistiques, et de cinéma.

Un programme conçu comme un itinéraire qui invite le chaland sur les chemins de transhumance avec Etienne Rouzis (La Montée, lecture électroacoustique). En pays forcalquiéren avec Mélanie Métier pour écouter le vent dans une création radiophonique : Les Trembles. Ou encore, après avoir participé à son atelier de fabrication d’un orgue éolien, toujours à sa suite, sur la montagne de Lure.

Pas de compétition, pas de thématique, pas de course à l’exclusivité mais une sélection de longs et moyens métrages récents, accompagnés par leurs réalisateurs-trices.

Ainsi La Vie après Siham de Namir Abdel Messeeh, récit d’amour et de transmission à ne pas rater https://journalzebuline.fr/acidla-vie-apres-siham-une-histoire-damour/.

Mater Insula de Fatima Bianchi qui donne voix, dans une prison à ciel ouvert, à cinq mères pour lesquelles la maternité n’a pas été synonyme d’épanouissement. Queer me d’Irene Bailo Carraminana qui nous entraîne dans un squat toulousain occupé par des queers radicaux. On pourra rencontrer la cheffe opératrice son Christine Dancausse qui a travaillé sur ces deux derniers films.

Pour un peu de chaleur humaine, on pourra vivre les matins montréalais dans des restaurants aux allures de refuge grâce à La journée qui s’en vient est flambant neuve de Jean-Baptiste Mees https://journalzebuline.fr/jean-baptiste-mees-oeufs-bacon-et-tout-le-reste/

A noter, deux œuvres de répertoire : Harlan County USA, le documentaire Barbara Kopple sorti en 1976 sur la longue grève des Mineurs de charbon du comté d’Harlan (Kentucky), projeté le 1er mai. Et Les Paumés de la mendicité (1994) d’Artur Aristakisian, ode aux exclus, « allégorie mystique et visionnaire… à l’usage du monde »

ELISE PADOVANI

Programme complet sur le site du Festival : https://festivalnumerozero.com/a-propos/le-festival/

Affection, affection : au-delà des apparences

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Affection, affection (C) Ufo distribution

Si vous aimez le jeu de l’oie, le dernier film du duo Maxime Matray et Alexia  Walther est fait pour vous. ! Dès le titre, double, Affection, affection, on peut se poser la question ; sentiment et/ou maladie ? Et bien d’autres questions dans ce film espiègle où des gens disparaissent et réapparaissent, où des événements se répètent…

 C’est la morte saison dans une petite ville de la Côte d’Azur. Géraldine, qui doit son prénom à Fitzgerald, travaille pour la mairie au service des parcs et jardins Son compagnon, Jérôme (Christophe Paou),  le maire, est angoissé : il subit des pressions par rapport à un projet de marina. Sur le mur en face de sa villa,  l’inscription : « This is the way the world ends » l’inquiète beaucoup.  Il prépare l’anniversaire de sa fille  Kenza, qui… disparait. Alors que réapparait Rita  (Nathalie Richard) , la mère de Géraldine qu’elle n’a pas vue depuis…17 ans. Partie en Thaïlande, elle débarque sans prévenir avec en cadeau, une écharpe, bleue  thai   et un ami retrouvé (Marc Susini) Un petit chien blanc a lui aussi disparu ! Géraldine, décontenancée, déambule dans la cille, de la maison au port, dans la campagne environnante. Elle questionne des gens qu’elle connait comme son ami policier, Sammy,  encore amoureux de  Nadia, amie d’enfance de Géraldine, qui préfère faire la fête avec un des deux démineurs venus accomplir leur mission : car il y a des mines datant de la Seconde Guerre mondiale qui explosent parfois.. Quand Jérôme disparait à son tour, Géraldine intensifie ses recherches. Rencontrant tour à tour, de jeunes lycéennes, copines de Kenza. Les propos qu’elles tiennent ne l’éclairent pas vraiment : elles parlent de spiritisme,  de serment de feu, de cold cases : la mort par noyade de la mère de Kenza, Kali , il y a quelques années ;n’est peut être pas un accident. Et que signifie l’inscription trouvée sur une feuille de figuier de barbarie. « Kenza et Elliott ». Ce serait une allusion au recueil de poèmes de  T.S. Eliot, Les Hommes creux, suggère la prof de français de Kenza, qu’un marin offre à des jeunes filles pour les séduire. C’est Agathe Bonitzer qui incarne avec  nuances et justesse Géraldine, une enquêtrice pas comme les autres, qui essaie de démêler cette singulière et ténébreuse affaire de famille, où dit –on, il y a des signes qui ne trompent pas, où il faut accepter le monde au-delà des apparences car « c’est ainsi que finit le monde ! »

Affection, affection en salles le 15 avril

Annie Gava

© Ufo distribution

Vous reprendrez bien une Bourbon ? 

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Il était une fois une princesse blonde de 22 ans qui rêvait de se marier en la basilique Saint-Denis avec un futur chef d’État français. Juste au-dessus des tombes de ses ancêtres au sang bleu, les rois morts de Saint-Denis. 

Las, le futur époux et chef d’État n’est qu’un manant anabaptiste au nom italien et au prénom à consonance hébraïque qui s’embourbe un peu dans le Jourdain. Mais sa naissance roturière en Seine-Saint-Denis ne disqualifie pas ce chevalier si blanc et bien photoshopé, pas comme cet édile noir qui a ravi la sépulture des Bourbons aux Dionysiens de souche.

D’ailleurs, cette mésalliance avec un jeune homme sans sang bleu ni baptême n’est pas, pour la princesse, un inutile sacrifice : seul ce chef du parti national peut ramener les Bourbon sur le trône de France, pour humilier enfin ces mécréants révolutionnaires qui ont décapité le bon Louis, mettant fin à la si mirifique histoire du Royaume François. 

Heureusement pour la gloire du Royaume et sa possible résurgence, princes charmants et princesses blondes aux longs cheveux lissés persistent dans les contes de nos enfances, les dessins animées et produits dérivés Disney, la presse people et Bolloré, et la frénésie de la communication TikTok.

Monarchisme et extrême-droite

Est-elle vraiment décapitée, d’ailleurs, cette France des rois ? À force de financer des parcs à thèmes contre-révolutionnaires, de confondre restauration du patrimoine avec opération Stéphane Bern pour touristifier églises et châteaux décatis, à force de chanter les louanges des familles royales du Rocher ou d’Albion, pourtant peu admirables, la République française cultive en douce la nostalgie de la France aristocratique. Celle-là même qui savait si bien trafiquer les esclaves, exploiter les serfs et cuisser les servantes, mépriser le travail et affamer le peuple. Celle-là même qui est historiquement liée à l’ultra-droite nationaliste et collaborationniste. Celle-là même qui nie une valeur fondamentale de notre constitution républicaine, l’égalité de droit des citoyens.

Mais fi, que d’inutiles réserves ! Puisque la République française rend sans hésiter un hommage national à un facho patenté, pourquoi ne pas remonter sur le trône grâce à cette extrême droite certes roturière, mais si galamment prête à servir l’importance du sang, de la fortune et des valeurs héritées ? Allons-y, plus personne ne conteste les conséquences économiques du luxe dispendieux des familles royales et de leurs affidés. L’enclave monégasque et la monarchie anglaise sont glorifiées à longueur de séries populaires, de magazines people et de post consternants d’influenceuses, qui placent des produits de luxe auprès de jeunes consommatrices prisonnières de la mode et soumises aux it-girls. Pourquoi se gêner ? 

Luxe nauséabond

Car la prétendue Princesse Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles, dont la légitimité d’héritière du trône français est contestée par la famille royale d’Espagne, est en revanche, incontestablement, une influenceuse TikTok qui place des produits de luxe auprès de ses fans roturières. Ses parents reçoivent la « jet set » (dont Jeffrey Epstein, Woody Allen et Caroline Lang) dans leur appartement de la rue Montaigne. Ils lui ont attribué le titre « de courtoisie » de comtesse de Calabre et de Palerme (palabres et balivernes ?). Et ont même « aboli » la loi salique en 2016 pour elle ! Elle milite d’ailleurs sur ses réseaux pour la mémoire des Reines, « ces oubliées de l’histoire » auxquelles elle veut enfin « rendre justice ». 

Quant à sa fortune, elle vient de l’héritage de Camilio Crociani, son grand-père maternel vendeur d’armes, officier de Mussolini, collaborateur amnistié après la guerre, qui a fui au Mexique en 1976 après que la justice italienne a émis un mandat d’arrêt contre lui, suite aux pots-de-vin versés au gouvernement pour remporter des marchés militaires (affaire Lockheed). 

Mais l’argent de l’aristocratie semble avoir moins d’odeur que celui de la bourbe, et la princesse peut sans complexe se pavaner en jet ski à Dubaï et étudier le luxe à Monaco sans que personne ne trouve cela scandaleux et indécent.

Les crapauds de l’histoire

Heureusement, si dans les contes les crapauds se changent en princes charmants, les vieux autocrates de ce monde commencent à accumuler quelques revers. Pas sûr que les selfies de Marie Caroline avec Trump soient aujourd’hui une bonne publicité pour le petit prince brun du Rassemblement national. Le revers d’Orbán en Hongrie, le non au référendum de Meloni, les revers électoraux de Trump qui s’accumulent, semblent amorcer un recul possible de l’internationale d’extrême droite. Les masques tombent, et Princes et Princesses montrent enfin leurs vrais visages de batraciens.

AGNÈS FRESCHEL


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Dessine moi l’Italie

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Guido Crepax. Valentina – Pietro Giacomo Rogeri, 1972, Inchiostro di china su cartoncino Schoeller, 36,5 x 51 cm; © Archivio Crepax

Le dessin n’est pas seulement réservé aux artistes plasticiens. Qui connaissait ceux du réalisateur Federico Fellini ? Ou de Pier Paolo Pasolini ? Cette année, le Festival du Dessin d’Arles met à l’honneur des dessinateurs italiens méconnus du grand public, ou dont les talents graphiques restent inexplorés. La sélection, réalisée par Frédéric Pajak, dessinateur et cofondateur de l’événement avec Vera Michalksi en 2023, offre du 18 avril au 17 mai quarante expositions à travers les lieux emblatiques d’Arles. Et prouve, une fois encore, que le dessin est une langue universelle, qui sait traverser le temps et les pratiques. 

L’exposition VIVA L’ITALIA, visible au Museon Arlaten, est née grâce à la collection Ramo. Une collection caractérisée par son intérêt pour le dessin, sous toutes ses formes. Des œuvres de maîtres du XVIIe siècle aux bandes-dessinées de Guido Crepax, en passant par le futurisme avec Umberto Boccioni, cette exposition retrace l’héritage de l’Italie. Un héritage lexical également, puisque dessiner vient de l’italien designo, la représentation graphique. 

On retrouvera aussi une sélection d’artistes contemporains italiens, comme Chiara Gaggiotti et ses gravures toute en finesse, ou internationaux, comme Rosa Maria Unda Souki et ses intérieurs colorés. 

La jeunesse crayonne

La « jeune garde » sera mise à l’honneur dans la chapelle du Méjan. Une exposition qui accueille chaque année les futurs talents du dessin. Pour cette édition, des étudiants de l’académie des Beaux Arts de Florence et d’Athènes y seront exposés, aux côtés des talents de l’école des Arts-décoratifs de Paris. Une sélection qui se démarque tant par le choix des sujets que par les styles graphiques. 

À Croisière, on pourra admirer plusieurs expositions collectives : des œuvres naïves et colorées, une sélection plus politique, voire philosophique, avec en tête d’affiche des originaux du chanteur-fantasque Philippe Katerine. Il donnera d’ailleurs une lecture accompagné de son acolyte Philippe Eveno au Théâtre d’Arles, suivi d’un concert, le 15 mai. Pas moins fantastique, la chanteuse Catherine Ringer (des Rita Mitsouko) sera également présente sur la scène du Théâtre d’Arles, et parlera de son père, le dessinateur Sam Ringer. 

Nouveauté cette année, un plan permettra de se repérer dans la ville parmi les nombreuses expositions. Notons aussi que des cours de dessin pour tous les âges seront donnés par des artistes locaux, sur inscription, à l’espace Van Gogh. De quoi se mettre en pratique après tant d’inspirations ! 

MONA LOBERT

Festival du Dessin
Du 18 avril au 17 mai 

Divers lieux, Arles

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Une enfance marseillaise

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Dans l’intimité de la salle, Ariane Ascaride ne joue pas : elle offre. Ce récit est celui d’une métamorphose, d’un corps blessé qui, par la grâce des planches, a su se réinventer une liberté. Sa silhouette évoque d’emblée le génie de la pantomime. Entre Chaplin et Pinocchio, dirigée par le chorégraphe Thierry Thieû Niang, elle déploie une gestuelle précise, presque dansée par la mémoire. Elle le confie avec une lucidité poignante : « Je suis née le pantin de mon père et, d’où qu’il soit, il tente encore de me faire danser. » Ce père lui a légué une identité chevillée au cœur : « chez nous, on est rouge ». Un rouge de fraternité ouvrière qui irrigue sa carrière et ses combats aux côtés de son mari Robert Guédiguian.

La brûlure des « jeudis »

Puis arrive l’autre ! Au milieu de ce monde « violent, morbide et enchanté », une brisure survient. Le drame des attouchements, ces « jeudis » volés, éclate dans la pudeur du texte écrit pour elle par Marie Desplechin. Elle dresse un constat glaçant : « Nous sommes deux sur dix à nous arranger avec cette histoire ». Puis, ces mots qui hantent : « Quand j’ai neuf ans, l’autre se lasse, j’ai pris perpète ». Une condamnation portée par l’enfant, alors que le coupable s’efface.

« La vie sans le théâtre, ce n’est pas la vie, c’est l’ombre de la vie. » Comment survivre ? Par la fuite vers l’imaginaire. « Sur scène je n’ai pas peur, je suis une elfe ». L’elfe, c’est l’être immatériel qui échappe à la souillure, le Peter Pan qui survole l’abîme.

Le spectacle s’achève dans une apothéose napolitaine. Au son de Volare, chanté par une femme, Ariane Ascaride ne subit plus. Elle fait chanter la salle, transformant sa « perpétuité » en un hymne à la joie. Elle prouve que même les pantins peuvent un jour toucher l’azur. Une leçon de dignité, d’amour et de talent !

DANIELLE DUFOUR VERNA

Spectacle donné du 31 mars au 11 avril au Théâtre des Bernardines, Marseille.

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Le temps des compositrices

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Il y a seize ans, la claveciniste Claire Bodin faisait un pari audacieux : consacrer intégralement un festival aux œuvres de compositrices, toutes nationalités et époques confondues. Il s’agissait de démontrer, programme après programme, que ce répertoire existe, qu’il est vaste, et mérite une place durable dans les salles de concert. Depuis, le festival Présence Compositrices a tenu ce cap sans en dévier.

Cette édition 2026 s’ouvre le 17 avril avec un programme baroque réunissant la violoniste Sophie de Bardonnèche, le claveciniste Justin Taylor et la gambiste Salomé Gasselin autour d’Élisabeth Jacquet de La Guerre et de compositrices françaises des XVIIe et XVIIIe siècles. Le lendemain, un duo voix-piano explore le romantisme allemand, de Fanny Hensel à Alma Mahler, avant que l’opéra instrumental Ève noire, la genèse, ne mette en dialogue le violon d’Elsa Grether et les percussions d’Oumarou Bambara dans une création autour de la musique de Virginie Aster.

La musique de chambre est aussi représentée. Le trio Marie VermeulinAnne CartelDavid Louwerse trace un arc du XIXe au XXe siècle, reliant Louise Farrenc à Germaine Tailleferre en passant par Clémence de Grandval et Mel Bonis. La pianiste Nour Ayadi, construit, elle, un récital autour de Varvara Gaigerova, dont les Sketches colorés et sa Sonate répondent aux pièces de Mel Bonis et de Tatiana Nikolayeva.

Du baroque à la French Touch

Le festival ménage aussi une place aux formes hybrides : Clémence Niclas seule en scène avec sa voix et une myriade de flûtes à bec, livre le récit qu’elle a tissé autour de ses thèmes de prédilection : l’histoire des femmes, le Moyen Âge et le conte. La gambiste Lucile Boulanger associe viole baroque et électronique de Calling Marian. Les ensembles structurent l’édition : le Duo Néria défend les Françaises Marie Jaëll, Cécile Chaminade, Louise-Héritte Viardot et Hedwige Chrétien ; l’Ensemble vocal Anarrès confronte l’italienne Barbara Strozzi de l’époque baroque à l’écriture contemporaine de Laure-Alice Poulain. 

Le Trio Nóta accompagné de cordes jouera en création mondiale une commande du Centre Présence Compositrices, Le cahier de Gersende de Sabran – Fin’amor, signée Sophie Leleu, avec les élèves des chorales du Conservatoire Intercommunal de la Provence Verte

L’Ensemble Obsidienne referme la boucle en remontant aux origines médiévales : saintes, trouveresses, et ménestrelles reviennent à la vie grâce à un arsenal d’instruments issus de l’iconographie ancienne. De Sainte Cécile à Hildegard von Bingen, le programme déploie un monde sonore savant et festif. 

Des rencontres et actions de médiation accompagnent l’ensemble de la programmation, fidèles à l’idée que rendre audibles ces œuvres est un travail de long cours et non un geste ponctuel.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Présence Compositrices
Du 17 avril au 3 mai
Abbaye de La Celle (83)

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Géographies du commun

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Née d’une rencontre entre les danseurs de Via Katlehong et ceux de la Cia Gente sur le parvis du Théâtre de Tremblay-en-France, tamUjUntU conserve de son origine une qualité d’élan précieuse. Le chorégraphe brésilien Paulo Azevedo, fondateur de la Cia Gente, prolonge cette impulsion initiale en élaborant une pièce qui fait de la complicité et de l’entente un principe d’écriture autant qu’un horizon.

Réunissant des interprètes venus d’Afrique du Sud et du Brésil, la pièce ne repose pas sur une juxtaposition de styles mais sur une mise en relation de gestes situés. Le pantsula, ancré dans l’histoire des townships sud-africains, dialogue avec des pratiques urbaines brésiliennes, sans que l’un ne prenne le pas sur l’autre. Le hip-hop cher à Paulo Azevedo affleure, bien sûr, mais sans saturer l’espace ni réduire la diversité des langages.

Récits en partage

Ce qui se joue alors tient moins d’une démonstration que d’une circulation. L’ensemble privilégie l’élan, le rythme, mais aussi une précision du geste qui inscrit la pièce dans une écriture rigoureuse, presque contenue. Quelques motifs et échanges esquissent des formes de narration : une main retournée à la Beyoncé, un micro mimé « à l’américaine », une station debout bras en l’air évoquant davantage un trajet en bus qu’une manifestation collective. Ces fragments n’organisent pas un récit linéaire mais ouvrent des pistes, des situations, des manières d’habiter l’espace ensemble. On pourrait souhaiter une appropriation plus marquée du plateau ou un travail de lumière accentuant les ruptures ; la pièce trouve cependant sa cohérence dans ce choix d’une géographie à ciel ouvert.

SUZANNE CANESSA

tamUjUntU aété dansé le 28 mars au Théâtre de l’Olivier (Istres), les 31 mars et 1er avril au Théâtre Durance (Château-Arnoux-Saint-Auban), le 4 avril au Théâtre de l’Esplanade (Draguignan) et les 7 et 8 avril au Pavillon Noir (Aix-en-Provence).

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