samedi 7 février 2026
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Temps de cirque : Un homme blanc peut-il parler d’excision ? 

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Circus Baobab, Yongoyeli © Thomas OBrien

Circus Baobab soulève l’enthousiasme du public par ses numéros d’acrobates époustouflants, la combinaison de chants traditionnels, de danse krump et d’agrès spécifiquement africains, comme les mâts en bois souples sur lesquels se fonde l’essentiel de Yongoyély. Comme les autres spectacles, il a été accueilli par une salle comble applaudissant debout des artistes formidables. 

Pourtant Yongoyély /L’exciseuse fait naître un malaise. La lutte contre la domination multifactorielle des femmes racisées porte une revendication claire : c’est aux femmes racisées d’en parler et non aux femmes blanches, et moins encore aux hommes blancs. Dans notre société si prompte à regarder les hommes noirs avec frayeur et les femmes noires avec condescendance, sont-ils les plus aptes à parler de l’excision ?

Déconstruire les représentations 

Comment, alors, parler de violences faites aux femmes racisées dans un spectacle ? Sans doute en leur laissant le faire. Lorsque Germaine Acogny transmet ses solos, que Dada Masilo transfigure Carmen, que Rebecca Chaillon joue Carte noire nommée désir ou Bintu Dembelé danse Les Sauvages de Rameau, le regard est naturellement juste. Sans trimballer les résidus de représentations imprégnées de siècles de domination, comme le fouet pour représenter l’excision… 

Au-delà de Yongoyély, quelques représentations nécessitent d’être déconstruites en cette journée des Droits de la femme, pour éviter que les racistes ne fassent retomber le poids des mutilations sexuelles sur la sauvagerie supposée des hommes noirs. 

Qui excise ? 

Le pays où les femmes demeurent le plus systématiquement excisées est l’Egypte (96% des femmes), et nombre de pays d’Afrique subsaharienne ont concrètement renoncé à ces mutilations depuis suffisamment longtemps pour qu’elle soit résiduelle, présente seulement chez les femmes âgées (5% des femmes sont excisées au Togo, en Ouganda ou au Congo, elle n’est pas pratiquée aux Comores, à Madagascar ou au Rwanda) alors qu’elle augmente notablement en Indonésie (50% de femmes mutilées). 

Les mutilations gynécologiques ne sont pas réservées aux musulmans ou aux animistes, puisqu’au Mali les chrétiens la pratiquent tout autant. L’excision et l’infibulation préexistaient à l’Islam, puisqu’on en trouve des traces dans l’Egypte antique et l’Empire Romain. Elles ont été généralisées durant la traite négrière, en particulier l’infibulation, c’est à dire la couture des grandes lèvres, pour donner plus de prix aux esclaves et réserver leur usage sexuel aux Maîtres. 

Elle est interdite en Guinée, et pratiquée autant à Conakry que dans les villages, dans des centres de santé, sans répression dans les faits. 90% des Guinéennes sont aujourd’hui excisées. Elles sont mutilées par des exciseuses entre 5 et 9 ans, et la pratique diminue peu. 

AGNES FRESCHEL

Yongoyély 
Du 6 au 28 novembre
Bagnols-sur-Cèze, Alès, Montpellier

Yongoyély a été créée à Marseille dans le cadre de la Biennale Internationale des Arts du Cirque  

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La raison cartographique

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« La géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre. » La formule d’Yves Lacoste, souvent citée, parfois détournée, semble plus que jamais d’actualité, à l’heure où le tracé des frontières semble se creuser. La carte découpe, délimite, hiérarchise : elle marque les lignes de pouvoir, dans nos corps comme dans nos lois.

À l’Assemblée, la droite, le RN et Horizons ont voté main dans la main la fin de l’accord migratoire franco-algérien de 1968. Une alliance se prétendant, comble de l’inacceptable, « républicaine », circonscrit les Algériens dans le rôle d’un interlocuteur docile et malléable. Pire encore : elle se défait de toute ambition réparatrice et de toute responsabilité quant à la spécificité des rapports entre l’Algérie et la France. Balayées, ainsi, les décennies de violence et d’impuissance de ces nombreux travailleurs précaires, et de leurs familles fragilisées. Dans ses répercussions administratives redoutées comme dans sa symbolique d’un révisionnisme despotique, le vote du 30 octobre constitue une faute historique et morale. 

La France efface et recompose la carte de relations pour s’y redonner un rôle respectable. Et dans ce geste, on mesure combien la géographie sert encore à faire la guerre des mémoires.

D’un récit à l’autre

De l’autre côté de l’Atlantique, Donald Trump menace les habitants de New York de sécheresse budgétaire si la ville ose élire un maire démocrate, qui plus est racisé. Une autre cartographie autoritaire se dessine : celle d’un pouvoir fédéral écrasant toute opposition, et dressant ses « bons citoyens » contre les « villes ennemies ». Non content d’avoir installé son parti à la tête du pays, de sa Cour suprême, de son Sénat et de sa Chambre des représentants, le président pourtant le plus impopulaire de l’histoire de son pays rêve de confisquer aux villes leur autonomie, et de remodeler leur identité.

L’histoire des idées et des arts se construit heureusement à l’opposé de ces lignes de force. Natacha Appanah, qui exhumait déjà avec La Mémoire délavée des silences migratoires les failles de la mémoire coloniale, voit son roman La Nuit au cœur récompensé du prix Femina. C’est dans un autre gouffre que ce roman plonge : celui des violences masculines, et d’un système rodé face auquel l’autrice et narratrice se dresse enfin. Écrire s’y impose comme un acte politique de l’intime : une redéfinition des contours de nos récits.

Marseille joue la carte mémoire

Au Musée d’Histoire de Marseille, le fonds Detaille propose également une autre leçon de géographie : 164 ans d’images où la ville s’invente sous l’œil des photographes. Trois générations qui ont su capter le peuple autant que les puissants, les ouvrières autant que les marins. L’histoire coloniale s’y glisse aussi, dans les expositions de naguère, les « chinoiseries » et les fantasmes d’ailleurs. Car la raison cartographique, c’est celle qui prétend ordonner le réel à coups de lignes droites.

Marseille, autre grande ville naviguant vers d’autres horizons que ceux auxquels son pays veut la circonscrire, et sa région, s’ouvrent également à d’autres histoires. Celles des festivals Panorama, se tournant cette année vers l’Espagne, des cinémas d’Afrique à Apt, et bien sûr Films Femmes Méditerranée. Où l’on filme depuis le Sud, depuis les marges, depuis la vie. Où les femmes reprennent la caméra, la parole et la mer. 

SUZANNE CANESSA


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Une seconde naissance

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Avec DJ Bambi, Auđur Ava Olafsdóttir fait vivre de l’intérieur le tourment d’une femme née dans un corps d’homme. Sans rage. Sans apitoiement. Bouleversant

Le récit commence par la décision de Logn, la soixantaine, de ne pas se jeter à la mer sous la forme actuelle de son corps, qui n’est pas celui d’une femme. Il lui faut d’abord corriger « le grand malentendu de [son] existence » : être née dans le corps d’un garçon. Celle qui a été appelée V., comme son père, est le jumeau de Trausti et a choisi le prénom Logn, mot qui évoque sa météo favorite – un moment où il n’y a pas de vent – avant de pouvoir prendre enfin le prénom de sa grand-mère lorsqu’elle aura subi la deuxième opération, celle du bas, qu’elle attend depuis plusieurs années.

Au fil des pages on apprend des épisodes de la première vie de Logn : il a été marié, sa femme était son modèle féminin ; ils ont eu un fils dont il s’est beaucoup occupé. Après leur divorce, sa femme lui a rendu toutes les photos de leur vie commune. L’auteure exprime avec subtilité les sentiments qui animent Logn quand elle revoit les photos de son enfance, repensant à son refus de s’habiller en garçon, évoquant le malaise qu’il n’arrivait pas à expliquer. Pour survivre, il avait décidé de ressembler à ses copains et de connaître toutes les règles du football ! « Je n’étais nulle part à ma place. Je n’étais personne. » Mais au fond de sa conscience il était persuadé d’être une fille.

Identification et empathie

Ce qui est admirable dans le récit d’Olafsdóttir, dans la simplicité des mots utilisés par Logn, c’est la sensation de celle ou celui qui lit de comprendre parfaitement les questions et le tourment du personnage, son cheminement douloureux, ses hésitations à se dévoiler et à faire son coming-out comme transgenre, à la fois avec fierté et courage. Elle attendra avec confiance le voyage en Thaïlande pour enfin devenir elle-même en regardant les étoiles.

CHRIS BOURGUE

DJ Bambi, de Auđur Ava Olafsdóttir
Traduit de l’islandais par Éric Boury (Grand Prix de la Traduction en 2016)

Zulma - 21,50 €

Apprendre en s’amusant

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Jusqu’au 25 juillet 2026, le Musée des enfants de la Ville de Marseille accueille
L’art de grandir, une exposition sur l’enfance réalisée à partir des collections municipales


Des tableaux à hauteur d’enfants, des crayons de couleur qui s’entremêlent sur les tables, des jeunes accroupis par terre à la recherche d’une pièce de puzzle… c’est toutes les étonnantes surprises que nous réserve le Préau des Accoules lorsqu’on franchit le pas de sa porte. Ici les enfants sont invités à devenir acteurs de leur visite en touchant et manipulant des objets. Le pari : inviter les enfants à apprendre en s’amusant grâce à de nombreux outils de médiation culturelle. Après C’est pas bête, le musée revient avec L’art de grandir, une exposition qui raconte, à travers l’histoire de l’art, la place qu’a tenue l’enfant au cours des siècles.

Les enfants dans l’histoire

Le parcours s’articule en quatre grands thèmes : l’enfant dans la mythologie et la religion, l’enfant à travers les rituels du monde, l’enfant dans la société occidentale et enfin l’enfant dans le monde contemporain. Lorsqu’on se faufile à travers les œuvres du musée, on y découvre une huile sur toile de Gustave Ricard, représentant le portrait d’une jeunesse codifiée, porteuse de titres et d’un certain rang social. On aperçoit également des tirages photographiques de portraits d’enfants réalisés par Julia Pirotte, montrant, à travers le réalisme, l’enfant du peuple.


Un parcours interactif


Sur de petites tables, sont disposées des cartes permettant d’explorer la mythologie et ses personnages. Des livres sont également mis à disposition, invitant à mieux comprendre les rites d’initiation chez les Amérindiens et en Afrique de l’Ouest, où l’enfant devient adulte à travers des « cérémonies symboliques ». Un parcours ludique et interactif à découvrir en famille (mais pas que), qui invite petits et grands à plonger dans un voyage à travers les représentations de l’enfance.

CARLA LORANG
L’art de grandir
Jusqu’au 25 juillet 2026
Préau des Accoules, Marseille

Militants sous surveillance

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Invitée par l’association Coudes à Coudes à la librairie Transit (Marseille), Émilie Petit présentait son livre-enquête

La librairie associative Transit accueillait le 30 octobre une journaliste de 20 Minutes et Blast, Émilie Petit, pour son premier livre, Militants écologistes sous haute surveillance, ouvrage tout fraîchement paru aux Éditions du nid de pie. Une rencontre à l’initiative de l’association Coudes à Coudes, dont le représentant Michel Potoudis s’étonnait, en introduction : « Je m’attendais à lire un livre sur l’écologie, j’en ai lu un sur les libertés et sur l’action ».

Ces dix dernières années, dans la foulée de la Cop 21 sous le mandat de François Hollande, et bien plus encore depuis qu’Emmanuel Macron est au pouvoir, les mouvements écologistes ont en effet connu une répression policière croissante, pour des faits de désobéissance civile qui n’étaient pas auparavant considérés comme répréhensibles par l’État. « Tout est parti d’une enquête que j’ai réalisée en 2021, explique Émilie Petit. Au fur et à mesure, j’ai accumulé des éléments jusqu’à réaliser que cela impliquerait beaucoup plus que des articles. »

Les grands moyens

En 2015, l’état d’urgence est voté suite aux attentats : il est utilisé pour restreindre les libertés de militants, assignés à résidence. « Une mesure préventive, comme le fait d’être fiché S : on est suspecté de constituer une menace pour la sécurité et l’ordre publics, mais pas coupable ».

Depuis, à Sainte-Soline lors des luttes contre les méga-bassines, Bure, pour s’opposer à l’enfouissement de déchets nucléaires, et partout où s’implantent des Zones à Défendre, les dispositifs sécuritaires n’ont fait que durcir. Gardes à vue prolongées, mises sous écoute, accusation d’association de malfaiteurs, parquet national anti-terroriste mobilisé… « Jusqu’à la signature d’un document très étrange, à l’occasion de la mise en place de la cellule Déméter : une convention de partenariat entre le ministère de l’Intérieur, la gendarmerie, la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs, syndicats promouvant l’agriculture intensive… »

La plupart des procès aboutissent à une relaxe, notamment parce que l’État ne remplissant pas ses obligations en matière de lutte contre le réchauffement climatique, une nécessité d’agir par des moyens non violents est peu ou prou admise. Mais jusqu’à quand ? « Le pouvoir sent que l’économie de marché arrive à sa fin, devant l’urgence écologique, et il cherche à reculer l’échéance en renforçant la répression », selon l’hypothèse d’un membre du public.

GAËLLE CLOAREC

La rencontre avec Émilie Petit s'est déroulée le 30 octobre à la librairie Transit, Marseille.

À Aubagne, les compagnies en création

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La Distillerie organise la 10e édition de Place aux Compagnies : neuf compagnies de la région en résidence de création d’une semaine chacune, avec à la fin une présentation publique des travaux à l’issue de chaque semaine. Un dispositif de soutien créé en 2016 par Christophe Chave, directeur de La Distillerie. Entretien

Zébuline. Quel bilan faites-vous 10 ans après de ce dispositif de soutien à la production des compagnies ?

Christophe Chave. Le côté positif, c’est qu’avec cette 10e édition, c’est à peu près une centaine de compagnies ou artistes qu’on a réussi à coproduire sur la région. Avec des écritures contemporaines adressées à tout public, des performances, de la danse, du théâtre de recherche. En faisant la part belle à des projets engagés dans l’actualité au sens large, quelque chose qui va toucher le spectateur à un endroit où il est concerné, pour le dire simplement.

Le côté négatif, c’est toujours la même chose, c’est les financements… On a eu des baisses, des hausses, des reconnaissances institutionnelles qui sont arrivées en cours, notamment avec la Drac et le Département. Les autres institutions accompagnent La Distillerie plutôt en fonctionnement, moins sur ce projet.

Quels sont les temps forts de cette 10e édition ?

Le premier c’était le 30 octobre avec la présentation de cette édition en présence des artistes, de la presse, des partenaires et du public, puis un concert d’Hélène Piris.

Les prochains, c’est la journée du 12 novembre, avec « Le goûter des créations » à La Distillerie. Les neuf compagnies sélectionnées vont pouvoir parler de leur projet devant les partenaires, il y a une soixantaine de réservations de professionnels pour ce temps fort. Ensuite au théâtre Comœdia, une rencontre ouverte à tous, avec des représentants des institutions, des partenaires, des artistes présents sur les précédentes éditions de Place aux compagnie pour échanger autour de ce qui se passe en terme de spectacle vivant sur notre région.

Enfin, pendant les six semaines qui s’ouvrent devant nous, c’est tous les vendredis une présentation de travail des compagnies qui sont en résidence. Sauf pour la compagnie accueillie au théâtre Comœdia, qui elle sortira son travail le jeudi soir, le 27 novembre.

Est-ce que vous pouvez nous dire quelques mots des projets qui vont être présentés ?

Il y a deux projets de danse, deux projets jeunes publics, un projet solo, une performance participative, un spectacle déambulatoire, et la lecture d’un texte qui sera édité le jour de la lecture.

On va parler d’écologie, de social, de rapport à l’autre, d’éveil. Par exemple, on a un projet jeune public s’appelle (H)Êtres au bord d’une rivière du collectif Manifeste rien. Pour l’enfant qui assiste à ce spectacle, très souvent entouré d’écrans dans son quotidien, il va sûrement en sortir changé, une sorte de retour aux sources.

Autre exemple, Forces du collectif À vrai dire. C’est un solo, une création théâtrale documentaire, et une immersion dans ce qu’on appelle le maintien de l’ordre. Un travail de longue haleine, à travers la recherche de témoignages de personnes qui travaillent dans la police, dans la justice. Ça touche beaucoup d’endroits.

Comment imaginez-vous les prochaines années de ce dispositif ?

Ce qu’on fait sur Place aux compagnies depuis 10 ans, c’est ce qu’on aimerait faire tout au long de la saison, pour toutes les compagnies de la Région Sud. C’est-à-dire faire en sorte que La Distillerie devienne réellement un lieu de résidence de création du spectacle vivant, avec la possibilité de soutenir financièrement, logistiquement et techniquement les projets des compagnies qu’il accueille sur ces plateaux.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR MARC VOIRY

Place aux compagnies

Jusqu’au 13 décembre

La Distillerie et divers lieux, Aubagne

Panorama et les lumières espagnoles

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Du 8 au 16 novembre, le festival de Scènes & Ciné propose une édition tournée vers l’Espagne, avec une vingtaine de films à découvrir

Après l’Amérique du Nord, et l’Europe du Nord, le festival Panorama s’installe cette année en Espagne. Le rendez-vous porté par la régie culturelle Scènes & Cinés, qui regroupe une dizaine de structures culturelles de l’Ouest des Bouches-du-Rhône, s’attache chaque année à faire voyager son public. Nous voici donc, du 8 au 16 novembre, de l’autre côté des Pyrénées, au plus près d’une nouvelle génération d’artistes qui revigorent le cinéma espagnol avec une vingtaine de films à découvrir, mais aussi des rencontres, et de la musique.

À l’affiche

Le festival s’ouvre le 8 novembre avec El 47 du jeune réalisateur engagé Marcel Barrena. Il signe ici un retour dans la Catalogne des années 1970, où se croisent dans un bus les riches, les pauvres, et les bouleversements d’une société en mutation. Le lendemain, c’est la réalisatrice basque Arantxa Echevarría qui est mise à l’honneur. On y verra La Infiltrada, où l’on suit l’histoire vraie d’une veuve d’un homme politique assassiné par l’E.T.A. s’infiltrer dans cette organisation. Ces deux films seront présentés par le journaliste Tristan Brossat, spécialiste du cinéma espagnol et latino-américain.

Parmi les nombreux autres films à l’affiche de cette édition, citons Ciudad sin sueño de Guillermo Galoe, Nos soleils de Carla Simón ; Septembre sans attendre de Jonas Trueba ou Solo pienso en ti de Hugo de la Riva.

Des temps forts

Au-delà de la sélection, Panorama ponctuera également son édition de rendez-vous autour des films présentés. Le 15 novembre à 19 heures (Comoedia, Miramas), Jean-Paul Campillo tiendra une conférence intitulée « Pour un apercu du cinéma social espagnol », où l’on entendra parler notamment de Fernando Leon de Aranoa, Iciar Bollain ou de Carla Simon…

Le lendemain, c’est à un concert que le festival invite : le duo Vice & Vertu et son flamenco-lyrique s’empareront du cinéma L’Odyssée à Fos-sur-Mer.

N.S.

Panorama

Du 8 au 16 novembre

Cinéma L’Odyssée, Fos-sur-Mer

Espace Robert Jossein, Grans

Cinéma Le Coluche, Istres

Cinéma Le Comoedia, Miramas

Espace Gérard Philipe, Port-Saint-Louis-du-Rhône

Boum : trois ans de fêtes libres

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Le bar culturel inclusif LGBTQIA+ de Marseille fête les 5 et 7 novembre ses trois ans. Retour sur la création du lieu avec Amal Froidevaux, sa co-directrice 

Zébuline. Quels sont les enjeux qui ont accompagné la création du Boum ? 

Amal Froidevaux. En 2022, le centre LGBTQIA+ n’existait pas encore, et il y avait très peu d’espace de fête inclusif. Avec Théo Challande-Névoret [co-directeur du Boum], on faisait souvent la fête à Berlin, où les espaces de fêtes libres et safe étaient déjà très répandus, et on se demandait pourquoi ce genre de lieux n’existaient pas à Marseille.

On a finalement ouvert le 5 novembre 2022, avec Kitty Catcher pour une soirée drag, et le lendemain, il y avait la première soirée de La Fièvre, les soirées lesbiennes qui fêtent aussi leurs trois ans dans deux semaines. Fêter nos trois ans c’est aussi symbolique. C’est un beau cap pour nous, parce que, évidemment, pour des projets comme ça, il faut tout donner pour que ça tienne.

Comment avez-vous pensé l’identité du Boum ? C’est à la fois comme lieu de fête, d’échange et de création… 

L’idée c’était de pouvoir fabriquer un espace ressource, récurrent. On savait que l’identité du bar, un espace festif avec un public LGBT+, pouvait créer des réticences. On voulait s’assurer que le voisinage soit content de nous accueillir, le Boum est entre le cours Julien et la Plaine, c’est très central et c’était un pari de s’installer là. On a testé plusieurs approches différentes pour la sécurité et l’accueil à l’entrée notamment.

Ce qui nous intéresse c’est de faire une passerelle, d’être dans un véritable échange et on voit que cette manière de travailler commence à infuser dans d’autres lieux à Marseille. On a fait le choix de construire un modèle économique indépendant, avec une activité de bar, ce qui nous permet de pérenniser notre présence même dans un contexte politique qui met en danger les établissements inclusifs et festifs.

On voulait aussi fabriquer un lieu d’accueil d’artistes de la scène marseillaise, émergent·es et issu·es de communautés queer et marginalisées. Au début, on a fait beaucoup de techno, un peu par effet de mode [rire], mais on a une programmation beaucoup plus éclectique aujourd’hui. On se concentre beaucoup plus sur des format de drag queer, et scènes ouvertes. C’est un petit espace, qui fonctionne sans billetterie, donc ça se prête à des artistes émergents, et un public curieux de les découvrir. Ça sert aussi de tremplin au jeunes artistes, celleux qui sont passé·es au Boom, on les ensuite programmé·es au Chapiteau, à la Friche… 

Comment avez-vous imaginé la célébration des trois ans du Boum ?

Le 5 et le 7 novembre, on organise deux soirées anniversaires. Le mercredi 5, sur un format de scène ouverte, accompagné par des artistes drag, Madame Douillette de la Maison de Soins Transgressifs avec Cassetena, Dia Muse, Rose Vierge et SeintT. C’est un moment où des talents émergents peuvent venir performer dans un espace sécurisant, entouré·es d’autres artistes, ça représente bien le Boum, cette volonté de se soutenir et de s’entraider. Puis le vendredi, une soirée DJ set, drag show, et voguing avec Alary Ravin, Anar Von Amour, Kenz June, Moesha 13, NB Marraquete, Puppy Fleuri, et Zephyra de la Mst.

Quelles sont vos ambitions pour la suite ?

Pour l’instant, on aimerait bien consolider et pérenniser le modèle économique. Pouvoir rémunérer le travail effectué et améliorer les conditions de travail. Cette année on est passé très près d’une fermeture administrative avec trois contrôles de police consécutifs en janvier, on est rassuré aujourd’hui de pouvoir faire face à ce type d’événements. On a aussi à cœur de transmettre les connaissances qu’on a acquises ces trois dernières années, à d’autres établissements et collectifs.

NEMO TURBANT

Le Boum fête ses trois ans

5 et 7 novembre

Marseille

Un marathon au Théâtre de l’Ouvre-Boîte

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En novembre, le théâtre aixois propose le spectacle La Compagnie des spectres pour neuf représentations

Quel impact écologique ont les représentations au théâtre ? Si le sujet est rarement mis sur la table, il n’en reste pas moins important. Une salle de spectacle en ville émet environ 1200 tonnes de CO2 chaque année, soit 1200 allers-retours Paris-New York. L’heure est donc au questionnement au Théâtre de l’Ouvre-Boîte : est-il soutenable de faire venir des artistes pour une seule représentation ? Comment s’inscrire dans une démarche plus écologique et citoyenne ? Comment diffuser et communiquer autrement ? Pour le mois de novembre, le Théâtre fait le choix audacieux de proposer neuf représentations, du 6 au 22 novembre, de la pièce La Compagnie des spectres, par sa compagnie maison, le Théâtre du Maquis.

Adapté du roman de Lydie Salvayre, lauréate du prix Goncourt en 2014, et mis en scène par Pierre Béziers, La Compagnie des spectres raconte l’histoire de Rose, une vieille dame recluse avec sa fille Louisiane depuis l’assassinat de son frère par la milice de Vichy. Lorsqu’un huissier vient faire l’inventaire de ses biens pour loyers impayés, Rose est persuadée qu’il a été envoyé par Darnand, chef de la milice et le maréchal « Putain »… Passé et présent se confondent alors, et des thématiques comme le fascisme ou le culte de la personnalité y sont abordées de manière comique et décalée.

CARLA LORANG

La Compagnie des SpectresDu 6 au 22 novembre
Théâtre de l’Ouvre-Boîte,Aix en Provence

Et aussi
Rencontre avec Lydie Salvayre et Gérard Meudal
8 novembre à 11 heures

Retrouvez nos articles Scènes ici

« Être seule, c’est aussi se libérer »

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Avec Enfin seule ! (Allary Éditions), présenté à la librairie Maupetit, Lauren Bastide explore un tabou tenace : la solitude féminine

La salle est comble. Des femmes de tous âges sont venues écouter Lauren Bastide. Trois hommes seulement dans le public. Rien d’étonnant pour cette voix du féminisme français, qui, depuis des années, œuvre à rendre visibles les questions de genre.

Journaliste, Bastide a fondé Nouvelles Écoutes, studio pionnier du podcast engagé. Elle y a créé La Poudre, série d’entretiens avec des artistes, militantes et intellectuelles, devenue un phénomène culturel.


Côté écriture, elle s’est fait remarquer avec Présentes – Ville, médias, politique… quelle place pour les femmes ? (Allary, 2020), manifeste dénonçant leur invisibilisation dans l’espace public. Avec Enfin seule !, Bastide s’attaque à un nouveau tabou : la solitude féminine. « Les femmes ont mis des siècles à obtenir le droit d’être seules, et pourtant, elles la vivent encore comme un échec », déplore-t-elle.

La solitude, un choix politique

La méthode Bastide : mêler analyse historique et récit intime. Elle écrit à la première personne, glisse dans le texte des pages de son journal intime mais convoque aussi la philosophe Gabrielle Suchon, autrice de Du célibat volontaire, ou la vie sans engagement (1700), qui revendiquait l’autonomie des femmes à une époque où elles n’existaient que « comme épouse ou bonne sœur ». « La seule troisième voie, c’était de devenir veuve : le jackpot » ironise Bastide. Elle rappelle que la Révolution française n’a concerné ni les femmes ni les personnes racisées, et que le XIXᵉ siècle a inventé la mère au foyer, modèle que les néoconservateurs glorifient encore.

Changer le regard

Bastide appelle à transformer la vision de la femme « seule », comprendre hors couple. Changer le regard, aussi des femmes elles-mêmes : « Le patriarcat n’a pas besoin de gardien de prison. Les femmes se soumettent d’emblée au modèle qu’on leur a imposé. » Elle invite à s’instruire, à déconstruire les injonctions à plaire, à en finir avec l’auto-sabotage : « Je suis trop vieille, trop grosse, trop moche, trop conne… »

L’autrice s’interroge aussi sur le modèle de la famille nucléaire, datant du XIXe siècle. Pourquoi a-t-elle remplacé la « maisonnée » élargie, en devenant ce foyer fermé à double tour ? « Pour mieux y dissimuler les violences ?»

Dans Enfin seule ! la solitude devient promesse : celle d’une reconnexion. « Seule, on ouvre sa maison. On la politise. Cultiver la solitude, c’est paradoxalement rompre avec l’isolement. » Elle exhorte les femmes à écrire, à reprendre la parole. Un témoignage vient bouleverser la salle : « Après quarante ans de mariage malheureux, j’ai réussi à quitter mon mari et je me sens tellement mieux », confie une dame âgée, ovationnée par le public.

Ce que l’autrice oublie

Si engagé et accessible, Enfin seule ! est un essai salutaire. On regrette cependant qu’il passe sous silence la réalité économique de nombreuses femmes. Or la liberté a un coût. Et c’est souvent là que se joue la possibilité – ou non – d’une solitude réellement choisie.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

La rencontre s’est déroulée le 29 octobre à la librairie Maupetit, Marseille.

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