jeudi 3 avril 2025
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Jour de fête 

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© X-DR

À l’occasion de la 4e édition des Rencontres de l’éducation populaire, Friche La Belle de Mai accueille Jour de fête, un spectacle chorégraphique en plein air mis en scène par la Cie F/Arthur Perole, avec pour décor principal un carrousel conçu par les Ateliers Sud Side. Sur ce manège, les chevaux de bois sont remplacés par des créatures comme un requin-chaussure ou un pingouin judoka. De drôles d’animaux que les enfants seront invités à fréquenter de plus près à l’issu de la représentation, en montant à bord du carrousel en compagnie des danseur·euse·s. Originellement créé à l’occasion de l’arrivée de la flamme olympique dans la cité phocéenne, cette fête spectaculaire et machinique est une célébration de la ville de Marseille, avec un versant écologique dans son propos.

CHLOÉ MACAIRE

7 décembre 
Friche La Belle de Mai, Marseille 

Ma couleur préférée 

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Ma couleur preferée © Arnaud Bertereau

Qu’est ce que notre couleur préférée dit de nous ? Et plus largement, que provoque en nous la perception des couleurs ? Voilà les questions que pose l’auteur Ronan Chéneau dans sa pièce jeune public Ma couleur préférée [Lire notre article ici], mise en scène par David Bobée. Partant d’une situation tout à fait banale – trois amis doivent choisir une couleur pour repeindre leur maison – ce texte développe un discours qui fait directement appel aux sensations des enfants. Et à la façon dont iels appréhendent le monde pour aborder une diversité de sujets ayant attrait aussi bien aux arts, aux émotions ou à des questions de société comme l’écologie ou le racisme. Une pièce qui invite les plus jeunes à l’esprit critique.

CHLOÉ MACAIRE

Du 5 au 7 décembre 
La Criée, théâtre national de Marseille

« Specky Clark », la fresque fantastique d’Oona Doherty

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Specky Clark © Luca Truffarelli

Les références, dans Specky Clark, abondent. Et prennent toutes leur sens une fois conjuguées les unes avec les autres. Il y a, bien entendu, l’histoire de cet ancêtre, Edward, auquel Oona Doherty entend rendre hommage. Le folklore irlandais unissant le passé au présent, les vivants aux morts, l’animal à l’humain ; la fable, aux accents orwelliens, empruntant à la ferme un imaginaire et une symbolique ; le cinéma tragi-comique de Neil Jordan, marqué par Patrick McCabe, et sa description, dans The Butcher Boy, de l’Irlande des années troubles ; et bien sûr le prolétariat britannique et sa fureur dansée, immortalisée par les pas enragés de Billy Elliot. Cela fait beaucoup à embrasser pour Oona Doherty (Lire notre entretien ici)qui, avec ce ballet de grande ampleur narrative et formelle, entend s’imposer comme chorégraphe après avoir marqué la scène en tant que danseuse. 

Redistribution des cartes

Mais la jeune nord-irlandaise étreint sans peine et avec passion son sujet et ses moyens, nombreux et souvent surprenants, de l’explorer. On retrouve ici intacts son goût de l’image, du ralenti, et cette danse marquée par la violence, la virilité et la colère du prolétariat, d’une grande physicalité et d’une expressivité plus grande encore. Cette danse si reconnaissable dont l’impressionnante Faith Prendergast s’empare en endossant brillamment le rôle d’Edward Doherty : un jeune adolescent rebaptisé Specky (« binoclard » en anglais) en raison de ses épaisses lunettes, forcé, à la mort de sa mère, de devenir garçon boucher. Ces ensembles où apparaît dans un élan collectif la possibilité d’enfin faire corps, dans une redistribution des cartes, des rôles et même des genres. Mais aussi cette place plus grande que jamais accordée au texte signé par Doherty elle-même, faisant ici entendre une langue acérée, pleine de grandiloquence, d’humour mais aussi de tendresse pour ses personnages. Le théâtre occupe ici une place importante, servi par des interprètes rompus à différents modes de jeu, dont l’étonnant Gerard Headley dans un beau rôle de revenant. 

SUZANNE CANESSA

Specky Clark a été joué les 22 et 23 novembre au Pavillon Noir d’Aix-en-Provence

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Fascisme et rigolade au Domaine d’O

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Edelweiss © Jean-Louis Fernandez

Il faut du culot pour aborder frontalement le sujet de la Collaboration française au théâtre, encore plus pour en faire une comédie qui prend ses membres éminents comme protagonistes. Et il faut du génie pour créer un spectacle qui mobilise théâtre, vidéo, musique live, humour guignolesque et éléments documentaires, dans lequel les acteur·ice·s endossent chacun·e plusieurs personnages, et ne jamais perdre son public. 

Ce culot et ce génie, ce sont ceux de Sylvain Creuzevault. Avec Edelweiss [France Fascisme] le metteur en scène propose une fresque satirique, féroce et efficace, qui dissèque les mécanismes idéologiques des milieux collaborationnistes, avec un humour tranchant, tout en mobilisant des références pointues relatives aux milieux collaborationnistes, sans se priver d’anachronismes évidents.

La pièce s’ouvre sur le procès pour « intelligence avec l’ennemi » de Robert Brasillach (Charlotte Issaly), rédacteur en chef du journal collaborationniste Je suis partout. Celui-ci, loin de s’excuser, encaisse sa condamnation à mort en entonnant une Strasbourgeoise véhémente. Le ton est donné. 

Délires et nuances 

La suite de la pièce consiste en un long flashback, parsemé de vidéos stroboscopiques et de scènes délirantes, qui débute le 22 novembre 1941, un an après l’armistice. Deux heures durant, on suit le parcours des journalistes de Je suis partout et d’hommes politiques tels que Marcel Déat, Jacques Doriot et Pierre Laval, tous trois plus ou moins notoirement venus de la gauche. On croise avec eux des travailleurs, des ambassadeurs, quelques opposants politiques ou encore Jeanne Rebatet, mère de l’auteur Lucien Rebatet. La relation de cette dernière, maurassienne germanophobe, avec son fils pro-nazi, illustre subtilement les divergences profondes de l’extrême droite de l’époque. 

La mise en scène, pourtant tape-à-l’œil et imprévisible, n’aliène presque jamais le sens de la pièce, ni son objectif de mise en garde contre les dérives fascistes. De manière générale, la pièce nuance l’homogénéité idéologique de l’époque de façon à illustrer la citation de Bertold Brecht « Le fascisme n’est pas le contraire de la démocratie, mais son évolution en temps de crise », cité par Creuzevault lui-même comme référence. 

CHLOÉ MACAIRE 

Edelweiss [France Fascisme] a été joué du 13 au 15 novembre au Domaine d’O, Montpellier

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Agnès Régolo et ses drôles d’humains hybrides

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L'OISEAU VERT © FRED SAUREL

Agnès Régolo, metteuse en scène qui aime monter des textes, a choisi la pièce de Carlo Gozzi parce qu’elle conserve, 260 ans après son écriture, une modernité étonnante. Ses parties improvisées  permettent aux metteurs en scène d’y introduire des éléments d’actualité, mais surtout ses personnages, féériques, hybrides, inconstants, traversés d’orgueil, d’ingratitude et de désirs infantiles, composent une humanité intemporelle et vivent des conflits familiaux qui restent, par leur absence de manichéisme, proches des nôtres. 

Renzo et Barbarina, jumeaux sauvés des eaux par un charcutier peu honnête et sa femme très généreuse, sont des enfants méchants, de drôles de prince et princesse pas finis, raisonnant avec une sécheresse du cœur philosophique (version ascétique) tant qu’ils sont pauvres, puis comme d’insupportables parvenus orgueilleux quand la richesse les atteint. Pourtant ils sont bien les héros d’une comédie d’apprentissage où le roi (Kristof Loriot, roi enfant qui semble tiré d’un livre d’images) pleure sa ninette enfouie sous l’évier, où la reine-mère et sa belle-fille (celle qui est enfouie sous l’évier) se ressemblent comme dans rêve trop freudien. La même comédienne (Johanna Bonnet, merveilleusement cruelle), endosse le rôle de ces deux maîtresses-femmes, gourmandes et sensuelles, et celui de la statue dont Renzo, le petit-fils, tombera amoureux. 

Monstres et inconscient infantile

Attachement infantile freudien, menace d’inceste, infanticides et meurtre, cupidité, orgueil et ivrognerie, l’humanité de L’Oiseau vert semble bien fragile, et les monstres hybrides, statue zombie qui protège, oiseau parleur qui aime, femme minérale, sont bien plus « humains ». Ils parviennent à sauver les jumeaux des menaces familiales : Renzo (Raphaël Bocobza, têtu et raisonneur à souhait) affronte le danger par amour pour sa statue et pour sa sœur, et celle-ci (lumineuse Tamara Lipszysc) quitte à son tour son arrogance satisfaite pour sauver son frère et se laisser aller à l’amour… 

Georges Appaix a réglé quelques petits moments de danse douce qui mettent beaucoup d’humanité dans les rencontres, et la musique de Guillaume Saurel accompagne les fracas et joies de l’intrigue, à travers la scénographie simple d’Erick Priano qui rappelle le vortex d’un voyage dans le temps. Le public, petits et adultes, rit de la férocité, des trouvailles, des excès, sans croire à cette histoire incroyable, un peu comme on goûte au plaisir d’un cartoon. Où les femmes, sans être plus positives que les hommes, sont sacrément plus solides !

AGNÈS FRESCHEL

L’Oiseau vert a été créé au Jeu de Paume, Aix en Provence, du 22 au 26 novembre.
À venir
4 et 5 mars
Théâtre Durance, scène nationale de Château-Arnoux-Saint-Auban

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« Shambhala, le Royaume des cieux », une odyssée himalayenne

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copyright Epicentre Films

« – Laisse-moi t’accompagner », demande la jeune Pema à son mari Tashi, sur le point de partir pour un échange commercial à Lhassa. « – Ce ne sera que quelques mois », lui répond-il !

On est au cœur de l’Himalaya tibétain sur des plateaux arides, pierreux, photographiés dans leur superbe monochromie, et, d’emblée, on sait que le temps se perçoit autrement ici. Les déplacements se font au rythme de la marche des yaks ou du trot des chevaux. Les mots se pèsent, l’essentiel se grave sur les pierres. Les rituels sont immuables. Les fanions colorés en guirlandes faseyent sur le gris brun des montagnes ou sur la blancheur des neiges. Chant et cordes accompagnent un quotidien agreste et frugal, les gestes s’accomplissent lentement, sans pression. On est en terre bouddhiste : les vies suivent leur cycle de réincarnation. On lit à livre ouvert dans le ciel étoilé. Les rêves en sépia sont au présent, au passé ou au futur.

Le film s’ouvre par le mariage de Pema avec trois frères orphelins – la polyandrie étant de mise en ce pays. Tashi, agriculteur et marchand est celui qui partage sa couche, Karma le moine vit dans son monastère auprès de son maître Rinpoche, Dawa est encore un enfant dont Pema est à la fois l’épouse et la maman de substitution. Pema et Tashi sont très amoureux. Après le départ de Tashi pour le troc annuel, Pema s’aperçoit qu’elle est enceinte. Elle doit gérer les 400 coups de Dawa qui ne travaille pas à l’école et rencontre son professeur Ram Sir. Une rumeur naît selon laquelle Pema l’aurait pris comme amant et porterait son enfant. Cette rumeur parvient aux oreilles de Tashi qui, incapable d’affronter les regards de sa communauté, disparaît dans la montagne. Contre l’avis de tous, Pema décide de partir à sa recherche pour lui dire la vérité, flanquée de Karma à qui son maître a ordonné de veiller sur elle et sur l’enfant qu’elle porte. Plus endurante, plus sage, plus responsable, plus déterminée, plus courageuse que ses maris, la lumineuse Pema affronte le froid, la fatigue, les mésaventures du voyage,  jusqu’au bout de ses forces, se révélant aux autres et à elle-même. Pas de questions personnelles, disent Karma et Pema quand ils ne veulent pas répondre. Retenue des sentiments. Pudeur des chagrins profonds.

Les génériques de début et de fin affichent les illustrations stylisées d’un royaume qui selon un mythe hindou-bouddhiste, ne peut être atteint que par quelques élus : le Shambhala, désignant en sanscrit, le lieu du bonheur paisible. Pour ce deuxième long métrage, tout à la fois ethnologique, poétique, romanesque, réaliste et onirique, Min Bahadur Bham a choisi des acteurs non professionnels. Son film nous immerge dans une nature somptueuse où l’homme n’a qu’une place relative, raconte une histoire d’amour absolu et cisèle le portrait d’une femme exceptionnelle à laquelle le royaume des cieux ne peut que s’ouvrir.

ÉLISE PADOVANI

Shambhala, le Royaume des cieux, de Min Bahadur Bham
En salles le 4 décembre

Premier film népalais présenté à la Berlinale (en 2024).

« Le souffle de la Méditerranée », et la danse du vent

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La lecture du premier livre traduit en français de Fabio Fiori nous le fait imaginer en maître de cérémonie installé dans un cabinet de curiosités, où s’entasseraient depuis des années des objets étranges, utilisés pour la célébration d’un rite au service des vents. Objets, parfois très humbles, comme les girouettes qui permettent de matérialiser leur présence et leur direction.Vraies œuvres d’art, banderoles, montgolfières et roses des vents servent à « montrer » le vent, ce sont des anémoscopes (de anemos, en grec). Si Ovide parlait d’une rose des vents à quatre pétales marquant les points cardinaux, on est passé très vite à huit, puis à trente-deux à la fin du Moyen Âge. Car s’il y a les vents dominants, il y a aussi les demi-vents, qui les accompagnent. Fabio Fiori connaît aussi les cartes minutieusement dessinées qui ont aidé les hommes à naviguer, désormais conservées dans les musées.

Les vents, les peuples, leur histoire

En même temps qu’il nous initie aux finesses de la navigation, l’auteur évoque les paysages méditerranéens, leurs parfums, les dieux et déesses et leurs amours. Mais aussi le voyage d’Ulysse car L’Odyssée n’est-elle pas la « mère de tous les livres » ? Il relate ses rencontres avec des marins et des pêcheurs dans tous les ports, toutes les îles. Il nous parle de Venise et de ses difficultés pour se protéger des tempêtes et éviter l’acqua alta ; il évoque les difficultés des migrants à toutes les époques. Le dernier chapitre concerne le Mistral, le vent que l’on connaît le mieux dans la région, celui avec lequel nous sommes nés, qui nous pousse et faisait tourner les ailes des moulins de Provence !

CHRIS BOURGUE

Le souffle de la Méditerranée / Voyages et légendes de Fabio Fiori 
Traduit de l’italien par Sofia Gérard
Le bruit du monde - 21 €

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Les rêveries d’un escort solitaire 

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(C) Ufo distribution

« Le géant n’avait peur de rien. Avec sa force, il détruisait tout sur son passage. Quand il rugissait toute la ville tremblait… Personne ne pouvait l’arrêter. Il allait conquérir le monde. »Une voix off de fillette sur un plan fixe de coucher de soleil. C’est ainsi que commence Cent mille milliards, le dernier film de Virgil Vernier qui avait déjà réalisé Mercuriales (2014) et Sophia Antipolis (2018). Et c’est à partir d’un lieu, à nouveau, que Virgil Vernier déploie son histoire. Ici, c’est Monaco au moment de Noël qui nous offre ses rues luxueuses, brillant de mille couleurs, qu’on parcourt en de longs travellings, superbement filmés par la directrice de la photo, Jordane Chouzenoux. Ses appartements ou ses hôtels où logent les ultras privilégiés de la société. Un univers clinquant qui connaît sa face sombre, où des moins bien lotis louent leur jeune corps, aspirant à passer de l’autre côté du miroir.

« Quelque chose de très grave »

Parmi eux, Afine (Zakaria Bouti), un escort de 17 ans qui se retrouve seul quand ses colocataires partent à Dubaï. Et c’est lui que l’on va suivre, accompagnant une quinquagénaire que ses enfants délaissent, dans les boutiques de luxe, portant ses achats, partageant son Noël. Deux solitudes. Il va ensuite se rendre dans une villa, où il tient compagnie à une jeune baby-sitter serbe, Vesna (Mina Gajovic), qui s’occupe d’une pauvre petite fille riche, délaissée par des parents trop occupés à construire une île pour les super privilégies. Une préadolescente de 11 ans, Julia (Victoire Kong) qui vit dans un pensionnat très huppé auquel elle a déjà mis le feu. Trois solitudes qui peu à peu se rapprochent. Vesna a pour but d’ouvrir un salon d’énergéticienne à Nice et pose sur le corps des pierres « qui nettoient toutes les taches noires du cerveau. » Julia confie un secret à Amine : « L’an prochain, il va se passer quelque chose de très grave. Il n’y aura presque pas de survivants… » Une nuit passée à parler, à rêver jusqu’à l’épuisement. Pour Afine, rien ne sera plus pareil.

Ce film, envoûtant, nous emmène dans le monde du conte, grâce à la magie des éclairages, à la voix de la jeune adolescente. Un film poétique qui nous fait réfléchir sur ce monde où chacun est renvoyé à sa solitude, où tout risque de s’écrouler. Les images du chantier de l’extension de Monaco filmé la nuit quasiment apocalyptiques rappellent le réel, comme un écho à la solitude d’Afine. 

ANNIE GAVA

Cent mille milliards, de Virgil Vernier
En salles le 4 décembre

Don Juan est un sale type 

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Dom Juan par Macha Makeïeff © Juliette Parisot

Depuis le déboulonnage en règle de David Bobée, Don Juan a perdu les derniers restes de son aura de héros. L’homme libertin, c’est à dire athée au XVIIe siècle, l’homme courageux, c’est à dire qui défend son honneur de noble par l’épée, est apparu comme lâche, dominant, sexiste évidemment, méprisant, méprisable en tous points. 

Macha Makeiëff s’inscrit dans cette démarche de démystification du « grand seigneur/méchant homme ». Comme Bobée, elle fait remplacer « tabac » par « théâtre » dans le monologue d’ouverture de Sganarelle (formidable Vincent Winterhalter) qui bégaye et plastronne, campant le personnage du valet, à la fois complice et réprobateur, dès les premières minutes. Mais la métaphore du théâtre se poursuit, et les personnages ne sont jamais dans le réel : ils surgissent du décor à double fond où ils semblent tous épier, pour le détruire, la bête malfaisante que tous réprouvent. Sganarelle naviguant d’un espace à l’autre, intercesseur entre la scène et le public, comme le faisait sans doute Molière, qui jouait le valet.

Enfermé au boudoir

Théâtre dans le théâtre, Dom Juan devient un huis clos : le libertinage du prédateur n’apparaît plus comme la libre-pensée du XVIIe siècle, mais comme une « liberté » sexuelle que Macha Makeiëff transpose, pour mieux la dénoncer, dans une ambiance fin de siècle (le XVIIIe), une alcôve, un boudoir, des portes dérobées. 

Là, Don juan, enrubanné mais aussi négligé, apparaît sous les traits d’un stupéfiant Xavier Gallais, qui parvient à n’être, à aucun moment, grandiose ou désirable, jouant avec une abnégation dont peu d’acteurs sont capables un personnage détestable, faible, sans panache, et clairement sadique, violentant les femmes et son valet. 

Ainsi Makeïeff démine un à un tous les préjugés qui parcourent le texte : Piarrot le paysan manie une langue claire et belle, les proverbes enfilés de Sganarelle prennent sens, et le mépris linguistique de Don Juan apparaît comme une malsaine domination de classe. Et de genre : Charlotte et Mathurine, les paysannes, deviennent des comédiennes jamais dupes de leur séducteur, qui ne les séduit pas, et Elvire dit « non ». 

Quant au patriarcat, il signe là son arrêt de mort : le commandeur est une femme trompée et non l’incarnation virile du courroux céleste. Et Don Luis, le père de Don Juan qui représente dans le texte l’honneur de la noblesse, apparaît comme un pervers ridicule et crédule, incarnation d’un patriarcat sans bienveillance qui génère des monstres.

Don Juan est mort « et voilà par sa mort un chacun satisfait », conclut le valet.

AGNÈS FRESCHEL

Dom Juan 
6 décembre
Théâtre de l'Esplanade, Draguignan

Bouches-du-Rhône : Les Chants de Noël sont en tournée 

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TGGG-American Gospel Evolution © X-DR

Gospel, Italie du Sud, corse, provençal… Tous les chants de Noël sont à la fête cette année. Ce sont 69 concerts qui vont venir ponctuer le mois de décembre dans les Bouches-du-Rhône tel un calendrier musical. Top départ de cette à la basilique Notre-Dame de la Garde le 4 décembre avec l’ensemble Soléa dans un programme de chants sacrés d’Espagne, d’Angleterre, d’Allemagne et d’Estonie. Le TGGG-American Gospel Evolution avec neuf dates (Aix, Marseille, Roquevaire, Ceyreste, Velaux, Rognes…) fera chalouper l’hiver et le groupe StaccaNapoli emmènera un peu de soleil pour un concert de chansons et de danses populaires d’ Italie du sud (Grand Théâtre de Provence le 15 décembre suivi de 10 autres dates : Marseille, Gémenos, Martigues, Auriol, Istres…). Il campagnoli, l’un des plus anciens groupes de polyphonie corse fera résonner La Criée le 16 décembre et se rendra ensuite dans de nombreux quartiers marseillais (Saint-Barnabé, Sainte-Marthe, Saint-Loup…). 

Urbi et orbi

Un Noël baroque, c’est ce que propose de son côté l’Ensemble Basilic. Tissant une trame narrative sur un programme musical autour de cette fête, de courts contes poétiques alternent avec des parties chantées, tirées des répertoires classiques, et de chants traditionnels de différents pays (La Chaudronnerie, La Ciotat le 17 décembre puis 10 dates à Marseille, Aix, Bouc bel air…). La soirée Noël traditionnel permettra d’écouter – et de chanter – en famille un florilège de chansons qui continuent de bercer nos souvenirs (Cepac-Silo le 10 décembre, puis Arles, Barbentane, Aubagne). 

S’ils sont les bienvenus à tous les concerts, les enfants pourront assister à deux spectacles qui leur sont spécialement dédiés. Le chevalier déconcertant, un récit en musique plein de fantaisie (21 décembre : archives et bibliothèque départementale, 22 décembre à Arles) et le Carnaval des animaux qui fera swinguer un orgue de barbarie avec deux accordéons (22 décembre, Théâtre de l’Archange Marseille).

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Tournée des Chants de Noël
Du 4 au 22 décembre
Divers lieux, Bouches-du-Rhône 

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