mercredi 21 janvier 2026
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Christian Brazier entrouve son Autre Ciel 

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La pochette

« J’ai voulu ce disque nostalgique, suite au décès de mon ami Alain Paparone, juste avant la crise du Covid. J’avais utilisé ses toiles pour mes précédents albums. J’ai donc pris Autre Ciel en photo pour réaliser la pochette du disque. J’aime beaucoup la peinture en général : je me sens bien dans les musées et je trouve qu’on devrait y jouer plus souvent. On parle de couleurs, d’ambiances et de formes en peinture, et il en va de même en musique. »

Un enregistrement collectif

« Le premier morceau, Sur le papier, est parti d’une ligne de basse : je n’ai pas d’abord pensé harmonie. J’ai dit au saxophoniste (Gérard Murphy) de jouer librement car il est primordial pour moi que chacun garde sa liberté. Il a quelque chose de ces grands musiciens qui restent eux-mêmes en apportant quelque chose. Quant à Perrine Mansuy, au piano, elle a fini par proposer des accords coltraniens : c’est le troisième disque qu’on fait ensemble et l’aventure ne lui fait pas peur, jusque dans les formes libres. Bien souvent je compose à l’ordinateur, plus qu’au piano, que je ne connais pas vraiment même si je sais plaquer quelques accords : cela me permet de proposer des choses un peu complexes, des mélodies qui ne sont pas vraiment jouables ! Avec Gildas Etevenard, le batteur, on a beaucoup travaillé ensemble quand on tournait avec le saxophoniste Akosh Szelevény. Ce que j’aime bien chez les batteurs, c’est leur diversité, l’ouverture vers d’autres musiques que le jazz. Quand on est bassiste, il y a une très forte dimension humaine avec un batteur. Il faut éviter de parler. La batterie, c’est un instrument avec lequel il me semble difficile de dialoguer. »

Poétique, politique, organique

« Le choix des titres des morceaux relève souvent pour moi du jeu de mots : ils ne doivent pas être fermés mais poétiques, de façon à ce que chacun·e puisse se projeter dans la musique. Mesures populaires, par exemple, c’est une référence aussi bien à la musique mais aussi un peu à la politique. J’avais 16 ans en 1968. Je faisais alors des études à l’école de la marine marchande. Jeune hippie, je jouais un peu de guitare. J’ai entendu Barre Phillips et je suis entré en jazz par le free jazz avec son côté politique. Je me suis mis à la contrebasse, tout en m’inscrivant au conservatoire de Marseille, dans la classe de Guy Longnon, dans laquelle on devait composer. J’ai un esprit un peu mathématique : l’harmonie, quelque part, c’est de la physique, comme la vibration de la corde de contrebasse au-delà de l’aspect poétique que je recherche d’ailleurs principalement. Je travaille beaucoup à l’oreille et je recherche d’abord l’intériorité : j’ai un rapport très organique à la musique. »

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR LAURENT DUSSUTOUR 

Autre Ciel, de Christian Brazier
Avec Perrine Mansuy, Gérard Murphy et Gildas Etevenard
Label : L’Improviste

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Trump, Jamel et les communistes

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Comme chaque semaine, je planche sur mon édito, en retard. Quelque chose autour de Sarkozy, Fillon, la droite et les honnêtes hommes. Et femmes, qui ne sont pas en reste. La malhonnêteté n’est pas l’apanage de la droite, mais elle décroche souvent le pompon, et l’assortit d’intransigeance et de raideur quand il est question des exactions ou des petits arrangements des autres. Pourquoi tant de mauvaise foi ?

Suzanne Canessa tente une explication :

J’ai lu une étude qui m’a foutu le cafard. C’est officiel : les gens de gauche sont plus malheureux que les gens de droite.

Philippe Perotti : Pas étonnant. Hier soir, la conférence de presse de Trump avec Netanyahou…

Chloé Macaire. : rien que le concept, une conférence de presse avec un criminel de guerre, pourquoi pas avec Kadhafi…

Philippe : mais là Trump il est vraiment sénile !

Nicolas Santucci : Même en photo on sent qu’il a mauvaise haleine.

Suzanne. : Philippe, ça fait huit fois depuis ce matin, tu ramènes tout à Trump, on sait qu’il n’aime pas la moquette et les sanitaires de l’Onu…

Philippe : Non mais là il était tellement ravi de lui-même. « L’argent fait bien les choses », « je travaille avec des États très riches qui font des choses très très bien, avec de l’argent on fait toujours les choses très très bien », il levait les pouces, trouvait tout great great great amazing »… Même ses traducteurs étaient gênés. À ce stade, il ne raconte plus rien.

Suzanne : Peut être que ça le rend heureux, d’avoir juste quatre mots de vocabulaire.

Chloé : Oui c’est sûr, on le sait que les gens de gauche sont tristes. Et que les gens de droite sont plus heureux parce qu’ils sont assortis au système.

Nicolas  : Ils ne doutent de rien, c’est facile : zéro remise en question, zéro empathie.

Chloé : Oui mais si tu vas vers l’extrême droite, c’est que tu dois être malheureux. Vivre en ayant peur de l’invasion, c’est l’angoisse au quotidien.

Moi : C’est une belle théorie : la droite vire à l’extrême droite parce qu’elle est angoissée, on devrait peut être proposer des anxiolytiques de masse aux adhérents LR si on veut arrêter l’hémorragie. Ou l’adhésion au parti communiste ? 

Marc : Pas sûr que ce soit plus simple. Jamel Debbouze disait qu’il devait tout aux communistes, que dans son quartier sans eux il n’aurait jamais fait de théâtre. Qu’il avait sincèrement essayé d’en être, mais que c’était trop dur !

Suzanne : Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents communistes.

Moi : D’ailleurs qui a des parents communistes à part Suzanne et moi ?

Philippe : Moi. Je sais pas si je suis plus heureux. D’ailleurs je vois un psy pour supporter tous ceux qui n’en voient pas. 

Marc : T’as écrit quoi là Chloé, que la guillotine est en accès libre au mucem ?

Chloé : L’exposition, pas la guillotine !

Marc : C’est pas clair.

Moi : Ça fait un peu appel au meurtre quand même.

Chloé : Fais une parenthèse.

Nicolas : Bon, les appels à la violence fusent dans la rédaction, mais c’est de l’amour.  

Moi : Même pour Trump, on n’est pas pour un accès libre à la guillotine. Laissez moi écrire mon édito.

Suzanne : Tu veux un verbatim de la conversation ? 

La rédaction


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Nos racines et nos héritages

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Clyde Chabot sous son ombrelle bleue © C.B.

Clyde Chabot excelle dans l’art d’utiliser son quotidien pour créer des spectacles qui évoquent des mémoires communes. En 2022, elle avait réalisé Papiers volés qui racontait le vol de son portefeuille à Marseille. Auparavant en 2011, elle avait écrit le texte Sicilia qui retrace le parcours de sa famille partie de Sicile pour s’exiler, cherchant à reconstruire ce passé en rassemblant des bribes de mémoire. À la fin du XIe siècle, une partie de sa famille était partie pour la Tunisie, l’autre pour Chicago.
Qu’ont-ils laissé ? Qu’ont-ils emporté ? Qu’ont transmis ou pas les anciens à leurs descendants ? Comment se construire sans avoir accès à ses origines ? Questions que soulève Clyde Chabot en évoquant son arrière-grand-père, ses grands-parents et la langue italienne qu’on ne lui a jamais apprise. Deuxième migration : sa famille migre en France dans les années cinquante. Clyde ne connaîtra que très tard le nom de sa lignée qu’on prononce à la française, car il faut se fondre dans la masse et gommer les différences dans une France plutôt raciste envers ceux qu’on appelait les « macaronis » à Marseille.

Partage des échos du passé

C’est seulement en 2010 qu’elle fera avec une amie et sa propre fille un voyage en Sicile à la recherche de traces. Elle fait beaucoup de photos, imagine sa famille de paysans dans une vieille maison, rêve dans Palerme et Syracuse, effectuant un vrai travail d’archéologie familiale. À son retour, elle écrit très vite, et décide de porter elle-même son texte à la scène, en installant les spectateurs autour d’une grande table nappée de blanc, comme pour un repas familial. Et raconte son histoire, faisant passer ses photos de main en main, montrant les deux bagues qu’elle ne quitte pas, données par sa grand-mère et sa mère. Puis évoque les traditions culinaires transmises en distribuant du Pecorino Pepato, traditionnel fromage sicilien, accompagné de vin rouge… Quand elle dévoile les outils de la bonne épouse : un aspirateur, un mixeur et un drap de lin avec son monogramme brodé, héritage de sa grand-mère, c’est l’injonction de celle-ci pour le mariage en blanc qu’elle évoque. L’intime nous mène à l’universel, le public s’y est retrouvé.

CHRIS BOURGUE

Sicilia - La communauté inavouable a été joué le 20 septembre aux Archives Municoipales de Marseille

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actoral : La danse est un sport de combat

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© Alice Ripoll

Le solo Puff d’Alice Ripoll est conçu pour et avec le danseur Hiltinho Fantástico, virtuose du passinho qui allie les héritages de la capoeira, des danses des diasporas africaines, et des danses urbaines brésiliennes. La chorégraphe carioca lui offre une partition impressionnante, sans temps mort, épuisante, qui met en mouvement chaque muscle de son corps, en sueur. Il ne montrera durant son solo d’une heure aucun signe de fatigue, sinon pour figurer volontairement, un court instant, l’épuisement. 

Le danseur porte, seul, magnifiquement, l’histoire des afro-brésiliens, et de leur résistance. De leurs sauts de combat, des coups reçus, de la révolte tapie dans l’ombre, tout près du sol. Puff, ce sont ces métaphores qui apparaissent et s’effacent en un instant, indicibles, mais incarnées. Dissimulées sous la musique joyeuse, flagrantes quand elle s’arrête. Une résistance offerte au public en quadri frontal, comme sur un ring de boxe où l’adversaire est un corps absent, mais dont la mémoire des coups opprime encore, au présent.

AGNÈS FRESCHEL

Puff a été dansé au Théâtre des Calanques les 25 et 26 septembre dans le cadre du festival actoral 

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actoral : Un cadre trop grand

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Derniers Feux de Némo Flouret au Mucem, Place d'Armes du Fort Saint-Jean, Actoral 2025

La Place d’Armes au fort Saint-Jean est assombrie, des hauts parleurs diffusent une ambiance inquiétante dans la nuit, un grand échafaudage trône au milieu. Un peu plus loin, face à la mer, les artistes patientent à découvert.

Derniers Feux débute en slow burn. Un solo de trompette brode et dissone le thème de Maurice Jarre, puis l’agitation de la troupe commence, une artiste scande au mégaphone, des directives de décors à monter, de danse à répéter . Les danseureuses-ouvrières en combinaison de travail de luxe, signé Issey Miyake, se partagent des tâches sans but, des mouvements frénétiques et des aller-retour  les bras chargés de cartons, de lettres géantes, de tiges de bois auxquelles sont suspendus des costumes-fantômes magnifiques agités au-dessus de nos têtes, comme pour tester la métaphore. 

Les instructions scandées en français et en anglais, sans raison distinctive apparente, ne semblent rapidement plus diriger quoi que ce soit, les mouvements collectifs s’organisent et répètent d’eux même des boucles qui n’aboutissent à rien d’autre que leur propre exécution : les déplacements de tiges d’un côté et de l’autre de la scène, les chutes de planches en cartons sous lesquels on passe comme sous un pont, les déplacement de lettres géantes qui peinent à épeler « désir », « feux » et « rien ». 

Feu d’artificiel

Une caisse claire accompagne la représentation d’une frappe régulière et ininterrompue, et fait place à un moment poétique de collaboration stratégique entre deux danseureuses. Quelques autres images résistent et font émerger des ambitions poétiques, des tentatives d’organisation collective des danseureuses. Un radeau de carton sur lequel danse l’une est poussé sur scène par d’autres couchées au sol, alors qu’une pluie de fléchettes-drapeau se plante autour d’elle. 

La danse finale et solitaire contraste avec le reste de la représentation, se révélant bien plus sensible, plus éprouvée : la fatigue de lae danseureuse est manifeste et expressive, éclairée par un simple spot dont l’extinction signe la fin du spectacle comme on souffle, enfin, sur une flamme. 

Quant au feu d’artifice tant attendu, il s’avère aussi furtif que décevant. Des jets de scènes parcourent et illuminent très brièvement la structure métallique avant de s’éteindre en pluie déconcertante. Des pétards disséminés sur scène, une petite flammèche allumée avec application au bout d’une tige de bois, pas de quoi rallumer la mer.

Face à la Méditerranée, l’onéreuse mise en scène apocalyptico-festive, bascule finalement dans l’ironie. On attendait un Némo Flouret pyromane, reste une collaboration superficielle entre grands noms de l’industrie du spectacle et de la mode. Les danseureuses brandissent néanmoins le drapeau palestinien durant les saluts. 

NEMO TURBANT

Spectacle donné les 26 et 27 septembre dans le cadre du festival actoral au fort Saint-Jean, Marseille

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CineHorizontès, un défi renouvelé

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© Epicentre Films

Tout festival est un défi. Plus encore, peut-être, ceux qui, sans paillettes, ne sont pas sous les projecteurs des médias nationaux et internationaux. Portés par des associations et beaucoup de bénévoles qui œuvrent toute l’année auprès de publics variés pour faire partager leur passion et défendre la culture : leur pérennité est un combat ! Le festival du cinéma espagnol malgré ses solides partenariats méditerranéens, ses volets professionnels, son ouverture au-delà de l’Europe, et ses 8000 spectateurs l’an dernier, a dû supprimer ses spectacles et concerts suite à des désengagements publics.

Mais son édition 2025, conserve sa qualité et sa structure : quatre compétitions (fictions, documentaires, courts-métrages, Belle Jeunesse), deux « fenêtres » ouvertes sur l’Argentine et Cuba, une sélection Panorama proposant six films espagnols sortis en 2024-2025 comme Sîrat (Oliver Laxe), prix du Jury à Cannes. Sans oublier ses rencontres avec les invité.e.s, et ses rendez-vous : une journée pédagogique, des projections scolaires et une table ronde le 14 octobre à l’Alcazar sur le focus de l’année : le cinéma espagnol au féminin. Animée par Marcia Romano (co-réalisatrice entre autres de Fotogenico), la rencontre réunira une illustratrice Maria Hesse, une productrice, María Caballer et une réalisatrice-scénariste-productrice Charlène Favier, présidente par ailleurs du Jury de la Grande Compétition.

Femmes, Vie, Cinéma

Cinéma féminin encore avec la marraine 2025, Icíar Bollaín qu’on pourra rencontrer à l’Artplexe. Rétrospective le 11 octobre de ses grands films portés par des figures féminines qui s’imposent et imposent leurs choix : Maixabel Lasa face à l’assassin de son mari (Les Repentis), Névenka Fernandez face au harcèlement sexuel d’un homme politique (Soy Nevenka), Rosa face aux préjugés de sa famille ( La Boda de Rosa).

Masterclass le lendemain, étayée par la projection de El Sur de Victor Erice où Icíar Bollain est une toute jeune actrice et de Te Doy mis ojos qu’elle a réalisé en 2023.

Pour compléter cet aperçu des talents féminins, un volet est dédié aux nouvelles réalisatrices espagnoles. Déjà consacrées à l’instar de Mau Cardoso (Bebés Robados) ou de la multi primée Carla Simon (Romería, dernier volet de sa trilogie familiale). Et à celles présentant leur premier long métrage comme Gemma Blasco (La Furia) ou Eva Libertad (Sorda).

Lutte et humanisme

Ouverture le 7 octobre à 20 h au cinéma Le Prado par un hommage aux luttes citoyennes dans El 47, drame social signé Marcel Bardena qui raconte l’acte de dissidence d’un chauffeur de bus incarné par Eduard Fernandèz à Barcelone en 1978.

Clôture le 16 octobre dans ce même lieu, pour le palmarès et la projection de Una Quinta Portuguesa de Avelina Prat, l’histoire de Fernando (Manolo Solo) un prof de géographie, qui, après la disparition inexpliquée de sa femme, se lance dans un périple qui le conduit au Portugal et vers Amalia (Maria de Meiredos). Un film empreint d’humanisme et d’optimisme en guise de conclusion et de message.

Le film gagnant Horizon d’or 2025 sera proposé à L’Alhambra le 18 octobre, séance suivie d’un repas d’au revoir.

ELISE PADOVANI

Programme complet sur cinehorizontes.com

Musicatreize : Une aventure pédagogique

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© A.-M.T.

Sarah Grace Graves, Lautaro Figueroa Balcarce, Masahiro Aogaki et Alexandru Sima, jeunes compositeurs aux CV déjà bien étoffés ont été accueillis salle Musicatreize pour suivre quatre jours d’ateliers. Ils font partie de la quatrième promotion du dispositif Avec (Atelier voix et composition) porté par Les Cris de Paris. Ce compagnonnage d’un an va leur permettre d’approfondir la composition pour la voix, guidés par une équipe artistique d’exception. 

« La voix n’est pas un instrument comme les autres », explique d’emblée Geoffroy Jourdain, fondateur des Cris de Paris qui allie érudition, rigueur académique, passion et élégance du pédagogue. « Elle dépend de la physiologie, de la psychologie, des émotions. Chaque chanteur possède une tessiture et un timbre unique. De même, les ensembles ont leurs couleurs, leurs pâtes modelées par un chef qui joue avec les complémentarités ». Dès lors, si composer pour la voix s’annonce comme un geste créatif passionnant, il est aussi oh combien subtil.

État de l’art vocal

Le week-end s’est ouvert sur une plongée dans l’histoire de la composition vocale. Jourdain rappelle que durant la période baroque, les compositeurs étaient aussi chanteurs d’Église. Quand la musique se sécularise, l’expérience vocale prend d’autres chemins.

Vincent Manac’h, chanteur (Les Cris de Paris, Pygmalion), compositeur d’œuvres pour voix a capella et enseignant à l’Université Paris 8, prend le relais pour un voyage du renouveau choral romantique vers les écoles nationales du XXe siècle. Les Liedertafeln transforment la musique chorale. Elle n’a plus seulement une fonction à l’église ou à la cour, mais devient un espace de divertissement.

Les exemples pleuvent, vivants, incarnés, accompagnés d’écoute et d’analyse de partitions. Mendelssohn et sa vision orchestrale de la voix, le naturalisme de Schubert, Schumann et sa relation à la poésie, Brahms dirigeant ses chœurs jusqu’aux visions d’un Schoenberg et les défis contemporains.

Et la transmission

Ce qui frappe dans ces ateliers ouverts – quelle chance – au public, c’est la qualité de la transmission. Aucun à priori esthétique ne bride l’exploration, mais tout pousse à réfléchir aux implications que la voix permet ou interdit. 

Les jeunes compositeurs découvrent qu’il est bon de « penser au confort et au plaisir du chanteur », que Richard Strauss écrivait des partitions « techniquement inchantables », « qu’une voix n’est pas stable sur toute sa tessiture ».

Le samedi et dimanche, Marie Picaut, Mathieu Dubroca et Benjamin Locher ont abordé le terrain plus technique de la physiologie de la voix et du travail du chanteur et les spécificités des voix féminines et masculines. Morgan Jourdain, s’est, lui,  penché sur la voix de l’enfant et de l’adolescent.

Enfin, Roland Hayrabedian, chef de chœur et maître du lieu, fort de quarante années de création contemporaine, a clôturé cette première session par un témoignage riche d’enseignements pour la jeune génération.

La formation mènera ensuite nos quatre élèves à Lyon et à Versailles. Ils devront composer des œuvres originales pour trois ensembles hexagonaux parmi lesquels le Choeur Attaca de Sébastien Bouin (Marseille). L’œuvre produite pourra être entendue lors des Rencontres Chants Libres en Dracénie, fin juin 2025.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Les ateliers se sont déroulés du 25 au 29 septembre salle Musicatreize, Marseille. 

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actoral : Adèle Yon se dédouble 

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Liora Jaccottet lors de la lecture performée de Mon vrai nom est Elisabeth © Manon Sahli

Dans la chapelle de la Cômerie, Liora Jaccottet monte sur l’estrade, et se présente sous le nom d’Adèle Yon. Elle remercie Liora pour sa participation, prévient le public qu’il s’agira ce soir de faire précisément ce qui était annoncé, à savoir une lecture de son livre, Mon vrai nom est Elisabeth

C’est étrange sans être confus. Liora Jaccottet commence à réciter sans lire, en regardant le public comme on se confie, les mains dans le dos : « Dans le petit habitacle bleu ciel de la Yaris que mes grands-parents m’ont donnée, nous roulons vers Salamanque. ». C’est Adèle. Le doute s’estompe, et le public se suspend au récit. 

Enquête familiale

Adèle Yon, écrivaine, cheffe de cuisine, s’est intéressée à l’histoire de son arrière-grand-mère en pleine rédaction de sa thèse en études cinématographiques. Elle y travaille sur un motif de double féminin, de personnages hantées par une anti-modèle, à l’opposé de laquelle il faut se construire. Comme la Rebecca de Daphné du Maurier adaptée par Hitchcock, Betsy, son arrière-grand-mère, a des airs de fantôme pour les femmes de sa famille. Il ne faut pas lui ressembler, il ne faut pas « lire d’auteurs dangereux ». Il faut se normaliser le plus possible pour ne pas réveiller ce gène de la schizophrénie qui plane au-dessus des femmes de sa famille.

Derrière Liora Jaccottet, une projection : on entend la grand-mère d’Adèle qui raconte « Moi, personnellement, ce qui me terrorisait c’est que mes oncles et tantes disaient que j’étais le portrait de maman ». Adèle-Liora se déplace de temps en temps, détache le micro, s’approche du public. Elle s’accroupit parfois, se balance d’un pied sur l’autre, tire sur sa manche comme une enfant, comme prise d’instabilités subtiles. La folie menace et elle incarne aussi celle de Betsy. 

Chœur de femmes

Sur l’écran des enfants font la course, puis le château de Rebecca flambe. Liora-Adèle, en robe de mariée, raconte son apprentissage de la boucherie. Adèle Yon apparaît à l’écran, avec son double elle questionne cette découpe des corps : « Je me demande si la lobotomie a une odeur ». 

Les extraits choisis passent d’un registre à l’autre : le récit, la lettre, l’entretien.  Le double féminin fantôme s’incarne dans ces différentes citations, superpositions, emprunts et chorus de voix de Betsy, Liora Jaccottet, Adèle Yon et sa grand-mère.  Elles matérialisent ensemble le poids de l’héritage traumatique, des violences communes à l’égard des femmes, et rompent le silence du secret de famille. 

Nemo Turbant

Mon vrai nom est Elizabeth a été performé le 29 septembre dans le cadre dactoral et le 28 septembre à Manosque dans le cadre des Correspondances

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Laure Prouvost passe aussi par actoral 

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Performance They Parlaient Idéale au [mac] © Manon Sahli

Distinguée notamment par le Turner Prize en 2013, représentante de la France en 2019 à la 58e Biennale d’art contemporain de Venise, Laure Prouvost expose depuis avril dernier ses créations éco-féministes rêveuses et foisonnantes au Mucem (jusqu’au 16 novembre) ainsi que dans la Chapelle de la Vieille Charité et dans la project-room du [mac] de Marseille (jusqu’au 11 janvier 2026) [lire ici]. Les 27 et 28 septembre, le festival actoral organisait lui aussi plusieurs rendez-vous autour de l’artiste, dans le prolongement de ses expositions, avec projections de films courts, lecture, un dialogue avec Céline Kopp, directrice du Magasin CNAC et des performances.

Extension

C’est au [mac], le samedi 27, qu’avait lieu en début d’après-midi la performance liée à son film They parlaient Idéale, réalisé en 2019 pour le pavillon français de la Biennale de Venise. Une sorte de road-movie à tendance dérivante, composé d’une profusion d’images, aux séquences très courtes et aux montages très « cut » : y évolue, entre de multiples gros plans sur des fleurs, la mer, une main dans l’eau, un regard perdu… un groupe de personnes de cultures, d’âges et de langues multiples, dans des espaces et paysages telles les tours Nuages de la cité Pablo Picasso à Nanterre, les calanques de Marseille, le Palais du Facteur Cheval, le pavillon français de la Biennale de Venise. Le tout dans un mélange de langues (anglais, français, arabe, italien), accompagné par la voix-off de l’artiste, prenant un ton doux de conteuse pour enfants.

Pour la performance, deux des protagonistes du film (Nicolas Flaubert et Ramo) étaient présents de façon intermittente dans la salle de projection, en retrait ou déambulant discrètement au milieu des spectateurs. Répétant des mots ou des bouts de phrases prononcés au même moment dans le film, l’un s’approchant de l’écran en improvisant une séquence dansée hip-hop-contemporaine en lien avec celle qui se déroule au même moment dans le film, l’autre s’installant au sol juste devant l’écran pour contempler les images, ou s’approchant pour pointer du doigt un personnage en haut d’une colline. Sorte de petites séquences d’extension du film à l’échelle et au présent de la projection, semblant ajouter les spectateurs à la petite communauté souriante et nonchalante du film. 

MARC VOIRY

La performance autour du film They parlaient Idéale de Laure Prouvost a eu lieu le 27 septembre au [mac] - Musée d'art contemporain de la Ville de Marseille dans le cadre du festival actoral

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Honeymoon, la guerre de l’intérieur

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Taras (Roman Lutskyi) et Olya (Ira Nirsha) s’installent dans leur nouvel appartement. Encore encombré de cartons. Ils sont jeunes, beaux, intelligents, choisissent la couleur des peintures, l’emplacement des meubles et font l’amour. Olya prépare une exposition de sculptures en céramique blanche, à Vienne. Tarzan a trouvé Jane et l’avenir leur semble ouvert et radieux. Sauf qu’on est dans une petite ville près de Kiev en 2022, que les rumeurs d’une invasion russe s’immiscent dans ce bonheur-là : la propagande de Poutine revisite l’histoire, attribue à Lénine l’invention de l’Ukraine, justifie par avance « l’opération spéciale ». Pour la crémaillère, les amis du couple citent Derrida, s’interrogent sur lafonction du cinéma et sur l’opportunité de fuir.

Le 24 février, il est trop tard. Les chars sont entrés dans la ville. L’armée russe investit l’immeuble de Taras et Olya. Les jeunes Ukrainiens ne quitteront plus leur appartement devenu cache et prison. Leur lune de miel tourne à une longue nuit cauchemardesque.

Pendant une semaine, on vivra avec eux ce confinement, sans eau, sans électricité, sans internet, dans le silence, sous la menace constante d’être découverts. Un huis clos étouffant où chaque geste peut trahir leur présence et se révéler fatal. 

Pour ne pas se faire repérer, Taras et Olya se déplacent à quatre pattes, rampent, dans la pénombre de leur logis. Pour ne pas craquer ils s’inventent des jeux, se serrent fort. Temps contraint qui éprouve les nerfs et les convictions. Les priorités matérielles et artistiques ne sont plus si importantes devant la mort.

La guerre sans visage

Taras, moitié russe par son père pro-poutine, s’invente sans héroïsme des arguments pour amadouer les soldats s’il était arrêté. De ce qui se passe dehors, on ne verra rien. Comme eux, en totale empathie, on entendra les explosions, les sirènes, les exécutions de civils, les viols derrière la cloison. On partagera leur peur. 

Le hors champ s’imagine et les ennemis n’ont ni visage ni humanité. Le film s’apparente aux films d’horreur : les protagonistes se trouvent encerclés par des zombies menaçants. Il partage son titre d’ailleurs avec un film de ce genre réalisé par Leigh Janiak en 2014.

Production modeste, le premier long métrage de Zhanna Ozirna, tourné en Ukraine est une fiction, inspirée de faits réels. Les festivals internationaux saturés de documentaires sur cette guerre, offrent moins d’espace au cinéma de son pays, dit la réalisatrice. Pourtant, il est plus que jamais nécessaire aux Ukrainiens, d’affirmer leur désir d’exister, de se projeter dans l’avenir, de faire des enfants… et des films.

ELISE PADOVANI

Honeymoon de Zhanna Ozirna

Sélectionné à la Mostra de Venise

Atlas d’or au festival d’Arras

En salles le 1er Octobre