mercredi 15 avril 2026
No menu items!
Accueil Blog Page 54

Les étudiants aux manettes

0
Les studios de Radio Zaï © X-DR

Ce jeudi 4 décembre, c’est une journée chargée, même effervescente, qui attend l’énergique Graeme Reid, responsable de Radio Zaï. Depuis quelques temps, cette radio indépendante à la ligne éditoriale engagée, inclusive et antiraciste, séduit de nombreux étudiants de la ville, qui viennent produire du contenu avec le matériel qu’on leur laisse à disposition.

Les locaux de Radio Zaï sont situés à Aix-en-Provence, au dernier étage de la MJC Prévert, boulevard de la République. Elle est composée de trois salles d’enregistrements tapissées de mousse anti-bruit, avec micros et logiciels installés, pianos et tasses de thé.

Aujourd’hui, ce sont deux étudiantes en licence de sociologie, Loïs et Tova, qui sont venues monter un podcast pour leur cours d’anthropologie de l’immigration. Elles viennent ici pour l’informalité de la radio aixoise, et l’enthousiasme de Graeme : « Il croit plus en nous que nous en nous-même ! », ajoute-t-elle en souriant. D’ailleurs, pour venir enregistrer ici, nul besoin d’avoir un bon niveau. « Ça donne envie de refaire de la radio par la suite », se réjouit Loïs. « J’avais vraiment besoin de faire un truc en dehors de la fac. »

Dans une salle de répétition au rez-de-chaussée de la MJC, Gabin, un autre étudiant, tient le même discours. « Je voulais sortir du cadre des Beaux-arts », explique-t-il. Lui, a rencontré Graeme à la Fête de la musique 2024, et depuis, il l’aide à organiser des concerts avec Radio Zaï. Ce jeudi, il est là pour préparer un concert qui doit se tenir dans quelques jours. Des stands de vente de fanzine, affiches et BD sont aussi prévus. En trois jours, ils vont créer des affiches, des tracts, concevoir les éclairages, et dessiner les visuels projetés sur le drap blanc étendu derrière la scène. Un format de spectacle appelé « Tiny d’Aix Concerts » qui commence à se faire un nom : le musée Granet vient de leur en commander quatre pour sa prochaine exposition.

Une inclusivité d’utilité publique

Ces derniers temps, la radio accompagne de plus en plus de jeunes. La raison : Abdou, un étudiant en info-com, qui avait tellement d’idées d’émissions qu’il a monté des campagnes de communication pour trouver des volontaires. Alors, depuis quelques semaines, les étudiants défilent dans les salles d’enregistrement de Radio Zaï. Graeme est ravi, mais s’inquiète cependant de devoir bientôt refuser des projets : « Avant, on diffusait tout parce qu’on était petit… Maintenant, on va être plus exigeants, et on va essayer de mieux aiguiller les volontaires. »

GABRIELLE SAUVIAT

Exarchia : utopie à la grecque

0

Après Nanterre, du bidonville à la cité, et Du taudis au Airbnb sur le mal-logement à Marseille, parus aux éditions Agone, Victor Collet y publie Vivre sans police, du long été au crépuscule d’Exarchia. Exarchia est un quartier d’Athènes, fameux pour sa résistance à l’État, au point qu’à partir de 2008, et durant près d’une décennie, les habitants ont vécu quasiment sans présence policière. L’auteur a beaucoup séjourné là-bas, attiré par l’aura libertaire d’Exarchia, comme nombre de militants venus de pays européens, voire plus lointains.

Mais en tant que chercheur indépendant, docteur en sciences politiques et sociologie, il a voulu aller au delà de « l’anarcho-tourisme », comprendre comment cette parenthèse, exceptionnelle dans une grande capitale occidentale, a pu perdurer. Par une configuration géographique : Exarchia forme un triangle de rues étroites, propice aux blocages comme aux échappées. Par une culture antifasciste nourrie depuis le soulèvement, en 1973, des étudiants de l’école Polytechnique d’Athènes contre la dictature des colonels.

Pas de police, est-ce capital ?

Victor Collet entremêle récits et analyses personnels avec des témoignages d’habitants collectés au fil de années. Loin d’être en perpétuelle émeute, le quartier est vert, planté d’orangers, la plupart du temps tranquille. Surtout, décrit Marisa, « Il n’y a pas de banques. Pas de magasins de luxe. Pas de bagnoles. » On y trouve de multiples centres sociaux et cantines auto-gérées, cruciales durant la terrible crise économique subie par la Grèce. L’auteur n’occulte rien des difficultés de vivre au quotidien en ayant desserré l’emprise de l’État : les conflits incessants entre assemblées, les différends portant sur l’auto-défense ou l’accueil des migrants, la lutte contre la mafia et ses drogues, la gentrification due à Airbnb. Mais on referme l’ouvrage avec une sensation de foisonnement, de potentialités. C’est peut-être cela qui a nourri le mythe Exarchia : dans nos villes ultra-strandardisées par le capitalisme, entre McDo et H&M, remettre de l’incertain en mouvement.

GAËLLE CLOAREC

Vivre sans police, de Victor Collet

Éditions Agone - 22 €

À venir

Une rencontre avec l'auteur est prévue le 23 janvier (17h) à la librairie Maupetit, Marseille.

Leçon des ténèbres

0
Russell Banks © Chase Twichell

Ce n’est pas vraiment un roman, mais certainement un triptyque : les trois nouvelles d’American Spirits, indépendantes, se déroulent dans la même petite ville fictive, Sam Dent, au nord de l’État de New York, avec un narrateur qui se signale discrètement d’un « nous », parfois, sans s’y mettre en scène autrement qu’en promeneur.

Les protagonistes, couples et familles blanches portant casquettes MAGA et idées courtes, y sont confronté·es à des actes d’extrême violence. Ce sont des réacs fiers de leur histoire, de leurs maisons et de leurs armes, mais qui se voient confrontés au mal absolu, au meurtre de sang froid, au déchaînement sauvage. Une réalité de la société américaine, où le taux d’homicides par millier d’habitants est six fois plus élevé qu’en France.

La dentelle narrative de Russell Banks agit comme un révélateur du suspense, mais aussi comme une consolation. Les phrases s’élancent, belles, cadencées, dégraissées de toute surcharge ornementale, distillant quelques indices qui font avancer les trois récits haletants, mais construisent aussi un monde, une ville dans l’épaisseur et la complexité de la société rurale américaine. Celle qui vote Trump et qui, depuis la mort de Russell Banks, l’a réélu à la tête du monde, comme l’écrivain le pressentait.

L’Amérique n’a jamais été grande

Les prédateurs imaginés par Russell Banks, soutien affirmé de Bernie Sanders, ont pourtant des caractéristiques peu attendues sous la plume d’un écrivain progressiste : l’un porte kippa, d’autres sont des french canadians, ou un couple lesbien. Mais leur intrusion dans le petit bourg de Sam Dent, édifié sur une réserve indienne, révèle de fait les dysfonctionnements et inadaptations fondamentales du modèle américain.

Drogue, maternité défaillante, alcool, masculinisme, culte des armes et des bagnoles, compétition sociale, appauvrissement latent et repli sur la cellule familiale sont les caractéristiques de cet « esprit » américain, hanté à la fois par les revenants de l’histoire, et les effluves des spiritueux. Voter Trump y est naturel, fondé sur l’illusion d’une Amérique immuable qu’il s’agirait de rendre grande à nouveau. Erreur contre laquelle Russell Banks, par la force de ses métaphores, prémunit avec une rare force : cette Amérique là n’existe pas, n’a jamais existé, la « forêt primitive » était peuplée de Natives, et la société américaine est indéniablement un creuset de cultures qui ne survivront que dans l’acceptation de sa complexité. Et de sa nature.

La description de la forêt, de la chasse au cerf, des paysages, des chiens d’attaque ou de garde, rappelle que les sociétés humaines se construisent « sur » des terrains. La dernière phrase, d’une sidérante beauté, conclut l’œuvre d’un immense romancier par un vœu. Celui que « nous émergions des bois pour entrer dans la maison ».

Agnès Freschel

American Spirits, de Russell Banks

Traduction Pierre Furlan
Actes Sud – 22,8 €

Parution février 2026

Au Cirva, la poésie du verre

0
© M.D.C

La plupart des Marseillais ignorent l’existence du Cirva, Centre international de recherche sur le verre et les arts plastiques, installé au 62 rue de la Joliette, dans une ancienne manufacture de vêtements. Il faut dire que le Cirva n’ouvre que très rarement ses portes au public. Il n’a pas vocation à être un musée, ni une galerie. C’est un lieu de résidences artistiques, de formation, d’apprentissage pour les verriers, laboratoire des possibles, avant tout.

C’est pourquoi l’exposition de pièces de sa collection au Musée d’art moderne et contemporain de Saint-Étienne jusqu’en mars 2026 est l’occasion de mesurer sa place unique dans l’expérimentation et la création de cette matière. Une matière si particulière, à la fois liquide et solide, née de la silice, qui accompagne depuis si longtemps l’histoire de l’humanité.

Si l’institution stéphanoise accueille cette exposition, dont l’un des commissaires est Stanislas Colodiet, directeur actuel du Cirva, ce n’est pas totalement un hasard. Les deux structures sont nées dans les années 1980 et ont accordé toutes les deux, au design, une place de choix.

L’histoire commence en 1983

En 1982, Jack Lang inaugure l’exposition New Glass, verriers français contemporains, art et industrie, au musée des Arts décoratifs à Paris. L’année suivante, le Cirva voit le jour à Aix, puis déménage à Marseille en 1986. Le Centre répond alors à des commandes publiques à des travaux de recherche dont celles de Pierre Soulages pour les futurs vitraux de Conques.

Le grand designer italien Gaetano Pesce y travaille sur des lustres et avec les équipes techniques, met au point le brevet de « Mistral », procédé de projection de particules de verres à haute température, dans les années 1990. À la fin de cette décennie, Othoniel, natif de Saint-Étienne, met au point un prototypage des perles du Kiosque des noctambules de la station de métro Palais Royal à Paris. Plus récemment, en 2023, le Mucem commande à Mathilde Rosier des dizaines d’œil-graines en verre, œuvre poétique s’il en est.

L’exposition dévoile donc la plupart de ces réalisations signées par de grands noms de l’art contemporain et du design international. Les noms de tous les intervenants techniques les accompagnent justement sur les cartels. Le verre est soufflé, thermoformé, fusionné, peint ; il joue avec la lumière, l’opacité. Bob Wilson lui crée des séries conceptuelles. Il est objet du vase qui peut devenir nature morte comme le triptyque C de l’Américaine Betty Woodman, ou figure comique chez Hervé Di Rosa.

Pour admirer certaines œuvres et les savoir-faire du Cirva, il faudra passer par Saint-Étienne ces prochains mois, ou attendre les prochaines Journées européennes du Patrimoine, et passer la porte de ce précieux centre marseillais.

MARIE DU CREST

Retrouvez nos articles Arts visuels ici

Jean Christophe Maillot livre sa Bayadère 

0
Ma Bayadère © Hans Gerritsen

À la tête des Ballets de Monte-Carlo depuis plus de trente ans, le chorégraphe français poursuit son œuvre de réinterprétation des grands ballets classiques. Après avoir revisité Roméo et Juliette, Cendrillon, Le Lac des cygnes ou encore Casse-Noisette, lechorégraphe s’est attaqué au monument chorégraphique créé par Marius Petipa en 1877 sur une musique de Léon Minkus. La Bayadère est devenue Ma Bayadère, pronom possessif qui n’a rien d’anodin.

En effet, il ne s’agit pas d’une énième reconstitution de l’intrigue orientaliste originale, où une bayadère nommée Nikiya meurt empoisonnée avant de retrouver son amant Solor au Royaume des ombres. Maillot abandonne l’Inde fantasmée de Petipa pour plonger le spectateur dans les coulisses d’une compagnie de danse contemporaine.

Une mise en abyme

Les tensions et rivalités qui animaient la cour d’un raja indien sont transposées dans le microcosme d’un studio de répétition. Les danseurs succèdent aux costumes exotiques, et les dynamiques hiérarchiques de la compagnie se substituent aux intrigues de palais. Le personnage de Niki – jeune danseuse fraîchement intégrée à la compagnie et qui cristallise les rivalités –, magnétiquement interprétée par Juliette Klein, incarne cette fragilité du corps dansant, cette tension permanente entre virtuosité et vulnérabilité. Elle est particulièrement émouvante dans les deux solos qui lui sont consacrées dans le premier tableau de l’acte I.

Ils constituent les moments les plus poignants du spectacle. Sa grande sensualité quand elle évolue à la barre dans le premier se meut en tristesse absolue dans le second lorsqu’elle rate volontairement ses variations. À ses côtés, Ige Cornelis incarne Solo, le danseur étoile virtuose et Romina Contreras – à la vélocité technique impressionnante –, Gamza, l’étoile installée dans son statut, qui refuse de se voir détrôner par la jeune Niki.

On apprécie particulièrement les prestations de Michele Esposito, en Brahma, le maître de ballet trouble et malicieux à l’énergie souple et féline, et Jaat Benoot en Rajah, chorégraphe autoritaire sombre et glaçant, aux allures d’immense oiseau de proie. Au-delà des solistes, c’est toute la troupe des Ballets de Monte-Carlo qui impressionne par sa qualité exceptionnelle. La dimension théâtrale et la dramaturgie, particulièrement accentuées par Maillot, rendent l’évolution captivante.

L’acte II est envoûtant. Il délaisse l’ambiance brouillonne et conflictuelle du studio de répétition pour le Royaume des ombres dans lequel Solo s’est réfugié après le décès tragique de Niki. Dans ce monde idéal, dépouillé et éthéré – servi par un décor futuriste d’iceberg – dans lequel tous les protagonistes en blanc et pastel cohabitent en harmonie.

L’exotisme de la version originale n’est pas pour autant totalement absent. Il surgit lors d’une séquence de mise en abyme saisissante, où l’on voit la troupe répéter en costumes traditionnels sur la scène d’un opéra – avec des partitions de bravoure ovationnées –, tandis que les coulisses révèlent le reste des danseurs qui patientent. Ce clin d’œil permet à Maillot de pointer du doigt le caractère suranné de l’ancienne version tout en lui rendant hommage.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Le spectacle a été joué le 3 janvier au Forum Grimaldi, Monaco.

Retrouvez nos articles Scènes ici

Un bulle éclatante

0
Galaxie provisoire, Maguelone Vidal © X-DR

Une once de psychédélisme, une expérience multisensorielle, une grande audace formelle :
mi-décembre à Marseille, du Théâtre Massalia au Mucem, Galaxie provisoire donnait une très vive expression de ce parti pris éditorial. Seule en scène, usant de son saxophone avec parcimonie, Maguelone Vidal y revisite l’art ancestral des bulles de savon. Pour créer des planètes colorées et irisées, petits foyers iridescents s’agrégeant peu à peu aux quatre coins de la scène plongée dans le noir, l’artiste use de divers outils – calumet télescopique, pipe à bulles, ou ses simples mains en alcôve.

En évolution perpétuelle, le dispositif est évocateur, propice à délier l’imagination dans une ambiance hypnotique. On y devine comètes, constellations, nébuleuses et arcs en ciel éphémères, les enfants sont subjugués – « de l’eau à couleur de paillettes, ça n’existe pas normalement ! ». Un crépitement d’ébullition, caractéristique de la rencontre de l’air et de l’eau, suivi d’aspersion et brumisation ; des bulles emplies de fumée qui éclatent en s’envolant… Il s’agit quasi de théâtre noir, dans lequel la démiurge s’efface et réapparait, laissant toute la place aux métamorphoses en cours, ordonnant son rituel sibyllin à l’aide d’artefacts et accessoires minimalistes, se passant volontairement de toutes nouvelles technologies.

La bande son est organique – inspiration, expiration, discrètement soulignée de compositions contemporaines. Les actions sont parfois sonorisées, quand un lasso lumineux tournoie à bout de bras. L’interaction entre air et eau se fait espiègle, le quatrième mur se dissout instantanément quand les bulles envahissent les gradins dans une tempête de savon ! L’immersion est totale, ravissante pour tous les âges, nous plongeant dans un agréable état d’apesanteur entre clarté et lumière, dans une Galaxie provisoire qui porte bien son nom.

JULIE BORDENAVE

Galaxie provisoire a été donné le samedi 13 décembre au Théâtre Massalia, Marseille.
Tous à l’Opéra

Le 15 décembre, le festival Tous en son ! invitait à un concert pédagogique à l’Opéra de Marseille. De Schumann à Schubert en passant par Brahms, Mozart ou encore Benjamin Britten, cette promenade musicale à travers les siècles proposée par un trio échappé de l’Orchestre philharmonique de Marseille – Cécile Florentin (alto), Cécile Freyssenède (violon) et Véronique Gueirard (violoncelle) –, se commentait en direct, pour mieux discerner par exemple les pizzicati symbolisant les gouttes d’eau chez Vivaldi. Deux expériences fidèles à l’éclectisme échevelé de Tous en sons !, excellent festival brillant toujours par son audace et son grand écart entre musiques dites savantes et populaires, pour décomplexer les escourdilles dès le plus jeune âge. J.B.

Broadway en Provence

0
Company © Jean Michel Molina

Entre cynisme urbain et émotion pure, cette nouvelle production prouve que le génie de Broadway n’a pas de frontières. Et le grand artisan de cette réussite se trouve dans la fosse : Larry Blank. Le maestro ne se contente pas de diriger l’Orchestre National Avignon-Provence, il fait littéralement jubiler la partition. On sent chez lui cette science du théâtre où chaque respiration de l’orchestre colle au geste scénique. C’est nerveux, précis, et d’un swing impeccable qui rend justice aux orchestrations complexes de Jonathan Tunick.

Troupe 5 étoiles

Sur le plateau, la distribution évite l’écueil du pastiche. Gaétan Borg campe un Bobby d’une belle épaisseur humaine, dont la quête de sens devient le fil rouge d’une soirée électrique. À ses côtés, on reste pantois devant l’abattage de Jeanne Jerosme, dont la performance sur le périlleux Getting Married Today suspend le temps par sa virtuosité verbale. Quant à Jasmine Roy, elle apporte ce qu’il faut de morgue et de fêlure à une Joanne plus vraie que nature.

Malgré l’acidité d’un propos qui dissèque le couple sans complaisance, le public avignonnais réserve un magnifique accueil à cette fresque urbaine. Les rappels nourris ponctuent une soirée où l’exigence technique s’efface derrière l’émotion. L’intelligence de Stephen Sondheim, servie par de tels interprètes, touche au cœur sans jamais faiblir.

DANIELLE DUFOUR VERNA

Spectacle donné du 27 au 31 décembre à l’Opéra Grand Avignon.

Retrouvez nos articles Musiques ici

Du piccolo en janvier

0
Jean-Louis Beaumadier et Véronique Poltz © X-DR

Depuis plusieurs décennies, Jean-Louis Beaumadier s’emploie à faire connaître la finesse et la virtuosité de cette flûte. Nouvelle démonstration ce 11 janvier à Marseille

On connaît mal ce petit instrument de musique, souvent cantonné à quelques moments de bravoure au sein de l’orchestre. Pourtant il peut se révéler d’une richesse expressive insoupçonnée qui mérite qu’on lui consacre des concerts. Le travail de Jean-Louis Beaumadier repose sur l’art de l’arrangement, qui permet au piccolo de s’attaquer à des œuvres aux esthétiques variées. Dans ce répertoire adapté, le piccolo ne cherche pas à rivaliser avec la flûte ou le violon. Il affirme sa personnalité propre, pétillante, tendre, espiègle ou méditative.

En collaboration avec la pianiste Véronique Poltz, Jean-Louis Beaumadier fait de chacun de ses programmes un espace de découverte et de surprise. Premier concert d’une série de trois, les deux musiciens nous embarquent le 11 janvier au temple Grignan (Marseille) dans des partitions éclectiques riches en découverte : élégance raffinéeavec la Sonate K.14 de Mozart, avec ses mouvements d’allegro et ses menuets « en carillon ». Puis ce sera la Scène des Champs-Élysées de Gluck et Les Danses roumaines de Bartók nourries de rythmes populaires qui répondront aux Danses hongroises de Brahms.

Place aussi à des compositeurs et flûtistes du XIXe siècle, peu connus du grand public comme le Danois Carl Joachim Andersen, oul’Allemand Théobald Boehm avec son Capriccio. Mais aussi le Franco-Belge Mathieu-André Reichert, avec l’agilité de sa Tarentelle et le romantisme lyrique du Souvenir du Pará. Le concert s’achèvera avec Étincelles, œuvre contemporaine de Véronique Poltz, créée à Marseille en 2024.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Viva Piccolo
11 janvier
Temple Grignan, Marseille

Retrouvez nos articles Musiques ici

Un monde de magie

0

Dans le cadre de Mômaix 2025, le Théâtre du Bois de l’Aune a proposé Tadam pour le jeune public à partir de 9 ans, les 18 et 19 décembre, spectacle de la compagnie Renards/Effet Mer fondée par Baptiste Toulemonde et Arthur Oudar. Mais comme pour tout spectacle jeunesse, réussi, les grands y prennent plaisir aussi.

Tadam est une histoire de magie, non pas simplement parce que le personnage du père, Yann, est magicien, mais parce que cet art du spectacle circassien dit ici la magie du théâtre : celle des lumières qui s’éteignent ou s’allument d’un claquement de doigt, des décors qui bougent mystérieusement, des voix qui se transforment, en changeant de registre. Tadam veut dire obtenir l’attention de quelqu’un sur quelque chose d’inexplicable, ou de remarquable. N’est-ce pas une invitation pour les spectateurs ?

Une langue d’aujourd’hui

Louison est une petite fille qui comme tant d’autres voit son père au rythme des semaines alternées. Celui qui fut dans sa petite enfance son super héros, n’est plus qu’un raté à ses yeux. Ses tours de magie sont nuls et il fait mourir la colombe cachée, sous le foulard. Ils ne parviennent plus à se comprendre, à se parler. Mais un habitant clandestin dans la maison, Kiki, en habit glam façon David Bowie va finalement guider Louison pour qu’elle découvre le secret de son père. Kiki, c’est aussi la mort, la grande faucheuse. Yann, alors que Louison venait de naître, a voulu mourir, se jeter par la fenêtre. Mais il a gagné aux échecs contre Kiki, son retour à la vie, réparé par son corset.

La mort est par le théâtre la chose qui fait revenir le personnage et la colombe qui gisait depuis le début de la pièce, au fond de la poubelle. La mort danse, chante, mime, s’amuse et se moque, joue sur les mots. Elle ressemble finalement beaucoup à la Vie.

Ce théâtre-jeunesse-là sait parler la langue d’aujourd’hui, la langue qui invente, qui charme des écoliers heureux d’être face à un plateau de théâtre et qui n’ont qu’une envie : applaudir.

MARIE DU CREST

Spectacle donné les 18 et 19 décembre au Théâtre du Bois de l’Aune, Aix-en-Provence.

Retrouvez nos articles Scènes ici

Un barbiere di qualità !

0
Le Barbier de Séville © photo Christian Dresse 2025

Programmer le Barbier de Séville à Noël, c’est l’assurance de faire salle comble ! Et comment mieux le faire qu’avec cette mise en scène de Pierre-Emmanuel Rousseau, déjà amplement applaudie à Strasbourg et à Rouen. La direction musicale assurée par Alessandro Cadario est au diapason des exigences du répertoire belcantiste : gestes précis, à l’écoute des chanteurs, crescendi maîtrisés.

Si la scénographie reprend les conventions visuelles classiques de l’Andalousie du XVIIe siècle, elle regorge aussi de réjouissantes trouvailles. L’espace scénique, figurant tantôt le patio au pied du balcon de Rosina, tantôt la prison dorée du docteur Bartolo, enferme puis libère ses personnages. Que ce soit un suraigu de Rosina sur un tirage de cheveux, ou la paranoïa de Bartolo, tout ici participe à l’ambiance comique recherchée.

La conscience de classe transpire partout : dans ce Figaro tatoué, alcoolique et brinquebalant, dans l’aplomb d’un Almaviva qui achète une solution à tous ses problèmes, dans les râles de la servante Berta. Le comte mufle et adultère des Noces de Figaro transparaît déjà, et le réactionnaire Bartolo assiste à la disparition de son monde, celui que Beaumarchais dénoncera dans ces mêmes Noces.

Belcanto oblige, la réussite d’une telle production doit passer par la qualité des voix. Les rôles secondaires ont fait l’objet d’une attention particulière : Alessio Caccamani campe un Basilio aussi menaçant que ridicule, déchaîné sur l’air de la calomnie. Le public n’a d’yeux que pour la gouaille de la Berta d’Andreea Soare, à la présence scénique remarquable, à la voix ample sur son air du sorbet, et au timing comique impeccable Gilen Goicoechea campe lui un convaincant Fiorello.

Le rôle de Rosina, écrit par Rossini pour une contralto, est tenu par la talentueuse mezzo-soprano Eléonore Pancrazi, dont l’insolente facilité vocale sied à merveille aux facéties de son jeu d’actrice. Elle offre ainsi au public un Una voce poco fa d’anthologie, tout en agilité et en souplesse. Grand méchant de l’opéra, le docteur Bartolo, dépassé par les événements et d’autant plus bête qu’il est confiant en son intelligence, est incarné par Marc Barrard, bien connu du public marseillais et qui sait mêler candeur et dureté tant dans son timbre que dans son jeu.

Le comte Almaviva est joué par le ténor Santiago Ballerini, que l’on devine amoureux de ce répertoire. Les nuances de voix, lumineuses, désinvoltes et présomptueuses, le font passer sans effort du faux professeur de musique à l’aristocrate imbu de lui-même. C’est Vito Priante qui incarne le personnage titre de Figaro – qui rentre en scène avec fracas avec le célébrissime Largo al factotum, impeccable et virtuose, avant d’emmener les nombreux ensembles de l’opéra avec son énergie contagieuse. Le public, conquis, réserve une standing ovation aux interprètes et à l’équipe de mise en scène.

PAUL CANESSA

Le Barbier de Séville a été donné du 26 décembre au 4 janvier à l’Opéra de Marseille.

Retrouvez nos articles Scènes ici