dimanche 24 mai 2026
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La Relève célèbre les pratiques artistiques émergeantes

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Amaya Cascio, Poupées fripon*nes, Tissus de récupération, Dinensions variables, 2024 Collaboration avec Romane Gautier, Performeur•euses : Romane Gautier, Gaël Leveque, Léna Bédague, Théo Giachetti, Yanni Raphael Pastor, Amaya Cascio, Lila Sohpilberg.

« Raconter et se raconter » pourrait faire office de formule d’introduction aux travaux des artistes sélectionné•es cette année à la Relève 8. Au château de Servières, 38 rue Edouard Delanglade, les drapeaux de latex de Lio Rof-Sanchez accueillent le public à l’entrée. Le titre renvoie à l’adresse du Consulat Général d’Espagne de Marseille, la pièce évoque le parcours migratoire de sa famille, les cicatrices héritées et le besoin d’incarner une transmission sensible de la migration. 

À côté, sur Le bouclier d’Hélène de Louise Chatelain, est gravé un arbre généalogique des violences patriarcales subies par les femmes de sa famille. Puis, elle propose aux spectateurices de poser leur oreille sur la barre métallique d’un lit superposé, disposé au fond de l’espace d’exposition, pour y entendre un témoignage de violence conjugale.
Dans la petite salle adjacente à l’entrée, se trouve un dispositif d’installation qu’Emma Cambier active par la performance. Sur une table, l’artiste manipule un briquet, des coupures de journaux, des lettres, une boîte… Entre documentaire et fiction, elle tisse un récit hybride qui lie des souvenirs familiaux à l’histoire coloniale des Antilles. Au centre de la salle d’exposition, les grandes structures textiles d’Hippolyne NXNN troublent la frontière de l’intime et de l’espace public. Puis l’espace domestique déborde, la peinture de Mailys Moanda sort de la toile pour envahir les murs et les sols. Ses larges damiers colorés rappellent certaines tombes guadeloupéennes et délimitent un lieu de passage, un seuil bariolé entre deux salles blanches, ou le souvenir et le rêve s’entremêlent. En face, les pièces de Suska Bastian font écho aux déplacements de sens d’éléments glanés et transformés par l’artiste, dans des perspectives de préservation de leurs essences et leurs imaginaires : des chaînes de voitures, des feuilles de palmiers…

Dans une salle fermée par un rideau, une tour d’enceinte dans une ambiance saturée de lumière verte diffuse un mash-up de la bande son du film d’horreur Conjuring et de grondements de station d’épuration. Cette installation de Marion Genty, renverse la hiérarchie des sens, et cherche à générer le sentiment d’angoisse à travers une narration concentrée dans le spectre sonore. Enfin, le grand « bestiaire quantique » de Jaguar (Anaël Martin) se déploie dans la dernière salle. Tout ce qui existe au monde est un amas de motifs, de phrases, de dessins dans l’espace et de petites sculptures disséminés qui fabriquent ensemble une constellation de concepts, de références, d’hommages et de logiques aussi farfelues qu’indubitables.

Jaguar (Anaël Martin), Tout ce qui existe au monde, Installation multi-médiums, Dimensions variables, 2024-2026

Identités et refuges

À La Compagnie, les huit artistes de la Relève inscrivent leur exposition collective dans une « cosmopoétique du refuge », en écho avec la programmation actuelle du lieu de création. Ici, les récits politiques sont des sources de réinvention de soi. La fresque colorée de Clef Grémil accueille les spectateurices, une grande chenille en transition se débarrasse au fil du temps des éléments en céramique qui la compose, ses seins découpés par des ciseaux ouvragés sont dispersés au sol, vestiges de ce geste de soin et de métamorphose fabuleuse. L’humour et le détournement sont des outils de transgression dans le travail de l’artiste et évoque ses expériences du handicap, de la transidentité et celles de ses proches. Une autre de ses pièces, un paravent mou faisant office de parois poreuse et souple au fond de la salle, délimite l’espace et encourage une douce indiscrétion.
Devant la fresque, des coussins en tissus malgache invitent à s’assoir devant des vidéos mise dos à dos : l’une d’entre elles montre le visage de l’artiste, Ellvina Bimanato, l’autre les mains de sa grand-mère qui démêle ses cheveux en décrivant la maison de famille détruite lors du coup d’état d’Andry Rajoelina en 2009. L’artiste fabrique à travers des sons, des silences, des gestes, d’autres langages qui permettent l’expression et la transmission de récits perdus, de liens intergénérationnels.
Derrière ses pièces, l’autel Télomètre de Gil Lekh, invite le public à naviguer entre les symboles de son identité queer qui le constitue. À travers un rituel de deuil et de célébration, iel visibilise les violences raciste et queerphobes des enfances similaires à la sienne. Et toi, t’as mangé ? (Et toi ? Ăn cơm chưa ?), où bien « Et toi, t’as souffert ? » selon la double interprétation que la formule implique, est un poème-dialogue transgénérationnel à destination des ancêtres de l’artiste.
À côté, des vêtements confectionnés en vàng ma, un papier de bambou avec lequel sont fabriqués au Vietnam et au Cambodge, de faux vêtements destinés à être brûlés pour rejoindre l’au-delà. Près de l’autel, les Poupées fripon*nes d’Amaya Cascio observent les visiteureuses, depuis leurs chaises bariolées. Inspirées d’une coutume familiale qui consiste à recouvrir les appareils électroménagers de housses de tissus et à y ajouter des yeux et des tresses, les poupées sont activées lors de performance Volver, volver onlybass’n reverb où elles se mettent à danser et chuchotent des secrets aux spectateurices. Les peintures d’Amaya Cascio sont disséminées dans la salle, autour d’une grande table de jeu de cartes nicaraguayen, le Chalupa Nicaraguense réinterprété par l’artiste.
Le Micro-Coeur en céramique de Lila Crnogorac est suspendu au centre de la salle centrale. C’est un objet de recueil de récit lesbien et de diffusion, d’amplification de paroles intimes trop souvent tues.
Dans la dernière salle, une vidéo réalisée au simulateur de vagues de la Grande Soufflerie, résonne et lie ses instruments de verres au sol et les céramiques de Valentin Saez qui gravitent autour. Toustes évoquent une préservation et une visibilité des désirs queers. Valentin Saez disperse dans l’espace d’exposition, une série de carreau et de Bojiltos, des gargoulettes espagnoles détournées, inspirés d’esthétiques historiques traditionnelles mises au service de la communautés queer, pour fabriquer des archives de récits déviants. 

L’exposition collective de la Relève 8, présente cette année une promotion d’artistes inventeur•ices de sens, aux grandes qualités plastiques et aux engagements politiques incontestables. L’archive glisse et bascule avec justesse dans l’imaginaire, connecte les récits entre eux et empouvoire respectivement l’évocation du souvenir et la réécriture de l’identité. 

NEMO TURBANT

La Relève #8 - Exposition collective
Jusqu’au 28 mars
Galerie Château de Servières
Le festival Parallèle se poursuit jusqu’au 7 février entre Marseille et Aix-en-Provence

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Amine Boudchart : atout chœur  

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© S.C.

Ils sont venus de toute la région Provence‑Alpes‑Côte d’Azur et de Corse : plus de 2 000 personnes ont assisté au spectacle Boudchart, savamment orchestré par Amine Boudchart, samedi 31 janvier au Silo, à Marseille – après être déjà passé par Montréal, Carthage ou Montpellier. 

En quelques années, le compositeur s’est imposé comme l’une des figures les plus singulières de la scène musicale marocaine, portée désormais par un succès international. Ce triomphe répond aux attentes des diasporas en quête de transmission patrimoniale à travers le monde. À rebours du modèle de la star intouchable, il fait du public le véritable cœur battant de ses concerts, transformant chaque salle en chorale géante. Communiqué en amont, le livret des paroles permet à chacune et chacun de se préparer et de maîtriser les textes, afin d’entrer pleinement dans l’interprétation collective. 

Un parcours atypique  

Né à Mohammédia en 1989, ce compositeur franco‑marocain incarne une génération pour qui frontières et cultures sont devenues poreuses. Au‑delà des classiques, ses compositions donnent à entendre la condition cosmopolite des Marocains du monde. Avec des œuvres comme Mosaïca, Bartiya Groove ou Jalsa, il tisse un paysage sonore où se répondent influences amazighes, andalouses, arabes et africaines. 

Sur scène, le cœur du phénomène Boudchart tient dans un geste simple : inviter le public à devenir chorale. Le concert se mue alors en véritable « expérience collective » où les spectateurs chantent à l’unisson des titres issus d’un patrimoine musical largement partagé. De l’emblématique Hajja El Hamdaoui à Ragheb Alama, en passant par Warda, Dahmane El Harrachi ou le groupe Babylone, c’est une ronde de célébrités qui est convoquée sur scène et portée par des milliers de voix. Sans compter l’aide des invités de la soirée, tels que Miry, Oualid Nadi et le groupe Issawa El Asri, qui ont pleinement participé à l’ambiance générale.

Dans un contexte de consommation culturelle fragmentée, ce chœur éphémère redonne corps à l’idée de communauté tout en réinventant les codes du spectacle live. Figure de la créolisation des mondes arabes, amazighes et africains, Amine Boudchart se pose en passeur de mémoires, ancré dans plusieurs traditions musicales tout en innovant dans les formes. En réorchestrant des classiques arabes pour un format choral massif, il opère un double mouvement : actualiser un répertoire associé à des héritages communs et retisser des liens dans une région fragmentée par les rivalités diplomatiques et économiques. Cet héritage musical, largement revisité par les artistes contemporains, trouve ainsi un nouvel écho auprès de publics jeunes et connectés. 

SAMIA CHABANI

Concert donné le 31 janvier au Cepac-Silo, Marseille

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La Pastasciutta antifascista

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© C. Calmettes

C’est autour d’un évènement peu connu de l’histoire italienne que le Zef invite à vivre Un Bon Moment – La Pastasciutta antifascista de Casa Cervi : une mise en bouche artistique de la création de Floriane Facchini, inspirée de l’histoire d’une famille de partisans qui, après la chute de Mussolini en 1943, cuisine pour tout leur village en signe de liberté et de solidarité. Pour cela, les sept frères Cervi seront fusillés. Facchini revisite e geste de résistance populaire entre cuisine, théâtre et récit pour interroger notre rapport à la liberté collective et à l’aspect politique de la nourriture en des temps troublés.

SUZANNE CANESSA

06 février
Le ZEF – Marseille

Baoum : le cirque comme doudou

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Baoum © Fanny Magot

Sous la pluie marseillaise, un matin ordinaire devient une expérience sensorielle partagée. Avec Baoum, la compagnie Scom propose un spectacle de cirque et de danse pensé pour les tout-petits, où souffle, bruit et mouvement composent une matière poétique. Une pièce qui rappelle que le jeune public est un public à part entière, peut-être le plus exigeant.

Le dispositif scénique se présente comme un cocon. Rose pâle et blanc dominent, les gradins miniatures et circulaires sont installés à hauteur d’enfant. Ici, pas de frontalité : tout invite à la proximité. Le temps de l’accueil est soigné, assuré par les artistes eux-mêmes qui distribuent des ballons de baudruche. Au centre, un ballon coiffé d’un casque, relié à une console de loopers, annonce l’univers sonore à venir.

Les premiers sons naissent du souffle s’échappant d’un ballon dégonflé, mêlé à des bruitages façon beatbox, joués en direct par Augustin. Ils accompagnent la performance de Violetta, une acrobate, qui pratique l’acrodanse, une discipline qui mélange danse et cirque. Ensemble, les interprètes explorent les liens entre l’air et le corps, le geste et le son. Le ballon devient membrane sonore, le souffle moteur du mouvement.

Baoum ne raconte pas une histoire au sens classique, mais développe une dramaturgie du sensible : gonflement, tension, attente, explosion. Chaque « baoum » est aussitôt adouci par un sourire, un geste rassurant, une pluie de confettis. La peur se dissout, le rire surgit. Sans discours pédagogique, le spectacle interroge subtilement l’interdit et sa transgression, en transformant l’éclatement du ballon en jeu partagé. La fin ouvre l’espace : les enfants investissent la scène, dansent, rient, entraînant parfois les parents. Le spectacle ne se regarde plus, il se vit.

ISABELLE RAINALDI

Spectacle donné le 31 janvier à Archaos, Pôle national cirque, Marseille.

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Préludes napolitains

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c A.-M.T.w

Par leur complexité, leur expressivité et leur technicité, les dix préludes de Raffaele Calace sont souvent comparés aux 24 caprices de Paganini pour violon. Cette œuvre colossale n’avait jamais été jouée à Marseille dans sa totalité. Né à Naples en 1863, le compositeur, avec près de 200 créations à son actif, est la figure la plus marquante de l’histoire de la mandoline. Il a transformé l’instrument, jusqu’alors cantonné à un rôle d’accompagnement, en un bijou de virtuosité soliste.

Avant les préludes, Palumbo a partagé la scène avec Vincent Beer-Demander, concertiste international, professeur au Conservatoire Pierre Barbizet et créateur de l’Académie de Mandoline de Marseille. Leur duo – deux mandolines dans un andante puis un allegretto grazioso – a révélé une belle complicité, les deux instruments jouant, dialoguant jusqu’au final jubilatoire.

Puis Palumbo s’élance seul dans les préludes. Le premier, d’une couleur romantique qui évoque Brahms, est interprété les yeux fermés, totalement habité. Le jeune soliste confie que c’est un prélude qu’il écoutait avec son père. Le second est plus fantastique, avec des accents verdiens, plus sombre, et s’achève par une ritournelle lumineuse comme un happy end après des heures obscures. Le troisième affiche densité et folie. Le cinquième abandonne la mélodie pour un discours plus intellectuel, avec des nuances extraordinaires. Le dixième en sol mineur a la stature d’un orchestre entier, intense et beethovenien. Le onzième est très court ; le douzième, en si bémol majeur, possède un côté mozartien. Le quinzième en sol mineur donne l’illusion d’un duo – mais c’est toujours un seul musicien. Et le dernier, dit Grand Prélude, couronne tout : une montée chromatique ahurissante qui débouche sur un moment d’allégresse intense, d’une élégance absolue.

Le programme se poursuit avec la Mazurka Op. 141, cette fois pour mandoline et mandole. Palumbo dans les aigus et VBD dans les graves, léger, dansant, virevoltant, excellent dans ce changement d’ambiance.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Le concert s'est déroulé le 31 janvier à Archipel 49, Marseille.

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Le jazz en commun

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Mare Nostrum Trio © X-DR

Richard Galliano, Paolo Fresu et Jan Lundgren se sont réunis il y a vingt ans pour une série de concerts, et le fruit de ce travail est devenu un projet qui dure : Mare Nostrum Trio. Cette année, ils sortaient leur quatrième album, Mare Nostrum IV, et se rendaient au Grand Théâtre de Provence pour faire découvrir au public aixois leur musique teintée de folk, à l’inspiration classique et toujours jazz.

Un trio aux trois nationalités différentes – suédoise, française et italienne – et un effectif inhabituel pour le jazz : accordéon, piano, trompette et bugle – sans batterie. Un jazz qui mêle mélancolie nordique avec la une chaleur méditerranéenne, une musique qui traverse l’Europe, et ses sensibilités. Le répertoire y est alimenté par chaque musicien de leurs compositions mais aussi de quelques reprises, comme Les moulins de mon cœur de Michel Legrand, La Vie en Rose qui conclue le concert avec une salle qui le reprend en chœur.

Dans l’ensemble, le jazz du groupe, reste dans une atmosphère suave, lisse, une ambiance rêveuse qui renvoie à des scènes de films rétro, des ballades sur les quais de Seine. Parfois, restant un peu trop en surface, les sonorités de ces instruments peinent à exprimer davantage de profondeur. Mais quelques morceaux font jaillir des pépites auditives comme les compositions atmosphériques de Richard Galliano sur Belle-Île en mer ou Aurore, enchaînées l’une à la suite de l’autre.

Il y a le souffle dans le coffre de l’accordéon, comme les vagues de la mer, ce vibrato, aussi qui donne un effet presque synthé à l’instrument. Paolo Fresu claque un rythme sur le bord de sa bugle et Jan Lundgren effleure les cordes dans le coffre du piano. Peu à peu une mélodie émerge, folklorique et entraînante, elle se transforme, de plus en plus crescendo jusqu’à éclore en ébullition jazz, pleine de variantes, et même une petite référence joyeuse à Hey Jude qui saisit le public.

LAVINIA SCOTT

Concert donné le 27 janvier au Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence.

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Les cordes de l’espoir

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Bilal Alnemr © ClasseekMusic

Les Cordes de Shams – Music for Intercultural Dialogue a été créée en 2024 à l’initiative de Bilal Alnemr, violoniste d’origine syrienne. L’association a pour vocation d’accompagner, de former et de soutenir de jeunes musiciens talentueux exilés en Europe. La soirée débutera par un court documentaire, Un violon contre la guerre, diffusé dans l’émission « Envoyé spécial » le 30 octobre dernier, retraçant le parcours remarquable de Bilal.

La projection sera suivie d’un concert de 30 minutes lors duquel Bilal interprétera la Partita n° 2 de J.-S. Bach. Composée vers 1720, c’est l’un des sommets absolus du répertoire pour violon solo dont on connait bien la Chaconne, mouvement final monumental de 15 minutes qui développe plus de 60 variations sur une progression harmonique de quatre mesures. Bach y crée l’illusion d’un orchestre complet avec un seul violon.

De Damas à Aix

Cette œuvre est digne de la vie incroyable de Bilal. En 2009, dans une maison de Damas, il découvre la musique classique dans la clandestinité. Depuis le toit, Bilal capte la chaîne Mezzo grâce à une antenne bricolée par son père qui lui a offert son premier violon. Fasciné par les virtuoses qu’il observe à l’écran, le jeune garçon apprend en autodidacte, reproduisant inlassablement leurs gestes, sans savoir qu’un jour ils deviendront ses professeurs.

Repéré pour son talent extraordinaire par des musiciens français, Bilal a l’opportunité d’étudier au conservatoire d’Aix-en-Provence et quitte son pays. Mais la guerre éclate en Syrie. Séparé de sa famille, pendant sept longues années, il poursuit seul en France sa formation auprès des plus grands noms de la musique classique.

Son parcours exceptionnel l’amène à jouer aux côtés d’Hélène Grimaud, Renaud Capuçon et Barbara Hendricks. Il intègre le prestigieux West-Eastern Divan Orchestra de Daniel Barenboïm, formation emblématique créée pour favoriser le dialogue entre jeunes musiciens israéliens, palestiniens et d’autres pays du Moyen-Orient. La musique devient pour lui un espace de paix et de rencontre.

Le Festival Ugarit

En 2016, grâce à la mobilisation et à la solidarité provençale, sa sœur et ses parents le rejoignent enfin. La famille s’installe à Vauvenargues, au pied de la Sainte-Victoire. Pour remercier ceux qui leur ont ouvert leurs portes, Bilal offre en 2022 un concert aux habitants. Celui-ci débouchera sur l’organisation du Festival Ugarit, qui se tient désormais chaque été –du 17 au 22 juillet 2026, cette année – en Provence. Son nom fait référence à la cité antique syrienne où furent découvertes les plus anciennes partitions musicales connues. Ce festival porte un double symbole : celle des racines syriennes et de l’hospitalité provençale.

Avec les Cordes de Chams, Bilal veut aller plus loin encore. Donner à d’autres artistes la chance qu’il a lui-même connue. La soirée du 7 février permettra au public de découvrir cette nouvelle action et de la soutenir.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Bilal Almener
7 février, 17h30 
La Manufacture, Aix-en-Provence

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Créé ensemble

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© Yohanne Lamoulère

Si d’ordinaire, venir au théâtre consiste à s’asseoir dans les gradins et à regarder les comédien·nes s’échanger des répliques sur scène. Surprise. Au Zef ces 29 et 30 janvier, le public devient le moteur de l’action. Adepte des dispositifs scéniques originaux, Anne-Sophie Turion déploie ici un récit participatif en cinq chapitres et invite son public à lâcher son téléphone, se rencontrer et surtout ralentir.

Un dispositif peu ordinaire

Dès l’entrée la consigne est donnée : « À votre arrivée en salle, asseyez-vous directement sur la scène. » Puis, une petite enveloppe orange avec écrit : « Ouvre-moi lorsque tu n’entends plus un bruit » est distribuée. Faire taire quarante personnes sans recourir à la parole est un pari risqué qui prend un certain temps. Pourtant, peu à peu, le volume baisse, les bavardages se dissipent.

Installés sur des chaises disposées en carré autour de la scène, les gens se regardent, perplexes, presque un peu gênés mais surtout à l’affût d’un silence devenu rare dans notre société. Les premières enveloppes s’ouvrent. Les premiers déplacements émergent. Puis attente. Silence. Perplexité. Soudain, une boîte tombe délicatement du plafond. Personne ne s’en doute encore, mais ce qu’elle contient est central. Il s’agit du décors, mieux les instructions de son installation. Avec une certaine réserve, chacun·e pioche sa mission allant d’aider à déplacer une énorme boulette de papier jusqu’à offrir des chips à ses voisin·es. Une musique de Stromae tourne en fond. Grâce aux micro-actions collectives, le décor s’installe peu à peu dans une ambiance, oscillant entre chantier et soirée improvisée.

Un spectacle collectif

Pensée comme un dispositif participatif et déambulatoire, la pièce place les spectateur·ices dans des situations d’interaction à la fois loufoques et intimes. Les tableaux se succèdent, remplis d’interactions et d’interrogatoires tantôt bruyants tantôt silencieux. « Quelle est la circonférence des oreilles de la personne en face de vous ? »

Habituée au détournement d’objets et aux créations collectives, Anne-Sophie Turion explore l’intime à travers une quête commune. Si l’histoire se déploie en cinq chapitres, elle donne la curieuse impression d’avoir vécu mille et une soirées laissant le cerveau bien rempli d’un tas d’informations insignifiantes sur ses partenaires de jeu.

CARLA LORANG

Le spectacle a été créé les 29 et 30 janvier au Zef, Scène nationale de Marseille.

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Marina Otero : Ce qu’elle appelle mémoire

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Kill Me, Marina Otero © Marina Caputo

Dans la lignée – plus pop et entraînante – d’Angélica Liddell, la chorégraphe Marina Otero creuse depuis 2020 un sillon passionnant, où les ambiguïtés de l’autofiction se heurtent à un rapport radical au corps et à la douleur. Troisième volet de son projet autofictionnel Recordar para vivir (se rappeler pour vivre), Kill me interroge une fois de plus, après Fuck me et le seule en scène Love me, la folie amoureuse, la crise intime et les lignes de fracture entre sincérité et performance. Sur scène, vidéos, témoignages, mouvements et retournements s’enchaînent pour donner vie à un alter ego dont les pulsions suicidaires n’ont jamais été aussi criantes.

Sincérité toute nue

Une fois de plus, la danseuse et chorégraphe s’incarne sur scène sans concession. Le récit débute sur un nouveau diagnostic psychiatrique, tombant comme un couperet : un trouble borderline. Les trois danseuses et la musicienne qui se joindront ensuite à elle – Ana Cotoré, Myriam Henne-Adda, Natalia Lopéz Godoy, Javiera Paz –, en souffrent également.

Tomás Pozzi, émanation d’un spectre de Nijinsky, est quant à lui atteint de schizophrénie. La mise à nu se fait ici aussi bien littérale que psychologique, dans un dispositif où les corps deviennent à la fois surfaces de projection, preuves vivantes et champs de bataille. Et la fragilité de se faire, plus que jamais, une inépuisable matière chorégraphique.

SUZANNE CANESSA

Kill me, Marina Otero

6 février
Pavillon Noir, Aix-en-Provence

10 février
Les Salins, Scène nationale de Martigues

13 février
Les Hivernales, CDCN Avignon

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Kill Me, Marina Otero © Sofia Alazraki

Duo ascendant

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Mega Lune © Camille Holtz

Zébuline. Vos textes sont souvent portés par des sujets de société, du féminisme à la géopolitique. Qu’est-ce qui vous plaît dans les textes à caractère engagé ?

Faustine. À la base, je suis artiste plasticienne et je fais du documentaire, milieu dans lequel nous travaillons déjà ensemble. Encadrer les thèmes de nos morceaux nous permet de rester ancrés dans la réalité, sans partir dans des limbes musicales autocentrées. On a ce rapport à la réalité crue, aux questions territoriales ou de migration, d’identité. Le féminisme est une lutte indispensable que je tiens au corps, un enragement. Cela me permet de m’affirmer en tant que femme et de tirer un fil depuis le texte jusqu’à la scène, d’essayer d’y mettre un coup de pied dans les codes de la chanteuse en la transformant parfois en monstre.

Votre univers musical est singulier : les riffs techno, EBM, synthwave s’habillent d’un chant pop qui tire vers le lyrique. Comment est née cette pâte ?

Tim : Faustine vient du chant lyrique, et j’étais plutôt un rockeur guitariste et chanteur dans mes jeunes années. On a eu envie de se retrouver dans ce projet et je me suis mis aux machines et au synthé, car c’est l’électro et la techno qui nous réunissaient. On s’est pas mal cherchés sur l’équilibre pop/techno et je pense qu’on s’est trouvés, à l’image des deux derniers titres de l’album : Queen of tyrannie et Megalo.

Dans le clip de Queen of Tyrannie – comme souvent dans votre direction artistique – on retrouve à la fois l’univers du drag, du gothique et des allusions au gore. Quelles sont vos inspirations ?

F. Le classique, le baroque, le métal… J’adore la question du genre brouillé, de l’entre-deux, d’où le drag : la performeuse trans russe Gena Marvin ou le groupe punk Fecal Matter m’inspirent beaucoup. On a aussi une fascination pour le monstre, la figure ambivalente, le personnage en mutation par différentes phases, comme la nymphose, qui nous passionne.

Côté vidéos, vous semblez prendre beaucoup de plaisir à imaginer et varier les ambiances de vos clips, que vous réalisez en grande partie vous-mêmes. Comment l’expliquez-vous ?

T. C’est notre métier et on a trouvé un endroit où l’on peut faire ce qu’on veut et nous-mêmes. Chaque single a un clip, c’est notre côté MTV des années 1990, Michel Gondry etc. On aimerait casser les murs entre les disciplines, et nous adorerions le faire à la release party du 7 février.

Quels sont vos projets et désirs pour 2026 ?

T. On veut avancer sur le deuxième album, et trouver un tourneur pour jouer plus. On veut se focaliser sur la scène, après avoir bossé les clips et la promo à fond pendant plusieurs mois. On va jouer au Nouveau Casino [à Paris, ndlr] avec un collectif, et on adorerait monter nous même une asso réunissant les artistes techno live de Marseille.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR LUCIE PONTHIEUX BERTRAM

Mega Lune (release party)
7 février
SoMa, Marseille

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