mercredi 28 janvier 2026
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Les bonnes feuilles de l’automne

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Avec Automne en librairies, les Librairies du Sud ouvrent leurs portes en grand durant quatre jours

Manifestation attendue, Automne en librairiesrevient du 8 au 11 octobre pour sa dixième édition. Durant quatre jours, 27 librairies réunies dans l’association Libraires du Sud, de Vaison-la-Romaine à La Seyne-sur-Mer, de Carpentras à Marseille, vont accueillir douze autrices et auteurs. Au programme : lectures, ateliers, dédicaces mais surtout échanges, entre écrivains et lecteurs.

L’Arche, invitée d’honneur

Pour cette édition anniversaire, les éditions de L’Arche sont à l’honneur. Maison fondée en 1949, elle s’est illustrée par son catalogue théâtral de Brecht à Lorca, en passant par Thomas Bernhard, Strindberg ou Tchekhov. Aujourd’hui dirigée par Claire Stavaux, elle poursuit une ligne éditoriale exigeante, attentive aux écritures contemporaines. Depuis 2017, la nouvelle collection « Des écrits pour la parole », en hommage au texte de Léonora Miano et dans le sillage artistique de Kae Tempest, ouvre la voie aux oralités non genrées. Elle se définit comme une maison où la radicalité formelle se conjugue à la vitalité politique.

Une démarche que viendront incarner en librairie plusieurs de ses auteurs : Jessica Biermann Grunstein, écrivaine nomade passionnée par la langue et les territoires, la performeuse Rébecca Chaillon,qui fait partie du collectif RER Q, espace artistique et activiste féministe et queer, l’autrice Sonia Chiambretto pour Peines mineures, texte qui donne voix à des adolescentes enfermées dans des centres éducatifs fermés ou encore le dramaturge Fabrice Melquiot.

Voix multiples

Automne en librairies s’attache à mettre en valeur une diversité de genres et de sensibilités. On y croisera Diglee, illustratrice et autrice qui relie poésie, féminisme et bande dessinée ; la journaliste judiciaire Marion Dubreuil, qui dans Mazan, la traversée du Styx interroge la violence sexiste à travers les procès qu’elle a couverts ou encore Régis Jauffret, prix Femina et prix Goncourt de la nouvelle, venu présenter Maman, récit intime autour de la figure maternelle.

Le roman contemporain est aussi à l’honneur avec Ramsès Kefi, qui signe avec Quatre jours sans ma mère (Philippe Rey) un premier texte remarqué déjà sélectionné pour de nombreux prix, dont le Renaudot ou encore avec Séphora Pondi, pensionnaire de la Comédie-Française, dont Avale (Grasset, 2025) s’annonce comme l’un des premiers romans les plus marquants de l’année. La BD et la jeunesse ne sont pas en reste avec Clara Lodewick, qui poursuit son exploration du réel avec Moheeb sur le parking, consacré aux adolescents réfugiés isolés et la romancière Laurine Roux.

Née en 1998, l’association Libraires du Sud regroupe 89 librairies indépendantes en Région Sud : « Notre objectif est de mutualiser nos forces pour donner plus de visibilité aux librairies, mais aussi de créer une solidarité entre professionnels », explique sa directrice Christelle Chathuant. Ce réseau permet d’échanger, de monter des actions communes et d’attirer l’attention du public sur ces lieux essentiels de la vie culturelle. Cette année, deux nouvelles librairies sont venues enrichir la constellation : Les Sauvages à Marseille, et Ô bonheur des mots, à Saint-Bonnet-en-Champsaur.

ANNE-MARIE THOMAZEAU
Automne en librairies 
Du 8 au 11 octobre
Dans les librairies partenaires de la région

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La Bella Città

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À Avignon, la Semaine italienne devient une quinzaine, toujours avec une programmation riche en terme de musique, de théâtre et de découvertes

La 9e édition de La Bella Italia (ou Semaine Italienne) s’est ouverte ce week-end avec un spectacle de danse folklorique d’Emilia Romagna, et l’inauguration du marché italien. Cette année encore, l’évènement propose une programmation culturelle riche, notamment sur le plan musical.

Le Grand Opéra d’Avignon poursuit sa collaboration avec le Consulat Général d’Italie. Il accueille à ce titre Amore Sicilia, concert mêlant baroque italien et musiques populaires avec la Capella Mediterranea, dirigée par Leonardo García Alarcón (17 oct.), et Italia! De Vivaldi à Fellini, dans lequel l’accordéon de Théo Ould rencontre les percussions et l’harmonie de l’Orchestre National Avignon-Provence (18 oct.). Au Théâtre des Halles, Lillia Ruocco et Lachat proposent Un Caffè à Napoli, un voyage musical dans le Sud de l’Italie en forme de duo voix-accordéon (11 oct.)

La programmation théâtrale aborde des thèmes liés à l’héritage, culturel comme familial. Au Théâtre des Carmes, Le Trafic de Pantalone puise dans l’univers de la Commedia Dell’Arte pour traiter de la crise climatique et des injustices d’aujourd’hui (12 oct.). L’auteur et metteur en scène Mario Putzulu questionne les liens familiaux, entre immigration et transfuge de classe, dans La Lettre d’Italie (Théâtre du Chêne noir, 10 oct.) et la Cie ASMA donne Une Conversation en Sicile d’Elio Vittorini, une enquête intime dans le contexte de l’entre deux guerre (Théâtre Transversal, 16 oct.)

Découvertes avignonnaises

Un accent particulier est mis sur la découverte de l’histoire italienne, et des liens qui unissent l’Italie à Avignon. Ainsi, le guide conférencier Emmanuel Rofidal propose une visite de la ville intitulée La Petite Italie dans la Cité des Papes (9 et 11 oct.). L’histoire culturelle italienne n’est pas en reste, avec Simonetta, promenade pop au Petit Palais, dans laquelle Caterina Barone retrace la vie de Simonetta Vespucci, connue pour avoir été la muse de Boticelli (11 et 12 oct.). Enfin, l’historien Guido Castelnuovo donnera une conférence sur le moyen-âge florentin à partir du Decameron de Boccace.

CHLOÉ MACAIRE 
La Bella Italia
Jusqu’au 19 octobre
Divers Lieux, Avignon

Festival Panorama : La Infiltrada, femme en mission

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Le film est tiré d’une histoire vraie. L’avertissement du générique d’ouverture authentifie une fiction qui, imaginée par un scénariste, serait proprement incroyable. Monica (Carolina Yuste), 20 ans, tout juste sortie de son école de police d’Avila, est recrutée par le commandant Angel (Luis Tosar), alias l’Inhumain, pour infiltrer l’ETA ( Euskadi Ta Askatasasuna : Pays basque et Liberté).

On est dans les années 90. Attentats, exécutions égrenées par la presse et la télé de l’époque et en chiffres-bilan sur des cartons à la fin du film, ensanglantent le pays. La guerre est déclarée entre toutes les polices du pays et l’organisation nationaliste basque. Monica devient Aranzazu Berrade Marín, s’installe à San Sebastian, fréquente les cercles de gauche indépendantistes, gagne leur confiance jusqu’à être recrutée par l’ETA. L’infiltration durera 8 ans. Huit années que le film parcourt en ellipses et en scènes-clés, dans le vertige du sacrifice de la jeune femme.

Une infiltration, c’est le risque sans la reconnaissance. Si ça tourne mal, prévient Angel, c’est une balle dans la tête par un membre de l’ETA ou par un policier qui ignorera sa véritable identité. Si ça tourne bien, aucune gloire. L’opération devant rester secrète à jamais. Les lauriers reviendront aux chefs des polices entrés en compétition. Cynisme, calculs politiques et carriéristes à peine esquissés par la réalisatrice mais bien présents. L’infiltration est à la fois une pression psychologique permanente et une abnégation. C’est la maîtrise totale et vitale de chaque détail qui pourrait trahir l’infiltrée, le masque qui colle au visage jusqu’à l’effacer, la coupure d’avec sa famille, et une solitude affective absolue.

Arantxa n’a qu’un chat pour passer les jours de l’an devant la télé de son petit appartement. Sa condition se rapproche étrangement de celle de Kepa (Iñigo Gastesi) celui qu’elle combat et doit aider. Solitude du militant devenu assassin, pris dans l’engrenage d’un engagement armé qui justifie sa vie et dont il ne peut plus s’extraire.

Mise sur écoutes, filatures, poursuites en voiture, courses contre la montre pour replacer un dossier volé, le film gagne en tension jusqu’au paroxysme de la cohabitation forcée de huit mois entre la jeune femme et deux terroristes dont Sergio Polo (Diego Anido), un vrai « méchant » de cinéma dont la brutalité et la bassesse entacheraient n’importe quel idéal.

Les films policiers ou d’espionnage comme les Séries ont largement utilisé le thème de la taupe –Infernal Affairs ou the Wire, en modèles. La réalisatrice, maîtrise les codes du genre, et donne au sien une authenticité historique – non seulement dans les faits et les décors mais encore dans les mentalités. Machisme ambiant des policiers comme des terroristes. La Infiltrada, c’est un formidable portrait de femme incarnée par l’époustouflante Carolina Yuste – Goya de la meilleure actrice en 2025, saisie en plans serrés sur son secret et dont les cris ne peuvent être que muets.  

ELISE PADOVANI

La Infiltrada de Arantxa Echevarría est projeté le 9 novembre à l'Espace Robert Hossein, Grans dans le cadre du festival Panorama 

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[Canebière Film Festival] Être ou ne pas être la femme de… ?

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La Femme de (C) Jour2fête

Une rue, la nuit. Une jeune femme qui se fait agresser, s’enfuit et monte dans un bus, l’air hagard. Un passager la regarde fixement. Cette séquence initiale du film de David Roux, La Femme de, adapté du roman d’Hélène Renoir, Son nom d’avant (1998) trouvera son sens plus tard.

La Femme de, c’est Marianne, la quarantaine (superbe Mélanie Thierry) qui arrive avec son mari, Antoine (Eric Caravaca) et leurs deux enfants, Laure une adolescente et le jeune Tim, dans une grande maison bourgeoise. La grand -mère vient de mourir et Antoine, le fils ainé, un riche industriel, gère le conseil de famille comme il dirige son entreprise et décide reprendre la maison, rachetant les parts des autres, malgré l’opposition de sa sœur Lili, qu’il chasse. Il faut que quelqu’un s’occupe du patriarche, impotent. Ce sera Marianne ! Dans cette riche famille catholique traditionnelle, on prépare la confirmation de Laure, on organise des repas. Tout repose sur Marianne à la disposition du grand -père, autoritaire, méprisant, dont elle doit s’occuper sans cesse dès qu’il la sonne ! Délaissée par Antoine, maltraitée par sa propre fille…Seul son beau- frère (Arnaud Valois) lui accorde attention et baisers… Peu à peu, Marianne se rend compte que cette demeure familiale est une prison dorée dans laquelle elle s’est laissée engloutir : obligations quotidiennes et sociales rythment sa vie. Un jour, un passé oublié ressurgit….

La caméra d’Aurélien Marra filme comme un véritable personnage cette maison aux multiples fenêtres, décorée avec soin par Chloé Cambournac; les plans de Marianne devant son bow-window révèlent tour à tour sa détresse et ses interrogations existentielles. On retrouve dans ce huis- clos l’atmosphère des films de Chabrol. Mélanie Thierry interprète à merveille cette femme au tournant de sa vie ; elle est de tous les plans et son visage exprime superbement sa blessure, ses doutes et ses questions sur l’avenir.
Un film qui met en question le pouvoir du patriarcat et donne l’espoir d’une émancipation.

Annie Gava

Cirque-théâtre au Théâtre des Calanques

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© X-DR

Au Théâtre des Calanques, la porosité des formes entre théâtre, danse, musique, opéra et cirque est une marque de fabrique. Dîners-spectacles sous chapiteau, propositions clownesques et formes hybrides investissent régulièrement les saisons, tandis qu’on trouve dans les créations théâtro-musicales de la compagnie une esthétique circassienne prégnante : déambulation, travestissement parades et mascarades, que ce soit dans La Porte d’Ensor (2024), Les Mariés de l’Apocalypse (2021) ou BaroKKo (2018). 

Inversement de la tendance avec sa nouvelle création, Un Rêve de Cirque, présentée en août dernier à Maussane-les-Alpilles dans le cadre des Inattendus de Maussane. Du « cirque théâtral » avec piste, numéros aériens, clowns, etc… qui accueille des récits, contes et compositions musicales, invitant à un monde burlesque et poétique.

Diva perchée 

L’entrée des différents artistes (Lucas Bonetti, Otto Camara, Patrick Cascino, Flavio Faciulli, Thibaut Kuttler, Claire Nouteau, Camille Noyelle, Jeanne Noyelle, Magali Rubio) sur la piste se fait à travers les volants écartés d’une robe à paniers de plusieurs mètres de haut, au sommet de laquelle trône une diva-musicienne-actrice-conteuse (Marion Coutris – qui signe la dramaturgie et le texte) annonçant ou accompagnant les numéros qui se déroulent à ses pieds ( scénographie et mise en scène de Serge Noyelle). On y voit « une danse de sabots de bois, des numéros aériens de sangles, de trapèze et de tissus, d’étranges palmipèdes, un petit chaperon rouge intrépide, une fille qui marche à l’envers au plafond, une diva perchée, un vélo azimuté, 3 petits clowns issus d’un songe Fellinien » qui font pencher le cirque « du côté des songes éveillés, de l’imaginaire et des désirs les plus loufoques ».

Le tout est accompagné des compositions musicales, à tendance jazzy, créées pour le spectacle, de Marco Quesada jouées en direct par les artistes

MARC VOIRY

Un Rêve de Cirque
11 octobre
Théâtre des Calanques, Marseille
À noter
Pour aller au Théâtre des Calanques, une navette gratuite part de la station de métro Périer à 19h15, sur réservation.
Le restaurant du Théâtre des Calanques sera ouvert à partir de 18h45 jusqu’à 20h.
Et pour le prix du billet, c’est vous qui choisissez : 1€, 2€, 5€, 10€, 15€, 20€, 30€, 40€… Un parti-pris de la compagnie qui invite ainsi chacun·e à témoigner, selon ses capacités, de son soutien au projet artistique du théâtre.

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actoral : Des mouvements imperceptibles

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© Simon Gosselin

Tout d’abord attirée par la philosophie et la poésie, Nacera Belaza s’est intéressée à l’écriture du corps. Constatant que la danse classique dirige les corps vers le haut, elle oriente ses recherches vers la pesanteur,le sol. Plutôt que la vitesse, l’accélération, elle choisit le ralentissement. En même temps, elle privilégie l’obscurité, la pénombre. Elle a ainsi construit un style, une manière, reconnaissable, et imitée. 

Pour la performance L’écho, Nacera Belaza s’est associée avec la comédienne Valérie Dréville, comédienne exceptionnelle, star du théâtre. On pouvait s’attendre à ce que sa voix surgissedans le spectacle, s’associant au geste. Il n’en fût rien.

L’obscurité comme décor

Le plateau est nu, baigné dans un nuage de fumée ; un faible projecteur l’éclaire en douche. Il faut que l’œil s’habitue à la pénombre pour voir apparaître une silhouette noire qui esquisse des frémissements. Peu à peu les bras s’élèvent, les genoux plieront aussi. Une bande son occupe l’espace sonore avec parfois des chants d’oiseaux, de voix. Un éclair lumineux plus intense permet d’éclairer rapidement les cheveux et les mains… Pour le salut, les deux interprètes apparaissent vêtues de noir, écho l’une de l’autre : on ne s’était pas rendu compte de leurs permutations.

CHRIS BOURGUE

L’écho s’est donné à La Criée  le 30 septembre et le 1er octobre dans le cadre d'actoral

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actoral : Improvisation en état altéré

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When the calabash breaks © Pietro Bertora

La performance When the Calabash Breaks est née de la rencontre entre Tiran Willemse et Melika Ngombe Kolongo, alias Nkisi. Le chorégraphe sud-africain et la compositrice et productrice belgo-congolaise créent ensemble un espace de transe musicale cathartique, ou l’état altéré devient matière à improvisation entre le danseur et la musicienne. 

Le petit plateau de la Friche est enfumé, quelques spots lumineux dirigés au plafond, comme des torches enflammées, sont disséminés dans l’espace, et les instruments de Melika Ngombe Kolongo au centre de la scène. Tiran Willemse, en sweat à capuche noir, est au sol à coté d’elle. Le petit plateau a des airs de fosse de rave techno : des balcons vides où la fumée s’élève au-dessus des perfomeureuses et jusqu’au plafond. La scénographie efficace oscille entre deux âges, rend hommage aux espaces rituels ancestraux et aux expériences de transes contemporaines. 

Tiran Willemse, sur les premiers beats se lève, pousse un cri dans le micro, se rassoit et recommence. L’intensité monte et lui gagne en énergie, il enchaîne les allers retours du mur du fond à la batterie centrale, saute, frappe le mur et danse, s’arrête, souffle, et recommence. Il entre et sort de transes auto induites accompagnées par Nkisi qui le regarde attentivement et improvise en fonction entre percussions classiques et électroniques. 

Le danseur prend l’espace, investit celui du public, sort de scène pour explorer le fond du plateau, saute sur les enceintes et frappe les murs, s’entrecoupe de danses de folie solitaire qui manifestent des présences fantômes. Ici, When the calabash breaks, (« Quand la calebasse se brise ») s’émancipe, exprime une colère cathartique qui se métamorphose en résistance collective et secoue le public autant qu’elle le convie. 

Nemo Turbant

When the calabash breaks a été joué à la Friche les 4 et 5 octobre dans le cadre d'actoral

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actoral : L’éclat des bâtards

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Archipel des batards © Th.BILANGES /GMEM

Éloge des bâtards est un de ses romans les plus graves, au sens musical du terme, d’Olivia Rosenthal. Il donne la parole aux abandonnés, aux cabossés issus d’unions non identifiées, de pères de passage, de mères désastreuses. Il dévoile leur force, leur capacité d’invention, d’obstination, à chercher, à comprendre, à rappeler, à réparer, à faire groupe. A défaut de famille, mais aussi avec une capacité de résistance politique que les autres n’ont pas : luttant contre un urbanisme qui a détruit une passerelle reliat leurs cités à la ville et détruisant leur quartier.

Construit sur un principe de couple entonné par chaque bâtard du groupe, et de refrain commun sur leur lutte, le roman se prête à une mise en lecture musicale, d’autant qu’Olivia Rosenthal performe son œuvre avec rigueur et rugosité,et parvient à en éclairer les aspérités, à faire sonner les rythmes et les consonnes sans jamais surjouer les sens.

 Mais L’Archipel des bâtards, porté par le GMEM et actoral, va au-delà de la lecture musicale : les lumières aussi accompagnent la danse des mots et un véritable dialogue, construit, écrit, s’installe s’installe avec Eryck Abecassis à la guitare. Sa musique aussi s’abâtardit de répertoires métissés, de chansons populaires, de samples pas nets, de sons saturés, de subtils larsens qui s’immiscent dans les mots. Ensemble ils font groupe, construisant un pont, comme s’ils recontruisaient cette passerelle vitale de ceux qui reconstruisent les voies effacées.

Agnès Freschel

L’Archipel des bâtards a été joué au Module du GMEM le 4 octobre dans le cadre d'actoral

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actoral : Intimité fasciste

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Three times Left is Right, Julian Hetzel © X-DR

Il est un intellectuel marxiste allemand, elle est son élève, sa cadette de plus de 30 ans, ils ont ensemble 3 enfants. Assez banal pour être vrai, sauf qu’elle est devenue raciste, d’extrême droite, appelant à la violence et attisant les peurs par un discours qui culpabilise la gauche. 

Ce pitch est celui de Three times Left is Right, il est aussi une histoire vraie, jouée par deux acteurs exceptionnels à nu (au sens propre au début) Josse De Pauw et Kristien De Proost. Deux acteurs flamands qui parlent en anglais pour figurer un couple allemand vivant en Autriche, mais aussi un couple à la ville qui ressemble beaucoup aux personnages qu’il incarne -il a d’ailleurs été choisi pour cela par Julian Hetzel. Sauf qu’ils n’ont que 20 ans d’écart et qu’elle n’est pas fasciste. Elle se plaint d’ailleurs que son rôle est le plus difficile à jouer parce qu’il est plus loin d’elle, même si elle semble y prendre un plaisir certain, et triompher à la fin de son mari pusillanime, après une scène hallucinante de sexe cannibale. 

Bref, Three Times Left is Right est sacrément troublant. Il s’attache à ce non dit qui traverse nos corps électoraux : comment passe-t-on d’une gauche convaincue, d’un socialisme raisonné, à une extrême droite violente et irrationnelle ? Par amour, par empathie, par peur de l’autre, par goût du sang ? Si elle y est venue par haine de l’étranger, lui semble céder peu à peu par amour pour elle, demander au public de faire un salut fasciste par empathie, réparer ses dégâts, confondre désir et violence, céder à la domination, et finir par vendre de la bière et des saucisses bien allemandes, dont il ne cherche plus à expliquer qu’elle ont été inventées par les Mésopotamiens. 

Une partie du public va partager les saucisses offertes, l’autre se demande si cela signe un renoncement, et sort. Par la gauche.

Agnès Freschel

 Three times Left is Right a été joué à la Friche les 4 et 5 octobre dans le cadre d'actoral

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actoral : Corps en eaux profondes 

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Spongebabe in L.A. Mercedes Dassy © Maladita

En entrant dans le grand studio du BNM on découvre parcourant le plateau au sol des lignes assemblées de chaînes et objets métalliques, reliées à un tissu sur lequel est imprimé un visage effacé. Et Kiddows Kim, à mi-scène, dos au public, courbé en deux, vêtu de différentes couches de tissu qu’il maintient retroussées sur ses hanches pour exposer ses fesses nues et ses jambes glabres. En chantonnant, il va reculer pas à pas de façon lente et hésitante en ligne droite vers le public, jusqu’à le traverser, toujours à reculons, en grimpant sur les bancs jusqu’au dernier rang. 

Spectre

Retour ensuite sur scène pour ingurgiter, accroupi, un liquide blanc, gratter des ongles un pantalon en semblant récolter quelque chose, qu’il met à sa bouche, régurgitant le tout sur le tissu. Dans la troisième séquence, il porte et rassemble avec beaucoup d’efforts les chaînes et objets métalliques reliées au portrait effacé, pour former une masse emmêlée qu’il arrive à suspendre à un crochet à l’avant-scène. Il se penche ensuite dessus, y enfouissant son visage pour hurler et produire des sons grimaçants avec sa voix, amplifiés et modifiés par des traitements sonores. Dans la dernière séquence, il enfile le pantalon souillé jusqu’à mi-cheville, et le visage figé et déformé par une grimace bouche grande ouverte, recule lentement pas à pas jusqu’à mi-scène, laissant deux lignes baveuses sur le sol. Puis va se recroqueviller derrière le public, près de la régie. 

Un parcours cathartique, aux images fortes et étranges, parfois repoussantes, traversé de fragilités et de déterminations voire de rage, habité par une créature spectrale, animale, mais aussi, de façon troublante : humaine. 

Papillons

Dans SpongeBabe, le plateau est recouvert de deux traînes de tissus blancs jusqu’à un lit XXL recouvert de nombreux coussins également blancs. Après être apparue allongée dans les tissus, s’être roulée dedans doucement jusqu’au lit, elle se dresse, visage clairsemé de strass brillants, enlève sa veste floquée au dos « SpongeBabe », pour apparaître vêtue de combinaisons en grosse résille, tissu sur la poitrine et à la taille, guêtres en mousse aux motifs de camouflage militaire, cheveux tirés en arrière par une très longue queue de cheval tressée.

Elle semble réagir à des signaux qui la font subitement changer d’état : s’écroulant en pleurs inarrêtables sur le lit, puis se prélassant et trouvant l’inspi en reliant des lettres écrites sur une tablette, elle se saisit d’un micro sans fil pour chanter « Papillons Papillons Papillons » ad libitum avec une voix autotunée. 

Constatant deux taches humides sur le tissu recouvrant sa poitrine, se saisissant de deux biberons, elle fait mine de se tirer le lait sur un fond sonore rythmique de machine à traire, qu’elle accompagne ironiquement et laconiquement de mouvements de hanche mollement rebondissants. Puis dansant de façon stéréotypée en ondulant sans fin sur un fond lointain d’acclamations d’un public. La scène semble devenir une chambre-studio d’enregistrement mental, où SpongeBabe, seule, entre lenteur, répétition, abattements, se fraye un chemin entre des images et attitudes stéréotypées, pour tenter de s’accorder à elle-même. 

MARC VOIRY

High gear de Kiddows Kim et SpongeBabe de Mercedes Dassy ont été présenté les 2 et 3 octobre au Ballet national de Marseille dans le cadre d’actoral.

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