jeudi 28 mai 2026
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Révolte ou tentative d’échec

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Revolte © Kalimba

Un fil. Une roue. Et une question: « Comment donner corps à tout ce qui nous indigne »

Dernier volet d’un triptyque (après Résiste et Respire), Révolte ou tentative d’échec offre un ultime manifeste politico-acrobatique. Sur scène, cinq femmes : une funambule, une danseuse aérienne et une acrobate se retrouvent prisonnières de leur agrès et tentent de s’en libérer à travers voltiges et cascades. Tandis que l’une cherche à garder l’équilibre, suspendue dans les airs, une autre lutte pour s’extraire du piège d’une roue qui la propulse dans une course effrénée. Les lois de la gravité sont en permanence mises à rude épreuve, mais le désir de liberté demeure plus fort.

Accompagnées par deux musiciennes, la performance est portée par une musique rock jouée en live. Habituée à défendre des messages forts, la compagnie Les Filles du Renard Pâle livre une création audacieuse et engagée, une invitation au dépassement de soi et à la prise de risque même lorsque tout semble s’effondrer…

CL
11 et 12 février
Châteauvallon Liberté, Ollioules

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Audiovisuel public : le Phénix ? 

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La braise couve encore, et l’audiovisuel public peut renaître de ce qui ressemblait pourtant, plutôt, à des cendres. La loi Dati sur le regroupement « France médias », prévoyait la fabrique d’une hydre infinie qui aurait résulté de la fusion de toutes les chaînes nationales et régionales de France Télévisions, de toutes les stations nationales et régionales de Radio France, de l’Institut National de l’Audiovisuel, de France Médias Monde, d’ARTE France et des chaînes parlementaires (LCP et Public Sénat). Combattue par le secteur et contestée par tous ceux qui tiennent au service public d’information, la loi regroupait et appauvrissait en particulier les antennes régionales et locales de télé et de radio, essentielles pourtant à la démocratie locale. 

Le projet Dati semble faire définitivement flop, enfin. La ministre de la Culture va bientôt quitter son ministère pour ses affaires parisiennes sans avoir fait passer ce qu’elle présentait comme une réforme essentielle et nécessaire. Mais cet abandon suffira-t-il à sauver nos radios et télés publiques qui essaient encore d’échapper à l’asservissement idéologique et capitalistique des médias privés ? 

Mettre en concurrence l’intérêt public 

La fin de la redevance décrétée par Macron en 2022 a mis à terre un audiovisuel public qui ne dépendait pas des fantaisies budgétaires des gouvernements, mais d’un reversement de taxes automatique. Mais dès les années Mitterrand et la privatisation de TF1, la mise en concurrence entre des médias privés, qui n’ont pas de cahier des charges, et des médias publics, qui ont des missions d’intérêt général non rentables, fragilisait le secteur. Puis l’arrivée des médias numériques et autres plateformes a fait exploser la concurrence dans un domaine où elle ne devrait pas avoir sa place. Car, il est presque incongru de le rappeler aujourd’hui, un service public n’a pas à être rentable, sa raison d’être étant de remplir des missions d’intérêt général.

En effet, les services publics ont été créés après la Seconde guerre mondiale par le Conseil national de la Résistance, pour faire nation et préserver du retour de l’horreur fasciste. La Radiodiffusion télévision française, RTF qui deviendra ORTF, a été créée en 1949 sur le principe du reversement d’une redevance par les usagers. Il est dans la logique du système capitaliste que ce système de solidarité soit systématiquement attaqué par les riches, qui ont un intérêt économique à engranger eux-mêmes l’argent public, mais surtout un intérêt idéologique à diffuser une pensée de la concurrence et de l’inégalité. Cet intérêt privé doit être contrebalancé, et non appuyé, par la puissance publique.

Or le principe entrepreneurial est à la base des réformes successives de l’audiovisuel public, dont la loi Dati devait parachever l’œuvre. Une bataille semble gagnée avec son enterrement, mais les menaces continuent de planer sur l’information et la création libres et de détruire la création audiovisuelle. 

Résister aux attaques

La menace est triple : 

  • le budget 2026 prévoit une coupe de 86 millions, dont 80 millions pour France Télévisions, qui doit couper dans ses antennes locales et dans la création 
  • la commission d’enquête parlementaire sur « la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public », créée et présidée par des députés Ciottistes, s’attaque, durant ses auditions encore en cours aux opinions -non exprimées à l’antenne- des journalistes et humoristes de « gauche » sans remettre en cause l’autorisation d’émettre des chaînes privées multi-condamnées de Bolloré et consorts 
  • l’IA est une gigantesque fabrique de fakenews plus vraies que nature provenant des dictatures d’extrêmes droites qui s’emparent du monde. Seule une digue très solide, faite de services publics, de médias indépendants, de régulation et d’éducation à l’information, pourra l’empêcher de submerger nos esprits.

Le gouvernement Lecornu 2 a-t-il pris conscience que la destruction de l’audiovisuel public précipitait la France dans les bras du RN ? Veut-il revenir en arrière et laisser enfin place à une information et une création audiovisuelle libres et d’intérêt général, fondées non sur des objectifs de rentabilité mais d’intérêt commun, de valeurs républicaines ? Rien n’est moins sûr, et il faudra que le nouveau ministre de la Culture en ait la conscience, et le souci. Que la gauche devra veiller à lui rappeler… 

Agnès Freschel


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The dog days are over

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The Dog Days Are Over 2.0 © Stefanie Nash

En 2014, Jan Martens proposait déjà The Dog Days Are Over. Une décennie plus tard, nouvelle génération, nouveaux acteurs : le chorégraphe est de retour avec The Dog Days Are Over 2.0, dans lequel on retrouve le même dispositif. Une horde de danseur·euses, surnommée les doggies, saute pendant près de 70 minutes. Pas de pause, les mouvements s’enchaînent avec une symétrie quasi millimétrée.
Dans cette pièce, la notion d’épuisement est au cœur du propos : jusqu’où les corps sont-ils capables de sauteer ? À force de répéter le même geste, qu’en reste-t-il ? Pas de musique, le bruit des pieds qui tapent le sol et les respirations se suffisent à eux-mêmes. Avec ce remake, Jan Martens tente une nouvelle fois le pari risqué de transformer des sauts en une œuvre artistique. Sauter devient un acte de chute, de lâcher-prise, de cohésion et de résistance.

C.L.
11 et 12 février
Le Zef
,Scène nationale deMarseille

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Trahisons, une histoire d’hommes

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Trahisons © Caroline Bottaro

Un homme et une femme, debout, un verre à la main. En quelques phrases, entrecoupées de silences pesant, on comprend que ce sont d’anciens amants, qu’elle a révélé leur liaison à Robert, son mari et ami de son amant, et qu’ils vont sans doute divorcer.

Cette conversation entre Jerry (Swann Arlaud) et Emma (Maria Kauffmann) est la première scène de Trahisons de Harold Pinter et mis en scène par Tatiana Vialle, mais c’est la fin de l’histoire. Une histoire d’adultère des plus banals, retracée à l’envers, de l’aveu à l’affront, de la rupture à la rencontre.

Grâce à cette narration à rebours, le public a toujours une information d’avance, sait qui cache quoi, qui sait quoi, ce qui lui permet de comprendre ce qui se joue dans chaque scène mieux que les personnages eux-mêmes. Lorsque Robert, ayant découvert la liaison de sa femme, déjeune avec Jerry sans le confronter, on apprécie d’autant plus la subtilité du jeu des acteurs que l’on sait ce que cache le cynisme de Robert (Marc Arnaud) et la lâcheté de Jerry.

Le revers de cette construction est qu’elle élimine toute anticipation car le public connait déjà le dénouement, et la mise en scène sobre et réaliste ne compense pas cela.

Emma au masculin

Le texte est précis, souvent percutant, mais il sonne creux près de 50 ans après son écriture, notamment parce qu’il met de côté le point de vue des personnages féminins. L’épouse de Jerry est régulièrement mentionnée mais résolument absente, et Emma n’a pour sa part pas vraiment de substance en dehors de sa relation avec les deux hommes.

Presque tout ce que l’on sait de son mariage, on l’apprend de la bouche de Robert, dont le cynisme n’a d’égal que sa misogynie. Il assume par exemple, dès la deuxième scène, avoir déjà mis « une branlée » à Emma, ce qui n’a d’ailleurs pas l’air d’alerter Jerry. C’est la seule fois que le sujet est mentionné : si Robert est régulièrement sur scène lors de scènes privées entre Emma et son amant, ce qui est un choix pertinent de Vialle pour signifier la menace qui plane, aucune scène de violence physique n’est montrée ou abordée.

Des trois protagonistes, seulement deux semblent intéresser l’auteur : Robert et Jerry. Emma est relégué à un rôle d’objet plus que de sujet, ce qui donne peu de chances à Maria Kauffman de briller. Cela est rendu abondamment clair lorsqu’après la confession d’Emma, son époux lui dit qu’il aime sans doute plus Jerry que ce qu’il l’aime elle.

La mise en scène de Tatiana Vialle ne prend pas la mesure de la misogynie inhérente à la pièce et passe donc à côté de l’opportunité de la déconstruire, ou ne serait-ce que de l’interroger.

CHLOÉ MACAIRE

Trahisons a été donné les 3 et 4 février à Châteauvallon, scène nationale d’Ollioules

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« Une fleur bleue qu’on trempe dans de l’acide »

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Kill Me © Mariano Barrientos

« Effectuer la transmutation, devenir une autre, plus forte, tellement plus forte, cuirasse épaisse ». Marina Otero a-t-elle lu ces mots de Chloé Delaume ? Ce que l’écriture et l’autofiction font du trouble borderline – et inversement – est au cœur de Kill Me et de sa savante composition : confession, rôle, stratégie, preuve, tout se contamine.

Perruques rousses, talons crème sur corps dénudés, flingues : Sarah Connor a pris quelques couleurs. Otero la convoque comme mythe de femme « ultra-forte ». Mais la musique empruntée à Terminator 2 – on le sait – n’est pas celle des robots : elle appartient à l’asile, à la fuite, au récit paranoïaque disqualifié – et pourtant avéré. Impasse passionnante : la puissance est brandie, l’enfermement gommé, la pop tient ici lieu d’armure.

Un autre fantôme arrive : Vaslav Nijinsky. Tomás Pozzi, double petit, rond, dégarni et grotesque, parle noir, jusqu’à lâcher l’inceste, puis à l’abandonner. Blessure-source possible du borderline, l’aveu reste sans reprise : qui parle de qui, et à quel titre ?

« N’est pas fou qui veut »

Le récit émerge d’un chœur borderline, à l’exception de Javiera Paz, fille de psychanalystes lacaniens, dont la fragilité affleure sous l’humour. Et, en dessous, Delaume encore : « La faille ne se referme pas, quelle que soit la façon dont on la remplit de terre. La faille ne se referme pas, ne se referme jamais. »

Le spectacle rebondit de l’une à l’autre, mais il n’est jamais décousu : il compose la dérive. L’écriture, très travaillée, organise l’induction sans fin qu’on appelle folie. Et l’élan vital finit par noyer le pessimisme – porté par le courage et le talent considérables des interprètes.

Ana Cotoré insulte ainsi avec délice Elton John pour une sombre histoire de droits refusés : Candle in the Wind, ode à Marilyn Monroe et Lady Di, deux autres figures blessées, trop « royales » pour un spectacle aussi trash. On bascule sur Angels de Robbie Williams : même plan tonal, mêmes fragilités identitaires. Et l’occasion pour Javiera Paz d’arpenter la scène affublée de patins à roulettes et d’ailes en plume blanche.

Natalia Lopéz Godoy se livre elle aussi avec émotion, monte sur pointes, tyrannise un Nijinsky trop frêle pour ses portés. Myriam Henne-Adda danse, pianote avec fougue et délicatesse, chante live – Une femme amoureuse – et convoque Édith Piaf de sa voix remarquablement charpentée.

C’est, une fois de plus, une histoire bien connue qui se dessine : celle « d’une fleur bleue qu’on trempe dans l’acide » – Chloé Delaume, dont les mots résonnent encore.

SUZANNE CANESSA
Kill Me a été joué le 6 février au Pavillon Noir, Aix-en-Provence et le 10 février au Théâtre des Salins, Martigues

Prochaine date : 13 février, La Garance, Cavaillon dans le cade des Hivernales

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(Bien) nourrir tout le monde

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Bénédicte Bonzi © Ulysse Raibaldi

Bénédicte Bonzi est docteure en anthropologie sociale. Lorsqu’elle est arrivée à Paris pour ses études, de son Ardèche natale, son choc fut tel en voyant le nombre de personnes démunis des moyens de manger, côtoyant une profusion de nourriture à vendre, qu’elle a rejoint les bénévoles des Restos du cœur, « pour comprendre avec eux ».

Une thèse sur le sujet plus tard, elle est devenue spécialiste des questions d’alimentation. Ses yeux se sont dessillés sur les choix politiques et économiques de notre société : « l’État délègue une mission impossible aux structures de l’aide alimentaire ; nourrir tout le monde, sans leur en donner les moyens ». Les lois contre le gaspillage ? « Un droit à l’alimentation bafoué », tant le système de défiscalisation offert à la grande distribution a des effets néfastes.

Coût vs investissement

« Combien nous coûte une nourriture qui ne nous permet pas d’être en bonne santé et abîme l’environnement ? » Avec un dispositif humiliant, qui distribue des produits de très mauvaise qualité, le risque est grand pour les bénéficiaires de développer diabète, carences, cancers… mais aussi des traumas. Son impact psychologique est invisible, mais réel. Pour l’évaluer, Bénédicte Bonzi a utilisé la grille de la psychiatre Marie-France Hirigoyen sur les violences faites aux femmes : honte, dévalorisation, contrôle, menaces de couper les ressources… les critères concordent.

Pourtant, des alternatives existent, basées sur une agriculture biologique et de proximité. Au premier rang desquelles une sécurité sociale de l’alimentation, inspirée par les mesures du Conseil national de la Résistance, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, pour bâtir une société plus juste et égalitaire. Cela coûterait cher ? Certes, mais pas tant que ça, au regard des bénéfices énormes de la solidarité sur la santé et le vivre ensemble. Un vaste changement de mentalités est nécessaire, mais selon la chercheuse, les personnes précaires n’auront aucun mal à s’adapter, car elles développent déjà une multitude de stratégies pour survivre. « Ce sera plus dur pour les classes aisées, qui se demandent pourquoi cotiser pour quelque chose qu’elles ont déjà, une alimentation de bonne qualité ? » Eh bien, conclut-elle, il est temps de ré-interroger les privilèges.

GAËLLE CLOAREC

La conférence de Bénédicte Bonzi a eu lieu le 4 février dans les locaux de La Provence, lors du festival d'Opera Mundi, Nourrir et relier les mondes, qui s'est tenu du 2 au 7 février à Marseille.

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Qu’as tu vu ?

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Mémorial de la déportation, Letonnie © Olivier Chomis

Guidé par la curiosité, la lumière et le hasard, Olivier Chomis présente au Théâtre La Passerelle une série de clichés personnels. L’exposition réunit quarante-et-une photographies allant de La Grande-Motte au mémorial du camp allemand de Salaspils. Elles ont été sélectionnées avec les commissaires Zeynep Kerhervé et Arnaud Baumann, images initialement intimes aujourd’hui exposées aux yeux du public.

Inspiré par Robert Doisneau, mais aussi par Bill Brandt et le cinéma des années cinquante, le photographe travaille exclusivement en noir et blanc à l’exception de quelques clichés. Jeux d’ombres, mouvements, silhouettes, solitude urbaine donnent à voir d’autres lectures de la ville et du monde. Sans calcul, la photographie devient un acte spontané, immédiat, naturel et permet de révéler ce que d’ordinaire l’on ne voit pas.

Olivier Chomis

jusqu’au 13 mars

Scène Nationale La Passerelle, Gap

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Le Nomad’ trouve son point de chute

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Le futur campus de la Plateforme © X-DR

En marge de la présentation de la programmation du festival Babel Minots, ce sont les contours d’un nouveau projet d’ampleur qui ont fait l’objet d’une conférence de presse ce 3 février. Julian Crozat, chargé de projet, dévoilait la future implantation d’un lieu culturel dédié à la musique et au jeune public géré par le Nomad’, sur le campus en construction de l’école du numérique La Plateforme, dans le quartier des Crottes. Pour rappel, Le Nomad’ perdait en 2024 ses murs historiques du boulevard de Briançon au profit d’Euroméditerrannée, après 25 ans d’activité.

Triple axe

« Il était important pour nous de retrouver notre ancrage d’origine dans le quartier d’Arenc », précise Julian Crozat. La Ville, séduite par l’idée de ce projet autour de la musique et du jeune public, suggère alors au Nomad’ de se rapprocher de l’école.

Le souhait du Nomad’ va à un rééquilibrage des propositions jeune public dans un espace de diffusion où elles n’ont que peu de place. Il programmera sur une centaine de dates à l’année des concerts jeune public mais également de musique actuelle, imaginés en partenariat avec ceux qui le souhaiteront, dans un grand auditorium de 1 000 places debout pour 500 assises.

En outre, il imagine un autre espace, expérimental et à visée des plus jeunes : le Petit Nomad’. Projet à hauteur d’enfant ouvert toute la semaine, il proposera des créneaux d’ouvertures aux écoles, crèches et structures partenaires ainsi qu’aux enfants du quartier, et un panel d’activités entre diffusion, transmission, accompagnement et mise à disposition d’équipements spécifiques.

Enfin, la structure développe un nouveau projet de « Café », sur une place publique à l’entrée du campus, ouvert à toutes et tous en journée. « Dans un quartier en totale rénovation, il est important qu’il y ait des espaces que les habitants du quartier peuvent s’approprier, nous voulons créer du lien »,explique encore le Nomad’.

Émancipation

Si les travaux sont en cours, le Nomad’ est consulté sur la configuration des espaces qu’il investira. La Ville porte ce projet avec le Nomad’, qui hybride pour la première fois son financement : « Le mix privé/public nous garantit une certaine force : à une époque où l’on ne sait pas ce qu’il se passera politiquement demain, à tous les niveaux, nous avons besoin de ne plus dépendre exclusivement des partenaires publics. Chaque projet est une lutte pour continuer à mener des actions, en coopération avec nos partenaires culturels. » Le projet devrait voir le jour dans son intégralité en janvier 2027.

L’équipe de Nomad’ © X-DR

LUCIE PONTHIEUX BERTRAM

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L’hymne à Alcmène

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© A.-M.T

À la demande de Roland Hayrabedian, directeur artistique de Musicatreize, le compositeur Patrick Burgan a créé une œuvre vocale autour d’Hercule, mythe que l’ensemble explore depuis quelques années. Nous l’appellerons Hercule a conquis les spectateurs. Burgan a bâti son œuvre autour de l’Amphitryon 38 de Jean Giraudoux. Jupiter, épris d’Alcmène, l’épouse fidèle du général Amphitryon, prend l’apparence du mari absent et la viole, la fécondant durant la nuit. Mais celle-ci préférerait se donner la mort plutôt que d’accoucher de cet enfant. Après de multiples rebondissements, Jupiter efface la faute mais exige que les deux amoureux engendrent un fils de leur propre union. Ils acceptent : « Ils l’appelleront Hercule ».

Conte mythologique

« J’ai toujours été fasciné par le personnage d’Alcmène, qui est d’ailleurs le nom que porte mon association crée en 2010 », explique Burgan. « Cette femme est un modèle […], une humaine inflexible n’hésitant pas à tenir tête à Jupiter lui-même par amour pour son mari. J’ai souhaité créer un conte mythologique autour de cette figure admirable. »

Pour donner corps à ce récit, la partition mobilise trois chœurs : Musicatreize, le chœur d’enfants de la Maîtrise d’Istres (direction Alexis Gipoulou) et le chœur amateur Attaca (direction Mila Bellier).

Dès les premières notes – un bourdon se transformant en sirènes languissantes –, la magie opère. Hélène Richer campe une Alcmène exceptionnelle, à la fois soliste remarquable et tragédienne totalement habitée. Marco Van Baaren incarne un Amphitryon touchant et sensible. Leur duo, dans la scène 2, fantastique et onirique, est poignant.

La scène 4, située à l’aube suivant l’enfantement secret, prend la forme d’une lumineuse ode au soleil, magnifiée par les chanteurs de Musicatreize, tandis que Mercure presse l’astre de se lever. Le chœur déroule l’histoire, brouhaha flamboyant et exalté de dieux tentant de raisonner Jupiter.

L’intervention spatialisée des deux autres chœurs, disséminés dans la salle, renforce l’immersion : d’abord en scène 5, reprenant les paroles d’Alcmène affirmant « je ne crains pas la mort », puis en scène 8, où ils incarnent les voix célestes ; une véritable symphonie de sons et de vibrations entoure les spectateurs. Lors de la scène finale, le ténor Xavier de Lignerolles surgit dans le public et invite à s’extraire du mythe. Dommage : on s’y sentait bien. L’humanité et la fidélité ont triomphé des dieux.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

La création a été donnée le 8 février au Foyer Reyer (Opéra de Marseille).

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Le Mucem regarde le monde

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Nabeul, Tunisie, 2019 © Marion Poussier

Au moment de présenter à la presse la programmation prochaine du Mucem, Cécile Dumoulin, responsable du développement culturel et des publics, le soulignait : « un musée de société ne se résume pas à un patrimoine matériel ; il doit intégrer le débat, les enjeux sociétaux, le lien ». Ce que les équipes s’attellent à faire exister à travers les expositions, bien-sûr. Mais aussi le MucemLab, qui pilote une activité de recherche pluridisciplinaire, sous la houlette d’Aude Fanlo : lors de rencontres, colloques, formations, y sont abordées toute l’année « questions environnementales, fragilités sociales, géopolitiques compliquées, souvent sous la forme de discussions libres ; au sens premier de recherche ! On cherche ensemble à mieux comprendre le monde ».

Cette démarche porte ses fruits : en témoigne le succès depuis cinq saisons des Procès du Siècle : chaque lundi, l’auditorium Germaine Tillon déborde de visiteurs souvent jeunes, parfois critiques, mais bouillant d’envie de débattre des sujets abordés. Thème jusqu’au 16 mars : C’est par où le futur ? Bonne question, pour des générations qui peinent à trouver des perspectives réjouissantes, sur une planète polluée par le capitalisme, aux sociétés meurtries par des inégalités inouïes et des algorithmes opaques.

Mères en Méditerranée

Les expositions porteront la marque de ce foisonnant questionnement contemporain. Particulièrement Bonnes Mères (du 18 mars au 31 août), que Pierre-Olivier Costa, président du Mucem, qualifie de « solaire et militante ». Pour Anne-Cécile Mailfert, co-commissaire avec Caroline Chenu, il s’agit de mettre en pleine lumière « les injonctions contradictoires faites aux femmes, montrer la réalité matérielle de leur corps, encore tabou, ou au contraire instrumentalisé, l’idéalisation et les ambivalences des figures maternelles ». 350 œuvres ponctueront ce parcours, avec plus encore que de coutume, au côté des items issus du fonds ethnographique du musée, le travail d’artistes contemporaines en nombre.

À partir du 28 octobre, Manger les images interrogera quant à elle l’iconophagie de l’Antiquité à nos jours. Comme le formule Raphaël Bories, conservateur du pôle Croyances et religions, « submergés par un flot d’images numériques, ne sommes-nous pas en train de nous faire dévorer à notre tour ? »

Autre temps fort, d’une durée exceptionnelle de 11 mois (à partir du 18 novembre), Mayotte, Maoré, La rencontre des mondes, consacrée à la culture de l’archipel. Le MuMa, fermé suite au cyclone Chido, est ainsi soutenu par le Mucem, de belle manière.

GAËLLE CLOAREC

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