samedi 5 avril 2025
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« Ilaria », le roadtrip ou la liberté

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La conquête de la désobéissance est lente, tortueuse. Ilaria est contrainte de suivre son père sur les routes, dans un road-trip sans but à travers l’Italie, d’autogrills en hôtels, des villes du Nord à la campagne sicilienne. Tout part d’un imprévu : une habitude que la mère d’Ilaria décide de ne pas honorer. Son père entraîne alors la petite fille dans son errance et dans ses frasques. La narration, tissées de phrases courtes, au présent, se déploie à travers le regard d’Ilaria. Elle laisse au lecteur le soin de deviner, d’interpréter ce que voit et pense la petite fille, de comprendre au fur et à mesure, avec elle, dans quoi son père l’entraîne.

Entre rêve et réalité

La relation père-fille est au centre du roman, surtout dans sa première partie. Fulvio, le père, est un homme instable, colérique, représenté soit au volant de sa voiture, soit entouré d’un nuage de fumée, un verre de whisky à la main. S’il semble principalement absent, physiquement ou mentalement, à la fois en fuite et en perpétuelle recherche de contact avec son ancienne épouse, il est aussi parfois pour sa fille un compagnon de jeux (légaux ou non) et de découvertes.

En arrière-plan, l’actualité politique dramatique de l’Italie des années 80 se dessine : attentats, prises d’otage. La montée de la violence au sein du pays entre en écho avec la frustration et l’agressivité grandissantes du père ainsi qu’avec l’enfermement progressif d’Ilaria dans un monde intérieur où la réalité et le rêve ne sont plus toujours dissociables. Son oubli du français au profit de l’italien est un symptôme parmi d’autres de l’effritement de son identité, alors que les mois et les villes se succèdent. Dans ce cadre, la désobéissance, c’est aussi apprendre à se défaire des promesses non légitimes, des relations imposées. 

GABRIELLE BONNET

Ilaria ou la conquête de la désobéissance de Gabriella Zalapì
Zoé - 17 €

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Miramas dit « Yes ! » au jazz

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Yes ! Trio © X-DR

Yes ! Trio venait jouer ce soir-là, au Théâtre de la Colonne à Miramas, un répertoire issu principalement de son troisième album, à l’invitation de Marseille Jazz des Cinq Continents dans le cadre de son « Parcours métropolitain ». Aaron Goldberg (piano), Omer Avital (contrebasse) et Ali Jackson (batterie) hissent l’art de l’interplay à des sommets. Le set est principalement conçu à partir de compositions originales, sur lesquelles les musiciens se livrent à des appels et réponses d’une profondeur rare. Au jeu de batterie aux accents de second-line répond un piano impressionniste, pendant que la contrebasse navigue entre soul et blues yéménite – Avital a su intégrer ses racines moyen-orientales dans son jeu be-bop avec une facilité qui frôle l’insolence. À l’heure où le pays d’origine de ses membres s’enlise dans un cauchemar aux relents plus que réactionnaires, Yes ! Trio se présente comme une vraie démocratie à l’œuvre, assumée par un groupe qui aurait trouvé son asile politique dans le jazz. Lorsqu’il annonce l’un des deux standards joués ce soir-là, The best is yet to come, le pianiste devait d’ailleurs préciser : « Ce n’est pas un hommage à Trump ». On s’en doutait.

LAURENT DUSSUTOUR

Concert donné le 16 novembre au Théâtre La Colonne, Miramas. 

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Taoufiq Izeddiou transcende le Bois de l’Aune

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La terre en transe @ Laurent Philippe

Sur scène, trois musiciens et neuf danseuses·eurs nous plongent dans des transes des quatre coins du monde, portés par des rythmes entêtants, alternant chants traditionnels et musiques plus contemporaines. Dans La Terre en Transe de Taoufiq Izeddiou, les corps, comme possédés, évoluent sur une scène épurée qui souligne l’intensité de leurs mouvements. Les jeux de lumière créent des atmosphères variées, accentuant les émotions et les différents états de transe. Le public se retrouve ainsi hypnotisé par les interprétations très personnelles de chaque danseur… pour être régulièrement transporté, à nouveau, par l’énergie du groupe. On perçoit des visages concentrés et grimaçant, des pieds frappant énergiquement le sol ou des caisses de résonance, des bras désarticulés qui emportent les corps dans des mouvements saccadés, répétés encore et encore. Et parfois, un visage disparait et laisse place à un masque, anonymisant la transe. C’est un véritable lâcher-prise que nous offre cette performance où la transe est proposée comme une échappée, un antidote à ce monde qui va trop vite, qui est fatigué. Taoufiq Izeddiou explore la notion d’épuisement, car selon lui « dans une fatigue du corps, une certaine vérité apparait ».

La Terre en Transe est le troisième et dernier volet de la trilogie Le Monde en Transe, créée par le chorégraphe au sortir de la pandémie de Covid-19, pour réunir les danseurs confinés, mais aussi les libérer après cette période d’enfermement. Sa dernière performance Danser la ville, explorait déjà l’idée d’une transe libératrice : les participants à des ateliers réguliers organisés au Bois de l’Aune – qui collabore avec l’artiste depuis plus de 10 ans – étaient invités à reconsidérer l’usage des pieds et leur rapport au sol et à la terre, avec l’idée de s’affranchir du poids du monde. 

CÉLIANE PERES-PAGÈS

Spectacle donné les 15 et 16 novembre au Théâtre du Bois de l’Aune, Aix-en-Provence.

À la Cité de la Musique, le blues saharien de Sidiaz

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© A.-M.T.

Un périple entre blues du Mississippi, rock’n’roll et musiques traditionnelles du désert. C’est ce que propose le groupe Sidiaz emmené par son chanteur et compositeur Salaheddine Zaidi qui, innovant et curieux, puise à de multiples influences. La première chanson plonge le public dans un rock qui semble tout droit sorti des années 1970, étrangement planant comme un morceau de Led Zeppelin. Les textes, eux, sont en arabe dialectal et poétique. Car si la rythmique est pop, les mots évoquent l’éthique du nomade, les vastes étendues désertiques, la sensibilité, la fragilité de la vie, l’humanité. Pas une once de colère ou d’agressivité dans le jeu des trois musiciens qui évoluent dans une fluidité évidente. Salaheddine, aux yeux de velours, au sourire d’une douceur infinie, presque timide, à la verticalité un peu raide, semble presque s’excuser d’être là et surpris de l’immense reconnaissance d’une salle rapidement débout. 

Sidiaz a le groove partageur et fait participer le public qui tape les syncopes avec les mains et chante même, comme dans le morceau Zeina quiévoque la beauté d’une nuit étoilée. L’excellent et puissant batteur Charly Guérin – on pense parfois à Larry Mullen Junior, le batteur de U2 – impose le rythme, l’énergie, chaloupé par la basse de Lucas Zemmour. Avec sa guitare électrique et sa voix qui s’élève vers le ciel comme dans une transe, Salaheddine Zaidi donne la touche orientale à l’ensemble. Les morceaux s’enchaînent, issus du blues le plus pur mais aussi d’un répertoire de musiques traditionnelles des Gnawas ou des rythmes à cinq temps des Aïssawa (confrérie soufie marocaine qui développe une forme musicale rituelle typique de la ville de Meknès), et même du chant grégorien. À la dernière chanson, Nour (la lumière), la guitare prend des sonorités de oud, la voix s’élève dans le ciel comme une transe. La salle, chante, danse, tape dans les mains, énivrée de chaleur saharienne. 

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Concert donné le 16 novembre à la Cité de la Musique de Marseille.

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Ivo Pogorelich : le roi du silence

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Ivo Pogorelich © Andrej Grilc

Une légende précède, encore aujourd’hui, Ivo Pogorelich. Adoubé par Martha Argerich pour sa lecture unique, géniale de son bien-aimé Chopin, le pianiste serbo-croate s’est depuis les années 80 taillé une place considérable dans le monde de la musique classique. Place désertée de temps à autre au gré, notamment, d’un deuil difficile : celui de sa femme et professeure en 1996, qui le poussera à disparaître longtemps de la scène.

Il faut admettre que ses récitals ne ressemblent à aucun autre. Plus d’un quart d’heure avant le concert, le pianiste est déjà sur scène, affublé de lainages et d’un masque sanitaire, à tester au clavier des harmonies douces et hasardeuses. Il le quitte enfin à vingt heures, pour y revenir quelques minutes plus tard, en complet et queue-de-pie, ses – très vieilles. – partitions à la main, dans une salle encore éclairée, et non pas le noir choisi par la plupart des solistes de sa génération. Sa tourneuse de pages ne pourra pas éviter la catastrophe : le délabrement du recueil en pleine exécution, sur les doigts mêmes du pianiste. Mais Ivo Pogorelich demeure imperturbable : du – très beau – Scriabine donné en ouverture au Nocturne de Chopin donné en bis, il ne mettra jamais des côté ses feuillets et n’adressera que de rares regards au public, occupé à divers tocs que l’on ne pourra trouver que charmants. À l’heure où ses confrères rivalisent de technicité et de goût de la performance, ce refus du par cœur, de pièces tape-à-l’œil ou de sommets de virtuosité semblera plus que rafraîchissant à certains, et quelque peu frustrant pour d’autres. Nous nous rangeons de toute évidence dans la première catégorie : outre que la technique de Pogorelich demeure indéniable et force le respect, notamment sur les Moments Musicaux de Schubert, une telle musicalité transpire de cette interprétation toute en douceur et pudique émotion, qu’on ne saurait lui tenir rigueur de quelques bizarreries, et de ce goût de la lenteur et du silence. On aura rarement entendu Schubert ou le plus sémillant Scriabine ainsi mis à nus, chanter de façon aussi poignante ; et la Sonate Funèbre de Chopin déployée dans une architecture aussi transparente, évoquant dans toute sa complexité le cérémonial de la marche, et la permanence du deuil.

SUZANNE CANESSA

Concert donné le 19 novembre à La Criée, théâtre national de Marseille, dans le cadre de la programmation de Marseille Concerts

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En route avec Ladaniva

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Jaklin Baghdasaryan du groupe Ladiniva
Jaklin Baghdasaryan du groupe Ladiniva © Charles Pozzo di Borgion

La salle mythique du cours Julien vit des heures intenses renouvelées, grâce au succès des programmations du Café Julien et ses soirées l’EJ c’est le S – qui réunissait un plateau rock à guichet fermé le 13 novembre avec Pleasures, Hey Bronco, No Jazz Quartet et Rahewl – doublés de concerts intelligemment éclectiques, dans la grande salle. Le lendemain, c’est Ladaniva qui emplissait l’ancienne halle d’effluves musicales envoûtantes. L’on ne saurait trop dire si c’est la voix ultra maîtrisée de Jaklin Baghdasaryan – qui glisse de notes poignantes de poitrine en voix mixte d’une grande précision puis en envolées de tête tout aussi justes –, son aisance scénique et sa propension à la danse, ou bien l’expertise de la formation musicale, mais une chose est certaine, le tout emporterait le plus sceptique. 

Bientôt à l’Eurovision ?

Il est d’ailleurs intéressant de découvrir toute une communauté arménienne marseillaise, venue massivement acclamer le groupe, et sa participation en chœur à quelque chanson du pays revisitée. Cela dit, il faut rendre à la musique live ce qui lui appartient d’unique et de très tangible : les riches compositions écrites par Jaklin et Louis Thomas, duo à l’origine du projet, sont jouées avec brio par les cinq excellents musiciens les accompagnant (mention spéciale à la section cuivres/vents). Pour comprendre le succès assez fulgurant du projet lillois – ayant à son actif des Inouïs à Bourges, des Transmusicales à Rennes et un Eurovision en 2024 pour représenter l’Arménie (si, si!) –, il faut expliquer le voyage sonore proposé par leurs concerts. Les morceaux vont puiser, au delà de racines balkaniques certaines, dans les rythmiques traditionnelles apprises au cours de voyages en Amérique du Sud ou à la Réunion, et c’est sans doute dans ces formules populaires que repose le secret du mélange à la fois festif et très émouvant de la formule Ladaniva. 

LUCIE PONTHIEUX BERTRAM 

Concert donné le 14 novembre à L’Espace Julien, Marseille.

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Isabelle Courroy : la fibre oblique 

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Instrumentiste transfuge de la flûte traversière contemporaine dont elle a suivi le parcours de concertiste, Isabelle Courroy s’est saisie d’une flûte pastorale ancestrale jouée par les bergers d’Europe orientale et d’Anatolie appelée kaval. Elle s’est spécialisée dans le jeu de cette famille de flûtes dites obliques dont elle a développé les dimensions à la fois ancestrales et contemporaines. Bravant l’exclusivité de ses usages masculins,elle est la première femme soliste des flûtes kaval qu’elle a emmené vers la musique de création. Après plusieurs disques salués, elle revient avec un triple album dans lequel elle convie quarante artistes, qui synthétise son passé de flûtiste traversière spécialisée dans les répertoires contemporains et son présent de flûtiste oblique abreuvée à la source archaïque des flûtes pastorales.

On retrouvera dans Confluence#1, des compositions originales de la flûtiste. Elle a réservé à l’opus 2 de sa trilogie, Confluence#2, une place centrale à la voix incarnée par Françoise Atlan, Katerina Papadopoulou, Marijana Pavlova, Maria Simoglu et Gülay Haçer Toruk. Les dix mélodies rassemblées dans cet album, sont issues de répertoires traditionnels d’Arménie, de Bulgarie, de Grèce et de Turquie. Qu’elles soient instrumentales ou vocales, toutes sont des joyaux. Les arrangements accordent une place exceptionnelle aux instruments à cordes aux noms qui font déjà partir en voyage : sétar, santur, lyre pontique, nyckelharpe, laouto, oud et mandole… qui offrent aux côtés des percussions une palette sonore d’une richesse étonnante. Confluence#3 est un mélange de compositions et de commandes d’œuvres à Michel Moglia, Zad Moultaka et François Wong pour flûtes obliques, kavals, bande et électronique. On aura la chance de l’entendre en concert le 23 novembre à la Cité de la musique et le 30 novembre au Vélo théâtre (Apt).

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Une éloge de l’oblique, Isabelle Courroy
Buda musique
À venir
23 novembre : Cité de la Musique (Marseille)
30 novembre : Vélo Théâtre (Apt)

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Alexia Barrier

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© Georgia Schofield

Les Carnets Intimes sont des rencontres qui mêlent un entretien mené par Nathalie Négro, directrice de Piano and Co, et une prestation musicale. Il s’agit de convier des femmes aux parcours remarquables pour mettre en lumière les talents au féminin. Après la metteuse en scène Macha Makeïeff, la directrice du Frac Sud Muriel Anjalran, c’est au tour d’Alexia Barrier de venir livrer ses souvenirs musicaux. En 2018, la navigatrice boucle en solitaire la Route du Rhum, puis sn 2021, le Vendée Globe. Aujourd’hui, elle lance The Famous Project pour constituer le tout premier équipage féminin à faire le tour du monde, sans escale ni assistance. Marine Rodallec, au violoncelle et Adrien Avezard au piano interprèteront les pièces fondatrices pour l’invitée.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

26 novembre
Archives départementales, Marseille

Alexander Drozdov 

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Alexander Drozdov © Massimo Giocondo

Marseille Concerts convie l’âme russe au foyer de l’Opéra pour un concert en matinée avec Alexander Drozdov, pianiste de renommée internationale. Le programme explore trois œuvres emblématiques du dernier grand représentant du romantisme russe Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : Variations sur un thème de Corelli, op. 42, Études-Tableaux et Préludes. Le journaliste Olivier Bellamy, directeur artistique de Marseille Concerts le cite dans son Dictionnaire Amoureux du Piano : « depuis Nicholas Angelich, c’est la personnalité musicale la plus fascinante apparue sur le planète piano […] sa très grande noblesse intérieure, sa sensibilité à fleur de peau le placent parmi les plus grands ».

ANNE-MARIE THOMAZEAU

24 novembre
Grand foyer de l’Opéra de Marseille 

Roman existentiel 

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Il est question, pour la narratrice Andrea et son compagnon Tom, de réaliser un documentaire sur un écrivain célèbre au crépuscule de son existence, Richard Wechsler. Ce dernier ne se prêtre pas vraiment à l’exercice, invoquant des raisons théoriques sur les liens entre la littérature et la vie. Elles constituent la part la plus dense et profonde du texte (« Vous croyez que cest ma vie qui fait de moi ce que je suis ? »). Tout le reste est éloge et surtout épreuve de la simplicité, voire de la banalité, jusqu’à l’absurde et le cynisme, concernant le sens de la vie. Ce qui n’est pas simple, en revanche, c’est la lecture d’un texte volontairement fuyant, insaisissable, à l’image de ce que vivent les personnages. Leur identité est comme fragmentée d’un rush à l’autre, d’un paragraphe à l’autre, quand elle ne part pas en fumée. Le lecteur est ainsi convié à éteindre l’incendie, à reconstituer un puzzle, tout au long de sa lecture.

Silence on tourne

Mais l’unité essentielle du roman est là. L’absence de ponctuation et d’autres repères typographiques censés structurer les différentes voix du récit confère à la lecture un inconfort par lequel, paradoxalement, le lecteur peut reconnaitre ses doutes et ses questionnements les plus intimes. 

L’écriture saisit le travail et le flux incessant de la pensée, qui se manifeste par le surgissement intempestif et hybrides de mots et d’images. C’est dans ce chaudron bouillonnant que le motif du documentaire prend forme. Andréa s’empare d’une entrée en matière autour de laquelle tout gravitera : un amour de jeunesse de l’écrivain, Judith, à la fois personnage et témoin. 

Ce roman, désorientant autant que désorienté, est une manière, pour le romancier, de mettre les moyens de la littérature à l’épreuve de tout le reste de la vie.

FLORENCE LETHURGEZ

LHeure bleue de Peter STAMM
Traduit de l’allemand (Suisse) par Pierre Deshusses
Christian Bourgois éditeur - 21 €

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