samedi 5 avril 2025
No menu items!
Plus d'infos cliquez ci-dessousspot_img
Plus d'infos cliquez ci-dessousspot_img
Accueil Blog Page 58

 « Ça arrive », La culture du viol vue du commissariat

0

Une femme le visage en sang, vêtue de ce qui ressemble à une blouse bleue d’hôpital, nous fait face sans nous regarder. Ses yeux noirs sont fixes, Elle paraît absente à elle-même. Voilà l’affiche-choc du cinquième long métrage de Sabrina Nouchi : Ça arrive, en salle le 27 novembre.

Un film marseillais à tout petit budget, tourné en une semaine, dans la lignée du cinéma guérilla. Un récit localisé dans un commissariat du 1er arrondissement de la cité phocéenne. Dans les rôles principaux, trois comédiens complices : Andrea Dolente, Milo Chiarini et Catherine Sorolla (par ailleurs co-scénariste), tous trois coachs au sein de l’école fondée par la réalisatrice : La Fabrique de l’acteur. Dans les rôles secondaires Sabrina Nouchi elle-même, et des élèves dont le jeu n’a plus rien de scolaire.

Le dispositif est a minima : on restera en huis clos dans les locaux de la brigade des mœurs de Marseille – appelée désormais la Brigade de répression du proxénétisme. Là, Sébastien Virende, officier de police en fin de carrière, remplace son major depuis quelques mois. Il travaille depuis longtemps avec une collègue chevronnée, Johanne Belaga, et depuis peu, avec une nouvelle recrue Anthony Rizzo. Qui « drague » Johanne.

Ça n’arrive pas qu’aux autres

Chaque jour, avec professionnalisme, sans manifester d’affects, ils recueillent les plaintes de victimes de viol, démêlent dans leurs récits ce qui est dit, ce qui est tu, ce qui pourrait être affabulation. Ils gèrent les explosions de violences, les effondrements, les confrontations entre accusé et accusateur. Sans savoir ce que fera la justice des uns et des autres. Malgré l’humour, les fous rires entre deux drames, l’amitié qui les soude, ils sont souvent tentés de démissionner tant il est difficile de prendre sur soi à longueur de journée toute cette souffrance, d’entrer dans cette intimité saccagée. Parfois, comme eux, on hésite devant une histoire d’amour interdite entre une handicapée mentale et son éducateur : la loi est-elle toujours juste ? Dans le jeu sexuel consenti, à quel moment les choses peuvent-elles déraper ?

La  réalisatrice, en juxtaposant les dépositions, donne à entendre la complexité de chaque cas, et à voir l’omniprésence de la violence dans nos sociétés à travers une quinzaine de situations savamment orchestrées. Le titre l’indique bien, Ça arrive, et pas qu’aux autres. Surtout aux femmes, quand même. Ménagère de moins de 50 ans, vieille femme de plus de 80, assistante sociale, marginale, professeure, hétéros, homosexuels, et même policière…

On pense forcément à Police de Maïwenn, en plus modeste et plus concentré sur le sujet du viol. On pense aux chiffres toujours effrayants : 114 000 enregistrements pour violence sexuelles en 2023, sachant que beaucoup de victimes ne portent jamais plainte.

ÉLISE PADOVANI

Ça arrive, de Sabrina Nouchi

En salles le 27 novembre

« La bella estate », sous le signe du désir

0
(C) Out Play films

Cesare Pavese a été très peu adapté au cinéma. Antonioni l’avait fait en 1955 avec Le Amiche, inspiré par le roman Entre femmes seules (1949). Laura Lucchetti accepte, avec « un élan d’amour et beaucoup de peur », la proposition  d’adapter La bella estate, de cet écrivain qu’elle adore, « qui parle si bien de la jeunesse, de cet âge où tout est possible et tout est effrayant. »

On est à Turin en 1938. « À cette époque, c’était toujours fête » écrivait Pavese. Au bord d’un lac, un groupe de jeunes gens pique-niquent, rient, chantent. Parmi eux, Ginia (Yile Vianello), venue de la campagne avec son frère, Severino (Nicolas Maupas).Quand arrivent en barque d’autres garçons et filles, Ginia (Deva Cassel) est troublée par une jeune femme brune en sous-vêtements blancs qui plonge sous le regard surpris des autres. Alors que Ginia, la blonde, travaille dans un atelier de couture, Amelia, la brune, sert de modèle à des peintres. Toutes deux, malgré leur différence sociale, se rapprochent et Amelia introduit Ginia dans le milieu  de la bohème turinoise. Ginia, est attirée par cette fille qui collectionne peintres et amant·e·s et elle veut lui ressembler. Elle a fait la connaissance de Guido, un des peintres qui semble s’intéresser à elle : « Qu’est ce que faire l’amour ? demande-t-elle à son amie: « C’est être important pour quelqu’un pendant quelques heures ». Ginia va donc le faire pour la première  fois avec Guido. Une scène très sensuelle au départ mais qui révèle assez vite que ce n’était  pas le vrai désir de Ginia. On découvrira son vrai désir dans une scène qui semble échapper au réel, dans la nature, très présente tout au long du film : l’eau, les feuilles mordorées, les insectes, un petit écureuil.

La rencontre de deux mondes, l’histoire d’un coup de foudre, une réflexion subtile sur le désir féminin et les conditions sociales de cette époque troublée. C’est la superbe chanson de Sophie Hunger, Walzer für Niemand qui clôt ce film délicat, aux décors soignés et d’une grande poésie.

ANNIE GAVA

La bella estate, de Laura Lucchetti
En salles le 27 novembre

« Grand tour », le merveilleux voyage de Miguel Gomes

0
(C) Shellac

Le « Grand Tour » était un voyage qu’entreprenaient les européens aisés, en Europe depuis le Moyen Âge, puis d’une capitale de l’Empire britannique en Inde jusqu’à l’Extrême-Orient. Un voyage qui a inspiré de nombreux écrivains dont Sommerset Maugham. Et c’est en lisant A Gentleman in the Parlour que Miguel Gomes a l’idée de faire son Grand Tour.Un périple qu’il commence en 2020 avec son équipe, filmant en 16mm, pour recueillir une « archive de voyage » qu’il compte utiliser dans le film. Le voyage interrompu par la Covid, une équipe chinoise va finalement parcourir les 3500 km restant pour compléter le périple commencé deux ans plus tôt. Le reste du film sera tourné avec des acteurs, en studio, trente décors sans aucun trucage numérique ! Une prouesse.

L’histoire se passe en 1918 : Edward Abott (Gonçalo Waddington) fonctionnaire de l’Empire britannique, basé à Rangoun, en Birmanie, fuit Molly Singleton (Crista Alfaiate), sa fiancée depuis 7 ans, au moment où elle arrive pour leur mariage. Il ne se souvient plus de son visage et a envie de disparaitre. Et c’est dans ce grand tour que le spectateur est embarqué, guidé par une voix off qui parle la langue du pays traversé. En bateau, en trains, dont un qui déraille, à pied à travers jungle et forêts, en tuk-tuk, en bus, en jonque, et même dans un navire de guerre américain.

Sur la route encore

De Rangoun à Singapour où on assiste à un spectacle de marionnettes et d’ombres, puis à Bangkok où Edward est invité à l’anniversaire du Prince, au son du Beau Danube bleu qui nous emmène au cœur de Saïgon  au milieu d’un superbe ballet de motos chevauchées par des gens, masques anti-covid sur le visage. Rencontres insolites au Japon, comme les musiciens de rue mendiants, les moines Komusos  ou à Manille, un homme aviné qui chante faux My Way de Sinatra. Car dans ce voyage, présent et passé, documentaire et fiction, réel et imaginaire, se mélangent harmonieusement dans un superbe noir et blanc, déjà apprécié dans Tabou (2012) ),-  qui fait penser parfois à l’esthétique des films muets en particulier quelques plans à l’iris. Un noir et blanc, entrecoupé de séquences en couleurs dont ces plans récurrents  de manège « grand tour »  activés par des acrobates birmans.

Si la première partie du film est consacrée à celui qui fuit, la seconde nous raconte le trajet de celle qui le poursuit, la belle Molly : « Je vais lui mettre le grappin dessus, je vais le débusquer que ça lui plaise ou non », dit-elle en pouffant. Elle aussi fait des rencontres qui lui font oublier, un moment, son fuyant fiancé. Des gens étonnants comme Lady Dragon et  Ngoc, l’employée de M. Sanders qui la courtise en vain, lui faisant écouter By the light of the silvery moon. Une deuxième partie plus mélancolique. La fin d’un voyage, comme un écho  aux paroles du consul anglais de Bandung, retiré à la campagne « La fin de l’Empire  est inévitable. Question d’années peut être de mois…On partira d’ici sans avoir rien compris… »

  On ne peut qu’être embarqué dans ce Grand Tour : un récit de voyages, poétique, superbement filmé, qui nous fait rêver mais aussi réfléchir sur le monde et la lâcheté de (certains) hommes.

ANNIE GAVA

Grand Tour, de Miguel Gomes
En salles le 27 novembre

Musiques à l’Œuvre : Napoli

0
Professeur Babacar et Baba Squaaly © X-DR

Acteur engagé du paysage culturel marseillais, le Théâtre de l’Œuvre est à l’origine d’un panel d’actions de transmission et d’échanges. Parmi celles-ci, les rendez vous gratuits intitulés Musiques à l’Œuvre proposent, depuis 2022, des sessions animées et mises en musique par le Professeur Babacar et Baba Squaaly. Cette fois, ils mettent la focale sur la foisonnante Naples et toutes ses musiques, depuis les populaires canzonette jusqu’à la large scène électro actuelle qui sera passée en revue sonore. Une façon ludique et communautaire d’élargir ses connaissances musicales, autrement qu’en diggant chacun dans son coin les méandres de Spotify, et, qui sait, de se découvrir de nouvelles passions.

LUCIE PONTHIEUX BETHAM

27 novembre
Théâtre de l’Œuvre, Marseille 

Indestructible

0
Indestructible © Olivier Werner

La Garance accueille la Compagnie Krasna avec sa nouvelle création Indestructible, signéeManon Worms et Hakim Bah. Une fiction située à la fin des années 1960, où se rencontrent, parmi d’autres personnages, Bakary, travailleur et leader politique malien immigré en France, et Cathy, militante d’extrême gauche lesbienne, qui abandonne ses études pour mener la révolution dans les usines aux côtés de la classe ouvrière.​​ Autour des pièces détachées d’une vieille Peugeot 504, une remontée dans le temps des docks de Marseille jusqu’au Paris révolutionnaire, en passant par les immenses usines Peugeot de Sochaux. Un spectacle conçu comme un poème scénique qui fouille « les pépites encore chaudes de l’Histoire pour faire miroiter les généalogies des luttes politiques essentielles d’aujourd’hui ».

MARC VOIRY

28 novembre
La Garance, scène nationale de Cavaillon

Kay ! 

0
Kay © R. Arnaud

Écrivain et poète jamaïcain naturalisé états-unien, Claude McKay fut l’un des plus fiers représentants du mouvement de la Harlem Renaissance, ainsi qu’un militant pour les droits civiques proche des milieux révolutionnaires. Il fut également un grand voyageur, sillonnant l’URSS et l’Europe, et consacra plusieurs de ses écrits à la ville de Marseille. Avec Kay ! Lettres à un poète disparu, le réalisateur Matthieu Verdeil, et Lamine Diagne, auteur, comédien et multi-instrumentiste, lui rendent un vibrant hommage sous forme de spectacle alliant vidéo, jazz et texte. Lamine Diagne s’y invente un dialogue épistolaire avec l’écrivain à propos de Marseille, et de leurs places respectives d’homme noir dans la société occidentale.

CHLOÉ MACAIRE

28 novembre 
Salle Guy Obino, Vitrolles 

Les Promesses de l’aube

0
Maylis de Kerangal © X-DR, Albin de la Simone © X-DR, Charif Majdalani © Braem, Danya Hammoud © Marco Pinarelli

La 2e édition de la Biennale d’Aix se poursuit jusqu’au 14 décembre. Elle accueille du 27 au 30 novembre Les Promesses de l’Aube, festival de littérature contemporaine, dédié pour cette nouvelle édition au Liban. Au programme, quatre jours de rencontres musicales et dessinées, de tables rondes, de performances décalées, de danse, d’ateliers, en compagnie de nombreux·ses auteurs·ices et artistes invité·e·s. Le 27, la journée sera consacrée à l’œuvre de Charif Majdalani, en sa présence, à l’Université d’Aix-Marseille, prolongée le lendemain par le concert littéraire d’Albin de la Simone, Café Badaro, autour de textes de l’auteur (Amphithéâtre de La Manufacture – 20h30). Le 29, à noter, parmi de nombreuses autres propositions, deux rendez-vous avec l’écrivaine Maylis de Kerangal : l’un autour de son roman Jour de ressac, l’autre où elle sera en compagnie de trois auteurs·ices libanais·es (Amphithéâtre de La Manufacture – 18h30 et 20h30). Enfin le 30, notamment de la danse avec Devenir crocodile de la chorégraphe et danseuse Danya Hammoud [lire p.XII] et un concert dessiné par le dessinateur et scénariste Charles Berberian autour de son roman graphique Une éducation orientale avec le musicien et compositeur Ian Aledji (Amphithéâtre de La Manufacture – 20h30).

MARC VOIRY

Du 27 au 30 novembre
La Manufacture, Pavillon Noir et divers lieux, Aix-en-Provence

Edène 

0
Edène © Lynn SK

Dans le roman Martin Eden de Jack London, publié en 1909, un marin cherche à devenir un auteur à succès après avoir rencontré une famille bourgeoise et être tombé amoureux de leur fille. Ce livre, qui traite entre autres du travail de l’écrivain et des enjeux de classe, a toujours trouvé une résonance particulière auprès d’Alice Zeniter, qui l’adapte aujourd’hui au théâtre dans une version réactualisée. Ici, Eden est Édène, une jeune femme noire et pauvre travaillant dans la blanchisserie d’un abattoir. Dans cet univers lugubre et majoritairement féminin, le « noble » travail de l’écriture côtoie la dureté du labeur et la lutte de classes. Une représentation finalement assez rare de ce que l’on appelle « le transfuge de classe ».

CHLOÉ MACAIRE

Du 27 novembre au 1er décembre 
La Criée, théâtre national de Marseille

L’Orchestre s’éclate en ville

0
© X-DR

L’Orchestre s’éclate en ville revient à Avignon pour une huitième édition. Du 26 novembre au 1er décembre, les musiciens et musiciennes de l’Orchestre national Avignon-Provence proposent treize concerts de musique de chambre gratuits et ouverts au public dans différents lieux partenaires, parmi lesquels des lieux d’éducation et de formation, des maisons de quartier ou établissements de santé. Des temps musicaux d’une heure, qui deviennent des espaces de dialogues entre artistes et publics. Ce mardi 26 novembre, coup d’envoi au Théâtre des Halles sous le titre Histoire d’Opéra, avec Thierry Guelfucciau au hautbois et Cosima Favier au piano. Ils jouent et commentent notamment des extraits du Barbier de Séville de Rossini, de L’élixir d’amour de Donizzetti, de La Somnambule de Bellini…

MARC VOIRY

Du 26 novembre au 1er décembre
Divers lieux, Avignon

« Vies sauvages » : une journée rocambolesque

0

Le cadre est inhabituel. Nous voilà en visite dans un zoo à travers le regard des visiteurs, des employés, certes, mais surtout de celui de ses « résidents ». Au cours des pages nous observons et côtoyons toutes sortes d’animaux, marabouts, puma, lions, singes, cent vingt-sept espèces différentes, auxquels l’auteur invente des pensées, des réflexions, calquées sur celles que pourraient avoir des êtres humains ; ne trouvent-ils très désagréable et « pénible (…) d’être observés à longueur de journée » ? Construit en petits chapitres merveilleusement ciselés, le récit fonctionne souvent par des échanges de regards et des variations de focale. Lectrices et lecteurs peuvent alors s’amuser à adopter les différents points de vue des animaux avec lesquels jongle l’humour et la perspicacité de l’auteur que l’on partage volontiers. Mais il fait aussi très sérieusement l’historique des zoos, devenus jardins zoologiques, puis parcs animaliers. Il confirme ses inquiétudes sur le sort des animaux sortis de leur habitat et de leurs relations avec leur espèce, sur leur isolement qui entraîne un comportement psychotique. Informations sévères aussi sur les trafics et les arrangements avec le mécénat des marques qui entraîne des dysfonctionnements. Une journée caniculaire a commencé. Les rituels du nourrissage et du nettoyage s’enchaînent…

Bouleversements en cascade

Cette routine quotidienne est brutalement bousculée par la mort d’un yak, puis par l’intervention d’une jeune femme activiste de la cause animale dont on sait qu’elle a réussi à se procurer une clé de toutes les cages en usant de ses charmes ! Elle libère des serpents pendant que le guichetier descend dans la fosse du lion de l’Atlas, suivi par la cheffe pour le protéger et que le directeur succombe à la morsure d’un reptile dans son bureau. Cela finit dans une cacophonie délirante de chasse aux serpents… L’auteur finit en remerciant les « différents animaux non humains » qui ont partagé sa vie. Un beau témoignage pour la défense de la cause animale.

CHRIS BOURGUE

Vies sauvages de Daniel Fohr 
Inculte - 22 €

Retrouvez nos articles Livres et Littérature ici