lundi 9 février 2026
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[ Cine Horizontes] Sorda : sourde angoisse

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Sorda (C) Condor Distribution

On se souvient du documentaire Le Pays des sourds (1992) que Nicolas Philibert avait consacré à ceux et celles qui, sourds profonds depuis leur naissance ou les premiers mois de leur vie, rêvent, pensent, communiquent en signes et voient le monde différemment. En 2021, Eva Libertad co- réalise avec Nuria Muñoz un court métrage, Sorda, nominé aux Goya  2023 où elle  campe un couple heureux : Angela sourde et Dario entendant. Angéla, c’est Miriam Garlo, sa sœur, atteinte de surdité. Elle reprend titre et personnages dans son premier long métrage, Prix du Public dans la section Panorama de la Berlinale et Biznaga d’Or au Festival de Malaga

Angéla et Hector (Álvaro Cervantes), attendent leur premier enfant. L’accouchement est difficile, pour elle et pour les spectateurs : la directrice de la photo, Gina Ferrer García suit Angela de près, caméra à l’épaule, nous montrant sa détresse quand elle arrache, pour lire sur les lèvres, le masque chirurgical que porte la gynécologue pas consciente de la surdité de sa patiente. Leur fille, Ona, est là : « Félicitations ! Votre fille est entendante ! » leur annonce le médecin  après plusieurs  tests. Qu’aurait- il dit si elle avait été sourde !

On le sait,  l’arrivée d’un bébé fait souvent l’effet d’une bombe dans un couple. Pour Angéla, c’est très compliqué : des doutes  s’insinuent dans son esprit quant à sa capacité à établir un lien avec son enfant et le monde qui l’entoure. Jusque là, Angela et Hector, avaient construit une bulle pour résoudre leurs problèmes de communication, mais à l’arrivée d’une troisième personne, ils sont obligés  de rencontrer des gens, à la crèche, au parc, de voir plus souvent  leurs familles, dont la mère d’Angela, qui lui demande régulièrement de porter des aides auditives.  Le couple bat de l’aile ; survivra-t-il à ce bouleversement ?

« Sorda est né de mon désir d’enquêter sur le lien entre le monde entendant et celui des sourds, sur la complexité de ce lien, avec ses difficultés, ses lumières et ses ombres.» confie la réalisatrice. Dans ce film délicat, sensible, qui nous immerge, par un travail du son particulièrement efficace, dans le monde des non-entendants,  elle a réussi à nous faire partager ses découvertes, ses émotions grâce au jeu juste et intense des ses interprètes en particulier de Miriam Garlo, nous proposant un beau portrait de femme.

Annie Gava

Sorda sortira en salles le 1er avril 2026

[CINEHORIZONTES] : Icíar Bollaín , la master class

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Salle comble pour la Master Class de l’invitée d’honneur du Festival du Cinéma espagnol : Icíar Bollain. Les élèves de Sciences Po Aix ont introduit la séance en rappelant l’importance de cette réalisatrice. Née à Madrid en 1967, Icíar Bollaín a commencé une carrière d’actrice à 15 ans dans El Sur, un film de Victor Erice -devenu un classique, et dont la projection suivait cette rencontre.

Devenue réalisatrice, son cinéma, à la fois social et psychologique, intime et politique, met en avant les femmes, jamais réduites au statut de victimes mais saisies dans un processus d’émancipation et de renaissance. C’est Pilar dans Ne dis rien qui se libère d’un mari violent C’est Nevenka dans L’Affaire Nevenka (https://journalzebuline.fr/laffaire-nevenka/) qui ose dénoncer le harcèlement d’un homme politique jusque là intouchable, c’est Rosa dans Le mariage de Rosa qui déjoue les attentes familiales et sociales, c’est encore Maixabel qui se libère du poids d’un passé traumatique dans Les Repentis ( https://journalzebuline.fr/la-justice-des-sentiments/)

Je te donne mes yeux

Certains parmi les spectateurs venaient de voir ou revoir Te Doy mis ojos, ce film d’Iciar Bollain de 2003 dont le titre français, Ne dis rien, efface cette notion du regard si chère à la réalisatrice. Le titre espagnol est tiré d’un poème sur des femmes en burka : « je te donne mes yeux », paroles d’un homme qui veut posséder, comme Antonio dans ce film, jusqu’au regard de sa femme. Pour Icíar, il s’agira de démonter le mécanisme de l’emprise qui se camoufle sous des paroles d’amour. Et de chercher la vérité émotionnelle. Elle a rappelé, qu’il y a plus de 20 ans, les producteurs ne voulaient pas de ce film. Qui cela pouvait-il intéresser, les violences conjugales ? disaient-ils. Mais si ça pouvait intéresser sa scénariste Alicia Luna et elle, pourquoi pas le public ? Et le film a décroché 7 Goyas !

Quelques féministes lui ont reproché la façon dont elle approchait l’homme agresseur, en lui donnant un vrai regard : Antonio, enfermé dans un modèle masculin oppressif, qui cherche à se soigner. Pour ce projet, Icíar a rencontré des femmes battues dans des cercles de paroles. Elle a constaté qu’elles n’étaient ni idiotes, ni masochistes. Si elles restaient parfois des années avec leurs bourreaux, c’était outre les contraintes économiques ou familiales, qu’il y avait une vraie dépendance affective, une tension entre la peur et l’amour.

Ce refus de tout manichéisme, cette approche documentaire et humaine du sujet, cette implication, cette place du regard – le sien et celui de ses personnages, cette volonté de rendre universel le propos, restent essentiels pour Icíar Bollaín. Pour moi, dit-elle, la réception du film est fondamentale : quand je réalise un film, je voudrais qu’il puisse être reçu à Marseille, en Egypte, ou ailleurs.

Cinéma et réalité

En 2004, un an après la sortie de Ne dis rien, la loi sur les violences de genre en Espagne est votée. Mais, malgré son succès et son réel impact, ce n’est pas ce film qui a fait changer les choses. C’est le long travail des associations et une convergence entre l’évolution des mentalités et les paramètres politiques : un gouvernement de gauche avec une vice-présidente ouvertement féministe. Le cinéma a-t-elle pu déclarer, ne change pas le monde mais il peut parfois changer la manière dont on le regarde

L’affaire Nevenka arrive plus de 20 ans après Ne dis rien. Les faits se déroulent au début de la révolution MeToo. Quand on interroge, Icíar Bollaín sur ces deux films, elle parle d’effet miroir : deux décennies après, qu’est-ce qui a changé ? Elle explique qu’en 2018, Netflix s’est emparé du sujet avec un documentaire. Pour mémoire : à la fin des années 90, Nevenka Fernandez, conseillère municipale à Ponferrada dénonce les agissements du charismatique maire et obtient sa condamnation. Les producteurs demandent à Icíar Bollaín de réaliser un film de fiction.

Comme toujours, elle se lance dans une enquête, rencontre nombre de témoins, et l’avocat de Nevenka – ce qui lui permet d’avoir accès aux documents du procès. La protagoniste et son psy lui font confiance.

Ainsi l’étincelle du film à venir part toujours de la réalité et de sa curiosité pour les hommes et les femmes.

Un autre de ses films Flores de Otro mundo (1999) reprend l’histoire de ces bus transportant des Latino-Américaines et Caribéennes vers des villages espagnols abandonnés pour rencontrer les célibataires qui y restent, et peut-être y fonder des familles. Qu’à cela ne tienne, la voilà, perruquée, des lunettes noires sur le nez, incognito, participant à une de ces caravanes de femmes !

Quand on part d’une actualité, pour elle, il est nécessaire de se renseigner et d’aller au-delà de ce que tous, ont appris par les journaux. Il s’agit de comprendre ! Mon objectif n’est pas didactique, affirme-t-elle, c’est de bien raconter les choses, de faire partager des émotions. Après, si c’est utile, tant mieux.

Le parcours de combattante

Icíar Bollaín revient sur son parcours.

Elle n’a pas fait d’école de cinéma. A appris sur le tas, et sur les plateaux. Elle explique que  les acteurs sont aussi des directeurs de jeu et des scénaristes. Quand les rôles sont mal écrits, ils doivent parfois diriger les autres et prendre en main les scènes ; ils inventent en permanence le personnage qu’ils incarnent. Passer d’actrice à réalisatrice a été assez naturel.

Elle a toujours été intéressée par ce qui se passait derrière la caméra. Mais le déclic, elle l’a eu quand pour la première fois en 92, elle est dirigée par Chuz Guttierez, une réalisatrice. Pour une fois, elle n’est pas filmée par « un barbu qui fume la pipe » – selon le look Nouvelle Vague de l’époque. Son premier long-métrage Hola, estas sola ? (Coucou, tu es seule ?) part d’un texte écrit à 20 ans à partir de conversations avec des copines. A un moment où il n’y avait pas beaucoup de réalisatrices, l’exemple de Chuz l’a aidée.

Être réalisatrice, c’est montrer qu’on peut l’être. Elle a en tête, cette présidente africaine qui affirmait qu’elle allait le plus possible dans les écoles pour montrer à toutes les filles qu’elles pouvaient devenir présidentes.

Elle s’est rendu compte à quel point « le cinéma avec des seins » était étrange aux yeux de tous et à quel point le secteur manquait de diversité. Elle a fondé avec l’aide d’autres cinéastes, l’Asociación de mujeres cineastas y de medios audiovisuales (l’Association de Femmes cinéastes et des médias audiovisuels)

L’émotion avant tout

Icíar Bollaín se revendique autodidacte en septième art et éclectique. Elle admire les Frères Dardenne et Bertrand Tavernier. Portrait d’une jeune fille en feu de Céline Sciamma. Elle garde de l’un ou de l’autre, une image, une scène, mais surtout les émotions que leurs films font naître.

Après il y a les rencontres. Ken Loach sur Land and Freedom dans lequel elle joue et sur le tournage duquel elle rencontre son compagnon, le scénariste Paul Laverty. Elle découvre une autre manière d’aborder le cinéma, de donner aux personnages une conscience de classe.

Une heure, ce fut bien court ! Trop de questions sont restées en suspens dans les notes des intervenants et la tête du public. Une petite frustration compensée par la qualité de l’intervention, la générosité et la simplicité de cette grande dame du cinéma espagnol contemporain.

ELISE PADOVANI

20 ans de cirque et d’inclusion

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ZimZam Cirque, association spécialisée dans la promotion des arts du cirque auprès de public à besoins spécifiques, célèbre ses 20 ans ce 11 octobre. Entretien avec Antoine Cézard, coordinateur général de l’association

Zébuline : Quel était le projet de ZimZam à l’origine ?

Antoine Cézard : On est parti de l’idée que toute personne, qu’elle soit en situation de handicap ou de difficulté, doit pouvoir accès à la culture, et aux arts du cirque en particulier. À partir de là on a développé des activités diverses, essentiellement tournées vers la pédagogie des arts du cirque, mais aussi de l’événementiel, de la création et de l’accueil en résidence, et de la formation pour les futurs travailleurs sociaux.

Nos activités sont d’abord à destination d’un public à besoins spécifiques, mais elles ont toujours vocation à devenir mixtes et ouvertes à tous, pour créer des rencontres et une forme d’inclusion. C’est le cas aujourd’hui, et ça l’était déjà il y a 20 ans.

Comment a évolué la réponse du public et des institutions à votre projet depuis 20 ans ?

Le contexte a changé. Quand l’asso a été créée, il y avait très peu d’activités adaptées à du public à besoins spécifiques. On voulait faire reconnaître l’intérêt de pratiquer les arts du cirque pour ces personnes. Cette reconnaissance est là aujourd’hui, ou en tous cas le changement de regard que l’on cherche est en cours, mais ce n’est pas encore suivi de faits.

Tout le monde s’accorde à dire que notre activité est super et doit être soutenue, sauf qu’on n’est pas assez financés pour bien vivre et pour répondre à toutes les demandes. Aujourd’hui, on doit parfois refuser du public par manque de soutien financier.

Avez-vous été touchés par les récentes baisses de subventions ?

Notre projet est à cheval entre la santé et la culture, donc on est subventionnables sur les deux volets. Très récemment, nos subventions culture, qui étaient les plus hautes, ont été baissées.

On a eu un développement intéressant ces cinq dernières années, on a créé des postes, et là on en est à revoir le nombre de postes. On ne sait pas ce dont 2026 sera fait, mais il y a de grandes chances que l’année de nos 20 ans soit plutôt mauvaise financièrement.

Pour finir sur une note plus joyeuse, vous préparez un cabaret à la programmation surprise pour célébrer vos vingt ans. Vous pouvez nous en dire plus ?

On a invité des compagnies chères à ZimZam, dont on a diffusé des spectacles, ou qui sont venus plusieurs fois créer chez nous, d’autres qui ont été créées par d’anciens intervenants. On a aussi des bénéficiaires qui vont proposer des choses. L’idée est de montrer tout ce qui a pu graviter autour de Zimzam en termes de création ces 20 dernières années.

Comme notre projet se veut pluriel, c’était assez logiquede faire un cabaret avec une multitude des propositions artistiques de compagnies locales, nationales, internationales qui ont une sensibilité pour ce que l’on fait.

PROPOS RECUEILLIS PAR CHLOÉ MACAIRE 
Le Cabaret des 20 ans de ZimZam
Le 11 octobre
Pôle Cirque et Handicap, La Tour d’Aigues

Toulon célèbre l’école

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La scène nationale se met au rythme de la rentrée scolaire et lance son 50e Théma, Soif d’apprendre, qui interroge la transmission par des spectacles, une expo, des projections et des rencontres

Des Récréations tapissent les murs du Théâtre Liberté, photos de James Mollison réalisées entre 2009 et 2015 dans les écoles du monde entier. Prises en plans très généraux, incroyablement nettes dans la profondeur, travaillant sur des cadres semblables, interceptant des gestes et des regards, elles révèlent d’insupportables misères. Celle du surpeuplement de l’école de Nairobi, de la guerre à Gaza, mais aussi la pauvreté aux États-Unis, en Italie, en Angleterre. Les inégalités sautent aux yeux, mais aussi les points communs, les corps à corps, les groupes et les isolements, l’élan et la violence, l’énergie libérée. Un tour du monde qui révèle une humanité commune, complexe, celle de l’enfance.

C’est sous le signe du partage de la connaissance que ce Théma va se poursuivre jusqu’au 20 décembre, avec en octobre la création d’Alexandra Cismondi Il faudra que l’on s’aime, une conférence de Mickaël Laisney, neuroscientifique, sur l’apprentissage et l’inefficacité du par cœur, le très joli film de Nicolas Philibert Être et avoir, plongée dans la classe unique d’un instit de village…

Ouverture des murs

Mais la Scène nationale varoise n’a pas attendu son Théma pour parler à tous et toutes dès le lancement de saison : avec ses ateliers et son bal participatif à Châteauvallon, qui fête ses 60 ans de programmation et de résistance à l’extrême droite ; avec les compagnies qui font la fierté de Toulon, Kubilaï Khan Investigation et Hors Surface.

Franck Micheletti (KKI) présentait Post Panamax, un trio de popping, où les secousses saccadées des danseurs virtuoses interrogent le travail mécanique et épuisant des dockers. Damien Droin (Hors surfaces) reprenait Face aux murs, créée aux Salins de Martigues lors de la Biennale Internationale des Arts du Cirque 2025. Pour ses six acrobates, le metteur en scène a fait construire un agrès modulable qui sépare deux trampolines par une stucture métallique et un mur de plexiglas qu’il faut franchir, surmonter, pour se rejoindre.

Si les performances physiques sont impressionnantes, la pertinence et la beauté des images et du son construisent un spectacle qui va bien au-delà de l’épate : jeux d’ombres, de fumée, valse amoureuse qui rebondit, corps masculins immobiles que la trampoliniste parvient à animer de désirs… jusqu’au moment où les corps se croisent, à toute vitesse, franchissant ensemble tous les obstacles et transformant les murs en portes ouvertes, et les chutes en ascension vers le ciel. Une très belle allégorie, pour le plaisir de tous.tes !

Agnès Freschel
Récréations
Jusqu’au 20 décembre
Face aux Murs a été joué au théâtre Liberté, Toulon, les 30 septembre et 1er Octobre

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Une semaine entre nuance et complexité

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À Marseille du 11 au 18 octobre, la 17e édition de la Semaine de la Pop Philosophie fait « l’éloge de la complexité, face au simplisme et au populisme »

Quand on tape « complexité » dans Crisco, le fort pratique dictionnaire des synonymes en ligne de l’Université de Caen, ce sont les mots « complication, intrication, sophistication, enchevêtrement », ou encore « imbroglio » qui apparaissent. Pas les plus positifs des termes. Quant aux antonymes, « facilité, simplesse, simplicité », ils révèlent plus encore à quel point l’être humain rechigne à l’effort qu’impliquent les doutes et la nuance. Or, comme nous y invite Edgar Morin dans son message d’introduction à la Semaine de la Pop Philosophie, qu’il parraine cette année, il faut savoir se mesurer à la complexité. D’autant plus quand le mot, « absorbé par le discours médiatique et managérial, court le risque d’être aujourd’hui galvaudé ». Peut-être, pressent-il, « sommes-nous déjà entrés dans l’ère d’une certaine “post-complexité”, où elle doit être repensée, revitalisée. »

Complexifier, décomplexifier, qu’ils disaient…

Pour entrer dans le vif du sujet, la soirée d’ouverture de cette XVIIe Saison consacrée à « l’éloge de la complexité, face au simplisme et au populisme », portera sur un outil souvent accusé de réduire le débat démocratique à un « pour ou contre » instrumentalisé : le référendum. Le 11 octobre, deux sociologues, Michel Wieviorka et Magali Della Sudda, en détailleront les enjeux avec Antoine Chollet, chercheur au Centre d’histoire des idées politiques et des institutions de l’Université de Lausanne. Une rencontre animée par Rémi Baille, membre de la revue Esprit.

Décidément, dans la foulée du récent festival Allez Savoir, les graves emballements algorithmiques de la désinformation préoccupent la pensée contemporaine : le 13 octobre, aux Archives et Bibliothèque Départementales Gaston Defferre, Séverine Falkowicz, maître de conférence en psychologie sociale, et Alexander Samuel, biologiste, s’interrogeront sur l’auto-défense intellectuelle : « Quand la vérité ne triomphe plus : comment déjouer la mécanique des fausses croyances ? ». Le politiste Julien Giry décortiquera quant à lui l’expression « fake news » au prisme des sciences sociales.

Autre beau morceau de cette édition, trois conférences modérées par Jean-François Dortier, fondateur de la revue Sciences Humaines, le 15 octobre à la bibliothèque de l’Alcazar. Une approche de la complexité par la physique… et l’économie, avec Marc Halevy et Pablo Jensen. Il sera intéressant de voir les dessous du libéralisme, credo qui conçoit notre système « comme le produit spontané des actions individuelles, dont la complexité résultante dépasse notre entendement, et dont il faudrait déléguer la gouvernance aux marchés ». Point culminant de la soirée, l’intervention de Barbara Stiegler, qui s’exprimera avec l’esprit vif qui la caractérise sur La philosophie et la haine de la démocratie.

Revenir à l’essentiel

Et si, pour y voir clair dans un monde devenu illisible, où les crises – politiques, sociales, écologiques, humanitaires – s’imbriquent et s’exacerbent, il était urgent de revenir aux fondamentaux ? « Philosopher, c’est apprendre à mourir », affirmait Michel de Montaigne, dans un siècle où l’intolérance, notamment religieuse, atteignait aussi des niveaux spectaculaires. Un exercice de liberté pour « désapprendre à servir », puisque si nous entretenons la crainte de la mort, nous ne développons pas l’esprit critique qui nous fait aspirer à bien vivre, ensemble. Le 17 octobre, dans la belle salle lambrissée, aux parquets craquants, du Muséum d’histoire naturelle, non loin des animaux empaillés, il devrait être passionnant d’écouter le philosophe Stanislas Deprez échanger avec sa consœur Julie Beauté sur les promesses d’éternité du transhumanisme. Car si ce mouvement, entraîné par les « tech bros » de la Silicon Valley, revendique des bases scientifiques, il prospère plutôt sur un terreau puéril, pétri de religiosité.

L’élan vers une « humanité augmentée » a de forts relents eugénistes : cette conférence entrera donc fortement en résonance avec celle du 15 octobre, à la Villa Bagatelle (Mairie des 6e et 8e arrondissements de Marseille). Bernard Binétruy, directeur de recherche émérite à l’Inserm, dézinguera les thèses racistes qui circulent à nouveau dans les milieux d’extrême droite : la notion de race dans l’espèce humaine n’a pas de sens biologique. Il faut encore le dire…

GAËLLE CLOAREC
Semaine de la Pop Philosophie
Du 11 au 18 octobre
Divers lieux, Marseille

Marseille Web Fest- La jeune création en séries

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Le Festival international des séries courtes et des nouvelles créations audiovisuelles est de retour du 9 au 11 octobre

Le monde change, la création audiovisuelle aussi. Foin des formats mythiques “26”, ou “52 minutes”, bien calibrés pour la télé, la création ne passe plus forcément par l’industrie audiovisuelle classique, mais débarque sur internet comme et quand elle le souhaite. C’est en partant de ce constat que s’est lancé en 2011 le Marseille Web Fest, qui met en lumière la nouvelle création audiovisuelle : ses nouveaux auteurs·ices, ses nouveaux formats, ou modes de diffusion. Car outre ses trois compétitions, le festival, qui se tient cette année du 9 au 11 octobre au Théâtre Joliette et à La Coque (Marseille), c’est aussi un lieu de rencontres, qui analyse les évolutions de ce secteur.

Focus série

Le coeur du rendez-vous reste tout de même sa programmation de séries venues du monde entier. Elles sont classées en trois grandes sections : la sélection internationale, où l’on verra notamment la série iranienne Sam, réalisée par Yazdan Tabrizi. On y suit le parcours de trois jeunes femmes téhéranaises qui cherchent l’amour et la liberté sous le régime des mollahs. Ce film, tourné au téléphone portable pour contourner la censure, sera certainement un des principaux temps forts de la cuvée internationale 2025.

Une autre section célèbrera la création française. 10 séries, parmi lesquelles J’aurais dû lui dire de Patrice Anselme, qui s’intéresse aux harcélements ; ou Battle la Rényon, de Romuald Beugnon, qui suit une jeune femme tout juste sortie de dépression, enfin acceptée dans un crew de hip-hop.

Et enfin la sélection de web-documentaire, où l’on partira en road-trip en Algérie avec Pascal Brument ; dans l’histoire de la virilité avec Camille Juza et Matthias Vaysse ; ou encore en musique avec des artistes en situation de handicap, qui cherchent à trouver leur place dans la scène musicale (Talents extraordinaires, de Aguérine Zar, Margaux Deslandes et Sasha Trehorel).

Et des rencontres

Avant de se rendre à une des rencontres, il faut savoir qu’elles s’adressent en priorité aux pros, ou aux étudiants. Aussi, le public lamba ne sera pas forcément intéressé par la table-ronde “Optimiser la consommation de contenus, l’exemple de Canal+”, servie par Marylise Oger, la directrice digitale de la chaîne Bolloré en personne.

Mais d’autres rencontres pourraient susciter la curiosité. Et notamment celles sur la place que l’IA pourrait prendre très vite dans la production audiovisuelle. Deux rendez-vous s’y intéresseront : d’abord une keynote de Lionel Payet-Pigeon (producteur et directeur créatif), qui se demandera “Comment l’IA peut-elle ouvrir le marché des séries à davantage de créateurs de contenu ?” (9 octobre, 10h45, Théâtre Joliette). Ou encore le samedi, trois regards croisés – ceux de Thomas Coispel, Stephan Muntaner et Julien Tournissa – qui parleront de l’IA dans le processus de création.

NICOLAS SANTUCCI
Marseille Web Fest
Du 9 au 11 octobre
Théâtre Joliette, La Coque
Marseille

Laurence Equilbey célèbre les grands romantiques

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Bruch, Beethoven : l’Insula orchestra et l’Académie Insula Camerata font résonner un romantisme allemand pluriel

Sur un programme soigneusement pensé, alternant œuvres rares et monumentales, Laurence Equilbey et l’Insula Orchestraont mis en lumière le dialogue entre classicisme et romantisme.

L’ouverture de Die Loreley de Max Bruch déploie une douceur organique, presque contemplative. Les traits brillants des vents et des cuivres alternent avec les élans chantants des cordes, installant l’atmosphère légendaire de la sirène du Rhin. S’ensuit, signé du même compositeur, Double concerto pour clarinette et alto, créé en 1912 et quelque peu oublié depuis. La pièce devient un dialogue fascinant : Pierre Génisson fait danser la clarinette avec un éclat généreux et expansif tandis que Miguel da Silva, plus retenu, impose une musicalité et une personnalité hors normes, capable de tenir tête à la monumentalité généreuse de son partenaire. L’intermezzo fluide révèle la complémentarité subtile des timbres, et le final flamboyant illustre le lyrisme maîtrisé de Bruch, oscillant entre intimité et éclat orchestral.

Avec la Symphonie n°5 de Beethoven, la lecture d’Equilbey souligne combien le « classique tardif » peut préfigurer le romantisme allemand. Les motifs frappants et l’énergie Sturm und Drang sont articulés avec précision, les timbres métalliques des cors et la brillance des cordes – le choix des instruments anciens se révèle ici plus que pertinent – créant une dramaturgie tendue mais maîtrisée. L’orchestre, historiquement informé dans les instruments comme dans la lecture, rappelle que le romantisme n’est pas monolithique : le classicisme de Beethoven se teinte ici d’une intensité expressive qui éclaire de nouvelles perspectives.

Le bis, la Danse hongroise n °5 de Brahms, révèle l’ivresse et la virtuosité de l’ensemble. La jeunesse de l’Académie Insula Camerata, doublant ici les pupitres comme c’était, à l’époque, l’usage, apporte une fraîcheur et une énergie communicative qui enrichissent la couleur sonore. La soirée devient alors un hommage au romantisme dans toute sa richesse : pré-moderne chez Bruch, flamboyant chez Brahms, intense et cohérent chez Beethoven.

SUZANNE CANESSA
Le concert a été joué le 30 septembre au Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence

Les bonnes feuilles de l’automne

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Avec Automne en librairies, les Librairies du Sud ouvrent leurs portes en grand durant quatre jours

Manifestation attendue, Automne en librairiesrevient du 8 au 11 octobre pour sa dixième édition. Durant quatre jours, 27 librairies réunies dans l’association Libraires du Sud, de Vaison-la-Romaine à La Seyne-sur-Mer, de Carpentras à Marseille, vont accueillir douze autrices et auteurs. Au programme : lectures, ateliers, dédicaces mais surtout échanges, entre écrivains et lecteurs.

L’Arche, invitée d’honneur

Pour cette édition anniversaire, les éditions de L’Arche sont à l’honneur. Maison fondée en 1949, elle s’est illustrée par son catalogue théâtral de Brecht à Lorca, en passant par Thomas Bernhard, Strindberg ou Tchekhov. Aujourd’hui dirigée par Claire Stavaux, elle poursuit une ligne éditoriale exigeante, attentive aux écritures contemporaines. Depuis 2017, la nouvelle collection « Des écrits pour la parole », en hommage au texte de Léonora Miano et dans le sillage artistique de Kae Tempest, ouvre la voie aux oralités non genrées. Elle se définit comme une maison où la radicalité formelle se conjugue à la vitalité politique.

Une démarche que viendront incarner en librairie plusieurs de ses auteurs : Jessica Biermann Grunstein, écrivaine nomade passionnée par la langue et les territoires, la performeuse Rébecca Chaillon,qui fait partie du collectif RER Q, espace artistique et activiste féministe et queer, l’autrice Sonia Chiambretto pour Peines mineures, texte qui donne voix à des adolescentes enfermées dans des centres éducatifs fermés ou encore le dramaturge Fabrice Melquiot.

Voix multiples

Automne en librairies s’attache à mettre en valeur une diversité de genres et de sensibilités. On y croisera Diglee, illustratrice et autrice qui relie poésie, féminisme et bande dessinée ; la journaliste judiciaire Marion Dubreuil, qui dans Mazan, la traversée du Styx interroge la violence sexiste à travers les procès qu’elle a couverts ou encore Régis Jauffret, prix Femina et prix Goncourt de la nouvelle, venu présenter Maman, récit intime autour de la figure maternelle.

Le roman contemporain est aussi à l’honneur avec Ramsès Kefi, qui signe avec Quatre jours sans ma mère (Philippe Rey) un premier texte remarqué déjà sélectionné pour de nombreux prix, dont le Renaudot ou encore avec Séphora Pondi, pensionnaire de la Comédie-Française, dont Avale (Grasset, 2025) s’annonce comme l’un des premiers romans les plus marquants de l’année. La BD et la jeunesse ne sont pas en reste avec Clara Lodewick, qui poursuit son exploration du réel avec Moheeb sur le parking, consacré aux adolescents réfugiés isolés et la romancière Laurine Roux.

Née en 1998, l’association Libraires du Sud regroupe 89 librairies indépendantes en Région Sud : « Notre objectif est de mutualiser nos forces pour donner plus de visibilité aux librairies, mais aussi de créer une solidarité entre professionnels », explique sa directrice Christelle Chathuant. Ce réseau permet d’échanger, de monter des actions communes et d’attirer l’attention du public sur ces lieux essentiels de la vie culturelle. Cette année, deux nouvelles librairies sont venues enrichir la constellation : Les Sauvages à Marseille, et Ô bonheur des mots, à Saint-Bonnet-en-Champsaur.

ANNE-MARIE THOMAZEAU
Automne en librairies 
Du 8 au 11 octobre
Dans les librairies partenaires de la région

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La Bella Città

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À Avignon, la Semaine italienne devient une quinzaine, toujours avec une programmation riche en terme de musique, de théâtre et de découvertes

La 9e édition de La Bella Italia (ou Semaine Italienne) s’est ouverte ce week-end avec un spectacle de danse folklorique d’Emilia Romagna, et l’inauguration du marché italien. Cette année encore, l’évènement propose une programmation culturelle riche, notamment sur le plan musical.

Le Grand Opéra d’Avignon poursuit sa collaboration avec le Consulat Général d’Italie. Il accueille à ce titre Amore Sicilia, concert mêlant baroque italien et musiques populaires avec la Capella Mediterranea, dirigée par Leonardo García Alarcón (17 oct.), et Italia! De Vivaldi à Fellini, dans lequel l’accordéon de Théo Ould rencontre les percussions et l’harmonie de l’Orchestre National Avignon-Provence (18 oct.). Au Théâtre des Halles, Lillia Ruocco et Lachat proposent Un Caffè à Napoli, un voyage musical dans le Sud de l’Italie en forme de duo voix-accordéon (11 oct.)

La programmation théâtrale aborde des thèmes liés à l’héritage, culturel comme familial. Au Théâtre des Carmes, Le Trafic de Pantalone puise dans l’univers de la Commedia Dell’Arte pour traiter de la crise climatique et des injustices d’aujourd’hui (12 oct.). L’auteur et metteur en scène Mario Putzulu questionne les liens familiaux, entre immigration et transfuge de classe, dans La Lettre d’Italie (Théâtre du Chêne noir, 10 oct.) et la Cie ASMA donne Une Conversation en Sicile d’Elio Vittorini, une enquête intime dans le contexte de l’entre deux guerre (Théâtre Transversal, 16 oct.)

Découvertes avignonnaises

Un accent particulier est mis sur la découverte de l’histoire italienne, et des liens qui unissent l’Italie à Avignon. Ainsi, le guide conférencier Emmanuel Rofidal propose une visite de la ville intitulée La Petite Italie dans la Cité des Papes (9 et 11 oct.). L’histoire culturelle italienne n’est pas en reste, avec Simonetta, promenade pop au Petit Palais, dans laquelle Caterina Barone retrace la vie de Simonetta Vespucci, connue pour avoir été la muse de Boticelli (11 et 12 oct.). Enfin, l’historien Guido Castelnuovo donnera une conférence sur le moyen-âge florentin à partir du Decameron de Boccace.

CHLOÉ MACAIRE 
La Bella Italia
Jusqu’au 19 octobre
Divers Lieux, Avignon

Festival Panorama : La Infiltrada, femme en mission

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Le film est tiré d’une histoire vraie. L’avertissement du générique d’ouverture authentifie une fiction qui, imaginée par un scénariste, serait proprement incroyable. Monica (Carolina Yuste), 20 ans, tout juste sortie de son école de police d’Avila, est recrutée par le commandant Angel (Luis Tosar), alias l’Inhumain, pour infiltrer l’ETA ( Euskadi Ta Askatasasuna : Pays basque et Liberté).

On est dans les années 90. Attentats, exécutions égrenées par la presse et la télé de l’époque et en chiffres-bilan sur des cartons à la fin du film, ensanglantent le pays. La guerre est déclarée entre toutes les polices du pays et l’organisation nationaliste basque. Monica devient Aranzazu Berrade Marín, s’installe à San Sebastian, fréquente les cercles de gauche indépendantistes, gagne leur confiance jusqu’à être recrutée par l’ETA. L’infiltration durera 8 ans. Huit années que le film parcourt en ellipses et en scènes-clés, dans le vertige du sacrifice de la jeune femme.

Une infiltration, c’est le risque sans la reconnaissance. Si ça tourne mal, prévient Angel, c’est une balle dans la tête par un membre de l’ETA ou par un policier qui ignorera sa véritable identité. Si ça tourne bien, aucune gloire. L’opération devant rester secrète à jamais. Les lauriers reviendront aux chefs des polices entrés en compétition. Cynisme, calculs politiques et carriéristes à peine esquissés par la réalisatrice mais bien présents. L’infiltration est à la fois une pression psychologique permanente et une abnégation. C’est la maîtrise totale et vitale de chaque détail qui pourrait trahir l’infiltrée, le masque qui colle au visage jusqu’à l’effacer, la coupure d’avec sa famille, et une solitude affective absolue.

Arantxa n’a qu’un chat pour passer les jours de l’an devant la télé de son petit appartement. Sa condition se rapproche étrangement de celle de Kepa (Iñigo Gastesi) celui qu’elle combat et doit aider. Solitude du militant devenu assassin, pris dans l’engrenage d’un engagement armé qui justifie sa vie et dont il ne peut plus s’extraire.

Mise sur écoutes, filatures, poursuites en voiture, courses contre la montre pour replacer un dossier volé, le film gagne en tension jusqu’au paroxysme de la cohabitation forcée de huit mois entre la jeune femme et deux terroristes dont Sergio Polo (Diego Anido), un vrai « méchant » de cinéma dont la brutalité et la bassesse entacheraient n’importe quel idéal.

Les films policiers ou d’espionnage comme les Séries ont largement utilisé le thème de la taupe –Infernal Affairs ou the Wire, en modèles. La réalisatrice, maîtrise les codes du genre, et donne au sien une authenticité historique – non seulement dans les faits et les décors mais encore dans les mentalités. Machisme ambiant des policiers comme des terroristes. La Infiltrada, c’est un formidable portrait de femme incarnée par l’époustouflante Carolina Yuste – Goya de la meilleure actrice en 2025, saisie en plans serrés sur son secret et dont les cris ne peuvent être que muets.  

ELISE PADOVANI

La Infiltrada de Arantxa Echevarría est projeté le 9 novembre à l'Espace Robert Hossein, Grans dans le cadre du festival Panorama 

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