lundi 9 février 2026
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[Canebière Film Festival] Être ou ne pas être la femme de… ?

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La Femme de (C) Jour2fête

Une rue, la nuit. Une jeune femme qui se fait agresser, s’enfuit et monte dans un bus, l’air hagard. Un passager la regarde fixement. Cette séquence initiale du film de David Roux, La Femme de, adapté du roman d’Hélène Renoir, Son nom d’avant (1998) trouvera son sens plus tard.

La Femme de, c’est Marianne, la quarantaine (superbe Mélanie Thierry) qui arrive avec son mari, Antoine (Eric Caravaca) et leurs deux enfants, Laure une adolescente et le jeune Tim, dans une grande maison bourgeoise. La grand -mère vient de mourir et Antoine, le fils ainé, un riche industriel, gère le conseil de famille comme il dirige son entreprise et décide reprendre la maison, rachetant les parts des autres, malgré l’opposition de sa sœur Lili, qu’il chasse. Il faut que quelqu’un s’occupe du patriarche, impotent. Ce sera Marianne ! Dans cette riche famille catholique traditionnelle, on prépare la confirmation de Laure, on organise des repas. Tout repose sur Marianne à la disposition du grand -père, autoritaire, méprisant, dont elle doit s’occuper sans cesse dès qu’il la sonne ! Délaissée par Antoine, maltraitée par sa propre fille…Seul son beau- frère (Arnaud Valois) lui accorde attention et baisers… Peu à peu, Marianne se rend compte que cette demeure familiale est une prison dorée dans laquelle elle s’est laissée engloutir : obligations quotidiennes et sociales rythment sa vie. Un jour, un passé oublié ressurgit….

La caméra d’Aurélien Marra filme comme un véritable personnage cette maison aux multiples fenêtres, décorée avec soin par Chloé Cambournac; les plans de Marianne devant son bow-window révèlent tour à tour sa détresse et ses interrogations existentielles. On retrouve dans ce huis- clos l’atmosphère des films de Chabrol. Mélanie Thierry interprète à merveille cette femme au tournant de sa vie ; elle est de tous les plans et son visage exprime superbement sa blessure, ses doutes et ses questions sur l’avenir.
Un film qui met en question le pouvoir du patriarcat et donne l’espoir d’une émancipation.

Annie Gava

Cirque-théâtre au Théâtre des Calanques

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© X-DR

Au Théâtre des Calanques, la porosité des formes entre théâtre, danse, musique, opéra et cirque est une marque de fabrique. Dîners-spectacles sous chapiteau, propositions clownesques et formes hybrides investissent régulièrement les saisons, tandis qu’on trouve dans les créations théâtro-musicales de la compagnie une esthétique circassienne prégnante : déambulation, travestissement parades et mascarades, que ce soit dans La Porte d’Ensor (2024), Les Mariés de l’Apocalypse (2021) ou BaroKKo (2018). 

Inversement de la tendance avec sa nouvelle création, Un Rêve de Cirque, présentée en août dernier à Maussane-les-Alpilles dans le cadre des Inattendus de Maussane. Du « cirque théâtral » avec piste, numéros aériens, clowns, etc… qui accueille des récits, contes et compositions musicales, invitant à un monde burlesque et poétique.

Diva perchée 

L’entrée des différents artistes (Lucas Bonetti, Otto Camara, Patrick Cascino, Flavio Faciulli, Thibaut Kuttler, Claire Nouteau, Camille Noyelle, Jeanne Noyelle, Magali Rubio) sur la piste se fait à travers les volants écartés d’une robe à paniers de plusieurs mètres de haut, au sommet de laquelle trône une diva-musicienne-actrice-conteuse (Marion Coutris – qui signe la dramaturgie et le texte) annonçant ou accompagnant les numéros qui se déroulent à ses pieds ( scénographie et mise en scène de Serge Noyelle). On y voit « une danse de sabots de bois, des numéros aériens de sangles, de trapèze et de tissus, d’étranges palmipèdes, un petit chaperon rouge intrépide, une fille qui marche à l’envers au plafond, une diva perchée, un vélo azimuté, 3 petits clowns issus d’un songe Fellinien » qui font pencher le cirque « du côté des songes éveillés, de l’imaginaire et des désirs les plus loufoques ».

Le tout est accompagné des compositions musicales, à tendance jazzy, créées pour le spectacle, de Marco Quesada jouées en direct par les artistes

MARC VOIRY

Un Rêve de Cirque
11 octobre
Théâtre des Calanques, Marseille
À noter
Pour aller au Théâtre des Calanques, une navette gratuite part de la station de métro Périer à 19h15, sur réservation.
Le restaurant du Théâtre des Calanques sera ouvert à partir de 18h45 jusqu’à 20h.
Et pour le prix du billet, c’est vous qui choisissez : 1€, 2€, 5€, 10€, 15€, 20€, 30€, 40€… Un parti-pris de la compagnie qui invite ainsi chacun·e à témoigner, selon ses capacités, de son soutien au projet artistique du théâtre.

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actoral : Des mouvements imperceptibles

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© Simon Gosselin

Tout d’abord attirée par la philosophie et la poésie, Nacera Belaza s’est intéressée à l’écriture du corps. Constatant que la danse classique dirige les corps vers le haut, elle oriente ses recherches vers la pesanteur,le sol. Plutôt que la vitesse, l’accélération, elle choisit le ralentissement. En même temps, elle privilégie l’obscurité, la pénombre. Elle a ainsi construit un style, une manière, reconnaissable, et imitée. 

Pour la performance L’écho, Nacera Belaza s’est associée avec la comédienne Valérie Dréville, comédienne exceptionnelle, star du théâtre. On pouvait s’attendre à ce que sa voix surgissedans le spectacle, s’associant au geste. Il n’en fût rien.

L’obscurité comme décor

Le plateau est nu, baigné dans un nuage de fumée ; un faible projecteur l’éclaire en douche. Il faut que l’œil s’habitue à la pénombre pour voir apparaître une silhouette noire qui esquisse des frémissements. Peu à peu les bras s’élèvent, les genoux plieront aussi. Une bande son occupe l’espace sonore avec parfois des chants d’oiseaux, de voix. Un éclair lumineux plus intense permet d’éclairer rapidement les cheveux et les mains… Pour le salut, les deux interprètes apparaissent vêtues de noir, écho l’une de l’autre : on ne s’était pas rendu compte de leurs permutations.

CHRIS BOURGUE

L’écho s’est donné à La Criée  le 30 septembre et le 1er octobre dans le cadre d'actoral

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actoral : Improvisation en état altéré

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When the calabash breaks © Pietro Bertora

La performance When the Calabash Breaks est née de la rencontre entre Tiran Willemse et Melika Ngombe Kolongo, alias Nkisi. Le chorégraphe sud-africain et la compositrice et productrice belgo-congolaise créent ensemble un espace de transe musicale cathartique, ou l’état altéré devient matière à improvisation entre le danseur et la musicienne. 

Le petit plateau de la Friche est enfumé, quelques spots lumineux dirigés au plafond, comme des torches enflammées, sont disséminés dans l’espace, et les instruments de Melika Ngombe Kolongo au centre de la scène. Tiran Willemse, en sweat à capuche noir, est au sol à coté d’elle. Le petit plateau a des airs de fosse de rave techno : des balcons vides où la fumée s’élève au-dessus des perfomeureuses et jusqu’au plafond. La scénographie efficace oscille entre deux âges, rend hommage aux espaces rituels ancestraux et aux expériences de transes contemporaines. 

Tiran Willemse, sur les premiers beats se lève, pousse un cri dans le micro, se rassoit et recommence. L’intensité monte et lui gagne en énergie, il enchaîne les allers retours du mur du fond à la batterie centrale, saute, frappe le mur et danse, s’arrête, souffle, et recommence. Il entre et sort de transes auto induites accompagnées par Nkisi qui le regarde attentivement et improvise en fonction entre percussions classiques et électroniques. 

Le danseur prend l’espace, investit celui du public, sort de scène pour explorer le fond du plateau, saute sur les enceintes et frappe les murs, s’entrecoupe de danses de folie solitaire qui manifestent des présences fantômes. Ici, When the calabash breaks, (« Quand la calebasse se brise ») s’émancipe, exprime une colère cathartique qui se métamorphose en résistance collective et secoue le public autant qu’elle le convie. 

Nemo Turbant

When the calabash breaks a été joué à la Friche les 4 et 5 octobre dans le cadre d'actoral

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actoral : L’éclat des bâtards

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Archipel des batards © Th.BILANGES /GMEM

Éloge des bâtards est un de ses romans les plus graves, au sens musical du terme, d’Olivia Rosenthal. Il donne la parole aux abandonnés, aux cabossés issus d’unions non identifiées, de pères de passage, de mères désastreuses. Il dévoile leur force, leur capacité d’invention, d’obstination, à chercher, à comprendre, à rappeler, à réparer, à faire groupe. A défaut de famille, mais aussi avec une capacité de résistance politique que les autres n’ont pas : luttant contre un urbanisme qui a détruit une passerelle reliat leurs cités à la ville et détruisant leur quartier.

Construit sur un principe de couple entonné par chaque bâtard du groupe, et de refrain commun sur leur lutte, le roman se prête à une mise en lecture musicale, d’autant qu’Olivia Rosenthal performe son œuvre avec rigueur et rugosité,et parvient à en éclairer les aspérités, à faire sonner les rythmes et les consonnes sans jamais surjouer les sens.

 Mais L’Archipel des bâtards, porté par le GMEM et actoral, va au-delà de la lecture musicale : les lumières aussi accompagnent la danse des mots et un véritable dialogue, construit, écrit, s’installe s’installe avec Eryck Abecassis à la guitare. Sa musique aussi s’abâtardit de répertoires métissés, de chansons populaires, de samples pas nets, de sons saturés, de subtils larsens qui s’immiscent dans les mots. Ensemble ils font groupe, construisant un pont, comme s’ils recontruisaient cette passerelle vitale de ceux qui reconstruisent les voies effacées.

Agnès Freschel

L’Archipel des bâtards a été joué au Module du GMEM le 4 octobre dans le cadre d'actoral

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actoral : Intimité fasciste

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Three times Left is Right, Julian Hetzel © X-DR

Il est un intellectuel marxiste allemand, elle est son élève, sa cadette de plus de 30 ans, ils ont ensemble 3 enfants. Assez banal pour être vrai, sauf qu’elle est devenue raciste, d’extrême droite, appelant à la violence et attisant les peurs par un discours qui culpabilise la gauche. 

Ce pitch est celui de Three times Left is Right, il est aussi une histoire vraie, jouée par deux acteurs exceptionnels à nu (au sens propre au début) Josse De Pauw et Kristien De Proost. Deux acteurs flamands qui parlent en anglais pour figurer un couple allemand vivant en Autriche, mais aussi un couple à la ville qui ressemble beaucoup aux personnages qu’il incarne -il a d’ailleurs été choisi pour cela par Julian Hetzel. Sauf qu’ils n’ont que 20 ans d’écart et qu’elle n’est pas fasciste. Elle se plaint d’ailleurs que son rôle est le plus difficile à jouer parce qu’il est plus loin d’elle, même si elle semble y prendre un plaisir certain, et triompher à la fin de son mari pusillanime, après une scène hallucinante de sexe cannibale. 

Bref, Three Times Left is Right est sacrément troublant. Il s’attache à ce non dit qui traverse nos corps électoraux : comment passe-t-on d’une gauche convaincue, d’un socialisme raisonné, à une extrême droite violente et irrationnelle ? Par amour, par empathie, par peur de l’autre, par goût du sang ? Si elle y est venue par haine de l’étranger, lui semble céder peu à peu par amour pour elle, demander au public de faire un salut fasciste par empathie, réparer ses dégâts, confondre désir et violence, céder à la domination, et finir par vendre de la bière et des saucisses bien allemandes, dont il ne cherche plus à expliquer qu’elle ont été inventées par les Mésopotamiens. 

Une partie du public va partager les saucisses offertes, l’autre se demande si cela signe un renoncement, et sort. Par la gauche.

Agnès Freschel

 Three times Left is Right a été joué à la Friche les 4 et 5 octobre dans le cadre d'actoral

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actoral : Corps en eaux profondes 

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Spongebabe in L.A. Mercedes Dassy © Maladita

En entrant dans le grand studio du BNM on découvre parcourant le plateau au sol des lignes assemblées de chaînes et objets métalliques, reliées à un tissu sur lequel est imprimé un visage effacé. Et Kiddows Kim, à mi-scène, dos au public, courbé en deux, vêtu de différentes couches de tissu qu’il maintient retroussées sur ses hanches pour exposer ses fesses nues et ses jambes glabres. En chantonnant, il va reculer pas à pas de façon lente et hésitante en ligne droite vers le public, jusqu’à le traverser, toujours à reculons, en grimpant sur les bancs jusqu’au dernier rang. 

Spectre

Retour ensuite sur scène pour ingurgiter, accroupi, un liquide blanc, gratter des ongles un pantalon en semblant récolter quelque chose, qu’il met à sa bouche, régurgitant le tout sur le tissu. Dans la troisième séquence, il porte et rassemble avec beaucoup d’efforts les chaînes et objets métalliques reliées au portrait effacé, pour former une masse emmêlée qu’il arrive à suspendre à un crochet à l’avant-scène. Il se penche ensuite dessus, y enfouissant son visage pour hurler et produire des sons grimaçants avec sa voix, amplifiés et modifiés par des traitements sonores. Dans la dernière séquence, il enfile le pantalon souillé jusqu’à mi-cheville, et le visage figé et déformé par une grimace bouche grande ouverte, recule lentement pas à pas jusqu’à mi-scène, laissant deux lignes baveuses sur le sol. Puis va se recroqueviller derrière le public, près de la régie. 

Un parcours cathartique, aux images fortes et étranges, parfois repoussantes, traversé de fragilités et de déterminations voire de rage, habité par une créature spectrale, animale, mais aussi, de façon troublante : humaine. 

Papillons

Dans SpongeBabe, le plateau est recouvert de deux traînes de tissus blancs jusqu’à un lit XXL recouvert de nombreux coussins également blancs. Après être apparue allongée dans les tissus, s’être roulée dedans doucement jusqu’au lit, elle se dresse, visage clairsemé de strass brillants, enlève sa veste floquée au dos « SpongeBabe », pour apparaître vêtue de combinaisons en grosse résille, tissu sur la poitrine et à la taille, guêtres en mousse aux motifs de camouflage militaire, cheveux tirés en arrière par une très longue queue de cheval tressée.

Elle semble réagir à des signaux qui la font subitement changer d’état : s’écroulant en pleurs inarrêtables sur le lit, puis se prélassant et trouvant l’inspi en reliant des lettres écrites sur une tablette, elle se saisit d’un micro sans fil pour chanter « Papillons Papillons Papillons » ad libitum avec une voix autotunée. 

Constatant deux taches humides sur le tissu recouvrant sa poitrine, se saisissant de deux biberons, elle fait mine de se tirer le lait sur un fond sonore rythmique de machine à traire, qu’elle accompagne ironiquement et laconiquement de mouvements de hanche mollement rebondissants. Puis dansant de façon stéréotypée en ondulant sans fin sur un fond lointain d’acclamations d’un public. La scène semble devenir une chambre-studio d’enregistrement mental, où SpongeBabe, seule, entre lenteur, répétition, abattements, se fraye un chemin entre des images et attitudes stéréotypées, pour tenter de s’accorder à elle-même. 

MARC VOIRY

High gear de Kiddows Kim et SpongeBabe de Mercedes Dassy ont été présenté les 2 et 3 octobre au Ballet national de Marseille dans le cadre d’actoral.

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actoral continue

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The Cloud © Giuseppe Follacchio

À la Friche la Belle de Mai ce mercredi 8 octobre, Parterre de Volmir Cordeiro entraîne les spectateurs dans une exploration où le sol devient archive et terrain de jeu, le collectif une force d’excavation. Rage, tendresse et grotesque se mêlent dans une fête souterraine où le mouvement fait remonter les poussières d’histoires enfouies. La danse comme une cérémonie de fouille qui, tout en riant et en délirant, invente un bien commun sensible.

Du sol au ciel : le lendemain au Zef, Arkadi Zaides avec The Cloud convoque deux nuages : celui de Tchernobyl, qui a recouvert l’Europe en 1986, et celui, aujourd’hui omniprésent, du numérique et de ses intelligences artificielles. La scène devient une chambre météorologique, un espace où se croisent désastres passés et données contemporaines, et où le corps cherche son orientation dans les flux.

Inhale Delirium exhale, Miet Warlop, 2025 © Reinout Hiel

Cabaret et paysages scéniques

Le 9, le Centre Pompidou se déplace à La cômerie le temps d’une soirée, proposant un format festif et inattendu : le Cabaret Extra ! Entre performances hybrides et gestes artistiques insituables, le cabaret comme lieu d’un art qui se joue des catégories.

Enfin, les 10 et 11 à La Criée, le retour de Miet Warlop avec INHALE DELIRIUM EXHALE. L’artiste belge, habituée d’actoral, crée un paysage scénique ludique et vertigineux : plusieurs interprètes manipulent des milliers de mètres d’étoffes qui se gonflent, s’enroulent, s’élèvent et tombent, sculptant l’espace en vagues mouvantes. Une chorégraphie collective qui transforme le plateau en organisme vivant. Une interrogation du geste, de la matière et du collectif : chaque mouvement, chaque pli d’étoffe devient un acte dramaturgique.

MARC VOIRY

actoral
Jusqu’au 12 octobre
Divers lieux, Marseille

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Divertir est vital

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L’actualité culturelle de la semaine est si intense qu’elle a mangé toute la place dans nos pages, et restreint l’édito politique à une colonne. Signe, sans doute, que le cirque national n’est que trop mortifère et ahurissant, et qu’il est bienvenu de parler directement culture malgré les poussées de rage qui surgissent – mais quand donc vont-ils écouter la volonté du peuple, taxer les riches et restaurer les services publics que nous avons conquis et financés ?

Laissons-là ce discours, ce chapitre, cette affaire, comme disent les raisonnables dans les pièces de Molière. Il nous faut bien, une fois de plus, ravaler nos colères. Y trouver des dérivatifs ? On vous en propose à Marseille, Aix, Martigues, Avignon ou Toulon, de toutes sortes, et de toute beauté.

Penser ou fêter ? 

Faire la Fiesta, bien sûr, pour être ensemble et recharger les batteries corporelles. Ou passer l’Automne en librairies avec les autrices les plus renversantes, et explorer la pensée complexe avec Edgar Morin et la pop philosophie. Se souvenir d’Enrico Berlinguer et de ce qu’aurait pu être l’histoire. Avoir soir d’apprendre, faire le rêve réaliste d’un cirque inclusif, ouvrir le coffre fort de l’empire, repenser la métropole, croire qu’Avignon est une capitale italienne, secourir les naufragés de la fonction publique filmés dans Hors-Service. Profiter de la dernière semaine d’actoral, retrouver Don Giovanni et Dom Juan, faire le plein de musiques et d’écrans partagés. 

Ambroise et Sébastien

Vous avez toute la semaine pour cela. Soit trois fois moins que Sébastien Lecornu pour produire le gouvernement le plus désastreux de l’histoire. Mais pas beaucoup moins non plus qu’Ambroise Croizat, ministre du travail du 21 novembre 1945 au 26 janvier 1946. Soit deux mois pour créer la sécurité sociale, assurance maladie et retraites comprises, dans la première présidence, provisoire,  de De Gaulle. Comme quoi un communiste, ça peut être utile au peuple dans un gouvernement de droite. Pour peu que celui-ci soit réellement d’union nationale, et construit comme un rempart à une extrême-droite combattue ensemble au prix du sang.

Agnès Freschel  


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[ Canebière Film Festival] L’Engloutie

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L'Engloutie (C) Condor

Une nuit d’encre, Un vent violent et glacial. La lueur de deux lanternes au fond du cadre, noir. C’est ainsi que débutent le film de Louise Hémon et le long hiver d’Aimée, une jeune institutrice nommée dans un hameau de la vallée du Véneon.  Elle est conduite dans un chalet des plus rustiques, chargée d’apporter l’éducation et les valeurs républicaines en cette fin du 19e siècle. Elle doit apprendre le français à quatre enfants qui ne parlent que le patois. Là, les vaches font « Brou brou » et  les  mères passent l’hiver dans la vallée comme domestiques.  Leçons d’écriture, de géographie avec un planisphère, d’histoire, et d’ hygiène. Le bain qu’elle fait prendre aux petits élèves n’est pas du goût des vieilles du hameau : « Les croutes sur la tête protègent le cerveau ; ils vont être malades » : c’est ce qu’elle s’entend dire à une veillée où elle a été invitée. Elle y écoute le récit de la rencontre avec la mort que fait en patois  une vieille femme et qu’un homme lui traduit. Comme un prologue à la mort d’un vieux du hameau, Pépé Jupiter. On ne peut l’enterrer, la terre est gelée. On mettra son cercueil sur le toit de l’école : ainsi il sera accompagné par les jeux et les rires des enfants : un des plans les plus saisissants  du film, inspiré à Louise Hémon par une nouvelle de son grand père, Jacques Chevallier, La Bière sur le toit. Aimée  qui est venue dans ce village « pour donner, pour que les enfants deviennent des citoyens libres et émancipés » n’est d’abord ni comprise, ni acceptée. Au fil des jours, elle découvre les rituels, participe aux veillées où l’on joue de la musique, l’on danse, où l’on croise les regards des jeunes hommes à la lueur du feu ou des chandelles. Aimée est une jeune femme, qui a des désirs, qui se fait plaisir, plaisir solitaire ou partagé. Quand… deux hommes  (Samuel Kircher et Matthieu Lucci) disparaissent tour à tour, engloutis par la montagne…Le mythe de Samarcande n’est pas loin.

C’est dans cette nature hostile, sombre, glaciale que nous immerge Louise Hémon, en pleine tempête de neige, dans le noir, à la lueur de la lune ou des torches. Des décors conçus par la cheffe décoratrice, Anna Le Mouël. On nous fait partager les émotions, les certitudes, les découvertes de cette jeune institutrice qu’interprète avec conviction Galatéa Bellugi. Dans une scène très forte, on la voit s’appliquer à répéter les mots en patois que lui apprend un de ses élèves ! Visages souvent filmés en gros plan, recadrés par une fenêtre ou reflétés : la mise en scène est très soignée et on imagine que le tournage n’a pas été des plus simples. « Avec ma chef-opératrice, Marine Atlan, nous avons décidé de filmer en 4/3 car cela m’évoque une cinématographie ancienne, le cinéma muet. Et au lieu d’exploiter le décor dans sa majesté en scope ou en 16:9, cela augmente la verticalité de la montagne et c’est plus étouffant »

La musique d’Emile Sornin joue ici un rôle important, accentuant la sensualité du film et y ajoutant du surnaturel  comme la séquence de la grotte qui respire et  halète, peut être de plaisir.

Un film à la lisière du visible et de l’invisible.

Annie Gava

Le film a été présenté en avant-première au Canebière Film Festival en présence de Louise Hémon et de la cheffe décoratrice  Anna le Mouël

Lire ICI l’interview d’Anna Le Mouël et ICI celle de Louise Hémon