lundi 9 février 2026
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Festival Panorama : On prend tous le bus 47

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Le choix d’un film d’ouverture est toujours délicat. Il donne le la, cherche choc ou adhésion ou les deux. Ce fut El 47 de Marcel Barrena – en compétition, par ailleurs, pour l’Horizon d’or. Un film qui, s’il ne s’inscrit pas dans le focus du cinéma au féminin -épine dorsale de la programmation 2025, reprend les valeurs défendues par CineHorizontes, à travers le 7è art et les autres : résistance et partage. Un film émouvant sans sensiblerie. Fort sans tonitruance. Historique mais actuel. Où toute ressemblance avec les faits et personnages existants est revendiquée.

El 47 débute sur la reconstitution d’un épisode peu connu de la migration interne en Espagne. On est en 1958 à Barcelone. Toute une population venue d’Estrémadure et d’Andalousie s’est installée dans la périphérie de la ville. Isolés par leur langue, leur analphabétisme, leur misère, ces Migrants ont acquis des parcelles de terrain sur les hauteurs de Torre Baró. Sans autorisation de construire. Sauf s’ils parviennent à le faire en une nuit. Si, au lever du soleil, la cabane édifiée n’a pas de toit, les policiers la détruiront. Se joue alors un contre la montre poignant et dramatique. Seule la solidarité permettra à ces pauvres gens de braver la loi inhumaine qui leur est imposée. Parmi eux, Manolo Vital (Eduard Fernández) fédère les efforts. Veuf, père d’une fillette prénommée Juana (Zoe Bonafonte), il rencontre Carmen (Clara Segura) une nonne institutrice qui devient sa compagne. Vingt ans plus tard, les voilà installés dans une maison en « dur » mais dont les murs se tâchent d’humidité. Le bidonville s’est « amélioré ». Pour autant, alors qu’il en fait partie, il demeure oublié du développement d’une Barcelone, prospère et moderne, que Manolo, devenu chauffeur de bus sur la ligne 47, parcourt toute la journée.  

A Torre Baró, pas d’eau courante, pas d’électricité stable, pas d’école, pas de médecin, pas de pompiers, pas de facteur. Des routes de terre, défoncées rendent l’accès difficile. Pas de transports en commun pour les habitants qui travaillent dans le Centre et doivent parcourir des kilomètres à pied. Certains déménagent quand ils le peuvent. Carmen est lasse. Manolo ne veut pas quitter ce quartier qu’il a contribué à construire de ses mains. Juana est révoltée.

Le Manolo de Barrena n’est pas un révolutionnaire. Il respecte les institutions et se plie devant l’autorité quand il ne peut faire autrement. Mais devant les fins de non-recevoir qui lui sont opposées, il fera un geste, resté dans l’histoire des luttes. Un geste pacifique, fort et efficace : détourner le bus l’El 47 pour faire connaitre Torre Baró aux Barcelonais et désenclaver le quartier.

Une affaire de dignité

Le réalisateur introduit des images d’archives reconstituant la ville de l’époque et joue sur la palette couleur des années 70. Il estompe le discours purement politique de son scénario mais met en perspective le passé franquiste pour imaginer l’avenir avec un personnage comme Juana. Elle ne détourne pas un bus comme son père mais un concert où elle est choriste en interprétant de sa propre initiative, a cappella, l’hymne antifranquiste Gallo Rojo Gallo Negro.

Si Barrena romance la rencontre du chauffeur de bus avec le futur maire de Barcelone, Pasqual Maragall, héroïse sans doute son personnage principal et son entourage, fait de ce bus un symbole à la fois du lien social, du lieu « commun », et de la force de la lutte, c’est pour privilégier l’émotion et affirmer comme Manolo que la dignité, ce n’est pas quelque chose d’abstrait : c’est un toit, l’accès à l’eau, à la lumière, au travail, à l’école. Servi par un casting exceptionnel, El 47 a déjà remporté de nombreux prix dont le Goya du meilleur film et le prix d’interprétation pour Clara Segura.

ELISE PADOVANI

El 47 de Marcel Barrena projeté le 8 novembre au cinéma Gérard Philipe en ouverture du festival Panorama 

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Rencontres d’Image de Ville : Filmer la Métropole

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Romain Rondet et Gabriele Salvia

Au départ, c’était le Festival du film sur l’architecture et l’espace urbain, qui réunissait depuis 2003 architectes, urbanistes, historiens, géographes, philosophes, artistes… et cinéastes. Puis il est devenu Les Rencontres d’Image de Ville, mais s’évertue toujours à « regarder la ville » par le prisme du cinéma. Cette année encore, il se tient en deux temps, du 9 au 12 octobre à Aix en Provence, et du 16 au 19 octobre à Marseille. Et divise son programme en trois sections.

Section 1 : état des lieux

Une sélection de films issus du patrimoine, parfois rares, mêlés à des productions plus récentes. Projections-débats, accompagnées par des cinéastes ou des spécialistes, et consacrées cette année, au territoire de notre Métropole. À son histoire autant qu’à sa géographie. Aux regards des « filmeurs » qui en ont fait leur arrière ou leur premier-plan.

On passera entre autres, de la Martigues de Jean Renoir (Toni, 1935), à Fos-sur-Mer vue par les cinéastes suédois Peter et Zsóka Nestler (1972) ou à La Ciotat de Laurent Cantet entre passé ouvrier et avenir incertain (L’Atelier, 2017). On parcourra le Canal de Marseille avec Jean-Pierre Daniel (Et si ce Canal c’était la mer) ou on longera l’autoroute A7 avec Romain Rondet et Gabriele Salvia (La République des Autoroutes). On pourra même sentir le territoire sous ses semelles, en balade avec Nicolas Memain et faire des arrêts sur image avec Standard, l’expo photo d’André Merian à l’Institut de l’Image.

Section 2 : un cinéaste-un architecte

En fait, un trio d’architectes : Les Marneurs qui dialogueront avec le documentariste Dominique Marchais sur les transformations et les dommages irréversibles de l’environnement, en imaginant des aménagements pour limiter ces dégâts et recréer un lien avec le cycle du vivant. Au programme, quatre documentaires du cinéaste, dont La Ligne de partage des eaux et Nul Homme n’est une île. Mais aussi, sans être exhaustif, The Land de Robert Flaherty, Un Fleuve sauvage d’Elia Kazan et Penser l’Incertitude de Christian Barani.

Section 3 : Les assemblées urbaines

Enfin pour cette dernière partie du programme, trois conversations avec la philosophe Joëlle Zask, présentées par l’architecte curatrice et critique Océane Ragoucy. Trois films en support : Les Bruits de Récife de Kleber Mendonça Filho autour de la notion de « voisinage », Place de la république de Louis Malle autour de celle de « lieu public » et enfin Il fait nuit en Amérique d’Ana Vaz sur la coexistence de la nature sauvage et de la cité. Image de ville crée aussi des événements cinéma avec un hommage à David Lynch, « inventeur de villes ». Une carte blanche au festival brésilien Urbani qui a choisi Quando o Brasil era moderno de Fabiano Maciel. La projection du court métrage réalisé aux Baumettes avec « ceux du dedans », produit par Lieux Fictifs,La Ville sans nom de Joseph Césarini et Iacopo Fulgi.  Et, le 18 octobre, au cinéma Les Variétés, en avant-première : L’Inconnu de la grande Arche de Stéphane Demoustier, sélectionné à Cannes cette année avec l’impeccable Swann Arlaud en Paul Andreu, et Michel Fau en François Mitterrand.

ÉLISE PADOVANI

Image de Ville

Du 9 au 12 octobre

Aix en Provence

Du 16 au 19 octobre

Marseille

Hors-Service : missions impossibles

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@Les Films de l'œil sauvage

Le film commence dans le noir. À la lampe de poche, on découvre un lieu désaffecté – qui se révélera être l’Hôpital de Villeneuve-sur-Lot. Quelques meubles, des caisses, des objets, des photos, des papiers, abandonnés comme après un naufrage. Un lieu hors service pour six démissionnaires de la Fonction publique, hors service eux aussi.
Micka, un ex-postier, Nabil, un ex-policier, Blandine et Rachel deux ex-enseignantes, Margot, une ex-médecin anesthésiste, et Floriane, une ex-juge, ont entre 30 et 52 ans. Tous ont grandi dans l’idée d’un État protecteur, d’un fonctionnariat au statut envié pour sa sécurité, tourné vers le bien des citoyens. Chacun va recréer dans les bureaux et les chambres désertées, à l’aide de quelques objets apportés dans ses valises, son espace de parole. Dans un décor stylisé, chacun raconte et revit ses difficultés, ses doutes, sa détresse face aux missions impossibles à accomplir correctement. Jeu de rôles théâtralisé pour mettre en situation aussi bien qu’à distance.

L’impossibilité de bien faire

Ensemble, ces naufragés de la Fonction publique font repartir le groupe électrogène. Dans les salles communes, ou sur le toit terrasse, en partageant un repas ou un moment de relaxation, ils croisent leurs expériences si semblables. La volonté de bien faire, l’impossibilité de bien faire. L’investissement au travail, la frustration. La perte du sens des tâches, l’épuisement.
Ils parlent du changement de paradigme à la fin du XX e siècle, quand se sont appliqués au
domaine public, les règles, la logique et le langage d’entreprise. Concurrence entre les
services hospitaliers, notion de temps « parasite » à l’hôpital comme à la Poste (comprendre : le temps non rentable passé avec l’usager). Politique du chiffre au commissariat. Impuissance à régler les problèmes immédiats des justiciables au tribunal.
Tous parlent de l’incompréhension de leurs familles et d’un séisme personnel. Les lettres de
démission lues à haute voix sont bouleversantes et révèlent que le deuil des illusions n’est paschose aisée. Vicieux, le système malade fait croire à chacun que c’est lui qui l’est. Qu’il « n’a pas les épaules », qu’il est trop sensible, trop fragile, se pose trop de questions.
Certains envient leurs collègues qui « s’adaptent », savent se protéger, se conformer. Pourtant les burn-out se multiplient, la rubrique des faits divers enregistre des suicides de policiers, de professeurs ; 3000 magistrats signent une tribune pour dénoncer le dysfonctionnement de la Justice malgré un devoir de réserve qui sert trop souvent à masquer les problèmes.
Micka, Nabil, Blandine, Rachel, Margot et Floriane rêvent de transformer cet hôpital déserté
en lieu d’accueil, en un asile pour tous les fonctionnaires en souffrance. Ceux qui restent en
poste comme Jean-Marc, le policier mis au placard pour avoir dénoncé les brutalités illégales de ses collègues, ou ceux qui ont abdiqué et jeté l’éponge.
Jean Boiron-Lajous dit avoir voulu mettre la parole brute au centre de son film et faire du
bien aux personnes qu’il réunit là. En brisant leur solitude, en privilégiant l’écoute et la solidarité, en les filmant en devenir, laissant l’espoir d’une lutte possible à l’intérieur des
administrations. C’est sans doute cette générosité et cette bienveillance qui tempèrent le
sentiment de désespérance devant le constat de la folie et de la violence des institutions de
l’État.
ELISE PADOVANI


Hors-Service, de Jean Boiron-Lajous / Les Films de l’œil sauvage

En salles le 8 octobre

Un jour, c’est trop courts

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La Réputation (C) Sans regret

20 ans déjà que l’association Les Films du Delta propose sa journée consacrée au court-métrage, Courts-Bouillon. Avec cette année, 34 courts venus de huit pays se pressent ce 11 octobre à la salle Emilien Ventre de Rousset. Des coups de cœur, des films insolites, drôles, émouvants qui parlent de notre monde, interrogent, ou simplement nous font sortir de notre réel pas toujours drôle. Au fil des séances, 13h45, 18 h et 21 h, on se promènera, de film en film dans des univers différents, dans des esthétiques diverses, rencontrant des personnages qui nous ressemblent ou nous surprennent.

Programme bouillonnant

On assiste dans un café au Québec à la rencontre d’une actrice en creux de carrière et de son agente pour un nouveau projet : Extras de Marc-Antoine Lemire ; dans un restaurant indien à celle de deux femmes qui partagent des souvenirs doux amers de leur pays : Sulaimani de Vinnie Ann Bose.

C’est une fable sur le mystère de la foi et du plaisir féminin que propose Sharon Hakim dans Le Diable et la bicyclette, adapté de la nouvelle de Tamara Saadé. Et dans le court espagnol de Sandra Gallego, multi primé, La loca y el feminista, on assiste à une conversation, sans retour, sur ce que signifie l’origine du féminisme.

Présélectionné aux César et lui aussi multi primé, Les Liens du sang de Hakim Atoui : quand un frère et une sœur trouvent chez leur mère qui rentre de l’hôpital, un robot d’assistance médicale.

À ne pas rater Apnées de Nicolas Panay, le thriller social haletant, ni Upshot où la Palestinienne Maha Haj raconte de manière magistrale l’histoire sombre d’un couple dans une vallée de Galilée. Le jury et le public du festival Itinérances d’Alès ont adoré Mort d’un acteur d’Ambroise Rateau pour son originalité : Philippe Rebbot est annoncé mort sur les réseaux sociaux ; il est toujours vivant !

Comme chaque année, à 16 h, il y aura la traditionnelle séance familiale spéciale animation :17 films issus de huit écoles d’animation françaises : Mopa, La Poudrière, Ensi, Supinfocom Rubika, Esma, École Pivaut, Isart Digital et L’Atelier de Sèvres. Et pour terminer cette alléchante journée, il y aura le traditionnel velouté Courts-Bouillon, oùl’on pourra trinquer ensemble…

ANNIE GAVA

Courts-Bouillon
11 octobre
Salle Émilien Ventre, Rousset

Nos jours sauvages : Sur la route

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Nos jours sauvages (C) Condor distribution

C’est dans une station-service que se produit pour Chloé une rencontre qui va changer sa vie dans le film de Vasilis Kekatos : un lieu que le cinéaste doit apprécier : le même que dans son court métrage, La distance entre le ciel et nous, Palme d’Or du court métrage à Cannes en 2019. Chloe (lumineuse Daphné Patakia) la vingtaine, quitte la maison, de nuit, après une grave dispute familiale. Elle décide d’aller voir sa sœur à Evros. Elle est prise en voiture par un homme qui ne lui veut pas vraiment du bien. Enfermée dans le véhicule, lors d’une pause, elle est sauvée par Sofia (Eva Samioti) et ses amis qui vivent dans un mobil home.

Elle s’embarque avec eux le long des routes grecques. Ils sont jeunes, font la fête, boivent, dansent. Ils sont libres et au fil des villages traversés, lavent le linge des pauvres dans les machines qu’ils ont installées dans leur camping-car. Chloé apprend peu à peu les rituels de cette tribu qui devient la sienne : faire les loups dans la forêt, subtiliser des objets dans des maisons inhabitées, se baigner nus. Tombée amoureuse de l’un des garçons, Aris (Nikolakis Zegkinoglou) ,elle va vivre un premier chagrin d’amour. Sa sœur, enceinte, qu’elle retrouve à Evros, désapprouve complètement la vie qu’elle s’est choisie.

Un film à la fois joyeux grâce aux images remplies de couleurs, à la chaleur du groupe, à la force de l’amitié, à la musique de Kostis Maraveyas mais aussi plein de la mélancolie d’un road – movie qui va se terminer un jour.

Annie Gava

© Condor distribution

Du nouveau dans le décor

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Meteors (C) Pyramide Films

Un nouveau festival de cinéma à Marseille ? Un de plus ? Pour célébrer le cinéma, certes, mais aussi mettre en lumière le travail de ceux qui le font, en plus des scénaristes, cinéastes et interprètes : les technicien·nes. Et pour cette première édition, ce sont ceux et celles qui font les décors qui sont mis à l’honneur. Ainsi du 8 au 12 octobre à l’Artplexe et aux Variétés, on pourra voir ce travail à travers des films où les décors, « écrin du film », naturels ou construits, sont particulièrement remarquables. Des avant premières, longs et courts métrages accompagnés par leurs équipes, en particulier par les chef·fes déco, qui pourront expliquer au public comment ils travaillent : leurs choix pour créer l’atmosphère du film, les rapports avec les cinéastes, le « destin » des décors le tournage fini….

Des films en compétition

Pendant ce festival, cinq longs métrages sont en compétition. Le 8 octobre aux Variétés, on verra L’Engloutie, le premier long de Louise Hémon, qui sera présente avec sa cheffe déco Anna Le Mouel. Un film où l’on suit une jeune institutrice envoyée dans une vallée isolée des Hautes-Alpes à la fin du XIXe siècle. 

Le lendemain, à 19 h, ce sera Des Preuves d’amour d’Alice Douard dont Anne-Sophie Delseries a conçu les décors : un joli film sur la co-maternité, l’amour et la filiation.

Le 11 ce sera le deuxième film de Romane Bohringer, Dites-lui que je l’aime, adapté du livre autobiographique de Clémentine Autain : un récit de son enfance auprès de sa mère, l’actrice Dominique Laffin, décédée prématurément. C’est sa cheffe déco, Rozenn Le Gloahec qui parlera avec le public. Le 12 à l’Artplexe, Chloé Cambournac viendra présenter le deuxième long de David Roux, La Femme de, un thriller domestique, un film d’émancipation féministe.

Il y aura aussi deux programmes de courts métrages en compétition les 11 et 12 octobre. Avec sur la toile Big boys don’t cry d’Arnaud Delmarle, tourné à Saint-Chamas, ou L’Enfant à la peau blanche de Simon Panay, où l’on voit un enfant atteint d’albinisme, confié par son père à un groupe de chercheurs d’or, cristalliser tous les espoirs.

Une carte blanche est donnée à l’A.R.T.S. (Association régionale des techniciens du Sud-Est) qui présentera le premier long métrage de Léa Fehner, Qu’un seul tienne et les autres suivront  (2009), une cinéaste dont on avait apprécié le dernier film, Sages femmes [lire sur journalzebuline.fr].

ANNIE GAVA

Canebière film festival
Du 8 au 12 octobre
Cinémas Artplexe et Variétés

actoral : Queer et splendide

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Analphabet, Alberto Cortes © Alejandra Amere

Cela commence dans le noir par un solo de violon virtuose de Luz Prado (mais comment peut-elle démancher si précisément sans lumière ?) qui prend violemment aux tripes et au cœur. Puis la lumière est, et Alberto Cortés apparaît dans la lumière sculptée, comme un bijou aux bras effilés. Il est la grâce dans les feuillages, un Pan qui aurait oublié d’être difforme et serait aussi un Adonis. Il convoque deux amants sur une plage, évoque une domination et une maltraitance, un désir qui brûle, une douleur. Et convoque un spectre, Analphabet, qui a choisi ce nom « parce qu’il commence par anal ». Il s’adresse au public, descend de son piédestal feuillu et se lance dans une performance poétique dont le sens, obscur, éclaire pourtant comme une flamme. Les régisseurs sont des hommes nus qui déplacent lentement les feuillages. Il demande au public de mettre la main sur le cœur en signe d’empathie. Sa beauté, sa douleur, sont évidentes, et Analphabet bouleversant.

AGNES FRESCHEL

Analphabet a été joué les 24 et 25 septembre au Ballet de Marseille dans le cadre du festival actoral

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Hymne au grand-père

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Ce petit bijou littéraire d’une tendresse bouleversante est l’hommage vibrant de l’autrice à son grand-père Mâma Kôrmâma. Humble, sage, lettré, ce grand-père philosophe et son épouse vont élever Fatou sur une île du Saloum (Sénégal).

Le livre débute lorsque la maman de l’autrice décède. Cette génitrice, « tombée » enceinte très jeune, la petite fille la considère plus comme une grande sœur que comme une mère. Quant à son père, il s’est envolé à sa naissance. Retournée au village pour les obsèques, la jeune adulte pressent qu’il s’agit aussi de son dernier séjour auprès de son grand père vieillissant. 

Dans ce roman, Fatou Diome déroule son enfance, son adolescence et sa vie d’adulte, guidée par la présence de ce grand-père qui même au loin, veille constamment sur son bonheur. Elle évoque avec une ferveur pudique les après-midis d’apprentissage, les leçons de patience transmises au fil des jours par ce Mâma extraordinaire. Ancien pêcheur de métier, le « capitaine » s’est toujours tenu droit avec bienveillance au côté de son « petit matelot », lui apprenant à ramer encore et toujours même dans les plus grandes tempêtes de la vie.

Rôdeuse des ombres

« Tant que nous aimons, aucune nuit ne sera noire », cette phrase résonne comme le fil conducteur de l’ouvrage qui est aussi une exploration des ponts entre Afrique et Europe. La France est là, incarnée par la ville de Strasbourg où Fatou a fait sa vie, au départ pour suivre un mari blanc, puis en devenant professeure et écrivaine, confrontée aux douleurs de l’exil, à deux temporalités, à deux territoires dans lesquelles elle est devenue ou reste une étrangère. 

« Où que je sois, où que le soleil m’éclaire le pas, où que la lune veille mon écriture, mes deux terres s’accolent, s’ajustent sur la même page »confie-t-elle avec poésie dans ce récit qui reste fondamentalement sénégalais dans son âme, ancré dans la terre du Saloum, entre océan et palétuviers, là où les ancêtres, ces « Veilleurs » fauchés par la « Rôdeuse des ombres » parlent encore par les voix du vent et guident les vivants. 

Ce roman n’est pas linéaire : il ondule comme une pirogue suivant les courants, dans des allers retours constants, comme les flux et reflux des vagues, « en dehors des voyages d’agrément, peut-on voyager sans déchirure à l’âme ? Émigrés, immigrés, nous voyageons avec nos points de suture ». 

La langue riche, imagée, chantante, traversée de proverbes, d’images solaires, de formules héritées du conte, puise aux ancêtres, et aux sources de la lagune sénégalaise. Au-delà d’une narration autobiographique, l’œuvre est un chant d’amour transgénérationnel et un manifeste d’espoir contre les ténèbres du deuil. C’est une expérience sensible, presque spirituelle du sens que l’on peut donner à la perte d’un être cher. Par sa beauté formelle, sa profondeur humaine, sa puissance consolatrice, le livre de Fatou Diome s’impose.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Aucune nuit ne sera noire, de Fatou Diome 
Albin Michel - 21,90€
Paru le 20 août

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Occitanie : Le Jazz est zazou

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Dee Dee Bridgewater © Kimberly M Wang

Débuté le 12 septembre, le Nîmes Métropole Jazz Festival se poursuit jusqu’au 18 octobre dans divers lieux à Nîmes – de La Calmette à Cabrières en passant par le Paloma ou encore le théâtre Bernadette Lafont. Figurant parmi les festivals de jazz les plus accessibles, il mène à la rencontre d’artistes internationaux et de renom, jusqu’aux stars montantes de la scène jazz et les groupes locaux. 

À l’affiche

Après le coup d’envoi funk de la soirée d’ouverture, puis le passage de Thomas Pourquery, le 27, c’est au tour de Pink Turtle, sept musiciens qui transforment les tubes pop, en version jazz. Par la suite, la légendaire Dee Dee Bridgewater investit La Calmette le 2 octobre. En première partie Oya, quintet lauréat du prix de jury lors du Tremplin Jazz70 de 2024. Les jours qui suivent, le festival accueille le contrebassiste français, Henri Texier ainsi que la chanteuse et trompettiste canadienne Bria Skonberg avec What it means, un album à la Nouvelle Orléans. 

Afrique et Orient

Côté scène locale, le 11, c’est le duo Cam&Leo, composé de la harpiste, Camille Heim et du batteur, Léo Danais qui fusionne rythmes afro-caribéens et rock progressif. Ils seront suivis dans la soirée par Salif Keïta – chanteur légendaire, connu comme la « voix d’or de l’Afrique ». La musique traditionnelle est l’influence de l’orient seront aux rendez-vous avec Fatum Fatras qui allient au répertoire turc, grec, roumain et kurde le groove rock et funk des années 70 et 80. Quelques jours plus tard, le festival accueille le trio d’Alfredo Rodriguez – pianiste cubain virtuose de renom. Le soir de clôture (18) voit une belle programmation avec en première partie le groupe qui a remporté le prix du public du Tremplin 2024 : Vowski. Leurs compositions immergent le public dans une musique riche et texturée qui puise dans des univers visuels urbains et contemporaines. Et pour finir, venus du Chicago, une fanfare avec du punch – le Hypnotic Brass Ensemble qui fait jazzer avec du funk des années 60 et 70, jusqu’au soul en passant par le rock ou le hip hop. 

LAVINIA SCOTT

Nîmes Métropole Jazz Festival
Jusqu’au 18 octobre
Divers lieux, Nîmes 
Le OFF
Côté OFF, c’est l’association Jazz70, partenaire depuis les débuts, qui gère la programmation : concerts, stage de jazz, une soirée Jazz & Ciné au Sémaphore, une conférence sur les origines du jazz, et un pont-échange jazz avec des musiciens venus de Chicago et de la France pour le The Bridge #2.

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Respiration commune

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© Marseille Concerts

C’est à une exploration généreuse et subtile du répertoire clarinette-piano que David Kadouch et Pierre Génisson nous ont conviés ce 20 septembre. Du romantisme allemand le plus irréductible à ses déclinaisons françaises, le duo convoque des couleurs et des esthétiques voisines, portées par une entente et une musicalité tangibles.

Si l’on pourra regretter l’absence de De Falla au programme, au profit de Poulenc, force est de constater que le programme se révèle peut-être plus cohérent ainsi. Dans les pièces de fantaisie de Schumann, la clarinette de Pierre Génisson demeure souple, précise et chantante ; elle laisse toute la place au piano de David Kadouch pour déployer sa précision et la clarté de ses lignes. Le jeu reste lumineux, sans surcharge expressive. Le choix d’un tempo vif et d’un phrasé limpide donne à l’ensemble un caractère presque chambriste, loin des visions tourmentées ou de la dualité d’humeurs que d’autres interprétations ont davantage soulignées. Sur Brahms, c’est encore le goût de la clarté qui prime. Les attaques sont nettes, les silences bien posés, les respirations communes : une lecture droite, presque beethovénienne qui secoue quelque peu les murs rigides de la Salle La Major.

Mélancolies françaises

Au retour de l’entracte, on est toujours en terrain romantique, mais de l’autre côté du Rhin. La sonate de Camille Saint Saëns est ici d’une densité et d’une tension remarquables. Le Lento terrasse l’auditoire par sa gravité et sa profondeur, avant que la légèreté et la virtuosité du dernier mouvement ne nous ramènent à la surface. La sonate de Poulenc conclut en beauté le concert : composée peu avant sa mort, et destinée alors à Leonard Bernstein et Benny Goodman, la pièce surprend par l’originalité de sa structure et les joyeux dérèglements de son langage. Pas d’ironie soulignée ni de rupture exagérée dans cette interprétation fidèle et délicate : les traits jazzés sont habilement suggérés, les couleurs mouvantes soigneusement dessinées. Le bis, la très belle berceuse Wiegala d’Ilse Weber – chant d’exil, chant d’adieu composé à Theresienstadt – s’impose sans mot, juste par la retenue.

 D’une génération à l’autre

Dimanche 28 septembre à 11h, au Foyer Ernest Reyer de l’Opéra de Marseille, Marseille Concerts accueillera Ryan Wang. Âgé de 17 ans, le pianiste canadien s’apprête à participer au Concours Chopin de Varsovie, où il compte parmi les favoris. À Marseille, il présentera un programme chopinien ambitieux : les 24 Préludes op. 28 et les Variations « Là ci darem la mano » op. 2, hommage du pianiste monomaniaque à Mozart et sa monumentale œuvre opératique (voir notre compte-rendu de ce récital à La Vague Classique ici)

SUZANNE CANESSA

Le concert a eu lieu le 20 septembre dans la Salle La Major du Palais du Pharo dans le cadre de la saison de Marseille concerts 

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