mardi 10 février 2026
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La seconde Vague

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© Matea Ilieva

Débutée le 16 mai avec une série de concerts prestigieux – les chanceux ont déjà pu entendre Gautier Capuçon, Shani Diluka, Sandrine Piau, Khatia Buniatishvili, Bertrand Chamayou et bien d’autres –, La Vague Classique continue en juillet, reflue en août, pour mieux revenir en septembre et proposer une rentrée dédiée à la jeunesse.

Les 15, 17 et 19 juillet le festival investit la Collégiale Saint-Pierre pour trois soirées avec l’ensemble Matheus, sous la direction de Jean-Christophe Spinosi. Ils mélangent les genres avec bonheur entre pur classicisme (Mozart, de Haydn et de Beethoven), baroque (Les Vêpres de la Vierge de Monteverdi) et Bel Canto flamboyant avec un gala Rossini. En parallèle, une exposition à la Villa Simone met à l’honneur tout l’été la photographe Marianne Rosentiehl, dont les portraits vibrants ont saisi l’âme des plus grandes figures culturelles de notre époque.

On va aimer la Rentrée

En août la Vague se met en vacances pour mieux revenir en septembre avec une série de concerts face à la mer – gratuits sur réservation – à la Maison du Patrimoine du Brusc qui conjuguent jeunesse et romantisme.

Le 6 septembre, c’est le jeune prodige Ryan Wang qui ouvrira ces moments musicaux. À seulement 17 ans, ce pianiste canadien est un petit génie. Il a commencé à jouer du piano à l’âge de quatre ans, a donné son premier récital solo à l’âge de six ans. Il est aussi le plus jeune lauréat du prestigieux Prix Cortot. Il s’est déjà produit sur certaines des plus grandes scènes du monde et impressionne par sa maturité artistique. Au Brusc, son récital sera largement consacré à Chopin.

Le 13 septembre, c’est au tour de Karen Kuronuma de prendre place au piano. Révélation de la Fondation Gautier Capuçon, elle fait partie de cette génération d’artistes qui marient virtuosité et profondeur. Son programme est un voyage dans l’univers romantique et impressionniste, de Chopin à Liszt, en passant par Debussy et Ravel. Une soirée qui s’annonce tout en nuances et en contrastes, à l’image de son jeu raffiné et expressif.

Enfin, le 20 septembre, Adi Neuhaus refermera ce triptyque pianistique. Héritier d’une grande lignée de musiciens, ce jeune artiste israélien porte en lui une tradition exigeante et passionnée. Avec un programme, lui aussi centré sur Chopin mais aussi Rachmaninov, il promet de faire vibrer la Maison du Patrimoine de ses élans les plus lyriques. 

La Vague Classique se clôturera le 21 septembre à la Collégiale Saint-Pierre, avec un concert orchestral – gratuit également avec réservation – sous la direction musicale de la violoniste Laurence Monti et Julie Sevilla-Fraysse au violoncelle, accompagnées par l’Orchestre de l’Opéra de Toulon. Au programme, les Concertos pour violoncelles n°1 et 2, et la Symphonie n°29 en la majeur K. 201 de Mozart, solaire, dans une atmosphère à la fois solennelle et festive, pour dire adieu à cette saison d’exception.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

La Vague Classique
Jusqu’au 21 septembre
Divers lieux, Six-Fours-les-Plages 

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Montpellier fait deux rêves

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© X-DR

Sur un Os, L’exposition monographique de Françoise Pétrovich, même si elle ne se revendique pas rétrospective, en a tout de même un petit peu l’air. L’artiste qui expose beaucoup en France et à l’international, dont les œuvres les plus connues sont des portraits d’une adolescence douce, méditative, taiseuse, achetées par de nombreuses collections publiques et privées, n’a pour l’instant pas fait l’objet de grande rétrospective. L’expositiondu MO.CO. pourrait en être une sorte de préfiguration : on y trouve des travaux récents, anciens, de nouvelles réalisations créées pour l’occasion, et un aperçu de la large palette des techniques qu’elle utilise.

Des mots

Après la première salle dont les murs accueillent en rang d’oignons des portraitsd’adolescents mutiques, aux couleurs non naturalistes, emblématiques de la pratique picturale de l’artiste, des travaux plus anciens (années 1990) sont exposés dans les salles qui suivent. Où l’on a la surprise de découvrir une Françoise Pétrovich utilisant et jouant avec les mots, souvent avec ironie, sur des supports préexistants : bavoirs, napperons, broderies, cartes postales, cahiers d’écolier… Un grand ensemble de huit dessins sur toile est même accompagné d’une bande audio old school où sont prodigués des conseils de bonne tenue morale et professionnelle aux jeunes apprentis. 

Trois plateaux

Les trois plateaux du MO.CO accueillent ensuite, le premier, des ensembles de peintures grands formats, quadriptyques, diptyques, ainsi qu’une double ligne murale monumentale constituée de 18 dessins au lavis d’encre. Des portraits et des motifs récurrents, notamment un paysage d’île arborée, des portraits de jeunes gens évanouis, soutenus par les épaules par deux mains.

Le deuxième plateau est entièrement consacré à une installation vidéo, créée spécialementpour l’exposition : voiles blanc, ventilateurs, peintures murales, voix spectrales, bruits d’ailes et de sabots de chevaux, autour de la projection de la vidéo Papillon évoquant desmétamorphoses. Une ambiance évanescente qui contraste avec les fortes présences -même si elles évoquent paradoxalement un retrait, un effacement- des peintures et dessins de l’artiste.

On est accueilli à l’entrée du troisième plateau par une sculpture de petite fille en bronze patiné de noir, tenant entre ses dents un os gigantesque. Un plateau scénographié par l’artiste avec sur les murs une série d’une dizaine de portraits aux visages blancs, tels des masques, entourant des ensembles de sculptures, beaucoup de petits formats en bronze patiné de noir et quelques céramiques émaillées, disposés sur divers socles disposés au centre, évoquant des créatures de contes bizarres et cruels.

Métal

À 1km de là, au Mo.Co Panacée, le parcours de l’exposition de Jean-Marie Appriou s’organise dans les différentes salles ainsi que dans le patio autour de cinq éléments : eau, terre, ciel, feu, éther. On entre dans une sorte de science-fiction onirique, avec des sculptures et bas-reliefs de métal, avec parfois des ajouts d’éléments en verre, présentant des créatures fantastiques, des grottes où des mains poussent au milieu de stalagmites et stalactites, un bateau flottant dans l’air avec une figure figée regardant au loin, des têtes humaines apparaissant dans un fourmillement de plants de maïs, ou l’ensemble des créatures du zodiaque, tout autour d’un cosmonaute en apesanteur.

Toute une imagerie de chimères fantastiques, hybridation végétal humain, animal-humain, têtes sans corps, tels des vestiges d’un monde futur ou disparu, de légendes étranges auxquelles le travail du métal et du verre par l’artiste donne une présence et une expressivitéétonnante.

MARC VOIRY

Sur un os – Françoise Petrovich
Jusqu’au 2 novembre
MO.CO

La cinquième essence – Jean-Marie Appriou
Jusqu’au 28 septembre
MO.CO Panacée

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Forces obscures au centre d’Arles

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SILVIA PRIO GYPSY WITCHES © X-DR

Lieu dédié à la jeune photographie, la Fondation Manuel Rivera-Ortiz fête en cet été 2025 ses dix ans en accueillant dans ses espaces de l’Hôtel Blain, les travaux de huit photographes, toutes des femmes, qui se penchent sur « ces croyances populaires qui, entre dévotion et transgression, transcendent les cultures et les époques ». Car « La société occidentale, en érigeant le rationalisme en norme, a souvent rejeté ou minimisé les formes de spiritualité qui échappent à ses cadres institutionnels. Pourtant, ces croyances et ces pratiques marginalisées continuent d’exister, porteuses d’une autre lecture du monde. Peut-on encore accepter l’inexplicable ? ».

Chasse aux sorcières

Parmi les huit séries présentées, quatre sont particulièrement inspirées par la figure de la sorcière, tour à tour crainte et réhabilitée, devenant symbole de pouvoir, de résistance et de connaissance interdite.

Gertrud

C’est ainsi que dans sa série Gertrud on the silence of mythMaja Daniels revisite, à travers des images fixes et animées ancrées dans le présent, les événements déclenchés par l’histoire de Gertrud Svensdotter, jeune suédoise de 12 ans qui en 1667 fut accusée de marcher sur l’eau.

Dans Gypsy WitchesSilvia Prió présente une vision poétique du monde magique des femmes tziganes qui, depuis des siècles, sont les détentrices de la lignée de l’art de la voyance. 

Dans Malleus Maleficarum, Virginie Rebetez, à travers le personnage de Claude Bergier, accusé de sorcellerie et amené au bûcher en 1628 à Fribourg, s’intéresse aux médiums et guérisseurs très répandus dans cette région catholique de Suisse.

Et dans Witches in ExileAnn-Christine Woehrl met en lumière le sort de femmes exilées dans le nord du Ghana, contraintes de fuir leurs villages pour se réfugier dans des camps de sorcières, où elles perdent tout : famille, maison et dignité.

Une exposition « amplifiée » par l’exposition Fotohaus qui met en avant la scène photographique franco-allemande autour d’un thème commun : « Kontroverse & Paradoxe – Ou comment réenchanter le monde ». Des images témoignant, face aux différentes crises actuelles, notamment écologique, différentes formes de résistance et de résilience.

MARC VOIRY

Sortilèges
Jusqu’au 5 octobre
Fondation Manuel Rivera-Ortiz, Arles

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Nuits en variations

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© X-DR

Du 29 juillet au 9 août, le festival-académie des Nuits Pianistiques d’Aix-en-Provence prend à nouveau ses quartiers dans l’écrin acoustique de l’auditorium Campra du Conservatoire Darius Milhaud. Une édition à la programmation généreuse, à l’image de ce festival devenu une référence estivale, entre exigence artistique et convivialité.

Traversées poétiques

C’est le pianiste Jean Dubé qui ouvre le bal le 29 juillet avec une palette musicale chatoyante. Son récital trace un itinéraire entre les danses stylisées de Grieg, les évocations andalouses d’Albéniz, les harmonies vaporeuses de la Barcarolle de Chopin et la flamboyante virtuosité des transcriptions d’opéra par Liszt (Wagner, Verdi, Mozart). Le lendemain, c’est à un pur moment chopinien que convie Gianluca Luisi, avec l’intégrale des 24 Préludes et des quatre Ballades, sommet d’inspiration du compositeur polonais.

Le 31, la soirée musique de chambre rassemble Nikita MndoyantsPierre Stéphane Schmidlet et Véronique Marin autour de deux chefs-d’œuvre : le Trio Dumky de Dvořák, avec ses accents populaires d’Europe centrale, et le Trio « Les Esprits » de Beethoven, surnommé ainsi pour l’étrangeté presque surnaturelle de son mouvement lent.

Le 1er août, Frédéric Aguessy demeure en terrain romantique et poétique avec la Sonate Quasi una fantasia opus 27 n°2 de Beethoven, dite « Clair de lune », la lumineuse Sonate D 894 de Schubert, et un florilège de pièces de Chopin allant du Prélude au Nocturne, de l’Étude à la Ballade : un panorama envoûtant de la plume du maître romantique. Les stagiaires de l’Académie prendront la relève le 2 août pour une scène ouverte.

Duos complices et points d’orgue

La deuxième semaine s’ouvre avec une soirée flûte et guitare le 5 août, réunissant Jean Ferrandis et Emmanuel Rossfelder dans un programme ensoleillé : de la Carmen Fantaisieà l’Histoire du Tango de Piazzolla, en passant par Bach et les arabesques de Tárrega et Ibert.

Le 6, la pianiste basque Marta Zabaleta plonge dans son héritage musical avec Scarlatti, Soler, Granados, Donostia et Albéniz : un programme ibérique à la fois érudit et lumineux, qui fait dialoguer l’Espagne baroque, populaire et impressionniste.

Le 7 août, Pascal Moragues (clarinette) et Natalia Troull (piano) conjuguent leur art dans un programme mêlant la tendresse schumannienne, les élans beethovéniens et l’intériorité brahmsienne. On retrouvera cette dernière dans un tout autre registre le 8, en soliste du Concerto n°20 en ré mineur de Mozart, accompagnée par l’Orchestre des jeunes Magna Grecia, sous la baguette de Piero Romano, également aux manettes de la flamboyante Symphonie Jeanne d’Arc de Verdi. Au programme également : la rare Symphonie “Roma” de Bizet. Le festival se clôturera le 9 août avec un nouveau concert des stagiaires.

SUZANNE CANESSA

Nuits Pianistiques d’Aix-en-Provence
Du 29 juillet au 9 août 
Conservatoire Darius Milhaud

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Embarquement pour l’abstraction

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VERTIGO - Carlos Cruz-Diez - Physichromie

Il faut embarquer à la Tour Fondue, rejoindre l’île et suivre le chemin de terre jusqu’à la fondation Carmignac. Au milieu des pins et des oliviers, avec la mer à l’horizon, chaque année se tient une ou plusieurs expositions qui font écho à cet endroit magique, au paysage insulaire, maritime, à l’architecture de la villa. Et l’on entre, pieds nus, dans le décor des salles ouvertes sur les jardins, les bassins enchanteurs. 

En 2025, avec Vertigo, curatée par Matthieu Poirier, c’est l’abstraction moderne et contemporaine qui invite les visiteurs, qui s’enfoncent dans la lumière et les couleurs grands formats. On découvre d’abord les interventions in situ de la peintre Flora Moscovici sur les murs, et ses irisations floues de vert et de bleu, tel un aquarium déserté. Puis les artistes allemands et américains dominent cette sélection riche en inventions formelles et procédés créateurs. 

Surpasser le réel

Le vertige est celui que la perception offre à l’expérience. Ballet de lumières et d’ombres, de ténèbres dans la lightroom d’Otto Piene ; jaune et gris de Gerhard Richter ; noir énigmatique de Hartung ; immense rose de Frank Bowling ; bleu profond de Klein ; piècemystique de la présence-absence en retable du jeune Hugo Schüwer Boss ; verre securit nacré d’Ann Veronica Janssens ; œil d’un cyclone martelé de clous de Günther Uecker…Le cosmos nous emporte dans le geste pictural et musical d’Olivier Beer ou de Fabienne Verdier. Les ondes sonores entrent en résonance avec l’art visuel. 

© Gerhard Richter

L’art optique réhabilité apprend enfin que regarder un tableau, une œuvre ; c’est toujours changer de point de vue. S’éloigner puis se rapprocher faire un pas de côté, ne pas découvrir la même chose, comme le prouve Olafur Eliasson et ses sphères.

L’abstraction avait, croyait-on, dans l’art d’aujourd’hui, cédé sa place révolutionnaire au retour fracassant de la figuration. L’exposition Vertigo désavoue donc cette idée, témoignant à travers des œuvres de plusieurs décennies de sa place éminente de surpassement du réel représenté, de sa quête dans l’imaginaire de la pureté absolue de la peinture. Toutes les deuxse côtoient, se répondent, se conjuguent.

MARIE DU CREST  

Vertigo
Jusqu’au 2 novembre
Fondation Carmignac
Île de Porquerolles, Hyères
Détour par le fort Sainte-Agathe

Outre son exposition accueillie à la Villa, la Fondation Carmignac investit aussi le fort Sainte-Agathe, et sa vue imprenable sur l’île. Elle y présente, comme l’an dernier, une œuvre de Julian Charrière, à découvrir jusqu’au 2 novembre. 

L’artiste suisse a choisi de « plonger le visiteur dans les entrailles de la Terre ». Au milieu de la pièce, un imposant bloc d’onyx, et au-dessus un cylindre fendu d’où jaillissent des rayons lumineux. Le public est ensuite invité à s’installer confortablement, et écouter le son de deux volcans qui semblent dialoguer, le Geldingadalir (Islande), et le Erta Ale (Éthiopie).
 
NICOLAS SANTUCCI

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Un été en grand Salon

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Daishin Kashimoto © Asahikasei

Du 26 juillet au 3 août, les lieux patrimoniaux de Salon-de-Provence – Château de l’Empéri, abbaye de Sainte-Croix, église Saint-Michel et Temple protestant – vibreront à nouveau au rythme d’une programmation éclectique et inspirée. Éric Le SagePaul Meyer et Emmanuel Pahud, fondateurs de ce Festival international de musique de chambre, y cultivent toujours le même esprit : celui d’une fraternité musicale au sommet, sans filtre ni formatage.

Dès le samedi 26 juillet, la musique s’empare de l’abbaye de Sainte-Croix à midi avec un récital du pianiste Frank Braley. Puis cap sur le Château de l’Empéri pour une double soirée : à 19h, le Trio Chausson explore deux monuments chambristes, le Trio de l’Archiduc de Beethoven et le Trio … de Chausson. À 21 h, le concert joliment intitulé Planète Boléroinvite à un tourbillon sensoriel : de Haydn à Ravel, en passant par Holst, Albeniz ou Waksman, les sonorités dialoguent dans une fête de timbres où clarinette, harpe, cordes et piano s’unissent à l’énergie du Quatuor Ellipsos et des ensembles Novo et Chausson.

Éric Le Sage

Cordes sensibles et souffle romantique

Le 27 juillet, le Novo Quartet se confronte à la fougue de Chostakovitch et à son terrassant Quatuor n°8 à l’église Saint-Michel. Le soir, un bouquet ibérico-américain convoque Bizet, Ligeti et Gershwin autour d’une flamboyante Carmen Rhapsodie, portée notamment par Emmanuel Pahud (flûte), Amihai Grosz (alto) et Frank Braley (piano).

Le lendemain, l’épure des Dichterliebe de Schumann (Alma Sadé à la voix et Orlando Bass au piano) résonnera à Sainte-Croix, avant que violon et harpe (Brieuc Vourch et Anaëlle Tourret) ne fassent vibrer le Temple avec des œuvres de Bartók, Saint-Saëns ou de Falla. Le soir, Mozart s’illumine à travers une constellation chambriste – de Britten à Brahms, de la flûte d’Emmanuel Pahud au piano de Braley.

À l’abbaye le 29 à midi, place aux suites de Bach par les violoncellistes Zvi Plesser et Benedict Kloeckner, dialoguant avec les pianos de Braley et Le Sage. Le soir, au Château, souffle romantique au programme : Schumann, Schulhoff, Chostakovitch et Dvořák s’entrelacent dans un programme aux couleurs de l’Europe centrale.

Alma Sadé

Le 30, un hommage à Ravel réunit le violon de Clémence de Forceville, le violoncelle de Benedict Kloeckner et le piano de Frank Braley dans ses œuvres emblématiques, avant que Strauss, Zemlinsky et Arnold ne fassent chavirer la nuit lors de Métamorphoses, un voyage entre lieder et musiques d’ensemble mené par Alma SadéPahud et le Quatuor Ellipsos.

De Mozart à Schumann

Jeudi 31, à midi, Daishin Kashimoto (violon) et Éric Le Sage signent un récital d’une rare élégance autour des Sonates de Mozart. Le soir, retour au Château pour une « Sérénade » où Mozart croise Hofmann et Franck dans un équilibre subtil propre au Sturm und Drang.

Vendredi 1er août, la journée s’articule en diptyque schumannien : deux concerts à Sainte-Croix à 12 h et 15 h explorent le couple Clara et Robert, dans l’intimité du lied et la richesse de la musique de chambre, portés par Alma SadéÉric Le SageEmmanuel Pahud et consorts.

Le week-end de clôture s’ouvre avec le récital « Abbaye Emmanuel » (PahudLe Sage) le samedi matin, suivi en fin d’après-midi par les volutes baroques d’Élodie Soulard à l’accordéon. La soirée promet l’émerveillement : La Truite de Schubert, entourée de pièces d’Hofmann et de Křenek.

Enfin, le 3 août à 19h et 21h, deux concerts de haute volée ferment la marche : un panorama autour des bois avec Baptiste Amet et Paul Meyer aux clarinettes, Gilbert Audin au basson et Orlando Bass au piano. Puis un bouquet final où Beethoven, Mozart, Bridge et Schoenfeld s’embrassent dans une fête jubilatoire de timbres et de virtuosité.

SUZANNE CANESSA

Festival international de musique de chambre 
de Salon-de-Provence

Du 26 juillet au 3 août
Divers lieux, Salon-de-Provence

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Retrouver les étoiles

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© Collection FPA Classics

Le ciel, comme la terre et les eaux, est désormais pollué. Un constat qui a préoccupé Juliette Bessette et Enguerrand Lascols, commissaires de la nouvelle exposition temporaire du Mucem. Alors que jamais les moyens techniques, permettant d’étudier des étoiles extrêmement éloignées, n’ont été aussi puissants, l’œil humain les perçoit de plus en plus mal, derrière un voile de pollution lumineuse. 

« La plupart des jeunes n’ont jamais vu la Voie Lactée », déplore l’astrophysicien Éric Lagadec dans le beau catalogue édité à cette occasion, en précisant qu’au delà de cette perte, l’éclairage nocturne est l’un des facteurs majeurs de l’effondrement de la biodiversité. Un photomontage de Thierry Cohen, frappant, marque le visiteur : issu de sa série « Villes éteintes », il juxtapose une vue de Venise avec un ciel étoilé somptueux, capté dans une zone encore préservée du Dakota du Sud. Le ciel de la Sérénissime tel qu’il a été durant des siècles, comme il pourrait être à nouveau si l’emprise anthropique se desserrait.

3000 ans de rapport au ciel

« Le danger de la rupture du lien entre l’humanité et les étoiles, écrit Enguerrand Lascols, est un enjeu culturel primordial ». Les deux co-commissaires ont donc visé la restauration de ce lien, en ce concentrant sur l’espace méditerranéen, et son histoire pluri-millénaire. Grâce aux prêts de musées nationaux et internationaux – à commencer par L’Astronome de Vermeer, en majesté dans le parcours – Lire le ciel donne à voir la richesse des représentations religieuses, astrologiques, scientifiques, depuis les premiers textes connus décrivant les astres, au IIIe millénaire avant notre ère, en Mésopotamie, jusqu’aux avancées des savants musulmans. 

Sans oublier les usages pratiques qui ont longtemps prévalu dans ce vivier de civilisations, à la fois marines et agricoles : s’orienter dans la navigation, choisir la date des récoltes, ont énormément inspiré les artistes, jusqu’à nos jours. En témoignent le tableau de Camille Corot, L’Étoile du Berger, ou Le rappel des glaneuses de Jules Breton. Notons la « touche » particulière du Mucem, qui juxtapose auprès de ces chefs-d’œuvre de délicieuses cartes de réclame Liebig issues de ses réserves (ou comment faire acheter plus de bouillon en rêvant aux étoiles), ou encore un hilarant diaporama de memes Instagram sur les signes astrologiques.

GAËLLE CLOAREC

Lire le ciel – Sous les étoiles en Méditerranée
Jusqu'au 5 janvier
Mucem, Marseille

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La Virtuose 

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Déposée dans la boîte à bébé de l’orphelinat de la Pietà, Anna Maria est élevée dans ce couvent destiné aux jeunes filles abandonnées ou illégitimes. Dans ce lieu de réclusion, on forme des orchestres féminins qui fascinent l’Europe entière. Les plus grandes artistes, celles qui rejoignent l’ensemble instrumental et vocal du Figlie del coro, échappent aux dortoirs, aux mariages forcés avec de vieux gouverneurs vénitiens et reçoivent des gages. Anna-Maria en devient une des violonistes les plus brillantes sous la houlette d’Antonio Vivaldi, prêtre, maître de violon, puis de musique à la Pietà. Des témoignages d’époque évoquent aussi remarquable, ses solos envoûtants. Elle incarne l’élite artistique de l’institution, atteignant le rang de Maestra di violino (1720) puis Maestra di coro (1737). 

Elle maîtrise aussi le violoncelle, l’alto, le luth, la mandoline, le clavecin, le hautbois… On sait qu’elle s’essaya aussi à la composition, comme d’autres jeunes femmes de la Piéta et il semble aujourd’hui acquis que ces créations furent usurpées par des hommes, et en particulier par Antonio Vivaldi. 

Le compositeur italien lui a dédié plusieurs de ses concertos les plus virtuoses. Mais de cette musicienne hors pair, il ne reste presque aucune trace : pas de portrait connu, pas de partitions à son nom, juste des mentions dans les archives et la musique écrite pour elle -par elle ?- par son illustre professeur. 

© Sophie Davidson

Pionnières invisibilisées

Si le roman de la journaliste britannique Harriet Constable séduit par son sujet et son cadre, la Venise baroque du 18e siècle, chatoyante et mystérieuse, il laisse un goût mitigé sur le plan littéraire. L’ambition est louable, mais l’exécution souffre d’une écriture convenue et de dialogues figés. L’intrigue, entre quête d’émancipation et drame amoureux, reste prévisible. Pourtant, La Virtuose a le grand mérite d’éveiller la curiosité et de braquer les projecteurs sur une musicienne d’exception. Aussi on ne boudera pas notre plaisir tant sont encore rares les biographies ou romans rendant hommage à ces artistes invisibilisées. On pourra cependant citer Lili Boulanger, « Résister » de Martine Lecoq (Éditions Ampelos, 2023) ou l’ouvrage de la violoniste d’origine marseillaise Marina Chiche qui dans Musiciennes de légende (Éditions First/RadioFrance, 2021) exhume les figures de Maud Powell, Hazel Harrison, Antonia Brico ou Nejiko Suwa pour les réhabiliter au panthéon de l’histoire de la musique. Certaines sont des anticonformistes, des suffragettes, des pionnières, des féministes engagées. Certaines n’ont pas eu d’enfant pour être entièrement au service de leur art, tandis que d’autres ont choisi, pour devenir mères, de mettre un temps leur carrière en sourdine. 

ANNE-MARIE THOMAZEAU

La Virtuose de Harriet ConstableAlbin Michel : 382 p, 21,90€ 

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Les femmes d’Elsa & Johanna

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© Elsa & Johanna

Elsa & Johanna sont un duo de photographes, performeuses, réalisatrices trentenaires françaises, se mettant en scène dans des séries de photographies intrigantes, interprétant différents rôles de femmes anonymes et silencieuses, prises dans des environnements le plus souvent domestiques. Des photographies d’où émanent souvent des sentiments de solitude, mélancolie, inquiétude, comme extraites d’un film de fiction ou d’un album de famille rejoué, convoquant des impressions de déjà-vu, hésitant entre souvenir, rêve et réalité.

Séquence

C’est notamment le cas avec une dizaine de photographies extraites de la série Séquence exposées dans l’entrée, réalisée lors d’une résidence en 2023 dans le Perche. Dans des paysages agricoles, forestiers, vallonnés, et des lumières estivales, Elsa et Johanna sont deux ménagères dans un champ près d’un fil à linge regardant au loin. Ou, en solo, une femme avançant immergée à mi-corps dans un champ de blé, une autre courant à toute allure au milieu d’une route, ou se penchant attentivement en contre-plongée au-dessus de fleurs sauvages, attendant au bord d’une route de campagne déserte, ou en compagnie d’un homme près d’une voiture en panne. À la fois indices, fragments d’une histoire à recomposer ou imaginer.

Silence

Les autres espaces d’exposition, soigneusement scénographiés (cimaises carrelées, murs et sol moquettés…) accueillent des images de séries plus anciennes : Les Douze heures du Jour et de la Nuit, six portraits posés en noir et blanc, pris chacun dans un espace domestique particulier, ou, dans un accrochage en constellation Beyond the shadows, autoportraits réalisés à Calgary au Canada et The Timeless story of Moomerland sorte d’album de famille relié à une petite ville allemande à la frontière avec les Pays-Bas.

Cette série donne d’ailleurs lieu à un diaporama accompagné d’une musique planante générée par intelligence artificielle, et d’une voix synthétique, parlant des personnalités qu’on peut déduire de la morphologie d’un front.

Une autre proposition est également sonore : une vidéo de 30 minutes diffusée en boucle sur un moniteur posé au sol, rassemblant plusieurs courtes vidéos réalisées entre 2014 et 2016. Chacune étant comme un petit bloc de brefs moments rassemblés, de sensations fugaces,prises en milieu urbain, avec bruits d’ambiance. Les deux protagonistes y figurant ne parlant jamais, échangeant juste des regards, des attitudes, des gestes.

MARC VOIRY

Lost and found
Jusqu’au 27 septembre
Centre Photographique Marseille

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Scènes Variées

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© X-DR

Un décor bucolique ou rupestre, la chaleur d’une pavé rôti au soleil du Sud, la douceur retrouvée d’un brise de soirée, une foule détendue et joyeuse, des musiques live rassembleuses… Les Nuits Blanches du Thoronet est certainement un des rendez-vous estivaux qui collent le plus à ce que l’on peut attendre d’un festival dans la région. D’autant qu’il propose depuis 1998 un jolie mélange de musiques actuelles et de solidarité : le festival dédie une partie de ses recettes à des œuvres humanitaires, en association avec plusieurs autres organismes (Enfants du Monde, Amnesty International…).

Réputée pour la belle abbaye qu’elle abrite, la commune du Thoronet ajoute donc à sa brochette juilletiste de touristes un public de festival qui a grandi au fil des ans, à coup de programmations populaires (Mano Solo, Goran Bregovic, Les Ogres de Barback , Gotan Project, Jacques Higelin, Pomme…), et d’un prix qui reste raisonné. 

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Si l’affiche comporte toujours des projets « grand public », elle ne boude pas pour autant la scène locale. Différents lieux du village aux capacités d’accueil et ambiances variées sont ainsi investis chaque soir. En fin d’après-midi, le festival propose chaque jour une programmation théâtrale pour toute la famille : cirque, acrobaties, improvisations et spectacle chanté engagé seront offerts en entrée libre. 

En début de soirée, part belle est faite aux projets les plus locaux, tels que le Psykotic Orchestra, formé par des résidents en situation de handicap issus d’une maison d’accueil spécialisée (le 24), la latin world des Fréjussiens de Bagasso (le 24), les Toulonnais du quartet Nora & The Mockingbirds (le 25) ou bien encore la fanfare survoltée Mamie Vortex (le 26). 

Dans les noms reconnus, on compte cette année le célèbre chanteur malien Salif Keïta, le 24, qui offrira aux oreilles sa nouvelle œuvre en acoustique – So Kono ; le trio de musiciennes chanteuses (et amies d’enfance) L.E.J, le 25, ou la chanteuse pop en vogue Adèle Castillon, le 26. 

LUCIE PONTHIEUX BERTRAM

Les Nuits Blanches du Thoronet
Du 24 au 26 juillet 
Divers lieux, Le Thoronet

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