mardi 11 août 2026
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Paillettes en famille

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© Marseille Concerts

Pantalons à paillettes, pattes d’éléphant et sourires francs : Family Business annonce d’emblée la couleur. Pas de démonstration écrasante ni de dispositif sophistiqué, mais le plaisir évident de faire de la musique ensemble. Les transitions sont parfois gentiment approximatives, comme dans une réunion de famille où l’on se passe la parole sans trop de formalisme – et c’est précisément ce qui rend la soirée attachante.

Le fil de la mémoire

L’émotion affleure évidemment lors de l’hommage à Michel Legrand, figure tutélaire et grand compagnon de route de la grande Natalie Dessay. You Must Believe in Spring, extrait des Demoiselles de Rochefort, chanté en quatuor, suspend le temps par sa simplicité et la qualité de l’écoute collective. Même exigence pour Night and Day de Cole Porter, donné a cappella : une splendeur de justesse et d’équilibre.

Le programme traverse les grandes pages de la comédie musicale : Guys and Dolls, mais aussi West Side Story et d’autres standards, abordés avec humour, sens du texte et un goût évident pour le récit. Le couple Laurent NaouriNatalie Dessay sur Send in the Clowns confirme qu’il reste de la voix lyrique et musclée sous le capot, mais aussi surtout une musicalité fine, attentive aux inflexions et aux silences.

Affaires de voix

Les moments à l’orée de l’intime jalonnent la soirée : You’ve Got a Friend, chanté par le frère et la sœur, touche par sa sobriété. Le duo mère-fille se métamorphose dans un morphing très réussi Happy Days Are Here Again / Get Happy, aussi fluide qu’efficace. Tom Naouri offre un joli moment avec Alone Again, révélant une belle musicalité et une maîtrise affirmée par ailleurs au saxophone, présent tout au long du concert.

La révélation vocale de la soirée reste toutefois Neïma Naouri. Présence scénique évidente, voix ample et incarnée, pleinement ancrée dans l’esthétique du musical, à distance assumée des timbres lyriques parentaux. Une personnalité déjà là – et l’impression qu’une étoile est en train de naître.

SUZANNE CANESSA

Le concert a été donné le 28 janvier à l’Odéon dans le cadre de la saison Marseille Concerts

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La voix qui brûle

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Luz Casal © X-DR

Silhouette sombre, presque punk, présence tendue, regard franc. Dès les premières minutes, Luz Casal s’impose avec densité et générosité sur la scène du Grand Théâtre de Provence. Ce concert sera affaire de chair, de souffle, de partage.

La voix frappe. Elle a évolué. Le timbre autrefois quasi lyrique s’est creusé, sombré, chargé d’un léger sanglot. Une voix désormais entre fièvre flamenco et vigueur rock, nourrie de lyrisme, de tensions, de soupirs. Les écarts de quart de ton, maîtrisés, donnent au chant une vibration groove instable, presque douloureuse.

Sur scène, tout dialogue. Les styles, les cultures, les âges de la vie. Star pop, diva rock, icône cinématographique, chanteuse de l’intime : tout cohabite sans jamais se contredire. La tenue noire des débuts laisse place, au cours du concert, à une robe rouge éclatante, comme une mue finale, et un hommage au cinéma d’Almodovar qui l’a révélée – boa autour du cou à l’appui.

Divas en miroir

L’un des autres moments les plus applaudis de la soirée reste l’hommage à Dalida. Luz Casal y met une tendresse grave, une admiration sans distance. À un poignant Fini la comédie succède un incarné Il venait d’avoir dix-huit ans entre espagnol et français, conclu sur une touche de nostalgie et d’humour. Sur ses doigts, la diva compte : elle n’a désormais plus deux fois, mais bien trois fois dix-huit ans. L’émotion affleure, sans pathos. Cette musique-là, marquée par la Méditerranée voyage sans peine entre les rives et les langues. Dans Historia de un amor, chanson espagnole passée par Dalida, la voix était déjà pop et tendre : drama queen, oui, mais sans ironie, avec une infinie délicatesse.

Autour d’elle, cinq musiciens forment un écrin solide et attentif – « sa famille », dit-elle. Les guitares électro-acoustiques et espagnoles de Borka Fernandez, Serrano Montenegro et Jorge Fernandez Ojea, la basse de Pedro Pablo Oto Aguilar et les claviers et piano de Jose Maria Baldoma Monesma. Luz s’adresse au public dans un français appliqué, soucieuse d’être comprise, de maintenir ce fil fragile entre la scène et la salle. Dans ce dialogue, quelque chose brûle encore – et ce longtemps après la dernière note.

SUZANNE CANESSA

Le concert a été joué le 31 janvier au Grand Théâtre de Provence

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Résister à l’effacement 

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Le Voyage En Ukraine. Institut Français, Institut Ukrainien, La Friche La Belle de Mai, 30.01.26 © Pierre Gondard

Le Gué, c’est en ukrainien la lettre « Ґ », une lettre dont la barre horizontale prolongée d’un crochet ascendant le distingue du « Г » russe. Lettre effacée en 1933 par l’impérialisme soviétique, retrouvée en 1990 à la faveur de l’indépendance. Le symbole d’une résistance sur lequel s’appuie le designer graphique Paul Gilonne, directeur artistique de UUS Studio, implanté à La Friche, pour concevoir cette exposition autour de lieux culturels en Ukraine qui continuent de faire vivre les arts et la culture « alors même que l’agresseur cherche à rendre à nouveau invisible l’identité d’un pays résolument tourné vers l’Europe, dans son espace de création, de pensée et de valeurs ». 

Artistes au front

L’exposition se déploie à travers un affichage aux résonnances plastiques constructivistes, utilisant les couleurs bleue et jaune du drapeau ukrainien, mêlant photographies et textes, intégrant quelques vidéos et exposant quelques livres.

La première partie met principalement en perspective la « Renaissance fusillée » par le pouvoir stalinien au tournant des années 1930, pour qui « l’ukrainisation du communisme », menée par des intellectuels et artistes russes, menaçait l’unité de l’URSS, avec l’implication depuis 2022 de nombreux artistes ukrainiens dans la guerre. Avec des focus, pour la « Renaissance fusillée », sur le linguiste et lexicographe Hryhorii Holoskevych, sur Mykhailo Semenko, théoricien du « pan-futurisme », ou Les Kurbas, fondateur de la troupe de théâtre Berezil, arrêtés, déportés et tués. Et pour aujourd’hui, sur le poète Maksym Kryvtsov, tué en janvier 2024 dans la région de Kharkiv, Anastasia Shevchenko, chanteuse et médecin de combat sur le front, ou Marharyta Polovinko, artiste qui, à la fin de l’année 2024, a rejoint les forces armées ukrainiennes, tout en continuant son cycle de dessin lié à la peur et à l’effacement, commencée au crayon et à la gomme, se poursuivant aujourd’hui avec du sang.

Abris 

Tout en parcourant cette histoire, l’exposition passe en revue une dizaine de lieux culturels très actifs. Tels que le Mystetskyi Arsenal qui accueille en ce moment l’exposition Vasyl Stus. Tant que nous sommes ici, tout ira bien dédiée à ce poète et figure de la résistance antisoviétique. La galerie The Naked Room, qui présentait dans son espace jusqu’au 8 janvier dernier The new frontiers of my body d’Elena Subach, artiste et photographe, autour de la rééducation aquatique de vétérans et de civils amputés.

Ou bien encore Izolvatsia, friche industrielle à Donetsk, devenue un lieu de référence pour l’avant-garde artistique dans le Donbass, qui en juin 2014, lors de l’occupation de la ville par des milices contrôlées par la Russie, a été saisi et transformé en un centre de détention. Aujourd’hui, la fondation Izolvatsia poursuit ses activités en exil à Kyïv et est notamment l’une des chevilles ouvrières de la saison Le Voyage en Ukraine en France.

Cœur et périphérie

On entre et on sort del’exposition devant un affichage présentant des photographies du drapeau européen, flottant sur des bâtiments officiels, à côté du drapeau ukrainien, accompagnées d’un texte L’Europe, à la recherche de son cœur signé Yevgen Satko – designer typographique contemporain, fondateur et directeur général de Rentafont, plateforme ukrainienne indépendante dédiée à la promotion des polices ukrainiennes. Il écrit que l’Ukraine n’est pas à la périphérie de L’Europe, mais au contraire « un miroir dans lequel L’Europe peut à nouveau voir son propre cœur ». 

MARC VOIRY

Le Gué – Culture sous guerre
Jusqu’au 1er mars
La Friche La Belle de Mai, Marseille

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Le Lac des cygnes 

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© X-DR

Au Grand Théâtre de Provence, Angelin Preljocaj reprend sa version de l’incontournable Lac des cygnes créée en 2020. Cette pièce chorégraphique est une revisite contemporaine de ce monument du répertoire classique – en termes de chorégraphie, évidemment, mais également en termes de narration et de musique. Le chorégraphe transpose la tragique histoire d’amour d’Odette et Siegfried dans un univers moderne, avec de enjeux actuels, faisant du sorcier Rothbart une sorte d’homme d’affaire, incarnation du monde de l’industrie et de la finance. La belle Odette, maudite par Rothbart, représente pour sa part la Nature. Preljocaj donne aussi aux parents de Siegfried une importance inédite dans le récit.  Cette réécriture est évidemment dansée sur la musique de Tchaïkovski, mais Preljocaj y apporte aussi sa touche en mêlant la partition originelle du Lac des cygnes avec des extraits d’autres œuvres de Tchaïkovski, et des morceaux d’électro. 

CHLOÉ MACAIRE

Du 10 au 14 février 
Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence 

Une « Leçon » à ne pas oublier 

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« La Leçon », texte d’Eugène Ionesco, mise en scène de Robin Renucci. Avec
Christine Pignet, Robin Renucci, Inès Valarcher. Assistant à la mise en scène : Sven Narbonne. Scénographie : Samuel Poncet. Création lumière : Sarah Marcotte. Création son : Orane Duclos. Costumes : Jean-Bernard Scotto. Une production de La Criée - Théâtre National de Marseille. Photographies de Vincent Beaume. La Criée - Théâtre National de Marseille, janvier 2026.

Qu’a donc aujourd’hui à nous dire La Leçon de Ionesco ? Ce texte, écrit en 1950, a été joué et monté des milliers de fois depuis sa création. Pour Robin Renucci, directeur de La Criée, s’attaquer à ce chef-d’œuvre aurait pu être vu comme de la facilité. Il n’en est rien. Robin Renucci s’attache au texte mais en fait une relecture froide, clinique, et  l’éclaire de son ombre la plus cruelle. 

La Leçon est une histoire de domination, de viol, de meurtre. Par le langage, par le corps, par le savoir. Certainement pas une comédie absurde, comme elle a  souvent été lue ou montée. Car c’est bien un drame qui se joue à trois : il y a ce Professeur, obséquieux et inquiétant. L’Élève, pétillante et déroutante. Et enfin la Bonne, fausse et complice. Tous les trois vont participer à un huis-clos effroyable, où les quelques accents comiques ne suffiront pas à atténuer l’intensité du drame qui se joue. 

Dans le triangle 

Robin Renucci a choisi pour décors des figures pop et géométriques. Du réconfort au milieu de la scène, pourtant entourée de piquets de bois, aux airs inquiétants de cimetière. C’est ici qu’entre l’Élève, à l’allure d’ado, Katy Perry à fond dans le casque. Premier choix fort du metteur en scène, avoir confié ce rôle à l’excellente Inès Valarcher, comédienne et circassienne, qui ponctuera son interprétation de pirouettes, sauts, avant que son corps ne s’affaisse, contraint par le piège qui se noue déjà.

Car arrive le Professeur, interprété par Robin Renucci. Grisonnant et allure austère, il accueille sa jeune élève avec toute l’amabilité du monde. La félicite chaleureusement quand elle réussit à additionner 1+1, gage d’une réussite future à son “doctorat total”. Pourtant, dès les premières minutes, Robin Renucci ne laisse planer aucun doute sur l’emprise qui commence déjà. Il est proche d’elle, la domine de sa taille, de son éloquence, de son savoir, lui tapote la joue avec incorrection. 

La suite n’est que glissement vers le tragique. Bien aidé par les lumières qui appuient les intentions de la mise en scène, et surtout par l’interprétation de Robin Renucci. Au départ guilleret, il s’assombrit en même temps que le plateau, et joue de son corps, de sa voix, comme d’un instrument maléfique. En face de lui, la jeune élève ne sautille plus. Elle est apathique, et se tord de douleur sous les assauts du Professeur. Puis arrive la scène finale, où le couteau devient sexe, et le meurtre devient viol. 

Une lecture contemporaine

En 1950, Eugène Ionesco avait choisi de ne pas nommer et définir ses personnages, leur offrant ainsi une dimension universelle. Un terreau fertile pour quiconque veut s’attaquer à ce texte. Robin Renucci a choisi d’en faire une lecture que l’on pourrait qualifier de contemporaine. Difficile de ne pas donner toute la force au texte dans ce qu’il dit des rapports homme-femme dans une société post-Metoo. Difficile aussi de ne pas voir en sous-texte le viol qui se joue dans cette pièce, ou la représentation phallique de ce couteau, arme du crime. Finalement, en appuyant là où le texte fait le plus mal, en lui projetant sa lumière la plus actuelle, Robin Renucci offre à la pièce sa plus féroce vigueur, peut-être pas si éloignée des intentions initiales de l’auteur.

NICOLAS SANTUCCI

La Leçon est donnée à La Criée jusqu’au 13 février
À venir
3 et 4 mars 
Théâtre du Bois de l’Aune, Aix en Provence
5 mars
Théâtre d’Arles
8 mars
Scènes et cinés, Istres
10 mars
Chêne noir, Avignon
7 et 8 avril
Scène nationale Châteauvallon, Ollioules

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Hercule en polyphonie

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© Musicatreize

Connu pour ses partitions orchestrales, opératiques et pour son travail d’écriture vocale contemporaine, Patrick Burgan signe une nouvelle œuvre chorale pour Musicatreize. Nous l’appellerons Hercule, commande de Roland Hayrabedian, sera créée au foyer de l’Opéra de Marseille avec les douze chanteurs de l’ensemble, le Chœur Attacca dirigé par Sébastien Bouin et la Maîtrise du Conservatoire d’Istres sous la direction d‘Alexis Gipoulou. Cet « Hercule » mobilise ainsi des forces vocales diverses, tissant une polyphonie où se mêlent voix d’enfants, choristes amateurs et chanteurs professionnels. Cette architecture sonore fait écho à l’universalité du mythe : Hercule appartient à tous.

Le compositeur puise son inspiration dans Amphitryon 38 de Jean Giraudoux. La pièce imagine Hercule né de deux pères : Zeus le dieu et Amphitryon l’homme. Cette filiation, divine et humaine, devient le point de départ d’une réflexion sur les héritages multiples – et souvent contradictoires – que nous portons. La figure du héros aux origines doubles devient métaphore de notre capacité à assumer nos contradictions entre puissance mythologique et fragilité terrestre, entre défis écologiques et humanité partagée. C’est aussi un plaidoyer à transformer l’hybridité en richesse. Burgan interroge : Hercule est-il l’enfant né ou l’enfant à naître ? Le premier porterait un héritage constitué, avec ses gloires et ses fardeaux, le second incarnerait le potentiel et l’incertitude. Cette tension, qui traverse la composition, fait du héros mythologique une figure de notre condition humaine et questionne la fatalité, le destin, le libre arbitre, le défi, les choix moraux et la persévérance.

Format « gigogne »

Après cette présentation dans sa version intégrale, chaque ensemble pourra reprendre indépendamment la partie qui lui est dévolue. Ce dispositif « gigogne » facilitera une circulation de l’œuvre en offrant plusieurs niveaux d’interprétation, du concert collectif à la pratique autonome.

Roland Hayrabedian, directeur de Musicatreize, poursuit avec cette commande son exploration du répertoire contemporain. Depuis près de quarante ans, l’ensemble vocal, s’est imposé comme une référence dans l’interprétation de la musique vocale actuelle, notamment à travers ses créations et ses collaborations avec des compositeurs vivants.

Le foyer de l’Opéra de Marseille accueillera cette première mondiale, offrant un cadre intime propice à l’écoute d’une œuvre polyphonique exigeante aussi bien musicale que philosophique.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Nous l'appellerons Hercule
8 février
Foyer de l’Opéra de Marseille

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Une conférence pas comme les autres

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© C.L.

Et si Boucle d’Or était en réalité le mythe fondateur du hip-hop ? Ne serait-ce pas troublant ? Aujourd’hui, le hip-hop se place au rang de phénomène mondial en étant l’un des genres les plus écoutés. Comment expliquer cette si grande longévité ? À travers Goldi, le comédien Johnny Seyx convoque les arts et propose une enquête singulière en interrogeant les symboles qui relient le célèbre conte anglais à un mouvement devenu l’emblème d’une génération.

Naissance du hip-hop

New York, Bronx, 1973. Cindy Campbell, quinze ans, organise une fête dans son immeuble. Elle propose à son frère, Clive Campbell, alias DJ Kool Herc, de prendre les manettes musicales. Ce soir-là, il remarque que la foule réagit avec une énergie débordante lors des passages courts et rythmés. Il décide de les prolonger, puis de les enchaîner. Les gens aiment, ils dansent : c’est officiel, le hip-hop est né. Si le commun des mortels se serait arrêté là, le comédien Johnny Seyx veut aller plus loin. Il questionne. Et si, derrière cette histoire, se cachait une vérité troublante; dissimulée ? Équipé d’un tableau, de quelques photos et d’une enceinte, il se lance dans une démonstration aussi véridique que inventée. Entre concerts, conférences, moments théâtraux, les liens s’enchaînent et l’histoire du hip-hop semble peu à peu s’entremêler à celle de Boucle d’Or et des Trois Ours.

De Boucle d’Or au gangsta rap

Le 11 août 1973, nuit de la naissance du hip-hop, le ciel au-dessus de New York montre la Grande Ourse, la Petite Ourse et la Chevelure de Bérénice. Coïncidence ? Notre conférencier ne pense pas. À partir d’un tas d’éléments farfelus, le spectacle développe une lecture troublante remplie d’un foisonnement de symboles. Sur scène, Johnny Seyx, conférencier à l’allure mi-rappeur, mi-professeur, tisse une histoire absurde, loufoque et un brin troublante. Pythagore, les constellations, les ours, Blondie, Vanilla Ice, Tupac ou encore Kanye West s’entrelacent dans une grande conspiration joyeuse et heureusement inconséquente. À la lisière des arts, Goldi interroge la manière dont les récits façonnent nos imaginaires et pose une question centrale : face à un bon orateur, est-on capable de tout croire ?

CARLA LORANG

Le spectacle a été joué le 1er février à la Cité des arts de la rue, Marseille

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La fabrique du désespoir

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Le gouvernement bis Lecornu (biscornu?) a réussi à soulever contre lui une unanimité qui n‘a d’égales que la  variété des raisons de désapprobation, et l’ampleur du désastre. Le budget, adopté par 49.3, est aux yeux de tous une aberration. Mais si certains parmi ces opposants défendent  leur pré carré, d’autres craignent pour notre survie.

Divers degrés de droite

À droite reproche est fait au budget 2026, en raison des toutes petites concessions faites au PS,  de mettre en danger le libéralisme, qui se prétend pompeusement fondé sur la liberté d’entreprendre. 

Digression bleue :  il faut rappeler que cette liberté particulière, excluante, est réservée à ceux qui ont du capital. Qui ont donc liberté de s’enrichir exponentiellement de l’exploitation des classes laborieuses.  Une expression que le mépris des riches a galvaudée. Être laborieux, cela veut dire travailler. Les classes laborieuses sont celles qui triment, et qui nourrissent la nation, les soignant·es, les enseignant·es, les ouvrier·es qui construisent , les employé·es qui administrent, sécurisent, relient, les commerçants qui commercent, les laboureurs qui labourent. La liberté d’entreprendre n’est pas pour eux, pour elles, mais pour ceux qui les exploitent. 

À l’extrême-droite, reproche lui est fait de ne pas lutter contre le mal suprême, l’étranger, en prenant enfin les mesures raisonnables  dans le pays qui a inventé l’universalisme et les droits de l’homme : couper toute participation à l’Europe (mais qui paiera les salariés du parti ?)  et  exclure les étrangers des prestations sociales. Sauf ceux qui ont un CDI depuis plus de 5 ans (mais qui aujourd’hui a un CDI de plus de 5 ans ?). Plus de bourses, plus d’allocations, plus  d’aide médicale universelle. En revanche le RN de Bardella rejoint parfaitement la ligne libérale, en persistant à baisser les impôts des entreprises, et des riches. Il rejoint ainsi le  centre droit, qui gouverne. Et qui reproche pourtant au budget Lecornu ses « compromis » avec le PS, responsables d’un déficit qui atteint des abysses.

Digression violette : tous les économistes, y compris de droite, s’accordent à analyser le déficit de l’État par la baisse inédite, massive, des recettes. Les baisses d’impôts sur les fortunes, sur les bénéfices des entreprises, sur les successions, mais aussi les baisses du volume des contributions sociales s’ajoutent aux 211 milliards offerts sans contrepartie aux entreprises.

Divers degrés de gauche

Au PS, accusé de trahison par ses alliés, on désespère. Avec le sentiment d’avoir échappé à la catastrophe politique immédiate, c’est à dire à des élections législatives anticipées aux mêmes dates que les municipales. Lecornu bis a réussi son coup, en agitant face aux élus des collectivités, qui étaient vent debout contre les baisses drastiques de leur budget, la menace de leur confisquer leur scrutin local pour le confondre avec un scrutin national. Affolé, le PS a repris les négociations et renoncé à voter la censure, entérinant un budget où il a sauvé quelques menus symboles, et laissé advenir la catastrophe. 

Quant au PCF, à LFI et aux Écologistes, ils sont les seuls à dire qu’on ne peut pas, dans une république qui écrit Égalité sur tous ses frontispices, mettre à l’arrêt tous les systèmes de solidarité qui préservent les plus faibles de la détresse et de la mort évitable.

Digression rouge : les services publics ne sont pas des options. Pour exemple la mortalité infantile connaît en France un regain important, dû à la disparition des maternités. Aujourd’hui, en France, 2 nouveaux nés sur 1000 meurent durant les premiers 27 jours de vie. Une augmentation due, toutes les études le montrent, à la raréfaction des maternités. Les mesures d’économie dans les services publics tuent, concrètement. Les collectivités  vont être contraintes à des choix, entre l’hébergement d’urgence, l’aide alimentaire, la vie associative, les crèches et les écoles, les salaires et les conditions de travail de ses personnels, les maisons de retraite, la culture, les luttes contre les pollutions, la gestion des déchets. Toute mesure d’économie de ces services, immédiatement ou sur le long terme, détruit des vies, le climat et la société. 

La motion de censure déposée par le PCF, LFI et les Ecologistes a recueilli près 260 voix sur les 289 nécessaires pour faire tomber le gouvernement. La stabilité est ainsi préservée, dit on. L ’accès possible au pouvoir de l’extrême-droite est éloigné de quelques mois. Mais, du même coup, elle l’assure un peu plus tard, en détruisant ce qui reste de notre tissu social. 

Agnès Freschel


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La Relève célèbre les pratiques artistiques émergeantes

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Amaya Cascio, Poupées fripon*nes, Tissus de récupération, Dinensions variables, 2024 Collaboration avec Romane Gautier, Performeur•euses : Romane Gautier, Gaël Leveque, Léna Bédague, Théo Giachetti, Yanni Raphael Pastor, Amaya Cascio, Lila Sohpilberg.

« Raconter et se raconter » pourrait faire office de formule d’introduction aux travaux des artistes sélectionné•es cette année à la Relève 8. Au château de Servières, 38 rue Edouard Delanglade, les drapeaux de latex de Lio Rof-Sanchez accueillent le public à l’entrée. Le titre renvoie à l’adresse du Consulat Général d’Espagne de Marseille, la pièce évoque le parcours migratoire de sa famille, les cicatrices héritées et le besoin d’incarner une transmission sensible de la migration. 

À côté, sur Le bouclier d’Hélène de Louise Chatelain, est gravé un arbre généalogique des violences patriarcales subies par les femmes de sa famille. Puis, elle propose aux spectateurices de poser leur oreille sur la barre métallique d’un lit superposé, disposé au fond de l’espace d’exposition, pour y entendre un témoignage de violence conjugale.
Dans la petite salle adjacente à l’entrée, se trouve un dispositif d’installation qu’Emma Cambier active par la performance. Sur une table, l’artiste manipule un briquet, des coupures de journaux, des lettres, une boîte… Entre documentaire et fiction, elle tisse un récit hybride qui lie des souvenirs familiaux à l’histoire coloniale des Antilles. Au centre de la salle d’exposition, les grandes structures textiles d’Hippolyne NXNN troublent la frontière de l’intime et de l’espace public. Puis l’espace domestique déborde, la peinture de Mailys Moanda sort de la toile pour envahir les murs et les sols. Ses larges damiers colorés rappellent certaines tombes guadeloupéennes et délimitent un lieu de passage, un seuil bariolé entre deux salles blanches, ou le souvenir et le rêve s’entremêlent. En face, les pièces de Suska Bastian font écho aux déplacements de sens d’éléments glanés et transformés par l’artiste, dans des perspectives de préservation de leurs essences et leurs imaginaires : des chaînes de voitures, des feuilles de palmiers…

Dans une salle fermée par un rideau, une tour d’enceinte dans une ambiance saturée de lumière verte diffuse un mash-up de la bande son du film d’horreur Conjuring et de grondements de station d’épuration. Cette installation de Marion Genty, renverse la hiérarchie des sens, et cherche à générer le sentiment d’angoisse à travers une narration concentrée dans le spectre sonore. Enfin, le grand « bestiaire quantique » de Jaguar (Anaël Martin) se déploie dans la dernière salle. Tout ce qui existe au monde est un amas de motifs, de phrases, de dessins dans l’espace et de petites sculptures disséminés qui fabriquent ensemble une constellation de concepts, de références, d’hommages et de logiques aussi farfelues qu’indubitables.

Jaguar (Anaël Martin), Tout ce qui existe au monde, Installation multi-médiums, Dimensions variables, 2024-2026

Identités et refuges

À La Compagnie, les huit artistes de la Relève inscrivent leur exposition collective dans une « cosmopoétique du refuge », en écho avec la programmation actuelle du lieu de création. Ici, les récits politiques sont des sources de réinvention de soi. La fresque colorée de Clef Grémil accueille les spectateurices, une grande chenille en transition se débarrasse au fil du temps des éléments en céramique qui la compose, ses seins découpés par des ciseaux ouvragés sont dispersés au sol, vestiges de ce geste de soin et de métamorphose fabuleuse. L’humour et le détournement sont des outils de transgression dans le travail de l’artiste et évoque ses expériences du handicap, de la transidentité et celles de ses proches. Une autre de ses pièces, un paravent mou faisant office de parois poreuse et souple au fond de la salle, délimite l’espace et encourage une douce indiscrétion.
Devant la fresque, des coussins en tissus malgache invitent à s’assoir devant des vidéos mise dos à dos : l’une d’entre elles montre le visage de l’artiste, Ellvina Bimanato, l’autre les mains de sa grand-mère qui démêle ses cheveux en décrivant la maison de famille détruite lors du coup d’état d’Andry Rajoelina en 2009. L’artiste fabrique à travers des sons, des silences, des gestes, d’autres langages qui permettent l’expression et la transmission de récits perdus, de liens intergénérationnels.
Derrière ses pièces, l’autel Télomètre de Gil Lekh, invite le public à naviguer entre les symboles de son identité queer qui le constitue. À travers un rituel de deuil et de célébration, iel visibilise les violences raciste et queerphobes des enfances similaires à la sienne. Et toi, t’as mangé ? (Et toi ? Ăn cơm chưa ?), où bien « Et toi, t’as souffert ? » selon la double interprétation que la formule implique, est un poème-dialogue transgénérationnel à destination des ancêtres de l’artiste.
À côté, des vêtements confectionnés en vàng ma, un papier de bambou avec lequel sont fabriqués au Vietnam et au Cambodge, de faux vêtements destinés à être brûlés pour rejoindre l’au-delà. Près de l’autel, les Poupées fripon*nes d’Amaya Cascio observent les visiteureuses, depuis leurs chaises bariolées. Inspirées d’une coutume familiale qui consiste à recouvrir les appareils électroménagers de housses de tissus et à y ajouter des yeux et des tresses, les poupées sont activées lors de performance Volver, volver onlybass’n reverb où elles se mettent à danser et chuchotent des secrets aux spectateurices. Les peintures d’Amaya Cascio sont disséminées dans la salle, autour d’une grande table de jeu de cartes nicaraguayen, le Chalupa Nicaraguense réinterprété par l’artiste.
Le Micro-Coeur en céramique de Lila Crnogorac est suspendu au centre de la salle centrale. C’est un objet de recueil de récit lesbien et de diffusion, d’amplification de paroles intimes trop souvent tues.
Dans la dernière salle, une vidéo réalisée au simulateur de vagues de la Grande Soufflerie, résonne et lie ses instruments de verres au sol et les céramiques de Valentin Saez qui gravitent autour. Toustes évoquent une préservation et une visibilité des désirs queers. Valentin Saez disperse dans l’espace d’exposition, une série de carreau et de Bojiltos, des gargoulettes espagnoles détournées, inspirés d’esthétiques historiques traditionnelles mises au service de la communautés queer, pour fabriquer des archives de récits déviants. 

L’exposition collective de la Relève 8, présente cette année une promotion d’artistes inventeur•ices de sens, aux grandes qualités plastiques et aux engagements politiques incontestables. L’archive glisse et bascule avec justesse dans l’imaginaire, connecte les récits entre eux et empouvoire respectivement l’évocation du souvenir et la réécriture de l’identité. 

NEMO TURBANT

La Relève #8 - Exposition collective
Jusqu’au 28 mars
Galerie Château de Servières
Le festival Parallèle se poursuit jusqu’au 7 février entre Marseille et Aix-en-Provence

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Amine Boudchart : atout chœur  

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© S.C.

Ils sont venus de toute la région Provence‑Alpes‑Côte d’Azur et de Corse : plus de 2 000 personnes ont assisté au spectacle Boudchart, savamment orchestré par Amine Boudchart, samedi 31 janvier au Silo, à Marseille – après être déjà passé par Montréal, Carthage ou Montpellier. 

En quelques années, le compositeur s’est imposé comme l’une des figures les plus singulières de la scène musicale marocaine, portée désormais par un succès international. Ce triomphe répond aux attentes des diasporas en quête de transmission patrimoniale à travers le monde. À rebours du modèle de la star intouchable, il fait du public le véritable cœur battant de ses concerts, transformant chaque salle en chorale géante. Communiqué en amont, le livret des paroles permet à chacune et chacun de se préparer et de maîtriser les textes, afin d’entrer pleinement dans l’interprétation collective. 

Un parcours atypique  

Né à Mohammédia en 1989, ce compositeur franco‑marocain incarne une génération pour qui frontières et cultures sont devenues poreuses. Au‑delà des classiques, ses compositions donnent à entendre la condition cosmopolite des Marocains du monde. Avec des œuvres comme Mosaïca, Bartiya Groove ou Jalsa, il tisse un paysage sonore où se répondent influences amazighes, andalouses, arabes et africaines. 

Sur scène, le cœur du phénomène Boudchart tient dans un geste simple : inviter le public à devenir chorale. Le concert se mue alors en véritable « expérience collective » où les spectateurs chantent à l’unisson des titres issus d’un patrimoine musical largement partagé. De l’emblématique Hajja El Hamdaoui à Ragheb Alama, en passant par Warda, Dahmane El Harrachi ou le groupe Babylone, c’est une ronde de célébrités qui est convoquée sur scène et portée par des milliers de voix. Sans compter l’aide des invités de la soirée, tels que Miry, Oualid Nadi et le groupe Issawa El Asri, qui ont pleinement participé à l’ambiance générale.

Dans un contexte de consommation culturelle fragmentée, ce chœur éphémère redonne corps à l’idée de communauté tout en réinventant les codes du spectacle live. Figure de la créolisation des mondes arabes, amazighes et africains, Amine Boudchart se pose en passeur de mémoires, ancré dans plusieurs traditions musicales tout en innovant dans les formes. En réorchestrant des classiques arabes pour un format choral massif, il opère un double mouvement : actualiser un répertoire associé à des héritages communs et retisser des liens dans une région fragmentée par les rivalités diplomatiques et économiques. Cet héritage musical, largement revisité par les artistes contemporains, trouve ainsi un nouvel écho auprès de publics jeunes et connectés. 

SAMIA CHABANI

Concert donné le 31 janvier au Cepac-Silo, Marseille

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