mardi 11 août 2026
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Immortelles

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Les Immortelles (C) New Story

 « Si vous ne croyez pas au pouvoir infini de l’amitié, cette histoire n’est pas pour vous ! Vous pouvez encore quitter la salle ! Et on aurait  tort car ce que nous raconte Caroline Deruas Peano, dans son nouveau film, Les Immortelles, vaut qu’on « ouvre grand notre cœur, nos oreilles et nos yeux » comme nous le conseille une voix sur écran noir avant même que l’histoire ne commence. Celle racontée en voix off par Charlotte ((Léna Garrel) amie depuis l’enfance avec Liza (Louiza Aura), qui lui a promis que rien ne les séparerait jamais. On est dans les années 90 dans une ville au bord de la Méditerranée. C’est leur dernière année au lycée et elles rêvent de conquérir Paris, l’endroit de tous les possibles, avec leur duo, « Les culottes sales », Charlotte au clavier, Liza chantant.  A 17 ans, la découverte des Rita Mitsouko les a électrisées et elles passent leur journée à parler de Catherine Ringer, leur déesse. Liza est amoureuse de leur professeur de gym, M.Collato (Aymeric Lompret), Charlotte, elle, aime les filles, à une époque où l’homosexualité est une anomalie comme l’affirme sur les ondes, Jean- Marie Le Pen dont le père de Charlotte approuve les idées..L’ambiance familiale est tendue. Mais ensemble, les deux amies  sont ailleurs, là où il fait bon vivre : images oniriques de nature, reflets et scintillements, chansons des Rita Mitsouko. Entre cours de philo où la prof (Agnès Berthon) leur fait connaitre Merleau-Ponty et Spinoza, séances de basket où Liza peut voir son prof et répétitions de musique, la vie s’écoule joyeuse, remplie de rires, de musique, de rêves jusqu’au jour où tout s’effondre. La vie peut être aussi  cruelle et violente. Charlotte perd Liza : comment survivre à cette perte ? « Je te jure de te protéger toute ma vie et toute ma mort »  lui avait promis Liza enfant. C’est dans cet univers imaginaire qu’elles avaient construit ensemble, poétique, surréaliste  que se réfugie Charlotte., un monde où elle retrouve Liza mais où elle se laisse parfois engloutir,  malgré le soutien de sa mère  (Emmanuelle Béart)

Dédiè à Elizabeth, Les Immortelles, baigné de chansons, celles des Rita Mitsouko et de musique, celle de Calypso Valois,  est né d’une amitié. « Le point de départ, c’est le souvenir d’une amitié adolescente très forte et de la disparition de cette grande amie à 17 ans. Le film vient de là, du désir de lui rendre hommage et de rendre hommage à notre amitié. » précise Caroline Deruas Peano.  Léna Garrel et Louiza Aura interprètent avec conviction et talent ces deux adolescentes qui se sentent immortelles.

Annie Gava

Miroirs de Bach

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© L.S

Les Théâtres ont investile Conservatoire Darius Milhaud à Aix un programme intitulé Bach Mirror conçu par deux artistes brillants, Thomas Encho est compositeur et pianiste classique et de jazz, et Vassilena Serafimova est une percussionniste spécialiste du marimba. Les deux talents se sont rencontrés en 2009 lors d’un concert, et continuent de collaborer depuis. Tissant un fil qui relie les siècles musicaux, le duo a sorti son premier album, Funambules, en 2016avec des compositions et des reprises de Mozart et de Saint-Saëns. En 2021, ils sortaient Bach Mirror – un album inédit dans sa conception puisque les deux instruments n’existaient pas sous cette forme à l’époque de Bach.

C’est ainsi de par l’utilisation de ces « nouveaux instruments » que le duo apporte une touche nouvelle, moderne et légère, à ces mélodies de Bach que l’on a déjà tous dans l’oreille. Le pianiste dira d’ailleurs au public que « cela devrait plutôt être miroirs au pluriel ». Ils enchaînent Fire Dance, une composition où le marimba joue en boucle dans l’aigu, une sonorité presque électronique des années 80, ensuite repris par le pianiste de manière bluesy, et où paraissent des citations de la pièce d’après : Jesus, Joy of Man’s desiring.

Par la suite, le célèbre Chaconne se fait emporter en improvisation jazz par le pianiste, qui brode autour de la mélodie originelle dans un passage rythmé ajoutant de nouvelles couleurs à la sonate.

Couleurs, scotch et patafix®

Les pièces qui suivent démontrent d’autant plus la part de créativité des deux musiciens dans leur interprétation de ce répertoire. D’abord par leur manière de revisiter la fameuse Suite pour violoncelle seul, intitulée Silence, où la percussionniste fait rentrer le public en méditation par une longue introduction d’accords nébuleux, improvisées et planants. Le piano rentre progressivement déployant une mélodie douce et posée qui emprunte aux couleurs de la suite sans pour autant la reproduire. La pièce se ressent presque comme une ode au silence, à l’espace, à la respiration et au repos.

Le duo fait alors un 180 vers un « chaos organisé » et – chose surprenante – ils modifient leurs instruments en rajoutant du scotch sur les touches du marimba et de la patafix sur les cordes graves du piano pour transformer le son, mais sans modifier la partition. Le marimba a alors un son très métallique, sec et aigu, et le piano, lui, produit un son étouffé, comme une basse électrique. Expérimental, n’est-ce pas ? Mais le tour est joué face au public conquis devant cet élan créatif et moderne.

LAVINIA SCOTT

Concert donné le 5 février au Conservatoire Darius Milhaud, Aix-en-Provence

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Pour l’amour du cirque

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Roue Giratoire, Cie Les Filles du Renard Pâle ©Kalimba
Animer l’espace public. Rendre le cirque accessible au plus grand nombre. Créer des ponts entre les acteur·ices du territoire. Avec Au bout, la mer !, la mairie des 1er et 7e arrondissements de Marseille et Archaos (Pôle national cirque de Marseille), s’associent pour faire vivre le cirque au cœur de la Cité phocéenne. Ce dimanche 15 février, trois compagnies investissent la Canebière et la place du Général-de-Gaulle avec trois projets in situ et sept rendez-vous qui ponctueront la journée.
Des créations
Trois compagnies, un même espace, et une édition placée sous le signe de l’innovation. La compagnie Les Filles du Renard Pâle présente sa Roue Giratoire, un spectacle de voltige créé à partir d’une roue fabriquée à la Cité des arts de la rue par les ateliers Sud Side. Placée au cœur de la performance, la roue installée dans un cercle de huit mètres rend l’exercice artistique à la fois physique et étrangement hypnotique. Au rythme des notes d’un bassiste, une circassienne s’élance… une fois lancée, elle doit contrôler ce qui semble incontrôlable.
Dans un autre style, la compagnie Les P’tits Bras propose un spectacle aérien explosif spécialement conçu pour Au bout, la mer !. Autour d’un cadre russe, structure de type Art nouveau, six artistes s’embarquent dans des voltiges aussi variées qu’impressionnantes : mains à mains, portés et envolées s’enchaînent subtilement.
Enfin, Debora Fransolin et Marin Garnier offrent une expérience artistique et humaine immersive à travers une perche géante. Créé à Marseille, le mât de 20 kg incarne une discipline traditionnelle et un agrès atypique. Tout au long du spectacle, l’objet place les deux artistes face à un déséquilibre permanent. Perchée, la circassienne virevolte, tandis que son partenaire, ancré au sol, la soutient. Inspiré de leur création How much we carry, le duo donne à voir de jolis tableaux acrobatiques.
Des spectacles, mais pas que…

Autour des spectacles, l’événement propose de nombreuses animations gratuites, pensées pour croiser les pratiques et investir l’espace public autrement. Au programme : jeux pour enfants, stands de disquaires, marchés, ateliers de jonglerie rythmique avec Carlos Muñoz de la compagnie Sombra, hula-hoop avec Norma Nix, mais aussi des discussions avec Les Philosophes publics, autour de sujets tirés au hasard. Le temps d’un dimanche, la Canebière devient un espace de déambulation culturelle, où le cirque s’impose comme un outil de rencontres… et de haute voltige.

CARLA LORANG

Au bout, la Mer !

15 février

Canebière,Marseille

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Archipel 49, c’est parti

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© A.-M.T.

Il y a foule au 49 rue Chape (5e). L’ambiance est festive pour le lancement dArchipel 49, aventure collective qui promet aux Marseillais de belles émotions culturelles. Le lieu abritait déjà la Maison du chant, créée par Odile Lecour qui partageait les locaux avec le Conservatoire de Marseille. À la suite de la rupture du bail par ce dernier, cinq structures – les Voies du chant, rejointes par Prodig’art, la Compagnie Rassegna, L’Éolienne et la Compagnie VBD and Co – décident d’investir ensemble le lieu.

La Ville de Marseille valide la création d’Archipel 49 par la signature d’une convention d’occupation temporaire de cinq ans, permettant au collectif de bénéficier d’un loyer modéré et d’inscrire les activités dans la durée. « Archipel 49 est un espace de création, d’expression et de transmission pour les artistes, une fabrique culturelle inédite favorisant la diversité des esthétiques et fondée sur une intelligence collective », explique Florence Chastagner qui en prend la présidence.

Une gouvernance partagée

Chaque structure conserve son identité artistique et ses projets personnels. Les Voies du chant, organisent notamment le festival De vives voix. Prodig’art, bureau de production accompagne les artistes dans des projets de création. La Compagnie VBD and Co, fondée par Vincent Beer-Demander, a créé l’Orchestre de Mandoline des Minots de Marseille et organise le festival Mandol’in Marseille. L’Éolienne, pôle de création dédié au conte, continuera à enchanter petits et grands. Enfin, la Compagnie Rassegna, de Bruno Allary, poursuivra ses voyages musicaux croisant musiques anciennes et actuelles de Méditerranée.

La gouvernance de l’Archipel sera « partagée, horizontale, collégiale et novatrice »,souhaitent les fondateurs. Cette approche transversale se décline en mots-clés : fédérer, partager, ancrer, accueillir, transmettre, accompagner, expérimenter, résister. « La création a une utilité sociale, elle participe à la construction de citoyens sensibles, critiques et engagés », souligne Maxime Vagner de Prodig’art.

Le projet bénéficiera aussi du soutien de la Fondation Stin’Akri, de Gilles Benéjam : « Nous sommes sensibles aux valeurs d’accueil, de chaleur humaine et d’intérêt général de ce nouveau lieu culturel ». Cette maison partagée, où « ça discute beaucoup à la pause déjeuner », ironise Vagner, permettra à Archipel 49 de développer aussi une programmation commune qui démarrera avec une « Traversée jeune public » les 14 et 15 mars, en partenariat avec le festival Babel Minots.

Présent lors du lancement, Jean-Marc Coppola, maire adjoint à la culture de la Ville de Marseille, a exprimé sa confiance : « Vous remerciez la Ville pour son soutien, mais c’est à nous de vous remercier. Je vois la concrétisation de ce beau projet. Une création à l’image de Marseille faîte de partage, de diversité, de solidarité. »

ANNE-MARIE THOMAZEAU

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Amine Soufari plonge dans le bleu

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Trio Amine Soufar © Malika Moine

Le chef d’orchestre, pianiste, claviériste, oudiste et chanteur (n’en jetez plus !) Amine Soufari a une mission : celle de nous rappeler à notre commune méditerranéité – osons ce néologisme. Après un hommage à Fairuz l’an dernier à la Cité de la Musique de Marseille, c’est en trio ce 7 février qu’il a été convié par Manu Théron, aux manettes de la programmation du lieu, pour rapprocher les idiomes musicaux des mondes arabes de ceux du jazz.

Pentatoniques léguées par les Touaregs, chaâbi algérois, répertoire arabo-andalou ou encore palestinien sont passés au crible d’improvisations mêlant notes bleues et modes maqam. Avec France Duclairoir, contrebassiste dont la maestria n’est plus à prouver, et Nadia Tighidet, percussionniste d’une exceptionnelle musicalité, le groupe a convié le public vers des horizons de paix et de joie partagées. Et quoi de mieux qu’un bon vieux Yah Rayah en rappel ?

LAURENT DUSSUTOUR

Concert donné le 7 février à La Cité de la Musique, Marseille.

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La poétique du langage s’expose

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Giuseppe Caccavale, Carmi figurati. crayon et pastels sur bois © Beppe Gernone

« Je ne vis pas en une seule langue », c’est une phrase de l’artiste italien Giuseppe Caccavale, à l’origine du titre de l’exposition, lui qui multipliait les langages artistiques dans ses explorations. C’est dans cette lignée que quatorze artistes – sourd·es, entendant·es, enfants de parents sourds, francophones ou polyglottes – ont été invités au Musée d’art contemporain de Marseille. Sensible aux potentiels créatifs du langage, Ninon Duhamel réunit leurs travaux à l’occasion des 20 ans du programme Pisourd.e, un dispositif mis en place par les Beaux-Arts de Marseille afin d’accompagner des étudiant·es sourd·es et malentendant·es dans leurs études artistiques, et auquel certains artistes exposés ont participé.

Que ressent-on lorsqu’on se heurte à la barrière de la langue ? Quelle forme peut prendre un son, quels gestes peuvent le traduire ? Existe-t-il un langage universel, de signes qui unissent, synonymes de résistance ? Une multiplicité de formes d’expression artistiques dessine l’espace dans la pénombre : vidéo, performance, textile, verre soufflé, peinture et dessin, écriture et archivage. Aucun chemin n’est tracé pour guider le visiteur, qui se retrouve peu à peu traversé d’un va et vient de messages codés.

Écritures plurielles

Le regard est d’abord attiré par Apocalypse, une œuvre d’Arthur Gillet. Artiste CODA (enfant de parents sourds), il grandit en jouant un rôle d’intermédiaire entre ses proches et le monde des entendant·es. Cette toile de soie aux couleurs vives est traversée de lumière à la manière d’un vitrail. S’en dégage une iconographie religieuse, qui plonge le spectateur dans une sorte de cosmologie du langage. Arthur Gillet s’inspire en fait d’un recueil d’enluminures de Cristoforo de Predis, peintre sourd du Moyen Âge — l’époque où l’on traduisait en images l’histoire écrite de la bible aux fidèles analphabètes, afin qu’eux aussi, puissent « appartenir ». En illustrant la transmission d’un langage à l’autre à travers symboles et images, Apocalypse amorce le reste de l’exposition.

L’art a toujours su comment transmettre autrement. Vivre en plusieurs langues examine ce qui existe à l’intersection entre les langues, là où le message voyage entre émetteur et récepteur. Les musées sont peuplés de personnages arrêtés face aux œuvres, l’air interrogateur. Ils se prêtent au jeu du casse-tête : quelle était l’intention de l’artiste, quel message nous glisse-t-il ? Ici, certaines œuvres décident de résister. Elles invitent plutôt à comprendre ce que c’est, de ne pas comprendre.

On se surprend parfois à tendre l’oreille pour percevoir des sons qui ne sont pas émis : celui que Marine Comte a capturé dans une sphère de verre soufflé, ou celui d’un violon invisible. L’exposition exige une lecture plurielle, elle attend un public aux sensibilités multiples, et ouvre vers un imaginaire que chacun dessinera à sa façon.

PAULINE LIGHTBURNE

Vivre en plusieurs langues
Jusqu’au 5 avril
[mac], Marseille

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Alice Rende, l’échappée belle

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Fora, Alice Rende © Donatas Aliasauskas

Une boîte en plexiglas de 50 cm de côté, et de 2m50 de haut – à vue de nez. À l’intérieur, une danseuse-contorsionniste qui va tout faire pour s’en échapper. C’est l’excellente idée qu’a eu Alice Rende, pour son spectacle Fora, qui était donné à Marseille les 21 et 22 janvier à La Gare Franche (pôle du Zef) puis le 30 janvier au Sémaphore de Port-de-Bouc.

Que faire donc dans cet espace clos et resserré ? Pour le commun des mortels pas grand chose. Mais Alice Rende a beaucoup d’idées au centimètre carré, et c’est ce qu’on va découvrir pendant la durée du spectacle. 

Après un fondu au noir, l’artiste apparait dans cette boite qui était jusqu’alors présentée vide aux spectateurs. Tel un chat, Alice Rende appréhende ce nouvel espace. Elle touche, frappe les parois, se déplace comme elle peut, et cherche l’issue. Les gestes se font plus amples, puis prennent de la hauteur. Alice Rende enchaîne des mouvements saisissants, la tête en bas, les pieds en haut, et semble parfois en lévitation. Alice Rende ne s’arrête pas là, elle ajoute à ses gestes des jeux de lumières, de l’humour aussi, une poésie, tout en restant parfaitement synchronisée avec la musique qui l’accompagne tout au long du spectacle. 

Le spectacle, qui se veut être une métaphore de la liberté, de l’oppression des corps, a été créé au Bois de l’Aune en 2024, et multiplie les dates ces derniers mois. La petite boîte est en passe de devenir un petit tube du cirque contemporain.

NICOLAS SANTUCCI 

Fora a été donné  les 21 et 22 janvier au Zef, scène national de Marseille

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La mémoire palimpseste

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© Daddy MBoko

En 2021, le prix Goncourt est remis à Mohamed Mbougar Sarr pour son roman La Plus secrète mémoire de des Hommes. Dans cet ouvrage, il raconte la quête d’un jeune auteur sénégalais, Diégane Faye, qui se lance à la recherche de T.C. Elimane, un grand écrivain sénégalais, acclamé à la fin des années 1930 mais depuis tombé dans l’oubli. Odile Sankara et Aristide Tarnagda, le duo à la tête de l’important festival burkinabé Récréâtrales, condensent l’essence de ce roman dans une lecture théâtrale. 

Narration éclatante 

Les deux artistes s’attachent davantage au propos politique du roman qu’au voyage initiatique de Diégane Faye, bien que celui-ci en reste le point de départ. Ils assemblent pour cela des extraits tirés de différentes parties du roman, entre lesquels le lien n’est pas toujours explicite, ce qui crée une narration éclatée, faite d’aller-retours dans le temps et entre le Sénégal et l’Europe. On rencontre d’abord Diégane, puis l’écrivaine Siga, puis le père aveugle de Siga… une myriade de personnages qui prennent la parole sans vraiment être présentés, et dont les récits s’emboîtent pour reconstituer peu à peu l’histoire de T.C. Elimane. 

Odile Sankara et Aristide Tarnagda altèrent subtilement leur costume (par l’ajout d’un couvre-chef, d’une écharpe, etc.) et leur jeu pour signifier lorsqu’iels changent de personnage. C’est alors au spectateur de comprendre qui parle, à quelle époque et quelle est la place de ce personnage dans le récit, une tâche qui est parfois rendue ardue par la densité du texte de Mohamed Mbougar Sarr. 

Il faut accepter de se laisser porter par les talents oratoires d’Odile Sankara et Aristide Tarnagda. Leur interprétation d’une incroyable justesse donne vie aux histoires que narre chacun des personnages, au point où l’on en oublie la narration globale pour être entièrement avec celui qui parle sur le moment. Le sens du texte se révèle alors, car le vécu de chaque personnage révèle un rapport à la colonisation, au racisme, et à l’importance de la culture et la littérature. Captivant. 

CHLOÉ MACAIRE 

La Plus secrète mémoire des Hommes a été donné du 27 au 29 janvier au Théâtre Joliette, Marseille

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De l’inspiration à l’improvisation

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© L.S.

Le Conservatoire de Marseille organisait ce vendredi 30 janvier la deuxième Nuit du Conservatoire : Improvisez La nuit. Une soirée inédite, l’improvisation étant trop souvent négligée au profit d’un apprentissage « classique », pourtant intrinsèque, notamment, au répertoire baroque. Le programme brassait l’ensemble des disciplines qui sont enseignées au Conservatoire. Ses différents espaces, normalement fermés au public, étaient animés par de nombreux élèves, parents, jeunes, enfants et Marseillais curieux. Les nombreuses propositions se chevauchaient, dont certaines étaient très demandées – par exemple La Distinction, une proposition des élèves de théâtre et de jazz autour d’une œuvre de Bourdieu – si bien que le public s’est vu contraint de choisir un spectacle plutôt qu’un autre. 

Parmi ces représentations, on y croise les débuts de ces pratiques, notamment par les jeunes élèves du département des cordes qui présentaient le fruit d’une semaine d’ateliers auprès du violoncelliste Stann Duguet. Il initiait les élèves aux musiques improvisées à travers le cadre simple d’une gamme de Do majeur sur le mode dorien. Mais aussi des artistes affirmés, tels que le talentueux pianiste Mehdi Telhaoui, ancien élève du Conservatoire de Marseille passé par le CNSMD de Paris. Il invitait le public à rentrer dans la tête de l’improvisateur, et à suivre les Chemins de l’improvisation. Une performance participative, c’est le public qui devient son inspiration – à partir d’une série de notes, une histoire inventée sur le champ, dans le style de Bach, ou de l’œuvre audacieuse de Liszt : Les études d’exécution transcendante. Il joue avec ferveur et virtuosité, d’inspirations romantique, moderne et impressionniste, tel Stravinsky ou Prokofiev, où sont présents rythmes charnus et martelés, dissonances, et aigus cristallins. Le pianiste déploie ici l’étendue des jeux de son instrument, montrant la force d’une compréhension complète de l’histoire de la musique et du répertoire de ses grands compositeurs dans cet art de l’improvisation.

LAVINIA SCOTT

La soirée s’est tenue le vendredi 30 janvier au Conservatoire Pierre Barbizet de Marseille

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Un message d’amour et d’espoir

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Walid Ben Selim © AK. BERLIN

Zébuline. Vous passez au Festival Les Suds à Arles, accompagné de Marie-Marguerite Canot. Qu’allez-vous y présenter ?

Walid Ben Selim. Nous allons présenter ce que nous jouons habituellement : notre récital, Here and Now (2024), autour de la poésie arabe et soufie, avec des poètes que j’adore particulièrement, comme Mahmoud Darwich ou Abou Nawas. 

Comment ce projet est-il né ?

Le SilO, [Centre de création coopératif], m’avait donné carte blanche lorsque j’y étais artiste associé. Je voulais que cela reste inscrit dans la « musique du monde ». Étant marocain, je me suis dit que la musique du monde pouvait aussi être la musique occidentale. J’ai donc cherché quel instrument pourrait le mieux convenir. La harpe s’est imposée : c’est un instrument exceptionnel, assez sous-estimé, même dans le répertoire occidental. J’ai composé un répertoire et cherché un·e partenaire. J’ai rencontré Marie-Marguerite, qui a accepté l’aventure.

Que représente pour vous cet opus ? 

L’amour de la poésie. C’est une ode à la poésie arabe. Une langue exceptionnelle, avec des millénaires qui nous ont précédés. Quand on choisit un poème, c’est d’abord une histoire d’amour. Je parcours des recueils de poésie, et d’un seul coup on a un poème qui va utiliser une voix du XXIe siècle pour rebondir sur les siècles à venir. Il y a une forme de graine qui germe d’un siècle à l’autre.

Après N3rdistan, qui emprunte aux sonorités électro et aux influences hip-hop, vous opérez ici un tournant esthétique. Pourquoi ?

C’est avant tout une volonté d’épurer l’écriture musicale. Plus on diversifie son écriture, mieux c’est pour une carrière. J’ai toujours fonctionné ainsi : du métal au rap, du rap à l’électro, de l’électro à l’écriture d’un opéra. L’idée, c’est de s’amuser, qu’on puisse expérimenter.

Vous avez fait partie de la mouvance Nayda et vous êtes artiste engagé. Comment avez-vous réagi face aux récentes émeutes au Maroc et les mouvements portés par la Gen Z 212 ?

J’ai soutenu et je soutiens quoi qu’il arrive tous les mouvements d’expression. Ce n’est pas qu’au Maroc, c’est une réalité universelle, un phénomène cyclique : on le retrouve chez les poètes des VIIe ou IXe siècles. Les pays qui avancent sont ceux qui écoutent ces nouvelles générations, quel que soit leurs revendications. Je pense qu’il faut accueillir, comprendre et accompagner les jeunes générations et leurs volontés de changer le monde. C’est une problématique constante : écoute-t-on les jeunes ou non ? Je veux leur transmettre un message d’amour et d’espoir. Au-delà du temps et des siècles, c’est l’amour qui reste. La politique passe, les cités s’effondrent, tout sauf l’amour : l’amour d’une mère, d’un ami, de l’art. C’est éternel. 

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR LAVINIA SCOTT

Concert prévu le 8 février dans le cadre du festival Suds, Hiver à Arles

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