Une ferme. Un deuil. Un journaliste obsédé par un scandale chimique. Un stagiaire passionné par les travaux de champs. Une femme qui dialogue avec son fils décédé en fumant des Gitanes… À la ferme, plus rien ne va. Le metteur en scène Pierre Guillois s’empare de ce fiasco et embarque ce petit monde rural dans une création délirante à la frontière entre le drame rural et la farce. Alternant entre comique et tragique, Foutue Bergerie met en scène les comédien·nes en brebis bavardes. Des brebis mesquines et loufoques qui sur le derrière de la scène discutent grossièrement de leurs frustrations. Entre histoire familiale et rencontres épiques, Pierre Guillois délivre un grand écart en proposant une histoire de deuil intime, alternant entre délicatesse et grossièreté.
CARLA LORANG
20 au 24 janvier Odéon,Marseille Une programmation du Théâtre du Gymnase hors les murs
Rares sont les pièces si complètes, que les mots manquent pour les décrire. Des pièces qui se vivent plus qu’elles ne se regardent, se ressentent dans le corps et marquent profondément l’esprit, et qu’on applaudit debout, les mains tremblantes. L’Angelo del focolare d’Emma Dante est l’une de ces pièces qui nous attrapent par le cœur dès la première minute, lorsque la lumière se fait sur le plateau et qu’apparaît le corps effondré d’une femme, le visage ensanglanté.
C’est elle l’ange du foyer (traduction du titre), soumise à un mari violent que l’on rencontrera bientôt. Elle (Leonarda Saffi) n’a pas de nom, lui non plus. L’identité de chaque personnage est réduite à son rôle dans la famille – la femme, le mari, le fils, la belle-mère.
Le décor est rapidement planté – littéralement, deux comédiens en slip et marcel blanc apportent un à un les meubles sur scène : un lit, des toilettes, une table… toute une maison, sans murs. Giuditta Perriera, que l’on identifie rapidement comme belle-mère, s’adresse à la femme inerte, entre rire fiévreux et larmes inquiètes. « Tu sais bien comment il est », lance-t-elle. « Mon mari était pareil, j’en ai reçu des tartes. »
Emma Dante ne s’encombre pas de suspens, car dans cette famille comme dans beaucoup d’autres, on ne prend pas la peine de cacher la violence. Elle est une évidence, complètement banalisée, tout comme l’absence d’intimité induite par le décor.
Le mari est presque absent du début de la pièce, n’entrant que pour faire ses besoins ou pour ordonner à son épouse de lui apporter un café. Et pourtant il est partout, dans le sang qui coule toujours de la tempe de sa femme, dans la manière dont elle nettoie le sol, dans la façon dont elle parle à sa belle-mère et surtout à son fils (Davide Leone), un ado gringalet et dépressif, qu’elle gifle lorsqu’il dit « Peut-être que je suis comme mon père ».
Un ange passe
Son père (Ivano Picciallo), justement, décide de lui apprendre comment « être un homme » en lui imposant un entraînement sportif et un « cours de séduction ». Le contraste entre les deux, l’un énergique et vulgaire, l’autre appliqué mais « flasque », porte à rire. Surtout quand la grand-mère se joint à eux pour une séance d’abdos. Mais le rire devient jaune lorsqu’on lève les yeux vers les surtitres, car la leçon de séduction ressemble davantage à une notice pour harceler et agresser des femmes. La mère, en train d’étendre du linge en fond de scène, les regardent consternée, blessée, humiliée. La phallocratie autoritaire règne en maîtresse.
À partir de là, la violence devient de plus en plus explicite. Aux insultes succèdent un baiser forcé, puis une gifle, puis pire encore… à certains moment, complètement hors du temps, la famille se met à danser à l’unisson, des étoiles dans les yeux (Leonarda Saffi, en particulier, a alors la candeur d’une enfant). Puis on revient à la réalité, les insultes reprennent, les humiliations, les coups… et le féminicide. Mais la mort n’est pas une issue, car même couverte d’un linceul, cette épouse violentée se relève toujours. Elle est, comme on dit, une survivante, un ange qui vit en Enfer.
« En 2015, j’ai perdu ma mère. Mais au moment de sa disparition, je n’ai pas compris qu’elle était partie pour toujours. L’idée était trop insupportable. Elle était immortelle, forcément. »
Namir Abdel Messeeh avait fait une promesse à sa mère qui avait joué un rôle central dans son deuxième film, La Vierge, les Coptes et moi : en faire un autre avec elle. Pour « survivre » à cette perte. Le cinéaste prend le relais du fils ; il filme les funérailles, les visites au cimetière. Pour que sa mère soit encore là. Plus tard, il fera le film promis, l’ «histoire d’un mec qui filme tout le temps et qui ne peut plus filmer parce que sa mère est morte » a précisé le cinéaste au moment de la reprise de l’ACID à Marseille.
Alors que filmer ? Le chagrin de ceux qui restent, en particulier son père, Waguih. Il a beaucoup d’images, archives personnelles, anciens films, images tournées au fil des années. Grâce à la magie du montage, il mêle les époques, introduit des séquences de films de grands cinéastes égyptiens en particulier de Youssef Chahine dont il offre des cassettes à son père : cela pourrait l’aider à dépasser son chagrin. Un père dont il se rapproche et qui accepte d’être filmé. Les séquences où il fait le clap sont très drôles. Waguih veut bien relire avec son fils d’anciennes lettres et regarder des photos du passé.
Siham et Waguih
Qui étaient Siham et Waguih avant d’être les parents de Namir ? Le cinéaste le découvre et nous aussi, par ces missives qu’ils se sont échangées durant plus d’une année. Waguih avait dû partir à Paris à cause de la situation politique en Égypte et Siham l’attendait, impatiente de se marier même s’il était le « lot de consolation » : elle avait été amoureuse d’un jeune homme qu’elle n’avait pu épouser suite à un malentendu. En hiver 73, Waguih et Siham sont à Paris, dans une grande précarité. Le 7 octobre 74, Namir nait : mais « la vie à trois est de courte durée ! » commente -t-il. Le bébé est confié à la sœur de sa mère, Narayat, dans un village de Haute Égypte où il va rester deux ans. Deux séparations à assumer pour l’enfant qu’il était. Il va retourner et tourner dans ce village pour revoir sa tante et retrouver le lien. Car ce film, au départ travail de deuil, est devenu un film sur le lien, l’amour. Un film sur la présence et l’absence ; dans une séquence on voit les enfants du cinéaste regarder des images de la grand-mère qu’il a tournées et, s’adressant à elle, s’étonnent qu’elle ne réponde pas ; « Mais c’est un film, Siham ne peut pas vous entendre ! » leur précise-t-il..
Une belle rencontre
C’est aussi une belle rencontre entre un fils et son père. Un père qu’il découvre : Waguih a été, il y a des années, Directeur du Centre National du Cinéma égyptien ! Un homme qui n’aime pas être filmé mais qui a accepté par amour pour son fils. Un des cartons, clin d’œil au cinéma muet, nous le confirme.
Une histoire d’amour. Un film dédié « A nos pères, à nos mères, à l’amour »
Un petit gradin en bois à trois rangs et des chaises sont installés tout autour du petit plateau vide du Studio du ZEF et accueillent la quarantaine de personnes présentes pour participer à ce nouveau test public de La même chose mais pas tout à fait pareille, qui sera créé du 28 au 30 janvier sur le grand plateau. En entrant dans la salle, chacun.e a saisi un crayon papier et d’une petite enveloppe orange au dos de laquelle est indiquée « Chapitre 1 – pour commencer ». Il s’agit de l’ouvrir « quand tout le monde sera assis et qu’il n’y aura plus aucun bruit ». On ouvre : un texte, qui se présente et nous tutoie, nous demande gentiment d’écrire dans la case prévue à cet effet notre ressenti du moment, puis de laisser l’enveloppe sur la chaise et d’aller nous asseoir sur une autre chaise vide, où une même enveloppe a été lue, complétée et laissée. Première action participative de ce spectacle performance. Il y en aura de nombreuses autres, à travers, ce jour-là, six chapitres (il en est prévu 10 au total) indiquées par le texte qui continuera son chemin sur des questionnaires, un livre, des fiches cartonnées, un cahier géant, aux couleurs différentes.
Attention à l’attention
Un spectacle participatif mettant en jeu « l’attention », faculté qui intéresse et préoccupe Anne-Sophie Turion, artiste de la Bande du ZEF citant Yves Citton, théoricien de la littérature, philosophe et essayiste : « C’est la ressource cruciale de notre époque : sans cesse captée, elle est mise au service d’une logique de marchandisation. Un kidnapping loin d’être anodin puisque notre attention, ce n’est de moins que notre façon d’habiter le monde ; c’est notre sensibilité, nos désirs, nos manières de nous connecter aux cours des choses et aux autres, nos capacités de décisions collectives ».
Par petites touches
Une attention que l’artiste va chercher chez chacun.e en proposant des situations ludo-poétiques d’actions partagées et de rencontres. Une boite en carton de déménagement sur roulettes télécommandées apparait sur le plateau désert, avec l’inscription : « Chapitre 2 – Poser le décor ». Moment d’hésitation, puis on se lève, on déplie et on lit le rouleau de papier jaune livré, et on passe à l’action : dans une ambiance de fourmilière, le plateau va bientôt se retrouver envahi de diverses plantes vertes, lampadaires, tapis, coussins, tandis que quelqu’un marche, un poste de radio dans les mains, en zappant d’une station à l’autre, et que pop-corns, chips, et boisson chaude sont proposées. Dans les chapitres suivants, il va s’agir en solo, duo, trio, à travers des séries de questions et/ou de petites actions à accomplir, d’observer l’autre ou de se raconter soi-même, par petites touches décalées : estimer la circonférence de l’oreille de la personne en face, dire où se trouve l’endroit où on a passé son enfance et faire trois pas dans sa direction, indiquer quelle est la dernière personne dont on a écouté la respiration, répondre à « est-ce que si j’avais quelque chose coincé entre les dents, tu me le dirais ? », …
Une proposition artistique ludo-poétique, où le participatif avance par petits pas ou en grands bonds, mobilisant l’attention de chacun.e de façon légere, bienveillante, amusante, émouvante, « décontenançante ». Performance dans la performance : aucun.e artiste visible, le texte et le public font tout.
MARC VOIRY
Ce test public de La même chose mais pas tout à fait pareille a eu lieu le 15 janvier au ZEF Création du spectacle du 28 au 30 janvier
Un immense pays est secoué par un tremblement de civilisation majeur, qui tue les hommes et les femmes par milliers, et les isole du monde. Le monde s’en émeut, mais la traduction médiatique occidentale de cette tragédie simplifie à l’extrême la complexité culturelle du peuple perse et de ses langues, rendant opaque la volonté d’un peuple traité en enfant dans nos médias, comme au bon vieux temps des colonies.
Avant la Grèce
Le peuple iranien a une histoire plurimillénaire, des traces de cités préhistoriques, protohistoriques, antiques. Ses premières villes ont été édifies au 4e millénaire avant J.-C. et l’empire achéménide perse était un des plus vastes et le plus pacifique du dernier millénaire pré-chrétien. En 539 av JC, sur un cylindre gravé en akkadien cunéiforme -qui reste aujourd’hui possession coloniale du British Museum – Cyrus le Grand, empereur perse qui vient de conquérir pacifiquement Babylone, promet la liberté de culte aux Juifs, et la paix.
Ce Cylindre de Cyrus est devenu un symbole : au XXe siècle pour le Shah d’Iran c’était celui de l’indépendance de son peuple, et il le présentait comme la première déclaration des droits de l’homme ; les Juifs levantins y voyaient la garantie de leur liberté de culte, puis la République islamique le symbole du combat contre l’oppression occidentale. Ces interprétations multiples et contradictoires témoignent d’une histoire que le monde a consciencieusement minorée, et dont la complexité, culturelle, est aux antipodes à la fois du simplisme islamiste né 12 siècles après Cyrus le Grand, et du simplisme trumpien qui veut surtout remettre de l’ordre capitaliste dans le premier pays producteur de pétrole du monde.
Entre deux tyrannies
Le peuple iranien est opprimé depuis 1979 par la République Islamique qui exerce une tyrannie violente sur le corps des femmes et des minorités. Le port du voile y est obligatoire, les arrestations, détentions et exécutions arbitraires y sont monnaie courante, les minorités kurdes, arabes, azéris et batlouche sont réprimées, l’homosexualité est interdite, comme toute relation hors mariage, assimilée par la Charia à un viol même lorsqu’elle est consentie.
Les massacres de ces derniers jours confirment de façon spectaculaire la brutalité d’un régime meurtrier en bout de course. Mais la droite française, au lieu de défendre un peuple qu’elle n’a pas l’heur de connaître, embraye sur Trump et de Netanyahou et défend le retour de la dynastie Pahlavi en la personne du plus jeune fils du dernier Shah. Dont le régime autoritaire et dispendieux déboucha sur la révolution iranienne.
Ce retour d’une monarchie parlementaire correspond-elle aux aspirations du peuple ? Les femmes iraniennes, les jeunes, les citadins, les minorités opprimées ne sont pas dupes des aberrations des régimes successifs qui n’ont jamais permis leur citoyenneté, mais ont toujours récupéré son histoire fantasmée et ses richesses réelles.
Ainsi les Russes, les Anglais et les Ottomans ont tenté de les coloniser, et les Nazis se voyaient en descendants de Zoroastre et du peuple Aryen, c’est à dire des Iraniens d’avant l’Islam. La suprématie extractiviste anglaise a été suivie de la monarchie parlementaire autoritaire des Shahs, puis de la République islamique qui repose sur la Charia chiite, l’inégalité entre les êtres humains, le meurtre d’état et la coercition.
Le sursaut d’un peuple
Depuis la mort de Mahsa Amini et les manifestations de septembre 2022 le peuple iranien scande le slogan qu’il a repris au peuple kurde : « femme, vie, liberté ». Sherwin Hajipour en a fait une chanson, Marjane Satrapi un roman graphique, Mohammad Rasoulof un documentaire bouleversant.
C’est au peuple iranien, comme aux peuples vénézuélien, groenlandais, palestinien, de décider de son destin, et non aux Etats-Unis de dicter l’ordre du monde. Ces peuples ont des histoires, des cultures, des subtilités que le simplisme du MAGA et son inintelligence artificielle ne sauraient circonscrire, pas plus que le sang des armes.
En pleine nature, dans la neige, deux hommes montent une colline pour capter du réseau avec un ordinateur. A Sym, village perdu au milieu des montagnes, au sud de l’Azerbaïdjan, il n’y a pas de signal. Le plus âgé des deux veut absolument commander une ampoule pour un vieux projecteur : c’est Samid, l’ancien projectionniste, qui s’est déplacé pendant vingt ans dans les villages environnants pour montrer des films avec son matériel portable. Orkhan Aghazadeh l’a rencontré alors qu’il travaillait sur son film de fin d’études, The Chair. Marqué par cet homme qui rêve de redonner vie au cinéma dans son village, il décide de revenir et de le filmer ; ce qu’il va faire pendant deux ans nous faisant partager son projet. Il est aidé par un jeune cinéphile, Ayaz, que sa famille ne prend pas au sérieux et à qui il transmet son savoir-faire : manipuler l’appareil, faire démarrer les bobines…
Samid attend avec impatience l’ampoule qui tarde à arriver de… Lituanie. Il met tout le village à contribution : construire un écran, les hommes, coudre une toile, les femmes, qui assisteront à la future projection si elles y sont autorisées par les maris…On se réunit dans le village pour discuter de la future programmation : des films qui « ne heurtent pas les mœurs ». De petites affiches sont tirées et placées dans le village. Mais l’ampoule n’arrive toujours pas et dans la communauté, on jase. Le découragement gagne parfois Samid qui évoque son fils, mort deux ans auparavant. Heureusement, le jeune Ayaz avec qui a noué une vraie amitié l’encourage et quand, enfin, la lampe arrive et que la projection peut avoir lieu, la copie du film indien qui doit être projeté est en Hindi ! Les villageois quittent la salle. Ensemble, Samid et Ayaz vont essayer de trouver des solutions…
« Pour moi, c’est une histoire de persévérance malgré les obstacles. Ce n’est pas la success story typique. On parle du parcours qu’ils font, de leur passion partagée et des petites victoires qui surviennent en chemin. » précise Orkhan Aghazadeh.
On oublie parfois que Le Retour du projectionniste qui aborde les questions de transmission entre les générations, le pouvoir du cinéma, la vie dans un village de montagne est un documentaire. Samid et Ayaz semblent être de vrais Personnages de fiction. La mise en scène, les paysages font penser aux films de Kiarostami où la frontière entre réel et fiction disparait. Les gestes du quotidien, les conversations sont filmés par le directeur de la photo, Daniel Guliyev, avec une grande poésie ; le temps semble s’étirer et la magie du cinéma est là.
Annie Gava
Le Retour du projectionniste en salles le 21 janvier 2026
Zébuline. Comment s’est passée l’année 2025, marqué par des baisses inédites des subventions, pour La Garance ?
Chloé Tournier. Nous avons eu des baisses de subventions de la région, comme toutes les structures, et de la DRAC. Toutes nos autres tutelles ont maintenu leur engagement, voir même l’ont augmenter. On a eu la chance d’avoir une aide exceptionnelle du département du Vaucluse, qui a mis en place le dispositif AMI de Diffusion avec lequel ils soutiennent des compagnies vauclusiennes en prenant en charge les coûts liés à leur accueil et leur diffusion.
On est aussi allé chercher des recettes propres, de mécénat, ou de projets parallèles, et on a multiplié les partenariats. Grâce à cela, on a réussi à finir l’année à l’équilibre, mais cela reste une situation précarisante pour moi et mes équipes.
Sur une note plus gaie, vous proposez une très belle seconde partie de saison, avec cette semaine, les seules représentations de Valentina de Caroline Guiela Nguyen dans la région.
Cette deuxième partie de saison est marquée par des propositions assez éclectiques, avec de grands noms. Vous avez cité Caroline Guiela Nguyen qui vient avec sa création Valentina, sur laquelle on s’est engagé en pré-achat. Je suis aussi très contente qu’on accueille David Geselson, qui est un metteur en scène que j’aime beaucoup, cette fois avec une reprise de répertoire, Doreen, qui est un spectacle qui a une dizaine d’année. C’est drôle, parce qu’avec ces deux exemples on a deux extrêmes de la prise de risque en termes de format.
Y’a-t-il des propositions de la Bande du futur ?
Oui ! La bande du futur, notre comité de jeunes programmateur·ices, a une enveloppe de 20 000 euros par an pour programmer des choses qui selon eux font sens et peuvent toucher leurs pairs. Cette année, ils ont choisi Vive de Joséphine Chaffin, qui a joué à La Garance en octobre, et Ma République et moi de Issam Rachyq-Ahrad (les 26 et 27 mars, ndlr). Depuis Issam est devenu artiste associé, donc c’est une jolie histoire.
Il est devenu artiste associé parce qu’il a été choisi par la bande ?
Non, on s’est rencontrés en parallèle. Je pense que ça montre bien l’alignement du projet.
Florianne Facchini, également artiste associée à La Garance, est aussi au programme de cette seconde partie de saison.
Elle crée son spectacle le 26 mai dans le cadre du festival Confit !, qui présente des projets artistico-culinaires. Son spectacle, La Pastasciutta antifascista de Casa Cervi s’intéresse aux histoires de lutte par l’alimentation en partant d’un évènement qui a eu lieu en 1942, dans l’Italie fasciste. À l’époque, pour différentes raisons, Mussolini interdit la consommation de pâtes. La famille Cervi décide alors de servir à des pâtes à tout leur village, dans l’espace public, et pour cela les sept frères de la famille sont exécutés.
Ce spectacle est produit par Ça mijote, un nouveau réseau dont La Garance est à l’initiative.
Oui, c’est un réseau qui est dédié aux projets artistico-culinaires. C’est une question de plus en plus travaillée, mais soumise à des biais, notamment des freins assez classiques liés à des questions logistiques. Il y a aussi, souvent, une lecture qui se concentre uniquement sur la question de la convivialité, qui est bien sûr centrale, au détriment d’une analyse dramaturgique et esthétique.
Ce réseau a donc trois objectifs : le partage de ressources sur les questions que chacun·e peut se poser sur la production et la diffusion de projets artistico-culinaire, la création d’un fond de production mutualisé, et la recherche. On s’associe avec un·e chercheur·euse pour réfléchir ensemble à ce que le culinaire fait à la culture.
Quelles sont les structures qui font partie du réseau ?
Pour l’instant, nous sommes quatre avec la scène nationale de l’Essone, la scène nationale du Channel à Calais, et le CDN de Thionville. Il nous paraissait important de ne pas penser qu’entre structures culturelles, donc on a aussi un chef cuisinier, une artiste et un·e journaliste et un·e chercheur·euse. On se donne quelque mois d’expérimentation avant d’accueillir d’autres structures.
ENTRETIEN RÉALISÉ PAR CHLOÉ MACAIRE
Valentina
Écrite comme un conte à hauteur d’enfant, la nouvelle création de Caroline Guiela Nguyen invite le public à un voyage entre la France et la Roumanie. À la lisière de la réalité et du conte, la pièce aborde avec justesse ce que représente le poids des mots. À travers le récit de Valentina, neuf ans, et de sa maman venue de Roumanie pour guérir son cœur malade, Caroline Guiela Nguyen plonge ses personnages au cœur d’un destin bouleversant. Lorsque Valentina, en rentrant de l’école trouve un mot posé, elle devient la traductrice entre sa mère et le médecin. Entre deux pays, deux langues, les deux femmes doivent composer… Pour construire le récit, la dramaturge et metteuse en scène est allée chercher le réel, au contact de l’association Migrations Santé Alsace, qui favorise l’accès des populations exilées aux droits en matière de santé. C’est dans ce cadre là que la metteuse en scène a appris que, « faute de professionnels pouvant assurer la traduction, les familles avaient recours à leurs propres enfants ». Après Saigon, et Lacrima, Caroline Guiela Nguyen offre une œuvre sensible, intime et éminemment politique. CARLA LORANG
Spectacle dansé conçu pour les tout petits, Little Cailloux offre un moment de découverte joyeux pour parents et enfants. La création de la chorégraphe Christine Fricker, amène aux oreilles des bambins des sons mélodiques et des rythmes surprenants, les invitant à observer la scène habitée par des personnages chatoyants. Depuis des années, la Compagnie Itinerrances déploie des spectacles à destination de la jeunesse, en créant dans les théâtres, les espaces publics, les écoles et les crèches des plateaux sensoriels. Dans Little Cailloux, les danseuses Alice Galodé et Aude Cartoux s’amusent avec les visuels, les imaginaires et interrogent l’espace. À l’issue du spectacle, elles invitent les familles à rejoindre la scène pour conclure tous·tes ensemble avec un bal festif.
C.L. 21 janvier Les Salins, Scène nationale de Martigues
Qu’y a-t-il derrière les représentations? Comment rendre la justice sociale désirable? Dans ce solo dansé, l’artiste et chorégraphe Morgane Brien-Hamdane explore les manières dont la fiction peut devenir un outil de réparation. À travers la danse, iel convoque la vengeance non pas comme un outil diabolique, mais comme un accessoire de transformation, «un plaisir capable de déplacer l’injustice ». La performance s’appuie sur une succession de gestes spéculatifs et alterne entre diverses émotions contradictoires. Formé·e aux Beaux-Arts de Bordeaux, l’artiste développe une pratique hybride mêlant écriture, mouvement et performance. AÀ la recherche de récits situés, Morgane Brien-Hamdane crée des partitions chorégraphique et sonore qui deviennent «des terrains d’échos et de détournements ».
Pourquoi les sorcières devraient-elles faire peur ? Souvent associées à des caricatures de vieilles dames au nez crochu, elles hantent depuis des millénaires l’imaginaire des enfants et meme parfois des adultes. Dans Ronces, la chorégraphe Capucine Lucas démonte les idées reçues et revisite la figure de la sorcière à travers un conte initiatique dansé qui s’adresse à tous les âges. Longues mèches tressées, tête ornée de bois de cerf, corps recouvert d’une peau de bête, les danseuses deviennent tour à tour diverses figures. D’abord douce et voluptueuse, comme si leur corps flottait dans les airs, la danse se déploie petit à petit, mêlant à la fois animalité et sensualité. Loin des idées préconçues, Capucine Lucas révèle des sorcières combatives et joyeuses, «célébrant l’émancipation des filles de tous âges ».