vendredi 27 janvier 2023
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Robin Renucci veut sortir la jeunesse marseillaise de son lit

Le directeur de La Criée se confie sur Oblomov, qu’il met en scène, début janvier, au théâtre national de Marseille. Entretien

Zébuline. Pourquoi avez-vous choisi de porter à la scène Oblomov, célèbre roman russe d’Ivan Gontcharov ?

Robin Renucci. C’est un roman qui compte beaucoup pour moi. Je l’avais monté aux Tréteaux de France et l’avais inscrit dans un cycle autour de la production de la richesse. On y retrouvait Le Faiseur de Balzac, une pièce travaillée par la question de la créance et de la dette ; La Guerre des Salamandres, un texte tchèque très avant-gardiste où il était question d’exploitation, et plus précisément de surexploitation de la nature ; et enfin Oblomov, où la question de la production de la richesse préfigure Stakhanov, et avec lui la richesse de ce qu’on ne peut qu’appeler le temps réapproprié. Cette période russe, où les chemins de fer se construisent partout, où un univers encore marqué par le servage change en profondeur… C’est une période très intéressante pour nous aujourd’hui.

Le roman est très dense : comment avez-vous procédé pour l’adapter pour le théâtre ?

Nicolas Kerszenbaum a fourni un travail d’adaptation impressionnant. Le parti pris du hors-champ s’est vite imposé : près de trois cents pages ont été retirées, ainsi qu’une grande partie des personnages. Nous n’en avons conservé que cinq. Celui de Zakhar – Gérard Chabanier – qui incarne une forme de permanence du temps, un serviteur fidèle. Celui d’Agafia, la nounou – Lisa Toromanian – qui renvoie à la Russie éternelle. Stolz, l’ami fidèle et mondain – Valéry Forestier. Olga, la femme idéalisée – Pauline Cheviller – qui laisse entrevoir la possibilité d’un amour. Et enfin Oblomov – Guillaume Pottier – personnage touchant, qui souffre d’aboulie, c’est-à-dire d’absence de désir, de volonté. À son sujet, Gontcharov parle déjà de confinement. Autant dire que le texte résonne profondément avec ce que notre jeunesse a pu vivre récemment. Et j’espère qu’elle trouvera dans le théâtre une nouvelle voie pour sortir de la sidération qu’on lui a imposée.

Votre regard envers ce personnage qui « préfère ne pas » est pourtant empli de tendresse.

Bien sûr ! Le théâtre pose toujours des questions mais n’y répond pas. Il y a quelque chose, dans Oblomov, du poète qui se questionne. Il ouvre la voie au Droit à la paresse de Lafargue. Il ne veut pas sortir, être un mondain comme son ami Stolz. Il veut rester chez lui, manger du gâteau. Son nom vient du mot cassure en russe : c’est un personnage qui n’a plus de ressort. Il y a quelque chose de burlesque chez lui. D’ailleurs les Russes se moquent souvent de ce personnage. Il ne prend pas soin de lui, de sa maison : il représente une sorte de bourgeoisie et d’incurie à la fois. Je ne veux pas, à son sujet, donner de leçon. Je souhaite évidemment que la jeunesse marseillaise n’ait pas envie de rester dans son lit ! Mais pour ce faire, j’essaie de lui proposer un théâtre qui lui soit accessible et joyeux. Beau, en somme.

La musique cohabite souvent, sur scène, avec le texte dans vos mises en scène et lecture. Est-ce également le cas ici ?

Plus encore, la musique est à mon sens le sixième personnage de la pièce ! La violoncelliste Amandine Robilliardinterprètera ainsi différentes pages de Tchaïkovsky – la Barcarolle, les Saisons…  Mais aussi le célèbre air de Norma de Bellini – « Casta Diva » – qu’Olga emploie pour faire connaître à Oblomov cette beauté dont il nie l’existence. Ce que je veux, c’est qu’en sortant de cette pièce, on se souvienne à notre tour qu’on ne veut pas passer à côté de nos vies.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR SUZANNE CANESSA

Oblomov
Du 5 au 8 janvier
La Criée, théâtre national de Marseille 
04 91 54 70 54
theatre-lacriee.com

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