Le titre pourrait être celui d’un poème parnassien, un rêve exotique. Il fait référence en réalité, à un paradis perdu à retrouver. Un manguier poussait devant la maison familiale. Quand le village rohingya a été incendié par l’armée birmane, il a survécu. Un arbre devenu mythique pour Somira, 9 ans et Shafi, 4 ans qui vivent dans un camp de réfugiés au Bangladesh. La grande sœur et le petit frère (dans le film et dans la vie) jouent à cache-cache, à 123 Soleil, rieurs malgré la précarité de leur existence. Somira protège son cadet. Ils n’ont plus ni père ni mère. Leur tante les entraîne dans un périlleux voyage pour rejoindre à quelque 3000 km de là, une Malaisie réputée plus douce avec les Rohingyas musulmans, et où les attend leur oncle. Fuite nocturne du camp en petit groupe, embarquement dans un chalut -d’abord cachés dans les cales puis entassés sur le pont, exposés au soleil, à la pluie, méprisés, maltraités, affamés, assoiffés. A l’écran, les jours s’affichent : 14,16… Un voyage interminable, un débarquement précipité sur les rives thaïlandaises, les garde-côtes, les tirs, la fuite, la capture par des passeurs qui mettent les migrants dans des cages de bambous pour les rançonner, la fuite encore et encore, et toujours la peur, la faim.
Le Tombeau des Rohingyas
A chaque étape, la perte de ceux qui sont arrêtés par la police, emprisonnés ou tués. A chaque étape, les espoirs d’une vie meilleure qui s’écroulent. Au jour 28, il ne restera que Shafi, perdu dans une grande ville, sous un manguier qui s’échappe du bitume pour frôler les étoiles, et notre gorge qui se serre bien vainement.
D’autres films récents comme Moi Capitaine de Matteo Garrone ont suivi l’odyssée des Migrants africains. Le nettoyage ethnique des Rohingyas par les Birmans, leur exil semé de tous les dangers, leur condition de réfugiés apatrides parqués au Bangladesh, en Thaïlande, pourchassés, et arrêtés même en Malaisie, restent bien peu connus en Europe. Le cinéma-vérité du réalisateur japonais de facture presque documentaire, premier film tourné entièrement en langue rohingya et réalisé avec plus de 200 personnes issues de cette communauté, répare cette omission. Sa caméra mobile se place à hauteur d’enfants. Sans pathos, avec la force d’un lyrisme profond. Le chef op Yoshio Kitagawa creuse la noirceur des extérieurs nuits et on pense parfois pour la relation frère-sœur, merveilleusement mise en scène ici, au déchirant Tombeau des Lucioles d’Isao Takahata.
Le film est dédié à tous ceux qui vivent par l’avenir et tous ceux qui ont perdu la vie durant leur périple.
ELISE PADOVANI
Les Fleurs du Manguier de Akio Fujimoto
En salle le 22 avril
@Arizona Films




