mercredi 15 avril 2026
No menu items!
AccueilÀ la UneLa nuit est andalouse

La nuit est andalouse

À Marseille, le festival Flamenco Azul enflamme le Centre Solea avec un flamenco intense et habité, porté par José Maldonado

Marseille prend, en ce début de vacances scolaires, des airs d’Andalousie. Les terrasses débordent, baignées d’une douceur méditerranéenne retrouvée, tandis que la chaleur gagne aussi l’intérieur du Centre Solea. Sous ses lustres en cristal, ce haut lieu du cante jondo accueille le festival Flamenco Azul, dont toutes les soirées affichent complet pour cette édition 2026.

Le tablao de ce vendredi ne fait pas exception. Fidèle à la tradition, on s’y attable comme dans une bodega aux murs d’azulejos. Sangria, paella et pan con tomate circulent entre des tables serrées, propices aux conversations spontanées. Le public mêle aficionados de longue date et néophytes curieux, parfois venus de loin, attirés par la renommée de José Maldonado, tête d’affiche de la soirée.

« Un tablao se construit ensemble. Ce soir, vous n’allez pas assister à un simple spectacle. Le geste flamenco exige silence et recueillement », prévient Maria Pérez, directrice du centre et du festival, avant d’ajouter, non sans humour : « N’essayez pas de taper des mains en cadence, c’est un vrai métier. »

Les premières notes de la guitare de Manuel Gómez s’élèvent, accompagnant la lente tombée de la nuit marseillaise. Les voix de Justo Eleria et Emilio Cortés s’y entremêlent bientôt, portées par le cajón de Juan Luis Fernandez. Puis José Maldonado entre en scène, silhouette tendue dans un somptueux costume de torero. Né à Barcelone, le danseur se revendique « plastique », nourri par l’ensemble des arts de la scène. Son écriture chorégraphique, profondément ancrée dans la tradition, s’ouvre pourtant à une recherche formelle audacieuse. Sa présence, à la fois gracile et incisive, découpe l’espace et transforme le tablao — ces planches vibrantes sous ses talons — en véritable territoire sensoriel.

La puissance de son engagement, portée par les encouragements des musiciens, saisit le public, suspendu, parfois proche de l’extase. À la virtuosité du danseur répond celle des chanteurs, dont les voix expriment une urgence presque vitale. L’entracte survient comme une nécessité, une respiration après l’intensité de la première partie. Les verres s’entrechoquent de nouveau, les conversations reprennent, avant que chacun ne regagne sa place.

Pour la seconde partie, Maldonado apparaît en costume trois-pièces, jouant avec sa cravate comme d’un accessoire dramatique, à mesure que la tension et la chaleur montent. Le public, entièrement conquis, se lève finalement pour accompagner les artistes dans un même élan. 

ISABELLE RAINALDI

Spectacle donné les 10 et 11 avril au Centre Soléa, Marseille.

Retrouvez nos articles Scènes ici

ARTICLES PROCHES
- Plus d'infos, cliquez ici -spot_img

Argerich, Shani, deux concerts « titanesques »

À peine entrée sur scène, elle est ovationnée. Martha Argerich se dirige à pas menus vers le piano. L'immense Münchner Philharmoniker entame avec brio...

Concerts à l’appart’ 

À l’époque romantique, il y avait le salon de musique, désormais il y a les concerts en appartement. Initié en 2021 par la Compagnie...