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La connerie d’Œdipe

Au Théâtre Joliette, le metteur en scène Julien Bouffier crée Immortels, dernier opus de son projet Andy’s gone

Zébuline. Quelle est la genèse de Andy’s gone, projet théâtral dont Immortels est la quatrième pièce ? 

Julien Bouffier. J’ai fait une commande à l’autrice québécoise Marie-Claude Verdier, il y a dix ans, pour répondre à un appel à projet de spectacle joué dans les salles de classe. Je lui ai demandé une relecture d’Antigone, dans un dispositif où les spectateurs seraient munis de casques audio, et qui serait jouée par deux femmes.

Dans une classe il n’y a ni décor ni rideau noir, rien, et c’est ça qui m’excitait : imaginer comment l’écriture de Marie-Claude Verdier et l’univers sonore de Jean Christophe Sirven, diffusé dans les casques, pouvait nous emmener autre part.

À l’origine, on ne l’a pas pensé comme un projet avec plusieurs pièces, mais souvent les spectateurs me posaient des questions sur la fin. Donc on s’est dit que ce serait drôle de faire une suite, et rapidement on a compris qu’il fallait faire un n°3. 

Comment incluez-vous les mythes à votre fiction ?

Pour chaque pièce, on a une œuvre-socle qui pose des enjeux auxquels on cherche à répondre hors de leur contexte. Pour Antigone, je voulais que la loi qu’elle refuse concerne toute la société, et me servir de ce  personnage qui dit non au pouvoir pour parler d’aujourd’hui. Notre Antigone ne s’oppose donc pas à l’interdiction d’enterrer son frère, mais au refus de la reine d’accueillir les personnes qui viennent de l’extérieur de la Cité. La trilogie est traversée par la question de la peur de l’autre, qui conduit finalement à la destruction de la Cité. 

Pourquoi créer une quatrième pièce ? 

On avait le désir de revenir à quelque chose de plus traditionnel, de convier le public dans un théâtre, mais aussi de faire de cette invitation une raison dramaturgique. On leur dit, vous venez dans ce théâtre parce que dans cette cité totalement détruite, et il ne reste plus que ce bâtiment. Le spectacle commence à la fin de la trilogie, tout s’est écroulé, et on va raconter ce qui s’est passé. Donc, c’est un peu le préquel d’Antigone, inspiré par le mythe de la génération précédente, Œdipe. On s’est dit : ok, il a fait une connerie, mais il faudrait une connerie qui concerne plus largement la société que d’avoir tué son père et avoir couché avec sa mère. 

Comment adaptez-vous au théâtre cet univers  que vous avez créé pour des lieux non-théâtraux ? 

Il y a cette fois un « quatrième mur », ce mur imaginaire entre les spectateurs et le spectacle, puisqu’on retourne dans le passé. Mais les spectateurs restent intégrés dans la fiction, même s’ils sont en dehors du plateau, et un personnage les accompagne, Mnemo, qui leur parle directement. On ne change pas grand chose dans le rapport avec le public.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR CHLOÉ MACAIRE 

Immortels

Du 28 au 30 avril 

Théâtre Joliette, Marseille

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