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Artiste au carré

À Marseille jusqu’au 7 mai, la galerie Zemma présente Trame(s), une série d’œuvres de Mehdi Moutashar, artiste à géométrie invariable

La vie de Mehdi Moutashar – né en Irak, non loin de Babylone, passé par Paris puis installé à Arles – n’a rien d’une ligne droite. Son œuvre pourtant en compte beaucoup. Des angles droits, du bleu clinquant, du bois, du métal, de la brique aussi. La galerie Zemma, située rue Sainte à Marseille, propose de découvrir cet artiste mieux connu à l’étranger qu’en France – alors qu’il y habite depuis 1967. Une exposition bienvenue d’autant que son œuvre s’y rencontre sur le vif, et permet d’e comprendre toute sa musicalité, sa poésie et sa tension, bien loin de l’orthodoxie que pourraient suggérer les photos de ces œuvres – et des articles qui tenteraient de les décrire.  

Qu’est-ce qui se trame ici ? 

Une dizaine d’œuvres de Mehdi Moutashar sont présentées dans les deux espaces de la galerie. Il y a d’abord Ha’ – la sixième lettre de l’alphabet arabe – un carré bleu outre-mer foncé, entouré – sans l’oppresser – d’un câble élastique, tendu lui aussi en carré, mais offrant d’autres espaces et d’autres angles à l’œuvre entière. À côté, et au centre de la pièce, Quatre carrés, où bois peint et bois brut s’enlacent, s’équilibrent, et instillant dans ses angularités une poésie quasi-insaisissable.  

Dans le deuxième espace, une installation monumentale : Trente-deux carrés posés au sol en bois brulé. Au centre de chacun d’eux, du pigment de ce même bleu qui colore toute l’œuvre de l’artiste. Il y a aussi ces études pour Carré en division de sept, où l’artiste décortique encore et encore ses carrés, les démembre… l’occasion de voir ici toute  son obstination. 

Car obstiné, ou obtus, Mehdi Moutashar l’est certainement. Il a mis plusieurs décennies à lâcher son sacro-saint angle à 90°. Il s’ouvre aujourd’hui aux angles aigus, au 45° voire même au 22,5°. Et introduit de nouveaux matériaux à son travail avec parcimonie – le câble élastique vient tout juste d’apparaître dans l’œuvre de cet artiste octogénaire. 

Au-delà des carrés, des matériaux, il est assurément question de langage dans son œuvre. Il y a ces références à l’alphabet arabe, et surtout cette géométrie, autre forme de langage. La géométrie est la « mesure de la Terre », et qu’a-t-on de plus universel, de commun, que cela ? L’exposition de la galerie Zemma rend hommage à cet artiste à sa juste, et singulière, mesure. 

NICOLAS SANTUCCI

Trame(s)

Jusqu’au 7 mai
Galerie Zemma, Marseille

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