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Les Instants Vidéo célèbrent la Méditerranée à Marseille : entretien avec Naïk M’Sili, sa directrice

La 39e édition du Festival Les Instants Vidéo s’ouvre ce 22 octobre à la Friche la Belle de Mai. Des projections, performances et une exposition qui célèbre la méditerranéenne. Entretien avec Naïk M’Sili, sa directrice

Zebuline. Vous avez choisi de confier l’ouverture des rencontres à la Biennale d’art vidéo palestinienne /si:n/. Pouvez-vous nous dire quelques mots de cette biennale ?

Naïk M’Sili: C’est une biennale que nous avons co-fondé en 2007 avec des partenaires palestiniens. L’idée est à la fois de développer la création vidéo en Palestine et de faire connaître cette création ailleurs dans le monde, pour donner à voir une Palestine contemporaine en phase avec les réalités du monde et lutter contre les clichés véhiculés par les médias.

En 2024, compte-tenu du génocide à Gaza, nous avons proposé d’accueillir la biennale à Marseille, et nos partenaires internationaux se sont également investis pour qu’elle puisse circuler dans le monde. Elle est allée par exemple à New York, en Italie, au Canada, en Éthiopie, en Allemagne. 

Cette année, nous avons travaillé avec la fondation Qattan qui est basée à Ramallah, qui porte vraiment l’art comme un outil permettant l’émancipation des peuples et avec le centre culturel Khalil Sakakini, où Marmoud Darwich avait ses bureaux. Nous avons fait une sélection collective de huit œuvres, qui seront présentées en ouverture du festival à Marseille, et en parallèle le même jour à Ramallah au centre Khalil Sakakini dans différents espaces de leur centre culturel. 

Quelles sont les œuvres qui vont être projetées ?

Il y a par exemple Sireen El Araj qui est allée fouiller dans les archives palestiniennes pour voir comment l’image de l’identité palestinienne est parfois distordue, transformée et raconte tout à fait autre chose que ce que cette jeune femme, par exemple, vit en tant que palestinienne. Mohammad Al Aj utilise lui des images sur le déplacement des populations à Gaza, et par un travail de montage, montre l’absurdité de ce déplacement des populations, toujours d’un point à un autre, sans cesse.

Ramzi Maqdisi montre lui des images de destruction, de bâtiments détruits, de trous dans les murs, tout en défendant l’humain, qui détruit mais reconstruit à chaque fois. Il y a à la fois de l’ironie mais aussi beaucoup d’espoir. Ils sont très vivants en fait dans leur manière d’aborder ce qu’ils subissent.

À côté de cette ouverture palestinienne, il y a la présence dans cette édition de nombreux pays du pourtour méditerranéen.

C’est un petit clin d’œil à la Saison Méditerranée, pour laquelle nous n’avons pas été soutenus, mais c’est surtout un territoire auquel nous sommes attachés depuis toujours. Donc on a décidé de faire une exposition qui est purement méditerranéenne. On présente 16 installations, avec des artistes comme Mounir Fatmi, Oussama Tabti, Randa Maroufi ou Akram Zaatari qui sont très connus maintenant en art vidéo, mais aussi avec des artistes moins connus, voire de jeunes artistes. Comme Aïcha Chikh, qui vient d’Algérie, qui s’est exilé à Marseille depuis deux ans, qui fait l’école d’art de Nîmes et qui présente une installation à partir d’une performance qu’elle a réalisé sur l’île d’Ouessant. Elle y interroge le corps en faisant écho à la question de l’exil et des deuils. Dans les jeunes artistes, il y a aussi, qui vient de Grèce, Olga Souvermezoglou. Elle est allée interviewer des dockers à Athènes et à Marseille qui se sont mobilisés pour empêcher les bateaux remplis d’armes de naviguer jusqu’en Israël. Elle en a fait toute une installation qui est plutôt sonore, pour parler de solidarité et aussi du fait qu’on peut toujours faire quelque chose. 

Vous avez titré l’exposition « Ce que nous voyons nous regarde ». Qu’est-ce ça signifie pour vous ?

On est parti sur la question de l’image et sur celle des flux d’images dans lesquelles nous vivons, qu’on reçoit de partout, tout le temps. En pensant également à ce qu’on appelle « la novlangue » des images, qui se développe notamment à travers les réseaux sociaux, qu’on ne critique pas particulièrement d’ailleurs, mais des images qui peuvent faire penser d’une certaine façon à la « novlangue » décrite par George Orwell dans 1984.

Des images qui montrent et des images qui effacent. Et ce qui nous a interpellé, c’est de voir comment tous ces artistes, à travers chacune de leurs œuvres, nous montrent cet humain qui existe, qui est là, et qui continue à rester debout. On a donc choisi des images qui nous parlent de ce qui ne peut être effacé.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR MARC VOIRY

Les Instants Vidéo
Rencontres du 22 au 25 octobre
Exposition du 24 octobre au 17 janvier 2027
Friche la Belle de Mai, Marseille

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