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	<title>Archives des Édito - Journal Zebuline</title>
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	<title>Archives des Édito - Journal Zebuline</title>
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		<title>Rentrée rédhibitoire</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Agnes Freschel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 02 Sep 2026 11:26:58 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le mot rédhibitoire avec son h en plein milieu, est assez particulier en français. Sa finale invariable en «&#160;oire&#160;» signale une création lexicale relativement ancienne, puisque ce suffixe adjectival n’est plus productif en français depuis le XVIIe siècle. Mais le fait qu’il ait conservé son h, sa longueur conséquente (5 syllabes écrites, la moyenne en [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Le mot rédhibitoire avec son h en plein milieu, est assez particulier en français. Sa finale invariable en «&nbsp;oire&nbsp;» signale une création lexicale relativement ancienne, puisque ce suffixe adjectival n’est plus productif en français depuis le XVII<sup>e</sup> siècle. Mais le fait qu’il ait conservé son h, sa longueur conséquente (5 syllabes écrites, la moyenne en français est de 2,5) signale aussi que la langue s’en est peu emparée et ne l’a pas déformé, qu’il est resté fidèle à son ancêtre latin <em>redhibitorius</em>, à peine adapté.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est qu’il est exceptionnel, de fait, qu’un objet soit rédhibitoire. C’est-à-dire accablé d’un défaut qui le rend complètement et sans appel impropre à la vente, à l’usage, en raison d’une malfaçon intrinsèque qui ne peut être corrigée.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est pourtant sous le signe d’un rédhibitoire accepté que cette rentrée se déroule. Ce qui est une absurdité, un contresens, une antinomie. Le rédhibitoire ne PEUT pas être accepté. Nous tolérons pourtant un Gouvernement dont le Premier ministre a été démissionnaire et qui ne représente pas la force politique majoritaire à l’Assemblée. Qui se révèle, puisqu’il découle d’une décision qui n’a pas respecté les frontières du rédhibitoire, impropre à gouverner, c’est-à-dire à prévoir. Les méga-feux, la canicule, l’accroissement vertigineux de la pauvreté, de la mortalité infantile… tout était prédit, rien n’était prévu&nbsp;: jusqu’aux conséquences de l’engorgement des tribunaux sur la prévention des crimes et la protection des enfants.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Alerte sur la paye</mark></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La rentrée des enseignants se fait aussi dans un contexte de malfaçon rédhibitoire. Il n’est pas certain qu’ils seront payés. Entendez&nbsp;: ces infatigables protecteurs de la démocratie, qui prennent la peine chaque jour de se confronter aux violences de jeunes gens maltraités par une société qui les abandonne aux écrans et à l’emprise algorithmique&nbsp;; ces enseignants qu’on insulte quotidiennement, qu’on assassine parfois, qui se suicident trop souvent, qui sont parmi plus diplômés et les plus mal payés d’Europe, face à des classes nettement plus nombreuses qu’ailleurs, de la maternelle à l’Université&nbsp;; ces perles de la Nation au dévouement souvent exemplaire, après avoir subi des réformes absurdes et successives qui ont dénaturé leurs pratiques, devraient se passer de paye comme dans un pays en cessation de paiement&nbsp;?&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">La France n’a jamais été aussi riche, les Français·es, sauf quelques un·es, jamais aussi pauvres. Dans cette crise économique qui n’en est pas une, un nouveau budget inacceptable, rédhibitoire, se profile. Il va achever de massacrer la France, les collectivités, les établissements scolaires, la vie associative, les hôpitaux, les services publics, l’intense vie culturelle décentralisée que nous avons construite et perpétuée de nos mains, et qui est essentielle autant à nos esprits qu’au dynamisme économique de nos territoires.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Changer de cap est impératif</mark></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les restrictions budgétaires, étant donné l’été apocalyptique que nous avons vécu, devraient être jetées aux oubliettes. Reconstruire, protéger, penser une économie fortement redistributive&nbsp;: l’égalité devrait être un horizon, pour ne plus renoncer à la devise si oubliée de notre nation aveuglée par l’emprise capitaliste.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si aveuglée que l’IA, refusée par 82% des Français qui savent ce qu’ils vont y perdre, a désormais infiltré nos vies, nos téléphones, nos administrations.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous faisons notre première rentrée avec un moteur de recherche alimenté par une intelligence artificielle qui a aspiré nos données. Contre notre volonté. Ce qui, en démocratie, devrait être rédhibitoire.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">AGNÈS FRESCHEL</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



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		<title>Les congés n’ont reposé personne</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Agnes Freschel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 26 Aug 2026 10:47:13 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>90 ans après les premiers congés payés nous avons sans doute vécu, sauf années de nos guerres, le plus terrible été du siècle. La canicule a tué, les incendies ont ravagé nos vies, et nous avons tous, toutes, recherché en vain des ilots de fraicheur nocturne, vers l’altitude, les lacs, la mer, qui ne soulageaient [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">90 ans après les premiers congés payés nous avons sans doute vécu, sauf années de nos guerres, le plus terrible été du siècle. La canicule a tué, les incendies ont ravagé nos vies, et nous avons tous, toutes, recherché en vain des ilots de fraicheur nocturne, vers l’altitude, les lacs, la mer, qui ne soulageaient pas davantage qu’un bain tiédasse. Nous avons tous, toutes, regardé les noyé·es de Ceuta, décompté les morts sur la route de Méditerranée centrale, à Gaza, au Soudan, constaté l’alarmante augmentation du nombre de pauvres en France. Nous avons, tous et toutes, déploré, plus ou moins outrés ou résignés, que ces morts et ces souffrances des peuples déclenchent dans notre forteresse européenne un rejet massif plutôt qu’une solidarité nécessaire, humaine et morale.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Défaites</mark></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Abattu·es par ces épreuves nous revenons, défaits, défaites, vers nos activités de rentrée. Notre encore président a quant à lui bonne mine, il a fait du jet ski, surfant sur les vagues de son inconséquence, tandis que son gouvernement mentait allègrement sur l’impréparation aux méga-incendies des Landes et du Var. Emmanuel finissant semble en bonne forme, tout comme Marine Le Pen, radieuse, reposée, qui sait qu’elle n’aura pas à faire campagne pour le remplacer. Que sa condamnation importe peu, qu’il faut surtout qu’elle se taise, se débarrasse de Bardella, drague les classes populaires en leur promettant qu’elle les délivrera de ceux qui sont juste un peu plus pauvres, un peu moins blancs, un peu moins intégré·es qu’elleux.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une fois encore le tour de passe-passe de l’extrême droite fonctionne. Il est pourtant éprouvé, de Benito à Donald en passant par Poutine et Bolsonaro. Il consiste à faire fructifier les intérêts des capitalistes en remplaçant la lutte des classes par le rejet du plus pauvre, de l’étranger, y compris lorsqu’il nous constitue intimement. La droite affolée, même gaullienne, emboîte le pas de cette idéologie meurtrière qui gagne la planète pour sauver le grand capital. Elle creuse les inégalités, enrichit les riches jusqu’à l’écœurement, abandonne les pauvres, les étudiants, les malades, les faibles, les femmes violentées… et les classes dites moyennes qui glissent lentement vers la pauvreté.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Contrefeux misérables</mark></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Face au tour de passe-passe la gauche réagit mal. Refusant, pour les plus socio-démocrates, de remettre en cause le capitalisme financier qui détruit la planète mais qui leur semble une loi naturelle. Quant aux autres, ils refusent de s’accorder sur un fonctionnement démocratique qui ne serait pas fait de coups de force, mais d’un programme commun.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Est-il encore temps&nbsp;? les <em>midterms</em> américaines vont-elles, une fois de plus, réorienter la politique mondiale, et la nôtre&nbsp;? &nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour l’heure le peuple de France, les enseignant·es, les étudiant·es, les artistes, les salarié·es, les retraité·es, les commerçant·es, les sans-emploi s’apprêtent à retrouver leurs classes, leurs bureaux, leurs scènes, leurs activités, leurs collègues, leurs boutiques. La rentrée littéraire affiche une belle résistance au suprémacisme de Bolloré/Grasset, l’art contemporain s’expose dans ses différences et sa générosité dans toutes les friches anciennes et nouvelles. Il y a sans doute là, encore, un désir de combat, ou du moins quelque possibilité de plaisir intime. Le pire n’est jamais sûr.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais il est de plus en plus probable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">AGNÈS FRESCHEL</p>



<p class="wp-block-paragraph">N.B. : Nous lancions en juin un appel à soutien. La presse est un puissant levier de résistance, Bolloré le sait bien. La culture est un puissant outil de conscientisation, Bolloré le sait mieux encore. <br>Zébuline continue à travailler, dans la difficulté. Quelques-uns nous ont aidés, en renouvelant des partenariats, en faisant des dons, en s’abonnant. Nous n’étions pas sûrs de tenir jusqu’à cette rentrée, vous nous y avez aidés. Merci, si vous le pouvez, de continuer !</p>
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		<title>L’esprit critique </title>
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		<dc:creator><![CDATA[Agnes Freschel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 22 Jul 2026 11:44:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’expression désigne un art, celui de la critique, mais aussi plus globalement une manière de penser, qui dépasse l’approbation ou la désapprobation, et se fonde sur la mise en doute et la dialectique.&#160; On peut aussi lire «&#160;critique&#160;» comme un verbe, et l’expression comme un constat&#160;: l’esprit humain, naturellement, critique. Exerce sa capacité d’analyse du [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">L’expression désigne un art, celui de la critique, mais aussi plus globalement une manière de penser, qui dépasse l’approbation ou la désapprobation, et se fonde sur la mise en doute et la dialectique.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">On peut aussi lire «&nbsp;critique&nbsp;» comme un verbe, et l’expression comme un constat&nbsp;: l’esprit humain, naturellement, critique. Exerce sa capacité d’analyse du réel perceptible. Émet des avis, des jugements, verbalise ce que le corps éprouve, rappelle ce que la mémoire sait, construit des analogies, compare, démonte, admire. Et transmet son avis, en parlant ou en écrivant.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cet esprit critique est nécessaire à la démocratie. Les régimes autoritaires refusent la remise en cause politique. Ils écrivent, dans les «&nbsp;lois&nbsp;» qui les régissent, l’interdiction de critiquer le pouvoir, ceux qui le représentent, les décisions qu’ils prennent et les forces armées qui les défendent.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Comment peut-on « présumer légitime » ?</mark></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais l’esprit critique est aussi l’ennemi des régimes démocratiques déclinants. Ainsi l’Assemblée nationale française a voté le 7 juillet une «&nbsp;<em>présomption d’usage légitime des armes</em>&nbsp;» par les policiers et les gendarmes. La gauche dénonce un «&nbsp;<em>permis de tuer</em>&nbsp;», et un rapport de la Cour des comptes publié le 20 juillet préconise plus de transparence, l’usage systématique des caméras piétons et le recours à des observateurs extérieurs aux forces de l’ordre lors de leurs déploiements.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Des forces de l’ordre font l’objet de plus de 12 000 plaintes par an des Français, nombre en constante augmentation même si peu de plaintes aboutissent. Est-il revenu le temps, pas si lointain, où la censure effaçait des photos les policiers français raflant la population du Vieux-Port ou encadrant les internés du Camp des Milles&nbsp;? L’esprit critique, nécessaire aux démocraties, interdit l’idée de «&nbsp;soutien indéfectible&nbsp;» ou de «&nbsp;légitimité présumée&nbsp;». Tout gardien de l’ordre doit être soumis à la possibilité de la critique, à la remise en cause de la légitimité de ses actes au nom des principes de ceux qui arment son bras.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Piratage des esprits</mark></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Cet esprit critique nécessaire, encadré par les lois sur la liberté d’expression, souffre pourtant d’une autre menace active. Elle s’exerce sur des réseaux dits sociaux qui aspirent nos données et nous servent du pré-pensé en fonction d’études algorithmiques. Loin de permettre d’observer, de nuancer, de comprendre, d’établir des analogies, de déployer du sens complexe, ces réseaux exacerbent la binarité, le pour/contre figé dans des camps préétablis, et enferment chaque individu dans la caricature de lui-même, le poussant dans des retranchements d’autant plus insidieux qu’ils immiscent la vie publique dans la sphère privée.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette binarité peut transformer un adolescent peu sûr de sa virilité en masculiniste, une féministe de la première heure en transphobe patentée, une victime sociale en raciste vengeur, un décolonial en censeur aveugle, un fragile en suicidé. En suralimentant les esprits des idées qu’ils connaissent et des opinions qu’ils partagent, les réseaux algorithmiques produisent le contraire de l’esprit critique, tout en singeant ses règles et en prétendant défendre la liberté d’expression. &nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Critiques d’art</mark></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En ces temps de festivals, la réflexion sur la critique de spectacles s’est exposée dans des débats publics, à Avignon ou à Arles. Les mêmes maux guettent les journalistes qui s’y exercent&nbsp;: l’autocensure directe (difficile de critiquer la Fondation Louis Vuitton dans les médias de LVMH) et la censure économique (difficile de laisser de la place, dans des journaux en difficulté, à des articles qui défendent des artistes émergeants) peuvent se combattre, mais la concurrence avec une binarité réductrice est plus complexe à éviter.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">La critique d’art, née sous sa forme moderne, en France, avec Diderot et les Lumières, s’est développée à la fois dans les journaux et dans les universités. Dans des formes et des buts relativement proches au départ, relevant les spécificités, les nouveautés, les points forts et faibles d’une œuvre, permettant au lecteur de la contextualiser, à l’artiste de se confronter à un avis argumenté.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les critiques se sont abondamment plantés, fustigeant la Tour Eiffel, portant aux nues des œuvres médiocres, ignorant les femmes, trimballant d’immondes idées racistes sur le jazz… Mais des critiques comme Serge Daney, Thibaudat, Laure Adler, Rosita Boisseau ou Léonardini ont fait connaitre des artistes et des écrivains, fait comprendre des démarches, éclairé les programmateurs, les subventionneurs… et surtout le public ! </p>



<p class="wp-block-paragraph">Marie-José Sirach, présidente du syndicat de la critique, journaliste à <em>L’Humanité</em>, expliquait lors de débats à Avignon que son rôle n’était ni de juger, ni de prescrire. Pas question de « j’aime/j’aime pas », pas question d’attribuer des notes ou un nombre d’étoiles comme pour un Airbnb ou un livreur Uber (pratique pitoyable par ailleurs). Il est question d’écrire des textes, de démêler des pensées, d’ouvrir des voies, des possibles, et de participer à la relation entre le public et les œuvres. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Un processus exactement inverse de celui des réseaux sociaux, qui piratent la sphère privée en la bombardant d’invisibles missiles&nbsp;: il s’agit de prendre le temps de la lecture, de l’écriture, pour que les expériences privées des artistes croisent celles des spectateurs, unis dans une collectivité qui les transforme, et les incite au véritable débat&nbsp;: pas ceux où on campe sur ses positions, mais ceux où on résout, dans la merveilleuse sensation d’une possible transformation personnelle.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Celle que l’on cherche, au fond, au-delà du plaisir du divertissement, lorsqu’on ouvre un livre, ou qu’on pousse la porte des théâtres.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">AGNÈS FRESCHEL</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



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		<title>4 heures et 17 minutes</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Agnes Freschel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 15 Jul 2026 11:43:37 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est un peu moins de la durée de Maldoror dans la Cour d’Honneur, un peu plus de celle du Deuil sied à Electre au jardin de Mons. À peine. C’est le temps qu’il faut à Total pour encaisser 10 millions de bénéfices nets. 4 heures et 17 minutes suffisent pour accumuler ce bénéfice exceptionnel, dû [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">C’est un peu moins de la durée de <em>Maldoror</em> dans la Cour d’Honneur, un peu plus de celle du <em>Deuil sied à Electre</em> au jardin de Mons. À peine. C’est le temps qu’il faut à Total pour encaisser 10 millions de bénéfices nets. 4 heures et 17 minutes suffisent pour accumuler ce bénéfice exceptionnel, dû à la pénurie d’essence en mars 2026.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">10 millions, c’est le montant du surgel qui met en danger immédiat et inédit 28 établissements financés par l’État. Mais il n’est pas question en France de taxer le capital, même quand il est généré par des profits de guerre. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">L’État doit gagner plus, pas dépenser moins</mark></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les finances publiques de la France sont en berne faute de recettes fiscales, parce que les plus riches, les entreprises florissantes, échappent à l’impôt et reçoivent même d’abondantes aides publiques. Les riches n’ont jamais été aussi riches en France, mais la seule recette du macronisme est l’austérité. Fermer tous les robinets des dépenses, peu importent les conséquences sur la vie des Français·es, sur l’économie réelle, sur le déficit des caisses sociales, sur l’éducation, la santé, la justice, la culture, l’information, la crise climatique, la disparition du vivant, les finances des collectivités en charge de tâches de plus en plus lourdes. Il faut fermer les robinets, quelles qu’en soient les conséquences réelles, pourvu que les comptables d’État, qui se prennent pour des économistes alors qu’ils n’ont pas lu Keynes (ni Marx évidemment) continuent de sévir en faisant des soustractions.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ceux qui nous gouvernent semblent ignorer qu’une crise budgétaire n’est pas une crise économique, et que la France reste un pays riche. Ils prennent le risque de nous plonger dans une terrible récession, en asséchant tous les services publics, les associations, les paysans, les commerçants, les artisans, tous ces emplois non délocalisables qui éduquent, soignent, informent, donnent de la joie, permettent l’échange. Sans eux, les inégalités vont se creuser davantage encore, la pauvreté toucher l’ensemble des classes dites moyennes, les étudiants souffrir de la faim, la délinquance et la criminalité exploser faute de juges, la souffrance psychique faute de soignants. Et le racisme, toutes les violences discriminatoires, vont augmenter, parce que les humains en souffrance, quand ils n’ont plus de recours, cherchent naturellement des boucs émissaires.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Un pays sans culture publique est un pays mort</mark></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La manifestation de l’intersyndicale de la culture le 13 juillet à Avignon dépassait la volonté inquiète de préservation d’un secteur, pour entrer dans une phase de combat, enfin ressenti comme nécessaire et légitime, y compris de la part des directeurs nommés par le Ministère. Joris Mathieu, président du Syndeac, expliquait que défendre la culture devait se concevoir en grand, comme un sauvetage global des services publics, comme un projet de société auquel il ne faut renoncer à aucun prix. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi, il faut obtenir le dégel immédiat des 10 millions, mais aussi un financement décent de la culture par l’État, à hauteur de 1% de son budget (actuellement de 0,7%). Il s’agit de faire entendre que le combat culturel se mène aujourd’hui sur deux fronts&nbsp;simultanés : contre l’extrême droite et sa nostalgie d’une France fantasmée, blanche, chrétienne et monarchique, ou pétainiste&nbsp;; contre l’extrême-centre qui gouverne en piétinant les intérêts du peuple et en servant les milliardaires qui désindustrialisent le pays et accaparent ses richesses.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Les élus avec la culture</mark></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les élus des collectivités locales, premiers financeurs de la culture en France, sont nombreux à signer, à droite comme à gauche, l’appel de l’intersyndicale de la culture pour refinancer la culture publique. Ils savent combien elle est indispensable à la vie économique de leurs territoires et à leurs habitants. Victimes de restrictions budgétaires insensées et intenables, les élus se tiennent aux côtés des acteurs culturels, dans une solidarité inédite entre la droite républicaine et la gauche, face à la folie destructrice d’un gouvernement à bout de souffle et de légitimité.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">AGNÈS FRESCHEL</p>



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		<title>Rencontre du troisième gars</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Agnes Freschel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 08 Jul 2026 14:00:00 +0000</pubDate>
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<p class="wp-block-paragraph">Le festival de la photographie à Arles est événement international qui dure 4 mois et s’appelle les Rencontres. Un drôle de titre, historique, pour une manifestation qui se décline essentiellement en expositions et non en débats. Mais ces Rencontres de la photographie ouvrent toutes les portes du monde, donnent à voir les voix des peuples, éclairent aussi les combats intimes, secrets et douloureux, des gens. Dans leurs différences historiques, civilisationnelles, géographiques, saisis par des regards d’artistes, les gens apparaissent dans leur humanité commune.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Là est le paradoxe de la rencontre photographique&nbsp;: l’objectif reste profondément subjectif, le cadre donne conscience du hors champ, l’instant figé de l’épaisseur du temps. Celui qui regarde peut alors, vraiment, rencontrer ce qui surgit. L’autre humain, l’étonnante altérité animale, les paysages comme autant d’horizons à habiter, à évoquer, à reconstruire.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans un monde campiste, binaire, qui ne cherche qu’à opposer, confronter et vaincre ces rencontres n’ont pas de prix. Elles empruntent un chemin aujourd’hui négligé, celui de la dialectique qui dépasse les oppositions et qui, sans les nier, construit une troisième voie.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Foules, fous, folles… Foot !</mark></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La photographie peut saisir l’inopiné. L’illustration, comme celle de notre collaboratrice Mona Lobert, peut aussi concentrer le réel, le confronter, comme le font nos cerveaux lorsqu’ils rapprochent des images mentales. Ou comme l’a fait le hasard, le 4 juillet. Non pas à Arles, ou la question du genre et des homophobies sont peu présentes cette année, mais à Marseille, qui a vécu une belle Rencontre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Pride est une fête où les différences se déclinent en initiales qui loin de s’affronter se complètent et s’augmentent. Chaque Pride est une intense rencontre avec soi-même et l’alter ego, que ne peuvent comprendre vraiment celleux qui ne se confrontent pas au regard désapprobateur de l’autre. Ou à l’incompréhension. Ou encore, plus facile mais toujours agaçant, à la surprise. Les LGBTQIA+ savent que ces regards ne sont jamais loin de la gifle, du rejet brutal, que certain·es vivent encore jusque dans leurs familles.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Or samedi 4 juillet toustes les queers de la cité phocéenne se sont retrouvé·es face à une foule heureuse fêtant la victoire de l’équipe du Maroc. On aurait pu imaginer sinon une confrontation, du moins une hostilité ou un évitement&nbsp;: l’homosexualité est interdite et punie d’emprisonnement au Maroc, le milieu du foot reste homophobe et sexiste, et la séparation en genre est la règle de base du sport– il s’agit, d’ailleurs de la Coupe de Monde de football masculin, ce&nbsp;que personne ne précise jamais.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Typologie de la fête</mark></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Or une véritable rencontre a eu lieu. Peut-être parce que les queers, profondément antiracistes, étaient visiblement content·es de la victoire et de la joie des marocain·es. Peut-être parce que les drapeaux colorés, surtout lorsqu’ y figurent des étoiles, rapprochent celleux qui les brandissent ou s’en couvrent les épaules. Plus probablement parce que toustes étaient en quête de fierté, cette pride si particulière qu’éprouvent les discriminé·es lorsqu’iels ne rasent plus les murs, et prennent un peu la rue.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur les quais du Vieux Port toustes sont allé·es ensemble, après la victoire marocaine, ou après le show de Mami Watta et Ruby, supporter le match très masculin France Paraguay. Les échanges de coups bas ont été sifflés d’un même élan patriotique, et personne n’a empêché la communion de toustes ces francaise·s binationaux·ales, bisexuel·les ou bizarres.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il ne s’agissait plus d’un tête-à-tête avec un alter ego, mais bien d’une rencontre du troisième type. Celui qu’on comprend mal, cet alien aliéné venu d’un autre monde en soucoupe volante. Avec qui on peut chanter.</p>



<p class="wp-block-paragraph">AGNÈS FRESCHEL</p>



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		<title>Avignon, l’urgence de dire</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Agnes Freschel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 01 Jul 2026 10:31:17 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Celles et ceux qui l’aiment à la folie y reviennent comme à un rendez-vous avec un proche, des amis, des parents, le bled, son village. Aller à Avignon pour «&#160;faire le festival&#160;» est, pour des centaines de milliers de Français, un moment qui compte infiniment et intimement. Qui bouleverse, fait surgir des idées nouvelles, aide [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Celles et ceux qui l’aiment à la folie y reviennent comme à un rendez-vous avec un proche, des amis, des parents, le bled, son village. Aller à Avignon pour «&nbsp;faire le festival&nbsp;» est, pour des centaines de milliers de Français, un moment qui compte infiniment et intimement. Qui bouleverse, fait surgir des idées nouvelles, aide à répandre et démocratiser les pensées qui peinent à toucher les consciences. Les radicales, les complexes, les dialectiques, les non-binaires, celles qui soutiennent le peuple violenté, ici ou ailleurs. &nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Conçu au lendemain de la guerre pour le In, aux prémices de 68 pour le Off, «&nbsp;Avignon&nbsp;» est un formidable outil de démocratisation culturelle, de combat politique, d’émancipation individuelle. Multiple et pluraliste, c’est aussi un lieu où les idées peuvent s’affronter violemment ; où les spectateurs peuvent aller jusqu’à agresser les artistes, comme Rebecca Chaillon il y a trois ans.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Poumon économique du territoire, les festivals sont pourtant ignorés, fuis ou réprouvés par une partie des habitants&nbsp;: ils modèlent l’habitat adapté à la location estivale, font grimper les prix aux terrasses, crispent les frontières sociales entre l’intra et l’extra muros, enrichissent ceux qui possèdent mais créent nuisances et bruits pour ceux qui habitent. Sont-ils encore inamovibles&nbsp;? Persisteront-ils dans leur capacité à créer du sens et du lien&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Avignon peut disparaître </mark></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les Festivals d’Avignon, qui semblent un pilier indispensable, solide, de notre démocratie culturelle, sont aujourd’hui menacés par un ensemble de décisions politiques nationales et locales. Le Off grâce au travail d’AF&amp;C, cherche à échapper aux dérives marchandes et à fixer des cadres aux marchands de sommeil et de spectacle, mais de nombreuses compagnies ne prennent plus le risque financier de rester durant tout le festival. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Le dispositif de soutien à l’emploi culturel pour les salles de petites jauges (APAJ) a été sabré par le ministère de la Culture, les subventions des compagnies sont en berne, celles des lieux avignonnais viennent d’être baissées, pour certaines, de 5% en cours d’année par la nouvelle municipalité. «&nbsp;Faire Avignon&nbsp;», pour les artistes, coûte de plus en plus cher, et rapporte de moins en moins de «&nbsp;dates&nbsp;» programmées par les diffuseurs publics et privés, eux-mêmes en mal de financements.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">La nuit avant l’aurore </mark></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le In n’est pas épargné par la difficulté grandissante de produire des spectacles. Il ne l’est pas non plus par la canicule qui va asphyxier la ville et exige de prévoir équipements, navettes, et aménagements coûteux. Les corps, cet été, vont souffrir, les parades être moins joyeuses, et les nuits mêmes plus accablantes.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais In et Off proposent une offre de spectacles incomparable, des moments de pensée commune, des révolutions possibles des esprits. Ainsi le Festival se conclura par une <em>Aube des Questions</em>, qui rappelle celle que Giraudoux évoquait dans <em>Électre</em> en 1937. Déjà, il attendait l’aurore après la guerre qui s’annonçait. Une aurore qui a créé le Festival.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Comment cela s’appelle-t-il, quand le jour se lève, comme aujourd’hui, et que tout est gâché, que tout est saccagé, et que l’air pourtant se respire&nbsp;?(…)</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Cela a un très beau nom. Cela s’appelle l’aurore.&nbsp;</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">AGNÈS FRESCHEL</p>



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		<title>L’amer, toujours recommencé</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Agnes Freschel]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 25 Jun 2026 07:10:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le 20 juin au Mucem, SOS Méditerranée n’a pas «&#160;célébré&#160;» ses 10 ans. Pourtant en dix ans d’existence l’ONG a sauvé 43 418 vies. Soit l’équivalent de la population de Martigues, d’un stade Vélodrome au trois-quarts plein, d’un tiers de la ville d’Aix, d’un arrondissement de Marseille. 43 418 personnes à qui les sauveteurs ont [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Le 20 juin au Mucem, SOS Méditerranée n’a pas «&nbsp;célébré&nbsp;» ses 10 ans. Pourtant en dix ans d’existence l’ONG a sauvé 43 418 vies. Soit l’équivalent de la population de Martigues, d’un stade Vélodrome au trois-quarts plein, d’un tiers de la ville d’Aix, d’un arrondissement de Marseille. 43 418 personnes à qui les sauveteurs ont tendu la main pour que, une par une, elles montent à bord et ne finissent pas noyé·es au fond de notre mer amère. Des missions de sauvetage presque artisanales dans les moyens mis en œuvre, mais au résultat massif. Et désespérant.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Triste record</mark></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La Méditerranée vient de vivre en silence ses semaines les plus meurtrières. Le nombre de disparus sur la route de la Méditerranée centrale est sans précédent. En cause, le harcèlement judiciaire que connaissent les navires de sauvetage, qui sont immobilisés ou empêchés d’accoster. Qui subissent des tirs. Chaque jour d’immobilisation tue des hommes, des femmes, des enfants (1/4 des naufragés) qui se noient faute de secours.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis 10 ans SOS Méditerranée sauve des vies parce que les États côtiers et l’Europe ont illégalement abandonné leurs missions de sauvetage. L’UE finance les garde-côtes libyens pour empêcher les migrants sub-sahariens de franchir la mer. En 10 ans, si 43 418 vies ont été sauvées, ce sont officiellement 35 000 personnes qui ont disparu en mer, et plus 192 000 qui ont été intercepté·es par les garde-côtes libyens, et renvoyé·es dans des prisons où les femmes, et certains hommes, sont systématiquement violé·es. Où tous sont racketté·es&nbsp; et exploité·es comme esclaves.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les ONG de sauvetage pallient les manquements des États européens démissionnaires. SOS Méditerranée, depuis 10 ans, travaille les consciences, éduque, communique, organise des formations, des évènements artistiques de soutien. Prudemment, sans prendre part à la vie politique française, considérant que le sauvetage des vies humaines devrait parler à tous les décideurs publics. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">L’asphyxie des ONG, l’asphyxie du peuple</mark></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais aujourd’hui les dons privés et publics diminuent. Parce que le secteur associatif s’est massivement appauvri et que tous font appel aux dons pour survivre. Parce que chacun·e croise chaque jour des dizaines de pauvres qui demandent de quoi manger, parce que chacun·e a peur pour son propre avenir. Parce que les médias, qui sont pour une bonne part aux mains de l’extrême-droite en France, ne remettent pas en cause les défaillances de l’État, attisant au contraire la peur des «&nbsp;migrants&nbsp;». Parce que les politiques d’immigration désignent des boucs émissaires et contaminent les esprits, les discours, et les lois nationales. Non contre la pauvreté, mais contre les pauvres.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aujourd’hui il ne s’agit plus, pour les ONG de sauvetage, de faire seulement appel aux dons. Le droit maritime international doit être appliqué, l’Europe doit cesser de financer les garde-côtes libyens et les États côtiers doivent rétablir des mesures de sauvetage à la mesure du désastre humain. Fondées non sur la compassion, ponctuelle et variable, mais sur le droit international. Le droit des peuples.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">La main tendue, le poing levé</mark></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Tendre la main à ceux qui sombrent, lever le poing contre ceux qui nous abusent. Il ne suffit plus aujourd’hui de faire appel à la solidarité d’un peuple qui s’appauvrit, et moins encore au mécénat d’entreprises capitalistes qui s’enrichissent et spéculent sur l’art, notre santé, notre climat et la guerre. Le sang futur de nos enfants.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le secteur culturel, les médias indépendants, les associations humanitaires et sociales, les collectivités mises à l’amende&nbsp;par l’État français au profit des grands groupes capitalistes, peuvent reprendre la main sur ce qui leur est dû, comme le secours est dû à ceux qui viennent ici chercher refuge.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Car un autre triste record a été&nbsp;battu au premier trimestre 2026. Celui des bénéfices de TOTAL. Grâce à la guerre, le second trimestre sera certainement plus lucratif encore. Ce bénéfice trimestriel net (4,9 milliards d’euros) a bondi de 51% pendant le blocage du détroit d’Ormüz. Cette somme, engrangée sur trois mois, est l’équivalent d’une fois et demie le budget annuel de la Région Sud (3,2 milliards d’euros). Et près d’une fois et demie celui du ministère de la Culture (3,7 milliards d’euros).&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">AGNÈS FRESCHEL</p>



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		<title>Poussière d’étoiles, nos festivals</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Agnes Freschel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 13 Jun 2026 07:34:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il est un discours discriminatoire qui court les présentations de festivals et les déclarations de politique culturelle. Il s’agirait, année après année, de «&#160;rajeunir les publics&#160;», voire de «&#160;dépoussiérer le théâtre&#160;» pour les autres. Lorsqu’un directeur de théâtre choisit pour «&#160;son&#160;» public des œuvres simplifiées et «&#160;dynamisées&#160;» pour «&#160;dépoussiérer&#160;» sa programmation, il renonce, de fait, [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Il est un discours discriminatoire qui court les présentations de festivals et les déclarations de politique culturelle. Il s’agirait, année après année, de «&nbsp;<em>rajeunir les publics&nbsp;</em>», voire de «&nbsp;<em>dépoussiérer le théâtre&nbsp;</em>» pour les autres. Lorsqu’un directeur de théâtre choisit pour «&nbsp;<em>son</em>&nbsp;» public des œuvres simplifiées et «&nbsp;<em>dynamisées</em>&nbsp;» pour «&nbsp;<em>dépoussiérer</em>&nbsp;» sa programmation, il renonce, de fait, à la pensée complexe. Celle d’Edgar Morin, centenaire qui donnait des leçons de jeunesse si souvent à Avignon. Qui expliquait si bien que se débarrasser des aspérités et des traces du temps, c’est céder à l’idée que le présent doit s’adapter à la vitesse imposée du monde, et interdire l’avenir en niant la mort.&nbsp; &nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le théâtre n’est pas un yaourt nature, un tweet, une distraction. Il peut construire des digues, imposer des arrêts, des catharsis, provoquer des entailles profondes. Il est puissant. Il n’existe que s’il bouleverse, que s’il change nos vies intimes et modifie le cours du monde. Quand je dis le théâtre, je veux dire tous les arts du partage, de la scène et des rues. Tout cela vibre ensemble, creuse, s’empoussière, salit, se détrempe de larmes, va chercher dans les replis de l’histoire, se nourrit de contradictions, d’émotions, de souvenirs, de douleurs. L’avenir ne se construit pas sans remuer la poussière, le théâtre non plus. Nos festivals.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Les festivals résistent</mark></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Aujourd’hui tous sont entrés en résistance. Leur existence est clairement menacée par la perspective du RN au pouvoir. Déjà, dans les communes qu’il gouverne, il annule, détruit, à Vauvert, Six-Fours… L’extrême droite s’empare aujourd’hui des manifestations culturelles pour parfaire sa fabrique de l’opinion, entamée dans les médias et les réseaux sociaux. Ceux-ci ont déjà imposé l’idée que les gens cultivés sont une « <em>élite intellectuelle </em>», pour mieux masquer le véritable élitisme, de classe. Les simplifications médiatiques ont déjà contaminé les discours publics, qui répètent qu’il faut économiser l’argent public dans une activité qui rapporte pourtant, en termes de retombées économiques, 6 fois son coût aux terres de festivals. Et en termes de retombées intimes, tant de joie, qu’ils combattent plus que tout, parce que le désespoir ranci est leur fonds de commerce, le terreau des replis identitaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Transgénérationnez&nbsp;!&nbsp;</mark></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Quant à la nécessité de rajeunissement du public, et aux commentaires sur les têtes grises majoritaires dans les festivals de classique, lyrique, jazz, danse et théâtre, ils deviennent insultants à force d’être répétés comme une évidence. Insultants pour les jeunes, qui seraient incapables d’ingérer autre chose que du look et des musiques actuelles qui font bouger les corps. Insultants pour les vieux et les vieilles qui ont le droit d’aller au théâtre et au concert sans s’y sentir indésirés.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les têtes grises (ou teintées) sont majoritaires dans le public parce qu’elles sont majoritaires dans la France adulte (+ de 18 ans), dont la moyenne d’âge avoisine les 50 ans. Ce qui est exactement l’âge moyen des spectateurs du Festival d’Avignon. On ne fabriquera pas le public de demain en culpabilisant celui d’aujourd’hui d’aimer le théâtre.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors, festivalez, sans culpabilité, sans retenue, quel que soit votre âge. Sortez des schémas qu’on vous impose, allez voir ailleurs, plus profondément, soulevez la poussière. L’été des festivals commence. Il ne sera le dernier que si on les laisse faire.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">AGNÈS FRESCHEL</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



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		<title>Censure et boycott à Marseille</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Agnes Freschel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 10 Jun 2026 08:03:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Édito]]></category>
		<category><![CDATA[Politique culturelle]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les Rencontres à l’échelle, posent avec acuité les questions du rapport politique entre les États et les peuples, et la concurrence des récits ; le Festival de Marseille, dont nous présentons la programmation dans les pages suivantes, propose de visiter la diversité du monde depuis ses quartiers, et fabrique un festival populaire avec les Marseillais·es ; [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><em>Les Rencontres à l’échelle</em>, posent avec acuité les questions du rapport politique entre les États et les peuples, et la concurrence des récits ; le <em>Festival de Marseille</em>, dont nous présentons la programmation dans les pages suivantes, propose de visiter la diversité du monde depuis ses quartiers, et fabrique un festival populaire <em>avec</em> les Marseillais·es ; la ville bouillonne de langues du nord et du sud, de touristes et de « venants », de réfugié·es et d’exilé·es. Pourtant, au même moment, la censure et le boycott des artistes et de la presse resurgissent et mettent en danger la démocratie culturelle dans sa diversité.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Une balle dans le pied</mark></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le FID Marseille avait invité le cinéaste israélien, habitant en France, critique sans ambiguïté de la politique nationale et internationale d’Israël, Nadav Lapid. Il devait faire une masterclass à propos de son film, <em>Oui</em>, qui lui a valu les foudres du Gouvernement israélien, qu’il qualifie très clairement de fasciste, et dont il combat la politique colonialiste et génocidaire.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">La commission européenne avait d’ailleurs refusé de financer son projet de film, qu’elle a jugé «&nbsp;antisémite&nbsp;». Mais cela importe peu&nbsp;: il s’agit pour quelques cinéastes programmés par le FID de boycotter tout le cinéma israélien. Pas de s’en prendre au Crif ou à l’ambassade d’Israël, aux relais médiatiques de la propagande israélienne, aux produits israéliens, aux États qui le soutiennent, mais aux artistes. Censure insensée&nbsp;: le Gouvernement israélien se réjouit du revers de son opposant, à qui cette polémique donne d’ailleurs une visibilité que le FID était loin de lui offrir.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quant à ses détracteurs boycotteurs, ils portent la responsabilité de l’escamotage qui s’opère, et détourne les regards des nécessaires sanctions contre l’état génocidaire, au profit de querelles franchouillardes qui crispent les positions dans une binarité délétère. Plus grave, ils désignent des boucs émissaires à la vindicte de celles et ceux qui s’identifient à la juste cause palestinienne. Si l’accusation d’antisémitisme, qui sert d’outil politique contre LFI, est la plupart du temps ridicule et extensible, les actes antisémites réels, les agressions, ne cessent d’augmenter, y compris dans les cours d’écoles.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Censurer la presse</mark></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Un autre établissement marseillais pratique la censure, dans un contexte plus anodin, et moins urgent. Il révèle pourtant la même volonté de faire taire les voix discordantes qui militent pour la diversité culturelle et la représentation de toustes.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’Opéra de Marseille refuse désormais la venue des journalistes de <em>Zébuline</em>, du moins à ses grosses productions contestables. Il faut dire que celles-ci se permettent d’être critiques de son fonctionnement, même si c’est aujourd’hui le seul opéra de France qui ne programme aucune femme cheffe, aucune compositrice, aucune musique contemporaine ou de création.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pas question non plus d’être critique de ses productions dispendieuses, qui ne tournent pas. Ni de remettre en cause ses mises en scène qui n’interrogent jamais les rapports coloniaux, la domination masculine, les préjugés de classe pourtant si présents, et si problématiques, dans les opéras du XIX<sup>e</sup> siècle. Qui constituent la quasi-totalité de ce que propose la maison marseillaise. &nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une journaliste émet un doute sur ces représentations problématiques du répertoire et ce refus caricatural de la parité&nbsp;? L’Opéra de Marseille lui ferme les portes, et préfère inviter les critiques dithyrambiques qui ne parlent que des voix, et jamais de ce qu’elles chantent.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les valeurs réactionnaires qu’elles trimballent perpétuent, à grand renfort d’argent public, une culture de classe, patriarcale, dépassée. Qu’il ne s’agit pas de censurer, mais de remettre en cause, en débats, pour qu’elle évolue et se partage. Parce qu’à <em>Zébuline</em>, vraiment, on adore l’opéra…&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">AGNÈS FRESCHEL</p>



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		<title>Un festival d’ethnocentrisme</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Agnes Freschel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 06 Jun 2026 09:35:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Édito]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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		<category><![CDATA[Ludovic Perney]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La conférence de presse de la Région Sud sur les festivals d’été a été le lieu d’un dérapage non contrôlé qui démontre l’emprise de l’extrême droite dans l’esprit d’hommes politiques qui croient défendre des valeurs républicaines. On a pu entendre, après que le Festival d’Avignon a parlé de sa programmation coréenne et les Rencontres d’Arles [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">La conférence de presse de la Région Sud sur les festivals d’été a été le lieu d’un dérapage non contrôlé qui démontre l’emprise de l’extrême droite dans l’esprit d’hommes politiques qui croient défendre des valeurs républicaines. On a pu entendre, après que le Festival d’Avignon a parlé de sa programmation coréenne et les Rencontres d’Arles a présenté des expos décoloniales, cette phrase, totalement hors sol en contexte&nbsp;:&nbsp;</p>



<figure class="wp-block-pullquote"><blockquote><p>« Il faut protéger notre nation […] des forces extérieures qui veulent détruire nos valeurs occidentales » </p><cite>Ludovic Perney</cite></blockquote></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Ce n’est pas un adepte de Zemmour, Ciotti ou Le Pen qui a prononcé ces mots, mais un Républicain, vice-président de la Région Sud délégué à la jeunesse. Il est, qui plus est,&nbsp; candidat à la présidence de la fédération LR des Bouches-du-Rhône. La prédécesseure à ce poste, Laure-Agnès Caradec, qui prônait l’alliance avec l’extrême droite d’Allisio pour les municipales marseillaises, a depuis rejoint l’UDR de Ciotti, et démissionné.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette déclaration était en décalage total avec les paroles ouvertes, bienveillantes et défendant la nécessité d’une culture publique libre de Sophie Joissains, vice-présidente à la Culture, et de Michel Bissière, conseiller régional délégué à la vie culturelle. Pourtant, interrogé à ce propos, Ludovic Perney esquivait d’abord, en parlant des «&nbsp;<em>valeurs des Lumières</em>&nbsp;», puis questionné à nouveau s’enfonçait dans une réponse hasardeuse, où il a affirmé que «&nbsp;<em>nous devons défendre notre liberté de vêtement </em>[sic]<em>, nos libertés qui ont toujours existé ici.</em>&nbsp;». Pourquoi&nbsp;? Parce que&nbsp;:</p>



<figure class="wp-block-pullquote"><blockquote><p>« L’Occident a toujours été au centre des cartes » </p><cite>Ludovic Perney</cite></blockquote></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Comment le discours d’un homme de droite, jeune, engagé à 14 ans, devenu avocat, peut-il être à ce point contaminé par les caricatures d’extrême droite&nbsp;? Ludovic Perney ignore sans doute que la première carte humaine est babylonienne (5<sup>e</sup> avant notre J.-C.), et les suivantes chinoises (2 siècles après mais toujours 3 avant notre J.-C.) et que les premières représentations géographiques de l’Europe ne placent pas «&nbsp;l’Occident&nbsp;»&nbsp;au centre mais la Méditerranée. La première carte à peu près complète du monde (sans Amériques), la <em>Tabula Rogeriana</em>, a été dessinée par Al Idrissi, un géographe arabe du XII<sup>e</sup> siècle qui plaçait le golfe persique au centre du monde.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Outre l’erreur factuelle, Ludovic Perney occulte aussi que la culture «&nbsp;occidentale&nbsp;» s’est caractérisée par la privation de liberté – et souvent de la vie – pour les esclaves, les indigènes, les femmes, les homosexuel·les, les domestiques et les prolétaires, les juif·ves, les protestant·es, les invalides, les communistes, les journalistes, les écrivain.es… Les Républicains, généralement, se souviennent aussi que les dénommés «&nbsp;indigènes&nbsp;» par notre république, loin d’attaquer nos valeurs, ont délivré la zone sud de l’occupation nazie, et des « <em>valeurs</em> » de Vichy.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le meilleur remède contre la contamination d’extrême droite&nbsp;? Un petit tour aux festivals de culture publique que la Région Sud promeut, et finance. Et ce malgré une opposition toute RN&nbsp;qui risque fort, aux prochaines élections régionales, de mettre dehors cette droite si oublieuse de ses principes, et des voix de gauche qui ont permis son élection.</p>



<p class="wp-block-paragraph">AGNÈS FRESCHEL</p>



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