C’est un peu moins de la durée de Maldoror dans la Cour d’Honneur, un peu plus de celle du Deuil sied à Electre au jardin de Mons. À peine. C’est le temps qu’il faut à Total pour encaisser 10 millions de bénéfices nets. 4 heures et 17 minutes suffisent pour accumuler ce bénéfice exceptionnel, dû à la pénurie d’essence en mars 2026.
10 millions, c’est le montant du surgel qui met en danger immédiat et inédit 28 établissements financés par l’État. Mais il n’est pas question en France de taxer le capital, même quand il est généré par des profits de guerre.
L’État doit gagner plus, pas dépenser moins
Les finances publiques de la France sont en berne faute de recettes fiscales, parce que les plus riches, les entreprises florissantes, échappent à l’impôt et reçoivent même d’abondantes aides publiques. Les riches n’ont jamais été aussi riches en France, mais la seule recette du macronisme est l’austérité. Fermer tous les robinets des dépenses, peu importent les conséquences sur la vie des Français·es, sur l’économie réelle, sur le déficit des caisses sociales, sur l’éducation, la santé, la justice, la culture, l’information, la crise climatique, la disparition du vivant, les finances des collectivités en charge de tâches de plus en plus lourdes. Il faut fermer les robinets, quelles qu’en soient les conséquences réelles, pourvu que les comptables d’État, qui se prennent pour des économistes alors qu’ils n’ont pas lu Keynes (ni Marx évidemment) continuent de sévir en faisant des soustractions.
Ceux qui nous gouvernent semblent ignorer qu’une crise budgétaire n’est pas une crise économique, et que la France reste un pays riche. Ils prennent le risque de nous plonger dans une terrible récession, en asséchant tous les services publics, les associations, les paysans, les commerçants, les artisans, tous ces emplois non délocalisables qui éduquent, soignent, informent, donnent de la joie, permettent l’échange. Sans eux, les inégalités vont se creuser davantage encore, la pauvreté toucher l’ensemble des classes dites moyennes, les étudiants souffrir de la faim, la délinquance et la criminalité exploser faute de juges, la souffrance psychique faute de soignants. Et le racisme, toutes les violences discriminatoires, vont augmenter, parce que les humains en souffrance, quand ils n’ont plus de recours, cherchent naturellement des boucs émissaires.
Un pays sans culture publique est un pays mort
La manifestation de l’intersyndicale de la culture le 13 juillet à Avignon dépassait la volonté inquiète de préservation d’un secteur, pour entrer dans une phase de combat, enfin ressenti comme nécessaire et légitime, y compris de la part des directeurs nommés par le Ministère. Joris Mathieu, président du Syndeac, expliquait que défendre la culture devait se concevoir en grand, comme un sauvetage global des services publics, comme un projet de société auquel il ne faut renoncer à aucun prix.
Ainsi, il faut obtenir le dégel immédiat des 10 millions, mais aussi un financement décent de la culture par l’État, à hauteur de 1% de son budget (actuellement de 0,7%). Il s’agit de faire entendre que le combat culturel se mène aujourd’hui sur deux fronts simultanés : contre l’extrême droite et sa nostalgie d’une France fantasmée, blanche, chrétienne et monarchique, ou pétainiste ; contre l’extrême-centre qui gouverne en piétinant les intérêts du peuple et en servant les milliardaires qui désindustrialisent le pays et accaparent ses richesses.
Les élus avec la culture
Les élus des collectivités locales, premiers financeurs de la culture en France, sont nombreux à signer, à droite comme à gauche, l’appel de l’intersyndicale de la culture pour refinancer la culture publique. Ils savent combien elle est indispensable à la vie économique de leurs territoires et à leurs habitants. Victimes de restrictions budgétaires insensées et intenables, les élus se tiennent aux côtés des acteurs culturels, dans une solidarité inédite entre la droite républicaine et la gauche, face à la folie destructrice d’un gouvernement à bout de souffle et de légitimité.
AGNÈS FRESCHEL
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