mercredi 1 juillet 2026
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Avignon, l’urgence de dire

Celles et ceux qui l’aiment à la folie y reviennent comme à un rendez-vous avec un proche, des amis, des parents, le bled, son village. Aller à Avignon pour « faire le festival » est, pour des centaines de milliers de Français, un moment qui compte infiniment et intimement. Qui bouleverse, fait surgir des idées nouvelles, aide à répandre et démocratiser les pensées qui peinent à toucher les consciences. Les radicales, les complexes, les dialectiques, les non-binaires, celles qui soutiennent le peuple violenté, ici ou ailleurs.  

Conçu au lendemain de la guerre pour le In, aux prémices de 68 pour le Off, « Avignon » est un formidable outil de démocratisation culturelle, de combat politique, d’émancipation individuelle. Multiple et pluraliste, c’est aussi un lieu où les idées peuvent s’affronter violemment ; où les spectateurs peuvent aller jusqu’à agresser les artistes, comme Rebecca Chaillon il y a trois ans. 

Poumon économique du territoire, les festivals sont pourtant ignorés, fuis ou réprouvés par une partie des habitants : ils modèlent l’habitat adapté à la location estivale, font grimper les prix aux terrasses, crispent les frontières sociales entre l’intra et l’extra muros, enrichissent ceux qui possèdent mais créent nuisances et bruits pour ceux qui habitent. Sont-ils encore inamovibles ? Persisteront-ils dans leur capacité à créer du sens et du lien ?

Avignon peut disparaître 

Les Festivals d’Avignon, qui semblent un pilier indispensable, solide, de notre démocratie culturelle, sont aujourd’hui menacés par un ensemble de décisions politiques nationales et locales. Le Off grâce au travail d’AF&C, cherche à échapper aux dérives marchandes et à fixer des cadres aux marchands de sommeil et de spectacle, mais de nombreuses compagnies ne prennent plus le risque financier de rester durant tout le festival. 

Le dispositif de soutien à l’emploi culturel pour les salles de petites jauges (APAJ) a été sabré par le ministère de la Culture, les subventions des compagnies sont en berne, celles des lieux avignonnais viennent d’être baissées, pour certaines, de 5% en cours d’année par la nouvelle municipalité. « Faire Avignon », pour les artistes, coûte de plus en plus cher, et rapporte de moins en moins de « dates » programmées par les diffuseurs publics et privés, eux-mêmes en mal de financements. 

La nuit avant l’aurore 

Le In n’est pas épargné par la difficulté grandissante de produire des spectacles. Il ne l’est pas non plus par la canicule qui va asphyxier la ville et exige de prévoir équipements, navettes, et aménagements coûteux. Les corps, cet été, vont souffrir, les parades être moins joyeuses, et les nuits mêmes plus accablantes. 

Mais In et Off proposent une offre de spectacles incomparable, des moments de pensée commune, des révolutions possibles des esprits. Ainsi le Festival se conclura par une Aube des Questions, qui rappelle celle que Giraudoux évoquait dans Électre en 1937. Déjà, il attendait l’aurore après la guerre qui s’annonçait. Une aurore qui a créé le Festival.

Comment cela s’appelle-t-il, quand le jour se lève, comme aujourd’hui, et que tout est gâché, que tout est saccagé, et que l’air pourtant se respire ?(…)

Cela a un très beau nom. Cela s’appelle l’aurore. 

AGNÈS FRESCHEL


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