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L’art de la surprise

De classique, il en était question à Aix-en-Provence la semaine dernière. Retour sur les concerts de Café Zimmermann et Joanna Wos au Grand Théâtre de Provence et au Conservatoire Darius Milhaud

Folie de la jeunesse

L’ensemble Café Zimmermann,délaissant la musique baroque dans laquelle il excelle, aborde l’univers classique avec la même exigence et le même indéniable talent. Au programme, deux pièces de C.P.E. Bach et deux de Mozart qui admirait son prédécesseur. Enchâssé entre les œuvres de Bach, le Divertimento en fa majeur K138 écrit par Mozart alors qu’il n’avait que seize ans, sait être léger, « divertissement » oblige, et d’une fine élégance non dénuée de profondeur. Le pianiste Alexander Melnikov interprète sur piano-forte, cet instrument aux cordes frappées qui fait la jonction entre le clavicorde et le piano, le Concerto en sol majeur pour piano n° 17. L’utilisation de cet instrument nous rappelle que le « piano » de Mozart était bien l’ancêtre du piano actuel ! Même si le piano-forte, moins puissant que le piano, a du mal à passer la rampe et aurait mérité une petite sonorisation pour la grande salle dans laquelle il était invité. Néanmoins, le jeu très sûr du pianiste s’accorde à merveille aux variations de l’ensemble. Le clou du spectacle est sans nul doute le Concerto pour piano, clavecin et orchestre de C.P.E. Bach. « La seule œuvre à notre connaissance écrite spécifiquement pour ces deux instruments », sourit le violoniste Pablo Valetti, co-fondateur de l’ensemble avec la subtile claveciniste Céline Frisch. Et d’ajouter : « C.P.E. Bach l’a composée et il est mort… » Pépite de choix bissée avec enthousiasme !

La langue des poètes

Joanna Wos © Krzysztof Lipiński

Surprenant encore, le récital donné dans le cadre des Nuits pianistiques par la soprano colorature polonaise Joanna Wos, accompagnée du piano d’Artur Jaroń. On associe aujourd’hui Frédéric Chopin à la musique pour piano presque exclusivement, or il a écrit pour la voix, même si, malgré les encouragements du grand poète polonais Adam Mickiewicz, il n’a jamais osé composer d’opéra. Deux airs du compositeur aimé de la dame de Nohant sont interprétés avec expressivité par la cantatrice, en polonais. Les sonorités de cette langue apportent leur musicalité propre aux accents des mélodies Un souhait et Ma caresse, avec une douceur sous-tendue de fougue contenue. Toujours dans un parcours dédié à la Pologne natale des deux interprètes, on entend des pièces de Karlowicz, post-romantiques à souhait et de Joseph Poniatowski qui débuta sa carrière comme ténor avant de se consacrer à l’art militaire. Mais la palette colorée de la chanteuse se déploiera avec encore plus d’éclat sur le Casta Diva de Norma (Bellini) et deux larges extraits de La Traviata, « Scène de Violetta » et « Aria du premier acte ». Actrice, tragédienne, Joanna Wos, impressionnante de maîtrise jusque dans la modulation d’un très beau vibrato naturel, incarne avec passion les personnages et nous transporte d’emblée au cœur de l’action et des émotions. Artur Jaroń accompagne avec une fine intelligence les phrasés de la soprano et offre son jeu précis et élégant à quelques pièces solistes dues à Paderewski (Menuet et Sarabande). 

MARYVONNE COLOMBANI

L’ensemble Café Zimmermann s’est produit le 19 janvier au Grand Théâtre de Provence et Joanna Wos et Artur Jaroń, le 20 janvier, au Conservatoire Darius Milhaud, Aix-en-Provence.

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