mercredi 11 février 2026
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Cannes, les femmes, le fric, la politique

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cannes
© A.F.

Six réalisatrices en compétition; un joli film, Partir un jour d’Amélie Monin, en ouverture, sur le désir féminin et la filiation ; et des histoires de lesbiennes réalisées par des femmes, qui parlent lesbianisme et religion (Mouna Soualem, La petite dernière) coming out et maternité (Vicky Krieps, Love me tender), vie de star et couple lesbien (Jodie Foster dans le film de Rebecca Zlotowski).

Une révolution est-elle en cours dans ce festival où Thierry Frémaux s’est depuis près de 20 ans distingué par son imperméabilité à #MeToo et ses réponses méprisantes sur la parité ? Si le jury est le personnel sont d’une belle mixité, les sélections et récompenses restent massivement dominées par les hommes. Malgré des efforts notables cette année dans la sélection officielle, 6 réalisatrices sur 19 c’est moins d’un tiers, et pour l’heure seules trois femmes ont reçu la Palme d’Or en 78 éditions, dont Jane Campion à égalité. 

Le fric c’est chic ?

Le chemin sera donc long pour changer l’image des femmes à Cannes, clichés qui fabriquentdes représentations bien au-delà des écrans : les tenues de celles qui montent les marches continuent d’être terriblement plus inconfortables que celles des hommes, même si le nouveau règlement restreint la « nudité excessive » et les « robes encombrantes » après avoir renoncé à exiger des talons hauts (Merci Julia Roberts et ses pieds nus sur le tapis rouge !).

Mais les femmes continuent d’être et jaugées et jugées par des journalistes en roue libre et des commentateurs haineux: la tenue de Léna Mahfouf, qualifiée d’abaya, suscite les réprobations racistes y compris d’une députée Renaissance, la réalisatrice Roman Bohringer se fait insulter « Pas cool la ménopause. » « Physique de mémère », et certains journalistes, sur le registre du compliment, semblent débarqués d’un autre siècle.

© A.F.

Comment s’étonner alors si dans les rues, les tenues extravagantes s’affichent, les talons atteignent des hauteurs insensées ? Si les vitrines exposent des accessoires de luxe au prix inaccessibles, sauf pour ceux qui s’affichent en Ferrari ? Si les sacs Hermès Kelly® ou Birkin®, mythiques sur la Croisette, se louent 400 euros la journée  (prix de vente entre 150000 et 350000 euros) ? Est-ce ça, l’esprit de Cannes ? 

Une autre histoire

Le premier Grand Prix (qui ne s’appelait pas encore Palme d’Or) à Cannes en 1946 fut La bataille du rail de René Clément, à la gloire des cheminots. Le festival français est un projet du Front populaire conçu contre la Mostra qui avait récompensé en 1938, sur ordres croisésde Mussolini et Hitler, Les Dieux du stade de Leni Riefenstahl. Le festival cannois aurait dû s’ouvrir le 1er septembre 1939, jour où Hitler a envahi la Pologne…

Au lendemain de la guerre il s’installe dans la ville, socialiste, grâce au financement de la SGTIF-CGT et à l’engagement de centaines de bénévoles ouvriers. Le CGT qui portera dans les années suivantes le principe de la taxe sur la billetterie reversée au CNC, puis l’avance sur recettes, a permis de mettre en place en France une politique publique du cinéma qui constitue l’exception culturelle française. 

Si le glamour chic s’est toujours affiché sur la Croisette, la programmation défend volontiers des films engagés, indépendants, résistants, sociaux. Les destins ordinaires plutôt que ceux des princes. Le poing levé de Pialat, la Nouvelle Vague qui s’accroche au rideau, le « t’as du clito » d’Houda Benyamina, ou Asia Argento qui dénonce Harvey Weinstein, « Jai été violée, ici-même à Cannes. J’avais 21 ans  ».

Culture publique ou Bolloré ? 

Pourquoi un tel écart, et de tels paradoxes, entre ce que défendent les films et les artistes, et leur médiatisation luxe et patriarcale ? Pourtant le SPIAC-CGT, affaibli dans les années 70, a retrouvé des forces, en particulier dans la région Sud, deuxième en terme de tournage, et équipée de studios de pointe : la Palme d’or 2023, Titane a été tournée en grande partie à Martigues, ville communiste qui s’est réjouie du succès, tout comme la Région Sud, également financeur.

Mais les financements privés sont une nécessité pour un art qui, s’il peut rapporter beaucoup, coûte cher à produire. C’est d’ailleurs Malraux qui, tout en inventant avec le SPIAC les financements publics du CNC, a fait entrer les producteurs privés au Palais, inquiet de la désertion brutale des salles de cinéma après l’apparition de la télévision dans les foyers. 

© A.F.

Mais depuis le démantèlement de la télé publique puis l’arrivée des plateformes numériques, la politique publique du cinéma a perdu en force de négociation. Juliette Triet, en recevant sa Palme d’Or en 2024, le dénonçait : « La marchandisation de la culture que le gouvernement néolibéral défend est en train de casser l’exception culturelle. »

De fait Canal+, premier financeur privé du cinéma français, a réduit sa participation, entre 220 et 200 millions jusqu’à 2023) à 150 millions en 2025. TF1 investit 56 millions, Netflix et Disney+ suivent, en échange de droits de diffusion après 6 mois pour le groupe de Bolloré, davantage pour les autres. Face à ces sources de financements France télévisions, seul opérateur public qui opère sur d’autres critères que la rentabilité et peut financer des films d’auteur à perte, maintient son financement à 65 millions. 

Peut-on vraiment espérer que Bolloré, qui reçoit un néo-nazi dans son île privée, va continuer à financer un art cinématographique français qui conteste à pleins poumons les dominations à la base même de son empire ? 

AGNÈS FRESCHEL

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« Des Preuves d’amour » : deux mères et un couffin

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Le 23 avril 2013, le parlement adopte par 331 voix contre 225, la loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe, promulguée le 17 mai suivant. C’est sur cette archive sonore que s’affiche le générique initial du premier long métrage d’Alice Douard, Des Preuves d’amour.

Si cette reconnaissance officielle du droit à la famille pour tous, marque une étape décisive pour beaucoup d’homosexuels, elle ne leur évite pas tous les écueils discriminatoires dans leurs démarches pour fonder un foyer.

On est au printemps 2014. A Paris. Céline (Ella Rumpf) et Nadia (Mona Chokri) se sont mariées et attendent leur premier enfant conçu par PMA au Danemark – la PMA ne sera autorisée en France qu’en 2021. C’est Nadia, 37 ans, qui porte le bébé. Céline, plus jeune, portera le deuxième, elles se le sont promis. Nadia est dentiste. Céline DJ. Elles s’aiment et partagent l’expérience de cette gestation comme tous les parents. Entre échographies, séances de préparation à l’accouchement, discussions avec ceux qui sont passés par là, elles s’émerveillent, s’angoissent, doutent … Attendre un enfant est une aventure banale et extraordinaire ! Universelle et unique. Nadia ne rentre plus dans ses vêtements, panique devant les difficultés professionnelles et financières que sa maternité va générer mais garde son humour et sa radieuse solidité. Céline, dont on épouse le point de vue, plus fragile, plus grave et sans lien génétique avec sa fille à naître, doit trouver sa place et sa légitimité.

Nourri par l’expérience de la réalisatrice, dont le court métrage césarisé L’Attente abordait déjà le sujet, le film suit la grossesse de Nadia et les étapes de la constitution du dossier. Il sera soumis à la décision du juge des affaires familiales qui permettra à Céline d’adopter le bébé. Il va falloir donner « des preuves d’amour », collecter photos et témoignages des  parents et amis – en veillant à ne pas choisir que des copines lesbiennes (sic). Il s’agira d’ attester de la solidité du couple, de sa capacité à accueillir l’enfant.

La preuve par trois

Sans taire l’homophobie et les préjugés, se moquant des maladresses des hétéros (qui sentent le vécu) , Alice Douard ne réduira jamais son film à une dénonciation. Il sera lumineux, bienveillant et joyeux. Le parcours administratif et médical, émaillé de vraies scènes comiques, s’associe à un cheminement plus intime. Plus particulièrement pour Céline. Sur le point de devenir mère, la jeune femme est confrontée à sa propre enfance, marquée par la mort de son père, l’absence de sa « mauvaise » mère (impeccable Noémie Lvovsky), pianiste internationale qui a placé sa carrière avant sa maternité. Mère et fille, musiciennes dans des registres différents, si loin, si proches. La pulsation techno, tout comme les envolées de Chopin et de Beethoven, se font écho de cet élan d’amour, de confiance, au-delà du chaos profond que chacune porte en elle. Les actrices, selon le vœu de la réalisatrice, existent aussi bien indépendamment qu’ensemble dans une indéniable alchimie.

 Alice Douard voulait « un film populaire et fédérateur » et c’est réussi !

Quand, après l’accouchement et une dernière hésitation à l’image, entre flou et net, Nadia et Céline, mères ravies et apaisées, se retrouvent dans le même plan, leur petite fille contre la peau de Céline, la preuve par trois est évidence.

ELISE PADOVANI

Théâtre amateur en lumière

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La 26e édition du Festival National de Théâtre Amateur s’est déroulée à Marseille et ses environs. Accueillis par les partenaires institutionnels, mais aussi dans les centres sociaux et jusqu’à Martigues et Gignac, ce sont douze spectacles qui ont été proposés du 4 avril au 31 mai. Une enquête de satisfaction auprès du public montre qu’il s’est légèrement rajeuni, que sa moitié est engagé dans la pratique du théâtre amateur. 

Aux Bernardines, Maurice Vinçon a assuré la mise en scène de Bernard est mort de Daniel Soulier avec exigence. Il a lui-même déclaré après le spectacle qu’il avait « bousculé » les comédiens de la troupe Corail née en 1977 du désir d’employés de la SNCF. Actuellement au nombre de dix, comédiens et comédiennes ont réussi avec conviction et vivacité à incarner un groupe de musiciens qui viennent d’apprendre la mort d’un des leurs. Si tout le monde est plongé dans l’affliction, très vite des rancoeurs, des jalousies, des secrets surgissent, créant situations cocasses et coups de gueule réjouissants. La mise en scène est astucieuse avec des moments où les gestes s’arrêtent dans la lumière pendant qu’une musique se déroule. Un spectacle bien huilé avec des comédiens convainquants.

CHRIS BOURGUE

« Fragments d’un parcours amoureux » : Polyphonie amoureuse

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Difficile de ne pas être touché en plein cœur par le documentaire de Chloé Barreau.

L’expérience de l’amour est universelle. Les personnes qui en parlent ici, appartiennent essentiellement à la bourgeoisie intellectuelle urbaine. Leur jeunesse est celle, libre et insouciante, des étudiants du lycée Henri IV, de Fénelon ou de la Sorbonne. Leurs témoignages s’inscrivent dans les années 1990, entre Paris, Rome, Barcelone et Londres, et, la réalisatrice fait de ce film une œuvre qui se confond avec son propre projet de vie. Pourtant, on reconnaît comme nôtres, les affres et les exaltations du sentiment amoureux qui s’exprime là.

En 90 minutes et 12 témoignages d’ex-amants et amantes, on suit le parcours amoureux de Chloé Barreau qui, depuis ses 16 ans, en a fixé les étapes avec son caméscope. « Elle ne se séparait jamais de sa caméra ou de son appareil photo », dit une ses amoureuses. Elle faisait de ses aventures des archives pour les sublimer, et de sa vie intime, une œuvre, dans une démarche assez semblable à celle de l’artiste conceptuelle Sophie Calle.

Fragments d’un parcours amoureux crée le portrait polyphonique d’une amoureuse invétérée et d’une cinéaste en devenir, donnant un contrepoint à ses propres souvenirs. Le film propose une passionnante réflexion sur la mémoire « plus mystérieuse que l’avenir », proche de l’imagination « puisqu’on se l’invente ». En filmant ses amoureux·ses, Chloé Barreau les emprisonnait dans l’image, les objectivait : « j’ai voulu leur redonner la place de sujet » dit-elle.  

Romantique terroriste

C’est une de ses amies, Astrid Desmousseaux qui pose les questions autour de thématiques qui s’entrecroisent. Les premières amours, la rencontre, les coups de foudre, le poids des interdits plus ou moins inconscients autour de l’homosexualité (il faut se souvenir des polémiques autour du Pacs en 1999), l’ivresse de l’interdit, le désir, l’exaltation des corps, l’usure, le mensonge, les ruptures, les premières peines d’amour, et ce qui reste après… Les ex répondent, lisent les lettres d’autrefois, étreints par une émotion communicative, reconnectés à ceux qu’ils furent.

Certaines histoires sont plus douloureuses que d’autres. Chloé apparaît comme une romantique « terroriste » qui pense que l’amour autorise tout, une séductrice compulsive. Les larmes de Marina Jankovic sont bouleversantes et Anne Berest ne comprend toujours pas pourquoi elle lui a menti. Tous sont heureux, des années après, que tout n’ait pas disparu, qu’il y ait eu une archiviste pour attester que leur amour a bien existé, et d’une certaine manière existe toujours.

Le documentaire de Chloé Barreau se calque sur le titre du célèbre essai de Roland Barthes Fragments d’un discours amoureux (1977). Il s’y dit d’aussi jolies choses, souvent devant une bibliothèque, comme pour souligner que l’Amour se raconte toujours. À travers les récits de chacun, s’esquisse un inventaire des formes diverses qu’il peut prendre.

« La nuit je mensj’ai dans les bottes des montagnes de questions/où subsiste encore ton écho » chante Alain Bashung en prologue. Une chanson d’amour et de résistance qui a scellé la rencontre du chanteur avec sa femme, une autre Chloé (Mons), et qui, ouverte à toutes les interprétations, pourrait tout aussi bien, faire épilogue.

ÉLISE PADOVANI

Fragments d’un parcours amoureux, de Chloé Barreau

En salles le 4 juin

S’opposer au Non du père

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Au non du père - Ahmed Madani © Ariane Catton
Au non du père - Ahmed Madani © Ariane Catton

Il est un des auteurs français de théâtre les plus publiés et les plus joués, précurseur d’un théâtre du réel écrit et joué par des non professionnels, à partir de leurs histoires. Celle d’Anissa est particulièrement touchante. Créé en 2021, le spectacle est une petite forme qui joue avec les limites du théâtre : elle n’est pas comédienne (et pourtant), la scène représente « sa » cuisine où elle fabrique des pralines et des fondants au chocolat (une odeur délicieuse flotte dans la salle !), elle reste dans le récit direct et ne joue pas (quoique) et Ahmed l’accompagne sur scène, comme il l’a suivie, parrainée, jusqu’à son rendez-vous avec son père.

Car l’histoire d’Anissa (qui ne veut pas donner son nom) est celle d’une enfant reniée, née d’une mère aide-soignante et d’un père médecin, qui ne veut pas d’elle, mais aurait accepté de reconnaître un garçon. Un père qui dit non quand il s’agit de donner son nom. Un père qui ne veut même pas du nom de « père », et se dit « géniteur ». Un père dont elle n’a rien : ni adresse, ni souvenir, ni lettre, ni photo, ni mots, sinon ceux de sa mère, qui ment un peu pour la protéger.  

À ce non absolu Anissa adulte répond en femme forte, mère de cinq enfants, entraînée dans l’aventure théâtrale de F(l)ammes où elle jouait une Pénélope insoumise. Guidée par Ahmed qui lui fait entendre qu’elle peut à son tour opposer un « non » à son père, qui a quitté la France, son prénom arabe et sa profession de médecin pour ouvrir une boulangerie française aux États-Unis, elle va l’obliger à la rencontre. 

Les diverses fins possibles se construisent, du rejet violent au silence, ou à l’adoption symbolique. Ahmed aussi se livre, parle de son père qui ressemble à celui d’Anissa, évoquant encore ces exils dans la périphérie de villes où les liens familiaux se construisent difficilement. Mais où aucun déni ne saurait vaincre la force d’un destin qu’on prend en main sans s’arrêter au non des pères, ou des fils.

AGNÈS FRESCHEL

Au non du père a été joué à la MJC de Cavaillon les 23 et 24 mai dans le cadre du festival confit !.

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Chœurs à l’ouvrage

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© A.-M.T.

Le Week-end des Chœurs à Marseille, c’est un peu la grande réunion de famille du chant choral amateur. Chaque groupe apporte sa couleur, son énergie, son répertoire : du chant sacré aux musiques actuelles.

Ces 24 et 25 mai, la jeunesse était magnifiquement représentée avec les Maitrises du Conservatoire Pierre Barbizet et d’Istres, le Chœur de l’Inspe, le Chœur des jeunes (Marseille) ou Ev’Amu, ensemble bluffant de professionnalisme dirigé par Philippe Franceschi.

De nombreux ensembles avaient fait le déplacement de loin dans la région comme Théliavenu de Gap pour un répertoire a capella raffiné d’airs de Gustav Holst ou Fauré, d’autres des Alpes-Maritimes comme Musiques en jeux ou le Chœur de femmes du Conservatoire de Vence. Il y a eu du Gospel, des musiques du monde avec le pétillant Choeur Boras, ensemble de femmes d’origine comorienne, des créations, comme deux œuvres acclamées du jeune compositeur Timo Jolivet portées par le Chœur Soléa

Les montées sur scène se sont enchaînées avec la joie d’être alternativement sur scène et spectateurs, l’occasion de se nourrir du travail des autres, de piocher des idées. Et à voir les sourires dans la salle – en particulier ceux du maître du lieu Roland Hayrabedian – on peut dire que le pari est plus que réussi.

Comme dans les grandes familles, on se quitte avec des photos, des souvenirs heureux, de la musique plein la tête en se fixant des rendez-vous prochains.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Le Week-end des chœurs s’est tenue les 24 et 25 mai, salle Musicatreize, Marseille. 

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Orphée aux voix multiples

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orphée
© A.-M.T.

Parmi tous les mythes, celui d’Orphée, poète et musicien, est sans doute l’un des plus féconds en inspirations artistiques. De l’Antiquité à nos jours, il n’a cessé de fasciner compositeurs, écrivains et poètes. De nombreuses œuvres, notamment vocales, lui ont été consacrées. Les élèves de plusieurs classes du Conservatoire Pierre Barbizet ont revisité le 21 mai cette histoire intemporelle à travers les pages du répertoire baroque.

Les plus petits, baptisés « Graines de voix » ont investi la salle Billoud – écrin parfait pour célébrer ce personnage légendaire – habillés tout en blanc, déroulant une pantomime et une ronde silencieuse. Sous la direction d’Anne Perissé dit Préchacq, responsable des maîtrises au Conservatoire, spécialiste du baroque et architecte de cette soirée, ils ont interprétél’émouvant Dormite, tiré de La Lyra d’Orfeo, œuvre de Luigi Rossi. Ils sont accompagnés par des instrumentistes au violon baroque, traverso, violoncelle et clavecin, organisés en duo : un professeur et un élève qui introduisent la soirée avec la Sinfonia de Christofano Malvezzi,compositeur italien de la fin de la Renaissance. 

C’est en soprano soliste qu’Anne Perissé, lumineuse, enchaîne avec la Cantate Orphée de Nicolas Clérambault qui célèbre celui qui est capable d’enchanter la nature avec sa musique. Alternant airs et récitatifs, typiques du genre cantate française, cette œuvre, très virtuose est aussi d’une grande allégresse en particulier dans le dernier air Chantez la victoire éclatantequi emporte la salle.

Entre deux moments musicaux, des élèves comédiens de la classe d’art dramatique déclamentdes textes perchés dans les galeries lambrissées de la salle, parmi lesquels des poèmes tirés des Sonnets à Orphée de Rainer Maria Rilke.

Le concert s’achève en beauté par des extraits bouleversants de La descente d’Orphée aux Enfers de Marc Antoine Charpentier (1643-1704), portés par Le chœur des jeunes de la Maîtrise et le soliste invité Sylvio Cast, dans une prestation poignante qui touché le public en plein cœur.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Le concert s’est déroulé au Conservatoire Pierre Barbizet le 21 mai.

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Un lieu surprise, un concert

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concert
© A.-M.T.

Nathalie Négro, instigatrice des concerts En Ap(parté), ne manque ni d’idées ni de goût.C’est ainsi qu’un public curieux s’est retrouvé le 22 mai dans la galerie La Nave Va à Marseille pour découvrir le saxophoniste et joueur de duduk Joël Versavaud, accompagné d’Amine Soufari à l’oud et au chant.

À l’origine ces deux-là ne gravitent pas dans le même univers musical. Joël enseigne le saxophone classique au Conservatoire Pierre Barbizet. Amine, lui, vient du monde de la musique orientale. Puis, il y a quelques années, Joël s’est mis avec bonheur au duduk, instrument arménien à anche double comme le hautbois au son chaud et profond. De son côté, Amine dirige maintenant fréquemment des programmes classiques et baroques. Ils devaient donc finir par se croiser. Grâce à Nathalie, qui a provoqué la rencontre, c’est désormais chose faite. 

Le duo a offert aux spectateurs chanceux un programme riche et métissé. La première partie était consacrée au duduk avec quatre chants arméniens composés ou collectés par le père Komitas dont le célèbre Andouni, dont Claude Debussy disait : « Komitas n’eût-il composé qu’Andouni, il serait déjà un grand compositeur. » Signifiant « sans foyer », il raconte l’exil et la perte. Puis ce fut au tour d’Amine, au chant et à l’oud, de partager des airs algériens. Lepremier, qu’il aborde avec une grande émotion, est la berceuse que sa grand-mère lui chantait quand il était petit. Le second Tasquim est une improvisation autour d’une gamme ponctuée de « grains de beauté », formule qui évoque de façon poétique les ornementations en musique orientale.

Les deux solistes se rejoignent ensuite pour un programme partagé. D’abord avec un chant palestinien qui évoque la terre abandonnée particulièrement émouvant aujourd’hui. Puis ce sera la célèbre Rosa Enflorece, chant typique et poignant du répertoire séfarade pour finir sur un Bint Shalabiya libanais, popularisé par la chanteuse Feyrouz, aux accents de jazz, qui met la salle en ébullition.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Le concert s’est déroulé le 22 mai à la galerie La Nave Va.

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Le théâtre, une terre nourricière

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théâtre
© VIncent Beaume

Comme le titre de la nouvelle édition l’indique « Manger la terre », Nature et Biens Communs met à l’honneur cette année l’alimentation et la terre. Des thématiques qui inspirent, tout au long de l’année, à Marseille et en particulier dans son Nord, des collectifs de toutes sortes, travaillant à promouvoir les circuits courts, réintroduire du vivant au cœur du béton, réfléchir aux défis de l’agriculture urbaine. Bref, préserver et enrichir nos horizons paysagers et alimentaires. Le temps fort du Zef de Marseille met en lumière ces initiatives, déclinées à travers de multiples rendez-vous : conférence, banquet, ateliers, balades, spectacle, concert… à déguster du 1er au 8 juin. 

Du dimanche au dimanche 

L’ouverture de la semaine se fait le 1er juin à la Cité des Arts de la rue : marche, conférence et banquet artistique (à prix libre) mis en scène par Margo Chou et scénographié par Juliette Morel. Dans les jours qui suivent, plusieurs propositions chaque jour, certaines étonnantes : Y’a pas de mêêêê ! transhumance urbaine du parc de Font obscure à la Ferme pédagogique de la Tour des pins, avec des moutons – des vrais ! (4 juin). Ferme pédagogique où des dégustations d’insectes sont proposées pendant la visite de l’exposition Les insectes au secours de la planète, organisée par l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD). Notons aussi le vide-grenier, troc de plantes et customisation de vêtements au centre social Flamant Iris le dimanche 8. 

Concert et spectacle

Le 7 juin, Les Voix Nomades sont en concert sur le toit terrasse de l’association Chers voisins qui embrasse Marseille et sa rade (rue André Allar, Marseille 15e) avec des chants pour petits et grands autour du respect de la terre et des arbres (de 16 h à 19 h).

Quant à la metteuse en scène, performeuse et artiste Anne-Sophie Turion, membre de la Bande du Zef, elle propose sous le titre Grandeur nature un spectacle entre déambulation audioguidée et performance (deux déambulations prévues à 11 h ou 18 h, au départ du Centre Urbain du Merlan) offrant aux participant·e·s le pouvoir d’accéder à la vie intime de tel ou telle inconnu·e croisé·e au hasard d’une rue, ou d’un rayon de supermarché…

MARC VOIRY

Nature et biens communs
Du 1er au 8 juin
Divers lieux, Marseille
Une proposition du Zef, Scène nationale de Marseille.

Dansent les ombres du monde

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Des danses des luttes © Pamela Pershke

C’est comme on veut : on peut s’asseoir sur des coussins posés de chaque côté de la scène, ou dans la salle. Pendant ce temps-là, Bouziane Bouteldja finit de dessiner sur un paper-board une carte du monde « à l’envers » : la pointe de l’Inde en haut, le Groenland en bas, l’Atlantico au milieu, NYC sur le côté droit, l’OM et DZ en face. Une géographie à tête renversée que le chorégraphe et danseur commente au micro en se mettant en chandelle sur la tête au milieu de la scène : car « les tensions communautaires qui traversent la société nous mettent la tête à l’envers ». 

IL précise aussi que « Zyriab », écrit sur l’autre paperboard, de l’autre côté, est le prénom deson ami juif, patron du Celtic bar à Tarbes, récemment tagué de croix gammées. Face à ces tensions identitaires, lui, « l’Arabe des Pyrénées », à qui parfois, lors de ces interventions dans « les quartiers », de jeunes gens lui signifient que la danse et la musique c’est « haram », va déployer une histoire de danses faites de luttes et de joies, contre toutes les entraves.

Appropriations culturelles

Remis sur ses deux pieds, il accueille sur scène une vingtaine d’interprètes (amateurs etmembres de sa compagnie Dans6T), qui vont illustrer les différentes étapes de sa conférence dansée et décontractée, aux pointes d’humour fréquentes. Partage de récits et de gestes : déhanchements, épaules d’avant en arrière, sur une musique traditionnelle d’Afrique du Nord, rappelant que c’est l’orientalisme qui a mené à la confusion entre sensualité et sexualité.

Danses dissimulées, nées dans les chaînes de l’esclavage, le shuffle, la capoeira, et celtique -qu’avec les pieds, les Anglais colonisateurs interdisant la danse en Irlande. L’Afrique du Sud et l’apartheid avec le pantsula, danse des townships. 

Bouziane Bouteldja avoue avoir été longtemps homophobe avant d’être séduit, dans des soirées ballroom à New-York, par les costumes, puis par le voguing, le posing, le hand-performing. Toujours accompagné par les démos dansées de ses complices, précises, pleines d’énergie, il évoque la naissance du hip-hop dans le Bronx en 1973, les blocks party, le clowning, le krump, le drill, puis le kuduro né de la guerre civile en Angola, l’afro-house…

Et vient conclure en bord de scène, accompagné de tous les interprètes, par un éloge de l’appropriation culturelle, qui permet par exemple sur scène à Momo, jeune homme noir, de danser des danses celtiques, à Mathide jeune femme blanche le pantsula, à lui de faire une démo de hand-performing, et à tous·tes de passer d’une danse à l’autre avec joie, « contre tous ceux qui veulent nous transformer en bâtons ». 

MARC VOIRY

Des danses et des luttes a été créé le 21 mai à Klap, Maison pour la danse, Marseille. 

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