mercredi 12 août 2026
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Tadam

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Tadam © Alice Piemme

Yann est un magicien dont les pouvoirs semblent s’être éteints depuis l’échec de son dernier tour, la Grande Disparition. Alors qu’il continue d’essayer d’impressionner sa fille Louison avec des tours de passe-passe qui ne l’intéressent plus, celle-ci s’efforce d’élucider le mystère des silences obstinés d’un père qui s’éloigne de plus en plus. Sur scène, trois personnages gravitent autour d’un escalier et d’un jeu d’échecs dans une atmosphère dont les alternances d’ombres et de lumières se prêtent bien aux artifices de la magie. Création de la compagnie Renards/Effet Mer, Tadam aborde par le prisme adoucissant de la magie le poids des non-dits, la difficulté de se reconstruire, et l’acuité de l’enfance dans une histoire touchante et poétique.

 A.C.
18 et 19 décembre
Bois de l’Aune, Aix-en-Provence

Céleste ma planète

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Céleste ma planète © Emilia Stéfani Law

Comment sauver un monde qui s’effondre ? Cette question – d’actualité – est au cœur de Céleste, ma planète, adaptation du roman de Timothée de Fombelle mis en scène par Didier Ruiz. Dans l’épais brouillard d’une pollution suffocante, cerné de tours de verre et d’écrans lénifiants, un adolescent s’enlise dans le confort et la solitude. C’est alors qu’inopinément l’amour survient lorsque Céleste fait une irruption éphémère dans ce paysage dystopique. L’adolescent amoureux s’élance à cœur perdu dans une course effrénée pour retrouver Céleste et sauver la planète. D’une pureté inespérée dans le marasme ambiant, l’amour apparait comme un fil rouge à suivre pour échapper au délitement du monde et de soi. La morale est celle de l’action face à un désastre écologique qui n’a rien d’inéluctable pour qui sait aimer.

A.C.
18 décembre
Les Salins, Scène nationale de Martigues

Corps extrêmes

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Corps extrêmes, Rachid Ouramdane © Pascale Cholette

Moquant les lois de la gravité, dix interprètes de la compagnie de Chaillot s’élancent à l’assaut du vide dans une chorégraphie vertigineuse imaginée par le danseur et chorégraphe Rachid Ouramdane. Depuis sa création en 2021, Corps extrêmes ne cesse d’éblouir ceux pour qui mettre un pied devant l’autre est bien la seule prouesse dont leur corps est capable. Mélange de danse, de cirque et de sports extrêmes, la chorégraphie se déploie sur une scène équipée d’écrans géants diffusant des vidéos de paysages naturels époustouflants. En fond sonore, la musique de Jean-Baptiste Julien apporte une dernière touche éthérée à ce spectacle saisissant qui semble vouloir repousser les limites du corps humain.

A.C.
17 et 18 décembre
Grand théâtre de Provence, Aix-en-Provence

L’Hôtel du libre-échange

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L’Hotel Du Libre-Echange © Jean-Louis Fernandez

Sans conteste l’une des œuvres les plus acclamées de Georges Feydeau, L’Hôtel du libre-échange est présenté au Théâtre de la Criée dans une nouvelle mise en scène de Stanislas Nordey. Las de la libido déclinante de leur conjoint respectif, Madame Paillardin et Monsieur Pinglet cherchent dans l’adultère l’assouvissement d’un désir débordant et un remède contre l’ennui d’une vie bourgeoise qui les étouffe. Théâtre de leurs ébats, l’Hôtel du libre-échange devient le lieu de convergence d’une compagnie hétéroclite de personnages insolites dont les mœurs dissolues amusent autant qu’elles dérangent. Un vaudeville tout en satire et en exubérance qui continue de plaire au plus grand nombre.

 A.C.
Du 17 au 19 décembre
La Criée, Théâtre national de Marseille
Une proposition du Théâtre du Gymnase hors les murs.

L’amitié, une histoire de couple

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Alice Ferney © Jean-Luc Bertini

Alice Ferney s’est lancée dans une analyse subtile et nuancée de la relation entre une jeune femme mariée, fidèle, mère de trois enfants et d’un célibataire aussi séducteur qu’obstiné. Marianne crée des sacs à mains, Cyril est chroniqueur-photographe de la vie artistique et mondaine parisienne. Il demande une interview à la créatrice. Très vite l’entretien évoque l’art et la littérature. Si Cyril voit en elle une « partenaire possible », Marianne n’a aucune attirance. Mais une connivence spontanée les amène à se revoir, puis ils prennent assez vite l’habitude de se téléphoner presque tous les jours.

Étrangement leurs échanges sont exclusivement téléphoniques en dehors de leurs rares rencontres. Aucune trace écrite. Ainsi le roman est essentiellement fait de dialogues ciselés qui rendent compte de leurs goûts, de leur complicité en 40 petits chapitres qui ont tous pour titre un verbe à l’infinitif. Des changements importants surviennent : le mari de Marianne a une liaison et leur divorce sera prononcé, tandis que Cyril tombe amoureux de Julia, de dix ans sa cadette.

L’amitié a-t-elle tous les droits ?

Si Marianne, après les bouleversements de la séparation, retrouve pendant un certain temps une vie amoureuse satisfaisante, Cyril connaît une période tumultueuse d’élans amoureux et de doutes. Car Julia souhaite un enfant, ce que refuse Cyril. En plus de ses réticences il gagne très mal sa vie. Tous deux ne sont pas d’accord sur la notion de « vrai couple », qui voudrait dire partager le même appartement, rencontrer les familles respectives… Alors Julia rompt, Marianne conseille et réconcilie.

De ce moment, des secrets, des omissions, ternissent les relations et la belle harmonie qu’a connu l’amitié s’érode. L’amitié permet-elle de tout dire ? Jusqu’où peuvent aller les conseils et la sincérité ? Marianne comprend le désir de Julia et les deux femmes connaissent une période de complicité sororale qu’ignore Cyril.

Alice Ferney met en scène avec délicatesse et précisions cliniques ce trio hésitant qui avance, recule et aborde le problème du choix de l’enfant ou pas. Les atermoiements de Cyril occupent le dernier tiers du roman et le dénouement que l’on soupçonne adviendra dans sa cruelle violence.

CHRIS BOURGUE

Comme en amour, Alice Ferney
Actes Sud - 22 €

L’environnement, terre de Risc

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The Cosmic Microwaves Background de Robin Touchard © Le Fresnoy - Studio national des arts contemporains

Le festival Risc est toujours l’occasion de découvrir des films que l’on ne verrait pas ailleurs, de par leur ligne hybride, entre recherche scientifique et expression cinématographique. La 16e édition a amené son lot d’œuvres expérimentales, qui trouvent ainsi leur public.

Notamment en format court-métrage. C’était le cas le 10 décembre, pour une programmation au Muséum d’histoire naturelle, autour d’une thématique Environnement(s). Au sens parfois très large, prenant même carrément les dimensions de l’univers dans The Cosmic Microwaves Background, de Robin Touchard. Ou en se focalisant sur du très local, lequel résonne désormais avec le global, sur notre planète mondialisée.

Risquer de changer

Un quartier de Bruxelles, par exemple, où la crise financière de 2008 a entraîné l’arrêt d’un chantier et l’apparition… d’un marais, avec la remontée des nappes phréatiques. Dans L’eau était là, Sophie Sherman et Némo Camus baladent leur caméra auprès des habitants, désireux de « faire alliance avec les zones humides », contre un urbanisme moderne qui n’en veut pas. Une femme serre un magnifique coq contre son cœur, ou un chat tout pelé, avec la même tendresse. « C’est pour ça qu’on se bat ; pour les animaux. On a raison, non ? », demande-t-elle aux réalisateurs, et à nous au-delà.

Bien-sûr, madame ! Tout comme on a des raisons de se battre contre les industries fossiles ou l’artificialisation des paysages. Le pétrole, dans Green Grey Black Brown de Yuyan Wang, est une matière huileuse, organique, plastique, que des humains malaxent, répandent, brûlent. À l’écran, des images dont on ne sait si elles sont documentaires ou fictives, montrent des personnes se vautrant dans cette boue. Métaphore de notre débauche énergétique irrépressible ?

Quant au film de Simona Obholzer, DIN 18035, il trouble fort, en illustrant l’étonnante capacité humaine à faire culture de tout. Y compris de l’industriel et du machinique ! Une grosse pelleteuse qui griffe le sol comme pour dessiner dans sa matière grumeleuse un jardin zen, avec bruit de gravillons en pluie, on a beau s’en défendre, cela satisfait un sens esthétique. DIN 18035, en langage technocratique, est une norme standardisée, à laquelle doivent se conformer les terrains de sports synthétiques. Que l’on en arrive à trouver cela beau est sans doute le signe que nous devrions évoluer.

GAËLLE CLOAREC

Les Risc se sont tenues du 9 au 13 décembre dans divers lieux à Marseille.

Passer de l’autre côté

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Désertons ! Sur sa couverture rouge et noire, le livre de Jeanne Mermet, co-édité par Wilproject et Les Liens qui Libèrent, brandit le poing de manière résolue. « Ce vocabulaire guerrier n’est pas venu tout de suite, raconte la jeune autrice. Moi, j’ai simplement dit, au départ, que je ne voulais pas travailler. » Pas, en tout cas, dans la voie toute tracée par des études brillantes à l’école Polytechnique. Comme d’autres ingénieurs de sa génération, elle a décidé de « bifurquer », quitter une carrière prometteuse, mais qui l’aurait menée « à faire la guerre aux vivants » en multipliant les technologies intrusives et polluantes.

Apprendre à ne pas

Jeanne Mermet était censée modéliser des réseaux électriques trans-européens, au nom de politiques énergétiques clamant leur volonté de décarboner l’économie. « Je ne voulais pas contribuer à une transition qui n’a d’écologique que le nom. Car en vérité, on ne change pas les modes de production d’énergie, on en rajoute, dans un système désastreux et colonialiste, basé sur l’exploitation des ressources. Au Congo, par exemple, l’extraction du coltan*, cobalt, et bientôt lithium se fait au prix de déplacement de populations, violences faites aux femmes. Il faut lever le voile sur le complexe militaro-industriel, qui emploie des ingénieurs dont j’aurais pu faire partie. »

Dans le public attentif, serrés sur les canapés des éditions Wildproject, beaucoup de jeunes, parfois eux-mêmes ingénieurs, se demandent comment bifurquer à leur tour. Faut-il tenter d’agir « de l’intérieur », dans les rouages d’un système capitaliste conduisant l’humanité dans le mur ? Faut-il montrer l’exemple en s’investissant dans des alternatives décroissantes ?

Ces choix ne sont jamais faciles, même si, Jeanne Mermet le rappelle, en refusant d’être héroïsée, « dans les milieux privilégiés, nous avons des filets de sécurité, pour rebondir socialement ; la prise de risque est limitée ». Depuis sa désertion, elle a rallié les luttes citoyennes, en commençant par celles menées en Aveyron contre un mega-transformateur, ou contre le nucléaire. « J’ai rejoins le camp d’en face. Avec mes études, je peux aller lire entre les lignes des projets de RTE*, cela me permet de dire que c’est une grosse farce. »

GAËLLE CLOAREC

La rencontre avec Jeanne Mermet a eu lieu le 10 décembre aux éditions Wildproject, Marseille.

* minerai critique pour nos appareils électroniques

** Réseau de Transport d'Électricité, filiale d'EDF

Naples en partage

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© M.V.

La galerie marseillaise Territoires Partagés et Bernard Plossu, photographe voyageur connu pour ses séries sur le Mexique, les États-Unis, l’Inde… cheminent ensemble depuis 2019. Ils avaient proposé l’exposition itinérante Bernard Plossu / Photographies pour La Galerie Ambulante [voir encadré], et plusieurs autres rendez-vous dans la galerie de la rue de la Loubière : Marseille Inédit en 2021, Plossu Expérimental, puis Cézanne avec Patrick Sainton, en 2023.

Dans Les Napolitains, inaugurée le 6 décembre dernier, 90 photographies en noir et blanc témoignent de son amour pour l’Italie, s’ajoutant à Voyages italiens en 2015 exposés à la MEP, L’odyssée des petites îles italiennes, livre paru en 2024, ou encore Italia discreta en 2022 au Musée Granet d’Aix-en-Provence. Photographies présentant en grande majorité des paysages comme suspendus dans le temps, urbains ou naturels.


Photographie de rue

Pas de no man’s land dans les photographies des Napolitains, présentées sous verre, cadre en chêne, qui parcourent les murs de la galerie en ensembles d’une dizaine à une vingtaine de tirages, et d’où ressortent parfois un dénominateur commun : la nuit, le port, individus seuls, les enfants…

Des scènes du quotidien, avec vieux monsieur en costumes, serveur de café se faufilant au milieu de taxis arrêtés, et quelques vues urbaines parfois prises depuis l’intérieur d’une voiture. Des jeux avec des affiches, enseignes, graffitis, avec des lumières, naturelles ou artificielles (néons). Et de nombreux couples, sur scooters, s’embrassant sur une corniche dominant la ville… Un regard contemplatif, bienveillant, curieux et amusé sur une Naples d’avant la mondialisation.

MARC VOIRY

Les Napolitains

Jusqu’au 31 janvier

Territoires Partagés, Marseille
La Galerie Ambulante

Avant d’ouvrir la galerie Territoires Partagés rue de la Loubière à Marseille, Stéphane Guglielmet a inventé en 1999 La Galerie Ambulante : tout d’abord une serre de jardin démontable comme espace d’exposition éphémère, puis un fourgon aménagé, circulant de Marseille jusque dans la vallée du Queyras, de la Roya et aux alentours de l’arrière-pays niçois en direction de Turin.

Permettant « de présenter des œuvres à différents publics souvent éloignés de l’offre culturelle, de par leur situation géographique ou sociale, en sensibilisant enfants comme adultes au travail d’un artiste et par la même à la création contemporaine ». Les derniers parcours de La Galerie Ambulante ont eu lieu en 2021-2022 autour d’œuvres de Frédéric Clavère, en 2022-2023 de Franck Pourcel, et en 2024-2025 de Laurent Le Forban. M.V.

Retrouvez nos articles Arts visuels ici

Une histoire immobile du temps

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© X-DR

Dans le noir doux d’une salle attentive, Paul Anders déplie le très beau Kinoko comme un vaste livre d’images. Pendant une trentaine de minutes, chaque dessin, chaque texture, chaque son semble suspendre le temps pour mieux le faire circuler, du lever à la nuit, d’une saison à l’autre. Une petite amitié née d’objets délicatement manipulés se noue entre deux champignons – Kinoko en japonais. Pensé comme une rêverie visuelle et sonore, le récit pensé quasiment sans paroles tient en haleine les tout-petits et leurs accompagnateurs.

Sur le plateau, l’univers pop-up et les objets, s’y nichant comme des illustrations dans les pages d’un livre, deviennent des signes : couleurs des saisons, silhouettes changeantes, fragments de langage, bruissements et musiques … Le tout parle directement au sens et à la sensation. Cette forme singulière, pensée pour les plus petits (dès 4 mois jusqu’à 6 ans) sollicite l’imaginaire sensoriel des enfants mais aussi des plus grands. Un beau voyage intérieur où le temps se suspend, et où le lien se vit sans se penser. À voir sans hésiter pour les tout-petits.

SUZANNE CANESSA

À venir

Kinoko est joué jusqu’au 17 décembre au Théâtre Badaboum, Marseille.

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Rater pour mieux entrer

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© X-DR

Chercher sa place, hésiter, se tromper, recommencer. Ici, l’échec n’est ni une faute ni un accident, mais un moteur. Le spectacle avance à tâtons, comme on explore un territoire inconnu, avec une énergie joueuse. Sur scène, Jeanne Béziers et Jean-Philippe Barrios tentent l’impossible : entrer, chanter une chanson, repartir. Une action simple en apparence, vite mise en crise par une succession de numéros butant sur leur propre aboutissement. Chansons interrompues, pantomimes parlantes, adresses directes, musique live, jusqu’à une scansion rap : tout se construit à vue, dans un dialogue constant entre le jeu, le son et le corps.

Musicienne et comédienne, Jeanne Béziers déploie une présence clownesque faite de métamorphoses, de bafouillages et de chutes assumées. À ses côtés, Jean-Philippe Barrios, musicien rompu aux formes hybrides, imprime une musicalité précise et ludique, transformant chaque ratage en impulsion nouvelle.

Derrière l’humour et la fantaisie, le spectacle aborde, sans jamais les figer de grandes questions : temps, achèvement, identité, vérité, absolu, dedans et dehors. Il ne s’agit pas d’expliquer, encore moins d’enseigner, mais de faire ressentir. Ici, on peut chanter faux, ne pas savoir, inventer des mots, et même faire chanter « thermoception » à des enfants. On ressort joyeusement déboussolé, convaincu que rater peut être une façon très sérieuse d’entrer en scène.

SUZANNE CANESSA

À venir

Quand j’étais dans le futur est joué au Théâtre de L’Ouvre-Boîte (Aix-en-Provence), jusqu’au 17 décembre.

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