samedi 14 février 2026
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Diasporik : Fi khatar Marseille ! Hommage à Marseille !

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Marseille
© X-DR

Au cœur de Marseille, la Cité de la Musique abrite depuis plus de dix ans un espace unique : le Pôle régional des musiques du monde. Sous la direction artistique de Manu Théron, ce lieu d’exception invite des artistes de tout le pourtour méditerranéen à façonner une Scène d’Intérêt National, avec le soutien indéfectible de la Ville de Marseille.

Les 28 février et 1er  mars [voir ici], la programmation mettait à l’honneur les musiques du Maghreb et du Machrek, inaugurant ainsi les veillées artistiques du Ramadan. Marseille, ville-monde par excellence, a toujours été un creuset de recomposition des identités culturelles : la Cité de la Musique incarne cet héritage en favorisant la création autour des répertoires arabes, arabo-amazighes et méditerranéens.

Un contexte sous tension

Pourtant, au niveau national, ces répertoires musicaux restent rares sur les scènes artistiques. Est-ce l’effet des tensions renouvelées entre les rives de la Méditerranée ? À voir le palmarès des Césars 2025, on pourrait croire ces interrogations caduques. L’Histoire de Souleymane, sacré à quatre reprises, ainsi que les consécrations de Hafsia Herzi et Karim Leklou en tant que meilleurs actrice et acteur, semblent témoigner d’une reconnaissance du pluralisme culturel, malgré les tensions économiques, diplomatiques et sécuritaires. Même si le film Ni chaînes ni maîtres, premier long-métrage français traitant de l’esclavage et du marronnage à l’île Maurice au XVIIIe siècle, réalisé par Simon Moutaïrou, est absent du palmarès.

À Marseille, la question ne se pose pas de la même manière qu’aux Césars : la cité phocéenne, loin de se plier aux exclusions, a su retourner le stigmate de la diversité en une force. La programmation du Pôle des musiques du monde en est la preuve éclatante : qu’ils soient initiés ou simples curieux, les spectateurs affluent, séduits par ces scènes intemporelles et contemporaines du monde arabe et du Maghreb.

Marseille, capitale du raï ?

Le 28 février, à l’invitation du musicien Mehdi Laifaoui, en résidence d’artiste, un quartet s’est formé, rassemblant Mehdi AskeurJamel Reffes et Sofiane Saïdi, figures incontournables du raï. Ces artistes, combinant carrières solos et collaborations éphémères, insufflent une nouvelle dynamique à ce genre emblématique. Les classiques du raï s’enchaînent, réarrangés avec une modernité audacieuse. Mehdi Askeur sublime ce répertoire en interprétant Fais comme tu veux (Diri ki tebghi) et Cette vie est absurde (Had denia melha), avant de conclure avec l’incontournable Ya Mimouna Dhyaf Rabbi, une ode à l’amant éconduit.

Tradition en mouvement

Issu d’une transmission orale et familiale, le raï révèle un héritage culturel puissant, notamment à travers le matrimoine des Medahates, ces groupes féminins qui, de génération en génération, initient les plus jeunes à une musique oscillant entre complaintes, autodérision et célébration de la vie. Du raï trab traditionnel au pop raï, le genre a évolué avec l’introduction d’instruments comme la trompette à pistons et l’accordéon, en complément du bendir et des krakibs (crotales). 

L’inscription du raï sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’Unescoen tant que chant populaire d’Algérie et le succès planétaire de Disco Maghreb de DJ Snake attestent de sa vitalité.

Mue par une curiosité insatiable pour les musiques du monde, la Cité de la Musique s’emploie à réinventer ces répertoires raï et arabes pour le plus grand bonheur des Marseillais. Contre vents et marées, elle perpétue cette tradition d’accueil et d’échanges culturels, conjurant ainsi les méandres d’une politique arabe de la France devenue illisible et inaudible.

SAMIA CHABANI

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Faïrouz, la diva de l’amour

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Faïrouz
© X-DR

Amine Soufari a tous les talents. On le connaissait compositeur, chef d’orchestre et de chœur, on le découvre magnifique pianiste et joueur de luth. Avec sa complice, la chanteuse Hind Chraibi, il a imaginé une soirée pour célébrer Faïrouz, dernière légende vivante de la chanson arabe. Les deux artistes, pétris d’humanité sont accompagnés par le saxophoniste Vincent Cladere, la contrebassiste France Duclairoire et la très expressive percussionniste marseillaise Nadia Tighidet. Ensemble, Ils forment le Atmaten Quintet qui a puisé dans le vaste répertoire de la diva. 

Dans les chansons de Fairouz, l’amour est toujours au rendez-vous comme avec Wa habib (et mon bien-aimé), Eddaysh kan fi nass, qui parle de la solitude de ceux qui ne sont pas aimésou Shayef el Bahr qui déclame : « Mon amour pour toi est aussi grand que la mer »Ses compositeurs, les frères Rahbani (Mansour et Assy qu’elle épousera) prenaient aussi plaisir à adapter des airs mythiques comme Les feuilles mortes ou la 40e symphonie de Mozart. Ils reprennent aussi les mots d’immenses écrivains comme Khalil Gibran. Depuis le décès de son époux, celle que l’on surnomme aussi la 7e colonne, en référence aux six colonnes du temple de Jupiter de Balbeck, travaille avec son fils Zyad. 

Étonnamment Hind Charaibi a des faux airs de celle qu’elle célèbre. La même prestance, le visage long et fin, et l’intense sensibilité. Le public est immédiatement transporté dans l’ambiance cosy d’un piano bar, comme ceux qui fleurissaient dans le Beyrouth d’avant-guerre proposant des morceaux jazzy qui se mélangeaient avec bonheur aux mélodies poignantes et aux rythmes orientaux. Le public tape dans les mains, des youyous résonnent. Certains connaissent ces chansons par cœur et Hind les invite à chanter, ce dont ils ne se privent pas. Des spectateurs quittent leurs fauteuils pour devenir danseurs. Les solos des quatre musiciens s’enchaînent dans une complicité totale. 

Puis c’est l’heure de la surprise. Manu Théron monte sur scène. Armé d’un tambour il se lance lui aussi dans un solo décoiffant qui met la salle en folie. L’émotion est palpable quand la chanteuse entame Libeyrouth, hommage à la capitale du Liban si meurtrie depuis ces cinquante dernières années : « À Beyrouth du fond de mon cœur, j’envoie un Salam et des baisers à ses océans, ses toits, ses rochers et à son peuple. »

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Le concert s’est déroulé le 1er mars, à la Cité de la Musique de Marseille.

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Charles Berling, et la complexité du réel

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Berlin
C'est si simple l'amour © Vincent Berenger

Zébuline. Pourquoi avoir choisi, pour cette création 2025 puis pour celle de l’année prochaine,le dramaturge suédois Lars Norén ?

Charles Berling. Parce que c’est un auteur majeur du théâtre contemporain, le successeur de Bergman, qui porte sur la société un regard acéré. Il sait raconter le tragique humain mais aussi, en contrepoint, il y a des détonations magnifiques, qui génèrent une dimension comique, une autodérision dont on a particulièrement besoin aujourd’hui. 

Pourquoi ? 

Vu les catastrophes en série du monde, l’état d’instabilité permanente, on a besoin de théâtre, de dérision, de politique. Le théâtre sait affronter et confronter le monde. C’est si simple l’amour met en scène deux couples qui sortent d’une représentation théâtrale. Deux ont vu, deux ont joué. Ce sont des bourgeois de gauche, il parle sans concession de leur rapport aux femmes, à l’autre, à la vérité. Par rapport à la gauche où je me suis situé toute ma vie, cela pose des questions profondes. 

De quel type ? 

Norén est un dramaturge génial. Avec des dialogues apparemment anodins il fait apparaître l’inconscient des relations, par l’agencement des répliques. Le public assiste à des conflits, des joutes de couples, et Norén sait lui faire voir ce que les personnages eux-mêmes, et parfois les acteurs, ne perçoivent pas tout à fait. La structure de la pièce est dingue, elle permet une pertinence humaine incroyable, avec des mises en abyme… parfois on ne sait pas si les acteurs jouent encore la pièce et ce qui relève du vrai, du joué, du souvenir. Cette complexité du rapport au réel, c’est celle que nous vivons tous les jours, avec des nouvelles qui nous assomment et nous empêchent d’être totalement dans le présent et la relation.

Dans l’amour, qui n’est pas si simple ? C’est un de vos sujets de prédilection… 

Avec Léon Blum, Montessori, Hannah Arendt ou Koltès je n’étais pas exactement sur ces sujets-là, plutôt sur la politique. Mais oui le théâtre donne souvent à voir des histoires d’amour.   

Ce qui m’importe pourtant c’est comment le public les regarde, et en l’occurrence comment je mets ce regard en abyme sur scène. Aujourd’hui, nous sommes saturés d’informations qui nous disentcomment tourne le monde. Le théâtre lui avoue être un mensonge. Aujourd’hui je ne veux plus de micro, de vidéo, et je veux que le public fasse partie du décor. 

Le public est donc sur scène ? 

Oui en partie. Le décor est un salon, mais même dans nos salons nous n’avons plus d’intimité et le monde est là, présent. Avoir près de soi des gens qui regardent, eux-mêmes regardés, mis en scène, cela m’intéresse et parle de ce trouble entre le réel et le mensonge, l’intime et le public, que nous vivons. On va tester ce soir en répétition [entretien réalisé le 3 mars, ndlr], avec un public de 40 personnes, ce que cela donne, ce partage de la scène.

« Ce que nous vivons est extrêmement dangereux et la culture publique est en danger »

Vos comédiens sont-ils préparés ? 

Oh, le théâtre tient à une équipe, et je ne prendrais pas ce risque de la proximité si je n’avais pas une confiance absolue dans les trois acteurs qui m’entourent, Alain Fromager, Bérengère Warluzelet et Caroline Proust. L’idée est de changer le rapport avec le public, et ils s’y attendent.

On ressent, à vous entendre, un sentiment d’urgence à agir, en votre lieu. 

Oui. Ce que nous vivons est extrêmement dangereux et la culture publique est en danger. Pour nous, la Métropole maintient ses financements et l’État semble le faire aussi, même si sans indexation sur l’inflation des coûts, cela équivaut à une baisse. Mais la Région et le Département coupent de 10 %. Ils font ainsi un choix de société, comme quand ils coupent dans l’éducation ou le social. La menace de l’extrême droite, contre laquelle jusqu’alors nous avions lutté ensemble, est terrible à Toulon, dans le Var, à la Région. 

Les collectivités en ont-elles conscience ? 

J’ai l’impression que oui parfois, et qu’elles savent le travail que nous faisons, mais qu’il faut régulièrement leur rappeler qu’on ne peut pas le faire sans financements. 

ENTRETIEN REALISE PAR AGNÈS FRESCHEL

C’est si simple, l’amour
Du 5 au 22 mars
Le Liberté, Scène nationale de Toulon 

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« Dans la cuisine des Nguyen » : une recette qui fonctionne

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Dans la cuisine des Nguyen est un film surprenant. Par son sujet : la quête identitaire d’une Française d’origine vietnamienne – communauté dont on ne parle guère dans le cinéma national. Et par sa forme : une comédie musicale pop, résolument joyeuse, colorée et optimiste, qui transforme les rêves en réalité.

Irène Nguyen (Clothilde Chevalier) est comédienne. Elle joue, chante et danse dans les spectacles montés par son ami Koko (Gaël Kamilindi) devant un public rare. La jeune femme gagne sa vie dans un supermarché en faisant la promo de nems surgelés, chaussée de patins à roulettes et déguisée en Madame Butterfly. Elle enchaîne les castings où son type asiatique l’écarte de la plupart des rôles. Car si Hollywood a pu faire incarner sans état d’âme Cléopâtre par Elisabeth Taylor, il est inconcevable de donner à une Nguyen le rôle de Marie-Antoinette. Son petit ami la décourage et sa mère (Anh Tran Nghia), chez qui elle revient après avoir largué ce rabat-joie, aussi.

Elle, qui a connu la guerre et a traversé une mer infestée de requins pour venir en France chercher une vie meilleure, est veuve. Elle tient un restaurant vietnamien dans la banlieue parisienne, et aurait aimé qu’Yvonne devienne « docteur ». Ou en épouse un. Elle cache sa tendresse maternelle par des remarques acides, en bougonnant dans son mauvais français et dans un vietnamien que sa fille ne parle pas. Fi de l’adversité, Yvonne – qui est « comme un nem sans nuoc-mam » puisqu’elle n’est jamais allée au Vietnam et ne connaît de la Baie d’Halong, prie Delphine Seyrig et Julie Andrews : Elle va peut-être enfin décrocher un rôle dans Le Tour du Monde de Casanova, une comédie musicale mise en scène par une star du spectacle, Philippe (Thomas Jolly, dans son propre rôle).

D’où je viens. Qui je suis.

Le film suit les auditions successives d’Yvonne. L’occasion pour Stéphane Ly-Cuong de juxtaposer les séquences chatoyantes de comédie musicale en plans séquences et caméra légère, et les scènes plus grises et statiques autour d’une table de cuisine ou devant un jury de casting. Puis de faire glisser, peu à peu, les paillettes dans le quotidien. D’orchestrer les couleurs musicales, jazz et cordes pour Yvonne, disco et cuivres pour Koko, variétés en mode Dalida Viet pour la mère.

Au passage il égratignera le racisme ordinaire, se gaussera des clichés, brossera le portrait de personnages secondaires, attachants et ridicules à l’instar de l’égocentrique mythomane coache de danse, Angela (Camille Japy). Il évoquera les rigidités communautaires face à l’homosexualité, convoquera sans s’y appesantir le souvenir du ressenti des enfants d’immigrés pauvres. Honteux de leurs parents devant les camarades de classe et honteux d’être honteux. On assistera dans les coulisses du resto à une réconciliation mère-fille autour de la préparation du Banh Cuon et des nems, qui sont amour, transmission et récit.

Imaginé à partir de son ancien spectacle Cabaret Jaune Citron où Clothilde Chevalier jouait déjà, ce premier film décrit avec sincérité et panache une trajectoire proche de celle du réalisateur, qui comme son héroïne a dû apprendre d’où il venait et qui il était.

ÉLISE PADOVANI

Dans la cuisine des Nguyen, de Stéphane Ly-Cuong

En salles le 5 mars

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Carmen 

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Carmen Al Andalus © Matéo Beauchet
Carmen Al Andalus © Matéo Beauchet

La Carmen du metteur en scène Olivier Desbordes est métissée. Comment pourrait-il en être autrement sur cette terre andalouse qui a toujours connu un brassage des peuples. Nourrie de multiples cultures, la flamboyante Carmen, interprétée par la mezzo-soprano franco-marocaine Ahlima Mhamdi, revendique la liberté de choisir ses hommes et sa vie. L’ancien directeur du Festival de Saint-Céré, désormais à la tête de la compagnie de l’Opéra éclaté, propose une adaptation de l’œuvre classique de Bizet sur une orchestration musicale arabo-andalouse qui rapproche les cultures méditerranéennes. Il a convié à ce projet des artistes marocains, libanais, roumains, syriens, argentins et français afin de mélanger les influences. Une rencontre entre Orient et Occident. 

ANNE-MARIE THOMAZEAU

6 et 7 mars
Théâtre de l’Odéon, Marseille

Aller vers… des rendez-vous jonglés

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aller vers
Ricardo S. Mendes © X-DR

Lorsqu’on est un théâtre fermé pour cause de mesures sanitaires puis de travaux de rénovation, comment continuer à proposer malgré tout du spectacle vivant à son public ? C’est en se retrouvant dans ces deux situations que le Théâtre du Gymnase a imaginé le projet Aller vers : aller à la rencontre de tous·tes, à travers différentes formes du spectacle vivant,sur le territoire des Bouches-du-Rhône. Car « si aller au théâtre c’est peut-être aller dans un lieu dédié, pour y partager collectivement des émotions, c’est avant tout aller au-devant d’une œuvre ». Depuis 2021, Aller vers s’est produit dans 290 lieux (cafés, places de villages, tramways, Ehpads, écoles,…) du territoire et a offert plus de 410 représentations de spectacle vivant gratuites.

Jongleur et architecte

Premiers rendez-vous de cette année 2025 avec le jongleur et circassien Ricardo S. Mendes,du 7 au 16 mars, auquel le Théâtre du Gymnase a commandé un parcours jonglé dans 17 lieux de la Ville de Marseille : places publiques, musées, espaces insolites, lieux emblématiques de Marseille (Kiosque à musique de la Canebière, Palais de la Bourse, Place Bargemon, MAC, Vallon des Auffes… tous les rendez-vous en détail sur lestheatres.net). 17 propositionsjonglées qui seront toutes différentes selon le lieu de la représentation.

Ricardo S. Mendes s’est formé au Centre National des Arts du Cirque de Châlons-en-Champagne mais est également diplômé en architecture. Et ne se prive pas de lier ses deux passions : « J’ai vraiment la sensation de dessiner des architectures avec les objets dans l’air. Je ne veux pas me contenter de les lancer et les rattraper, je veux créer un flux ininterrompu dans lequel mon corps et les choses participent du même mouvement ». Ses performances durent de 20 à 40 min. Allez-y !

MARC VOIRY

À fond de balles !
Du 7 au 16 mars
Divers lieux, Marseille
Une proposition du Théâtre du Gymnase

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ChoreograpHER poursuit sa trajectoire

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ChoreograpHER
Compagnie Hylel © Pierre Gondard

Incontournable rendez-vous annuel, ChoreograpHER a repris du service au Pavillon Noir avec les spectacles de l’artiste associée Oona Doherty [lire p.16] et Marine Collard donnés respectivement les 1er et 4 mars. Les rendez-vous précédant la Journée internationale des droits des femmes se poursuivent cette semaine. 

Dans la lignée de la proposition – certes plus humoristique – de Marine Collard, Anna Chirescu et Grégoire Schaller se proposeront là leur tour d’explorer par le prisme de la danse le sport sous ses déclinaisons les plus performatives. Corps déployés, déliés, contraints et voués à la perfection ou à l’échec : KATA, présenté ici en avant-première, célébrera cet art martial dérivé du karaté. Art pratiqué par le père d’Anna Chirescu comme échappatoire à la dictature de Ceausescu, et auquel la chorégraphe entend rendre hommage. Il sera suivi d’Ordeal by water, pièce explorant côte-à-côte les gestes accolés aux disciplines sportives les plus ardues et aux ordalies médiévales – jugements divins pratiqués sous la forme d’épreuves, notamment par l’eau ou par le feu. Un programme qui promet quelques secousses, à découvrir le 6 mars.

Anna Chirescu © Romy Berger

Passage au quartier 

C’est sur le terrain plus vitaliste du hip-hop que Marina Gomes nous emmènera le samedi 8 mars avec deux pièces inspirées, créées à Marseille, de sa compagnie Hylel. Midi Minuit et Bach Nord célèbrent en effet les quartiers Nord. La première met en scène le quotidien des jeunes qui parlent, dansent, s’ennuient, font le guet, rient, désœuvrés et solidaires. Puis vient minuit. Tout se durcit, devient tragique, et les regards amusés et rebelles accusent, fermés et durs, une société qui les cantonne et les méprise. 

Bach Nord (Sortez les guitares) répond aux caricatures du cinéaste Cédric Jimenez en s’empare savamment prend racine chez le plus célèbre des compositeurs baroque : de Bach, à la guitare, au sample, tissant une pièce sonore qui modèle sans complexe son héritage. Les exploits dansés se succèdent et brossent le portrait d’une jeunesse talentueuse et énergique, riche de sa diversité, dirigée par une jeune femme dans une pièce où garçons et filles jouent à égalité.

Sortez les guitares ? Le double sens de l’expression est explicite. Alors qu’Hylel sort une guitare pour s’approprier magnifiquement Bach, Bac Nord sort les kalachs. La jeunesse des quartiers pauvres de Marseille subit de plein fouet une double peine : une violence quotidienne meurtrière, et les préjugés exercés à leur égard. Frère Bach, où es tu ? lancent-ils comme un appel à la fin. Seul un bruit de rafale semble leur répondre… 

Le travail en création de Nina Vallon sera également présenté en avant-première le temps d’un studio ouvert également le 8 mars à 17h : QUATUORS, élaboré à partir d’un dialogue entre Beethoven et une création de Maxime Mantovani, allie les forces de huit danseurs et danseuses, et de quatre musiciens sur scène. Un dialogue qui s’annonce passionnant.

SUZANNE CANESSA et AGNÈS FRESCHEL

ChoreograpHER
Du 6 au 8 mars
Pavillon Noir, Aix-en-Provence

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Passer les frontières

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frontières

Elles sont au nombre de trois. Il y a d’abord la jeune Yulimar qui comme des milliers d’exilés vénézuéliens, laisse derrière elle sa famille pour rejoindre Bogotá en Colombie après un exode périlleux à travers la cordillère des Andes où beaucoup perdront la vie, victimes du froid, de la faim, des passeurs ou des narco-trafiquants. Il y a Sol, quadragénaire flamboyante, truculente et libérée, maman d’une jeune femme handicapée, qui après la faillite de son entreprise d’accessoires pour chiens parvient à se faire employer auprès de Gilda, « working girl » un peu rigide, expatriée travaillant sur l’aide aux migrants au sein d’une agence des Nations unies. 

Ces trois-là ne peuvent guère être plus différentes et pourtant, leurs chemins vont se croiser, leurs histoires s’entremêler. Cette rencontre va ébranler leurs certitudes. D’abord figées dans leurs conditions sociales, leurs préjugés, leurs incapacités à sortir des carcans dans lesquels elles sont enfermées, les héroïnes vont peu à peu se libérer de leurs chaînes, changer de route et écrire les pages, parfois dramatiques, d’un nouveau destin.

© Adrien Servières

Une aventure humaine

Ce premier roman d’Alexandre Lasheras, dont le manuscrit est arrivé tout simplement dans la boîte aux lettres des éditions Le Bruit du monde est une véritable réussite. L’auteur dessine avec beaucoup d’élégance et de finesse la psychologie de ces trois personnages féminins avec leurs passés, leurs attentes, leurs désirs, leur détermination à accéder à leurs rêves les plus profonds. Celui qui a passé quatre ans en mission en Colombie pour l’Ambassade de France, nous embarque avec érudition dans l’histoire de cette partie du monde sur les traces de Simon Bolivar, le Libertador toujours omniprésent dans l’imaginaire latino-américain et dans une aventure humaine explosive pleine de rebondissements.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Le Manège des Andes d’Alexandre Lasheras 
Le Bruit du Monde – 21 €
Parution le 6 mars 2025

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Festival + de genre : faut-il faire communauté ?

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+ de genre
© Thomas Delord

Zébuline. Vous avez créé ce festival queer en 2018, en précurseur. A-t-il aujourd’hui la même nécessité ?

Michel Kelemenis. Dans le champ où je travaille, qui est celui de la danse émergente, la question du genre a vraiment gagné en visibilité depuis 2018. Un projet sur deux que je reçois aujourd’hui porte sur les assignations genrées et comment les corps s’y débattent. On pourrait se dire qu’il n’y a plus de nécessité de maintenir ce festival. Que ce ne sont pas des questions communautaires et qu’elles peuvent être celles de tout le monde. Mais en fait ce n’est pas le cas.

Le public de + de genre est-il différent de celui de Klap en général ? 

En partie oui, c’est notre public, celui de la danse émergente, mais augmenté de la communauté LGBT+. L’intersection est grande, mais certains ne viennent que pour ce temps de programmation. Et il est évident qu’il est précieux pour eux. C’est pour cela que, malgré la généralisation de la question queer sur les scènes, malgré les progrès rapides et une législation volontariste dans la création actuelle, je crois qu’il faut maintenir ce moment. Parce que d’un autre côté cette communauté est dans un moment difficile. 

Vous parlez de la violence du monde, de la situation internationale ? 

Évidemment, mais aussi très concrètement du quartier. Le dernier cycle électoral a été absolument désastreux ici. Dans cette mosaïque de pauvretés de mon quartier [boulevard National, 3e arrondissement, ndlr] des politiques ont tenu des discours de haine inédits, dressant les pauvres contre les pauvres. On a toujours bien vécu avec les gens, ici, et pour la première fois un danseur s’est fait insulter, traiter de « PD », pendant un spectacle. Dans un moment de vulnérabilité, sur scène. C’est extrêmement violent. 

Est-ce pour cela que vous continuez + de genre 

C’est pour cela que je m’interroge sur la suite à donner, les évolutions. J’ai toujours été très heureux dans cette manifestation, de sentir l’humanité qui se dégage des propositions de jeunes artistes qui travaillent à leur endroit avec justesse. Ils et elles viennent ici, avec des manières de se présenter au monde qui sont très belles et me touchent, parce qu’ils se mettent en jeu eux-mêmes… J’ai toujours veillé à ce que ces questions soient aussi fondues à des esthétiques diverses, mais chorégraphiques.

©️Maxence Meyer

Elles ne le sont pas toujours ? 

La question de l’identité de genre et celle de la transition posent le corps au cœur des problématiques. Or, à mon sens, ce qui fait danse, ce n’est pas le corps, mais le geste, le mouvement. Et l’écriture de ce mouvement. Quelle peut être la formulation juste, et comment les jeunes artistes agissent pertinemment avec ce paradoxe, c’est cela qui intéresse + de genre. C’est un festival qui interroge aussi les esthétiques. 

Par exemple ? 

Parmi les projets, celui qui ouvre le festival, Some faggy gestures, où Andrea Givanovitchenchaîne les gestes maniérés qui sont censés caractériser les homosexuels. Il travaille sur la répétition, l’épuisement, pour dire l’enferment où cela l’assigne. On a aussi Wendy Cornu, qui est assez intellectuelle mais qui fait des choix de corps en résonnance avec son propos, ou Matteo Selda qui travaille sur la rotation et invente une danse homo-folk dans Fuck me blind. Ou Ahmed Ayed qui avec le danseur palestinien Hamza Damram, dans And Nobody else, se débarrasse des postures imposées par une société excluante… 

C’est cela qui vous intéresse ? 

Oui, c’est mon endroit, j’aime que les projets de danse ne s’arrêtent pas à mettre sur scène des corps présents. de genre présente une variété d’esthétiques et d’écritures, visuelles, musicales, des textes aussi, des mots. Certains se disent performances, d’autres se nomment spectacles, mais j’espère que toutes dansent !

Beaucoup de créations, répétées à KLap pour certaines ? 

Oui, c’est un festival de création.

Y a-t-il des propositions drôles, joyeuses ?

Peu, en dehors du Cabaret Shit show de clôture, à l’Embobineuse. Drôles à certains égards oui, profondément joyeux non, même s’il y a des audaces joyeuses qui naissent d’unenécessité d’expression accomplie. Le temps n’est pas à la joie, et on a surtout des parcours de douleurs qui doivent se dire, aujourd’hui encore, autour de ces questions-là.  

ENTRETIEN REALISE PAR AGNÈS FRESCHEL

+ de genre
Du 11 au 22 mars
Klap, Maison pour la danse, à Marseille 

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Liberta’n’go

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liberta'n'go
© F.Mourra

La chanteuse italienne Petra Magoni, l’accordéoniste Grégory Daltin et le mandoliniste Vincent Beer-Demander rendent hommage au grand compositeur Astor Piazzolla lors d’un concert Liberta’n’go, référence au mythique Libertango du bandonéiste argentin. Ils s’emparent aussi des morceaux de Carlos Gardel ou de l’accordéoniste français Richard Galliano. Lors de cette soirée caliente, on pourra aussi entendre des créations signées Régis Campo (nominé aux Victoires de la musique classique 2025) et de Vincent Beer-Demander qui convie au spectacle l’Académie de mandolines et guitares de Marseille. 

ANNE-MARIE THOMAZEAU

9 mars
Théâtre de l’Œuvre, Marseille