jeudi 9 avril 2026
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Oxana  « Sans combat il n’y a pas de vie »

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Oxana(C)Diaphana

En exergue, on peut lire ; «  ce film est librement inspiré de la vie d’Oksana Chatchko » . C’est à partir de rencontres, de témoignages, en particulier du documentaire d’Alain Margot, Je suis Femen, que Charlène Favier la réalisatrice de Slalom, a fait le portrait de cette femme, co- fondatrice avec Anna Hutsol et Oleksandra Chevtchenko, du mouvement FEMEN en avril 2008 et  qui a mis fin à ses jours le 23 juillet 2023 à l’âge de 31 ans.

Une fête traditionnelle, des feux, des bougies sur des couronnes, des fillettes qui dansent, images floutées, dans des couleurs chaudes ; la fête de Kupala et une petite fille qui murmure « Je veux épouser Dieu ». Juste avant le titre OXANA. C’est son trajet, son combat que va nous retracer la cinéaste, de 2002 à Khmelnytskyï en Ukraine au 23 juillet 2018 19h à Paris. En passant par Kiev,Minsk , Moscou. Allers retours entre son adolescence marquée par les traumatismes familiaux et la pauvreté, sa relation avec la religion orthodoxe, son activité de peintre d’icônes, son désir de liberté, sa prise de conscience et pour finir a solitude, son désarroi, son désespoir.

Un beau portrait

Par petites touches, Charlène Favier construit son Oxana : « Je raconte l’Oxana habitée, l’Oxana christique, l’Oxana mystique, l’Oxana qui est un peu alchimiste. Aussi la créatrice, l’artiste »  Se peint ainsi peu à peu le portrait de cette femme avec toutes ses ambigüités. Des plans comme des tableaux : couleurs chaudes des scènes  où les trois fondatrices, Oxana et ses amies, Lada (Lada Korovai) et Anna ( Oksana Zhdanova) construisent leur mouvement  FEMEN, leurs combats, et préparent leurs actions contre l’oppression. Couleurs sombres des séquences où elles se font arrêter et torturer. Couleurs froides des rues de Paris où Oxana traine sa solitude après avoir été mise de côté par Inna Shevchencko (MarinaKoshkina) .Et le visage d’Oxana , souvent filmé, en gros plan, lumineux, comme incandescent, visage christique. Une icône comme celles qu’elle peint, transforme, détourne et qui vont être exposées  à Paris. Un film sous le signe de la peinture : on découvre  les toiles d’Oxana puis celles d’ Apolonia Sokol ( Noée Abita , Lyz dans Slalom) qui devient son amie. On voit les « seins qui  attirent l’attention » et qui, dénudés, peints de slogans deviennent des objets qui protestent .Le corps même d’Oxana devient tableau tels les artistes du body painting. « You are fake » lance t-elle à la fin…Un message adressé au monde qui ne réagit pas face aux dictateurs qui violent les droits humains mais aussi à tous ceux qui se mettent en avant au détriment du combat

 « .Faire ce film, c’était aussi une manière pour moi de  rendre justice à Oxana  visionnaire, artistiquement mais aussi politiquement. Son engagement et celui des Femen n’a malheureusement jamais été d’autant d’actualité. » précise  Charlène Favier.  Certain.e.s pourraient lui reprocher de ne pas avoir décrit assez précisément  les actions du mouvement femen  « l’un des mouvements les plus importants du XXIe siécle » comme indiqué dans le synopsis. D’autres d’avoir fait une icône de celle qui croyait surtout à la lutte collective. Et pourquoi pas ? Oxana  est  le portrait réussi d’une femme qui s’est battue, superbement interprétée par Albina Korzh,  que la musique de Delphine Malaussena accompagner avec élégance et justesse.

Annie Gava

Le film sort en salles le 16 avril

Attentifs, ensemble 

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HANATSUmiroir Attentifs, ensemble © Gregory Massat

Avant le festival Propagations, son grand rendez-vous annuel, le GMEM poursuit l’accueil d’artistes novateurs, qui détricotent la musique pour mieux la restituer. Ce 15 avril à la Friche la Belle de Mai, le Centre national de création musicale propose la création Attentifs, ensemble, menée par la compositrice Elsa Bitton et l’ensemble strasbourgeois HANATSUmiroir.

Pour cette pièce, les artistes entendent partager le « faire-musique » avec les auditeurs·ices, par l’intermédiaire d’un texte projeté. Une expérience « pour modifier la consistance de la réalité, en faisant émerger la sensation d’un corps collectif ». Beaucoup de mots, vivement la musique.

NICOLAS SANTUCCI

15 avril
Friche la Belle de Mai (petit plateau)

Stans 

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Ana Perez ©️Audrey Chazelle

Ana Perez, magnifique danseuse flamenca tient fermes ses appuis. Elle est debout – comme l’indique le nom de la pièce en latin, Stans – pas forcément Mater dolorosa, mais obstinée, et foudroyante de ses talons sur le sol. Reprenant la figure de la mère qui ne fléchit pas face à la crucifixion de son fils, la danseuse réinvente un flamenco qui se nourrit de danse contemporaine et de récits universels. 

Tout comme José Sanchez réinvente le théorbe, instrument de la Renaissance italienne, frère de tous les luths méditerranéens au double manche démesuré. Un duo grave, qui fait émerger le passé comme une forme nouvelle.

AGNÈ!S FRESCHEL

15 avril
Klap - Maison pour la danse, Marseille

La littérature en résistance

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Lire Lolita à Téhéran de l’autrice iranienne Azar Nafisi, a été publié en 2003 aux États-Unis, rapidement traduit en une vingtaine de langues. Réédité l’an dernier, son adaptation cinématographique vient de sortir sur nos écrans. Franchement autobiographique, il nous plonge dans l’horreur de la période révolutionnaire islamique des années 1980 et son régime de totalitaire.

Dans les premières pages, Azar Nafisi confronte deux photos : celle des sept étudiantes couvertes de noir de la tête aux pieds, l’autre les montrant cheveux lâchés, ongles peints, vêtus de couleurs vives. Une dichotomie saisissante. Obligées de mentir à leur famille pour suivre, de 1995 à 1997, le séminaire proposé par leur professeure à son domicile et dans le secret, elles analysent avec passion les rapports entre leur réalité et les fictions, et s’encouragent à la rébellion, fût-elle minime. Les romans sont, entre autres, Lolita de Nabokov, Orgueil et Préjugés de Jane Austen, Gatsby le Magnifique de Fitzgerald.

Retrouver un espace de liberté

​Le texte a été écrit après l’exil définitif de l’autrice pour les États-Unis en 1997. Sans respecter la chronologie, elle évoque par vagues les moments importants de son parcours. Revenue des États-Unis en 1979 après la chute du Shah, elle enseigne à l’Université de Téhéran qu’elle quitte suite à l’injonction qui lui avait été faite de porter le voile.

Cependant elle acceptera plus tard un poste dans une université plus libérale, consentantfinalement au voile. L’important n’est-il pas qu’elle enseigne et éclaircisse l’horizon de ses étudiants ? Azar Nafisi met en lumière les pouvoirs de la littérature qui libère l’imaginaire malgré la fermeture des librairies, les exécutions, les dénonciations. Si le récit est parfois un peu lourd, chargé de trop de détails, on ne peut que respecter son engagement et rendre hommage à son auteure.

CHRIS BOURGUE

Lire Lolita à Téhéran de Azar Nafisi
Zulma - 21,50 €
Traduit de l’anglais par Marie-Hélène Dumas

« Sebastian » : Juste un gigolo ?

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Il est de tous les plans Maxime (Ruaridh Mollica), connu sous le nom de Sebastian sur Dreamyguys, un site de rencontres homo. Un visage doux presque enfantin, des lèvres sensuelles, un regard trouble et troublant. On regarde son corps jeune, vêtu ou dévêtu, en société, au banc de musculation, en boîte, dans les chambres de ses clients, en train de faire l’amour.

On voit le jeune homme pianoter sur son ordinateur, se doucher, se raser, se regarder aux miroirs des salles de bain. « Parle-moi de toi », lui demande un amant. « Qui es-tu ? D’où viens-tu ? » Max a 25 ans et rêve de gloire littéraire. Il a quitté sa famille écossaise pour Londres où il travaille en free lance dans un magazine. Il a déjà publié des nouvelles, est en train de rédiger son premier roman qui traite de la prostitution masculine 2.0. Ses admirations vont vers Zadie Smith ou Bret Easton Ellis – qu’il doit interviewer, ou encore vers le Collard des Nuits fauves.

Une question de sincérité

Il s’interroge : faut-il avoir vécu ce qu’on écrit ? Son éditrice, qui ignore que les histoires qu’elle lit ont vraiment eu lieu, pour des raisons plus mercantiles qu’artistiques, le fait glisser du « il » au « je ». Et Max décrit fidèlement, au geste et au mot près, les aventures sexuelles de Sebastian, date après date. Il mène méthodiquement sa double vie. Succession répétitive de scènes crues, loin du cinéma porno, avec des hommes le plus souvent âgés. Un sexe professionnel et « propre », que le réalisateur stylise et ne montre plus quand Max, soucieux de faire évoluer son roman, accepte de prendre davantage de risques.

Mikko Mäkelä questionne le rapport complexe, entre vie et fiction. Max se pense honnête en n’écrivant que ce qui a été ; il n’est pourtant qu’un faussaire, jouant au gigolo sans en être un, truquant par là-même, la donne. Forcément insatisfait, car la description, fût-elle virtuose et détaillée jusqu’au vertige (comme chez Easton Ellis), suffit-elle à dire quelque chose sur le monde ? À faire vrai ? À faire œuvre ?

Max reprendra la main sur Sebastian grâce à une vraie rencontre avec Nicholas (Jonathan Hyde), un vieux professeur de littérature qui lui ouvrira la voie de la sincérité et donnera au scénario une touche feel-good. Si Mikko Mäkeä est loin de la violence entre gifle et caresse de A nos Amours, qu’il cite au détour d’une séquence, Suzanne, l’héroïne de Pialat, et Maxime, le pseudo gigolo écossais, dans leur parcours initiatique, ont un cousinage certain.

  ÉLISE PADOVANI

Sebastian, de Mikko Mäkelä 

En salles le 9 avril

« Her Story » : Leçons de féminisme à la chinoise

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Ce n’est pas le lion de la Metro-Goldwyn-Mayer qui rugit au générique d’ouverture de Her Story de Yihui Shao. Ce sont les statues dorées des prolétaires, faucille et gerbe de blé en mains, dans le plus pur style du réalisme socialiste, qui montrent la voie vers un avenir radieux. On est en Chine, un pays millénaire qui a fait une révolution mais demeure traditionnellement et viscéralement patriarcal.

Le présent du XXIe siècle n’est toujours pas si radieux pour les femmes chinoises qui représentent plus de la moitié de la population active. Salaires inférieurs, « plafond de verre » pour leurs carrières, inégalités des taches domestiques dans les couples. Elles divorcent de plus en plus mais sont alors stigmatisées et considérées comme « biens endommagés » Dans ce contexte, un film qui brosse le portrait valorisant de femmes autonomes, met sur le tapis les tabous sociétaux et traite ces sujets sérieux sous la forme d’une comédie urbaine romantique, ne pouvait que rencontrer ce public. Premier au box office chinois, ce « blockbuster féministe » qu’on a pu rapprocher du Barbie de Greta Gerwig, est un phénomène.

Trois générations

On est à Shanghai. Wang Tiemei (Song Jia), ancienne journaliste d’investigation, divorcée, a perdu son emploi. Elle trouve un nouveau job et déménage dans un immeuble ancien sans ascenseur avec sa fille de 12 ans, Moli (Mumei Zeng). Elle rencontre sa voisine Ye (Elaine Zhong), une jeune chanteuse dépressive et fleur bleue, amoureuse d’un ophtalmo peu clairvoyant sur ses propres sentiments. Tiemei, Ye et Moli se lient d’amitié, s’entraident, partagent leurs repas, leurs bricolages, leurs joies, leurs peines. L’ex-mari de Tiemei, père de Moli, « s’inscruste » alors qu’un musicien, ami de Ye, devient l’amant de Tiemei.

Trois générations de filles sont représentées ici, trois caractères aussi. Tiemei, en mère célibataire responsable, met la barre très haut visant à n’avoir besoin de personne. Ye, un peu fofolle et bohème, veut encore croire au couple romantique. Entre les deux, Moli cherche sa voie parmi les injonctions sociales, scolaires, maternelles et paternelles. Fera-t-elle de la batterie ? De la boxe ? Ou écrira-t-elle des romans ?

Maladroits et patauds, un peu dépassés, pour séduire ces femmes émancipées, les personnages masculins ravalent leur machisme qui revient comme le naturel au triple galop : vasectomie remise aux calendes grecques, préjugés machistes, jalousie, et concours de virilité. Les scènes s’enchaînent, déclinant les sujets comme la menstruation, la maternité, l’éducation, l’amitié, la dépression. Plus vaguement, la liberté de la presse. Mais les plus jolis moments sont sans doute ceux où le discours n’est pas trop pesant et ne tourne pas à la leçon. Le jeu entre Ye et Moli, par exemple, où la fillette, les yeux fermés, devine l’origine des sons qu’elle entend, et transfigure par son imagination l’univers domestique.

Le titre original du film Hao Dong Xi signifie « une bonne chose ». Et sans nul doute, ce film est une bonne chose pour des millions de Chinoises en quête de représentation ainsi que pour un public plus large, qui découvrira une Chine en phase avec cette lutte internationale des femmes pour l’égalité des droits.

ÉLISE PADOVANI

Her Story, de Yihui Shao

En salles le 9 avril

Bright Generation : Quand histoire et futur parlent aux jeunes 

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HAROLD © Virginie Meigné

Le spectacle vivant destiné au jeune public a fait la preuve à Marseille, lors des rencontres internationales de l’Assitej, de sa grande créativité. Parmi le fourmillement de propositions passionnantes, on note un essor bienvenu des spectacles pour les ados et pré-ados. Une tranche d’âge ultra-sensible, qui mérite l’attention des artistes, d’autant que les données sur leur santé mentale montrent qu’elle s’est considérablement dégradée durant la période Covid, sans amélioration depuis. Au programme de Bright Generation, plusieurs pièces s’adressaient à eux de manière roborative.

Haro sur l’instrumentalisation de l’Histoire

Harold : The Game, rythmé en diable, façon plateau télévisé déjanté, est un spectacle pour les 10 ans et plus sur… la tapisserie de Bayeux, comme vecteur de propagande politique. À la demande du théâtre The Egg (Bath, Angleterre), la Cie rennaise Le Bob a travaillé sur la bataille de Hastings, gagnée par Guillaume le Conquérant en 1066, et imaginé un match truqué entre « rosbeefs » et « grenouilles ». Façon très piquante de revisiter l’Histoire, largement instrumentalisée dès l’origine à travers cette pièce de broderie de 70 mètres de long, peuplée de chevaliers héroïques (« avec une seule femme »).

Mais aussi de mobiliser l’esprit critique des spectateurs, sur les fake news contemporaines et leurs propres biais de supporters. Les jeunes marseillais, rodés au stade, ont pleinement joué le jeu. Lors du bord de plateau suivant la représentation, les échanges avec les artistes étaient nourris et fins, pour aborder la façon dont l’esprit partisan peut dériver violemment. Qui n’hésitait pas, dans le feu d’une compétition complètement truquée, à encourager les français molestant le pauvre personnage anglais, se retrouvait soudain face à sa responsabilité individuelle dans un phénomène de groupe. 

Futurs désirables

#Génération(s), à voir à partir de 12 ans, est lui aussi mené tambour battant par Bastien Molines, impressionnant comédien capable de porter une parole chorale, fruit d’un travail collectif de la Cie Le cri dévot auprès d’adolescent·es. Le résultat sent le vécu. En projetant dans le futur « les mondes intérieurs de toute une génération », la pièce aborde des sujets qui brûlent chaque adulte en devenir, quittant la planète plus ou moins rassurante de l’enfance. Ce voyage spatio-temporel nous entraîne dans les affres du doute sur les relations humaines, la sexualité, la difficulté à s’autonomiser, les parents, ces affreux bornés, le deuil, le consentement, l’éco-anxiété… Comment s’engager dans l’existence avec autant d’incertitudes ? 

#Génération(s) © Marc Ginot

Il faut puiser dans ses ressources vitales et celles de ses pairs, à un âge où tout soutien affectif compte double. La mise en scène a capté et mis en résonance l’intense énergie libidinale propre à l’adolescence et son cortège d’angoisses, sans jugement, pour la sublimer. Sur une bande son pulsante, dans un décor tout simple mais rendu subtilement évocateur par la lumière et les images de Paolo Sclar et Christophe Mazet, le cosmonaute lance son public vers la grande aventure de la vie. En n’omettant pas, là non plus, d’intégrer un sous-texte politique très actuel à l’exercice de prospective. Là où Harold : The Game s’appuyait sur l’Histoire pour parler du présent, #Génération(s) fait d’un futur pas si lointain, quand la température pour Noël sera de 25°C, et Donald Trump partira menotté entre deux agents, un retour réflexif sur notre temps. Une période où grandir est fort inconfortable, mais néanmoins passionnant, comme ces deux spectacles le soulignent particulièrement bien.

GAËLLE CLOAREC

Harold : The Game et #Génération(s) ont été vus les 26 et 27 mars au Zef et au Théâtre Joliette, dans le cadre des Rencontres de l'association internationale du théâtre pour l'enfance et de la jeunesse à Marseille.

Bright generation : Questions pour des enfants

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Louise the bears © Renato Mangolin

Est-ce parce que ce sont majoritairement des femmes qui sont à l’écriture et à la mise en scène ? Est-ce parce que la question de la compréhension et de la réception du spectacle est posée directement à chaque auteurice qui s’adresse à l’enfance ? Quoi qu’il en soit le théâtre jeune public est souvent le lieu où s’élaborent de nouvelles formes, modestes et émouvantes, qui parlent, comme nos enfants, des problèmes philosophiques fondamentaux de nos vies. 

Louise/Os ursos, de la Pandorga Cia. de Teatro, est un très joli spectacle brésilien, pudique et tendre sur une petite fille, sa grande sœur, leur père, leur absence de mère qui ne sera pas commentée, comme ne seront qu’évoqués les dangers auxquels Louise se confronte en traversant seule une voie rapide pour aller à l’école. Pensant qu’un ours transparent la protège, elle va s’échapper dans un imaginaire qu’elle croit vrai, comme sont vrais les dangers, qui les menacent, elle et sa sœur… Fabriqué avec trois fois rien, deux jouets et quatre comédiens formidables, le spectacle sur-vitaminé est apprécié des enfants, même en portugais sur-titré !

Oiseau @ Christophe Raynaud de Lage

Ne plus cacher la mort

Oiseau ose un autre voyage et franchit le tabou de la mort. Le spectacle de la compagnie La Polka, qui a été créé en 2023, en est à plus de 100 représentations et prend des partis inattendus. L’écriture d’Anna Nozière est une de celles qui, sans fioritures mais avec précision, fait naître des émotions qui prennent à la gorge et vous font, à la fin, applaudir debout. 

Kate France et Sofia Hisborn sont deux comédiennes (incroyables) d’un âge certain, celui d’être grand-mère, et qui incarnent pourtant les enfants sans bêtifier un instant, en jouant comme eux, les emmenant ainsi surement avec elles dans la fiction. Elles incarnent ainsi les instituteurices, les parents, les tantes, tous les copains et les copines, surtout, et les vieilles voisines avec la même conviction distanciée. Disant, comme les enfants, « alors je suis Paméla » ou « je fais la directrice » (dite Cléopâtre comme un pot de colle) ou tous les parents d’élèves à la fois (en même temps, et pourtant sans confusion…). 

Racontant l’histoire d’un enfant qui perd son père et voudrait que les morts soient plus présents dans nos vies. Qu’on les fête, qu’on en parle, qu’on aille le soir les rejoindre « de l’autre côté », pour partage et comprendre la peine, la perte, le deuil. Un désir que les adultes finiront par entendre. 

Le petit Mustafa et sa copine Paméla qui a perdu son chien, les autres enfants du récit, sont aussi présents dans un petit film très finement projeté de travers. Rendus vivants au-delà des voix des comédiennes, comme si les degrés de réalité cohabitaient : le monde du réel, celui de la scène, celui des écrans projetant une farandole d’enfants joyeux et graves dans un cimetière. L’autre côté de la vie ? 

AGNES FRESCHEL

Louise/ Os Ursos et Oiseau ont été joués à La Criée, Centre dramatique national de Marseille, les 27 et 28 mars.

À venir
Oiseau
2 avril
La Garance, Scène nationale de Cavaillon

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L’heure du « Grand ménage de printemps » 

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Road movie sur place et sans camera, Collectif Xanadou © Mathieu Vouzelaud

En dix jours, le Grand ménage de printemps a le temps d’essaimer dans quatre villes et villages du sud Luberon (du 18 au 20 avril à La Tour d’Aigues, le 24 à Cabrières d’Aigues, les 25 et 26 à Cadenet, le 27 à Cucuron), pour une quarantaine de représentations. La part belle est toujours faite au compagnies locales, forces vives en matière d’arts de la rue : le Collectif Xanadou pour un road movie existentiel autour d’une Peugeot 106 (Road movie sur place et sans caméra, les 18 et 19 avril), et deux habituées du festival, qui présentent chacune leurs premières autour de l’habitat, les 19 et 20 avril. 

Côté pile, Akalmie Celsius et sa recherche documentaire sur la dimension sociale et symbolique de la maison (MAISONS ou Celles et ceux qui bâtissent) ; côté face, place à la folie douce de Coline Trouvé, pour une fable fantastique autour d’un pâté de maisons (Macédoine Générale !, de l’Agonie du palmier). 

Quelques ovnis se glissent dans la programmation : Vernis Sage de la Compagnie Propos, une installation autour « des moments gênants de la vie », à suivre via audioguide commentant les tribulations de deux statues vivants au sein d’une exposition photo (les 19 et 20 avril), ou encore les expériences sensorielles de Massimo Fusco autour de galets coussins(Corps sonores, le 24 avril). 

Un pédé à l’affiche 

Au rayon poil à gratter, le cirque autoproclamé « indigne » de la Générale posthume, piochant dans les racines effrontées et cathartiques du carnaval originel (Vilain Chien, les 26 et 27 avril). Plus inattendue, une relecture de la figure de Jeanne d’Arc, par Bruital Compagnie, une compagnie belge aimant jouer avec les clichés – le western, le Moyen Âge… (Machine Dark, les 19 et 20 avril).

À ne pas louper, des valeurs sûres : Le pédé, épopée collective de 2h15 à travers la culture homosexuelle du XXe siècle, menée tambour battant par le comédien Brice Lagenèbre dans l’esprit d’une marche des fiertés (les 19 et 20 avril), mais aussi la critique acérée du monde des média par la Compagnie AIAA (Madame, Monsieur, Bonsoir !, les 25 et 26 avril). 


Les plus petits se réjouiront de la caravane spectacle du Théâtre Clandestin faisant résonner les mots de Fabrice Melquiot (Albatros, les 19 et 20 avril), du goûter d’anniversaire d’un tendre couple de septuagénaires (M. et Mme Poiseau, Compagnie L’arbre à vache, les 24, 26 et 27 avril) ou encore d’une guinguette magique (Le cabinet du Dr Troll, les 26 et 27 avril). 

Vilain chien, cie la Generale posthume © Theo Lavanant

Du nouveau

Pour sa 10e édition, le festival inaugure aussi un volet off, à la Tour d’Aigues. Parmi la quinzaine de propositions, citons une relecture de La mastication des morts par la Cie Entre autres en espace naturel, une fresque sociale pour hypermarché (La prophétie du sucrier en inox, En mauvaise compagnie) ou encore une marionnette grandeur nature de nona, italienne partageant sa recette de pasta sur fond de rock italien (Gina, Cie Basta Cosi). Et une outsider aiguisant la curiosité : la métamorphose d’une choriste conservatrice en rappeuse (Nathalie, par Julie Maingonnat, sous le regard de la talentueuse Véronique Tuaillon) !

JULIE BORDENAVE 

Le Grand ménage de printemps
Du 18 au 27 avril 
À La Tour d’Aigues, Cabrières d’Aigues, 
Cadenet et Cucuron
legrandmenage.fr 

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Vrai de Vrai, les étoiles du doc

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Mauvaises filles (C) Arizona distribution

Au départ du festival Vrai de Vrai, il y a les 30 étoiles de la Scam (Société civile des auteurs multimédia), une sélection des meilleures créations de l’année. Parmi ces films distingués, le cinéma La Baleine et les cinéastes du Sud-Est (Aarse) en choisissent six, et les proposent au public, gratuitement, dans plusieurs cinémas de Marseille, du 16 au 19 avril.

Ça commence le 17 avril à la Baleine, avec les Mauvaises filles, en présence de sa réalisatrice Émérance Dubas. Une enquête sur ces filles mises au ban de la société derrière les hauts murs de la congrégation du Bon Pasteur des années 1950 à 70. Le même jour, le festival présente Les Odyssées de Sami de Robin Dimet – également présent sur place. Un film-portrait sur cet Éthiopien qui a passé les 19 dernières années à traduire une anthologie des mythes grecs et romains en amharique pour faire connaître à ses concitoyens la sagesse antique.

Le 18 au Vidéodrome2, The Wild One nous fait découvrir la vision d’un homme dont la vie entière fut tournée vers l’idée que la création artistique est un acte de survie ; en présence de la réalisatrice Tessa Louise-Salomé et du compositeur Gaël Rakotondrabe. Et la soirée se poursuit à la Baleine avec Les Sentinelles de l’oubli, de Jérôme Prieur, consacré aux monuments aux morts présents depuis un siècle dans la moindre commune française, et qui fixent dans la pierre le souvenir d’hommes tombés sur les champs de bataille. Un film signé Jérôme Prieur, qui aura la veille assuré une masterclass sur le campus Saint-Charles d’Aix-Marseille Université.

Le festival se termine le 19 avril. Dès 10h30 avec une table ronde consacrée à la place de l’écriture dans le documentaire à la Baleine. Toujours au cours Julien, le rendez-vous accueille ensuite Barbara Bascou, monteuse du film Le plus grand lavomatic du monde, et enfin au Gyptis avec Jean-Pierre Bloc, qui présentera Par la fenêtre ou par la porte, soit l’histoire d’un long combat syndical, inventif et ouvert sur la société.

ANNIE GAVA

Vrai de Vrai
Du 17 au 19 avril
La Baleine, Vidéodrome2, Gyptis
Marseille