samedi 14 février 2026
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Hommage à tous les Tziganes

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Vue de l'expo © L.B.F.

Le génocide des Tziganes par les nazis n’a été reconnu que le 2 février 2011 par l’Union européenne. Michel Ficetola, historien d’ascendance tzigane, a choisi la date du 3 février pour le vernissage de l’exposition commémorative sur la Canebière à Marseille. « Quand on parle de Tziganes, explique-t-il, on désigne un ensemble de quatre communautés ethniques : le Rom (de l’Est), le Gitan (espagnol surtout), le Manouche (du Nord) et le Sinté (en Italie) qui ont subi le génocide au niveau international. »  Il y aurait eu entre 250 000 et 500 000 victimes, dont « on ne parle jamais » s’exclame l’historien. 

Michel Laffaille expose L’Âme Gitane, une série de photos du « pèlerinage des Gitans » aux Saintes Maries, regroupement durant lequel les gitans emmènent la Vierge Noire dans la mer. Une série en noir et blanc, au plus proche des rites, et de l’ambiance de ce rendez-vous singulier. Sacha Zanko reconnaît mêmes es cousines dans une photo datant de 1970 ! Tzigane, co-auteur de  l’exposition, il a toute sa vie défendu « la cause » et présente son livre La Bible des Roms, qui raconte son histoire et celle des siens : « j’y dis tout, tout, tout », déclare-t-il, ému.  

Reconnaître enfin

Sur les murs des poèmes, des chansons, des photographies, des documents officiels, des portraits de personnalités d’origine tzigane telles que Maradona, Charlie Chaplin ou Elvis Presley. Des panneaux contextualisent l’arrivée des Allemands à Marseille et la rafle de tout un quartier dans l’ancienne Joliette. Les visiteurs prennent connaissance chronologiquement, depuis 1912, de ces vies souvent oubliées par l’Histoire. 

Mais les trois auteurs ont réalisé un travail de mémoire qui s’inscrit dans le cadre d’une lutte actuelle pour leur condition d’existence. Aujourd’hui, la population tzigane reste largement discriminée : très minoritairement nomade, elle vit encore dans des habitats précaires et nombre d’enfants ne sont pas scolarisés. Une communauté tzigane nombreuse vit à Marseille, et réclame, entre autres, d’installer une stèle au cimetière Saint-Pierre, et d’enseigner le génocide dans les écoles. 

LILLI BERTON FOUCHET 

L’exposition s’est tenue à la Maison des Associations à Marseille, du 3 au 15 février. 

Dans la roue de son fils

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« Mon fils Youri a fait un voyage à vélo en 2018, en partant de La Rochelle jusqu’en Turquie, il a adoré ce voyage et en a même fait un livre. Au moment de son décès en septembre 2022, j’ai eu envie de refaire ce voyage à vélo avec mon ami Philippe Rebbot. Je lui ai proposé cette idée un peu folle et c’est lui qui m’a dit : mais tant qu’à faire ce trajet, autant en faire un film ! ». C’est ainsi qu’est né le deuxième film de Mathias Mlekuz. Un long-métrage étonnant, entre documentaire et fiction, entre la douleur de la perte, l’émotion et le rire. Un film qui nous  montre la force de l’amitié, celle du cinéaste et de son ami depuis 20 ans, qui accepte de partir six mois en vélo. Ils commencent donc leur périple à La Rochelle et vont suivre l’itinéraire donné par le carnet de voyage de Youri. Destination Istanbul, où ils doivent rencontrer Marzi (Marzieh Rezaee), une Iranienne, la dernière femme à qui Youri a dit « je t’aime ».

Aller et retour

Une équipe de tournage réduite, sept personnes en tout et le fidèle chien de Mathias, Lucky.  Des lieux trouvés au cours du voyage, un camping, au bord de l’eau, un Airbnb à Vienne où se déroule la séquence la plus cocasse du film : leur hôtesse Adriane leur donne des consignes très strictes que Google traduit mal, donnant lieu à quelques fous rires. Elle leur impose ensuite une   baignade à poil dans le Danube : « Elle me fout la trouille ! Elle est mignonne et flippante ! »,  commente Philippe. Ils retournent aussi dans les écoles où Youri, qui était clown, avait joué pour les enfants et ils font eux-mêmes l’expérience de faire rire les petits… un exercice périlleux.

À Budapest, dans une église, Mathias cherche l’apaisement et un sens à sa vie. Sur la route de Brasov, Philippe, qui a trop bu, manque de se faire renverser par une voiture, ce qui donne lieu à une grosse dispute entre les deux amis, suivie d’une réconciliation, touchante. Car ce road movie est à la fois un moyen pour Mathias Mlekuz de retrouver son fils, de commencer à faire son deuil, mais c’est aussi un film généreux et tendre sur l’amitié : « C’est la première fois que je fais un truc amical, que je suis volontairement un ami », confie Philippe Rebbot. Et il ajoute en pleurant : « Ton enfant est en train de m’offrir les plus beaux moments de ma vie ! »

ANNIE GAVA

À bicyclette !, de Mathias Mlekuz
En salles le 26 février

A Bicyclette (C) Ad vitam

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[Berlinale 2025]Quand on sait !  

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was-marielle-weiss-

Présenté en compétition à la 75e Berlinale, Was Marielle weiss a obtenu la Mention Spéciale du Guild Film Prize

En gros plan la  tête dune  jeune fille, celle de Marielle. Un plan qui reviendra, à quatre  reprises, coloré en bleu, rose, jaune puis rouge, ponctuant les  5 actes de ce film étonnant, Was Marielle weiss ( What Marielle Knows ) de Frédérick Hambalek, un des deux  films allemands de la compétition avec Yunan.

Marielle (Laeni Geiseler) une adolescente rentre contrariée de l’école. Quand son père revient dans leur luxueuse maison et raconte, enjolivée, sa journée de travail de graphiste, Marielle le contredit et affirme à ses parents qu’elle voit des choses ; ce que son père, Tobias (Felix Kramer) prend pour un jeu mais que sa mère Julia (Julia Jentsch) prend au sérieux. Un examen de son œil ne révèle aucune pathologie. Mais il y a de quoi s’inquiéter ! Quelqu’un qui entendrait toutes vos conversations et vous verrait même dans des moments intimes ! Julia a des conversations érotiques avec un des ses collègues, Max (Mehmet Ateşçi). Quand Tobias prétend que son travail de graphiste est très apprécié, on voit, comme Marielle qu’il n’en est rien ! L’adolescente connait tous leurs petits -ou plus grands – secrets ce qui va créer dans la famille tensions, doutes, remises en question et changements. Situations cocasses, moments plus graves. Même si on rit beaucoup dans ce film au rythme alerte, se pose la question de la confiance et de la sincérité jusqu’au dénouement !

On peut s’étonner de voir ce film dans la compétition où on aurait préféré trouver The best mother in the world d’Anna  Muylaert  Mais peut être est-ce bien aussi de rire au Berlinale Palatz !

Annie  Gava

[Berlinale 2025] : « ARI », portrait d’un jeune homme d’aujourd’hui

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Léonor Serraille est une portraitiste. De trentenaires qui se cherchent et d’une certaine contemporanéité. On se souvient de la dérive parisienne de Paula ( Lætitia Dosch) dans Jeune Femme, Caméra d’Or à Cannes en 2017,  mise à la porte par son compagnon, se reconstruisant au fil des rencontres. Avec Ari, présenté à la 75è Berlinale, on retrouve ce même schéma. Un jeune homme de  27 ans est chassé du logis familial par son père ( Pascal Rénéric), erre dans la ville (ici Lille et Roubaix) et d’ami en ami, de conversations en conversations, chemine vers le statut d’adulte que son âge lui donne, et apprend à devenir celui qu’il est.

Le film commence par la voix et les caresses d’une Absente : la mère défunte. Dans la lumière poudrée d’un souvenir fondateur : Ari s’appelle Ari comme le deuxième fils d’Odile Redon, né après le décès de son frère aîné. Avec lui, les tableaux du peintre s’éclairent, dit la voix. Et Ari a grandi. Le voilà professeur des écoles stagiaire, essayant maladroitement d’apprendre L’Hippocampe de Desnos à des enfants de CP qui n’écoutent pas ce maître bégayant au discours inadapté. C’est drôle et poignant. « Je ne suis pas à la hauteur » conclut Ari qui pense démissionner. Au grand dam de son père, peintre en bâtiment, qui ne comprend pas « cette génération de merde ». Mais avec les enfants qui est à la hauteur ? Ils voient tout, comprennent tout, s’engouffrent dans les failles. Et Ari en a plein de failles. Fragile, incertain. Au musée,  il s’identifie à l’homme endormi de Carolus–Duran, voyant dans la fleur rouge posée à côté du personnage, un cœur sanglant.

Ari est en décalage avec tous les amis qui l’hébergent. Clara, la copine lesbienne (Eva Lallier Juan) toujours en colère qui se sent déjà abimée par la vie, ne travaille pas, ne veut pas d’enfants et attend l’apocalypse. Le copain de jeunesse devenu financier (Théo Delezenne) qui ne jure que par la réussite matérielle et l’argent dont il a hérité, qui méprise les loosers et les assistés. Ryad (Ryad Ferrad) le pote beur, qui a renoncé à ses rêves d’écriture, vit chez sa mère, et pense qu’il n’est pas né ni au bon moment, ni au bon endroit. Comme dans Chronique d’un été de Jean Rouch et Edgar Morin, Ari veut savoir comment les gens qu’il interroge, s’y prennent avec l’existence et s’ils sont heureux. Il y a tant de façons de rater sa vie ! Et on s’habitue si vite à des choses insupportables.

Ari a des visions. Il voit ce que ses amis ne s’avouent pas, ne perçoivent pas. L’invisible et les détails qui sont l’essentiel bien sûr. Ari est un révélateur. Les baladins d’Apollinaire l’accompagnent, comme les notes qui s’égrènent à la guitare ou au piano, jusqu’à une fin que la réalisatrice ose heureuse. « Tu vas voir la vie c’est super ! » dit le jeune homme au bébé de son ami qu’il tient maladroitement dans ses bras. Dans le rôle titre, Andranic Manet avec son grand corps bizarre (comme il le dit) et ses yeux d’un bleu indéfini, est bluffant. Il laisse affleurer la vibration des émotions, sous la caméra sensible du chef op Sébastien Buchmann.

Inséré dans une collection fondée sur des scenarii écrits en ateliers au Conservatoire National de Paris, le film de Léonor Serraille, fait un bien fou !

ELISE PADOVANI

[Berlinale 2025] : Chine des Villes, Chine des champs

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Living the Land

Living the land, rural, se développe sur un cycle de saisons. Girls on wire, urbain, se déroule sur une trentaine d’années. Tous deux situent leur narration à partir du basculement historique de la Chine dans l’économie de marché, en 1991.

Ours d’argent du Meilleur réalisateur : Living the land, du printemps à l’hiver.

Plan serré sur un groupe de paysans entassés dans une charrette tirée par un tracteur entre des champs givrés. Un enfant tient une urne funéraire dans ses bras. Le tracteur peine à s’extraire de la boue grasse qui charge ses  roues. Elargissement progressif et lyrique du cadre.  Le regard s’envole des herbes roussies par l’hiver au paysage complet : une langue de terre limitée par la mer. Voilà les dernières images de Living the Land, deuxième long-métrage de Huo Meng, superbement photographié par Guo Daming . Métaphore de l’essor économique du pays et de l’effort douloureux pour s’arracher à cette terre qui nourrit les vivants et accueille les morts.

On est dans un village perdu au fin fond de la campagne chinoise. Pas d’électricité. Pas de téléphone. Pas de motorisation : on fauche les blés à la main,  on laboure avec des bœufs. On inhume, on exhume en respectant des rites funéraires millénaires. On réunit les corps des époux. On met en scène le deuil de la famille tout de blanc vêtue, accompagnant le défunt à grandes gesticulations et lamentations ostentatoires -pas forcément sincères. On est pauvre. Le travail est harassant. On est soumis aux caprices météorologiques, au prélèvement par les autorités d’une partie de la récolte et nul ne trouve à y redire.

Là, vit Chuang ( Wang Shang). Il a10 ans, fait pipi au lit. Ses parents travaillant à la ville, l’ont confié à leur famille paysanne. Il entretient une relation privilégiée avec Li (Zhang Yanrong) son arrière grand mère, nonagénaire, fumeuse et frondeuse, ainsi qu’avec Xiuying (Zhang Chuwen), sa tante amoureuse en secret de l’instituteur. On capte la tristesse de la jeune femme quand elle est mariée contre son gré à un homme qu’elle n’aime pas. On suit le jeune Chuang à l’école, dans les champs au fil des travaux agraires.  On le voit  rire, jouer avec ses camarades, défendre son cousin handicapé mental des cruautés des villageois, et lire. Sa soif d’apprendre le prépare déjà à une autre vie. Loin de tout misérabilisme, on s’immerge dans la vie de ce village qui n’est plus tout à fait coupé du reste du monde. Le secrétaire du parti vient faire appliquer les directives du pouvoir central : visite médicale obligatoire, surveillance du ventre des femmes, des accouchements. Une télé arrive, puis un tracteur. Le réalisateur respectueux ne porte aucun jugement, laisse ressentir la beauté et le poids de la vie. L’individu est peu de chose face à la Nature et à l’Histoire qui s’incarne dans cette fresque paysanne.

Girls on wire, famille je vous hai-me

Productrice de Black Coal Ice, Ours d’or en 2014, Vivian Qu revient à la Berlinale en tant que réalisatrice pour présenter son 2è long métrage : Girls on wire

Une ouverture en filtre rouge au fond d’un tunnel prison bien noir où les coups pleuvent sur une jeune femme recroquevillée sur le sol. Suivie d’une évasion digne de Lisbeth Salender et d’une traque qui durera jusqu’à la fin de ce film hybride. Mélodrame social, thriller dérapant vers le pastiche voire la comédie. Comme si Les deux Orphelines rencontraient le polar coréen et le kung-fu. Le réel se frotte aux décors de la Cinecità chinoise à Chengseng. Par des allers retours entre présent et passé la réalisatrice laisse au spectateur le soin de reconstituer le destin de deux cousines, bousculant la chronologie et trouant le récit de nombreuses ellipses.

Fang Di (extraordinaire Wen Qi)  a vu arriver chez elle sa cousine Tian Tian (Liú Hào-Cún) encore bébé et ses parents. Elles ont passé leur enfance ensemble comme deux sœurs. Le père de Tian Tian, resté seul, a sombré dans la drogue obligeant sa fillette à mentir et voler pour payer ses doses. Fang Di fuit la maison devenue irrespirable, pour devenir actrice et connaît une célébrité télévisuelle. Tian Tian reste, tombe aux mains des dealers de son père endetté, et se drogue à son tour, harcelant sa cousine pour obtenir de l’argent. L’entreprise de sa mère périclitant, Fang Di se retrouve également à rembourser les dettes familiales.

Quand le film commence les deux cousines ne se sont pas vues depuis 5 ans. Tian Tian vient de tuer un homme et Fang Di, désargentée, désabusée, est devenue cascadeuse dans des films d’arts martiaux, soumise à la volonté de metteurs en scène bien peu empathiques. On assiste avec Tian Tian à une scène de tournage insoutenable. On plonge, prise après prise, Fang Di suspendue par des câbles, depuis un pont, dans l’eau glacée d’un fleuve pour la propulser ensuite à son point de départ, sabre à la main, encore et encore, jusqu’au malaise de la jeune femme. Retrouvées par les mafieux, Fang Di et Tian Tian  s’enfuient ensemble. Le drame social tourne au thriller avec des Méchants très méchants, des poursuites et des bagarres. Le fil évoqué par le titre anglais est celui du funambule qui cherche à garder l’équilibre. Mais il est d’autres fils pour ces filles, ceux qui les relient depuis l’enfance et tissent une sororité, une solidarité. Ceux – plus cordes que fils, qui attachent à une famille mortifère dont on ne peut se libérer et dont le film serre le nœud coulant.

ELISE PADOVANI

 [Berlinale 2025] Mère ou pas mère

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The best mother in the world

La meilleure mère du monde

Une femme vient porter plainte pour violences domestiques. C’est Gal (Shirley Cruz), une éboueuse, que son mari, Leandro (Seu Jorge ) qui boit bat régulièrement. Son visage est marqué par les coups ; son regard est intense.  Elle décide de s’échapper avec ses deux enfants les embarquant dans sa charrette de recyclage pour une  « grande  aventure », le seul moyen de les protéger d’un réel plus que difficile.  Tel un buffle, elle tire sa carriole à travers les rues de Sao Paulo : il lui faut trouver des endroits pour dormir, de quoi manger, tenter de faire quelques travaux pour  survivre. Sa route croise celle de Munda, « une femme libre » qui lui propose un squat. Mais Gal a un but ; aller chez son cousin et, puissante, tenace, elle continue de  tirer sa charrette où trônent, tels des princes, son fils ; Benin, ravi d’avoir croisé la route du cheval, Biro- Biro et sa fille, Rihanna qui a parfois envie de rentrer à la maison. Mais  les enfants sont heureux de vivre cette aventure car Gal a le pouvoir de ré enchanter le monde  comme le père dans La Vie est belle de Benigni. Une fontaine publique devient un endroit où on se lave, certes,  mais aussi où se baigne, s’éclabousse en riant ;  une des plus belles séquences du film d’Anna  Muylaert, A Melhor Mãe do Mundo (The Best Mother in the World), un film qui témoigne de la violence que subissent les femmes mais aussi de la puissance de celles qui la refusent et arrivent comme Gal à gagner leur liberté. La meilleure mère du monde. Car pour Anna  Muylaert, « La mère est la figure la plus importante de la société .Si une mère est battue par son mari, son fils battra sa femme, ou sa fille pensera que c’est normal d’être battue par son mari aussi. C’est un cycle de violence qui dure toute la vie. » . Shirley Cruz incarne brillamment cette femme forte qui se bat, pleine d’imagination et d’espoir en la vie.

The Best Mother in the World de la réalisatrice brésilienne qu’on avait découverte en 2015 avec The Second Mother était présenté dans la section Berlinale spécial

Johanna Moder, Mother’s baby

On ne nait pas mère : on le devient …ou pas

Un couple riant aux éclats et hurlant dans un manège qui tourne à toute allure…Un symbole de leur  vie future.  Elle c’est Julia, une cheffe d’orchestre reconnue,  lui c’est Georg ( Hans Löw).° Ils n’arrivent pas à avoir d’enfant et vont consulter le Dr Vilfort, spécialiste de la fertilité dans une clinique privée. Julia se retrouve enceinte et se prépare à devenir mère mais rien ne se déroule comme prévu. L’accouchement se passe très mal ; la caméra le filme longuement, s’attardant sur le visage en souffrance de la parturiente et, en un travelling circulaire, sur les’ infirmières rassemblées autour de la sage-femme Gerlinde (Julia Franz Richter)  qui vont l’aider à mettre au monde ce bébé. Un bébé qu’on n’entend pas crier et qui est emmené immédiatement par l’inquiétant Dr Vilfort (Claes Bang)  Après une longue attente, on annonce  à Julia et Georg que le bébé va bien. Pour Julia, ce bébé à qui elle  ne donne pas de nom, qu’elle a du mal à allaiter, est un étranger, un bébé  aux drôles d’yeux, trop calme. Elle essaie de le faire réagir par de la musique très forte, jouant du violon tout près ou le pinçant pour le faire crier « Il ne pleure pas, ne ressent aucune douleur et n’a jamais faim.-. Tu préfèrerais un bébé qui crie ? lui rétorque Georges. Tu voulais un enfant ?  – Pas celui-là ! » Commence à germer chez elle l’idée que ce bébé n’est pas le sien, qu’il  a été échangé. « Tout va bien »  lui répète, comme un mantra,  son entourage ainsi que  Dr Vilfort qu’elle va consulter à plusieurs reprises .Il lui offre un axolotl, une sorte de salamandre qui semble le fasciner. Tout comme le narrateur de la nouvelle de Cortazar, Axolotls. Le doute s’insinue de plus en plus chez Julia : ce bébé qui n’est pas le sien n’a-t-il pas été conçu dans une éprouvette. Non ! Tout ne va pas bien !

 Le film de la réalisatrice autrichienne Johanna Moder, Mother’s baby, construit  comme un thriller psychologique, met en avant les difficultés à devenir mère et la dépression post partum qui n’est pas toujours reconnue.  Le spectateur est emporté dans le monde de Julia grâce au jeu parfait de Marie Leuenberger   «Mother’s baby est pour moi un film très personnel. Précise la réalisatrice  C’est une sorte de règlement de comptes, même si je ne sais pas avec qui ni quoi. Le bonheur promis ne se concrétise pas avec la naissance de l’enfant. C’est plutôt le début d’un mauvais rêve. Rien n’est comme avant. Et ce qui était, inexorablement, fond et ne peut plus être retenu. » 

Mother’s baby qui tient le spectateur en haleine jusqu’au bout était en compétition à la 75é Berlinale

Annie Gava

Constellation de films

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Semaine asymétrique
Control Anatomy@ Mahmoud Alhaj

Depuis une vingtaine d’années, le Polygone Étoilé organise et accueille la Semaine Asymétrique, un événement cinématographique hors-norme, qui – et le Comité Semaine Asymétrique (CSA) insiste – n’est pas un festival. Et pour cause, le CSA ne visionne pas les films en amont, et donc ne fait pas de sélection. Les seules conditions pour voir son film projeté est de l’avoir envoyé suffisamment tôt au Polygone Étoilé, et d’être présent pour en discuter avec le public. Ce fonctionnement permet d’offrir au public une diversité étonnante de films, autant dans leurs formats que dans leurs thèmes. 

« On suit aussi certains artistes en particulier, notamment le peintre Damien Cabane qui fait des films de poésie, et qui est présent chaque année » explique Martine Derain, administratrice et artiste membre du Polygone Étoilé. Comme chaque année, un certains nombres de films réalisés ou travaillés au Polygone étoilé sont projetés lors de la Semaine, à l’instar de la sélection de courts-métrages « Fenêtres sur la Joliette », fruit d’ateliers menés par l’association Film Flamme avec des jeunes de ce quartier (23 février). 

Regards sur la psychiatrie 

Malgré l’absence de sélections, un thème marque par sa récurrence : l’hôpital psychiatrique. Selon Martine Derain, « il y a un intérêt contemporain pour ce que permettent ces lieux en terme de création, pour les formes qui émergent quand on travaille avec les patients ». C’est le cas d’Un Café allongé à dormir debout, un documentaire dans lequel Philippe de Jonkheere filme le passage à l’âge adulte de son fils neurodivergent et hospitalisé (22 février), ou de Coma du Collectif Robin Wood (24 février). Mais aussi de films plus anciens, comme les courts-métrages réalisés​ par les patients de Céry, un hôpital psychiatrique de Lausanne, entre 1964 et 1981 (23 février). Enfin, Jean-Pierre Daniel sera présent le 22 février pour présenter Le Moindre geste, un film de 1971 qui met en lumière le travail mené par Fernand Deligny, éducateur et artiste, auprès de jeunes patients en psychiatrie.

Regards sur la diffusion 

Enfin, le CSA ménage un temps de réflexion collective autour de la diffusion cinématographique. Lors de discussions intitulées « Manœuvrer dans la diffusion », les 24 et 25 février, plusieurs professionnels du cinéma débattront des lacunes de l’industrie en la matière, et des possibilités nouvelles qui émergent pour favoriser la visibilité des œuvres. Des alternatives dont la Semaine Asymétrique est elle-même un bel exemple. 

CHLOÉ MACAIRE 

La Semaine Asymétrique 
Du 20 au 27 février 
Polygone étoilé, Marseille

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Rusalka

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Rusalka

Le décor représentant l’intérieur d’une piscine en petits carreaux blancs, avec son plongeoir, son escalier et son échelle, dans laquelle les chanteurs évoluent, est impressionnant de réalisme. En fond de scène, sont projetées des vidéos sur grand écran. Elles sont un élément essentiel de la mise en scène de Jean-Philippe Clarac et d’Olivier Deloeuil, habitués avec leur Lab à mélanger les genres d’expression dans des productions pluridisciplinaires. Ellesdéroulent les ébats de petites championnes de natation synchronisée qui s’échauffent, babillent et se confient à la caméra. On leur demande de se maquiller -trop-, de sourire -tout le temps-, de se comporter comme des petites sirènes évanescentes -pourquoi toujours petite ? s’interrogent-elles-, leurs corps de jeunes pubères, qui enchaînent des chorégraphies désuètes,sont livrés en pâture aux spectateurs sur scène et dans la salle. Transposer ainsi l’histoire de La Petite sirène dans le monde des petites nageuses était un pari osé, même si on perçoit immédiatement la résonnance avec le conte d’Andersen. Pari réussi.

Retour aux sources

C’est un retour aux sources pour cette œuvre dont la première représentation en France eut lieu à Marseille en 1982. Le livret écrit par le tchèque Jaroslav Kvapil met en scène Rusalka, créature des eaux -la somptueuse Cristina Pasaroiu-, qui avoue à son père Vodnik, l’esprit du lac, devenu un manager libidineux sous les traits de la basse Mischa Schelomianski, qu’elle est amoureuse d’un prince, humain -le ténor Sébastien Guèze-, en habit de James Bond. Elle décide de quitter son père et ses sœurs de bassin pour vivre son amour terrien. Pour cela, elledoit demander à la sorcière Jezibaba de l’aider à devenir une femme. Cette dernière exauce ses vœux. Rusalka peut rejoindre le monde des humains mais devra perdre sa voix, se taire. Exilée loin d’un monde aquatique de conte de fée, souligné par la harpe, un univers factice et artificiel certes mais protecteur, la jeune femme bascule dans l’univers violent, des chasseurs,des hommes avides de possession, prompts aux faux discours et à la trahison. Le prince, d’abord épris de cette beauté silencieuse, sauvage comme une biche blanche, la délaisse pour une princesse étrangère –Camille Schnoor. Dès lors, Rusalka tourne en rond comme un poisson rouge dans un bocal, ni sirène, ni femme, ni vivante, ni morte, rongée par son incapacité à hurler à haute voix sa colère ou sa tristesse. La soprane roumaine à la voix de velours Cristina Pasaroiu tient la scène de bout en bout, émouvante dans le Chant à la lune du premier acte, puis rebelle, puissante, fragile et désespérée. Elle s’avère une actrice exceptionnelle, brille et éclipse les solistes hommes dans cette partition qu’il est vrai ne leur rend pas hommage. Les chanteurs et petites danseuses évoluent sur scène ou dans les vidéos,dans une mise en abyme qui sert puissamment la dramaturgie du spectacle.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Rusalka a été donné les 11, 13 et 16 février à L’Opéra de Marseille

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Repartir à l’abordage

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procès du siècle
© G.C.

Le 17 février, plus une place dans l’auditorium Germaine Tillon pour les retardataires. Comme tous les lundis jusqu’au 17 mars, la 4e saison des Procès du siècle, intitulée « Oser l’utopie », se demande comment « avancer vers plus de démocratie, plus d’écologie, plus de solidarité ». L’affluence montre que l’appétence est là. Pourtant le sujet du jour semble peu familier à une bonne moitié du public, quand la journaliste Nora Hamadi fait un sondage à main levée : qui sait ce qu’est l’éducation populaire ?

Ses deux invités, Hélène Balazard, chercheuse en sciences politiques, et Robin Renucci, directeur du théâtre La Criée, se lancent donc dans un historique. Lui fait remonter ses origines à Condorcet, selon qui l’éducation devait émanciper les citoyens de la sujétion, car « même sous la constitution la plus libre un peuple ignorant est toujours esclave ». Elle évoque le programme du Conseil National de la Résistance et sa volonté de rénovation sociale, après l’emprise fasciste sur le pays durant la Seconde Guerre mondiale.

Quand les fondamentaux se réveillent

L’éducation populaire, c’est « apprendre de tous, par chacun » pour l’un ; « conscientiser ses propres capacités, gagner en pouvoir d’agir », pour l’autre. Depuis une dizaine d’années, les vieilles recettes connaissent un renouveau, relèvent-ils, après des décennies où elles s’étaient assoupies dans les MJC, devenues parfois de simples lieux de consommation de loisirs. Utiliser les méthodes les plus démocratiques possibles, cela devient tellement urgent dans un contexte politique tirant de plus en plus à droite, assorti d’un libéralisme économique qui détruit les services publics. « L’éduc’ pop’ a un bel avenir si l’on lutte encore et toujours contre les dominations », s’enflamme Robin Renucci. « Cela se travaille dans le débat, la reconnaissance de l’opposition, l’acceptation du conflit, du dissensus. Considérer l’altérité comme précieuse, aller chercher la singularité de chacun plutôt que le nivellement qu’apportent les réseaux sociaux. »

Pas facile à mettre en pratique, reconnaît-il, face au rouleau compresseur de l’autoritarisme. Cette difficulté s’est d’ailleurs vue en direct, lors des échanges avec la salle. À peine un auditeur avait-il pris la parole, pour déplorer la réduction de l’éducation populaire au « simulacre participatif », qu’il se faisait sèchement rembarrer par Nora Hamadi. Ce n’est pas en répondant sur ce ton à la critique que l’on va « susciter le désir de s’exprimer », l’un des grands principes fondamentaux de l’éducation populaire. Celui ou celle qui contrôle le micro a décidément le pouvoir…

GAËLLE CLOAREC

Le prochain Procès, Où sont les nouveaux territoires de solidarité ?, réunira Juliette Rousseau, directrice de collection aux éditions du commun, et Kamel Guemari, fondateur de l'Après-M, le 24 février.

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Mars en baroque lance le printemps 

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mars en baroque

L’Opéra de Marseille fête ses cent ans. Le festival Mars en baroque se devait d’honorer cet anniversaire en mettant cette grande invention de la période baroque à l’honneur. Fruit d’un premier partenariat entre l’Opéra et le festival -qui devrait en appeler d’autres-, le mythique Orfeo de de Claudio Monteverdi. Pour ce projet audacieux, Jean-Mars Aymes, directeur du festival a associé le chœur de l’Opéra et fait appel aux instrumentistes du Concerto Soave, rompu aux secrets de l’interprétation baroque (2 mars, Opéra de Marseille). Cette production phare du festival ne doit pas occulter la riche programmation de cette édition -concoctée par Romain Bockler-, qui retrouve sa vitesse de croisière après une année 2024 difficile. Marie Paule Vial, sa présidente s’en désole : « Partout en France et à l’étranger, la culture est danger. Grâce à la Région, la Drac mais surtout à Jean-Marc Coppola, maire adjoint à la culture de Marseille que nous remercions, Mars en baroque peut continuer à voguer ». Le festival collabore aussi cette année avec Marseille Concertspour une soirée De Bach à Debussy avec la flutiste Lucie Horsch et le claveciniste Justin Talylor, (15 mars, Palais du Pharo). Jean-Marc Aymes s’en félicite : « Travailler avec des structures existantes est une bonne façon de faire vivre la musique ». 

Concerto Soave @ Concerto Soave

Hamlet en Italie

Le festival ouvrira avec Les Fantômes d’Hamlet, programme construit par Franck Emmanuel Comte et Le Concert de l’Hostel Dieu, avec des fragments d’opéras perdus de Scarlatti, Gaspirini ou Vignati exhumés par des musicologues autour du mythe d’Hamlet et des femmes qui auraient traversé sa vie. Elles seront incarnées par la soprane et grande tragédienne Roberta Mameli (28 février, église Saint-Ferréol). Italie toujours avec la venue à Marseille, grâce au soutien de l’institut culturel italien, de l’ensemble Dolci Accenti qui puise aux sources de l’Opéra que sont les cantates interprétées par la soprano Nadia Caristi (8 mars, salle Musicatreize).

©SAS

Haendel, what else


Le génial Haendel, qui à lui seul résume l’Europe baroque, valait bien qu’on lui consacre deux soirées. Ce sera le cas avec Dans l’ombre du « Caro Sassone », consacré aux oratorios du compositeur, grande forme musicale née, elle aussi à l’époque baroque. Le contre-ténor Rémy Brès, formé à Marseille, et qui foule déjà les plus grandes scènes internationales interprétera aussi des œuvres des successeurs anglais du compositeur que sont Maurice Green, John Stanley et William Boyce (14 mars, église Notre-Dame du Mont).  De leurs côtés, le jeune organiste Emmanuel Arakelian et Jean-Marc Aymes au clavecin offriront Une heure avec Haendel avec des pièces instrumentales de celui qui fut aussi maître de chapelle (30 mars, Temple Grignan). 

Baroqueux du sud

Hommage sera rendu à celui sans qui l’Opéra de Marseille n’existerait peut-être pas. C’est en 1685 que Pierre Gaultier obtint du grand Lully la permission de créer le premier opéra de province, Le Triomphe de la Paix. Il devient le centre de la vie culturelle de la région. En l’articulant sur des œuvres instrumentales de Gaultier, Concerto Soave a construit un programme autour de l’opéra français de la fin du XVIIe siècle. Lully y est bien sûr présent, mais aussi Campra et Mouret, immenses compositeurs nés dans la région (22 mars, Musée d’histoire de Marseille). Le lendemain dans le même lieu, le truculent musicologue Lionel Pons tiendra une conférence sur les lieux de diffusion musicale à Marseille du XVIIIe au XXe siècle. 
Enfin, Les Voix Animées nous ouvriront leur Jardin des muses, célébrant la féminité dans la musique de la Renaissance.  On s’y promènera en compagnie d’Anne de Bretagne, Marie-Madeleine, La Reine de Saba ou Vénus, mais surtout de deux créatrices du XVIe siècle, Rafaëlla Aleotti et Maddalena Casulana qui écrivait : « Je veux montrer au monde, autant que je peux dans cette profession de musicienne, l’erreur que commettent les hommes en pensant qu’eux seuls possèdent les dons d’intelligence » (25 mars, Archives Départementales des Bouches du Rhône). 

Jeunesse baroque

Mars en baroque c’est aussi une ouverture à la jeunesse. Le chœur Unacorda mêlant chanteuses professionnelles et élèves du Conservatoire d’Istres illustreront la tradition vocale française de Marc-Antoine Charpentier à Francis Poulenc, et interprèteront une création contemporaine de la compositrice Lisa Heute (16 mars, Temple Grignan). De leurs côtés les élèves du Conservatoire Pierre Barbizet donneront, en fin d’année scolaire, une série de concerts hommage à Pierre Gauthier.

Unacorda

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Mars en baroque
Du 28 février au 30 mars
Divers lieux, Marseille

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