jeudi 9 avril 2026
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L’éthique du spectacle jeune public 

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Bright Generations
© X-DR

Avec ses “187 papas et mamans venant de 27 pays” – comme le rappelait avec malice Denis Athimon du Bob Théâtre lors de la cérémonie d’ouverture -, l’ASSITEJ est sous bonne étoile pour veiller au grain de la création jeune public à travers le monde. Réunies par le Théâtre Massalia pour une semaine, ses délégations internationales échangeaient sur l’état du secteur durant cette nouvelle édition de Bright Generations – chaque année accueillies dans une ville différente. 

Au terme d’une dizaine de rencontres professionnelles quotidiennes – tables rondes, conférences, ateliers – de furtives impressions se dégagent. Premier constat : à l’œuvre, une joie tenace, moteur d’une combativité nécessaire pour un secteur parfois mésestimé et encore sous-doté. Une belle parité, avec des femmes souvent sur le pont. Une vivacité, indéniable, contagieuse, présente aussi dans la quinzaine de spectacles, toutes nationalités confondues, présentées de La Friche au ZEF en passant par la Criée et la Joliette. 

Résilience et inclusivité 

Certaines thématiques ont traversé  toute la la semaine : peut-on créer pour les jeunes… sans les jeunes ? Par ricochet, son corollaire : peut-on programmer des spectacles qui leur sont dédiés, sans les consulter ? 

Trépidantes, des expériences témoignaient de créations artistiques partagées d’une part, et d’implication des jeunes dans la gouvernance des lieux de l’autre. Ayant confié les clés de sa programmation adolescente à un groupe de 11 Jeunes prog’Marie-Hélène Félix, du Théâtre Renaissance, en périphérie lyonnaise, n’en démord pas : “comme souvent quand on délègue à des amateurs, l’intérêt général est mieux pris en compte !” 

Ecumant Marseille durant le festival, des groupes de jeunes, membres de réseaux internationaux tels que New Voices ou Fores-TEEN – misant sur la métaphore de forêt comme écosystème de l’adolescence – faisaient montre de cette implication dans le spectacle vivant, côté production ou réception. 

Du Népal à l’Ukaine

L’inclusivité, c’était un autre mot d’ordre de la semaine. De protocoles de formation dans des zones en situation de crise ou d’urgence sanitaire, à du théâtre communautaire développé dans un Népal ravagé par le séisme de 2015, le théâtre peut s’avérer un puissant outil d’inclusion. Il peut littéralement aider à survivre, quand il se pratique en Ukraine dans des abris anti aériens, ou encore dans des containers post séisme – “le fardeau émotionnel s’allège à mesure qu’il se partage”, commente la metteuse en scène népalaise Sunaina Panthy

En France, le réseau ASSITEJ oeuvre à développer un éthic’otest, permettant d’auto évaluer ses pratiques en matière d’inclusivité. Mais comme les vertus émotionnelles du spectacle jeune public – tout à la fois “fenêtre sur le monde et miroir introspectif” selon Vicky Ireland, membre de l’International Inclusive Arts Network – sont parfois difficilement quantifiables dans des études, la recherche doit continuer à mettre en valeur ces aspects pour les faire valoir, notamment auprès des financeurs. 

JULIE BORDENAVE 

Bright Generations s’est tenu du 24 au 29 mars au Théâtre Massalia et dans d’autres lieux de Marseille, 

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« La teneur de l’air » de Patricia Dallio

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Patricia Dallio
© A.-M.T.

L’entrée se fait par un vaste jardin arboré. De grands bancs en bois invitent à s’asseoir, des nattes multicolores à s’allonger sous les feuillages. Face au public une maison blanche aux volets verts donne l’impression de revenir pour l’été dans une grande maison de famille. 

Le Tiers-lab des Transitions est un endroit original, un lieu de 6000 m2 situé à Marseille, et dédié à l’intelligence collective, au partage, à la création. C’est ici que Nathalie Négro, fondatrice de Piano and Co a eu l’idée d’organiser la première manifestation de la quatrième saison des concerts En Ap[p]arté. « L’idée est de donner de la visibilité aux femmes en musique en proposant des moments de rencontre dans des lieux originaux », explique-t-elle.

Une pie s’invite 

Pour cette soirée, cette dernière a choisi d’inviter Patricia Dallio. La compositrice développe un univers musical organique grâce à un set nomade, assemblage de pédales d’effets, de micros et de petits objets sonores acoustiques – un verre, tire-bouchons, un diapason thérapeutique, des fils, des chaînes, une cloche et autres objets insolites non identifiés. Elle joue avec tout cette petite machinerie avec jubilation. Elle manipule en temps réel de matières sonores qu’elle déploie en improvisation. 

La compositrice a appelé ce moment « la teneur de l’air ». Suivre Patricia Dallio, c’est se laisser porter dans un univers sonore intense. Certains fixent les mains et la bouche de la performeuse qui font évoluer les sons. D’autres ferment les yeux et imaginent… chacun avec son vécu, ses émotions, son ressenti : gémissement d’un animal, mastication, respirations haletantes, avion qui décolle, marche militaire… ou n’est-ce pas plutôt des bruits d’une machine qui tournent imperturbablement comme dans les Temps modernes de Charlie Chaplin ? C’est sans doute la grande force de Patricia Dallio : offrir des moments de liberté immense, permettre des rêves éveillés riches de sens cachés. Et quand une pie, une vraie, s’en mêle, c’est un instant de grâce.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Le concert s’est déroulé le 27 mars au Tiers-lab des Transitions. 

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On ne paie pas ! : Toujours dans la bonne note 

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On ne paie pas © Pascale Cholette
On ne paie pas © Pascale Cholette

Le théâtre de Martigues affiche complet ce samedi 27 mars pour une unique représentation, on peut le regretter, de On ne paie pas ! de Dario Fo et Franca Rame. Car cette satire politique écrite en 1974 dans un contexte de luttes ouvrières à Milan et réactualisée en 2008, en pleine crise dessubprimes, reste encore peu connue en France. Pourtant, Il s’agit là d’un des grands classiques comiques du théâtre italien. Dario Fo et Franca Rame mettent en exergue l’absurdité humaine ainsi que le rapport au travail et au pouvoir. 

On  découvre, au centre du plateau, un logement ouvrier de la fin des années 1960 : une pièce, cuisine équipée, salle à manger, chambre. Cependant les proportions bizarres de la scénographie, en particulier des portes qui vont ménager entrées et sorties tonitruantes, nous placent d’entrée de jeu dans les codes de la comédie grinçante. Le plateau devient une machine de guerre où les acteur·ice·s vont délivrer à bride abattue une comédie truculente et virtuose pendant une heure et demie. 

Ancrée dans notre époque 

Le spectacle débute d’ailleurs par une course-poursuite, qui rappelle les films de Laurel et Hardy. Deux ouvrières s’enfuient après le pillage d’un supermarché. En révolte contre une inflation galopante, elles dissimulent leur butin sous leurs manteaux, déclenchant une série de quiproquos en voulant échapper à la fois à la police et à la surveillance de leurs maris. La précision de la mécanique comique du texte est terriblement efficace. D’autant plus que la résonance sociale et politique de l’œuvre reste plus que jamais ancrée dans notre époque, caricaturant les dysfonctionnements de notre société occidentale. 

Soudé par un rire libérateur, qui depuis Aristophane permet aux humains de se moquer de l’absurdité de leur condition, le public explose en applaudissements et finit « debout pour la culture », à la demande de la troupe. 

ISABELLE RAINALDI

On ne paie pas ! On ne paie pas ! a été donné le 29 mars au Théâtre des Salins, scène nationale de Martigues. 

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Des nouvelles des Amériques 

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Ben Shattuck © X-DR

Les recueils de nouvelles, dans lesquels on peut piocher au grès de nos envies et de nos disponibilités ont le vent en poupe. Ces lectures courtes ou plus longues, ces petits moments de bonheur, d’intrigues ou de suspens se prêtent bien à nos vies trépidantes et à nos emplois du temps morcelés. En la matière, l’Américain Ben Shattuck excelle. Avec La forme et la couleur des sons, c’est aussi une ode à Henry David Thoreau, philosophe, naturaliste et poète américain, dont il est l’un des spécialistes. 

Ben Shattuck © X-DR

On y croise un grand pingouin, un cygne de la toundra, une forêt diabolique, le tableau d’un oiseau libre et pourtant attaché et de multiples personnages bouleversants : David, pianiste qui traverse les contrées américaines pour collecter auprès des vieilles personnes des chants traditionnels ; Will le peintre qui va connaître un immense succès à Terre-neuve et son mariage contrarié avec la douce Laurel exilée sur l’île de Nantucket dans le Massachussetts à la fin du XVIIIe siècle ; ou encore Elisabeth et August, deux jeunes gens originaires de Concord (New Hampshire) qui doivent l’expression de leur amour au tronc d’un vieux sapin témoin de drames anciens.

Tous ont en commun des rendez-vous manqués, des histoires qui aurait pu être si… Des si qui font le sel, les rebondissements, les drames et les beautés de la vie. Dans ses douze courts récits, on voyage dans le temps dans des paysages américains grandioses. Et si on y prête attention, des détails se glissent d’une nouvelle à l’autre comme le fil tenu des âmes qui circulent.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Les formes et la couleur des sons de Ben Shattuck
Albin Michel - 23,90 €

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Une autrice est née

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Audrey Sabardeil est marseillaise. Professeur de lettres, elle a grandi dans les quartiers Nordde cette ville, sa ville, qu’elle aime mais dont elle connait aussi tous les zones d’ombres, les lieux interlopes où se développent les trafics en tout genre : drogues, êtres humains, proxénétisme, contrats juteux, appels d’offres truqués. Comme dans tout bon polar, Cargo blues nous embarque sur les traces de politiques corrompus flirtant avec des hommesd’affaires prêts à tout pour conquérir de nouveaux marchés, d’avocats véreux magouillant sans vergogne avec des policiers ripoux, de proxénètes abusant de la faiblesse de jeunes et belles réfugiées… 

Il y a du Fabio Montale

Nul doute que les deux héros d’Audrey, Fab, baroudeur bourru au grand cœur qui navigue entre Marseille et la Corse et Angélica l’assistante sociale qui tente avec énergie d’aider les jeunes et familles des quartiers défavorisés, auraient plu à Jean-Claude Izzo, le premier maîtredu « polar aïoli ». D’ailleurs le Fab de Sabardeil et le Fabio Montale ont en commun un cabanon qui donne sur la mer et voisine avec les gabians.

La jeune écrivaine, qui avait déjà publié deux premiers romans dans une maison confidentielle et gagné plusieurs prix de nouvelles comme celui du Cercle des Polardeux(Melmac, 2024), entre de plain-pied dans ce monde du polar marseillais jusqu’à maintenant – et en dehors de Marie Neuser – presque exclusivement masculin. 

Aufrey Sabardeil © X-DR

En la prenant dans son écurie, Marie-Pierre Gracedieu fondatrice de la maison d’édition LeBruit du Monde féminise son catalogue d’auteurs locaux. Audrey rejoint les très remarqués Rémi Baille (Les enfants de la crique, 2024) et Christian Astolfi (De notre monde emporté 2023, L’œil de la perdrix 2024). Son polar est prenant, plein de finesse, de précision, documenté, haletant de bout en bout. En refermant le livre, Fab et Angelica, comme deux vieux copains avec lesquels on aurait grandi au quartier nous manquent déjà. À quand une saison 2 ?

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Cargo Blues, d’Audrey Sabardeil 
Le bruit du monde - 21 €

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Excellence et partage au Festival de Pâques

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pâques
Léa Dessandres © Caroline Doutre

Avec ses 21 concerts prestigieux et ses manifestations gratuites dans 35 lieux, le Festival de Pâques s’impose comme le plus grand rendez-vous printanier d’Europe en musique classique. Pour cette édition, le directeur artistique – et célèbre violoniste – Renaud Capuçon a souhaité mettre en avant le violoncelle. Grand moment attendu avec les 12 violoncelles du Philarmonique de Berlin. Ces instrumentistes, parmi les meilleurs d’Europe, ont concocté un programme classique et jazz (22 avril). On pourra aussi entendre Kian Soltani (accompagné par Renaud Capuçon au violon et Mao Fujita au piano) dans les trios N°1 de Schubert et de Brahms (14 avril).

Pablo Fernandez se produira, lui, pour la première fois au Festival avec le pianiste Luis del Valle. Ils interpréteront la Sonate op 69 de Beethoven et la n°1 de Brahms (18 avril). Julia Hagen, fidèle d’Aix, sera l’invitée de l’Orchestre de chambre du Festival de Verbier pour Le concerto pour violoncelle d’Elgar (21 avril). Enfin, l’Orchestre de chambre du Festival Pablo Casals fera résonner au Grand Théâtre de Provence la « Grande » Symphonie de Schubert en compagnie de Gauthier Capuçon qui interprètera le Concerto pour violoncelle n° 1 de Chostakovitch (25 avril). 

Du piano aussi 

Pour autant, le festival reste fidèle à ses premières amours. Les Leçons de piano réuniront les grands interprètes de l’instrument et tout d’abord la légende Martha Argerich en ouverture de l’édition 2025, accompagnée de l’Orchestre du Capitole Toulouse pour le Concerto n°1 de Beethoven (11 avril). Le lendemain Rudolf Buchbinder donnera vie au Concerto pour piano n°1 de Brahms. 

Bertrand Chamayou quant à lui emmènera le public dans l’aventure d’une intégrale de la musique pour piano de Ravel (13 avril). Enfin, pianiste prodige, la jeune Alexandra Dovgan, révélée il y a dix ans à Moscou, articulera son programme autour de trois sonates : Op 11 de Beethoven, Op 22 de Schumann et Op 1 de Prokofiev (17 avril). 

Alexandra Dovgan © Irina Schymchak

Avec Elles

Le festival met aussi à l’honneur deux instruments moins célébrés, la flûte et la harpe défendues par Mathilde Calderini et Anneleen Lenaerts. La première fait la part belle aux femmes dans le programme Avec Elles qui mêle pièces écrites par des compositrices commeCécile Chaminade ou Mel Bonis (17 avril). La seconde, qui sera la marraine du traditionnel concert Génération@Aix qui promeut de jeunes talents, est la huitième femme à avoir rejointle prestigieux – et ô combien machiste – Philarmonique de Vienne. Le programme qu’elle défend sera français : Ravel, Fauré, Debussy… (19 avril)

Le baroque ne sera pas oublié. La mezzo-soprano Léa Dessandre revient au festival avec un programme Haendel (15 avril) et le chef Emiliano Gonzales Toro dirigera Les Vêpres de la vierge de Monteverdi, œuvre charnière entre Renaissance et baroque (16 avril).

Sacrée musique

Week-end de pâque oblige, le Festival, programme comme tous les ans sa « Passion » de Bach. Cette année ce sera celle Selon saint Mathieu servie par l’ensemble Les Ambassadeurs- La Grande écurie. Les Talens Lyriques emmenés par Christophe Rousset interprèteront pour leur part l’Oratorio de Pâques, 300 ans après sa première audition le dimanche de Pâques1725 (20 avril). 

Musique en partage

« On ne peut pas réserver un festival comme celui-ci à un petit nombre de personnes. Nous souhaitons que tous ceux qui ne peuvent pas se déplacer, qui pensent que la musique classique n’est pas pour eux, qui peuvent rencontrer des problèmes financiers puissent partager avec nous » déclare Dominique Bluzet, directeur du Festival.  

Dans le cadre de la programmation « Musique en partage », un grand concert sera offert aux Aixois le jour de Pâques avec l’Orchestre du festival de Verbier qui interprétera des extraits des Sept dernières paroles du Christ en Croix de Haydn. Quatre masterclass publiques, des ateliers pour enfants et des concerts gratuits seront organisés en ville, dans des hôpitaux et des Ehpad. 

En partenariat avec le Carnegie Hall de New-York, le projet Une chanson douce sera mené avec des familles aixoises en difficulté suivies dans l’unité de périnatalité de l’hôpital Montperrin. Nouveauté cette année avec la création de La petite académie de Pâques qui permettra à de jeunes élèves de conservatoires ruraux de venir, travailler, au côté des plus grands. Un festival qui prouve qu’exigence et partage peuvent cohabiter avec bonheur.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Le Festival de Pâques se déroule du 11 au 27 avril à Aix-en-Provence. 

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Aix : le printemps sera choro

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choro
Abel Luiz ©️ X-DR

Il n’est pas rare, en France, d’entendre ici ou là quelques notes de choro, sortir d’un bar, souvent bondé, et aux vitres embuées. Le choro, cette musique brésilienne populaire datant du XIXe, connaît depuis plusieurs années une popularité grandissante dans l’Hexagone, souvent porté par une diaspora dynamique et prosélyte de bonnes ondes. Pas étonnant que le Festival international de choro ait vu le jour en 2023 à Aix-en-Provence, et qu’il se poursuive cette année du 14 au 20 avril, toujours porté par l’association La Roda. 

Bonne surprise pour cette édition 2025, l’obtention du label France-Brésil, qui permet au rendez-vous d’accueillir huit artistes venus du Brésil. Notons par exemple la venue d’Abel Luiz, figure majuscule de la scène de Rio de Janeiro. Auteur, compositeur, multi-instrumentiste… sa présence est un événement dans l’événement, puisqu’il posera ses notes sur le sol européen pour la première fois. Du Brésil viendront aussi le cavaquiniste Jayme Vignoli et le mandoliniste Marcílio Lopes, tous deux connus pour être membres du groupe Água de Moringa ; passent aussi la venue du batteur Marcus Thadeu – qui a notamment travaillé avec Gilberto Gil, ou Paulo Aragão (guitariste à 7 cordes et arrangeur), et le clarinettiste Rui Alvim

Le choro macho ? 

Que des hommes brésiliens donc, qui vont traverser l’Atlantique. La seule femme à l’affiche du festival est la Japonaise Naomi Kumamoto. Flûtiste, elle a découvert le choro avec Mauricio Carrilho en 2000 au Japon, qui lui produit son premier disque Naomi vai pro Rio en 2003. Un titre prophètique, puisqu’elle s’installe au Brésil l’année suivante, où elle vit toujours, et continue de jouer et d’enseigner cette musique. 

Autre temps fort du rendez-vous, la création du spectacle L’heure du bœuf, par le duo aixois Luzi Nascimento qui reviendront, accompagnés par « un ensemble des plus éminents musiciens brésiliens de choro », sur le voyage de Darius Milhaud au Brésil (17 avril à la Manufacture).

Le Festival international de choro c’est aussi deux concerts-conférences, une exposition photographique, et une grande masterclass de cinq jours, du 14 au 18 avril à la Manufacture, avec tous les artistes brésiliens qui ont fait le voyage. 

NICOLAS SANTUCCI  

Festival international de choro
Du 14 au 20 avril
Divers lieux, Aix-en-Provence 
Toute la programmation sur laroda.fr

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Les Trocks : 50 ans entre drag et Bolchoi 

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Trocks
© Roberto Ricci

Créée en 1974, les Ballets Trockadero de Monte-Carlo fêtaient l’année dernière leurs 50 ans. L’occasion pour la célèbre compagnie de ballet comique composée exclusivement d’hommes de réaliser une tournée mondiale pour proposer le meilleur de leur répertoire. Ce spectacle, intituléBest Of, est composé du deuxième acte du Lac des Cygnes, du Pas de quatre de Puccini, de La Mort du Cygne et La nuit de Walpurgis. Ce dernier acte, tiré du Faust de Gounod, est chorégraphié par la danseuse russe Elena Kunikova, avec qui les Trocks collaborent étroitement depuis 20 ans.

Tableau après tableau, les Trocks enchaînent les gaffes, les chutes, et les grimaces sous les rires du public. Et redoublent devant la Mort du Cygne qui, vacillant sur ses pointes, perd les plumes qui composent son tutu. Le brio des Ballets Trockadero repose sur l’équilibre entre cet humour parodique, largement inspiré par le slapstick et le burlesque, et la parfaite maîtrise technique.  

Un peu d’histoire 

Au début des années 1970, la communauté LGBTQ+ et en particulier la scène drag new-yorkaise est en pleine effervescence suite aux émeutes de Stonewall, un violent soulèvement de cettecommunauté contre la répression policière dont elle était victime. C’est dans ce contexte que sont créés les Ballets Trockadero. Sans le revendiquer, le directeur artistique des Ballets Tory Dobrin affirme le lien des Trocks avec l’art du drag. Un drag théâtral, dit-il, dans lequel il n’est pas question « dimiter des femmes » mais d’incarner des personnages féminins inspirés par les grandes divas du ballet traditionnel russe.

CHLOÉ MACAIRE 

Le spectacle a été joué les 25 et 26 mars au Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence.

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Corps de filles ?

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Toxic (C) les Alchimistes

Dans un vestiaire tout en longueur, une jeune fille tout en jambes. Hors champ des voix de filles qui se moquent : « T’as vu comment elle marche avec son maillot de bébé ? C’est une boiteuse ! »

La « boiteuse » c’est Marija, 13 ans, (Vesta Matulytė). Confiée à sa grand-mère par sa mère qui n’a pas de place pour elle, elle vient d’arriver dans cette ville grise, post-industrielle, à l’horizon barré de tours et d’installations électriques. Sur une place délabrée, des jeunes envoient un ballon dans un panier de basket. Marija qui s’en approche se fait rejeter par les filles. La plus virulente est Kristina (Ieva Rupeikaitė), avec qui elle se bat sauvagement en pleine rue. Cette inimitié instinctive se transforme quand un événement est annoncé dans cette ville terne que la centrale électrique semble encercler et enfermer : un casting pour une école de mannequinat. Marija et Kristina vont devenir inséparables pour tenter d’être sélectionnées.

Elles sont prêtes à tout pour quitter cet univers qui les étouffe. Prêtes à tout pour correspondre aux critères de poids imposés : sauter des repas, se faire vomir, ingérer des vers solitaires que Kristina fait commander sur le dark web. Elle se procure aussi des piercings et quand, par erreur, en arrive un prévu pour la langue, Kristina est prête à souffrir. Et le spectateur aussi pour cette séquence filmée en gros plan. Des plans plus larges, et fixes, filment les paysages ; parfois à travers des grillages, avec un ciel si bas qu’il semble les écraser.

Une claque

On l’aura compris, Toxic, le premier long métrage de la Lituanienne Saulė Bliuvaitė, porté par l’excellente interprétation de ses comédiennes principales, n’est pas un film confortable. On y voit des corps maltraités, ceux de filles entre enfance et adolescence pour qui c’est l’unique porte de sortie. Un corps qui doit diminuer de volume, se faire liane, tige, changer. 

« Toxic comme les standards de beauté toxiques, les relations toxiques, le paysage toxique, la masculinité toxique… Et je pensais à toutes ces toxicités auxquelles on est exposé quand on est jeune concernant les réseaux sociaux, les premières fois, les premiers baisers »a précisé la réalisatrice,récompensée du Léopard d’Or au dernier festival de Locarno. Un film comme une claque !

ANNIE GAVA

Toxic, de Saulė Bliuvaitė
En salles le 16 avril

7 semaines en Ouzbékistan

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Dans un petit village de la campagne ouzbek, un couple de paysans âgés. La femme allume un brasero, et l’homme se repose. À la nuit tombée, ils s’occupent de leurs bêtes ; et regardent la télé. Une vie ordinaire, tranquille, rude, loin de l’agitation de la vie de la vie moderne que vont venir bouleverser les deux fils, en particulier le plus jeune : il va se marier et compte démolir la maison pour en construire une nouvelle. Il a réussi à l’étranger, et peu à peu, va introduire dans cette vie simple la « modernité ».

C’est le quotidien de ce couple, durant sept semaines, que dépeint superbement le jeune cinéaste ouzbek Shokir Kholikov dans son premier long métrage, Dimanches. Un quotidien rythmé par la livraison « surprise », et pas souhaitée, d’appareils ménagers qui remplacent ceux qu’ils utilisent depuis des années. Des séquences traitées avec délicatesse et une touche d’humour. Difficile d’utiliser la nouvelle gazinière qui fonctionne sans allumettes, la télécommande qui dispense de se lever pour changer de chaine, le réfrigérateur qui ne fait pas de bruit !

« Il en fera quand il vieillira » commente le vieil homme, superbement interprété par Abdurakhmon Yusufaliyev. Son visage exprime tour à tour l’étonnement, la colère, l’indignation devant cette technologie qui vient perturber leur quotidien paisible, frugal mais riche de valeurs humaines. Le vieil homme est certes bourru, taiseux, machiste, mais la caméra bienveillante du cinéaste nous fait comprendre sa détresse. Sa femme, extraordinaire Roza Piyazova, courageuse, tenace, essaie de concilier la volonté de ses fils et son attachement à sa terre ainsi qu’à son mari : « Ce sont eux qui restent ».

Une métamorphose

La caméra du directeur de la photographie, Diyor Ismatov, a su saisir la beauté des gestes traditionnels : resteront en mémoire le travail de la laine, le filage, la teinture des fils, rouges jaunes, noirs, bruns, qu’on accroche dans la cour, contrastant avec le bleu des portes, le tissage sur un métier à tisser des plus rudimentaires. Et une des plus belles séquences du film, la fabrication de la pakhsa (sorte de pisé) pour réparer les murs malgré la destruction annoncée de la maison.

À la fois scénariste, réalisateur et monteur, Kholikov sait rendre la beauté de cette vie hors du temps dans un style poétique qui fait parfois penser aux premiers films de Kiarostami. Il fait aussi réfléchir au temps qui passe, à notre époque où « seul le résultat compte ». Il donne à voir un monde qui se transforme, même dans les territoires les plus excentrés, et pense les répercussions de ces changements de normes sur les croyances enracinées. Mais plus fondamentalement de « plonger dans la profonde métamorphose de l’esprit humain. »

ANNIE GAVA

Dimanches, de Shokir Kholikov
En salles le 12 mars

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