lundi 28 septembre 2026
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Revivre par l’écriture

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Ce livre pourra surprendre. Jeanne Benameur y installe une femme jamais nommée que l’on reconnaît peu à peu à la faveur de certains indices. Son histoire commence avec son regard sur la mer et le souvenir d’un fils qu’elle a nourri et qui ne fermait jamais les yeux. « Étrange fils », qu’elle n’a plus. Et elle évoque aussi le doux Jean, l’ami du fils, qui veille sur elle. Vous aurez reconnu qu’il s’agit de Marie, mère du Christ, et de l’apôtre Jean. Jeanne Benameur a déclaré avoir été frappée par un bas-relief du XVe siècle sur lequel la Vierge était représentée en train de lire. C’est cela qui l’a amenée à imaginer la vie de cette femme après la mort de son fils, et d’en faire une femme comme les autres, qui rentre en contact avec les habitants d’un petit village, s’éveillant peu à peu à une vie nouvelle. Elle y rencontre une enfant aux cheveux noirs bouclés à laquelle elle s’attache très vite. Sa mère est morte dans un naufrage. Depuis ce jour, la petite a perdu la parole et vit avec sa grand-mère. C’est le début d’une relation qui va les libérer peu à peu toutes les deux.

Un chant lyrique 

Jeanne Benameur met ses personnages face à leur destin comme ils sont face à la mer. Jean avait rencontré cet homme, le fils, qui lui avait déclaré devant ses filets vides qu’il pouvait devenir « pêcheur d’hommes ». La femme et l’enfant ont subi la grande douleur de la perte. Son vieux maître lui avait appris des choses réservées aux garçons comme l’écriture tracée dans le sable. Et elle reproduit cet apprentissage pour l’enfant. En la sauvant, elle se sauve et ose enfin écrire son histoire dans les rouleaux de papier vierge, « sans peur de laisser trace ». L’autrice trouve une voix et un rythme proche de la litanie qui s’accorde au mystère de cette femme qui redécouvre la vie.

CHRIS BOURGUE

Vivre tout bas, de Jeanne Benameur
Actes Sud - 19,50 €

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L’antipsychiatrie en liberté

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La-tête-loin-des-épaules-
La-tête-loin-des-épaules-© Alain Dalmasso

Depuis ses 6 ans, Katrina Chaumont fréquente la psychiatrie au gré des internements successifs de sa mère bipolaire. Témoin impuissante des dysfonctionnements de cette institution, elle s’y affronte aujourd’hui dans sa première pièce, La Tête loin des épaules, créée à l’IMMS (Friche La Belle de mai). 

Dans un espace scénique affranchi de toute formalité, Chaumont s’adresse au public – qu’elle accueille avec des tasses de café chaud – dans une sorte de conférence intime. Partant de l’expérience de sa mère, elle met méticuleusement à nu la déshumanisation à l’œuvre dans l’institution psychiatrique. Elle s’attaque sans détour à la médication et l’isolement des patients, des méthodes qui ne visent selon elle pas à soigner mais à maintenir en place un système de domination – des médecins sur les patients, de la société sur des malades perçus comme dissidents.

Ses mots et son jeu provoquent tour à tour le rire, la compassion et le malaise. Sa colère est communicative et grandit au fur et à mesure que son argumentation antipsychiatrique se précise. 

« On se lève et on se barre ! »

Chaumont ne se contente pas de dresser un constat : elle veut proposer un modèle alternatif de soin, fondé sur l’accompagnement humain plutôt que sur la sédation. Ayant créé un sentiment collectif avec le public dès le début du spectacle, elle l’entraîne en extérieur pour une balade dans les rues de la Belle de mai. La colère laisse place à une fantaisie faussement naïve et franchement cathartique.

Le passage de la salle à l’extérieur, qui se conclut par un pique-nique et une discussion, permet à Katrina Chaumont de mettre en place une dialectique formelle et joyeuse qui amène à une conclusion simple mais radicale : seul le sentiment de communauté peut soigner en profondeur les souffrances psychiques. 

CHLOÉ MACAIRE 

La Tête loin des épaules se joura du 10 au 12 avril au théâtre des Halles, Avignon 

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L’Ange Esmeralda

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L’Ange Esmeralda © Matthieu Ponchel
L’Ange Esmeralda © Matthieu Ponchel

Dans un quartier pauvre du Bronx, à New York, deux religieuses cherchent par tous les moyens à aider les habitants et à protéger les enfants, allant jusqu’à conclure un accord avec le chef du gang local Ismaël. Une orpheline en particulier occupe l’esprit de Sœur Gracie. Son nom est Esmeralda. Elle est venue de nulle part, puis a disparu. Gracie veut absolument retrouver cette orpheline pour la sauver d’une mort certaine.

Adaptée de la nouvelle éponyme de Don DeLillo, et mise en scène par Simon Mauclair de la Cie Cornerstone, L’Ange Esmeralda est une pièce qui exprime la fatalité de la vie dans les quartiers pauvres de New York, dans une ambiance mystique. Et en laissant toute leur place à la musique et au cinéma dans la création scénique. 

CHLOÉ MACAIRE

Du 22 au 25 avril 
Théâtre Joliette, Marseille

Transphonie de Marseille 

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Transphonie de Marseille © X-DR
Transphonie de Marseille © X-DR

Transphonie de Marseille est bien plus qu’un concert. C’est un conte allégorique, sur une composition originale envoutante de Daniele Del Monaco et un texte de Fabrice Denys dit Fantazio. Conté à trois voix, ce récit relate un étrange phénomène cosmique, l’apparition d’un œuf colossal dans le centre ville de Marseille. 

À l’intérieur de l’œuf, toutes les valeurs sont inversées. Et la créature qui l’occupe possède le pouvoir de confronter chacun à son âme. Un petit groupe de marginaux courageux ose suivre la créature, ce qui les conduit à s’adonner à un rituel ancien. La performance vocale et instrumentale vibrante magnifie ce récit poétique, pensé par Maura Guerrera, qui est à l’origine du projet, comme un hommage à Marseille. 

CHLOÉ MACAIRE

22 avril 
Espace Julien, Marseille

Kaléidoscope

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Kaléidoscope
Christelle Abinasr © X-DR

Le 25 avril 2025 à 20h, le Temple Grignan accueille la pianiste libanaise Christelle Abinasr et le violoncelliste Volodia van Keulen pour un concert intitulé Kaléidoscope. Ils y proposent un programme riche et éclectique, à l’image des parcours des deux interprètes. Des Cinq pièces sur des thèmes folkloriques de Sulkhan Tsintsadze à l’univers poétique de César Franck, le « clair-obscur » d’Alfred Schnittke et enfin les œuvres emblématiques d’Astor Piazzolla, Le Grand Tango et Libertango. Organisé par le Label Disques Fy & du Solstice, avec une tombola en soutien à Action contre la Faim, la soirée se finit avec une rencontre avec les artistes et dédicaces de leurs disques. 

LAVINIA SCOTT

25 avril
Temple Grignan, Marseille

Du Balai

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Du balai
© La Bobèche

Pour Le Printemps des minots, festival jeunesse du Forum de Berre-L’Etang, la compagnie La Bobèche propose le 16 avril un spectacle musical de marionnettes de 40 minutes. Du Balai est une histoire de proximité, une réflexion sur la poésie de l’ordinaire et le vivre-ensemble, adaptée aux enfants.

En plusieurs saynètes, Mathilde Henry et Emilie Rigaud mettent en scène la rencontre d’un balayeur de rue et d’un habitant local. La banalité du sujet est revendiquée, ainsi que la simplicité des moyens mis en œuvre. Car modestie ne veut pas dire négligence : tout mouvement est calibré dans le détail, avec grande attention, pour raconter l’amitié, la fête, la rue. Avec philosophie et humour, les comédiennes-marionnettistes réveillent leurs pantins pour leur apprendre le temps qui passe. 

GABRIELLE SAUVIAT

16 avril
Salle polyvalente de Berre-L’Étang

Rave Lucid

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Rave Lucid
MazelFreten_© Jonathan Lutumba Viascent

Tout se lit dans le nom, les deux chorégraphes Brandon Masele et Laura Defretin prennent la main du public pour l’asseoir à la table de l’underground lors d’une Rave Lucid. Dix danseurs de la compagnie MazelFreten transportent leur audience dans un ballet qui s’inscrit dans la transe de l’électro et la frénésie des battles hip-hop, une osmose à la croisée des mondes.

Sur une musique composée par NikiT, les mouvements des interprètes s’inspirent de la tektonik, cette danse comète des années 2000, avec des battements de bras énergiques et dessinés, des variations de rythmes donnant un effet d’hypnose. Le ballet puise dans l’abondante culture électro pour interroger les relations individuelles et collectives et leurs rapports avec l’ère internet.

LILLI BERTON FOUCHET

22 et 23 avril 
Pavillon Noir, Aix-en-Provence

La tête loin des épaules

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La-tête-loin-des-épaules-
La-tête-loin-des-épaules-© Alain Dalmasso

Seule en scène dans son premier spectacle, La tête loin des épaules, Kristina Chaumont invite à cheminer avec elle vers la déculpabilisation des malades psychiques, alternant dialogues et soliloques. Où le public passe la porte, et les idées reçues sont jetées par la fenêtre. Le point de départ : le diagnostic de la mère de la comédienne comme maniaco-dépressive, alors qu’elle-même n’a que 6 ans. Dans une mise en scène intimiste et imprévisible, Kristina Chaumont tire le fil de sa réflexion petit à petit, et amène l’assemblée à partager sa révolte contre un secteur psychiatrique qui n’écoute plus et donc qui ne soigne plus. Un spectacle né de la rage d’une fille contre une société qui se fait violente envers des personnes qui ont tantbesoin de sa tendresse. 

GABRIELLE SAUVIAT

Du 26 au 28 mars
Théâtre Joliette, Marseille
Dans le cadre de la Biennale des écritures du réel

L’histoire de la musique au féminin

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musique
Juliette Journaux © Olivier Lalane

Voilà désormais quinze ans que le festival Présence Compositrices rend justice aux oubliées de l’histoire de la musique. Du 11 au 27 avril, c’est un programme exigeant qui se déroule à l’abbaye de la Celle. La pianiste Juliette Journaux ouvrira le bal avec un récital hommage à la Provence, illuminé entre autres par les notes de Cécile Chaminade et Germaine Tailleferre, ainsi qu’une création d’Emmanuelle Da Costa. En clôture, le Trio Haydée mettra l’œuvre de Joséphine Stephenson en correspondance avec des romantiques et post-romantiques de tout crin. 

Les immanquables de ce festival seront nombreuses : on pense notamment au programme Del Cerro, mené par Mandy Lerouge, qui exhumera le 18 avril la mémoire d’Antoinette Paule Pépin-Fitzpatrick, alias Pablo Del Cerro. Ou encore aux Dix-huit pièces d’après une lecture de Dante de Marie Jaëll, interprétées au piano le 19 avril par la formidable Célia Oneto Bensaïd, accompagnée de la comédienne Marie Oppert et des peintures numériques de Jacques Berteaud. On attend également beaucoup des Préludes Jeunes Artistes, qui donneront à voir et à entendre la relève.

SUZANNE CANESSA

Présence Compositrices
Du 11 au 27 avril
Abbaye de La Celle

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Hispanorama : regards d’Amérique

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hispanorama
© Johan Carrasco

Pour accueillir les premiers festivaliers, 25 planches du célèbre dessinateur argentin, Quino, invitent à un moment suspendu, teinté de nostalgie. Le festival Hispanorama a choisi de mettre en avant son personnage emblématique, Mafalda, petite fille malicieuse, qui nous interpelle avec une acuité toujours actuelle et une lucidité désarmante. 

Cette sélection de dessins, centrée sur l’environnement, fait écho à un monde en crise : les courtes séquences qui s’enchaînent font sourire, avec un brin d’amertume, et réfléchir, avec beaucoup de tendresse. À la fois critique et profondément humain, le personnage créé par Quino dans les années 1960 incarne une conscience écologique et sociale visionnaire. À son époque, Mafalda s’indignait déjà de la pollution, s’interrogeait sur l’avenir de la planète et se désolait des injustices sociales. 

Ces préoccupations résonnent dans Raíz (Racines), film péruvien de Franco García Becerra, qui ouvre le festival. On y suit le quotidien de Feliciano, un petit berger de huit ans et de ses alpagas. À travers lui, le film dépeint les difficultés d’une communauté menacée par la pollution des pâturages et la pression d’une entreprise minière.

Laura González présente Milonga

Le second film d’ouverture, Milonga, retrace l’histoire de Rosa, veuve d’un mari violent, qui apprend peu à peu à reconstruire son quotidien malgré l’éloignement de son fils. Le titre fait référence à une expression argentine : « La vida es una milonga y hay que saberla bailar » (« La vie est une milonga, et il faut savoir la danser »). Présenté pour la première fois en France, le film est accompagné de sa réalisatrice, Laura González, venue spécialement de Londres pour échanger avec le public varois. Elle évoque ses choix artistiques : la présence symbolique des fleurs, la palette de couleurs choisie pour suggérer l’espoir, et les jeux de lumière qui traduisent tour à tour l’enfermement et l’émancipation de son personnage.

Une belle rencontre qui en appelle d’autres jusqu’au 4 avril, pour ce festival de cinéma hispanophone qui rencontre année après année un succès croissant. 

CÉLIANE PERES-PAGÈS

À venir
2 avril
18h15 : L’affaire Nevenka – Icíar Bollaín
21 h : Viridiana – Luis Buñuel 
3 avril
18h30 : El ladrón de perros – Vinko Tomičić
20h30 : Marco, l’énigme d’une vie – Aitor Arregi et Jon Garaño
4 avril
18h30 : Sélection de courts-métrages

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