jeudi 1 octobre 2026
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Arles : autour de Latour 

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Alfred Latour pour Bianchini-Férier étude de motif pour tissus 1929. Gravure sur bois. Contrecollés surpapierJapon27,2 X39,7cm©FondationAlfredLatour,Lausanne

Il y a un aspect particulièrement fascinant à s’intéresser à l’œuvre d’un·e artiste multidisciplinaire, touche à tout, tant il est possible d’établir des liens et de repérer des intérêts qui transcendent la seule pratique artistique. C’est ce que se propose le musée Réattu d’Arles pour sa nouvelle exposition sur le travail d’Alfred Latour, Regard sur la forme, en partenariat avec le Musée des Tissus et des Arts décoratifs de Lyon. 

S’il l’on connaît l’artiste pour ses gravures, ses illustrations ou encore son travail sur le textile, à l’inverse, son œuvre photographique est bien plus confidentielle. Au point où même ses héritiers n’en connaissaient ni la qualité ni la valeur, à en croire Pierre Starobinski, directeur de la Fondation Alfred Latour, à qui l’on doit la scénographie de l’exposition.

Élégance géométrique 

L’exposition met en miroir certaines œuvres textiles de l’artiste et son travail photographique. C’est ainsi qu’apparaissent de grandes lignes directrices dans son travail, avec notamment l’importance des formes géométriques : il photographiait rayons de roues et grillages, imprimait sur la toile des losanges (Toile de Fontenay, Croisade) ou des médaillons en accolades. Dans son travail photographique, cette recherche de forme semble l’amener à porter une très forte attention aux détails : les ombres des arbres, les craquements de leur écorce, des piles de paniers. Dans leur grande simplicité, les photographies choisies attirent l’œil pour ce qu’elle révèle de recherche artistique.  

Dans la première salle de l’exposition, et dans le sas où est diffusé un film sur l’œuvre de Latour, trônent deux canapés recouverts d’un imprimé végétal abstrait, d’un bleu profond sur fond blanc, imaginé pour le soyeux lyonnais Pierre Aynard et Cie. Une façon élégante – et confortable – de rappeler que, bien que la plupart des œuvres textiles soient exposées sous verre pour des raisons de conservation, la vocation première de la plupart d’entre elles étaient d’être mises en forme pour l’ameublement ou le vêtement.

CHLOÉ MACAIRE 

Regard sur la forme
Jusqu’au 6 octobre
Musée Jacques Réattu, Arles

Propagations : de la mécanique de précis sons

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Autonomics de Kinda Hassan © N.S.

En deux temps et dans une multitude de mouvements, le festival Propagations s’est ouvert ce vendredi 3 mai à la Friche la Belle de Mai. Le rendez-vous annuel du Centre national de création musicale proposait en ouverture deux installations sonores où mécanique et acoustique s’entremêlent : Fixin de Sylvain Darrifourcq, et Autonomics de Kinda Hassan. Toutes deux visibles jusqu’au 12 mai.

Fixin
Sur le plateau, six toms basses, une cymbale, et une caisse claire. Tout est bien aligné, martial. Sur chacun des toms, des petites installations mécaniques motorisées qui une fois actionnées sonneront le rythme et la mélodie. Et bientôt le noir, les flashs, et le public est plongé dans une constellation de sons inquiétants, abrupts. La parfaite synchronisation de la lumière, souvent stroboscopique, et du son, place le spectateur dans un inquiétant malaise, et l’expérience qui dure neuf minutes propulse le cerveau dans des contrées inattendues. Imaginée par Sylvain Darrifourq, Fixin trouble par l’absence de toute humanité, et laisse entrevoir un monde que l’on ne peut désirer : celui des machines, de l’intelligence artificielle, et de la musique sans âme. Un espace où l’être humain n’a pas sa place.

Autonomics
Plus loin, au sein du GMEM, on observe la proposition de l’artiste multimédia Kinda Hassan. L’espace est divisé en deux : d’abord une salle d’écoute, cerclée de quatre haut-parleurs, où l’on entend des sonorités brutes, un chant des baleines électrique, tout en résonance et douceur. Puis on pousse un rideau, et on découvre l’objet de ces sonorités inattendues. Une sculpture pyramidale, faite de bruit et de broc : une corde de guitare en son centre, une éponge métallique, des freins de vélo (?)… L’automate-musical se meut, et produit des frictions sonores qui résonneront dans un dispositif dont on ne décèlera pas tous les secrets. La scénographie comme le son est poétique, fine et ingénieuse.

Et aussi
Outre ces deux installations, le week-end d’ouverture de Propagations proposait aussi Compositions sonores pour cinéma expérimental de Javier Elipe Gimeno, ainsi qu’une production du Marseille Labo Lab autour d’Haxan la sorcellerie à travers les âges et un après-midi d’écoute au Couvent Levat du travail des élèves du Conservatoire Pierre Barbizet et de la Cité de la Musique. Le festival se poursuit avec notamment Memento de Jérôme Combier et En mon for intérieur de Alvise Siniva le 9 mai à la Friche.

NICOLAS SANTUCCI

Propagations se poursuit jusqu’au 12 mai à Marseille.

Siffler en travaillant ?

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Une de l'Express pointant la bienveillance comme "délire managerial"

Les deux pôles de Toulon et Ollioules aiment à thématiser leur programmation en variant les genres et en alliant spectacles, projections et tables rondes. Depuis mars, l’exposition Les travailleurs de la mer fait le lien entre la thématique maritime précédente et l’actuelle ; en avril le spectacle de Thomas Quillardet a exploré les salles de rédaction de TF1 au moment de la privatisation, tandis que celui de Tiago Rodrigues plongeait dans La mesure de l’impossible des travailleurs humanitaires en pays en guerre. Le 15 mai la projection des Petites danseuses s’attachera au difficile apprentissage des petites ballerines de l’Opéra de Paris.

Après avoir exploré ces marges du travail artistique, médiatique et humanitaire, le théma plonge au cœur de problématiques plus générales pour, le 14 mai, explorer les (r)évolutions à l’œuvre dans le  territoire toulonnais, démonter les idées reçues sur la paresse des jeunes ou la fin du salariat, et donner la parole à des DRH et PDG qui défendent l’innovation en management. À l’heure où l’Express étiquette la « bienveillance » et les « soft skills » comme des « délires du management », le débat s’avère nécessaire ! Qui donc préfère la malveillance ? 

Spectacles

C’est avec deux spectacles mettant en scène des individus en train d’inventer de nouvelles voies, émancipatrices, que le théma se poursuit, pariant sur la créativité, la participation et le dialogue.  Bérangère Warluzel, sous le regard de Charles Berling, incarne Maria Montessori, qui a bouleversé le travail des enseignants, l’apprentissage (le travail ?) des enfants (du 14 au 17 mai, Théâtre Liberté). Châteauvallon reçoit le 16 mai Coupures, un spectacle de Paul-Éloi Forget et Samuel Valensi, où six comédien·ne·s interrogent le pouvoir politique et financier, avec participation active du public. La politique, si elle n’est pas un métier, est-elle un travail ? 

Le théma se poursuit jusqu’au 29 mai avec, en particulier, un spectacle radiophonique autour de Léon Blum, inventeur des congés payés. Et, bien sûr, une soirée Ken Loach.

AGNÈS FRESCHEL

Oh ! Travail…
Jusqu’au 29 mai
Scène nationale Châteauvallon-Liberté
Toulon, Ollioules

Il n’y a PAC les J.O.

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Darla Murphy © X-DR

Le 2 mai c’est à Art-Cade – Grands Bains Douches de la Plaine qu’a eu lieu le premier rendez-vous, au sein de HypoStrata de l’Américaine Darla Murphy, installée en France depuis une quinzaine d’années. À partir de la récupération de peaux de mouton, qui n’ont aujourd’hui plus aucune valeur commerciale, elle s’est initiée à la technique du tannage, point de départ pour explorer les espaces entre vie et mort, en combinant savoir-faire artisanaux, nature et intelligence artificielle. Texte, vidéos, dessins, sculptures, costume, gravure au fer à souder, outils de tannage, la construction d’une mythologie personnelle où rode la figure de l’ermite. 

C’est ensuite sur la Plaine que l’artiste Arthur Gillet, en costume de cérémonie aux couleurs des « Gilets Jaunes », accompagné de porte-étendards où se trouvait accrochée son œuvre République, performait La flamme et la flemme. Une lecture statique et non sonorisée du texte écrit pour raconter son arrestation lors d’une manifestation contre le racisme à Paris, suivie d’une garde à vue traumatisante (68 h !). On pouvait ensuite, parmi les différentes ouvertures proposées par cette première soirée, descendre jusqu’en bas de la rue de la Loubière, pour l’exposition proposée par Territoires partagés Foot, l’amour du jeu. Des œuvres amusantes, grinçantes d’Anaïs Touchot, Diane Guyot de Saint Michel, Paul Chochois, Nicolas Daubanes, Jean-Baptiste Ganne. Entre foot et art capitaliste vs foot et art populaire, on peut notamment tenter d’y gagner gros en pariant-spéculant sur l’art et le foot pour 10 €, ou repartir gratos, après frottage sur une plaque de marbre gravée à l’acide, avec une image dédicacée de Zidane.

Dispositifs du colonialisme

La deuxième performance en espace public avait lieu le lendemain dans le haut du quartier Belsunce, place Akel Akian, au croisement de la rue Bernard Dubois et de la rue Longue des Capucins. L’endroit exact de la frontière brutale entre les nouveaux immeubles construits du quartier de la gare, au-dessus, et, en-dessous, les vieux immeubles de Belsunce. Une place où trône un très gros bloc de marbre blanc, largement taggué. Yoan Sorin y a performé Pour tous les diables, sur fond de percussions et quelques phrases enregistrées de Frantz Fanon parlant des effets du colonialisme. En bleu de travail, avec un diable de manutention, outil qui peuple les rues de Belsunce, quartier de commerce textile, muni d’une longue corde noire, il a fait mine de vouloir déplacer le bloc, puis lui a grimpé dessus, y a hissé le diable, l’a muni de cierges magiques, qu’il a allumés. Une rue plus bas, l’exposition de Dalila Mahdjoub Ils ont fait de nous du cinéma s’ouvrait à La Compagnie, citant également Frantz Fanon, et les dépossessions imposées par le colonialisme : « Avant même de me dire, je suis déjà dit (e) ». Une exposition dans laquelle l’artiste met en scène textes et images, des documents d’archives personnelles, institutionnelles, médiatiques, notamment autour des camps d’internement de l’Algérie coloniale entre 1952 et 1962, et des remous provoqués chez les autorités françaises, pendant la guerre d’Algérie, par une représentation théâtrale de Montserrat d’Emmanuel Roblès, jouée par des détenus politiques algériens à la prison des Baumettes. 

Surenchérir le racisme 

Le samedi 4 mai, c’était le vernissage de Bamboula, exposition de Moussa Sarr au Château de Servières. Ici pas de multiples documents à lire, ni de citations de Frantz Fanon : Moussa Sarr surenchérit sur les expressions et les emblèmes les plus stéréotypés du racisme en les incorporant, se mettant en scène, dans des photos et des vidéos aux titres « cash » : Blackface, L’orgasme du singe, Bang Bang (une banane en guise de revolver), Bestia, I’m afraid, Invisible Man. Il détourne également, sous le titre Requin-croix, la cagoule du Klux Klux Klan avec du tissu wax, figurant des ailerons de requins se terminant en croix, posés au sol. À l’entrée de l’exposition, on le voit s’échappant d’un cadre doré avec derrière lui des tags bleu blanc rouge qu’il vient de réaliser. Et en face, lui qui est né et a grandi en Corse, et y a subi d’innombrables insultes racistes, posant de profil en emblème de l’île de beauté : tête de Maure, le front ceint d’un bandeau blanc.  

MARC VOIRY

Printemps de l’Art Contemporain
Jusqu’au 19 mai
Divers lieux, Marseille, Aix-en-Provence, Pays d’Aix 

Sortir  de l’enfance…

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Le cinquième tome de la quatrième pentalogie d’Aki Shimazaki, est en librairie. L’autrice d’origine japonaise, qui vit au Canada et écrit en français, excelle à entrer dans l’intimité de ses personnages, livrant leurs hésitations, leurs petits secrets ou leurs erreurs dans une langue épurée aux phrases courtes et simples.

Susuko, 15 ans, narratrice du cinquième tome d’Une clochette sans battant, se réjouit de l’arrivée prochaine de son frère Torû, son aîné de onze ans, ingénieur automobile dans une ville éloignée. Elle lui est très attachée. En réalité, il n’est que son cousin, fils de sa tante, décédée peu après sa naissance. Son père avait ensuite épousé sa belle-sœur. Ces indications sont livrées peu à peu au fur et à mesure de l’évocation des souvenirs de son enfance. En fait Susuko est amoureuse de son demi-frère et rêve de l’épouser. À l’âge de 12 ans n’avait-elle pas fait cinq heures de train toute seule sans prévenir sa famille pour aller lui rendre visite ? Aussi veut-elle déclarer ses sentiments. Comme on pouvait s’y attendre son frère lui dit qu’il l’aime profondément, mais comme sa sœur.

Affronter son avenir avec confiance

Après avoir beaucoup pleuré, Suzuko, décide de renoncer à son rêve. Attirée par les arts, elle s’intéresse à une pratique ancestrale, le kintsugi, qui consiste à réparer les poteries en les recollant avec de la laque et de la poudre d’or. Cela évoque pour elle sa famille recomposée et la profonde affection dans laquelle ils ont tous vécu jusqu’alors.

L’occasion d’effectuer un stage d’initiation à cette technique lui ouvre de nouveaux horizons. Son amour de petite fille admirative et rêveuse va s’orienter vers une passion artistique et la rencontre d’un garçon de son âge. Enfin prête à devenir une adulte, au terme d’un récit plein de finesse qui procède par touches légères, soulignant les changements d’une société traditionnelle qui s’adapte aux mutations de notre époque.

CHRIS BOURGUE

Urushi d'Aki Shimazaki
Actes Sud

En léger différé

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Comme tous les premiers dimanches du mois, la Cité des arts de la rue s’ouvrait au public ce 5 mai. Une aubaine avec le soleil enfin de sortie, et plus de 1 000 visiteurs répondant à l’appel pour cette halte dominicale sans temps mort. À 12h30, Valentin Dilas proposait son Playback FM, sous la halle de Lieux Publics. Le propos ? Rejouer en play back des séquences triées sur le volet – prises de parole, séquences radio, extraits de JT… l’exercice ne manque pas de séduire, laissant toutefois sur sa faim les aficionados de la prodigieuse Encyclopédie de la parole de Joris Lacoste auquel il fait immanquablement penser – et son pari aussi poétique qu’insensé de collecter l’oralité sous toutes ses formes. Ici, l’artiste met davantage l’accent sur le jeu, pour un effet comique juxtaposant des prises de parole saugrenues, échevelées, parfois d’une bêtise crasse : un Gainsbourg aviné revendiquant « la connerie comme décontraction de l’intelligence » y côtoie la solitude d’un maladroit journaliste de France Bleu, d’énièmes frasques de Sarkozy ou encore l’annonce du suicide de Dalida sur les ondes. Plus tard, Ugolin éploré hèle sa Manon… Articulant ce zapping effréné, jingles de pub ou intros d’émissions scandent les ruptures de tons. L’ensemble est plaisant, parfois irrésistible, mais manque aussi de mise en perspective.

Cascade de propositions
Autour du spectacle, la Cité, secouée par la joyeuse batucada des enfants du Vacarme Orchestra, accueillait le marché de producteurs et ses dégustations de citronnade, sardines et maquereaux grillés à prix libre. En contrebas, le sentier de randonnée aménagé au sein d’une véritable forêt vierge urbaine s’arpentait quant à lui pour mener à la cascade des Aygalades, point d’orgue de la balade – qui, si elle coulait à flot ce jour-là, peut s’activer artificiellement en temps de sécheresse sur la grâce d’une pièce de monnaie à insérer dans la fantasque et malicieuse Machine à renaturer, pensée par le collectif Les arts de la crue. Prochains rendez-vous publics à la Cité : chaque week-end de juin, pour l’événement Inspirations/transpirations, dans le cadre des Olympiades culturelles.

JULIE BORDENAVE

Playback FM jouait le 5 mai, dans le cadre d’Un dimanche aux Aygalades à la Cité des Arts de la rue, Marseille.

Hip Hop Society en closing à la Friche

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Le sextet caribéen ExpéKa © X-DR


En fin d’après-midi, ouverture avec l’Open Cypher Atlanta X Marseille. Ou la rencontre entre deux villes à l’ADN hip-hop… À la tombée de la nuit, on se dirige vers le Grand Plateau.
En ouverture, l’architecte sonore d’IAM, Imhotep, pour une création avec le rappeur libanais El Rass. Sampling à base de K7s, boucles de musiques arabes et de jazz pour un rendu entre classic rap, dub, et trip-hop. Un grain chaud, d’une finesse inouïe : c’est Tonton aux manettes… On aurait juste aimé que l’ingé son pousse plus fort en façade.
Ensuite, vint Expéka, sextet caribéen, avec la voix sublime de la chanteuse Célia Wa, accompagnée des rimes de l’immense rappeuse Casey. C’est fort, c’est lourd, c’est puissant, ça dit des choses essentielles. Un live de haute volée. On appelle ça une claque.
Né en 2018, et venant dans la continuation du festival Village Hip Hop, Hip Hop Society affirme et prolonge l’ambition d’exigence artistique, d’originalité, qui est l’essence de l’AMI.
La soirée à laquelle nous avons assisté en est le symbole.
On ne saurait que féliciter la belle équipe de l’AMI pour ce Hip Hop Society international, en lien avec Atlanta, et particulièrement réussi. 

JULIEN VALNET

Hip Hop Society s’est tenu à Marseille du 22 avril au 4 mai.

L’opéra, un art des jeunes et d’aujourd’hui

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Belongings, dédié au jeune public et créé à Glyndebourne en 2017, puis à la Philharmonie de Paris avec ses chœurs d’enfants et de jeunes en 2023, est l’œuvre d’un jeune duo compositeur/librettiste, Murphy&Attridge, qui impose aujourd’hui sa singularité sur les scènes d’opéra. Benoît Benichou, qui a mis en scène la version française à Paris, reprise à Montpellier par son orchestre et son opéra junior (chœur d ‘enfants et jeunes solistes), en a conçu une version qui transcende les époques et parle de tous les enfants victimes des bombardements et exils.

Le sujet, le départ des enfants londoniens lors des bombardements de Londres, se colore discrètement, avec quelques costumes et allusions, d’allusions contemporaines, Ukraine et Méditerranée, qui dessinent une universalité très émouvante. Les vidéos et jeux de transparences tracent des espaces de départ, de confinement, de collectivité subie par les jeunes réfugié·e·s et les accompagnant·e·s, tandis que l’avant-scène est réservée aux expressions intimes, individuelles, des protagonistes.

Entendre la jeunesse
L’orchestre est réduit à un ensemble de chambre pour ne pas couvrir les jeunes voix, et un grand dispositif de percussions, qui sonne bien et tonne rarement, donne de l’épaisseur au flux constant de la musique, dont la très belle complexité harmonique sait se simplifier pour accompagner les chants d’enfants. Le chœur est constamment remarquable, vocalement très présent, bien que les choristes soient moins nombreux-euses qu’à Paris, et scéniquement mobile et juste. Les voix solistes, juvéniles, manquent un peu d’ampleur, et auraient nécessité une amplification plus conséquente, pour rendre plus audible la justesse constante de leurs intonations et de leurs émotions.

Nul besoin pourtant de tendre trop l’oreille pour être saisi par l’ambition du propos : celui d’affirmer à travers l’histoire, celle de l’opéra et celle du monde, la place prépondérante des enfants et des jeunes gens (Lewis Murphy a composé Belongings à 25 ans). Leur composer un répertoire, produire des œuvres jeunesse, organiser des classes opéra est essentiel, afin qu’ils puissent eux-mêmes porter un message de paix et de nécessaire protection de l’enfance.

AGNES FRESCHEL

Belongings a été joué à l’Opéra Comédie,
Montpellier, les 19 et 20 avril

Aux femmes inconnues

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Screenshot

18 entretiens, assortis d’autant de linogravures, assemblés par Lou Nicollet et Ninon Bonzom. C’est la matière à un beau livre édité cette année à la Fanzinothèque de Poitiers puis aux Presses séparées de Marseille. L’une est artiste, l’autre paysagiste : elles ont répondu à un appel à projets pour réaliser des ateliers sur les femmes « exceptionnelles » du plateau de Millevaches. Il leur a semblé plus intéressant de les centrer sur des inconnues, rappelées à la mémoire de leurs descendants par un dispositif tout simple. Quelle est l’aïeule dont vous voulez parler ? Que vous a-t-elle transmis ? Quelles sont les émotions que, selon vous, elle a pu ressentir dans sa vie ? Une grille de quelques questions, un enregistrement sonore destiné, peut-être, à un podcast, pour finir par se transposer à l’écrit, des participants nombreux prêts à jouer le jeu, et voilà le résultat : Matrimoine sur un plateau.

Esprit de résistance

Les personnes venues livrer leurs souvenirs sont assez jeunes pour la plupart, en majorité des femmes, quelques hommes. Elles ont évoqué leur grand-mère ou autre figure ancestrale. « La texture de leur mémoire est très différente, certaines sont très précises, d’autres lacunaires. » 18 entretiens, c’est à la fois peu, et assez pour que se dessinent des leitmotivs. Le constat d’un passé souvent éprouvant : carcan du mariage dans les décennies conservatrices du XXe siècle, précarité économique, ravages de l’alcool… Mais aussi de l’admiration, pour une résistance chevillée au corps, des caractères forts. Sonia, ainsi, a hérité de son ascendante portugaise « une grande rudesse, et une espèce d’ironie ». L’idée d’en passer par un proche pour évoquer ces femmes est excellente ; se focaliser sur leurs émotions renforce la pertinence de la restitution. Une expérience qui sera, peut-être, amenée à se décliner ailleurs. « Pourquoi pas à Marseille ? »

GAËLLE CLOAREC

La rencontre avec Lou Nicollet pour présenter Matrimoine sur un plateau s'est tenue le 3 mai à la librairie L'Hydre à mille têtes, Marseille

Les répétitions de l’histoire

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Il est le cofondateur de la maison d’édition L’Ecailler et un des pionniers du polar marseillais ; son Marseille Confidential (2018), inspiré et parrainé par James Ellroy, a ancré le roman noir sous fond de décor mafieux phocéen. La Reine des Sirènes s’ancre dans la même époque, le Front Populaire, pour en mesurer les effets dans une mini-dystopie, l’essentiel du roman se déroulant en 2028.

Le roman s’articule en courts chapitres qui dessinent une mosaïque composite : prélude en 1938 en Catalogne ; le récit 90 ans après, toujours à Cadaquès, de la rencontre d’un poète avec une femme mystérieuse, et sa quête sur une lignée de sirènes, interrompue par des poèmes rimés, des digressions sur la mer et des notices biographiques ; des extraits d’un journal de bord d’un autre narrateur, dont le lien avec le premier n’apparaît qu’au fil de l’histoire, et qui relate  la résistance d’une « ville sans nom » qui a fait sécession (Marseille?) pour s’opposer à un état fasciste.

Évidemment ces intrigues se tissent et se recoupent, entretenant ce qu’il faut d’interrogations et de suspense. Les mêmes histoires de trahison, de filiation, de fascination amoureuse et de violence, d’exécution, traversent les époques et les lieux. La résistance dans la « Ville sans nom » s’apprête à perdre la bataille, comme 90 ans auparavant le Front Populaire en Espagne. Que faire, dans ce contexte ? Exécuter les fascistes, sacrifier un compagnon, disparaître ? En finir avec la violence et se retirer face à la mer, plonger dans l’amour et la vie naissante ? 

Si La reine des Sirènes se nourrit de Picasso et Garcia Lorca, Dali n’est jamais loin non plus : son surréalisme onirique survit, sirènes et dauphins mêlés, à la violence des Noces de Sang et de Guernica. Le sable des plages, contrairement à celui des déserts misanthropes, a un goût d’avenir,  nourri du désir des mers.

AGNÈS FRESCHEL

La Reine des Sirènes de François Thomazeau 
L’écailler - 15 €