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Les Sonar Sessions détectent les talents

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glitch©X-DR

Au Théâtre des Salins il y a quelques mois, une grosse centaine de personnes se réunissaient dans la « Salle du bout de la nuit » pour écouter une ribambelle de rappeurs invités par le festival Marsatac. C’était le numéro zéro d’un nouveau dispositif qui a désormais un nom, les Sonar Sessions, et un objectif : promouvoir la scène émergente des musiques actuelles.

Gratuites, ces soirées portées conjointement par la Ville de Martigues et le Théâtre des Salins invitent pour chaque édition une association à construire une programmation autour d’une esthétique musicale. Après le rap de Marsatac, place ce 20 mars au rock indé des Oreilles en face des trous, l’association déjà derrière l’excellent festival La Guinguette sonore à Istres.

Marseille/Grenoble

Pour cette soirée « inaugurale », l’asso istréenne a donc invité deux groupes aux univers distincts. D’abord les Marseillais de Glitch, et son post-punk noisy. Déjà auteur de deux EP (Lanterns en 2021 et Cuprum en 2025), le trio – composé de Mattéo à la batterie, Loreline à la basse et Evan au chant – s’est fait un nom naviguant dans les petites salles marseillaises, et les différentes chapelles du rock qu’il n’a pas peur de mélanger dans ses compositions. À côté d’eux, il y aura les Grenoblois du Quintana Dead Blues eXperience. Un duo guitare/batterie, à l’univers déjanté, rugueux, qui mêle rock’n’roll, grunge et heavy/blues.

D’autres Sonar à l’horizon

Avant la fin de la saison, le Théâtre des Salins proposera une nouvelle Sonar Session ce 22 mai. Elle sera portée par l’association martégale Mistral, autour d’une esthétique pop/soul/r’n’b, dont la programmation sera communiquée bientôt. La direction des Salins assure aussi vouloir poursuivre ce dispositif pour la saison 2026/2027.

NICOLAS SANTUCCI

Sonar Sessions
Avec Glitch et Quintana Dead Blues eXperience
20 mars
Salle du bout de la nuit
Les Salins, Scène nationale de Martigues

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Prévert en mouvement

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© Anaïs Baseilhac

Faire vivre sur scène l’imaginaire plastique et féérique du Roi et l’Oiseau relève du défi. Émilie Lalande y parvient pourtant sans peine avec une pièce chorégraphique vive et inventive, qui fait circuler l’esprit de Jacques Prévert entre poésie, satire et jeu théâtral. Ancienne danseuse du Ballet Preljocaj, la chorégraphe garde de cet héritage le goût des lignes nettes et d’une gestuelle très lisible.

Dès l’ouverture, Marius Delcourt impose un Oiseau d’une présence saisissante. Robuste, franc, presque terrien, il apparaît d’abord en cinéaste avant de déployer toute la vitalité du personnage : protecteur, moqueur, libre. Face à lui, Baptiste Martinez compose un roi délicieusement retors. Tout en douceur apparente, gestes précis, sourire trompeur : la tyrannie se glisse ici dans la subtilité.

Une fable qui circule

Autour d’eux, les danseurs font vivre une écriture fluide et très narrative. La Bergère d’Angélique Spiliopoulos et le Ramoneur de Laurent Le Gall forment un couple lumineux, porté par des pas de deux élégants et techniquement très sûrs. On reconnaît dans cette danse la précision et l’énergie théâtrale de l’univers d’Angelin Preljocaj, dont Émilie Lalande fut une interprète aguerrie, et qui a également accueilli plusieurs danseurs de la distribution.

La musique de Wojciech Kilar, ample et sombre – certaines pages sont également les partitions qu’il écrivit pour le cinéma, notamment Dracula – donne à la pièce une profondeur presque épique.

La dimension visuelle participe pleinement à la magie. Décors et costumes, auxquels contribue Émilie Lalande, jouent des métamorphoses : une couronne dorée devient soudain bec d’oiseau avant de redevenir emblème royal. Le pouvoir et la liberté semblent alors deux faces d’une même pièce.

Dans la salle, les enfants vivent la fable intensément : ils frémissent devant le roi, s’émeuvent pour les amants, se lèvent parfois pour danser. Preuve que la poésie de Prévert circule toujours – et que la danse sait encore la faire vibrer.

SUZANNE CANESSA

Le spectacle a été présenté au Théâtre d’Arles le 10 mars puis au Grand Théâtre de Provence (Aix) les 13 et 14 mars.

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La musique prend les voiles

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Claire Luzi © Mathieu Mangaretto

« La musique est la respiration des peuples, elle unit ceux que la mer sépare. » Telle est la devise de MUS’iterranée, qui résume si bien en une phrase toute la philosophie de ce festival de musiques du monde. Il propose pour cette 17e édition une traversée captivante sur plusieurs continents. L’aventure débute le 19 mars à la bastide Granet d’Aix-en-Provence, avec une soirée placée sous le signe de la création au féminin. Il y aura d’abord le vernissage de l’exposition Choromaton d’Olivier Lob – portraits intimes de musiciennes de choro, genre né à Rio de Janeiro au XIXe siècle et considéré comme l’une des premières musiques urbaines du Brésil – puis le concert de Karine Huet (accordéon et chant) et Claire Luzi (chant et mandoline), qui feront voyager des voix de femmes entre Brésil et Méditerranée.

Rumba et saudade

La programmation déploie ensuite son exploration. Gil Aniorte et son Afro Rumba Club enflamment Meyreuil en mêlant sonorités d’Afrique et des Caraïbes dans une fête insolente et vibrante. À La Ciotat, Radio Mindelo plonge dans la saudade capverdienne chère à Cesária Évora. Au Tholonet, Sylvie Paz offre une carte blanche poétique, voix et guitare tissant les langues de la Méditerranée latine.

En avril, le festival investit La Manufacture d’Aix. Radio Babel Marseille ouvre le bal avec ses polyphonies et son beatbox audacieux. Nadir Ben, héritier du raï d’Oran et de la musique arabo-andalouse, dialogue avec la musicienne algérienne Manal Gherbi.

Ce festival encourage la rencontre d’artistes, mais aussi de projets car Flamenco Azul et MUS’iterranée partagent, cette année, trois concerts : celui de Juan Carmona Quartet, d’Ana Crismán et sa harpe flamenco mais aussi le spectacle El Amor Brujo : « C’est un immense plaisir de collaborer avec Flamenco Azul pour ces trois beaux spectacles » se réjouit Magali Villeret fondatrice de MUS’iterranée. Belle preuve que les festivals, en conjuguant leurs forces, peuvent faire bien plus que programmer : ils ouvrent des portes et créent des ponts.

A.-M.T.

MUSI’terranée
Du 19 mars au 4 avril
Pays d’Aix, La Ciotat

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La Petite Sirène et l’Oiseau-Mouche

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Loin dans la mer © Cie de l’Oiseau-Mouche

Créé en 2023 avec la Compagnie de l’Oiseau-Mouche – troupe professionnelle d’acteurs en situation de handicap mental, régulièrement invités à travailler avec des metteurs en scène contemporains – l’adaptation du conte d’Andersen La Petite Sirène par Lisa Guez se déroule sur un plateau nu, sans décor. « Est-ce que vous êtes déjà tombés amoureux ? » : c’est par cette question adressée au public que les cinq comédiens qui sont entrés sur scène en habits de tous les jours vont relier le réel de la salle au monde du conte qui va se déployer.

À l’affiche

La sirène s’appelle Céleste (Dolorès Dallaire), elle veut mettre « des épices dans sa vie », porte un jogging et des baskets, qu’elle abandonnera plus tard pour une belle robe et une paire de talons aiguilles. La grand-mère est un comédien (Frédéric Foulon) qui raconte des histoires du monde des humains, en piochant dans une glacière de camping les objets que ces derniers laissent tomber au fond de l’eau : une bouteille en plastique, un parapluie, un casque de vélo. La sorcière, manteau de fourrure léopard et lunettes noires (Marie-Claire Alpérine) semble être la queen d’un point de deal. La grande sœur éplorée de la sirène (Chantal Foulon) est une danseuse chronique. Quant au prince et narrateur souriant de l’histoire (Kévin Lefebvre) il devra se défendre face à un jury de sa promesse faite à Céleste et aussitôt trahie.

Parole et présence

Le parti-pris de mise en scène est clair : tout repose sur la parole et la présence de ces interprètes de l’Oiseau-Mouche. Dans une sorte de spontanéité combinée à un art du jeu exigeant, accentuée par un texte qui, tout en gardant la trame essentielle du conte, est proposé avec des expressions genre d’aujourd’hui. Et accompagné de tubes musicaux classiques (Prokofiev, Schubert, Beethoven…) et de variétés (Céline Dion…).

Le spectacle avance par scènes-clés drôles et cruelles, reliées par une narration en adresses directes au public. De scène en scène, la transformation douloureuse d’une sirène tombant amoureuse d’un prince humain devient la métaphore d’un être qui tente de trouver sa place dans un univers dont il ne maîtrise ni les codes ni la langue. Une différence qui, avec les interprètes de L’Oiseau-Mouche, s’incarne dans une présence concrète, et réjouissante, sur scène. Et si Lisa Guez a choisi la version d’Andersen et pas celle, édulcorée, de Walt Disney, elle ne s’interdit pas d’imaginer qu’une autre fin est possible.

MARC VOIRY

Loin dans la mer a été présenté les 12 et 13 mars au Bois de L’Aune, Aix-en-Provence.

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La disparition des castors

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En cette semaine où il est question de faire, ou non, barrage au RN, la famille des rongeurs architectes peut, du moins si l’on croit aux vertus des métaphores, nous fournir une image de certains mirages et effondrements. Ceux que l’humain, spéciste par nécessité vitale puis par instinct de domination, provoque lorsqu’il abandonne son esprit de finesse et cherche des solutions simplistes aux menaces. 

Le danger RN est immédiat. Il est en passe de détruire les dernières digues de Provence, déjà emportées par la fascisation rapide et guerrière du monde, qui entraine l’humanité vers d’inédits néants. Dans cette tempête où l’on s’accroche à toute prise qui semble tenir un peu, une réflexion sur ce qui fait barrage ou mirage s’impose. Ou un détour animalier comme les aimaient Esope et la Fontaine ?

Ceux qui nuisent

Nous avons plus que jamais besoin des castors. Les vrais. Pas les ragondins, pas les capybaras qui ne sont pas des architectes, même s’ils sont eux aussi des rongeurs sauvages semi-aquatiques à poils bruns, chassés depuis la préhistoire pour leur fourrure et la saveur de leur viande. 

Le castor est parfois confondu avec ces cousins qui savent comme lui nager à contre-courant. Mais les ragondins d’Europe construisent des terriers sous-marins qui affaiblissent les berges, les capybaras d’Amérique – sujets de memes pour toute une génération sur TikTok – sont de rongeurs paisibles mais fainéants, très peu constructeurs, porteurs de maladies qu’ils transmettent en s’approchant des troupeaux et des hommes. Et passant le plus clair de leur temps à marquer la végétation du produit odorifère de leurs glandes anales. 

Ceux qui préservent

Ragondins et capybaras n’ont pas la prétention de se faire passer pour des castors, mais nombreux sont les humains qui les croient capables de construire des refuges et des digues. Pourtant, une fois sortis de l’eau, la taille hors du commun du capybara et l’absence de queue plate du ragondin,  interdisent toute imposture.

Donc : sus au ragondin, bof au capybara, et gloire au castor ? Ce vegan précieux est un architecte  hors pair qui construit des barrages et des huttes, et préserve ainsi de la sècheresse en amont de son habitat, et des inondations en aval. Fortement menacé de disparition dans les années 1970, il est désormais protégé, réintroduit dans les rivières européennes et canadiennes pour aider à réguler les flux de cours d’eau de plus en plus intempestifs. 

Mais leur quasi disparition à la fin du siècle dernier a laissé des traces : issues de très peu d’individus, les générations actuelles, sont équipées de puces (électroniques, et d’autres aussi parfois). Car l’inquiétude sur leur préservation demeure : ils sont plus nombreux qu’il y a 30 ans mais souffrent de consanguinité, et s’affaiblissent. 

Rongeur d’horizon

Comment construire des barrages solides avec des espèces raréfiées, concurrencées par des memes populaires voire des imposteurs nuisibles ? 

La métaphore a ses limites, mais toute fable a un sens politique multiple, variable et relatif. Chacun verra son ragondin, son capybara, son castor à sa porte. Et pourvu que le RN n’accède pas, dimanche, à la gouvernance de nos villes, tout rongeur semi-aquatique est bon à prendre.

Il semblerait qu’une fois encore les barrages républicains à Marseille, Toulon, Martigues… vont nous prémunir du pire. Mais jusqu’à quand ? Que vont devenir nos départements, notre région, notre pays ? Pour lutter contre l’inexorable montée des eaux brunes, les castors ne suffiront pas : il nous faut convaincre les électeurs, retrouver de véritables alternatives, des horizons désirables et des printemps joyeux.

AGNES FRESCHEL


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Schumann et Chopin au sommet

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Il est des soirs où l’on comprend dès les premières mesures, que quelque chose d’exceptionnel est en train de se produire. Ce fut le cas, ce samedi soir, lorsqu’à l’invitation de la Société des Amis de Chopin, le pianiste Nikolaï Lugansky entame les premières notes d’un concert dont on allait sortir, abasourdi et sonné.  Il était entré quelques secondes auparavant sur scène, port altier, en queue de pie. Avec sa jauge réduite et son atmosphère chaleureuse, la salle Musicatreize a permis d’être au plus près de ce monstre sacré plus habitué aux plus grandes salles de concert internationales. Chaque respiration, chaque intention, chaque infime variation de toucher parvient dans toute sa densité. Le public marseillais, conscient du privilège, a retenu son souffle, presque en apnée.

Nicolas Lugansky est un pianiste hors du commun. Il a étudié au Conservatoire de Moscou dans la grande tradition de l’école russe. Il remporte le Concours Tchaïkovski en 1994, ce qui lance sa carrière internationale. Son jeu se distingue par un équilibre sonore, une technique sans faille et une élégance naturelle qui rappelle les grands maîtres soviétiques dont il est l’héritier direct. Il est considéré comme l’un des interprètes de référence de Rachmaninov et de Chopin. 

Le programme s’est ouvert sur Robert Schumann, et ce n’est pas un hasard : Lugansky vient d’enregistrer le Carnaval de Vienne et Humoresques (Harmonia Mundi). Schumann compose ces deux œuvres à la fin des années 1830. Robert est alors follement épris de Clara Wieck, jeune pianiste virtuose adulée dans toute l’Europe. Mais alors que Robert demande sa main à son père, Friedrich Wieck, oppose un refus violent. Il exige que Schumann quitte Leipzig et qu’il revienne en prouvant qu’il est capable de subvenir aux besoins de sa fille. Schumann part pour Vienne, capitale musicale de l’Europe. Mais il la déteste. Cette ville lui semble ingrate, incapable de reconnaître le génie : elle a laissé Mozart mourir dans la misère, Beethoven dans l’oubli, et n’a jamais rendu à Schubert la gloire qui lui était due. Schumann ay séjourne dans un état de profonde déprime. Et pourtant, miracle de la création, il y trouve une énergie insoupçonnée. Le Carnaval de Vienne jaillit de cette contradiction. 

Œuvre de couleurs, d’éclat, d’une vitalité presque insolente, elle porte en elle toute l’ambivalence de son auteur : Lugansky en restitue la fougue avec une précision confondante, sans jamais laisser la folie prendre le dessus sur le sens, maitrisé de bout en bout. Puis vient l’Humoresque. Dans l’esthétique romantique allemande, Humoreskene renvoie pas à l’humour au sens français du terme, mais aux humeurs, aux états d’âme, aux oscillations de l’être. Allégresse et désespoir, agitation et résignation : Schumann y compose une succession de fragments psychologiques d’une complexité vertigineuse. Lugansky en explore chaque repli avec une subtile intelligence.

Après l’entracte, le programme bascule vers Frédéric Chopin et ses 24 Préludes. Composés entre 1835 et 1839, ils ont été achevés sur l’île de Majorque. Le compositeur a rejoint l’île avec George Sand, dans l’espoir que le soleil sauverait ses poumons fragiles des brumes parisiennes. Ce fut l’inverse. Le climat s’avère épouvantable, les habitants hostiles, l’isolement pesant. La santé de Chopin se dégrade dangereusement. Et c’est dans cet état, fiévreux, épuisé, loin de tout, qu’il achève ses 24 Préludes, en tons majeurs et mineurs. 

On redécouvre sous le toucher précis de Lugansky les plus connus : Le n°15 en ré bémol majeur « La Goutte d’eau », une note répétée obstinément à la main gauche comme une goutte qui tombe, pendant que la mélodie plane au-dessus, le n°4 en mi mineur, lent, déchirant, presque immobile, joué aux funérailles de Chopin lui-même. Trois minutes d’une tristesse absolue, le n°20 en do mineur, une minute à peine, des accords pesants comme une marche funèbre. Court, dévastateur. Le n°7 en la majeur, à l’opposé, minuscule et gracieux. Chaque prélude est un monde autonome, deux minutes parfois, moins. Certains sont fulgurants, d’autres murmurent. Les plus sombres pèsent d’un poids insupportable. La sonorité est somptueuse, pleine, nuancée à l’infini. En bis, le pianiste interprète le célèbre Fantaisie-Impromptu op. 66. Il la déroule avec une aisance déconcertante. Efficace, élégant. La salle, debout, ovationne longuement l’artiste, souriant, à la sérénité bienveillante et tranquille des très grands.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Le concert s’est déroulé le 14 mars, salle Musicatreize

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Sans père et sans reproche

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Le Petit Chaperon rouge © Elisabeth Carecchio

La petite forme – 45 minutes, 3 comédiens – s’adresse aux enfants dès 6 ans. Vraiment. À ceux qui les ont encore, ceux qui les ont eus, avec leur lot de terreurs, de désirs, de solitude. À celles surtout, qui ont vécu sans père, sans frère, sans grand-père, et sans oncle protecteur, dans une filiation matriarcale. Une dynastie de femmes seules qui ne sait pas prémunir des loups et qui, sans leur en faire le reproche, laisse les petites filles les désirer, et se livrer à leurs crocs.

« Petites filles, méfiez vous des loups » Perrault

Mais Joël Pommerat, lorsqu’il s’adresse aux enfants, sait aussi ménager leur attention et leurs émotions. Il éteint la lumière pour que l’horreur ne laisse pas d’image, permet au récit de raccommoder les corps dévorés dans le noir, invente une ombre rassurante, une généalogie, un après où filles et mères s’aiment encore.

Et cette pudeur, ce soin, lui permet d’évoquer tout ce qui fait mal à l’enfance. La solitude, l’ennui, la mère qui effraye et rassure, qui n’a pas le temps, dont les talons font clic clac tic tac sur le sol comme des secondes sèches qui s’égrènent. La grand mère si seule et si vieille qui n’a plus de désir de vivre. Et la petite fille, surtout, qui joue avec ses propres peurs, plonge dans les yeux du loup, parle aux fourmis et à son ombre, et désire tant rencontrer quelqu’un qu’elle ira jusqu’au lit du loup alors que sa voix, ses poils, son insistance, tout lui dit qu’il n’est pas sa grand-mère…

« Quand ma maman me l’interdit » Grimm

Comme toujours chez Pommerat, surtout lorsqu’il s’adresse à l’enfance, l’apparente simplicité formelle n’a d’égale que l’échelle de nuances des sons, musique et voix ; des lumières aux découpes précises et aux pénombres déclinées ; aux déplacements qui structurent la scène comme le récit, avançant, traversant, tournant en rond, perdant le fil. Une merveille d’intelligence que le temps n’affecte pas, même si le temps est au ceour de son propos.

AGNÈS FRESCHEL

Le Petit Chaperon Rouge, écrit et mis en scène par Joël Pommerat, est passé par La Garance, Cavaillon, en décembre, par La Passerelle à Gap, en février, et par La Criée, Marseille, du 12 au 15 mars.

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L’Affaire L.ex.π.Re

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L’affaire L.ex.π.Re © X-DR

D’un côté, le personnage de Max, de l’autre, celui de Natacha. S’articulent alors deux histoires asynchrones que rien ne semble unir : le quotidien monotone d’un chômeur insomniaque et la journée tourmentée d’une célèbre comédienne. Dos-à-dos sur une scène dédoublée, séparée par deux écrans, ils partagent une même bande son dont le sens diverge d’un côté à l’autre. Métilde Weyergans et Samuel Hercule exécutent ces bruitages en miroir, coordonnés à la perfection. C’est à eux que l’on doit l’écriture, la mise en scène et la réalisation de cette pièce en trois actes.

Les deux premiers sont identiques, enfin, pas tout à fait – le public, divisé en deux, assiste d’abord à une moitié de la scène, puis à l’autre. Le troisième acte, que le public découvre cette fois-ci simultanément, révèle les pièces manquantes du puzzle. Il prend place au cours d’une représentation de Phèdre : les liens entre Max et Natacha se multiplient et l’histoire se délie. Au piano, à la guitare, à l’accordéon et au cor, Timothée Jolly et Mathieu Ogier posent l’ambiance d’un Phèdre entre thriller psychologique et polar.

PAULINE LIGHTBURNE

L’Affaire L.ex.π.Re

Du 18 au 21 mars

La Criée, Théâtre national de Marseille

Esprits de corps

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HHH ©LTruffarelli

Entre ce mercredi 18 et ce samedi 21 mars, Klap – Maison pour la danse propose une fiction aquatique et queer, puis une soirée méditative sur les règles visibles ou invisibles qui façonnent gestes et identités. Ce sera ensuite une exploration de la façon dont une œuvre se transforme au fil de sa transmission, et un solo introspectif et vagabond.

Abysses et transformations


Dans Panaches (le 18 à 19 h), le chorégraphe et interprète Pau Simon plonge dans l’imaginaire des abysses et s’inspire des créatures marines et de leurs métamorphoses, pour interroger les formes contemporaines de la famille. Une pièce qui s’appuie sur une création sonore de Clément Vercelletto et un dispositif scénique fait d’objets et de matières évoquant un univers sous-marin.

La proposition de Thibaut Eiferman se présente elle comme une soirée composée de deux pièces complémentaires (le 18 à 20 h). La première, TERRE 1, est un solo dans lequel le danseur dialogue avec trois toiles conçues par l’artiste plasticienne Alice Vasseur, en ouvrant une réflexion sur la gravité, la chute et l’élévation. La seconde, HHH (pour Hand, Heart, Head) met en scène trois interprètes et un mannequin, symbole de la norme corporelle : une pièce qui interroge les pressions sociales liées au corps idéal et explore les tensions entre conformité et transformation.

Transmission et passage du temps

Artiste installée à Marseille, formée à la Salzburg Experimental Academy of Dance, Sati Veyrunes place, dans son premier projet personnel, MOTOR UNIT (les 20 et 21 à 19 h) l’interprète au centre. Deux chorégraphes, l’Islandaise Erna Ómarsdóttir et la Hongroise Adrienn Hód, ont transmis à l’interprète, c’est-à-dire Sati Veyrunes, des fragments de leur répertoire. En rejouant ces écritures à travers son propre corps, la danseuse interroge la mémoire du geste, et la manière dont une œuvre chorégraphique se transforme au fil des transmissions.

Le passage du temps est également à l’œuvre dans Danses vagabondes de Louise Lecavalier (les 20 et 21 à 21h). L’ex-interprète emblématique de la compagnie canadienne La La La Human Steps a choisi de revisiter les gestes accumulés au fil de sa carrière, en mêlant souvenirs chorégraphiques et nouveaux élans. Un parcours à travers le temps où le corps devient un « archive vivante », et où mémoire et mouvement se rencontrent.

MARC VOIRY

Panaches

18 mars à 19 h

TERRE 1 // HHH

18 mars à 20 h

MOTOR UNIT

Les 20 et 21 mars à 19 h

Danses vagabondes

Les 20 et 21 mars à 21h

Klap - Maison pour la danse, Marseille

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Flamenco Azulenflamme le Sud

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Luna Negra © Juan Conca

Pour cette édition, Flamenco Azul fait coexister tradition et avant-garde, maîtres confirmés et jeune génération. Coup d’envoi le 22 mars à l’Espace Pluriel à Avignon, avec un atelier de bulería signé María Pérez, fondatrice du Centre Soléa, pionnière du flamenco à Marseille et créatrice du festival. La bulería, ce palo explosif, festif, imprévisible, sera au cœur de deux autres stages à la Bastide Granet (Aix-en-Provence) avec Teresa Deleria et Raquel Sierra.

Côté spectacles, de très beaux noms sont attendus. À la Friche (Marseille), Yoel Vargas, jeune bailaor catalan, lauréat du prix El Desplante 2023, présentera Óbito, création sur le deuil, mêlant flamenco, écriture contemporaine et musique classique et Ana Morales, lauréate du Prix national de danse d’Espagne, son solo Más que baile : une chorégraphie organique portée par une présence magnétique.

Un état d’esprit

Mais si le flamenco est une danse, c’est aussi une musique, un chant et un état d’esprit d’ouverture sur le monde. À la Manufacture (Aix) Ana Crismán, unique harpiste flamenca, donnera un concert entouré de voix et de percussions. C’est une fusion que nous propose El Amor Brujo, concert dirigé par le chef Rafael Lamas, qui réunira musique classique et danse flamenca avec l’orchestre de l’IESM, Mely Zafra au chant et Raquel Sierra à la danse.

Au Forum de Berre, le guitariste Juan Carmona et son quartet célèbreront la Méditerranée et Melchior Campos investira la Cité de la musique de Marseille pour une interprétation du Cante Jondo, chant le plus profond du flamenco, qui exprime la souffrance de la condition humaine.

Mais le festival ne s’enferme pas dans les théâtres. Le 6 avril, une journée aura pour cadre la Gare de Niolon, tiers-lieu réhabilité par l’association T’Cap 21 composée de jeunes adultes trisomiques, avec paella géante, tablao et bal sévillan face à la mer. Le 4 avril à Peña el Boleco (Istres), la soirée « Flamenco en héritage » mettra à l’honneur de jeunes danseurs de 13 à 16 ans. Ils rendront hommage aux gitans avant un tablao mère-fils d’Isabel et José Fernández.

Enfin, on attend avec impatience au Théâtre de la Mer (Marseille) la sortie de résidence des cycles d’ateliers proposés par Olga Magaña ouverts à une cinquantaine de femmes migrantes ou en détresse sociale. A pulso est un périple où on parle d’identité, de nomadisme, d’héroïsme et durant lequel la confiance en soi et en son image se construit.

Le grand rendez-vous reste le stage au Centre Soléa, avec José Maldonado, danseur-chorégraphe barcelonais au style fulgurant. Il sera aussi en tablao les 10 et 11 avril pour deux performances flirtant avec la danse contemporaine. Le festival se clôturera le 18 avril par une scène ouverte aux amateurs et une conférence de Joaquín Zapata, directeur du Festival du Cante de las Minas (La Unión), référence mondiale du flamenco minier, né au XIXe siècle dans les régions de Murcie et d’Almería. Les mineurs – souvent gitans et andalous – y ont créé leurs propres palos pour exprimer la dureté du travail, la peur de la mort et l’exil loin de chez eux.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Flamenco Azul
Du 22 mars au 18 avril
Divers lieux, Bouches-du-Rhône et Vaucluse