mardi 4 août 2026
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Dafné Kritharas

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Dafne Kritharas © Chloe Kritharas

La voix de Dafné Kritharas semble venir de loin, et pourtant parler au présent le plus vif. Du rebetiko traditionnel aux compositions originales, la chanteuse fait circuler l’amour, l’exil, la fête et les blessures de la mémoire grecque, sans jamais figer l’héritage. Entourée de Paul Barreyre, à la guitare, au chant et au bouzouki, et de Camille El Bacha au piano, elle déploie une musique de passage, traversée par les langues, les rives et les fantômes heureux. Le concert, organisé par Scènes et Ciné, sera suivi d’un buffet grec offert.

S.C.
5 juin
Espace Gérard Philipe,
Port-Saint-Louis-du-Rhône

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Rigoletto

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Rigoletto © Christian Dresse

Tout brûle dans cet étrange opéra verdien : la malédiction, le désir, la vengeance, l’amour paternel poussé jusqu’à l’aveuglement. Avec Rigoletto, le compositeur vériste tire du Roi s’amuse de Victor Hugo un drame de grande ampleur, où les airs les plus célèbres n’adoucissent jamais la cruauté du monde. À l’Opéra de Marseille, Paolo Arrivabeni dirige la production mise en scène par Charles Roubaud, avec Sebastian Catana dans le rôle-titre, Ruth Iniesta en Gilda et John Osborn en Duc de Mantoue. Une histoire de père et de fille, donc, mais surtout d’emprise, de classe et de fatalité.

S.C.
Du 7 au 16 juin
Opéra de Marseille

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Les Noces de Figaro

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Les Noces de Figaro © X-DR

Il y a, dans Les Noces de Figaro, tout l’art de Mozart : la mécanique folle du désir, du déguisement, du jeu de rôle, mais aussi celle du pouvoir et de la sujétion. Et soudain, sous le rire, cette tendresse inquiète qui laisse les personnages plus nus qu’ils ne l’auraient voulu. La production d’Opéra Éclaté et de l’Opéra des Landes, dirigée par Gaspard Brécourt et mise en scène par Éric Perez, réunit notamment Judith Fa, Charlotte Despaux, Jean-Gabriel Saint-Martin, Anas Séguin et Estelle Mazzillo autour de cette journée qui n’en finit pas de défaire les hiérarchies.

S.C.
4 et 5 juin
Théâtre de l’Odéon
, Marseille

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Sous le ciel de Haute-Provence

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Fouilles, Quinson © X-DR

Les équipements départementaux des Alpes-de-Haute-Provence savent allier nature et culture, histoire et sciences, fouilles archéologiques et observation des étoiles. Le festival Du Silex aux Etoiles se décline en trois soirées de juin dans les trois musées et domaines départementaux. Dans le musée d’ethnobotanique de Salagon (Mane), il sera question de la forêt, avec un film de Luc Jacquet et la présence de l’écologue Yves Caraglio (le 6 juin). Le 13, à Quinson, il sera question d’archéologie et d’histoire avec la projection d’un documentaire sur les Celtes, civilisation mystérieusement disparue, en présence de l’historien Jean Chausserie-Laprée. Le 19 juin, après la projection du 3e Loup de Lisa Fauconnier, il sera question de faune sauvage, et d’étoiles, au Centre Astro de Saint-Michel-l’Observatoire.

Tout est en accès libre, tout comme les Rendez-vous au jardin de Salagon les 6 et 7 juin, qui permettent de découvrir les jardins thématiques, des plus exotiques aux plus austères, médiévaux, qui cachent des plantes magiques… Le dimanche les visites seront accompagnées pour les plus jeunes, d’animations ludiques ou créatives, autour de la couleur rouge, de la peinture pariétale, et de quizz simples pour les plus jeunes.

Du 12 au 14 juin, c’est le musée de Quinson et les gorges du Verdon qui seront à l’honneur, pour les journées nationales de l’archéologie. Avec au programme des chantiers de fouilles pour enfants, des jeux, des conférences sur les Gaulois… mais aussi les expositions Âge du Fer : « qui sont les Gaulois ? », « Sors de ta réserve » et « Echos du Bronze », pour un voyage passionnant, adapté à tous les âges, dans les collections du musée, qui recèlent les traces les plus anciennes, et très émouvantes, de notre humanité.

AGNÈS FRESCHEL

Du Silex aux Etoiles
Du 6 au 19 juin
Alpes-de-Haute-Provence

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À Martigues, l’histoire du peuple

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Atlantic bar de Fanny Molins © Solab Pictures

À Martigues, ville communiste depuis 67 ans, il va de soi que l’histoire du peuple se vit en commun, et que les multiples conférences, conversations, projections, spectacles et balades sont en entrée libre, suivis d’un pot tout aussi offert, et de longs bavardages des convives. Conçu avec les partenaires de la ville, culturels (Théâtre des salins, Librairie Alinéa, Cinéma la cascade…) et scientifiques (Aix Marseille Université, le CNRS, la Maison méditerranéenne des sciences humaines et sociales…) le festival invite des chercheureuses très pointu·es, mais attentifs à rester accessibles. Et remarquablement ouvert·es aux remarques et questionnements !

Ainsi Michèle Riot-Sarcey a ouvert le festival en faisant parlant de « l’histoire discontinue des femmes », qui, génération après génération, doivent affirmer leur émancipation et leur liberté, et le lendemain Laure Verdon analysait la construction de la misogynie au Moyen Âge. Les femmes, très majoritaires dans le public, réclamaient d’aller plus loin, pour la prochaine édition, dans cette exploration de l’histoire populaire des femmes.

Sur tous les Fronts

Comme pour illustrer cette éternelle lutte, l’autre focus, sur le Front populaire, était majoritairement masculin en tribune, et féminin dans les salles, même si c’est Ludivine Bretigny parlait des limites du gouvernement de 36 (pas de remise en cause du joug colonial, pas d’intervention en Espagne…), Le front populaire à Marseille et en Provence, l’histoire des grèves a été abordé par des hommes, qui parlaient aussi des femmes. La Ciné conférence menée par Tanguy Perron permettait de voir des images documentaires marquantes, mais aussi La Marseillaise de Renoir, qui parle autant le la Révolution française que de l’époque du tournage, en plein Front populaire.

Car une autre des spécificités de Pop Histoire est de confronter l’histoire avec des œuvres : des livres, des films, l’exposition Ernest Pignon-Ernest , du théâtre avec L’Écriture ou la vie de Semprun mis en scène par Jean-Baptiste Sastre , ou encore le documentaire de Fanny Molins (2022), Atlantic Bar, sur les personnages touchants et cabossés d’un bar populaire d’Arles, marqués par l’alcool, la misère, la violence, mais surtout par la tendresse.

Un film très beau, de photographe : Fanny Molins a découvert l’Atlantic bar durant les rencontres de la photographie dont elle était l’invitée. Elle raconte sa disparition et la cité arlésienne, en laissant à peine dans le cadre, une fois, les arènes et la tour de Gehry. Et elle s’attarde sur les visages burinés, les mains déformées et alertes, les pieds qui dansent, et touchent au cœur.

AGNÈS FRESCHEL

Pop histoire s’est tenu du 28 au 31 mai à Martigues

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Au Pavillon Noir, Trajal Harell danse le « Köln Conert »

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Trajal Harrell © Reto Schmid

Au cœur de la fournaise aixoise, le Pavillon Noir accueillait, en cette fin de mois de mai caniculaire, l’un des derniers rendez-vous de sa saison. Salle comble pour cette pièce construite autour du « solo de piano le plus célèbre de tous les temps » : le Köln Concert de Keith Jarrett. Pourtant, c’est d’abord une voix féminine qui ouvre la soirée, celle de la chanteuse canadienne Joni Mitchell, comme une invitation à pénétrer un espace de mémoire avant que les premières notes du concert ne viennent envahir le plateau.

C’est Trajal Harrell lui-même qui accueille le public et initie la performance. Sur scène, les interprètes sont assis sur de simples bancs, blancs et noirs, hommes et femmes ensemble, traversés d’émotions mouvantes et contradictoires. Puis vient le défilé, porté par la musique de Joni Mitchell. Habillés de tissus soigneusement choisis par le chorégraphe, les danseurs transforment peu à peu le plateau en un catwalk sensible et mouvant. La gestuelle singulière de chacun affirme des présences autonomes oscillant entre vulnérabilité et puissance.

Dans une seconde partie, les danseurs vêtus de noir semblent surgir d’un espace suspendu entre rêve et réminiscence. On pleure, on rit sur ce plateau, parce qu’il est ici question de notre humanité commune. Depuis plusieurs années, le chorégraphe explore le corps comme réceptacle de mémoire et terrain de spéculation historique. Figure majeure de la danse contemporaine internationale, invité dans la Cour d’honneur du Festival d’Avignon en 2023, il s’est imposé en faisant dialoguer deux histoires que tout semblait opposer : le voguing né dans les ballrooms queer new-yorkaises et la postmodern dance américaine.

Avec cette nouvelle création, Trajal Harrell poursuit son travail de tissage esthétique et historique en y intégrant des influences du butō japonais et des premières formes de danse moderne. Une danse d’apparition et de disparition, d’une élégance rare, qui laisse le spectateur dans un état de suspension bien après la fin du spectacle. Pari réussi pour un chorégraphe qui confie : « Je ne sais pas comment faire une danse, je commence et je recommence. » On retrouvera Trajal Harrell au Festival d’Avignon 2026 du 22 au 24 juillet, au Cloître des Carmes.

ISABELLE RAINALDI

Spectacle donné le 28 mai au Pavillon Noir, Aix-en-Provence.

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« Autoroute Tanger-Marseille » : visions voisines

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© Kris Pothano

Ici, Marseille ressemble à Tanger. Les paysages se mélangent, les voix se répondent, et les plantes racontent une histoire commune. À la Friche la Belle de Mai, Autoroute Tanger-Marseille donne à voir trois années de rencontres, de recherche et de création entre les deux villes. Un projet porté par l’organisation Think Tanger, qui vise à promouvoir la culture et la créativité dans la métropole de Tanger au Maroc. Jusqu’au 16 août, l’exposition s’installe dans la Salle des machines pour donner forme aux traces visuelles et sonores nées de la rencontre entre artistes marocains et marseillais.

En pénétrant dans la galerie, l’œil est attiré par l’Atlas des souvenirs. Inspirée de la géomythologie, la fresque crée un espace où Marseille et Tanger ne font qu’un, mêlant des éléments de paysage comme le rocher de Gibraltar à des figures fantastiques comme le cheval de la grotte Cosquer. Peinte en rouge couleur de vin pour rappeler la Garance des teinturiers, une plante méditerranéenne, la « murale » cherche, si ce n’est à relier Marseille et Tanger, à en restituer l’expérience commune.

Reconnexion

Contrairement à une exposition ordinaire, Autoroute Tanger-Marseille ne s’inscrit pas tant dans le visuel, mais se présente plutôt comme le témoin de ce que le projet a apporté à celleux qui y ont participé. Sur les murs, des photographies retracent la marche réalisée à Tanger par le collectif marseillais SAFI, composé d’artistes marcheurs. De cette balade, ils ont ramené des poèmes, cartes, dessins et objets, exposés comme autant de trésors découverts et créés dans le quartier de Malabata.

C’est surtout leur rencontre avec des tresseurs de canne de Provence qui rend l’exposition si touchante. Longtemps utilisée autour de la Méditerranée pour la fabrication de paniers ou d’instruments, la plante a peu à peu été délaissée au profit de matériaux industriels. À Tanger, le collectif l’a redécouverte auprès d’un maître vannier et a appris son tressage, ouvrant la voie à une transmission de ce savoir-faire. Dans l’exposition, on trouve ainsi des canisses et autres installations réalisées par des étudiants en art français, symbole d’une reconnexion avec cette plante qui unit les populations méditerranéennes.

Au fond de la salle, l’émotion est prolongée par le diptyque de Marouane Beslem, « Fenêtre Jumelles ». D’une part et d’autre d’un mur qui, à la manière de la Méditerranée, sépare Marseille et Tanger, deux vidéos montrent les villes. Leurs lieux emblématiques y défilent et se mélangent, devenant presque indiscernables. En reculant au centre de la galerie, les deux écrans deviennent visibles. En écho, une installation sonore, faite de canne de Provence et posée au milieu de la pièce, laisse entendre des voix. Alors que l’on regarde enfin le diptyque dans son intégralité, l’une d’elle évoque son rapport à Marseille : « T’as pas cette frontière de vision, tu vois jusqu’à l’infini ».

IVANIE LEGRAIN

Autoroute Tanger-Marseille

Jusqu’au 16 août

Friche la Belle de Mai, Marseille

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Terres & Résistances : une belle et forte exposition à voir au Zef

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Expositions Terres et Résistances, oeuvre de oeuvres de Celine Croze © G.C.

Dans le cadre du temps fort Nature & Biens communs, qui revenait pour la 6e édition au Zef, les murs du théâtre ont accueilli une nouvelle exposition. Trois photographes du collectif Tendance Floue, Celine Croze, Jonas Wibaux et Alain Willaume, y présentent chacun une série qui s’inscrit remarquablement dans le thème général, Terres & Résistances. Leur consœur Yohanne Lamoulère, compagne régulière de la Scène nationale de Marseille, a travaillé la scénographie avec Alice Purgu, Sophie Jurging et Christopher Marc, pour mettre en regard leurs perceptions sensitives d’un monde pétri de grandes mutations. Sur trois continents, dans des contextes très différents (Venezuela, France, Afrique du Sud), un point commun : l’eau, présente ou absente, le sol, pour y vivre ou y mourir, deviennent des enjeux majeurs. Comment être humain dans ces conditions qui se durcissent ?

En résonance

Le plus jeune d’entre ces photographes, étonnant de maturité, est un autodidacte de 24 ans. Jonas Wibaux documente sa vie nomade de saisonnier, dans les vignes ou sur le site de Sainte-Soline, haut lieu de lutte contre les méga-bassines. Le noir et blanc de ses prises de vue est intemporel : il pourrait s’agir d’archives de la Seconde Guerre mondiale, ou bien d’un film de science fiction, avec des traits de camaraderie réconfortante.

Point de réconfort en revanche dans la série de Céline Croze : c’est l’étrangeté qui prédomine sur ses images, amplifiée par la scansion d’une voix off hypnotique dans la vidéo qui les complète. Mala Madre est un conte ou un poème inquiétant, basé sur l’organique : le corps des pilleurs de tombe est sans visage, un serpent prisonnier de barbelés contre-attaque, les formes fractales du végétal nourrissent un imaginaire halluciné, le grain, la couleur sont d’apocalypse. Qu’a-t-on fait à la Terre ?

C’est aussi la question que semble poser Alain Willaume, après avoir pointé son appareil sur les paysages désertiques du Karoo en Afrique du Sud, où l’entreprise Shell a des projets d’exploitation de gaz de schiste. Dans ses tirages dénués de contraste, au ton presque sépia, un voile de poussière recouvre tout, y compris les hommes. L’accrochage avec un léger relief et des ombres ajoute à la sensation de suspens : que va-t-il se passer, si l’eau ne revient pas ? L’exposition est à voir jusqu’au 4 décembre, avant ou après les représentations. Ne la manquez pas.

GAËLLE CLOAREC

Terres & Résistances 
Jusqu’au 4 décembre
Zef, Scène nationale de Marseille

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À Avignon, les musiques actuelles en pleine ID-ILE

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Suzane © X-DR

Pour la troisième année consécutive, le festival ID-ILE s’empare de l’île de la Barthelasse, avec une programmation toujours éclectique, entre électro, house et pop, et avec toujours plus d’artistes locaux. Du 5 au 6 juin à Avignon, talents émergents et chanteur·euses confirmé·es viendront ainsi faire découvrir leurs univers dans ce cadre somptueux, pour ne pas dire idyllique.

La cité des stars

Pour ce nouveau rendez-vous, le festival mise sur la parité, et surtout sur le local. Le vendredi 5, la chanteuse avignonnaise Suzane, fera résonner sa pop électro inspirée de Vitalic et de Mylène Farmer. Connue pour des titres comme Je t’accuse,où elle rend hommage aux femmes victimes de violences, et Anouchka dans lequel elle évoque l’homosexualité, l’enfant d’Avignon mêlera danse et chant dans un show inoubliable.

Le lendemain, les chanteuses Pi Ja Ma et Sam Grass, toutes deux originaires de la Cité des papes, compléteront la liste des fiertés locales. Si la première s’est déjà imposée sur la scène française, avec une pop douce et des inspirations psyché et indie, la seconde présentera son tout premier single, Real, dans lequel elle mêle soul, hip-hop et jazz.

Beau monde

La première soirée accueillera aussi le duo Polo & Pan, de l’électro aux influences caribéennes et disco, et la chanteuse franco-brésilienne Luiza, découverte l’été dernier avec son tube Soleil bleu. Samedi 6, place au rap et à la poésie avec Gaël Faye, chanteur et écrivain franco-rwandais aussi bien connu pour son livre Jacaranda que pour ses textes ciselés. Boombass, membre du duo Cassius célèbre pour le mythique titre I <3 U So, fera résonner la house-funk du groupe pour l’une des dernières fois, en hommage à son binôme Zdar, décédé en 2019. Citons aussi les sonorités électro de Thylacine, et les nombreux DJ, Madame Benoît, Maggy Smiss, sans oublier le trio Joachim Pastor, Joris Delacroix et Teho. De quoi faire danser l’île, jusqu’au bout de la nuit.

IVANIE LEGRAIN

Festival ID-ILE

5 et 6 juin

Île de la Barthelasse, Avignon

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Don Juan est un sale type 

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Dom Juan ©Juliette Parisot

Depuis le déboulonnage en règle de David Bobée, le Don Juan de Molière a perdu les derniers restes de son aura de héros, déjà bien entamée par Antoine Vitez. Si jusque-là ce seigneur libertin, c’est à dire athée au XVIIe siècle, ce noble courageux, c’est à dire qui défend son honneur par l’épée, conservait des qualités, aujourd’hui il n’apparaît plus que comme un lâche dominant, un décadent sexiste, méprisant et méprisable. 

Macha Makeïeff s’inscrit, en femme féministe, dans cette démarche de démystification du « grand seigneur/méchant homme ». Comme Bobée, elle fait remplacer « tabac » par « théâtre » dans le monologue d’ouverture de Sganarelle (formidable Vincent Winterhalter) qui bégaye et plastronne, campant le personnage du valet, à la fois complice et réprobateur, dès les premières minutes. Mais elle poursuit la métaphore du théâtre, et les personnages ne sont jamais dans le réel : ils surgissent du décor à double fond où ils semblent tous épier, pour le détruire, la bête malfaisante que tous réprouvent. Sganarelle navigue d’un espace à l’autre, intercesseur entre la scène et le public, comme le faisait sans doute Molière, qui jouait le valet.

Enfermé au boudoir

Théâtre dans le théâtre, Dom Juan devient aussi un huis clos : le libertinage du prédateur n’apparaît plus comme la libre-pensée du XVIIe siècle, mais comme une « liberté » abusive que Macha Makeïeff transpose, pour mieux la dénoncer, dans une ambiance sadienne : une alcôve, un boudoir, des portes dérobées. Dans un XVIIIe siècle qui, comme le souhaitait la metteuse en scène, répand comme une « odeur de lit défait ».

Là, Don juan, enrubanné mais aussi négligé, apparaît sous les traits d’un stupéfiant Xavier Gallais, qui parvient à n’être, à aucun moment, grandiose ou désirable. Il joue avec une abnégation dont peu d’acteurs sont capables un personnage totalement détestable, faible, sans panache, et clairement sadique. Violentant les femmes, et son valet. 

Ainsi Makeïeff démine un à un tous les préjugés qui parcourent le texte : Piarrot le paysan manie une langue claire et belle, les proverbes enfilés de Sganarelle prennent sens, et le mépris linguistique de Don Juan est le signe d’une malsaine domination de classe. Et de genre : Charlotte et Mathurine, les paysannes si souvent raillées dans les mises en scène de Don Juan, deviennent des comédiennes jamais dupes de leur séducteur, qui ne les séduit pas. Quant à Elvire, même sous emprise, elle dit « non ». 

Le patriarcat signe là son arrêt de mort : le commandeur est une femme trompée et non l’incarnation virile du courroux céleste. Et Don Luis, le père de Don Juan qui incarne dans le texte l’honneur de la noblesse, il apparaît sur scène comme un pervers ridicule et crédule. Le symbole d’un patriarcat sans bienveillance qui génère des monstres.

Don Juan est mort « et voilà par sa mort un chacun satisfait », conclut le valet. Même s’il ressurgit, toujours, sous d’autres formes, au moins n’est-il plus possible de le glorifier.

AGNÈS FRESCHEL

Dom Juan a été créé au Théâtre Liberté, Toulon, en décembre 2024.

Du 4 au 7 juin
La Criée, Centre dramatique national de Marseille

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