vendredi 20 février 2026
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Stabat Mater : entre grâce et déception 

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Stabat Mater © Jean-Michel Melat-Couhet

Le Stabat Mater, poème médiéval, évoque la Vierge Marie debout face à la croix, contemplant la souffrance de son fils crucifié. Texte liturgique par excellence, il a inspiré les plus grands compositeurs – de Vivaldi à Arvo Pärt – qui ont cherché à traduire en musique cette tension entre douleur et dignité. C’est cette verticalité, ce corps meurtri mais érigé qu’Ana Pérez et José Sanchez ont voulu exprimer à la puissance du flamenco. Les deux artistes ont développé cette recherche pour trois danseuses, un chanteur et un guitariste.

L’ambition était de faire dialoguer les époques et les esthétiques, « tisser une architecture vivante où les matières sonores, les rythmes, les chants et les gestes se répondent ». Sur le papier, l’idée était louable. Le mélange des genres – baroque, flamenco, sacré, profane – aurait pu constituer une immense réussite. Sur scène, la réalité s’avère contrastée.

Le spectacle débute pourtant sous les meilleurs auspices. Les trois danseuses, le chanteur et le guitariste forment un cercle devant un point de lumière, entonnant un Stabat Mater tout à fait convaincant. Le texte – réécrit en français puis chanté en espagnol –, la musique qui convoque à la fois Pergolèse et Purcell, témoignent du cosmopolitisme baroque européen. On découvre avec bonheur que les danseuses possèdent de magnifiques voix, capables de se fondre en polyphonie. C’est beau. Les danseuses sortent alors de cet espace liturgique en frappant du talon, scandant le temps qui passe comme des battements de cœur ou des taureaux dans l’arène qui s’apprêtent à charger. Le flamenco entre en scène. C’est encore captivant.

Et puis quelque chose se délite. Le spectacle bascule dans une succession de solos de bravoure, sans qu’on ne parvienne à en saisir la cohérence narrative. Il est bien sûr question de violence, de colère, de souffrance jusqu’à l’épuisement, de folie… De femmes rebelles, résistantes, debout. Certains tableaux sont magnifiques. Ana Pérez, en grande prêtresse, est divine. Sa présence magnétique, sa maîtrise technique, son rapport charnel à la danse écrase le plateau. Mais cette superbe isole les autres interprètes. Miranda Alfonso, pourtant puissante, semble empruntée, Marina Paje,gracieuse, ne parvient pas davantage à s’imposer. Pourtant, lorsque les trois danseuses dansent ensemble et qu’elles sont connectées, que leurs pieds et leurs regards se répondent, c’est sublime. Ces rares moments de communion révèlent l’intensité que la soirée aurait pu atteindre.

Mais l’ensemble reste décousu. On ne comprend pas l’accoutrement du guitariste, affublé d’une étrange jupette évoquant l’Égypte ancienne. On peine à saisir le sens de la scène surjouée où l’une des danseuses tente d’arracher son tambour au chanteur, métaphore de l’accès des femmes au pouvoir sacré, chamanique ? Le propos reste opaque. C’est surtout Alberto Garcia, le chanteur de flamenco, pourtant reconnu dans le milieu, qui déçoit en incarnant le texte en chanteur de charme, avec une théâtralité triviale qui entre en collision avec la dimension spirituelle du propos. Heureusement, la création lumière d’Arno Veyrat, du blanc virginal au rouge du sang, apporte au spectateur une trame salutaire qui aide à se repérer dans cette traversée chaotique.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Le spectacle a été donné le 10 janvier à Klap – Maison pour la danse, Marseille.
Une proposition du Zef, Scène nationale de Marseille.

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Doulcet fait son cinéma

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© A.-M.T.

Lauréat du concours Long-Thibaud en 2019, Jean-Baptiste Doulcet s’est produit dans les plus grandes salles françaises (Pleyel, Gaveau, Cortot). Mais le pianiste possède de multiples autres talents. Il est aussi compositeur, improvisateur et a été critique au sein des prestigieux Cahiers du cinéma car il possède une érudition, qu’il aime partager, sur le septième art.

Alliant toutes ses passions, Doulcet a présenté au public marseillais une soirée inédite. On est loin du ciné-concert classique. Il ne se contente pas de rejouer des extraits arrangés de bandes originales, mais improvise librement à partir de films qui l’ont marqué, engageant un véritable processus créatif de composition.

Le récital débute avec sa vision de L’Île nue de Kaneto Shindo (1960), ce film quasi muet où Hikaru Hayashi accompagne d’une partition lyrique le quotidien éprouvant de paysans japonais. Doulcet s’en empare pour développer des passages épiques et romantiques. Il traverse ensuite le Los Angeles noir de LA Confidential avant de s’arrêter longuement sur City Lights, « le plus beau film de Chaplin », selon lui. L’histoire du vagabond et de la fleuriste aveugle lui inspire une partition tragicomique où la mélancolie affleure sous la légèreté.

Ça pétille

Avec Le Bonheur d’Agnès Varda (1965), « admirable de beauté sur l’amour mais aussi la noirceur du couple », le pianiste reprend les thèmes mozartiens choisis par la réalisatrice : le Quintette pour clarinette K. 581 et l’Adagio et fugue K. 546 et les développe pour faire résonner ce bonheur apparemment léger mais finalement tragique. Puis 2001, l’Odyssée de l’espace entraîne le public dans un brouhaha cosmique un chaos sonore sidéral que le pianiste obtient en intervenant directement sur les cordes dans le coffre du piano.

Dans Vacances Romaines, les notes pétillent comme une coupe de prosecoportée aux lèvres d’Audrey Hepburn. Mais c’est Le Miroir de Tarkovski qui emporte les suffrages. Ce remarquable autoportrait du réalisateur qui voit sa vie se dérouler dans un miroir se conclue sur la partition de la Passion selon saint Jean de Bach, puis de se lancer dans une fugue baroque saisissante.

À l’entrée, une urne avait préalablement recueilli des suggestions du public. Doulcet les fait siennes, improvisant en direct sur la musique de Sakamoto dans le somptueux Furyo puis Jurassic Park et enfin nous emporte dans l’univers de Miyazaki, démontrant qu’aucun genre ne lui résiste.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Le concert s’est déroulé le 8 janvier au Conservatoire Pierre Barbizet, Marseille.

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Du cirque en rab

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Des nuits pour voir le jOur © Pierre Planchenault

Cet Entre2 Biac, c’est l’occasion d’opérer une navigation parmi les propos et esthétiques de la création circassienne contemporaine, entre compagnies locales et internationales, du 15 janvier au 15 février. Avec Anitya (« non-éternité » ou « impermanence »)dans la philosophie bouddhiste, les arts plastiques s’invitent au plateau. Seule en scène, l’acrobate Inbal Ben Haim se déploie lentement au sein d’une monumentale scénographie defils entrelacés, que le public est invité à lentement déconstruire (les 6 et 7 février chez Archaos, Marseille).

Dans un camion aménagé, les jongleurs Stijn Grupping et Ine Van Baelen explorent quant à eux une chorégraphie hypnotique de balles rebondissantes qui semblent défier les lois de la gravité, aidées d’une pointe de magie (Ballroom – Post uit Hessdalen le 21 janvier, Domaine de Fontblanche, Vitrolles).

C’est l’occasion aussi pour les spectateurs de retrouver des artistes locaux, qui ont tissé une complicité au long cours avec le festival : les 13 et 14 février, double programmation chez Archaos, avec les compagnies Libertivore et La Mondiale Générale. En première partie de soirée, Fanny Soriano présentera Faune, sa plus récente création axée une nouvelle fois autour d’un cirque chorégraphié et organique. Manipulant des bois de cerfs, trois circassiennes y incarnent des figures férales, entre puissance et délicatesse, parade et prédation (à retrouver aussi le 6 février au Théâtre Comoedia, Aubagne). En deuxième partie de soirée, La Mondiale générale propose une nouvelle digression autour de son agrès préféré, le bastaing de bois – ici, deux acrobates en bien mauvaise posture nous livrent leurs irrésistibles tergiversations via des murmures amplifiés.

Haut les coeurs

Au rayon des inclassables, on retrouve avec délectation une nouvelle errance de la Cie L’Immédiat. Qui a déjà croisé la route de Camille Boitel sait qu’ici, l’accident se fait poésie, l’aléa force de loi. Sa nouvelle pièce sans titre, pensée avec Sève Bernard, se présente comme une suite de catastrophes, de lévitations et autres figures en (dés)équilibre (les 5 et 6 février au Bois de l’Aune à Aix).

Autres motifs, celui de la peur – angoisse de l’acrobate comme vertige du quotidien – que le fil-de-fériste Lucas Bergandi sonde en mots et en gestes aux côtés du jongleur Clément Dazin (A.N.G.S.T., La Main de l’Homme, les 7 et 9 février, salle Guy Obino, Vitrolles), ou encore l’introspection de la contorsionniste Katell Le Brenn, dans un auto-corps-trait entre beat boxing et Schubert (Des nuits pour voir le jOur, du 22 au 24 janvier, chez Archaos).

Avec les enfants, on retrouvera les acrobaties sur ballons de baudruche de la Cie SCOM (Baoum!, du 28 janvier au 14 février, à Berre l’Etang et Marseille), ou encore les échanges entre circassienne et contrebassiste, dans un espace tapissé de papier kraft de la Compagnie Lunatic (Dans les grandes lignes, les 9 et 10 février, Archaos).

Les grands spectacles sont à glaner du côté des Élancées, qui pose à Istres sa 28e édition du 3 au 15 février : suspension capillaire avec le Galapiat Cirque (Mad in Finland du 11 au 15 février, La Colonne, Miramas) ; disciplines circassiennes mêlées aux danses traditionnelles et contemporaines sud africaines avec Moya de Zip Zap Circus (le 27 janvier, Théâtre de l’Olivier à l’Usine, Istres) ; meute de loup campée par les 10 acrobates de Circa (Wolf, le 31 janvier au Théâtre de Fos-sur-Mer) ; mais aussi le magistral Hourvari de la Cie Rasposo, pour ceux qui l’auraient raté l’an dernier (du 13 au 15 février, Théâtre de l’Olivier à l’Usine, Istres) !

JULIE BORDENAVE

Entre2 Biac

Du 15 janvier au 15 février
Marseille, Aix, Aubagne, Vitrolles…
Petite Touche
En 2016, l’auteur de bande dessiné Frédéric Clément créait le personnage de Petite Touche. Une jeune fille, qui ne voit pas, et qui faisait la rencontre de Corbillard, un corbeau, qui n’entend pas. Quelques années plus tard, la compagnie (régionale) du Théâtre Désaccordé reprend ce texte, et ces images, pour en faire un spectacle à la fois accessible aux voyants et non voyants. Dans ce théâtre de chair et de marionnettes, on suit ces deux personnages qui s’allient pour vaincre l’affreux Marabout. N.S.
17 janvier
Théâtre Le Pôle, Le Revest-les-Eaux

Chaillol fête ses 30 ans

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Julien Grassen Barba © Cyril Onon

Cet anniversaire se déroulera sans faste : « Cela ne nous ressemblerait pas » estime Michael Dian, directeur de cette scène conventionnée devenue une institution culturelle alpine. « Plutôt qu’une célébration spectaculaire, nous avons choisi de faire de ce moment un jalon, un bilan pour explorer et approfondir ce qui fait notre essence : un projet de territoire »,tissant des liens subtils entre musique, humain et ruralité. Pour « revérifier ce nord magnétique, comme une boussole qu’on recalibre, un engagement qu’on souhaite réaffirmer », une enquête sera menée auprès des bénévoles, dont certains sont fidèles depuis l’origine. Le but : recueillir leur parole, comprendre ce que le festival a transformé dans leurs vies et réinterroger les valeurs de partage, de coopération et de lien social, au cœur du projet.

Développer les coopérations

L’espace culturel de Chaillol se distingue par sa capacité à faire circuler la musique vivante dans des communes rurales parfois très isolées. Il mêle musique classique, jazz de création et traditions populaires, avec une attention constante au territoire qui l’accueille. Dans un contexte anxiogène et de baisse des budgets qui peut inciter au repli, au « rabougrissement », le festival veut à l’inverse « étaler et aérer la pâte ». Cette orientation se manifestera cette année par un engagement renforcé en matière de production déléguée. Chaillol fait désormais le choix d’accompagner des démarches artistiques sur le long terme.

Le pianiste et compositeur de jazz Julien Grassen Barbe en bénéficiera avec ¡Adios Toledo !, création puisant dans les traditions musicales indiennes et la liturgie judéo-portugaise. Après une résidence au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme à Paris, celui-ci s’installera du 26 au 31 janvier au Studio Alys de Manteyer pour poursuivre ce voyage rendant hommage à Garcia da Orta, médecin séfarade ayant fui l’Inquisition vers Goa au XVIe siècle. Chaillol est également lauréat d’un programme européen autour du Duo Ourika, en partenariat avec des festivals au Kosovo et en Allemagne. « Plus que jamais, il faut resserrer nos forces, développer les coopérations », estime Dian.

En attendant l’été et ce festival anniversaire qui prévoit quelques belles surprises, la saison de Chaillol se déploiera jusqu’en juin – une proposition par mois et plusieurs concerts dans une trentaine de communes hautes-alpines – avec son éclectisme caractéristique : musique de chambre avec les solistes de l’Orchestre national d’Avignon-Provence autour de Brahms et Beethoven (16 au 18 janvier) ; jazz vocal intimiste avec le Mood indigo de Jody Sternberg et Frédéric Loiseau (19 au 22 février) ; puis Raga résonance, voyage en Inde du Nord (27 au 29 mars) avec trois maîtres de la tradition hindoustanie.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Zoom sur la nature

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© Maxime Briola

La région regorge de trésors cachés. À travers leurs clichés, visibles jusqu’à fin janvier, Maxime Briola, Franck Follet, Annabelle Chabert et Laurent Fiol donnent à entrevoir la nature subtile camarguaise.Avec son association Regard du Vivant, Maxime Briola présente une exposition sur l’aigle de Bonelli, à découvrir aux Jardins de la Tour (Port Saint Louis du Rhône). Rapace provençal discret, le prince des garrigues songe souvent sur les rochers ensoleillés lorsqu’il n’est pas dans les airs. La dizaine de clichés le montrant sous divers angles offre une immersion inédite au cœur de ses habitudes et de son mode de vie. 

Amoureux de la Camargue, Franck Follet photographie quant à lui les oiseaux aquatiques des lagunes salées. Ses photos, présentées au Domaine de Méjanes, à Arles, plongent le regard dans un univers poétique et s’amuse des contrastes et des silhouettes des flamants roses. Si la nature regorge d’habitants terrestres et aquatiques, elle est également habitée par de multiples phénomènes. 

Dans La nature dans tous ses états, au Parc Ornithologique de Pont de Gau (Saintes-Maries-de-la-Mer), Annabelle Chabert arpente collines et bois pour photographier les phénomènes naturels cévenols. Pour elle, la photo est un prétexte à la balade : elle aime se perdre en forêt tout en restant à l’affût des moindres mouvements. Ses clichés immortalisent : forêts givrées, brumes, orages, et partagent sa fascination pour «cette nature qui change, qui évolue au fil des saisons. » 

Un outil de sensibilisation

Maxime Briola et Annabelle Chabert soulignent l’importance de préserver les lieux photographiés. Une pensée partagée par Laurent Fiol qui, dans La petite faune du Sud, montre que la Camargue ne se limite pas aux flamants roses et aux chevaux, mais qu’elle abrite une biodiversité foisonnante, à tous les niveaux. « La Camargue sèche est très intéressante, on y retrouve de nombreux insectes : l’empuse, les odonates, le grand fourmilion. » 

Pour ce passionné, photographier un sujet, c’est avant tout chercher à le comprendre et à identifier les menaces qui pèsent sur lui. Depuis une vingtaine d’années, Laurent Fiol passe une grande partie de son temps allongé dans l’herbe,« à observer le monde à hauteur d’insectes ». Dans un monde où tout s’accélère et où certaines espèces se font de plus en plus rares voir disparaissent totalement, aller chercher le sensible à travers l’image, créer l’émerveillement, inviter chacun·e à être plus attentif·ve à ce qui l’entoure reste un travail essentiel.

CARLA LORANG

La photographie « nature » a le vent en poupe
Sur les réseaux sociaux, certaines publications comptabilisent des milliers de likes. La baisse des prix du matériel a favorisé l’essor de la pratique. Certains agents de l’OFB constatent toutefois une « pression photographique » dans des territoires abritant des animaux sauvages, parfois protégés. Derrière certains clichés se cachent des mises en scène ou l’utilisation d’appâts. Face à ces dérives qui perturbent la biodiversité, la Ligue pour la Protection des Oiseaux a publié une charte visant « à ne pas perturber les espèces et les milieux ».
Regard du Vivant, Aigle de Bonelli, Le prince de la garrigues
Jardins de la Tour, Port Saint Louis du Rhône
Laurent Fiol, La petite faune du sud/ Annabelle Chabert, La nature dans tous ses états
Parc Ornithologique de Pont de Gau, Saintes-Maries-de-la-Mer
Franck Follet, Zénitude Crépusculaire

Domaine de Méjanes, Arles
Jusqu’au 31 janvier

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Feydeau, la tête dans le sable

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L'Hotel Du Libre Echange © Jean-Louis Fernandez

M. Pinglet, mécontent en mariage, fait des avances à la femme de son ami, Mme Paillardon, qui se sent également délaissée par son mari. Ensemble, ils décident de se rendre dans un hôtel de passe pour y avoir une liaison. Mais malheur ! Ils y croisent M. Paillardon, son neveu, une domestique, un ami bavard et ses quatre filles… L’Hôtel du Libre-Échange est un Feydeau des plus classiques, avec ses personnages et ses enjeux d’un autre temps. On peut alors se demander ce qu’y trouve Stanislas Nordey, plus connu pour son travail sur des textes contemporains. « Feydeau inventait des machines, ce sont le démontage et lassemblage de ces mécanismes qui mintéressent », écrivait-il en 2004 à propos de sa mise en scène de La Puce à l’oreille. Vingt plus tard, son approche semble inchangée. 

Son Feydeau tient de l’exercice formel : sans altérer le texte, ni chercher à en moderniser le sens, il en décale l’interprétation. À rebours des conventions, cet Hôtel du Libre-Échange est porté davantage sur le texte que sur les péripéties. Ce parti pris a un impact évident sur le rythme, bien moins enlevé qu’il n’est d’usage. Mais cela est contre-balancé par les ingénieux choix formels de Nordey. La sobriété du décor – peu de meubles, des murs blancs couverts d’indications de Feydeau – et le jeu brillamment incohérent des comédien·nes, dont aucun·e ne semble jouer dans la même pièce, renforce sans lourdeur l’absurde de la situation. Cyril Bothorel (Pinglet), est particulièrement marquant avec son jeu sur-expressif qui rappelle le personnage de dessin animé La Linea. L’hilarante Anaïs Muller propose pour Victoire (domestique du couple Pinglet) une interprétation si cérémonieuse qu’elle en devient intimidante – renversant les rapports de pouvoir jamais remis en question par Feydeau.

Autruches de la farce

L’absurdité de cette version repose également sur son humour au premier degré très assumé, en particulier au cours du deuxième acte, qui se déroule dans le fameux Hôtel du Libre-Échange, où se retrouvent accidentellement la majorité des personnages. Tous sont vêtus du même accoutrement, une grosse robe en plume qui laisse leurs jambes nues, leur donnant l’air de grosses autruches. Et si l’analogie n’était pas assez claire, Nordey décide à plusieurs moments de projeter la photo d’une autruche en fond de scène, suggérant que peut-être les quiproquos qui se succèdent tiennent en partie du refus de la part de ces drôles d’oiseaux de voir l’évidence. 

CHLOÉ MACAIRE 

L’Hôtel du Libre-Échange a été donné du 17 au 19 décembre à La Criée, théâtre national de Marseille.

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Don Pasquale prend l’air du temps

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Don Pasquale - Opéra de Toulon © Aurélien Kirchner

Deux représentations de l’opéra Don Pasquale, écrit par Donizetti, ont été données au Zénith de Toulon pendant les Fêtes, en programmation hors les murs de l’Opéra de Toulon. La cheffe d’orchestre coréenne, Sora Elisabeth Lee, signait la direction musicale aux côtés de Tim Sheader à la mise en scène et une répartition solide des premiers rôles, avec David Bižić en tête d’affiche pour incarner un Don Pasquale dépassé par les événements.

Une belle distribution

Le rideau s’ouvre sur un « building » où est inscrit en grand « Pasquale » – on y devine les bureaux de son empire. La cheffe fait démarrer l’orchestre, d’un geste soucieux et précis. L’ouverture est marquée par un passage lyrique au violoncelle solo, repris par les flûtes, instaurant un climat presque cinématographique pendant qu’entre le docteur Malatesta, incarné par le baryton argentin, Armando Noguera

Celui-ci incarne à la perfection ce manipulateur rusé et charismatique qui manigance tout le complot, en jouant sur les désirs des uns et des autres. Il boit son café, observant l’immeuble comme si c’était le sien, puis surveille les employés qui entrent, dont la belle Norina, interprétée par Lauranne Oliva. La soprano brillera tout le long dans son rôle d’héroïne stratège et vive, avec une grande agilité dans la voix lorsqu’elle parcourt les mélodies rapides et pétillantes de Donizetti. Face à elle, l’arrivée d’un Ernesto hipster et babos, guitare sur le dos, écouteurs dans les oreilles, avec casquette et banane autour du torse. Il reste ici amoureux mais assez enfantin et naïf, et pourri gâté. La voix de Jonah Hoskins, ténor lumineux animé d’un beau vibrato, porte les différents états de son personnage. 

Mise en scène contemporaine

La scénographie repose sur un cube mobile et, de scène en scène, on passe de la devanture des bureaux où apparaissent les employés de bureau, tantôt au téléphone, tantôt devant leurs ordinateurs, même si les interprètes se retrouvent souvent au-devant d’un espace un peu trop étroit.

Puis apparaît la demeure luxueuse de Don Pasquale, ornée de lustres, d’artefacts et de trésors, un sol en marbre et une dernière disposition permet de voir le côté du building comme l’espace pause-clope des employés. Ici, on y retrouve la scène où Norina chante l’air So anch’io la virtù magica où elle se vante de son tempérament séducteur et de sa « larme trompeuse ». Lorsque Malatesta vient lui proposer le plan pour berner le vieux chef, elle lui démontre qu’elle sait parfaitement jouer le jeu en exerçant ses charmes sur lui. 

Dans un moment comique et contemporain, ils referment la porte du garage derrière eux et se se livrent à un acte sexuel. Cet ajout questionne le public sur les intentions de Norina, est-elle réellement amoureuse d’Ernesto ou cherche-t-elle, comme Malatesta, à renverser sa position de pouvoir ? On comprend par là également l’interprétation du metteur en scène, qui affirme trouver « tous les personnages antipathiques ». Une vision peut être cynique, mais qui paraît adaptée au drame.

LAVINIA SCOTT

Don Pasquale a été joué au Zénith de Toulon dans le cadre de la programmation de l’opéra hors les murs les 31 décembre et 2 janvier.

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Cette autre chose… 

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Cette autre chose de Bruno Meyssat © Jean-Pierre Estournet

Depuis près de 45 ans, Bruno Meyssat expérimente, au sein des Théâtres du Shaman qu’il a créés, une forme de théâtre singulière, fait d’écriture au plateau et ne reposant que très peu sur du texte. 

Dans Cette autre chose…, sa dernière création, Bruno Meyssat reconduit une nouvelle fois sa formule : presque pas de texte ou de mots, seulement un dialogue subtile et allégorique entre les comédien·nes et les objets avec lesquels ils interagissent. Ici, le metteur en scène pousse d’ailleurs cette formule à son paroxysme, car il n’y a même pas de sujet qui apparaît de manière évidente. Prémisses intrigants, qui  rendent nécessaires un rôle actif de la part des spectateurs·ices pour faire sens de cette narration abstraite.

CHLOÉ MACAIRE

12 et 13 janvier 
Théâtre du Bois de l’Aune, Aix-en-Provence  

La Plateforme du Rock

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Technopolice © X-DR

L’association Phocea Rock a toujours à cœur de réunir et mettre en valeur la vigoureuse scène rock de Marseille. Elle le fait au printemps – avec L’Intermédiaire – pour La Plaine du Rock. Elle le fait désormais en plein hiver à l’occasion de la Plateforme du Rock. Pour cette première édition, elle invite sept groupes : Jim Younger’s Spirit, Sovox, Binaire Oai Star, Avee Mana, Wake The Dead et Technopolice, tous réunis dans l’ancien Dock des Suds. De quoi faire une belle photo de la grande famille du rock phocéen.

NICOLAS SANTUCCI 

10 janvier
La Plateforme, Marseille 

Jean-Baptiste Doulcet

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International Competition Long-Thibaud-Crespin, piano category, semi-finals ( Salle Cortot ) and finals at the Auditorium of Radio France, under the artistic direction of Bertrand Chamayou and Martha Argerich, President of the Jury. November 8, 2019 to November 16, 2019. Concours International Long-Thibaud-Crespin, categorie piano, demi-finales ( Salle Cortot ) et finales a l’ Auditorium de Radio France, sous la direction artistique de Bertrand Chamayou et Martha Argerich, Presidente du jury. 8 Novembre 2019 au 16 Novembre 2019.

Marseille Concerts invite Jean-Baptiste Doulcet au Conservatoire de Marseille, pour un concert interactif dans la tradition de l’improvisation « dans les styles ». Le pianiste, pro de l’impro, invite le public à choisir son programme, et joue les thèmes qu’il propose en les adaptant aux styles et systèmes harmoniques de divers compositeurs, des bons vieux classiques aux plus jazzy, des minimalistes aux échevelés. Un exercice jubilatoire, virtuose, et complice, dont le public raffole.  Avec raison !

AGNÈS FRESCHEL

8 janvier 
Conservatoire Pierre Barbizet, Marseille
Dans le cadre de la programmation de Marseille Concerts