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Un monde fragile et merveilleux : une histoire d’amour au Liban

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Un Monde fragile et merveilleux (C) UFO distribution

On se souvient de ce superbe documentaire, Danser sur un volcan ( https://journalzebuline.fr/danser-sur-un-volcan-filmer-au-bord-du-chaos/) où Cyril Aris filme le tournage du premier long métrage de Mounia Akl, Costa Brava, Lebanon, en phase de pré production lorsque le 4 aout 2020, Beyrouth explose. Nous retrouvons Mounia Akl (Yasmina) dans le nouveau film de Cyril Aris, Un monde fragile et merveilleux, une histoire d’amour dans un pays auquel tous les Libanais sont très attachés malgré ses difficultés et ses crises récurrentes. « On peut toujours enlever les libanais du Liban, on ne peut jamais enlever le Liban aux Libanais » a précisé le réalisateur lors de sa présentation au 47e Cinemed où il a obtenu les Prix Jeune Public et Prix de la meilleure musique pour Anthony Sahyoun.

En fond, un bruit de train. Un plan séquence, caméra nerveuse, nous montre la naissance de deux enfants, à une minute d’intervalle, à 17h 07, sous les bombes, en écho parfait avec le titre. Un monde fragile et merveilleux ! Les enfants, ce sont Yasmina et Nino.

Plus de vingt ans plus tard, un stupide accident de voiture va permettre à ces deux êtres que la vie a séparés, de se retrouver autour d’un repas. Nino (Hasan Akil)  qui tient un restaurant, rentre en voiture dans la vitrine des bureaux tenus par les parents de Yasmina, consultante pour le gouvernement libanais. Alors que sa mère veut porter plainte, Nino propose de les inviter à son restaurant pour payer une partie de sa dette. Un repas plein de surprise ! Yasmina, amusée par l’attitude de Nino, réalise grâce à une photo sur le mur qu’il est son ancien ami d’enfance, perdu de vue il y a fort longtemps. L’histoire peut continuer …

Des flashbacks nous permettent de voir comment ces deux êtres surmontent ou non leurs traumatismes d’enfance. Nino n’a jamais accepté la mort de ses parents. Yasmina ne veut pas d’enfant : comment envisager de faire des enfants à qui on ne pourrait offrir que la guerre ou l’exil ? Chevauchant dans trois époques, nous partageons les sentiments de ces deux êtres qui s’aiment, comme témoins d’un pays en crise, un pays pris entre l’espoir et des moments de désespoir, un pays où on ne parle pas de la guerre civile, où il n’y a jamais eu de réconciliation nationale. La composition musicale d’Anthony Sahyoun, discrète, accompagne les images, comme ce son de train récurrent tout au long du film semblant dire : partir ou rester ? Car précise Cyril Aris se référant à Haneke : si je veux toucher quelqu’un, c’est par le son et non par l’image. Effectivement on est touché par le destin de ces deux personnes qui s’aiment, mais sans cesse confrontés à cette question ; est-il encore possible d’imaginer un futur au Liban ?

« Les deux piliers de la tristesse et de la beauté reflètent ma vision du Liban. J’ai voulu raconter une histoire qui, porte en elle les fractures et les éclats d’espérance de mon pays. »   Pari réussi.

Annie Gava

Un monde fragile et merveilleux sort en salles le 18 février 2026

Lire ICI un entretien avec Cyril Aris

Aïda Nosrat : incantation à la liberté

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© A.-M.T.

Dès les premières notes, l’auditorium se fige. Une voix ample s’élève, bientôt portée par le violon d’Aïda Nosrat. L’instrument, doté d’une corde supplémentaire – un do grave – étend la tessiture vers des profondeurs mélancoliques, parfaitement accordées au thème de l’exil qui traverse l’album Common Routes. L’accordéon d’Antoine Girard entre en dialogue. Formé notamment auprès du groupe Bratsch, nourri de jazz et de musiques balkaniques et orientales, il est l’un des grands passeurs de ces répertoires nomades. À ses côtés, Marius Kikteff au bouzouki et à la guitare navigue entre traditions roumaine, grecque, turque, azérie ou kurde.

Avant le morceau suivant, Aïda Nosrat évoque la genèse du projet : « Il a débuté quand les problèmes en Iran se sont intensifiés, puis le mouvement Femme, Vie, Liberté s’est développé. Nous avons enregistré durant la guerre de douze jours entre l’Iran et Israël. L’album sort… et l’Iran est au bord de la guerre. C’est déchirant. Je vis le cœur à moitié ici, en France, l’autre là-bas. » Le public retient son souffle. Partie en 2016, Aïda incarne le drame d’une diaspora. « L’album parle de nos racines humaines communes : l’amour, la compassion, la justice, la liberté. Ces idées ont voyagé grâce aux arts, seul langage capable de nous relier. »

Danser sur les tombes

Le concert devient voyage. Nomad ouvre la route, suivi par Les Filles de Cirus, ancien chant de lutte pour la liberté, repris aujourd’hui encore et qu’elle dédie « à toutes les femmes iraniennes qui ne cèdent ni à la tyrannie ni à la violence ». Vient un poème mis en musique d’Azerbaïdjan, son pays d’origine : grâce, feu intérieur, ornementations ciselées. Le bouzouki puis l’accordéon rayonnent. Une berceuse kurde, en hommage « aux mères d’Iran qui ont perdu leur enfant », suspend encore la salle.

Elle interprète ensuite en mode jazzy – là aussi elle excelle – une chanson de Noa, l’artiste israélienne engagée pour la paix : « Nos histoires se ressemblent… ce n’est pas nous le problème, mais les politiciens. » Antoine Girard et Marius Kikteff enchaînent ensuite une composition du premier, Gypsy Roots, ronde entraînante aux airs de fête villageoise. Puis Kojâyie (« Où es-tu ? »), chant d’amour traditionnel iranien réarrangé, offre l’un des sommets du concert : la voix d’Aïda se déploie, lyrique et bouleversante. La salle est pétrifiée. Le public réclame un rappel. Revenue seule sur scène, elle évoque ces Iraniens qui dansent sur les tombes, transformant le deuil en défi. Elle entonne une incantation a cappella, martelant le sol ; celui des cimetières et celui de l’exil. Les mains frappent, les youyous montent, la transe affleure. On en sort comme frappé, transformé.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Le concert s’est déroulé le 13 février à la Cité de la musique, Marseille.

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De bruit et de fureur

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Elise Dabrowski et Sébastien Béranger © X-DR

Elise Dabrowski et Sébastien Béranger forment un duo depuis 10 ans déjà et pour l’occasion, ils décident de célébrer cet anniversaire autour d’un nouveau projet : De bruit et de fureur. Une pièce qui tourne autour de la folie, et d’une fragmentation sonore débordante et jubilatoire, dans une célébration de l’instant présent. Elise Dabrowski est chanteuse et contrebassiste, active sur la scène jazz et improvisée – ici elle utilise sa voix et son « (méta)violoncelle », un instrument à cordes frottées et amplifié. Sébastien Béranger est un compositeur multiforme qui travaille la musique spectrale, le postsérialisme ou les musiques postmodales, ainsi ils deviennent « trio à deux » entre voix, électronique et (méta)violoncelle.

L.S.
26 février
Friche La Belle de Mai, Marseille

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Chet

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David Enhco et Marc Perrenoud © X-DR

Dernièrement, Les Théâtres avaient accueilli son frère, Thomas Enhco, le pianiste pour Bach Mirror. Cette fois, c’est David qui débarque au Conservatoire avec un concert en hommage à l’un des grands trompettistes jazz qui n’est autre que Chet Baker. Trompettiste lui aussi, David Enhco sera accompagné par son ami Marc Perrenoud, pianiste de jazz reconnu. Ensemble, ils forment le groupe Aksham, le quintet qu’ils partagent avec la chanteuse Elina Duni. Les deux amis choisissent alors de raconter la vie chaotique de Chet Baker, de son album Chet Baker Sings avec son titre le plus emblématique, My funny valentine, jusqu’à des standards comme Yesterdays.

L.S.
26 et 27 février
Conservatoire Darius Milhaud, Aix-en-Provence

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Le Requiem de Brahms

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Camille Schnoor © Christian Palm

Avec Un Requiem allemand, Brahms compose une pièce singulière. Œuvre de consolation plus que de deuil, tournée vers les vivants, sa messe aux morts emprunte à différentes traditions et différents courants. Écrite en langue allemande, nourrie de tradition luthérienne et forte d’une ampleur romantique à souhait, la partition déploie une architecture chorale unique majestueuse. Michele Spotti dirigera l’Orchestre Philharmonique le Chœur de l’Opéra avec le sens du souffle et de la clarté qui caractérise ses lectures, et éclairera sans nul doute la densité brahmsienne. Les solistes Camille Schnoor et Philippe-Nicolas Martin y inscriront leurs lignes sensibles.

S.CA
27 février
Opéra de Marseille

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C’est si simple l’amour

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C’est si simple l’amour © Vincent Berenger

Après une première réussie, les comédiens Alma et Robert invitent leur amie Hedda et son mari psychologue à prolonger la fête chez eux. À mesure que s’enchaînent les verres, la conversation dérape vers un procès chaotique, et personne n’est épargné. Les vieilles rancœurs ont fini de s’accumuler, l’alcool délie les langues et les masques tombent. Entre jalousie, violence et regrets, chacun règle ses comptes à coups de répliques acides, annonciatrices d’une plongée tête la première vers la catastrophe conjugale. À partir du texte de Lars Norén, grand dramaturge des relations humaines, Charles Berling met en scène un spectacle tragi-comique aussi drôle que glaçant. Alors non, l’amour, ce n’est pas si simple.

P.L.

Du 3 au 7 mars

Théâtre du Jeu de Paume, Aix-en-Provence

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Tenir debout

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Tenir debout © Jean-Louis Fernandez

Après avoir enchainé les auditions ratées, Suzanne de Baecque décide de jouer la comédie autrement, et s’inscrit au concours de miss de sa région natale. Une actrice « undercover » à un concours de beauté, ça donne quoi ? Les concurrentes de Miss Poitou-Charentes 2020 s’appellent Kiara, Lauraline, Chloé, Lolita et Océane. Suzanne, en immersion, recueille leurs témoignages, avec bienveillance et sans jugement. Accompagnée sur scène de Raphaëlle Rousseau, elle raconte leur histoire et dépasse les préjugés. Un collage de textes, vidéos et enregistrements sonores donne un spectacle narratif entre théâtre documentaire et cabaret. Tenir debout parle, avec humour et émotion, d’une jeunesse féminine qui défend ses rêves et espoirs dans la violence d’un monde patriarcal. Une plongée vers l’univers pailleté des miss, peut-être pas si superficiel.

P.L.

Du 3 au 5 mars

Le Liberté, Scène nationale de Toulon

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Odile et l’eau

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Odile et l’eau © Vincent Warin

Comédienne, réalisatrice et romancière, Anne Brochet explore, dans un seule en scène, les imaginaires aquatiques à travers la figure d’Odile, une femme de cinquante-cinq ans, ordinaire, éprise d’une grande solitude. Pour faire face à sa mélancolie, son remède : la piscine. Dans son couloir de nage, la quinquagénaire enchaîne les longueurs et se replonge dans les profondeurs de son vécu. Son journal de bord aquatique dessine l’ordinaire de l’existence et entremêle passé et présent. À chaque longueur, jaillit « un petit couloir d’existence » et surtout une nouvelle renaissance. Chorégraphiée par Joëlle Bouvier, Anne Brochet se prête au jeu en apparaissant en maillot de bain, bonnet et lunettes de piscine. Un seul-en-scène qui promet de la poésie dans une ambiance aquatique.

C.L.
Du 3 au 7 mars
Théâtre Bernardines, Marseille

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Angine de Poitrine au Makeda

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Angine © Constantin Monfilliette

Objet sonore et scénique remarqué, le duo québécois Angine de Poitrine tourne sans relâche en France ce mois-ci. Le projet, que tout le monde avait sur le bout des lèvres après la dernière édition des Trans Musicales de Rennes – leur première date française – tient pour singularité des rythmiques empruntées au rock expérimental et à la noise, jouées par un batterie furieuse et une guitare microtonale (un guitare où les notes sont espacées d’un quart de ton, plutôt que d’une demi, comme sur les instruments occidentaux).

Si le groupe se définit lui-même comme un « Orchestre Mantra-Rock Dada Pythago-Cubiste, Anti-aréna-rock microtonal cartonneux », il faut le voir en concert pour vivre l’expérience pleinement. Affublés de costumes marionnettiques à pois et têtes géantes, les frères Khn et Klel de Poitrine s’adonnent énergiquement à une performance musicale pointilleuse, bien plus cadrée que l’asymétrie rythmique ressentie pourrait le laisser penser. Le tout, transcendantal au possible, fait glisser quiconque vers des amours psychédéliques.

LUCIE PONTHIEUX BERTRAM

20 février
Le Makeda, Marseille

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Avec Cyril Aris

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Cyril Aris (C) Annie Gava

Fiction et/ou documentaire

En fait j’ai toujours fait de la fiction donc avant Danser sur un volcan qui est un documentaire,  j’avais fait La Balançoire projeté à Cinemed en 2018 ou 2019, qui était aussi un long métrage de documentaire, mais avant ça, je faisais des courts métrages de fiction, j’ai toujours été très intéressé par la fiction. Mais l’histoire de Danser sur un volcan et l’histoire de La Balançoire, ce sont des histoires qui se sont présentées à moi, et je me souviens très bien que lorsque la tragédie de La Balançoire s’est passée, j’avais commencé à écrire un scénario où, je parlais de cette histoire-là. Donc un scénario de fiction. Et c’est là que j’avais réalisé que c’est complètement inutile d’écrire un scénario quand les événements se passent vraiment en face de soi. Maintenant au Liban, dans le monde arabe, c’est assez compliqué de financer de la fiction ça prend des années et des années. Alors je  montais des films de fiction et je réalisais des documentaires en attendant.J’aimerais bien être ce genre de réalisateur qui peut travailler dans les deux formes. Je trouve que dans le cinéma libanais, il y a toujours cette attente d’un cinéma plutôt misérabiliste, d’un cinéma de guerre, d’un cinéma de crise ;  évidemment ça fait partie de notre quotidien, mais ce n’est pas toujours le cas .Les Libanais qui sont au Liban et les Libanais qui sont en dehors restent toujours très affectés par la situation et très attachés . Donc, je voulais vraiment parler de cette relation assez ambivalente et assez contradictoire, assez complexe parce que c’est assez compliqué pour nous d’expliquer cet attachement qu’on a pour notre pays,  pour notre patrie. J’ai voulu faire ça à travers deux personnages assez contradictoires et expliquer leur amour, leur attachement envers leur pays et en même temps leur désespoir et leur désillusion. Je  pense que c’est vraiment la base de notre relation avec le Liban. C’est vrai que c’est un pays en crise, enfin constamment en crise, et c’est un pays d’où on émigre et duquel on essaye de se lâcher, mais c’est toujours très compliqué de s’en lâcher complètement. Donc voilà, c’est cette contradiction-là dont je voulais parler. « On peut toujours enlever le Libanais du Liban, mais on ne peut jamais enlever le Liban du Libanais ! »

De  plus en plus les documentaires sont structurés un peu comme des fictions : une histoire avec un début un milieu et une fin et je pense que c’est ma base de fiction qui fait que  chaque séquence fait 15 minutes ; elle commence et elle finit. C’est vrai que j’aime penser à la structure du documentaire, en montage,  comme un film de fiction. Parce que finalement la formule de fiction est la formule classique qui date d’Aristote. .Je pense que la différence est que pour  la fiction, tout est bien contrôlé, on a nos plans, on a nos acteurs ; évidemment on improvise beaucoup, mais on a un contrôle bien plus grand que sur le documentaire où c’est beaucoup plus instinctif. Ce que j’aime beaucoup dans le documentaire, c’est qu’on se lance, on part sur un instinct, sur un intérêt pour des personnages ou une certaine thématique, on se lance et on filme, et on filme, et on filme, ensuite on fait le tri au montage. C’est là qu’on doit trouver vraiment l’histoire et la meilleure manière de raconter cette histoire. Alors que dans la fiction tout est bien plus contrôlé

Le restaurant, un personnage du film

J’ai parlé justement avec mon chef-op Joe Saade et la directrice artistique, Hanady Medlej, je leur ai expliqué que si on prend des screen- shots du restaurant aux premier deuxième puis  troisième chapitre, on devrait voir vraiment l’évolution du Liban. Donc au début, à l’âge adulte tout est très coloré, tout est très saturé, on sent qu’il y a une.ère de prospérité ;  beaucoup de nourriture alors que vers la fin tout est plus monochrome, et on sent vraiment une sorte de pourriture dans la texture du restaurant. Donc oui, effectivement, traiter le restaurant comme un personnage, comme une réflection du contexte social et politique ou du bien-être de la ville était un choix très conscient.

Le trauma

Vouloir parler de ces trois époques, , c’est essayer de parler de ma propre création dans ces trois stades différents de ma vie vis-à-vis de Beyrouth, mais aussi c’était pour pouvoir parler de ce trauma né à la naissance et qui se transmet,  qui revient à l’âge adulte,  ce trauma dont ils n’arrivent pas à se débarrasser. C’est la fin, une fois que les personnages surmontent ce trauma, qu’ils peuvent  vraiment se retrouver et coexister avec toutes leurs différences. Je pense qu’au Liban en fait on n’est toujours pas sorti du trauma de la guerre civile parce qu’en fait on n’en a jamais parlé : il n’y a jamais eu de réconciliation nationale chose que les Européens font bien mieux que nous ; les Français ou les Allemands ont une  certaine conscience de leur histoire et une reconnaissance des atrocités de leurs conflits et de leurs guerres, ce qui fait qu’au final on peut surmonter ce traumatisme national et collectif et vraiment passer à autre chose. Alors qu’au Liban, on n’en est toujours pas là parce que justement de  la guerre civile, on n’en a jamais vraiment parlé. Je voulais refléter ça à travers leur enfance et ce trauma personnel qui reflète le trauma national et collectif dont on n’arrive pas à se débarrasser

La naissance de Nino et Yasmina

Ce plan -séquence est  le premier plan du film. Et pour moi, les films que j’admire vraiment des grands réalisateurs, se résument  au tout premier plan. Du moins, le ton du film ou bien l’émotion du film. Un Monde fragile et merveilleux : la vraie traduction serait Un monde triste et merveilleux .Cette tristesse et cette merveille, cette joie et ce désespoir devaient  coexister dès le premier plan. Cette histoire de naissance sous les bombes est, en fait, basée sur la naissance de l’actrice qui incarne le rôle de Yasmine, née effectivement ainsi dans les années 80. Sa mère était à l’hôpital ;  il y avait des bombardements  et ils devaient éloigner les patients des fenêtres. Mounia Akl est née dans le couloir de l’hôpital, un peu comme Nino et Yasmine. Je  trouve que cette juxtaposition entre ce moment de joie, d’espoir, d’espérance qui vient de la naissance d’un bébé, contraste avec cette destruction, cette mort tout autour d’eux, Pour moi, ça résume un peu la coexistence des deux émotions, le temps du film et aussi l’histoire du Liban. Il y a beaucoup de joie, mais on est souvent entouré par des conflits régionaux, qui coexistent d’une manière assez absurde avec nos joies internes et qui fait que, finalement, on vit constamment un ascenseur émotionnel. On passe vraiment constamment par des extrêmes. Avoir ces deux extrêmes dans un même plan, c’était important.

Les choix de réalisation

Avec mon chef opérateur, on s’est lancé un peu dans le challenge de faire des plans séquences, d’avoir beaucoup de staging avec ce qui se passe dans le premier plan, ce qui se passe dans l’arrière-plan, Je ne sais pas s’il y a un mouvement très spécifique qui  nous a  inspirés. Pour moi, c’est tout un mélange. Je reviens très souvent vers la Nouvelle Vague française que j’adore. J’aime beaucoup aussi le cinéma italien, Fellini, Antonioni des années 60. J’aime aussi le cinéma américain, et je pense que c’est assez évident. Les love stories classiques, mais aussi les love stories un peu plus pointues et radicales, comme Punch-Drunk Love de Paul Thomas Anderson ; c’est vraiment un mélange d’un peu tout ça.

Des rails coupés

Au Liban, avant, il y avait des trains, et les trains allaient jusqu’à la Turquie, ils passaient par la Palestine, par Jérusalem, ils allaient carrément jusqu’en Égypte. Et tous ces trains-là ont été coupés, évidemment, coupés avec la guerre civile, Donc, c’est cette ségrégation de toutes les régions que ce plan suggère parce que le Liban c’est très confessionnel, il y a une grande  ségrégation ;  il y a des régions à majorité chrétienne, des régions à majorité musulmane, et cette connexion-là, ou bien cette déconnexion du train entre les régions fait que ces communautés ne se parlent plus. Donc oui, effectivement, c’était un choix très clair, une allusion très claire au fait que ce jour-là, le dernier tronçon de rail qui nous connectait s’est déconnecté et c’est là que vraiment on est entré dans une ère de déconnexion totale.

Les enfants

Au Liban, ‘il y a beaucoup de jeunes adultes qui ne veulent pas d’enfants  J’ai montré à mon producteur Georges Schoukair tout un article qui montrait les chiffres, que ce soit au Moyen-Orient, que ce soit en Europe, en Asie aussi, en Corée du Sud, au Japon, des régions- où les jeunes couples décident très volontairement de ne plus avoir d’enfants. Des raisons financières mais aussi à cause du réchauffement climatique. Est-ce qu’on aura une planète dans 30 ans ? Dans quel genre de monde ? Est-ce qu’ils vont grandir ? Est-ce qu’il y aura de plus en plus de conflits régionaux et de guerres qui résultent du fait que les ressources vont diminuer ? Il y a justement toute cette vague de pessimisme ambiant, universel et général, que les gens de ma génération ont vis-à-vis des enfants. Quand ils ont des enfants, en général, c’est  un ou deux mais deux c’est l’exception. Quand je pense à mes grands-parents, ils étaient huit donc vraiment c’était les très grandes familles. Tout ça vient d’une sorte de cynisme assez universel C’est en fait toute la base du film ; la question d’enfant c’était la question principale du film finalement ;  j’ai construit un monde tout autour et je suis entré dans d’autres thèmes,  l’exil , l’immigration etc mais la toute première idée c’était :  est-ce que moi-même, j’ai envie d’avoir des enfants dans ce monde ?Je pense qu’avoir des enfants, c’est un grand  geste d’optimisme et d’espoir. Et donc c’est un choix très conscient.

Propos recueillis par Annie Gava

Lire ICI la critique du film