lundi 15 juin 2026
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Médée rejugée aux enfers

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Ruination © Camilla Greenwell

Chorégraphe et metteur en scène britannique, Ben Duke fonde la compagnie Lost Dog en 2004 après une formation en théâtre et littérature, complétée à la London Contemporary Dance School. Cette double origine marque durablement son écriture : une danse traversée par le texte, où le récit est sans cesse interrogé. Ses pièces s’appuient sur des figures connues – mythes antiques ou classiques – pour en déplacer les lignes. Dans Juliet & Romeo (créé en 2018 à Londres et vu, entre autres, au Pavillon Noir en octobre dernier), il imaginait les amants survivants, confrontés au temps et à l’érosion du sentiment, révélant déjà son goût pour les mythes déconstruits et rejoués.

Narrateurs non fiables


Ruination. The True Story of Medea prolonge cette recherche de recréation se doublant d’un dispositif critique – à visée humoristique, mais pas que. Médée, après sa mort, est convoquée aux Enfers pour être jugée. À partir de ce cadre, les récits se multiplient, se contredisent, rejouant les épisodes connus sans jamais en fixer le sens. Cette structure permet de déplacer la question du crime vers celle du récit : qui parle, et au nom de quoi ? Ruination interroge la fabrication des figures héroïques et monstrueuses tout en brouillant les frontières entre tragique et comique. Avec, une fois de plus, un désir de déconstruire les figures repoussoir de femmes tenues pour « difficiles ». On sait bien, depuis, entre autres, Christa Wolf et Heiner Müller, combien Médée incarne à la fois l’ordre et celle qui le détruit. Une manière de faire apparaître, derrière la solidité apparente de mythes fondateurs, leur grandissante part d’incertitude.

SUZANNE CANESSA

Ruination. The True Story of Medea
29 et 30 avril
Les Salins, Scène nationale de Martigues

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L’Avare

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L’Avare © Fanchon Bilbille

Le propre des grandes œuvres est de pouvoir être continuellement réinterprétées, sans perdre de leur pertinence. L’Avare, comme de nombreuses pièces de Molière, en fait partie. Dans sa version de la pièce, le metteur en scène Clément Poirée se propose d’adapter la comédie à nos réflexions actuelles sur le consumérisme et l’accumulation des richesses. Qu’est-ce que Harpagon, parangon de radinerie, peut nous raconter dans ce contexte ?

Poirée fait le choix du dénuement, et mise sur le collectif pour palier le manque : les spectateurices sont invité·es à apporter divers objets, vêtements et accessoires pour créer le décor et les costumes des personnages, qui en sont dépourvus du fait de la tyrannie avare d’Harpagon, et ainsi mettre en avant l’importance du partage, de la solidarité et de l’inventivité.

C.M.

30 avril

La Colonne, Miramas

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María Moreno

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Maria Moreno © Daniel Tello

La soleá est l’une des formes phares du flamenco, dansée comme son nom l’indique en solo. Maîtresse de cet art, la danseuse et chorégraphe María Moreno propose dans son nouveau spectacle, doublement récompensé à la Biennale de Flamenco de Séville une réflexion sur la définition même, et donc la structure, de ce palo. Pendant 1h30, elle interroge chacune des parties qui composent traditionnellement la soleá dans leur rapport au rythme, à la liberté d’interprétation, ou à l’espace. Elle les déconstruit, les pousse à leurs limites, pour faire apparaître un lien transcendantal entre le flamenco et l’univers. Elle est accompagnée dans cette quête par quatre musiciens, dont Raúl Cantizano à la vielle à roue et Manu Masaedo aux percussions, qui ont composé une partie des morceaux interprétés.

C.M.

29 avril

Châteauvallon, Scène nationale d’Ollioules

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Bate Fado

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Bate Fado © Jose Caldeira

Saisir la mémoire pour la remettre en mouvement. Avec Bate Fado, les chorégraphes portugais Jonas Lopes et Lander Patrick s’emparent du fado, à la fois tradition populaire et outil de résistance. Né au XIXe siècle dans les quartiers de Lisbonne, inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco en 2011, le fado ne se chantait pas seulement, il se dansait. À la lisière du concert et de la chorégraphie, la pièce fait renaître cette pratique mêlant chants, guitare, claquettes et percussions. Sur la scène du Grand Théâtre de Provence, les voix et les instruments promettent un joli dialogue avec les corps. Entre mémoire et réinvention, les interprètes redonnent au fado «ses pas perdus », à travers une forme à la fois physique, sensible et moderne.

C.L.
6 mai
Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence

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Trio Nóta 

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Trio Nóta © X-DR

Le Trio Nóta – Cati Delolme, Gabrielle Varbetian et Mélissa Zantman – présente Les Transformations, un voyage aux confins du monde animal, végétal et humain et dans une époque moyenâgeuse où les formes étaient encore mouvantes et la métamorphose ordinaire. Pour ce nouveau projet, les trois chanteuses s’entourent de Colin Heller au violon et à la nyckelharpa (instrument à cordes suédois joué à l’archet, dont des touches en bois permettent de modifier les notes) et de Claire Menguy au violoncelle. À travers un répertoire imaginé par Cati Delolme, mêlant chants traditionnels et créations originales, l’ensemble exhume les magies anciennes et interroge les porosités entre les vivants. Une invitation à traverser le temps, les mémoires et les chansons avec ces cinq artistes aux univers complémentaires.

 A.-M.T.
30 avril
Cité de la Musique de Marseille

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Waysfeld chante Barbara

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Noémi Waysfeld © Marc de Pierrefeu

Marseille Concerts accueille Noëmi Waysfeld à La Criée, pour un hommage à Barbara. Accompagnée de Guillaume de Chassy au piano et de Leïla Soldevila à la contrebasse, la chanteuse fait revivre la légende à travers seize titres emblématiques parmi lesquels L’Aigle noir, Nantes, Göttingen, Septembre… Portée par une sensibilité façonnée par la musique classique, la mélodie française, le chant yiddish et le fado, l’interprète propose une lecture habitée et personnelle, évitant toute imitation pour mieux faire résonner la profondeur poétique et l’intensité émotionnelle des textes et chansons de la grande « Dame en noir ».

A.-M.T.
2 mai
La Criée, Théâtre national de Marseille

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L’Or du Rhin

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Michele Spotti © X-DR

Trente ans après sa dernière représentation marseillaise, L’Or du Rhin de Richard Wagner revient à l’Opéra dans une production très attendue. Prologue monumental de la Tétralogie Der Ring des Nibelungen (l’anneau des Nibelungen), l’œuvre s’ouvre sur le vol de l’or aux Filles du Rhin, déclenchant la malédiction. Wagner a mis un quart de siècle pour édifier ce monument qui, dans son intégralité, dure quinze heures et n’a pas d’équivalent dans l’histoire de la musique. Sous la baguette de Michele Spotti et la mise en scène de Charles Roubaud, la distribution réunit Alexandre Duhamel (Wotan), Samy Camps (Loge), Zoltán Nagy (Alberich) et Marion Lebègue (Fricka), portés par le chœur et l’orchestre de l’Opéra de Marseille dans toute sa splendeur.

A.-M.T.
Les 5,7, 10 et 13 mai
Opéra de Marseille

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L’Enfant Bélier, c’est l’espoir qu’on assassine

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L’Enfant Bélier s’inspire de l’affaire Mawda, qui a bouleversé la Belgique en 2018, puis est retombée dans l’oubli, effacée par d’autres affaires tragiques touchant d’autres Migrants. Banalisation d’une horreur qui ne peut que se répéter.

Alors que ses parents tentaient le passage vers la Grande Bretagne, une jeune kurde de deux ans, est abattue par un policier pendant une course-poursuite. S’en suivent l’indignation générale, la gêne des Politiques, les versions mensongères de la police et plus tard un procès.

Que peut faire le cinéma de ce drame ? La cinéaste choisit l’incarnation qui permet de sortir du manichéisme, de viser, non pas la réalité mais la vérité humaine.

Son film est « court, serré et noir », fait appel à acteurs professionnels et non professionnels, se nourrit d’enquêtes approfondies mais se construit comme un thriller qui tend l’arc dramatique jusqu’au climax insoutenable.

Les Migrants ici sont des Syriens. Sara (Zbeida Belhajamor) et Adam (Abdal Alsweha) ne sont pas mariés ; ils font le voyage avec leur toute petite fille, Klara. Ils lui apprennent l’anglais : I’m pretty répète-t-elle.

Les premiers plans cadrent Adam et Sara, de haut, de près, têtes à l’envers, leurs cheveux noirs foisonnants entremêlés. On est à l’intérieur d’une tente. Dans les teintes orangées du jour filtré. La toile délimite un espace intime, une fragile protection pour la petite famille. « Raconte-moi le fond de l’eau » dit Sara à Adam et le sol devient une mer imaginaire dans laquelle ils nagent. Si les traumatismes des noyades des autres ressurgissent, si la peur est lovée dans leur ventre, ils s’aiment et croient à un avenir. Les gros plans les isolent, suppriment le monde extérieur, un instant. Dehors, un camp de fortune aux tentes multicolores, balayé rapidement en plan large. Tous attendent le feu vert des « passeurs » sans foi ni loi, qui les entassent comme du bétail dans des camionnettes.  Nous pressentons l’engrenage qui va les happer et les broyer.

Immersion

Les véhicules suspects sont suivis par les caméras de surveillance. Le Central de police informe les patrouilles en chasse. On est dans un polar face aux écrans de contrôle. A la cafétéria où les policiers discutent. Dans l’action où ils paniquent.

Marta Bergman croise le point de vue des Migrants aux leurs. Ils sont les instruments d’une politique, mais aussi des hommes, des femmes. La réalisatrice s’attache à leur vie privée, à leurs préoccupations. Le tireur « racisé » (Salim Kechiouche), responsable de la mort de Klara, père d’un petit garçon -qui a eu la chance de naître au bon endroit, est ravagé par la culpabilité, traversé par les doutes, tandis qu’autour de lui, cyniquement, sa hiérarchie, ses amis et même sa femme, font corps pour le disculper et défendre l’Institution.

Marta Bergman reste toujours très près de ses personnages, et si elle ne croit pas que le cinéma peut changer le monde, elle pense et prouve qu’il peut en rendre compte, marquer les esprits et provoquer un séisme émotionnel.

ELISE PADOVANI

L’Enfant Bélier de Marta Bergman

En salle le 29 avril

Luma Arles ouvre ses expositions d’été

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© Gerhard Richter 2026

À Luma Arles, un ensemble de nouvelles expositions s’installent ce 1er mai dans la Tour et dans les bâtiments du Parc des Ateliers. Il y a d’abord Overpainted Photographs de Gerhard Richter, un ensemble où la peinture altère des images photographiques, interrogeant la notion de vérité et la stabilité du visible. Delta de Verena Paravel, une installation filmique ancrée dans l’écosystème du delta du Rhône. In the Veins de Camille Henrot, une installation immersive qui s’attache aux circulations invisibles – émotions, récits, croyances – qui traversent les individus et les générations.

In Search of… Incredible de Julianknxx mêle poésie, image et performance autour des questions de mémoire et de transmission. 100 ans de Cahiers d’Art célèbre un siècle d’archives et de pensée critique. Enfin, le sixième chapitre des Archives Hans Ulrich Obrist est consacré à l’architecte Zaha Hadid. Un article plus complet sera à lire très rapidement sur Zébuline.

Camille Henrot, In the Veins (image extraite de la vidéo), 2026.
© ADAGP Camille Henrot. Avec l’aimable autorisation de l’artiste,
Mennour et Hauser & Wirth
M.V.

Overpainted Photographs - In Search of… Incredible

Jusqu’au 10 janvier 2027

Delta - In the Veins - 100 ans de Cahiers d’Art - Archives Hans Ulrich Obrist

Jusqu’au 21 mars 2027

Luma, Arles

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Big Youth & The Abyssinians

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The Abyssinians © X-DR

L’équipe du Dodu, issue en grande partie du Molotov, remet à l’ordre du jour l’histoire d’amour entre Marseille et le reggae, en proposant un plateau Big Youth & The Abyssinians. Le premier est considéré comme l’un des premiers MC, faisant valoir sa « grande gueule », forgée dans les ghettos de Kingston, sur les faces B de 45 tours dès le début des années 1970, jusqu’à continuer à poser son flow sur des productions hexagonales, après avoir été adoubé par les punks anglais. Les seconds, trio vocal dans la tradition jamaïcaine, sont des pourvoyeurs d’hymnes rastafariens, comme Satta Massagana (1971), chanté en grande partie en Amharique, l’une des principales langues de l’Ethiopie, et toujours remixé par des artistes contemporains.

L.D.
5 mai
Le Dodu, Marseille

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