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Au-delà de Katmandou, l’adieu aux cimes

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Très peu sous nos latitudes connaissent le cordyceps sinensis nom scientifique du yarsagumba. On trouve cette chenille momifiée par un champignon parasite, à 5000 m d’altitude, cachée dans le sol aride des hauts plateaux himalayens. Recherché pour ses vertus aphrodisiaques, le yarsagumba se vend plus cher que l’or et provoque chaque printemps une véritable ruée. Des camps d’altitude s’installent et les chercheur-euses de cet or vert tentent leur chance. Si cette recherche est bien au cœur du film documentaire d’Alexander Murphy et si, selon ses dires, elle en a déclenché le désir initial, elle n’en est nullement le sujet. Au-delà de katmandou relève d’une quête bien plus personnelle, suivant l’itinéraire d’une jeune Népalaise entre retrouvailles et séparation.

Jamuna et sa petite sœur Anmuna vivent seules à Katmandou. Quelques années auparavant,  leurs parents, de pauvres paysans de Maikot, village de montagne reculé, les ont confiées à un orphelinat où elles devaient recevoir une éducation. L’établissement en fait, maltraitait et exploitait les enfants. Les deux sœurs se sont échappées et installées dans la capitale népalaise. Jamuna travaille dur pour subvenir à leurs besoins et envoyer de l’argent à sa famille. A 21 ans, elle a décidé d’émigrer au Japon et d’y suivre des études. Pour financer ce projet, elle compte sur le yarsagumba. Elle ira une dernière fois à Maikot, avec Anmuna, pour retrouver son père, sa mère, ses deux sœurs restées là-bas. Elle leur dira adieu, même si c’est difficile.

Le réalisateur suit les jeunes filles dans un trajet interminable, de la ville surpeuplée aux chemins escarpés et déserts des montagnes, sous la pluie froide et glacée. Il entre avec elles dans la maison natale où on dort à même le sol, les accompagne aux champs puis à la rivière où on lave le linge. Plus tard, dans les prairies d’altitude où, à quatre pattes, tous cherchent le précieux champignon. Là-haut, au campement éphémère de tentes multicolores, on partage avec les autres cueilleurs de yarsagumba, un intermède festif ; la parole se libère devant des paysages à couper le souffle.

D’autres vies que la sienne

Tout au long du film, Alexander Murphy saisit les moments de complicité fusionnelle entre les sœurs, et se glisse dans l’intimité familiale. L’aînée est restée au foyer quand les deux cadettes sont parties. Mariée, enceinte, dépendante de son époux ; elle voit sa vie finie ; elle aussi pourtant a rêvé de faire des études. Les déchirures passées se devinent, les renoncements. La condition économique de ces castes très pauvres et celle des femmes, s’esquissent. La détermination de Jamuna n’en est que plus exemplaire.

La frontière entre documentaire et fiction s’estompe, on ne sait si les dialogues sont pré-écrits ou spontanés ; les protagonistes semblent ignorer la caméra, se livrant à nous avec une confiance stupéfiante.

Comme les sentiments, la lumière change sans cesse. Magnifique travail du chef op Vadim Alsayed, qui compose avec les couleurs éclatantes et les monochromes brumeux.

Le réalisateur franco-irlandais se coule avec aisance dans ces vies autres et semblables pour nous y inviter et s’y reconnaître.

ELISE PADOVANI

Au-delà de katmandou d’Alexander Murphy

en salle le 18 février

Prompter le pillage

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© G.C

Toute la journée du 28 janvier, se tenait au Mucem Changer le monde ?, un colloque en lien avec l’exposition Don Quichotte – Histoire de fou, histoire d’en rire (à voir jusqu’au 30 mars). Un temps était dédié, durant l’après-midi, à la question des droits d’auteur, dont la journée mondiale est fixée le 23 avril, en hommage à Miguel de Cervantes et William Shakespeare. Des champions de la littérature, qui ne se sont pas privés d’utiliser des matériaux plus anciens, et dont l’œuvre a été à son tour mainte fois adaptée, détournée, plagiée.

Une appropriation populaire massive de leur capacité créative qui, selon l’historien du livre Roger Chartier, en visio depuis les États-Unis, est au cœur d’une tension fondamentale, entre bien public et propriété intellectuelle. Tension que la législation s’est attachée, sinon à dénouer, du moins à réguler, depuis la Révolution française.

Inspiration ou plagIA ?

Comme le précisait Marie-Anne Ferry Fall (directrice de la Société des Auteurs dans les Arts Graphiques et Plastiques), les idées sont « de libre parcours ». Contrairement au droit moral qui protège les intérêts non économiques de l’auteur, et aux droits patrimoniaux qui permettent à leur titulaire de percevoir une rémunération pour l’exploitation de ses œuvres par des tiers. En clair, si le sculpteur Christo peut gagner un procès contre un éditeur de cartes postales, pour avoir utilisé des vues de son Pont Neuf emballé, il ne peut pas s’opposer à un publiciste qui emballe des arbres « à la manière de » Christo.

Mais aujourd’hui le droit, soigneusement élaboré par des décennies de jurisprudences, est ébranlé. L’IA générative « met à mal la protection des auteurs. Avec un simple prompt, elle opère une concurrence déloyale : n’importe qui peut créer n’importe quoi “à la manière de” ».

Pour Roger Chartier, il s’agit d’un changement de paradigme, une discontinuité radicale dans l’histoire. « Cela supprime les trois piliers du droit d’auteur : la notion de propriété (des non-humains s’emparent de la production humaine), l’originalité, et l’individualité (liées à l’expression singulière des artistes) ». L’historien y perçoit un danger conceptuel, voire existentiel, rejoint là-dessus par Marie-Anne Ferry Fall. Les deux, au delà du pillage des œuvres, se sont montrés inquiets du coût écologique de l’IA, et des conséquences que son usage peut avoir sur la santé mentale.

GAËLLE CLOAREC

Rencontre organisée le 28 janvier au Mucem, Marseille.

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Là, personne

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Là, personne © Lou Rousseau Fouchs

Conçu, écrit, mis en scène et interprété par Geoffrey Rouge-Carrassat, ce seul en scène met en scène un narrateur anonyme qui raconte l’apparition d’une présence mystérieuse dans son quotidien. Au lieu de réagir avec peur, il choisit d’intégrer cette étrangeté à sa vie, acceptant de dépasser la peur initiale pour traverser le vaste territoire du fantasme et de l’inconnu. Cette présence énigmatique devient le point de départ d’une enquête intime, un éloge du doute plus que de la résolution, questionnant les mécanismes psychologiques qui nous lient à ce qui nous échappe. Accompagné par une création sonore signée Nicolas Daussy et les lumières d’Emma Schler.

M.V.

12 février
Théâtre des Halles, Avignon

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Mémoire de fille

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Mémoire de fille © Gianmarco Bresadola Szene mit Veronika Bachfischer. Uraufführung am 9. April 2022.

Conçue par Veronika Bachfischer, Sarah Kohm et Elisa Leroy, adaptée du récit autobiographique d’Annie Ernaux et portée sur scène par la comédienne Suzanne de Baecque, Mémoire de fille estune pièce qui explore les souvenirs d’une jeune femme de 17 ans, projetée hors de son milieu provincial à l’été 1958 pour travailler dans une colonie de vacances, sur la côte nord de la France. C’est là que se déroule une expérience fondatrice et traumatisante : son premier rapport sexuel, marqué par la violence et le désintérêt, événement qu’elle tentera longtemps de comprendre et de nommer. Un spectacle qui interroge la manière dont le désir féminin est façonné, ou nié, par les normes sociales et patriarcales, et comment la mémoire peut être un lieu de confrontation entre l’expérience vécue et sa narration.

M.V.
13 février
Les Salins, Scène nationale de Martigues

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Longwy-Texas

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Longwy-Texas © Christophe Raynaud de Lage

Créé en février 2016 au Carreau à Forbach, Longwy-Texas estun spectacle écrit, mis en scène et interprété par Carole Thibaut, ancré dans le monde des aciéries de Longwy en Loraine, qui mêle récit intime, mémoire ouvrière et chronique sociale. Sur scène, à la manière d’une conférencière, tout en questionnant la place des femmes dans un univers façonné par les codes patriarcaux de l’industrie, elle retrace le parcours de trois générations d’hommes de sa famille liés aux hauts-fourneaux et aux luttes sociales des années 1970-80. Entrelaçant témoignages personnels, documents d’archives et souvenirs d’enfance, évoquant manifestations, radios libres et un paysage industriel aujourd’hui déserté.

M.V.
13 février
Les Salins, Scène nationale de Martigues

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Pling-Klang

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Pling-Klang © Philippe Laurencon

Une exploration circassienne des méandres de la vie à deux, à travers une métaphore aussi absurde que parlante : le montage d’un meuble en kit. Porté par les artistes Mathieu Despoisse et Étienne Manceau – manipulateurs d’objets, jongleurs et acrobates – le duo tente de dévisser, visser et recoller les pièces détachées d’une légendaire étagère en kit. Les situations cocasses, tensions, moments de complicité et de désaccord surgissent, transformant le bricolage en piste de cirque et en miroir des relations humaines. Une proposition qui fait émerger, entre éclats de rire et gestuelle acrobatique, une vision touchante et profondément humaine du couple contemporain.

M.V.

13 et 14 février
Citron Jaune, Centre national de création des Arts de la rue
Port Saint-Louis du Rhône

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Du singulier au pluriel

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Chavirer de Bord (image de répétition) © Cie des Passages

Il y a deux ans, Wilma Lévy avait présenté à La Criée un spectacle qui réunissait 25 femmes suite à un travail d’atelier dans un centre social. Elle y questionnait la place des femmes dans notre société ainsi que le rapport entre l’Histoire et les histoires individuelles. Cette année elle crée avec la comédienne Charlie Radix un seul en scène qui interroge notre société à travers une histoire personnelle. Il y sera question de deuil et de justice.

La sœur de Camille meurt dans de circonstances non élucidées. L’enquête de la police n’aboutissant pas, c’est une prise de conscience politique qui donnera un éclairage au drame. Le sentiment de révolte débouchera-t-il sur un début de réponse ? La mise en scène épurée de Wilma Lévy saura certainement trouver la voie…

C.B.

11 au 13 février

La Criée, Théâtre national de Marseille

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Aïda Nostrat Trio

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Aîda Nostrat Trio © Mohsen Shahmardi

La musique manouche porte en elle la mémoire de l’exil et des persécutions des communautés Roms dont elle provient. C’est ce que va mettre en lumière le Aïda Nostrat Trio ce vendredi à la Cité de la Musique. Aïda Nostrat est une chanteuse et violoniste iranienne, connue en France pour sa connaissance des répertoires perses, classiques, et jazz. Elle s’entoure sur scène d’Antoine Girard, accordéoniste et musicien de jazz, mais aussi de rock, chanson ou musiques traditionnelles, et Olivier Kikteff, virtuose de la guitare manouche et de la musique d’Europe de l’Est.

L.S.
13 février
Cité de la Musique, Marseille

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Erwan Keravec

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Erwan Keravec © X-DR

Erwan Keravec est un sonneur de cornemuse écossaise, compositeur et improvisateur, il explore depuis de nombreuses années des modes de jeux et des musiques éloignées de la culture d’origine de son instrument. Invité par le GMEM, il présentera ce 17 février trois pièces pour explorer les sonorités multiples de la cornemuse. D’abord N°20/58 écrite par Heiner Goebbels pour Erwan Keravec. Une autre d’Eliane Radigue, qui joue sur la retenue du volume sonore pour instaurer un rapport intimiste et délicat. Et enfin Two Pages de Philip Glass, écrit pour un continuum au piano, exploite le souffle continu par des bourdons pour que l’instrument prenne tout l’espace.

L.S.
17 février
Friche La Belle de Mai, Marseille

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Alexandre Kantorow

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Alexandre Kantorow © Sasha Gusov

Le jeune et brillant pianiste français sera à La Criée le 16 et 17 février pour deux soirées à l’invitation de Marseille Concerts. Un événement exceptionnel en prélude aux quarante ans de l’association, qui marque les retrouvailles avec un artiste que Marseille Concerts accompagne depuis ses débuts. Il n’avait alors que seize ans. Depuis son triomphe au Concours Tchaïkovski de Moscou en 2019 – premier prix et médaille d’or –, le pianiste s’est imposé comme une star internationale. Le public marseillais découvrira un programme ambitieux où dialogueront Bach-Liszt, Medtner, Chopin et Scriabine, avant d’atteindre le sommet avec la Sonate n°32 de Beethoven, ultime chef-d’œuvre du compositeur qui touche à la dimension cosmique.

A.-M.T.
16 et 17 février
La Criée, Théâtre national de Marseille

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