lundi 20 juillet 2026
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Avec Mossi, la mode s’invite au Mucem

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Planche de recherche, collection Printemps été 2025 © Studio MOSSI

Un an après Fashion Folklore, le Mucem ouvre à nouveau ses portes à une exposition de mode signée cette fois par Mossi Traoré. Avec Mossi Traoré, la mode aussi, le styliste entend « démocratiser le monde de la culture et de la mode ». Un souhait d’ouverture, qui fait écho à l’enfance de ce créateur qui a grandi dans le Val-de-Marne, et qui continue encore d’organiser ses défilés au cœur de son ancien quartier. Il est également le fondateur de sa propre école de haute couture, Les Ateliers d’Alix. Une formation dans laquelle il favorise l’entrée dans le milieu des jeunes de banlieue, des femmes et des personnes migrantes sans qualification.

Olive et Tom et Hassan Masoudy

Au programme de l’exposition : une dizaine de créations. Des tenues de foot imaginées par celui qui « rêvait de devenir footballeur », inspirées par son amour pour Olive et Tom, mais aussi pour l’OM. Quelques robes, dont l’attention est portée sur les drapés, clin d’œil aux robes du soir de Madame Grès. L’attention du styliste se porte également sur les matériaux réutilisés – résidus de lait, terre de chantier ou encore caoutchouc l’inspirent !

Mais si l’exposition parle de mode, elle en expose assez peu. Pour beaucoup, elle repose sur les sources d’inspiration de Mossi Traoré et ses lieux de création. Une invitation « dans la tête de Mossi », selon la commissaire de l’exposition. De Madame Grès à Hassan Massoudy, en passant par Lee Bul, les formes, les couleurs et les matières de ces artistes et de leurs œuvres laissent une empreinte sur le travail du styliste.

FANTINE LAMBEY

Mossi Traoré, la mode aussi
Jusqu’au 16 novembre
Mucem, Marseille

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« Jouer la montre » : la spirale infernale de Mona Benyamin présentée à la Friche

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© M.V.

De larges rideaux noirs dessinent dans les espaces de Triangle-Astérides, à la Friche la Belle de Mai, un parcours en spirale dans laquelle le visiteur avance. Et avec lui le rythme et de la mélodie insistante du Boléro de Ravel, arrangé façon orientale, avec chœur, caisse claire et violoncelle. Une musique qui provient de Dress Rehearsal, œuvre inédite de Mona Benyamin, cœur de l’exposition, diptyque vidéo projeté au bout de la spirale sur deux cimaises en angle : sur l’une, les musiciens et choristes interprètent le boléro revisité, sur l’autre deux septuagénaires, sa mère et son père – personnages principaux de toutes ses vidéos – sont prisonniers d’une boucle, au rythme du Boléro : ils sortent d’une voiture, marchent dans la rue de façon un peu chancelante, pénètrent dans un immeuble, montent de façon de plus en plus précipitée les marches et les étages, se retournant parfois d’un air très angoissé, visages livides, redescendent jusqu’à la rue, marchent, rentrent dans la voiture, avant de re-sortir pour recommencer.

Répétitions

L’aspect répétitif faisant monter angoisse et malaise est présent dans les trois autres vidéos présentées à l’intérieur de la spirale noire (avec casques audios), tournées en plans fixes, mais sur des registres différents : la première Trouble in Paradise (2018), qui reprend les codes de sitcom américaine, a été réalisée dans la maison des parents de l’artiste, visages impassibles, enfermés dans des routines domestiques répétitives, tout en faisant des blagues à l’humour noir sur les Palestiniens.

Présentée un peu plus loin, Moonscape (2020), est construite autour d’une chanson interprétée toujours en duo par les parents, dans un style variétés télévisées arabes des années 1990, accompagnée d’images d’archives de la Nasa et d’une ambiance à la « Twin Peaks ». Elle s’appuie sur l’histoire de Dennis Hope, un Américain qui, en 1980, déclara être propriétaire de la Lune et créa la société « Lunar Embassy » pour vendre ses terrains : le rêve d’acheter un territoire extraterrestre pour échapper à l’enfermement géopolitique. Enfin dans Tomorrow, again, (2023) l’artiste utilise les codes d’un journal d’informations télévisé, rythmé de flashs spéciaux, bulletins météo, débats de plateau, témoignages de rue. Mais tout se dérègle : les présentateurs éclatent en sanglots, les invités se mettent à hurler, les journalistes rient nerveusement sans fin ou restent muets face caméra.

MARC VOIRY

Jouer la montre 

Jusqu’au 27 septembre

Friche la Belle de Mai, Marseille

Une proposition de Triangle-Astérides

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BIM : Un mois dédié à la BD à Marseille

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Illustration détaillée de Marie Boisson © 2026 Marie Boisson

Zébuline. Qu’est ce qui vous a donné envie de créer ce festival, et mettre en avant les artistes de la région ?
Jean-Pierre Soares. Je gravite dans le milieu de la bande dessinée depuis 30 ans. En arrivant à Marseille en 2020, j’ai commencé à faire des interviews d’auteurs·ices que je ne connaissais pas. De fil en aiguille, je me suis rendu compte qu’il y en avait beaucoup plus que ce que je pensais. Et je me suis dit que c’était pertinent de faire un événement. Depuis, il y a eu encore beaucoup d’autres auteurs et autrices qui sont arrivés, notamment des jeunes.

Comment décririez-vous le monde de la BD et de l’illustration à Marseille ?
Il y a des grands anciens, comme Anouk Ricard. Elle n’est pas très connue du très grand public, mais dans le milieu oui. Après, il y en a beaucoup de sa génération qui sont présents à Marseille, comme Delphine Durand et Bruno Salamone. Il y a aussi énormément d’artistes émergents. Par exemple cette année au festival il y a Marie Boisson, qui fait un travail très intéressant, à la fois personnel et en même temps très accessible.

Comment choisissez-vous les artistes programmés ?
On va vers des artistes pour leur proposer un projet. Ou alors des propositions viennent des artistes eux-mêmes, soit de librairies ou de maisons d’édition qui nous disent qu’ils aimeraient organiser quelque chose. Ça permet aussi d’ouvrir à d’autres. C’est une formule qui me semble assez vivante.

Quels sont les temps forts de la programmation ?

Il y en a beaucoup. On démarre avec un préambule le week-end du 27-28 et le lancement de deux livres d’autrices : Sophie Couderc et Léa Djeziri. Ce sont deux BD de science-fiction décalées. À partir du 3 juin, on fait un lancement au cinéma Les Variétés. On projettera Cléo de 5 à 7 d’Agnès Varda. À la sortie du DVD de ce film, dans les années 2000, les producteurs avaient demandé à l’illustrateur Sempé de réaliser une dizaine de dessins. Et puis, pour finir, le 27 juin, au Couvent Levat, on fait l’exposition d’Anouk Ricard et une soirée avec une vingtaine de stands d’éditeurs et de micro-éditeurs, collectifs, artistes, tous basés à Marseille.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR FANTINE LAMBEY

Festival BIM 
Jusqu’au 27 juin

Divers lieux, Marseille

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Au revoir et merci

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© Kris Pothano

Depuis plus de 30ans, au sein de sa compagnie Mécanique vivante, Franz Clochard dompte le mécanisme des sirènes d’alerte des villes, pour les installer ensuite sur des dispositifs monumentaux : c’est bel et bien le travail d’une vie, pour cet ingénieur musicologue, ancien punk chez Archaos – son fameux numéro de tronçonneuse ascensionnelle a fait date – émérite inventeur, ingénieur, poète, tout ceci à la fois. Quel meilleur écrin que le Grand Port Maritime de Marseille pour cette Symphonie portuaire, qui a vu ses instruments fantasmagoriques mixés, le temps d’une soirée, aux envolées jazzy de Raphaël Imbert, et aux échos de toutes les musiques des pays maritimes que les fanfares, les percussionnistes et les voix évoquaient ? Un véritable morceau de patrimoine des arts de la rue, mêlé aux forces vives locales. Et si l’on peut regretter que la sirène n’y ait pas trouvé son total épanouissement – ses mélopées déchirantes sont plus prégnantes dans des pièces du répertoire de la compagnie comme Le chant des sirènes – c’était un ravissement de les voir à l’œuvre ce soir-là, pour cette symphonie collective unique.

Comme un grand coquelicot


Un hors-d’oeuvre de choix avant le set époustouflant du musicien libanais Rayess Beck, qui constituait une bande-son galvanisante pour les chorégraphies participatives des danseurs de la compagnie marseillaise Shonen originaires d’Égypte, de Palestine et du Liban. Les danseurs bondissaient de plots en plots au milieu du public, pour y délivrer les gestes à reproduire, inspirés de danses traditionnelles telles que la dabkeh et la taa’kib.

D’une ampleur inégalée ce soir-là – jusqu’à 4 200 spectateurs au plus fort de la soirée -, cette version XXL de Tarab constituait un mets de choix pour clôturer cette semaine de lancement de la Saison Méditerranée. Rassemblé depuis le début de la soirée, le public ne s’y est pas trompé, badant le long de cet espace d’ordinaire privé, ravivant les belles heures de Marseille-Provence 2013 en mirant le somptueux J1 lui faisant face.

Dans le soleil couchant, cette immense esplanade hébergeant grandes tablées et coquelicots géants – un espace public éminemment marseillais, entre mer scintillante et embrasement de l’horizon – était de bon augure pour le reste de la programmation de la Saison Méditerranée, qui va essaimer dans toute la France jusqu’à la fin du mois d’octobre. Le choix fait par l’Institut Français de délocaliser ce temps fort d’ouverture en plein air et à Marseille, donnant tout son sens à cet événement d’ampleur, allant puiser à la source-même de sa raison d’être, entre mythes fondateurs, histoire tantôt intime tantôt universelle, et drames humains terriblement contemporains.

JULIE BORDENAVE

Une nuit au Grand Port se tenait le 23 mai au Grand Port Maritime de Marseille.

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Saint-Esprit, Pentecôte et Libre arbitre

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L’Encyclique du pape sur l’IA est épatante. 

Oui, nous allons bien parler religion. Car on peut être profondément matérialiste, outré par la fréquence de la pédocriminalité dans l’Église et les écoles catholiques, amusé par les interdits alimentaires et autres jeûnes qui compliquent la vie de celleux qui les pratiquent, estomaqué par les dominations masculines de toutes les religions, interloqué par toutes les soumissions volontaires, marqué par les violences commises au nom d’un Dieu, et convaincu avec Nietzsche que Dieu, fabrication humaine, est mort depuis que les hommes ne croient plus en lui… bref on peut être totalement athée, ou gentiment agnostique, et admettre que (l’idée de) Dieu a produit quelques miracles. Pas forcément à Lourdes, mais au moins en inspirant Mozart, les cathédrales, la mosquée bleue et les plafonds de Chagall, ou la Pieta de Michel-Ange.

L’art n’est pas le seul miracle que (l’idée de) Dieu a pu produire, et longtemps les   commandements bibliques ont fait office de loi humaine. Tu ne tueras pas, Tu ne voleras pas, Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain (ni son enfant ?) : des préceptes utiles à la paix sociale, même si les actes « impurs » interdits varient notablement selon les latitudes, et que « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » reste un horizon partout inatteignable. (y compris si on réduit le prochain aux très très proches). 

Consolation et progrès

L’idée d’une vie future, d’un endroit des morts, d’un paradis et d’enfers plus ou moins vaseux ou brûlants pour les méchants est aussi très consolatrice, bien plus efficace que les anxiolytiques pour combattre l’insuffisance chronique de la condition humaine.

Imaginer un Dieu a aussi permis aux hommes de penser les origines, le temps, la transmission, le Bien et le Mal, la charité et la rédemption. Car Dieu (et ses déclinaisons plus ou moins nommées) pourvoie aussi à cette morale qui fixe des limites – souvent discriminantes – au désir humain, et en particulier à l’hubris des tyrans qui incendient Rome. Ou, aujourd’hui, bombardent Kiev, Téhéran ou Gaza. 

C’est clairement à ce titre que le pape Léon XIV prend la parole pour rappeler ce qui constitue l’humanité. Pour ce faire son encyclique (une lettre très solennelle adressée à l’ensemble des catholiques), s’intéresse à l’IA. Un détour étrange ? Pas tant. 

Deus ex-machina

Le libre arbitre a toujours été sujet chez les cathos, qui ont bien voulu admettre, au fil des siècles, que tout n’est pas écrit à l’avance par Dieu et que l’humain décide, un peu, de ses actes. Mais il n’est pas question de céder à une Intelligence artificielle, une machine, le privilège de guider les consciences !

Il s’agit donc de « désarmer l’IA », pour défendre une « Magnifica humanitas » contre les « intérêts privés » qui sont par nature impossibles « à orienter vers le bien commun ». Il est bien question, pour le pape, du bien de l’humanité tout entière, et pas seulement des chrétiens. Mais c’est avant tout à ses compatriotes que le pape américain s’adresse, s’attaquant au concept trumpien de « guerre juste », affirmant que seule une défense légitime peut justifier la violence, et qu’« aucun algorithme ne peut rendre la guerre moralement acceptable ». 

L’Encyclique, publiée le jour de la Pentecôte, veut aussi être un remède à Babel : dans la Tour édifiée par orgueil les hommes, qui ne comprenaient pas les langues des autres, se sont entretués ; le jour de Pentecôte L’Esprit-Saint (l’Intelligence Divine ?) est descendu sur les fidèles de Jésus pour leur offrir les langues du monde afin qu’ils puissent dialoguer et répandre la Paix.

Un joli mythe, un beau récit, transmis au fil des siècles par des humains et non des machines. L’ID contre l’IA ? « Le progrès se mesure à la lumière de la dignité de chacun et du bien des peuples, et non des avancées technologiques ». Le progrès de l’église catholique, avec cette encyclique, se mesure très humainement. 

AGNÈS FRESCHEL


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Notre histoire dans l’Histoire

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© C.B.

L’ICC aime Les héritages infidèles, et a initié un cycle autour des films d’Ettore Scola qui travaillent, infidèlement, la mémoire de ses films.Le 21 mai, il était question du Bal. Jean-Claude Penchenat avait créé la pièce avec le Théâtre du Campagnol en 1981, Ettore Scola en a fait un film avec les mêmes acteurs en collaboration avec Penchenat en 1983, Ours d’argent à Cannes en 1984. Sans texte et en musique et chansons, sous la direction de Vladimir Cosma.

Le film présente près de 40 ans de l’histoire de notre pays depuis le Front populaire jusqu’aux années 70 en passant par la période de la guerre et l’Occupation, la Libération et l’arrivée des américains, la guerre d’Algérie et le racisme, puis mai 68 et le rock and roll. Les différentes séquences se passent dans une salle de bal où se rendent hommes et femmes en quête de rencontres amoureuses. Les comédiennes et comédiens sont exceptionnels, les situations cocasses ou dramatiques. Un vrai régal !

Autobiographie collective

Annie Ernaux, quand elle commençait l’écriture de Les années (2008), a vu le film en dvd. Elle y a senti une parenté avec son récit, qui s’attache à 60 ans de la vie française et a changé la notion d’autobiographie en la rendant collective. Lors de la rencontre, l’autrice évoque aussi d’autres héritages, sa proximité avec l’œuvre de Louis Guilloux, d’Edouard Louis et rend hommage à Pierre Bourdieu dont la lecture a été pour elle, qui était boursière, une révélation. La lecture du sociologue lui a permis de comprendre que son parcours et son histoire étaient aussi ceux de la société et de ses clivages. C’est avec beaucoup d’émotion qu’elle explique qu’encore maintenant elle adopte le point de vue de ses parents, qui est leur seul héritage.

Puis elle réaffirme son amour de la littérature qui « brise la solitude dans laquelle nous sommes tous ».

CHRIS BOURGUE

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« Tous les spectacles sont de la création contextuelle » : entretien avec Fabienne Aulagnier, directrice des Rencontres à l’Échelle

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Dignity 2025 © Kurt van der Elst

Zébuline. Vous avez pris la direction des Rencontres à l’échelle l’an dernier, une manifestation créé par Julie Kretzschmar il y a 22 ans, et avez programmé cette 21e édition…
Fabienne Aulagnier
. Oui, quand Julie Kretzschmar a été nommée commissaire de la Saison Méditerranée, elle m’a demandé de reprendre la direction jusqu’à la fin de sa mission, fin 2027.

Votre direction est donc provisoire ?
Nous en discutons ! Nous nous connaissons depuis longtemps, j’ai été directrice de production à Lieux Publics pendant 15 ans, jusqu’en 2017. Mais j’ai commencé ma carrière dans l’humanitaire, au Mali et en Palestine, et j’ai un lien très personnel avec l’Afrique, une attention particulière aux artistes qui viennent de pays en guerre, ou y vivent. Aux populations déplacées, où la question de l’art se pose différemment.

Les Rencontres à l’échelle cette année sont associées à la Saison Méditerranée. Elles sont plus étoffées, et se concentrent sur cet espace…
Oui. La Saison Méditerranée soutient cette édition, ce qui nous permet de présenter 11 spectacles, performances ou lectures, pour 25 rendez-vous. Dont 4 créations 2026. Quant à l’espace méditerranéen, il n’est pas exclusif, nous allons continuer à travailler avec l’Afrique, les pays du Sud… La spécificité de cette édition tient aussi à l’association avec Dream City Tunis, qui est co-programmateur de cette édition, avec des spectacles qui sont aussi programmés pour leur biennale à Tunis. C’est un tournant fort dans l’histoire des Rencontres à l’échelle, et un changement appelé à durer.

Cette année les artistes viennent de Tunisie, du Liban, d’Égypte, d’Afghanistan, de Palestine… et de Marseille ! Avec une attention particulière aux artistes nouvellement arrivés dans la ville et qui tentent de s’y installer. Comme Abdul Haq Haqjoo, un artiste qui travaillait sur les marionnettes afghanes, et qui est arrivé avec un programme Pause [Programme national d’accueil en urgence des scientifiques et artistes en exil, ndlr] à Marseille, et présente sa création Une larme échappée des fleuves afghans, nourrie de ce trajet. Ou Nadim Bahsoun, qui est libanais mais a surtout travaillé en Belgique comme danseur, et qui propose ici sa première mise en scène Cis-tem error, sur la transmission familiale en contexte post-colonial.

Vous proposez des spectacles mais aussi des lectures, des sorties de résidences… Les Bancs publics, qui organisent ce festival, restent-ils une structure de production et d’accompagnement d’artistes ? `
Oui, et c’est important. Le fait qu’on soit basés à la Friche nous permet d’organiser des résidences d’artistes, souvent dans leurs premières phases de création.

Et de les programmer durant les Rencontres ?
Oui, des rencontres à diverses échelles.

D’où le titre du festival…
Tout à fait ! Ainsi Christelle Saez et Mohamed Hatem n’ont pas encore de production et présentent une première rencontre avec l’œuvre. Peut-être que I can’t tell you everything deviendra un documentaire, peut-être un spectacle, ils ne savent pas encore. Pour Waël Ali, Prova est déjà en production, mais il ressent le besoin à ce stade, avant de figer son spectacle, fondé sur des entretiens avec des prisonniers Syriens dans les années 1980, de le tester en public.

Quelle est l’orientation des créations que vous présentez cette année ? L’essentiel des formes est théâtral, est-ce volontaire ?
Je dirais que c’est le fait du hasard, mais je n’en suis pas sûre ! Nous programmons des arts de la scène en général, mais cette prépondérance du théâtre vient sans doute de l’intérêt actuel des créateurs méditerranéens à travailler sur la question de la langue, du plurilinguisme, de l’hétérolinguisme, de la traduction au plateau.

En fait, tous les spectacles sont de la création contextuelle. Avec Sofiane Ouissi, le directeur de Dream City Tunis, nous avons à cœur de travailler cela, la création contextuelle. C’est-à-dire pas seulement la création en espace public, mais des œuvres liées au contexte du lieu où elles apparaissent.

Elles sont donc différentes à Tunis et à Marseille ?
Parfois, oui. Pour Dignity, Chokri Ben Chikha a travaillé à Tunis sur les conséquences du pacte migratoire franco-tunisien dans la société tunisienne. Il l’a créé à Tunis, mais à Marseille il le recrée à partir des expositions coloniales à Marseille de 1906 et 1922, des corps exposés dans les zoos humains. Une re-création contextuelle, donc.

Aujourd’hui, en Méditerranée, la question des archives coloniales, souvent invisibilisées, se pose dans les œuvres de nombreux artistes contextuels. Dans Prova, Waël Ali voulait parler de la Syrie, reléguée en arrière-plan de l’actualité. Il est parti de la musique, des cassettes, des traces, des archives d’il y a 40 ans. En se posant la question de la sauvegarde de la création et des mémoires.

Et le spectacle d’ouverture ?

Adeline Rosenstein est une artiste belge qui travaille sur la question de la Palestine depuis toujours. Aujourd’hui elle est passée en mode urgence, elle décrit la réalité palestinienne et distribue un mode d’emploi aux spectateurs. Une feuille de salle, pour qu’eux aussi puissent être actifs et parler de ce Ravage tout court palestinien. C’est à LaMAM [ex-Théâtre Toursky, ndlr], le 2 juin, suivi d’une soirée sur la Palestine.

ENTRETIEN REALISE PAR AGNÈS FRESCHEL

Rencontres à l’Échelle
Du 2 au 13 juin
La Friche, Théâtre Joliette, LaMAM, Musée d’Histoire de Marseille

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Le rock envahit La Plaine

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Le Bien © Olivier Scher

La formule est désormais bien connue. 4 scènes, 16 groupes, une journée de concerts, gratuits, sur la place Jean-Jaurès à Marseille. Ce 31 mai, voici venue la troisième édition de La Plaine du rock, toujours portée par l’association Phocéa rocks, le bar de L’Intermédiaire et les nombreux bénévoles qui permettent à cet événement d’avoir lieu.

Cette année, que des groupes du coin que l’on n’a jamais vu dans cet événement : normal, ce sont les deux conditions sine qua non pour y participer. Passent ainsi l’expérimental Ganagobie, que beaucoup ont découvert lors d’un brillant concert au Petit Cab plus tôt dans l’année. La pop fraîche de Samedi Midi aussi ; le garage-punk-rock de Cagnard, Le Bien et de Sasha Vaughan. Le doom/métal sera représenté notamment par Monastr, de la pop avec Abstract Puppet. Beaucoup de jeunes talents à découvrir, mais le rendez-vous n’oublie pas les anciens : on écoutera Daniel Sani & les Monomaniaques et leurs compositions garage-yé yé, et les vétérans de Filade, avec des anciens de Rats don’t Sink, Odd Beast et Unfit.

N.S.

31 mai
Place Jean-Jaurès
, Marseille

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Une tête importable

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©X-DR

Ce qui frappe d’abord, chez Jean-Claude Bolle-Reddat, c’est une forme inédite et inattendue de douceur. Car le cynisme bernhardien, si ardent soit-il, n’est pas nécessairement un bloc de brutalité. Dans La Remise de prix, adaptée de Mes prix littéraires et sobrement mise en scène par Laurent Fréchuret, Thomas Bernhard raconte ses prix littéraires comme on raconterait une série de catastrophes intimes. L’écrivain reçoit 5 000 marks, achète une voiture de luxe et la plante. Il en reçoit 10 000 autres, et se lance contre l’avis de tous dans un investissement immobilier épouvantable. Il vit chez sa tante, se rêve reclus, se rend aux cérémonies comme à l’abattoir, avec ce mélange de vanité, de honte et de dégoût qui rend le personnage à la fois insupportable et bouleversant.

L’un des très beaux moments du spectacle tient à une inaugurale histoire de costume. Il faudrait s’habiller pour recevoir le prix, se présenter, tenir son rang, entrer dans l’image que la société fabrique pour ceux qu’elle distingue. Mais Bernhard voudrait surtout pouvoir se changer lui-même. Aux vestiaires, il rêve moins d’enfiler un habit convenable que de se débarrasser de sa propre tête, devenue, elle aussi, « complètement importable ».

Laurent Fréchuret laisse l’acteur tenir cette ligne délicate : faire entendre la férocité sans écraser la fragilité. Bolle-Reddat ne joue pas un imprécateur confortable, ni un atrabilaire satisfait de ses bons mots. Car il y a aussi la langue. Une langue de la répétition et de la rumination augmentées, où chaque reprise ajoute une couche de rage, de précision, de burlesque. Les mots enflent, se cognent, tournent autour d’une idée jusqu’à ce qu’elle devienne à la fois comique et intenable.

Le discours final, enfin prononcé et coupé court, est d’une violence considérable – et d’une drôlerie jubilatoire. On comprend alors cette autre phrase de Bernhard, lancée à une audience médusée : « Il y a aujourd’hui à Vienne plus de nazis qu’en 1938. » La formule est terrible, mais elle ne tombe pas comme une provocation gratuite.

Car le révélateur du monde est aussi celui qui peine décidément à y vivre. Le poète démasque les institutions, mais trébuche sur ses propres chaussures. Le choix de fin est très beau, d’une noirceur presque kafkaïenne. Après le rire, après l’éclat du discours, demeure la solitude.

SUZANNE CANESSA
Le spectacle a été joué les 20 et 21 mai au Théâtre de l’Ouvre-Boîte à Aix-en-Provence

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« J’ai tout perdu, sauf mon art », au Mucem une conférence sur la résilience palestinienne

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© G.C

Comment le monde artistique fait-il face à l’anéantissement de Gaza ? Le 21 mai, débutait au Mucem un colloque sur ce thème, organisé par le collectif Maan for Gaza Artists et le département de la recherche et de l’enseignement du musée. Pas sans remous, le Crif Marseille-Provence ayant appelé à un rassemblement pour protester et réclamer qu’un même type d’événement soit organisé pour Israël, par souci « d’équité ». Une conception de l’équité saumâtre, pour les militants pro-Palestine qui leur faisaient face devant le bâtiment.

Foin des cris et slogans, dans l’auditorium Germaine Tillon, l’ambiance était studieuse et concentrée, durant l’après-midi consacrée au rôle des artistes en temps de guerre. Autour de la modératrice Kahena Sanaâ, trois témoins rescapés de Gaza : Maisara Baroud, Maha Al-Daya et Mustafa Mohanna. Tous ont créé pour documenter l’horreur de ce génocide, mais aussi la résistance du peuple palestinien, le fameux « sumud », mot signifiant résilience, ténacité, persévérance.

« En tant qu’artiste, disait Maisara Baroud, on ressent exactement la même chose que n’importe quel autre citoyen. Simplement, en ce qui me concerne, j’ai tout perdu, sauf la passion pour mon art. » Ses dessins en noir et blanc, juxtaposés avec des photographies terrifiantes de quartiers rasés, corps sous linceul, mères en deuil, ont puissamment remué l’assistance, pourtant avertie. Sa consœur Maha Al-Daya a choisi l’art ancestral de la broderie pour réaliser des cartes de la bande de Gaza, commencées à même la toile de tente de son exil. Le sculpteur Mustafa Mohanna, lui, a travaillé aussi longtemps qu’il a pu avec les enfants gazaouis. Il a fini son allocution par un hommage terrible à ceux d’entre eux qui sont morts depuis.

Christine Cadot, politologue à Paris 8, a alors pris la parole avec beaucoup de pudeur, pour déplorer l’absence de réaction internationale : « Ce n’est pas par la force du droit que certains demeurent en vie, mais parce que les bombes ne sont pas encore tombées sur leur maison ».

GAËLLE CLOAREC

Conférence donnée le 21 mai au Mucem, Marseille.

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