jeudi 5 février 2026
No menu items!
Plus d'infos cliquez ci-dessousspot_img
Accueil Blog Page 25

Marionnettes en goguette

0
Tout ou rien © La Trouée

À l’Atelier Gouache, c’est du théâtre d’objet, avec deux des Sept péchés du capital de L’Insomniaque compagnie. À commencer par la gourmandise : une tragédienne masquée vêtue de noir apparaît sur fond de musique lyrique, petite boîte pâtissière à la main, qu’elle pose sur une table siglée « Delivrenoo ». La tarte à la fraise qui s’y trouve, touchée du bout d’une langue pendante et prudente, déclenchera tout un engrenage fatal, hamburgers, poulets, crèmes glacées, … fixés sur de petits tapis roulants, actionnés par le livreur « Delivrenoo », planqué sous la table. Qu’elle débusque, pour le dévorer. 

L’avarice : cette fois-ci la table est siglée « Shark International Club ». Une millionnaire et son conseiller fiscal se rappellent quelques opérations d’optimisation amusantes, en faisant des blagues : « Aux Bahamas, on brunit pendant que l’argent blanchit », « Dans la famille Cahuzac, je voudrais le fisc », … Derrière la table, sur un panneau, des figures passe-têtes d’où vont sortir le même type de plaisanteries, avant que diverses choses (cravate, fourrure, euros, relevés bancaires, requin, pieuvre,…) s’y introduisent et les étouffent, au fur et à mesure que leur yacht, dernière optimisation en date, ne coule. 

Les machinations morbides du capital moquées par la verve et les machineries vivantes du théâtre d’objet, réjouissant ! 

Grosses têtes

À La Mèson, c’était Tout ou rien de la Compagnie la trouée, spectacle de marionnettes à partir d’un texte tiré des Dramascules de Thomas Bernhardt.

La scène se passe à Frankfort, en 1981, sur un plateau télévisé où les trois « plus hautes personnalités de l’État », petites marionnettes en deux dimensions, sont invitées à une série d’épreuves absurdes par «L’Animateur », bavard omniprésent et mielleux, composé de la tête du marionnettiste et d’un petit corps en tissu porté en cravate. « L’Animateur » est accompagné d’une assistante-potiche à perruque bonde mal fixée qui chauffe la salle, donne le top des applaudissements, et manipule les trois marionnettes. Le tout est perturbé par un petit chien informe qui se nomme canapé. Une sorte de spectacle de guignol où on ne rit pas souvent. Le tout faisant naître plutôt une sorte d’ambiance malaisante, et penser à Trump.

À suivre

Le festival se poursuit encore toute la semaine. Parmi les rendez-vous : une soirée « Stop Motion » à La Baleine (à partir de 16 ans) ce mercredi 10 décembre. Une « Nuit au Museum » (le 11, à partir de 6 ans) avec Sempreviva de Mara Kyriakidou et The girl with the little suitcase du Merlin Puppet Theatre.
Un « Parcours Friche » (les 12 et 13, à partir de 14 ans) avec Blue de Hop Signor et The Clusters de la compagnie japonaise Nao, robots et danse.
Enfin, au Théâtre de la Mer, Novella de Chiara Caruso (le 14, à partir de 7 ans) conte musical et marionnettes.

MARC VOIRY

Le Marché noir des petites utopies
Du 5 au 14 décembre 
Friche la Belle de Mai et divers lieux, Marseille et Port de Bouc

Retrouvez nos articles On y était ici

Pourquoi nous existons

0

Notre installation dans nos nouveaux bureaux a été l’occasion, lundi, de faire le point sur les raisons de cette aventure singulière, associative, reconnue d’intérêt général, née de la volonté de quelques uns il y a 18 ans. 
Nous croyons profondément en l’importance de notre tâche. 
Etre un journaliste culturel, c’est éclairer, faire passer, susciter l’envie. C’est aussi tendre un miroir aux artistes, aux opérateurs culturels qui ont besoin de retours sur leur travail dans une société qui ne les pose plus en vedette ou en guide. 

Gérard Philipe sur les planches faisait la Une de tous les journaux. Aujourd’hui pour qu’un sujet culturel soit en Une il faut qu’il y ait un scandale, un appel à la censure, une contestation. 
Les œuvres ne font plus recette. 
Pourtant, on n’a jamais eu autant besoin des artistes, des cinéastes, des écrivains, dans leur diversité. L’assaut culturel de la sphère d’extrême droite est puissant, et efficace. L’édition, la presse, les parcs historiques privés, la production cinématographique, l’art contemporain, le patrimoine artistique, sont détenus majoritairement par des milliardaires d’extrême droite ou de droite extrême, qui influencent la pensée et fabriquent l’opinion, concentrent leur mécénat sur les opérations culturelles indolores, et lancent des opérations contre les humoristes qui quittent les ondes publiques. Des sphères qui se préparent, depuis qu’elles ont conquis les médias, à s’emparer du pouvoir politique. 

La culture est un combat…

Nous sommes entrés dans une ère nouvelle, qui signe aussi un changement du slogan de Zébuline. Nous restons Culturel, Populaire et Impertinent,  mais nous affirmons désormais les motivations de notre existence : la culture est un combat. Du moins la culture indépendante, émergente, dérangeante, polémique, plurielle, décoloniale, queer. Celle que l’on défend à Zibeline, puis Zébuline, depuis 2007. 

Ceux qui nous connaissent depuis 18 ans connaissent les raisons qui ont présidé à notre journal et à sa persistance, contre vents et marées. L’élection de Nicolas Sarkozy en 2007 a achevé de convaincre une bande de copains, persuadée que la culture publique est indispensable à la démocratie, qu’il fallait entrer en résistance, et défendre l’art et la pensée contre le bling bling décomplexé. 

Depuis la censure exercée sur les télés et les radios publiques, la concentration des industries culturelles, livres, presse, musique enregistrée, cinéma, jeux vidéos et créations numériques, dans les mains de quelques-uns, et le dénigrement systématique d’une culture publique jugée tour à tour élitiste ou woke, confirment jour après jour une reprise en mains culturelle qui n’a cessé de s’amplifier. Depuis, les subventions culturelles sont à la baisse, la décentralisation culturelle est mise en panne, et la culture publique régresse. 

De gauche à droite : Marc Poggiale (Directeur de publication de Zébuline), Agnès Freschel (Fondatrice et rédactrice en chef), Jean-Marc Coppola (Adjoint au maire de Marseille en charge de la culture), Nicole Joulia (Vice-présidente du Département 13 en charge de la culture), et un peu cachée, Samia Chabani (Directrice de l’association Ancrage et en charge de la rubrique Diasporik au sein de Zébuline). Photo prise lors de l’inauguration des locaux du journal Zébuline le 8 décembre 2025 © M.E.H

…que nous ne lâcherons pas

Aujourd’hui le combat continue, toujours aussi ambigu, de plus en plus difficile à décrypter. Sarkozy dédicace son autobiographie de détenu dans une librairie marseillaise, Bardella fait fortune avec son essai financé par Fayard, c’est à dire par Bolloré. L’extrême droite ne brûle plus les livres, elle les imprime. Et les soutient par une propagande appuyée dans ses réseaux de presse et sur des  réseaux sociaux qui  brouillent la donne et les esprits.

Dans ce contexte, le combat culturel que nous avons initié est plus pertinent que jamais. Dans une région où le Rassemblement national, c’est certain, va gagner des villes, des collectivités, et siéger dans les exécutifs, nous devons nous tenir les coudes. Travailler la mise en commun, veiller les uns sur les autres et refuser l’esprit de concurrence. 

AgnÈs Freschel


Retrouvez nos articles Politique culturelle ici

Ce que l’on pèse, ceux que l’on touche

0
© Sener-Yilmaz Aslan

Elle s’est installée en résidence de recherche et création depuis le 24 novembre et propose à l’occasion des terrains de jeux, d’expérimentation chorégraphique, des axes de rencontres où le public est invité à danser, à réécrire et réceptionner le mouvement.  « Le cœur de ce travail, c’est la question de notre masse, du fait qu’on pèse, sur Terre !  Il s’agit d’ouvrir à des relations où la rencontre se fait autour d’un don du poids et d’une réception du poids de l’autre. » 

Ce mois-ci, à Soma, elle invite à donc à habiter l’espace, à penser les relations au corps depuis le mouvement, sous la forme de performances participatives, de protocoles de jeux et d’improvisation. L’expérimentation ludique et l’improvisation chorégraphique, qui sont au cœur de son travail, questionnent le rapport au corps collectif, à la friction et à l’intimité. 

Relier et consentir

« L’œuvre d’art est là pour stimuler la relation sociale. Elle est là comme prétexte pour qu’il y ait une expérience qui se vive. Et là, en l’occurrence, l’objet de travail, c’est la relation. Regarder l’art de la relation comme un objet à choyer,  à regarder sous de multiples facettes. » 

Pour mettre en œuvre cette stimulation, Mathilde Monfreux propose à Soma des ateliers des jeux de rôles et de consentement et des cours de danse. 

Le temps fort de la résidence se déroulera l’après-midi du 13 décembre. Un spectacle-conférence où les performances  permettront d’expérimenter un temps d’activation  lent et collectif, qui observe l’histoire de la danse depuis une de ses marges, le contact-improvisation.  Car la compagnie Les Corps parlants de Mathilde Monfreux est formée de danseur·euses et performeur·euses impliquées dans la pratique du soin

« C’est à partir de l’étude de ces gens qui pratiquent le contact, que s’étirent aussi des questions sur le toucher : qui touche qui dans la société. » 

Quelles pratiques tactiles souhaitons nous, quel degré de tendresse, quels portés, quel toucher, quel contact possible et consenti désiré dans notre société patriarcale ?

Nemo Turbant

Somactivisme
La danse comme art relationnel

jusqu’au 20 décembre
Soma, Marseille

Retrouvez nos articles Scènes ici

Platon en partage

0
Platon dans L’École d’Athènes de Raphaël (détail)

Zébuline : Quel est le point de départ de cette série de rendez-vous ?
Grégoire Ingold :
Le point de départ, c’est finalement la démarche de Platon dans La République. Il y a 2400 ans, Platon établissait le modèle d’une société vertueuse. La question, pour nous, n’était pas de repartir de son texte, mais de nous interroger aujourd’hui sur la question qu’il s’est posée : comment peut-on réfléchir au devenir de notre société ? Pour cela, nous avons choisi de travailler par thématiques, sans prétendre tout traiter, car le sujet est complexe et très vaste. Il s’agissait de faire un détour par le texte de Platon pour relancer les discussions et les réflexions au présent.

Ces rendez-vous mêlent philosophie, théâtre et participation citoyenne. Comment avez-vous imaginé l’articulation entre ces dimensions ?
Il s’agissait de mettre les moyens du théâtre, de l’acteur et de la représentation scénique au service d’un exercice citoyen auquel on convie le public. Le théâtre est un lieu dont la fonction est d’inviter les citoyens à emprunter les chemins de l’art, mais qui reste toujours tourné vers le réel. La scénographie crée un espace qui donne l’esthétique d’une assemblée. Ce n’est pas une parole frontale, mais un espace au milieu duquel la parole peut advenir. On traverse alors différentes séquences de prise de parole qui se tissent pour construire un parcours autour d’une même thématique.

Gregoire Ingold © X-DR

À l’heure où la démocratie se fragilise, que permet de questionner le texte de Platon ?
La République est un traité de philosophie politique ; elle interroge les formes de régime qui nous gouvernent. Ces formes n’ont pas réellement changé depuis 2400 ans, même si la démocratie athénienne n’est pas identique à la nôtre. Platon n’écrit pas un programme politique : il propose une réflexion féconde qui met en route les esprits pour ne pas capituler devant la violence du réel. Une réflexion qui maintient l’idée que, malgré tout, d’autres voies sont possibles.

Vous pariez ainsi sur une « transformation du réel  » ?
Le seul fait d’énoncer ensemble un diagnostic et des hypothèses vers lesquelles on pourrait tendre pour un avenir meilleur participe déjà d’un mouvement de transformation. Le fait que cela soit énoncé collectivement, réfléchi, prononcé à voix haute, crée un engagement. Le titre Dire une société désirable, c’est faire du théâtre un lieu du dire, un lieu de la parole proférée. Dire, c’est déjà une forme d’engagement, pour chacune et chacun, qui prépare ensuite à l’action.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR CARLA LORANG

Témoins platoniciens
À chaque rendez-vous, des « Grands témoins » sont présent·es. Anne-Lorraine Bujon vient échanger autour de L’éloge de l’injustice ; Barbara Stiegler et Marc Lazar s’attaquent à la question de la Décadence des régimes politiques ; et Dimitri El Murr interroge Notre naturel tyrannique. Christophe Pébarthe, lui, accompagne les trois rencontres. 
De nouveaux rendez-vous sont prévus du 4 au 6 mars. C.L.

10 au 13 décembre 
Théâtre La Criée, Marseille

Retrouvez nos articles Scènes ici

Noël en culture aux Rotatives La Marseillaise

0
De Gauche à droite : Maurice Gouiran Gilles Del Pappas et Jean-Paul Delfino © X_DR

De la mémoire révolutionnaire au polar social marseillais, en passant par la poésie d’Aragon mise en musique, ces rencontres célèbrent une littérature militante, de celle qui ne renonce jamais au combat. Le 12 décembre à 18 heures, ouverture du bal avec Guillaume Quashie, historien et auteur de Haro sur les Jacobins, Essai sur un mythe politique français (XVIIIe-XXIe siècle)

Dans cet ouvrage qu’il présentera, Quashie interroge la manière dont la mémoire révolutionnaire est aujourd’hui instrumentalisée, occultée ou réinventée. Comment les figures jacobines, ces révolutionnaires radicaux de 1793, sont-elles devenues tantôt des épouvantails, tantôt des icônes que l’on invoque à tout propos ? Que sont donc ces fameux jacobins ? Ont-ils seulement existé ? s’interroge l’auteur, qui est parti à leur recherche pour les étudier dans leur époque et comprendre les références polémiques dont ils sont depuis l’objet. 

Le lendemain, la matinée sera consacrée à la rencontre avec des auteurs témoignant de la vitalité de la création littéraire régionale. L’occasion de préparer ses cadeaux de Noël en faisant dédicacer les livres par des auteur·rices en chair et en os. Parmi eux Martine Gärtner, dont les romans sociaux ont pour cadre une Allemagne où elle a enseigné vingt ans ; Bernard Ghirardi, connu pour ses ouvrages retraçant l’histoire locale ; Edmond Purguette, auteur du roman Drôles de bestioles (2022) qui s’inspire de son vécu dans l’enseignement et décrit des destins parfois difficiles d’adolescents. Mais encore Robert Rossi, trublion rock – il est le chanteur de Quartiers Nord – et historien qui a écrit une histoire de la Commune à Marseille et raconte dans ses livres les marges et les oubliés. 

On discutera aussi avec la poétesse Marine Saint-Persan et Laetitia Vivaldi, auteure du livre Les âmeutés, qui évoque la résistance d’un peuple face à un capitalisme destructeur. Seront aussi présents les « polardeux » qui interviendront l’après-midi durant la rencontre Massilia noire.

Le polar comme arme sociale

Celle-ci réunira sept figures du genre. Florence Brémier, qui écrit pour la jeunesse, le Martégal Jean-Claude Di Ruocco, Jean-Paul Delfino, l’écrivain-voyageur aux nombreux prix littéraires, qui affirme un goût pour les ancrages populaires, les lieux de friction sociale et de dérive morale. On retrouvera aussi Gilles Del Pappas, écrivain au grand cœur à la gouaille toute marseillaise dont les anti-héros – et en particulier Le Grec –, humanistes, refusent le cynisme et les compromissions des lieux et époques qu’ils traversent. 

Enfin, on entendra Maurice Gouiran, lauréat du Prix spécial du jury – Prix de l’Évêché 2025 pour son roman On n’est pas sérieux quand on a 17 ans et Pierre Dharréville, ancien député communiste des Bouches-du-Rhône, également romancier. Ce dernier, décidément homme aux multiples talents, proposera un moment musical autour de Louis Aragon et présentera le disque qu’il a réalisé avec le musicien Christian Vaquette, qui met en musique treize textes du poète, certains célèbres, d’autres moins connus du grand public. Avec des sonorités pop-rock, cette pépite offre une relecture contemporaine d’une œuvre aux textes intemporels. 

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Noël en culture
12 et 13 décembre
Les Rotatives La Marseillaise, Marseille
Entrée libre

Retrouvez nos articles Politique culturelle ici

Marseille a la côte 

0
Anonyme, les plages du PRado depuis le Roucas-Blanc (vers 1960, (AMM, 2 Fi 70)

À quoi ressemblait le littoral marseillais au XIIIᵉ siècle ? La côte marseillaise a été profondément modifiée au fil des siècles par l’impact humain. Du littoral sauvage des Calanques aux plages urbanisées du centre-ville, en passant par les bassins du port autonome, le littoral est complexe, et il existe mille et une manières de le raconter. 

À travers une sélection de 150 documents et objets – manuscrits, dessins, cartes, gravures, cartes postales – les Archives municipales de Marseille dépeignent le littoral de la rade nord à la rade sud, montrant sur près de 50 kilomètres, les évolutions de la côte à travers les âges.

Une promenade côtière

A l’image d’une balade en bord de mer, le parcours met en lumière des documents datant pour certains du XIIIᵉ siècle, comme des parchemins du Vieux-Port. Conçue comme une « exposition-promenade », Entre Terre et Mer fait le choix d’une scénographie légère et immersive. En première ligne de l’exposition, une carte géologique est prise comme point de départ des aménagements côtiers montrant l’importance de la nature des sols dans l’évolution et la transformation du littoral. 

C’est réellement à partir du XIXᵉ siècle que les transformations s’accélèrent : en 1848 a lieu l’aménagement du chemin de la Corniche, poursuivi par les bains du Roucas-Blanc au début du XXᵉ siècle, puis par les plages du Prado dans les années 1960. À l’image des lieux aujourd’hui qualifiés « d’instagrammables », l’histoire visuelle privilégie des sites iconiques – Vieux-Port, Corniche, plage du Prophète, Calanques- laissant d’autres zones peu représentées au sein de l’exposition. 

Les archives : un espace de réflexion

Donner au public des repères historiques, proposer des ressources pour comprendre et sensibiliser à l’histoire du littoral; derrière Entre Terre et Mer, les Archives municipales affichent l’ambition d’ouvrir le débat autour des aménagements futurs. Si les archives d’une ville sont parfois comme «un vieux tas de papier», elles sont en réalité un véritable outil de réflexion pour penser les transformations à venir et nourrir les réflexions citoyennes. Face aux conséquences du dérèglement climatique, il est essentiel d’éclairer le débat actuel sur l’avenir du littoral marseillais en tenant compte des évolutions historiques.

Carla Lorang

Entre Terre et Mer
du 6 décembre au 24 avril 
Archives municipales de Marseille

Retrouvez nos articles Politique culturelle ici

À Aix, une histoire de regard

0
© Culturespaces : Thomas Garnier

Le parti pris d’une exposition peut être monographique, chronologique, thématique. Elle peut aussi être la mise en lumière du travail d’un mécène, d’un riche collectionneur. La nouvelle exposition du centre d’art Caumont, à Aix-en-Provence, présente une sélection de la collection d’un riche industriel du caoutchouc, Oscar Ghez. 

Né en Tunisie il a constitué à partir de 1955 une importante collection, avant d’ouvrir en 1968, un musée dédié à Genève, le Petit Palais. Un tableau renvoie d’ailleurs à la figure du collectionneur, critique d’art en la personne de Thadée Natanson de la Revue blanche, peint par Vallotton. Et Ghez lui-même, dans la première salle apparait dans le tableau de Trèves comme figure tutélaire de l’événement.

Portrait avant tout 

Le choix des acquisitions dévoile des lignes de force : Ghez aime avant tout les portraits. Portrait de femmes, en liseuse chez Guillaumin, en dame horrifique à la voilette de Manet, en nu chez Vallotton, Lempicka ou Valadon, en pied chez van Dongen, en funambule poétique chez Marie Laurencin. 

Le portrait revient à l’intérieur de scènes familiales dans un jardin ou dans l’œuvre phare de Caillebotte, le pont de l’Europe. Ce grand format structure plusieurs éléments : des personnages isolés comme un ouvrier en blouse, un soldat dans l’arrière-plan et surtout un couple bourgeois qui avance dans la direction du visiteur, au premier plan, cachant en fait un autoportrait de l’artiste, en redingote et haut-de -forme. 

Ghez semble moins sensible au paysage, peu représenté dans la collection. Quelques réalités plus sociales apparaissent comme l’Aciérie de Maximilien Luce. Quant à au cubisme, l’abstraction qui ont marqué l’histoire de l’art des années contemporaines de la vie du collectionneur, ils sont quasiment absents. Le seul et unique tableau non figuratif, est une œuvre d’Artur Segal et les deux Picasso présents à la fin du parcours sont eux aussi rattachés à une représentation humaine, dont l’Aubade. Ghez est donc un collectionneur au goût sûr mais assurément pas un découvreur, ni un aventurier de l’art de son vivant.

MARIE DU CREST

Regards d’un collectionneur
Jusqu’au 22 mars 2026
Centre d’art Caumont, Aix-en-Provence

Retrouvez nos articles Arts visuels ici

Splendeurs et misères de la cité phocéenne  

0

Alèssi dell’Umbria est né et a grandi à Marseille, à la Plaine. Il lui fallut douze ans pour rassembler la documentation nécessaire à la rédaction de l’Histoire universelle de Marseille de l’an mil à nos jours. Cette nouvelle édition est complétée par un épilogue évoquant les transformations de la ville dans les vingt dernières années. Celles-ci semblent confirmer les réflexions pessimistes de l’auteur face à un urbanisme jugé incohérent et au processus de gentrification. Il est question bien sûr de la réponse municipale à l’effondrement de la rue d’Aubagne. 

L’ouvrage est rédigé dans un style clair qui facilite la lecture tout au long de ses quelque 812 pages. La présence d’un cahier d’illustrations rassemblant plans de la ville et tableaux, ainsi que d’un index et d’un glossaire (explicitant notamment certains termes provençaux), permet également de plonger dans ce cheminement du Moyen-Âge au XXIe siècle qui, selon l’auteur, n’a pas uniquement pour but de constituer une somme de savoir historique, mais vise à contribuer à « nourrir certains gestes de résistance à la dépossession brutale » que vivent les Marseillais depuis le début des années 2000. 

L’auteur est particulièrement critique envers la tradition de centralisation à la française, qui tend à imposer un système politique, économique et culturel, d’abord par l’intégration dans le royaume de France (longtemps, Marseille n’a été qu’une « terre adjacente » à celui-ci), puis dans le culte d’une nation construite autour de sa capitale. Il expose a contrario la richesse des liens culturels et linguistiques au sein de l’aire occitane et avec les régions limitrophes (Catalogne, Piémont, etc.). 

Alèssi dell’Umbria démontre à quel point Marseille a été et est encore, malgré tout, une ville profondément tournée vers le bassin méditerranéen et qui doit résister à un processus de « colonisation intérieure », c’est-à-dire d’uniformisation artificielle à partir d’un modèle qui ne correspond ni à sa géographie, ni à son histoire. 

GABRIELLE BONNET

Histoire universelle de Marseille, d’Alèssi dell’Umbria  
Agone -35 €

Retrouvez nos articles Livres et Littérature ici

Marseille Objectif Danse : Naviguer dans l’espace et les mots

0
Georges Appaix © X-DR

Après avoir cessé les activités de sa compagnie La liseuse en 2021, Georges Appaix est passé du studio à la table. Mais on connaît sa capacité d’adaptation, puisqu’il était passé plus tôt dans sa vie des Arts et Métiers à l’apprentissage du saxophone puis à la danse, se fabriquant peu à peu un langage très personnel. L’amour de la langue et des mots le taraude. Mais aussi celui de la musique créant un spectacle hybride dans lequel les mots s’enveloppent de musique et de chansons qui sont à la fois des ponctuations et des ouvertures.

Culture partagée et connivence

Avant d’être écrivain, ou chorégraphe, Georges Appaix est lecteur. Parsemé de références et de citations, son texte s’écoule avec vivacité, enthousiasme et fantaisie. Ainsi parfois un mot lui rappelle un texte connu, s’il dit « chantez » aussitôt lui vient la suite de La Fontaine « Hé bien, dansez maintenant ». 

Les citations de chansons illustrent généreusement son état d’esprit. On passe de Ferré à Trenet, de Nougaro à France Gall qui demande de « résister » à l’affaiblissement. Mais on a commencé par un passage des Variations de Goldberg accompagné par la voix tonitruante d’Appaix et d’amples mouvements de bras, esquissant des déplacements. Tout son texte est animé d’un grand amour du mouvement et de la vie dont le cours est comme un torrent bondissant. Alors il file la métaphore en pagayant. On éprouve beaucoup de plaisir à l’écouter et le voir lisant à la table, citer les différentes définitions du dictionnaire pour le même mot en s’étonnant. Simplicité et professionnalisme le caractérisent et on apprécie son partage amical.

CHRIS BOURGUE

Dans l’écriture de Georges Appaix a été donné le 5 décembre dans le studio de Marseille Objectif Danse

Retrouvez nos articles Scènes ici

Junior ballet de l’Opéra national de Paris

0
Junior ballet de l’Opera national de Paris-© Sebastien Mathe

Un siècle de danse : voilà l’étendue que la jeune troupe parisienne promet de parcourir lors de cet ambitieux programme, donné au Théâtre des Salins de Martigues. Balanchine ouvre la soirée sur Tchaïkovski, dans une écriture précise et aérienne où les jeunes interprètes affirment déjà une maîtrise élégante. Béjart apporte ensuite une énergie plus solaire et pop, avant la délicatesse de Requiem for a Rose, portée par la sensibilité d’Annabelle Lopez Ochoa. Le programme se conclut avec José Martinez, dont la virtuosité contemporaine révèle l’engagement d’une troupe en plein essor.

S.C.
12 et 13 décembre
Les Salins, Scène nationale de Martigues

Retrouvez nos articles Scènes ici