jeudi 15 janvier 2026
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Le Cirque Eloize en haute voltige

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Créé en 2009 en Corée du Sud, le plus grand succès conçu par le Cirque Eloize et mis en scène par son fondateur Jeannot Painchaud refait le tour des scènes internationales depuis cette année. Création emblématique du collectif québécois, le spectacle revient quelque peu remanié, et mâtiné d’une bonne touche rétro. 

Neuf artistes s’installent sur une scène métamorphosée en paysage urbain, quelque part entre le cinéma de genre et un décorum de jeu vidéo. Grimés en chefs de gang tout droit sortis des années 1990, ils s’unissent, s’imitent, se rencontrent et se divisent au rythme d’une chorégraphie très présente et cohérente, signée Elon Hoglung

Le hip-hop reste très présent et sert de liant au fil des numéros, et entre les tableaux, porté par les belles présences, notamment, de Lakesshia « Kiki » Pierre-Colon et Bryan « Slinky » Boyer. Plus brutes de décoffrage, les performances certes ébouriffantes de Trevor Bodogh au vélo trial, de l’impressionnante contorsionniste Alexia Medesan et de Kayden Woodridge, Adams Dransfield et Jp Deltell au trampoline inscrivent cet iD-Evolution dans la tradition du cirque grand spectacle. 

Reste les belles envolées en roue cyr et cerceau de Christophe Bate et Florence Amar. Et surtout la cohésion d’une troupe souvent présente dans son intégralité sur scène, y compris durant les numéros de ses camarades. D’un quartier à l’autre d’un New York fantasmé, le récit convoque les souvenirs, entre autres, de West Side Story et de ses scènes de groupe. Et signe, sur une musique certes tapageuse et désuette, une jolie ode au collectif.

SUZANNE CANESSA

ID Evolution a été joué du 13 au 15 novembre au Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence. 

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Comment sortir d’un huis-clos

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YES DADDY © Khulood Basel

Il est rare d’assister à une pièce aussi brillante, et d’avoir des applaudissements aussi timides. C’est qu’il en faut du temps pour sortir de ce Yes Daddy signé Bashar Murkus et Khulood Basel, qui joue desanfractuosités de l’esprit humain, et des passions du public. 

Dans ce huis-clos il y a Amir, jeune travailleur du sexe, et un vieil homme sénile, qui perd la mémoire. Le premier entre chez le second, et un drôle de jeu s’ouvre entre les deux. Le plus jeune, conscient de l’emprise qu’il peut avoir sur son client, se lance dans une sordide séance de manipulation. Il se fait passer pour son fils, l’accuse des pires crimes, puis sa mère, et ira jusqu’à le nourrir de son sein. Ils se lancent tous les deux dans une nuit d’angoisse, où les démons de chacun s’exploseront dans la fureur et le sang, laissant le public témoin, dans le plus grand inconfort.

En avant-propos, l’excellent Anan Abu Jabir, qui joue le rôle d’Amir, avait pourtant prévenu le public, lui demandant s’il était « d’accord » pour assister au spectacle. Ce consentement initial sera le dernier, et les décors, comme les lumières, mouvantes, se dérobant, placeront le spectateur dans la même illusion perverse que celle qui frappe les deux personnages. Une pièce qui touche ce qu’il y a de plus sombre dans l’être humain, avec ce qu’il y a de plus lumineux pour le montrer.

Du théâtre palestinien sans toit

Cette pièce de la compagnie palestinienne du Kashabi Théâtre n’est pas la première à être donnée en France. Déjà en 2022, ils avaient été invités au Festival d’Avignon pour présenter Milk, qui avait lui aussi saisi le public venu assister à la représentation. Mais depuis, la compagnie a été évincée de son propre théâtre d’Haïfa. « C’était l’un des espaces d’expression les plus importants pour le public palestinien. Malheureusement, pour des raisons politiques, […] on a été dépossédé de notre théâtre », expliquait Bashar Murkus à La Marseillaise le 18 novembre dernier.

Dans Yes Daddy, la métaphore avec le conflit israélo-palestinien n’est d’ailleurs pas cachée. Dès les premières minutes de jeu, les deux comédiens recherchent frénétiquement une clef, symbole palestinien des expropriations qu’ils subissent. Et il y a bien sûr cet espace, occupé par deux êtres qui ne savent pas vraiment quoi construire ensemble, sinon un terrible jeu de dupes, dont nous sommes, encore, témoins.

NICOLAS SANTUCCI

 Yes Daddy a été donné les 19 et 20 novembre au Théâtre Joliette, Marseille.

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Au Théâtre des Salins, un voyage en achronie

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Peeping Tom © Sanne de Block

Au début des années 2000, la première trilogie de Peeping Tom bouleversait le paysage chorégraphique et théâtral émergent. Une danse théâtrale inconnue, loin de Pina Bausch, entrait dans les intimités familiales et les fantasmes noirs, nourrie de mythes et appuyée sur une danse virtuose. 25 ans après Gabriella Carrizo et Franck Chartier, le duo fondateur franco-italien, est toujours à la tête de la compagnie belge au nom subversif : un « peeping tom » est, en anglais, un voyeur. Institutionnel, international, porté par un succès public, le duo crée aujourd’hui plutôt  séparément, et ces Chroniques sont portées par la chorégraphe italienne.

On y retrouve sa noirceur onirique, la beauté plastique, son amour des corps masculins. Les cinq danseurs hommes semblent retenus dans un espace atemporel peuplé de mythes plus ou moins identifiables : une Création du monde au Japon, Sisyphe qui roule son rocher, écrasé mais aussi écrasant les autres ; puis de gentils Ewoks et une sorte de Darth Vador qui jette des rayons mortels de ses mains.

Chercher la couleur

Mais tous se relèvent : la mort, pas plus que le temps, n’a cours, sur cette Olympe sombre où les dieux cherchent des remèdes à l’ennui dans la violence et la domination, une partie de foot avec une main coupée en guise de ballon, le déplacement d’inutiles rochers, le jeu avec des automates bizarroïdes qui exécutent des mouvements absurdes.

Vision d’une éternité qui ne serait ni infernale ni paradisiaque, Chroniques est d’une beauté crépusculaire, déclinant des espaces qui s’ouvrent et se ferment, s’éclairent et s’éteignent, se déploient en hauteur ou rasent le sol, les murs, les blocs. Le couple n’y existe pas – sauf une mariée qui se fait descendre – et les individus s’allient aléatoirement contre le dominant du moment, sans faire pour autant cause commune. Tout semble vain. Les danseurs, stupéfiants, sont des élastiques d’une infinie souplesse. Ils reçoivent les chocs qu’ils répercutent comme des ondes liquides sur chaque articulation, en des rotations hallucinantes d’amplitude.

Au terme du voyage ils abandonnent la scène aux automates qui répandent au sol, enfin, des traînées de couleur pure. Une sublimation artistique possible hors des limbes, par des créatures post-humaines ? 

Agnès Freschel

Chroniques
21 et 22 novembre
Les Salins, scène nationale de Martigues
À venir
Pourquoi mon père ne m’a pas appris l’Arabe ?
Elle est née d’une mère française et d’un père marocain qu’elle n’a jamais connu. Qu’elle croyait mort, jusqu’à ce qu’il décède vraiment, et lui laisse sa maison en héritage.
Sarah Mordy s’est inspirée de son histoire personnelle pour écrire une fiction qui flirte avec le fantastique, interprétée par trois comédien·nes qui portent et éclairent les non-dits et les fantômes de la colonisation et de l’indépendance. A.F.
25 novembre
Les Salins, scène nationale de Martigues

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Marseille vibre au rythme des tout-petits

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Maxence, Andrea, Madeleine, Romane, Léon et les autres à La Criée © Marie Du Crest

L’OKA désigne chez les Amérindiens un îlot de vie collective. Délimité sur le sol sous forme de tapis de feutre blanc de différentes tailles, l’archipel dessine sur la scène de la Criée une cartographie faite de tissus, textures et couleurs chaudes. Le plateau, bordé de rideaux et nimbé d’éclairages doux et tamisés, devient un lieu d’accueil inédit pour un public âgé de 6 mois à 3 ans, dans une très belle scénographie de Marlène Rocher. La pièce conçue et interprétée par les musiciens Florence Goguel et Gonzalo Campo, convoque les sons de la forêt, tisse des liens entre arbres, animaux et humains, et glisse de la parole à la ritournelle. Les musiciens-chanteurs s’emparent de percussions, d’instruments à vents, esquissent quelques pas de danse … et embarquent même leur tout jeune auditoire dans un récit poétique et sensible. Décliné le temps de plusieurs représentations, y compris scolaires, le spectacle s’installe également le temps d’une journée de célébration s’étendant dans chaque recoin de la Criée. 

Du tableau à la scène

Du côté des bibliothèques et musées marseillais, les nouvelles initiatives se pensent et s’installent joyeusement. Celle du musée Cantini détonne par sa fraîcheur et sa pertinence. La médiatrice et artiste Carine Mina convie à son tour les moins de trois ans en terrain nouveau. C’est dans les couleurs vives d’un tableau de Victor Brauner qu’elle invite les tout-petits à se plonger. Armée d’une réplique plastifiée de deux figures cubistes extraites du tableau, elle reconstruit ensuite sur un rétroprojecteur l’exploration par ce personnage d’autres lieux, et la visite à d’autres entités extraites de différentes collections et marqués par différentes approches du dessin. Bricolée, participative, joyeuse, la visite ainsi projetée sur les murs du musée fascine ses petits spectateurs.  

SUZANNE CANESSA

OKA a été joué du 13 au 15 novembre au Théâtre de la Criée
La Journée famille et la Journée des enfants a eu lieu le 15 novembre dans divers lieux à Marseille

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Le folk à travers les ères

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© L.S.

Birds on a Wire, le duo formé par Rosemary Standley (chanteuse du groupe Moriarty) et Dom La Nena (chanteuse et violoncelliste brésilienne), façonne un univers délicat tissé de reprises qui traversent les siècles. Un public nombreux est venu au Zef écouter sa dernière sortie, Nuées Ardentes.  

Le public attend, tapi dans le noir, jusqu’à ce que la violoncelliste fasse entendre un bourdon et que la voix de Rosemary Standley s’élève. Évoquant un imaginaire folklorique, la musique plane, d’un ton ancestral, et l’audience est transportée dans un autre temps. Lorsque la lumière arrive, on observe une scène parsemée de feuillages d’automne et un arbre aux côtés des musiciennes. Elles demandent au public : « Si Marseille était un arbre, lequel serait-il ? »

Puis elles se lancent dans Myla et l’arbre bateau. Sans couper la musique, la violoncelliste enchaîne vers La Marelle / Amarelinha où elle déploie une juxtaposition d’effets – comme un rythme frappé sur le corps de son instrument – grâce à son looping station. Le public reprend la mélodie, et dès lors, les deux chanteuses harmonisent une contre-mélodie par-dessus. 

Elles basculent ensuite vers la pop de Bronski Beat avec Smalltown Boy où un effet pluie sonne en « off » et les boucles superposées au violoncelle donnent une impression de tempête. Sur la chanson suivante, Dom La Nena emploie les techniques de musique contemporaine et crée un rythme col legno – en frappant les cordes avec le bois de l’archet. 

Voyage à travers les terres

Après Perlimpinin de Barbara, le public est transporté au XVIe siècle avec le magnifique Hélas mon cœur, une chanson de languissement et de solitude où la mise en scène inclut des oiseaux qui volent autour, faits de papiers tenus à l’aide de perches tenus depuis l’arrière de la scène. 

Elles interprètent ensuite La Jeunesse des morts, un poème d’Anna de Noailles écrit en 1920 qu’elles ont mis en musique, et qui commence avec le bruit de cloches d’une église. La violoncelliste se tourne vers un feu qui crépite au pied de l’arbre, et une fois la chanson finie, Rosemary Standley s’y assoit. 

Dès lors, seul le feu illumine la scène, donnant un éclairage très cinématographique et teinté de nostalgie pour Wish you were here de Pink Floyd. Après cette pause nocturne, elles nous invitent à « chanter haut et fort » avec une samba brésilienne. Pour finir, et après un petit débat avec le public pour choisir, elles interprètent la chanson éponyme Birds on a Wire de Leonard Cohen puis leur mashup de People are strange et When I ride.

LAVINIA SCOTT

Le concert a été joué le 14 novembre au ZEF de Marseille

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La mandoline contemporaine 

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© X-DR

Pour sa sixième édition, October Lab, plateforme de création internationale imaginée par l’Ensemble Télémaque et son directeur musical Raoul Lay, a célébré la mandoline en lui consacrant un programme inédit : quatre concertos originaux, composés pour Vincent Beer-Demander, soliste de la soirée. Après une tournée à Malte et à Bolzano, le public marseillais a pu découvrir ces Concertos du Sud au Pic Télémaque et à la Salle Archipel 49.

La soirée s’ouvrait avec Fighting for Hope, concerto ample et lyrique du compositeur maltais Karl Fiorini, au style « mahlérien » et « bernsteinien » qui évoque le temps qui s’écoule inexorablement. Ici, la mandoline s’intègre à l’orchestre et ne s’affirme vraiment que dans la cadence finale, un mouvement « agitato » virtuose et rock’n’roll, après que le violoncelle a longuement tenu, dans les graves, le rôle principal. 

Le ton change avec une partition facétieuse que l’on pourrait baptiser « Pièce pour Vincent » de Luca Macchi, professeur de composition au Conservatoire de Bolzano, présent dans la salle. Dès l’ouverture, le public est plongé dans un chaos joyeux : cris des musiciens qui interpellent le mandoliniste, effets de souffle, percussions malicieuses. L’orchestre mime une bande de garnements indisciplinés, à laquelle VBD répond avec des salves de mandoline. La pièce culmine dans une cadence spectaculaire, où le soliste dialogue avec un orchestre transformé en terrain de jeu sonore. Ça crie, ça clapote, ça grince, stridule dans les aigus… Puissant et d’une vivacité absolue. Deux jeunes musiciens du Conservatoire de Bolzano, Giulia Trabacchi (harpe) et Luca Cassini (percussions), qui ont suivi l’ensemble Télémaque dans leur tournée, apportent fraîcheur et énergie à l’interprétation.

Slapping et trémolos

Puis ce sera Fractures dela compositrice Manuela Kerer, œuvre minimaliste délicate. La pièce débute autour d’une seule note, le si, que chaque instrument « fracture » dans une esthétique ciselée. 

La soirée se clôt avec un concerto signé Raoul Lay. Inspiré par ses racines italiennes, il nous transporte sur la place d’un village méditerranéen avec un thème populaire – à tirer les larmes – décliné, pour la mandoline, en variations virtuoses à la Paganini. Le premier mouvement, « Cent’anni », « que tu vives cent ans », – expression italienne pour souhaiter longue vie –, évoque l’enfance, une fête foraine avec ses manèges anciens tournoyant. 

Le deuxième, Lacrimae, fait dialoguer violon et mandoline avec une immense sensibilité ; le dernier, enfin, invite à une danse rythmique, une rumba méditerranéenne, entrecoupée d’un long solo du mandoliniste, qui donne immédiatement envie de quitter sa chaise. Entre deux partitions, VBD aime aussi raconter au public toutes les possibilités offertes par son instrument : harmoniques, suraigus, pizzicato, glissandi, tap sur le chevalet, slapping, trémolos ou arpèges… Un disque a été enregistré. Il permettra de revivre ces quatre créations exceptionnelles.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Le concert s’est déroulé le 17 novembre à Archipel 49, Marseille. 

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Rencontres d’Averroès : Hériter de l’arabe

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Mauvaise langue de Nabil Wakim © © Nabil Wakim / Jaouhar Nadi / Nova Production

Spécialiste des questions climatiques, animateur du podcast et de la newsletter « Chaleur humaine » Nabil Wakim documente un impensé de l’enseignement en France : l’arabe est-il une Mauvaise langue ? 

Alors qu’en France le parler populaire a toujours puisé largement dans des mots d’origine arabe, la langue reste peu valorisée, voire marginalisée. Pis encore, les locuteurs eux-mêmes s’en détourneraient. C’est sur ce constat que le documentaire commence, pour explorer le rapport qu’entretiennent ceux qui héritent de l’arabe en France.

Si de nombreux témoins expriment le sentiment de honte, de rejet ou de stigmatisation rencontrés dans leur parcours scolaire ou professionnel,  le film, adapté du livre « L’Arabe pour tous », dévoile également le rapport complexe entretenu par les institutions avec la langue arabe dans une France marquée par l’héritage colonial, et par l’injonction générale au monolinguisme.

Histoire d’un non-enseignement

 Le développement des ELCO, enseignement de la langue et de la culture d’origine, institué en France dans les années 1970, avait pour objectif de permettre aux enfants des familles immigrées d’apprendre la langue d’origine au sein de l’école publique.  En 1977 Lionel Stoléru, secrétaire d’État chargé de la condition des travailleurs immigrés a instauré une « aide au retour » financière, surnommée le « million Stoléru ». L’ELCO et le million visaient  à encourager les immigrés à retourner dans leur pays d’origine, un dispositif qui a maintenu la réalité de l’option du retour,  et qui concernera à peine 100 000 étrangers, principalement des Espagnols, Portugais et Maghrébins.

Aujourd’hui les chiffres sont clairs : l’arabe est parmi les langues les plus parlées au monde avec près de 345 millions de locuteurs natifs. En France, on estime  qu’il y a 4 millions de locuteurs, en particulier dans les populations immigrées ou descendants d’immigrés du Maghreb et du Moyen-Orient. 

Mais force est de constater que dans l’Education Nationale, la place de la langue arabe reste très marginale : à la rentrée 2020, quelques milliers d’élèves apprenaient l’arabe dans les établissements publics. En donnant la parole aux enseignantes comme Zeineb Zaza ou Assia Zegaoula, le film témoigne des difficultés comme de l’enjeu de partager les passerelles culturelles et linguistiques. Davantage assignée à une langue communautaire que professionnelle, l’arabe reste marginalisé.

Pluralité et diversité

Le film n’aborde pas d’autres questions, telles que le syncrétisme linguistique, l’acculturation entre arabe, darija, amazigh, français et parler populaire, ni l’impact dans la transmission entre une langue maternelle parlée au sein d’un couple mixte ou non mixte… 

Les pratiques artistiques sont, sans  aucun doute, l’illustration la plus démonstrative de la vitalité de cette langue. Les expériences de Wary Nichen, humoriste, de Rachid Sguini, bédéiste, illustrent combien cette langue refuse d’être silenciée et ressurgit dans l’espace créatif français. Alors si tu la parles même chouia, maaliche maaliche…

Samia Chabani 

Traverser avec Nabil Wakim 
le 22 novembre à 11h
La Criée
Entrée libre, réservation conseillée

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Rencontres d’Averroès : Parler plus fort que les faits 

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Barbara Cassin © Celine Nieszawer, Flammarion

Dans son nouvel ouvrage, Barbara Cassin repart d’un constat simple et vertigineux : « La clef de la puissance du langage, c’est son pouvoir performatif. » Un pouvoir qui agit, transforme, impose – surtout lorsqu’il est confisqué par ceux qui parlent plus fort que les autres. Comme les sophistes qu’elle aime, mais sans leur exquise malice, Trump et Poutine exercent un empire de la parole qui sidère et réduit au silence. « Asséner l’évidemment faux et avoir l’air d’y croire vraiment produit la sidération ». Il ne s’agit pas seulement de mentir, mais de saturer l’espace symbolique, de parler plus fort que les faits.

À l’affut de cet art de la virtuosité toxique, la pensée de Barbara Cassin, dans Trump, Poutine et l’Europe, ne se fait jamais austère. L’académicienne observe ainsi avec une drôlerie déconcertante les deux « exhibitionnistes de leur corps », l’un « jouissant-criant » et l’autre torse bombé sur son cheval : deux esthétiques du pouvoir, deux façons de faire de la langue un instrument d’hypnose collective. Et ce qui vaut en Russie vaut aussi en Amérique, en Italie ou en Hongrie, où l’on traque mots, genres, langues étrangères, nuances.

Langues en péril

C’est ici que son livre rejoint avec une précision remarquable les enjeux de la table ronde Prendre langue, traduire. Si les langues disparaissent, si certaines deviennent « hypercentrales » et d’autres périphériques, c’est que s’effacent aussi des façons de penser. Traduire, rappelle Cassin, n’est ni transparence ni équivalence : c’est une épreuve de l’altérité, parfois asymétrique, souvent délicieuse, toujours politique. 

Ce geste, elle l’avait déjà inscrit dans le monumental Vocabulaire européen des philosophies ou dans l’exposition Après Babel, traduire dont elle avait assuré le commissariat au Mucem. Ici, elle le replace au cœur d’un présent saturé de récits simplificateurs. Face aux rhétoriques du repli, Barbara Cassin propose une discipline de l’écoute : une manière d’habiter les langues comme on habite le monde, avec prudence, avec humour, avec hospitalité.

SUZANNE CANESSA


La table ronde « Prendre langue, traduire» réunira Cécile Canut, Barbara Cassin, Richard Jacquemond et sera animée par Chloé Leprince (France Culture). 
23 novembre, 10 h
Nouvelle Rencontres d'Averroès
La Criée

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Bienvenue à Pamparigouste

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© G.C.

Tôt le matin, le 15 novembre 2025, des dizaines de personnes reconnaissables à leurs chaussures de marche se retrouvent à la gare de Vitrolles Aéroport. Un petit café, et en route pour un circuit de 9 km ponctué de prises de parole, comme le Bureau des guides du GR2013 en est coutumier. « Est-ce que vous voulez la carte de la balade ? Vous verrez, elle est un peu particulière : on ne peut pas l’utiliser pour s’orienter. Seulement pour se perdre. » 

L’assemblée du jour clôt une période de trois ans, au cours de laquelle le « Laboratoire de Pamparigouste » a enquêté sur la présence du plastique dans l’Étang de Berre. Un dispositif de recherche-action financé par la Fondation de France, comprenant études physico-chimiques, prélèvements participatifs, enquête sociologique sur la perception des polluants par les habitants de la région, design et création artistique.

Larmes de sirènes

Pamparigouste ? Dans la tradition provençale, une île imaginaire au large de Berre, peuplée de fées et réputée inaccessible aux hommes. Le lieu où l’on n’arrive jamais, en somme. « Et si l’île de Pamparigouste, c’était l’Étang lui-même ? Depuis tout ce temps qu’on cherche la vie qui perdure dans les interstices du capitalisme ! », s’amuse un secrétaire général très corporate avec sa cravate, loué à la journée pour animer cette restitution finale. 

L’humour est bienvenu, mais ce sont de vrais résultats bien flippants qui sont présentés aux marcheurs, sur fond de paysage industriel, entre autoroutes et raffineries. « À toutes les étapes de leur cycle, les plastiques sont un danger pour la santé humaine et celle des écosystèmes, rappelle Christelle Gramaglia, sociologue de l’Inrae. Rejointe par le biogéochimiste Sylvain Rigaud : « les microplastiques se retrouvent dans nos poumons, le sang, passent les membranes amniotiques ». Ce sont les innombrables additifs qu’on y ajoute, renchérit Florence Joly, référente en Santé-Environnement chez Médecins du Monde, qui sont particulièrement toxiques. Des pollutions cancérigènes et perturbateurs endocriniens sont présents massivement dans les environs. « Devant LyonDellBasell, nous avons relevé entre 10 000 et un million de particules de PVC par kg de sédiments secs », précise Sylvain Rigaud. « Eh bien, est-ce qu’on peut se réjouir ? Ça nous aura évité des afflux de touristes », rit jaune une participante.

GAËLLE CLOAREC


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Rencontres d’Averroès : Trinités pour des Rencontres

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Dessin de David Prudhomme, extrait de sa bande dessinée Rébétissa © David Prudhomme / Futuropolis

Il n’y aura qu’un seul grand entretien, mais avec Souleymane Bachir Diagne, philosophe essentiel à la pensée contemporaine d’un universalisme désoccidentalisé [Lire ici]. Un débat préliminaire le 20 novembre sur le parler marseillais réunira le sociologue Médéric Gasquet-Cyrus et la réalisatrice Prïncia Car.

Neuf à tables

Mais pour cette édition, la Méditerranée veut « prendre langue », ce qui ne se fait jamais mieux qu’en conversant à plusieurs ! Les trois tables rondes réuniront chacune trois participants pour converser, négocier puis traduire.

Converser, conçu comme un préambule à la relation, n’en est-il pas plutôt l’aboutissement ? Le 21 novembre à 14h30 la philosophe Gloria Orrigi qui travaille sur les nouvelles technologies et leur fabrique de la rumeur (La vérité est une question politique, 2024, Albin Michel), conversera avec l’helléniste Pierre Chiron, spécialiste de l’art rhétorique (Manuel de Rhétorique, Comment faire de l’élève un citoyen, 2018, Les Belles Lettres) et Laëtitia Bucaille, sociologue arabophone spécialiste de la sortie de conflits [Lire ici].

Le 22 novembre à 14h30, il s’agira de Négocier. Un autre usage de la langue, qui ne consiste pas seulement à prendre contact, mais à obtenir des conciliations, sans compromission, en usant d’une langue rassurante qui habille de coton les rapports de force : la diplomatie est un art pour Stéphanie David directrice et représentante à l’ONU de la Fédération Internationale pour les Droits Humains (FIDH) et spécialiste de la Libye, la Palestine et la Tunisie ; pour Julien Vaïsse, historien fondateur du Forum de Paris sur la paix et spécialiste de la politique étrangère américaine ; et Yves Saint-Geours, diplomate, ambassadeur de France, spécialiste de l’Amérique latine et observateur du « nouvel ordre mondial ».

Après les négociations, il s’agit de Traduire, de s’élever contre le châtiment de Babel, de considérer que la pluralité des langues et des cultures est notre plus grande richesse ; un combat que Barbara Cassin, philologue, mène depuis sa connaissance de la Grèce antique, en allant  jusqu’à La Guerre des mots de Trump et Poutine [voir page suivante]. Elle discutera avec Richard Jacquemond, traducteur de littérature arabe moderne, et avec Cécile Canut, sociologue des langues minorisées : celles des Roms, des Maliens, des migrants dans leur pays d’accueil (Provincialiser la langue, langage et colonialisme, 2021, Editions Amsterdam).

Trois récits pas magistraux

Les nouvelles rencontres proposent aussi de nouveaux formats, des masterclass qui mettent en rapport direct l’intervenant·e et le public. Il ne s’agit pas de cours magistraux, mais de récits d’expérience qui se sont, l’an dernier, révélés passionnants.

Monia Ben Jemia ouvrira le seul·e en scène. Le 21 novembre à 17 h. La juriste, militante tunisienne, lutte contre les VSS en Tunisie et défend l’idée que la société civile, les défendeurs des droits, les ONG, sont les gardiens et les garants de la démocratie. Nabil Wakim mènera la masterclass du 22 novembre à 11h [voir page suivante] et Hervé Le Tellier, l’écrivain, président de l’Oulipo, raconter son match d’écriture contre l’IA… et s’interrogera sur ce nouvel interlocuteur le 23 novembre à 14h30.

Trio en soirées

Aux Rencontres d’Averroès, la programmation musicale n’est jamais un simple ornement : elle répond aux débats du jour, prolonge les questions de langue, de mémoire et de circulation des cultures par d’autres voies : celles du rythme, du chant et des corps. Cette année encore, trois soirées composent un triptyque où se déclinent les voix d’une Méditerranée plurielle, indocile et toujours en mouvement. Trois soirées pour faire entendre la Méditerranée.

La première, le 20 novembre à 19 h à l’Espace Julien, interroge : « Comment tu parles ? », avant de faire danser. Après un débat sur le parler marseillais – ce laboratoire vivant où se mêlent héritages, inventions et glissements – la scène se transforme en caisse de résonance avec Temenik Electric, dont le rock arabe incandescent épousera les pulsations de la ville-monde à partir de 21 h. Une manière de rappeler que Marseille s’écoute autant qu’elle se raconte.

Le 22 novembre, à 21 h à La Criée, place au concert dessiné Rébétissa. Dans un dialogue rare entre l’encre et la voix, les dessins de David Prudhomme redonnent souffle aux chanteuses de rébétiko que la dictature de Metaxás tenta de réduire au silence. Autour de lui, les musiciens Aggelos Aggelou et Maria Simoglou font vibrer ce blues grec, musique d’exil et de brasier intérieur. 

Enfin, le 23 novembre, toujours à La Criée et à 17 h, la lecture musicale Et la terre se transmet comme la langue offre un moment de recueillement ardent. La voix d’Elias Sanbar, complice et traducteur de Mahmoud Darwich, se mêle à celle de la soprano Dominique Devals, sur une composition ample et lumineuse de Franck Tortiller. Ensemble, ils tissent une traversée où la poésie palestinienne devient souffle commun, portée par le saxophone, la guitare et les percussions. 

Trois soirées, donc, pour dire autrement ce que les Rencontres n’ont cessé d’explorer : que penser la Méditerranée, c’est aussi l’écouter.

SUZANNE CANESSA

Juniors en peau de chagrin
Le dispositif Averroes Junior avait pris au fil des années une importance capitale pour de nombreux établissements scolaires et des centaines d’élèves de la région. Il sera très réduit cette année. Les financements spécifiques des collectivités se sont arrêtés ces dernières années puisque le Pass Culture avait pris le relais… Mais en 2025 la part collective de ce Pass controversé est passée brutalement de 25€ par élève à 2€50, réduisant comme peau de chagrin démarche essentielle d’éducation artistique et culturelle.
Cette année, Les Nouvelles Rencontres d’Averroès ne peuvent offrir qu’à trois classes de primaires, une de lycée et une de collège, pour certains en option arabe, d’échanger autour de la traduction et d’un karaoké plurilingue, le 18 novembre. Dans un monde aussi fragmenté et fragile, et une académie qui compte plus de 535 000 élèves, ce n’est pas même la part du colibri…  S.Ca

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