jeudi 29 janvier 2026
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Amine Adjina parle de La Cuisine de Mehdi, son premier film

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Amine Adjina (C) Annie Gava

La genèse du film

L’idée de porter un projet artistique ne m’était pas étrangère et c’est par le cinéma que je suis arrivé au théâtre, par le jeu puisque je voulais être acteur. Cette idée m’a toujours habité. Je voulais évoquer ma double culture, mon rapport avec l’Algérie, avec ma famille. Le fait, comme le personnage principal, de compartimenter le monde, la vie professionnelle et la famille. Je voulais travailler cet aspect-là et le rapport à la cuisine, un univers qui m’est proche. J’ai travaillé dans des restaurants, mon père a tenu des cafés et le père de mon meilleur ami qui a inspiré le personnage de Bernard, joué par Gustave Kervern a tenu des bistrots pendant longtemps. La culture des cafés m’habite. Il y a les ingrédients intimes proches. La fiction est arrivée avec le personnage de la fausse mère qui permet de s’interroger sur nos vies. C’est un film à petit budget qui a été facile à produire. J’ai eu de la chance !

Un film très écrit

L’écriture est une partition ; Le film est très écrit ; j’écris pour des acteurs, des personnages qui doivent prendre vie. C’est le cœur de mon travail y compris au théâtre. Après les répétitions, avant le tournage, on a réajusté parfois mais les acteurs jouent la partition. Les dialogues sont importants. J’ai l’impression que parfois on oppose théâtre et cinéma ; pour moi, il y a quelque chose de commun. Les cinéastes qui m’inspirent, comme Pasolini qui m’a chamboulé à 17 ans, Fassbinder, sur la question sociale et l’esthétique, Bergman, ont toujours eu la volonté de faire un cinéma d’auteur. J’ai le souci de la conduite du récit, du rythme. Ici, un personnage qui est coincé : la mécanique se referme sur lui. Le cinéma iranien me plait aussi car c’est un cinéma qui parle de dilemmes qui amènent la conduite du récit. Dans le film, il y a des dilemmes auxquels on n’apporte pas toujours de réponse définitive.

La scène du train

Les mains dansent, puis on découvre qu’on est dans un train. A-t-on les moyens de tourner cette scène ? me suis-je demandé. C’est une scène importante car cette femme qui agit sur tous ces gens est une métaphore : elle fait danser la France, comme un pied de nez dans cette époque bien coincée. On a peu d’espace dans cet intercité Lyon -Nantes et on avait trois heures pour tout boucler. On a donc fait plein de répétitions avant. Je voulais des choses très colorées. On a répété avec une chorégraphe qui pratique la danse du ventre. Je voulais vraiment qu’il y ait l’idée que Souhila leur apprend la danse. Elle montre à Léa avec un gros plan, suit un autre gros plan sur deux autres femmes, encore un gros plan puis le plan large sur tous les passagers  où l’on découvre que tout le monde est en train de danser avant de rentrer dans un truc plus organique comme si on était embarqué avec elle. C’est toujours elle qui guide. C’est important en termes de mise en scène ; c’est Souhila qui guide le mouvement de la caméra, qui impose son rythme.

Les acteurs et les actrices

Quand j’ai écrit, je n’ai pas écrit pour eux. C’est à l’atelier de la FEMIS que j’ai développé la première version du scenario. On y va pas à pas pour un premier film, étape par étape !  Younès Boucif, je l’ai trouvé par un casting. Je cherchais quelqu’un pour qui on éprouve une empathie immédiate. Hiam Abbass, je n’y ai pas pensé tout de suite. C’est quand j’ai vu le documentaire de sa fille, Bye bye Tiberiade, un très beau film que je me suis dit que c’était elle; je lui ai proposé le rôle de Souhila, elle a tout de suite accepté et elle a adoré…C’est une très belle rencontre ; on a présenté le film ensemble à Rome. C’est une véritable leçon d’artiste ; il y a une profondeur dans le rôle, de l’exubérance et du baroque. Il n’y avait qu’elle pour jouer cela. Quant à Malika Zerrouki, qui incarne la mère de Mehdi, c’est une actrice non-professionnelle qu’on avait déjà vue dans quelques films dont Sages femmes de Léa Fehner (https://journalzebuline.fr/le-coeur-battant-de-la-maternite/) ; elle peut facilement passer du rire aux larmes. Clara Bretheau qui incarne Léa, je l’avais trouvée formidable dans Les Amandiers de Valérie Bruni-Tedeschi. Je voulais qu’elle apporte sa fougue, son plaisir. C’est elle qui confronte Mehdi à son énième mensonge ; elle commence à douter. Elle va rencontrer cette « fausse » mère; elle est un peu comme nous ; elle découvre un monde et réalise que quelque chose ne va pas.

Les choix de mise en scène

Je voulais un film chaud. Avec mon directeur de la photo, Sébastien Goepfert, on a regardé des films d’Almodovar, des comédies italiennes. Pour moi, les lieux sont des personnages. Ils ont une identité très forte. On a beaucoup dialogué sur les couleurs. Il fallait une cohérence pour la palette graphique. Dans tous les détails. Quand on travaillait un cadre, on se disait par exemple : on a les cheveux rouges de la comédienne qui  plie des serviettes marron comme dans un tableau et on est pris dans une sorte d’émotion. Pour les plats, les gens doivent avoir faim ! Avoir envie de goûter. Comment filmer la nourriture ? On a fait un vrai travail, faisant appel à un chef cuisinier à Lyon où on a tourné, pour avoir de vrais plats. Il fallait que ça sonne vrai. Il faut que ce qu’on filme ait une vraie valeur. Et on a bien mangé pendant tout le tournage !!!

La musique

Il y a la musique composée par le grand Amine Bouhafa qui traverse tout le film. On ne voulait pas une musique de comédie. Tout ce que le personnage de Mehdi n’arrivait pas à dire devait s’exprimer par cette musique. Une musique qui n’illustre pas. Une musique narrative. Il y a aussi de la musique populaire algérienne. Dans le bar de Souhila, on entend Cheb Hasni, qui était oranais et a été assassiné en 1994, à vingt-six ans, pendant la décennie noire en Algérie. On a aussi des morceaux de la nouvelle génération du raï, comme Cheb Bello et Chebba Chinou ainsi que le rappeur algérien Tif. Toutes les musiques dialoguent avec la question algérienne jusqu’au morceau final qu’on a fait pour le film et qui réunit dans ce duo l’arabe et le français.

Propos recueillis lors du 47e Cinemed à Montpellier par Annie Gava

Lire ICI la critique du film

La Condition : Tout peut –il recommencer ?

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La Condition (C)Diaphana

L’amour parcourt les films de Jérôme Bonnell qui en explore toutes les facettes, de l’enfance à l’âge adulte depuis Le Chignon d’Olga (2002) jusqu’à sa série prévue pour 2026, Un jour on fera l’amour. Son nouveau film, La condition, qui avait pour titre au départ Tout recommencera, ne fait pas exception. Mais c’est la première fois que le cinéaste s’attelle à une adaptation : celle d’un roman de Léonor de Récondo, Amours (sic !) dont l’histoire se déroule au début du XXe siècle. Un film en costumes donc mais au thème très actuel, la situation des femmes face au patriarcat.

Mois d’avril 1908. Une grande maison bourgeoise. Une jeune femme qu’on habille, qu’on corsette ; c’est Victoire, (Louise Chevillotte, que Jérôme Bonnell avait déjà fait tourner dans Les hautes herbes) femme d’André (Swann Arlaud) un notaire, qui semble sûr de lui, imbu de sa personne mais au fond sous l’emprise de sa mère (Incroyable Emmanuelle Devos, méconnaissable). Alitée, ne parlant plus, véritable tyran, elle maltraite les employées de maison et sa bru.’ « C’est la méchanceté qui coule dans tes veines » lui jettera un jour un fils, excédé et que la frustration rend violent. Les deux époux font chambre à part et en bon patron, André s’occupe de la bonne, Céleste (Galatéa Bellugi  vue récemment dans L’Engloutie de Louise Hémon ) A la suite de ses assauts, Céleste se retrouve enceinte et n’a pas son mot à dire. Bien entendu, craignant de se faire renvoyer, elle cache sa grossesse durant six mois ; il est donc trop tard pour « faire passer » l’enfant. Victoire n’a sans doute pas eu son mot à dire non plus, avant d’être mariée à André et les rapports avec son mari ne leur ont pas donné d’héritier. Une solution est trouvée : Céleste ne sera pas renvoyée, mettra au monde l’enfant qui deviendra le fils des maitres. Cet arrangement, inhumain, terrible pour Céleste, va peu à peu rapprocher les deux « mères » : En secret, elles s’occupent ensemble du bébé ; leurs corps se rapprochent, faisant naitre une grande tendresse entre ces deux femmes que leur condition sociale opposait, maitresse et servante, et leur révélant peu à peu leur désir.. Tout peut –il recommencer ?

Dans une mise en scène classique, sobre et fluide, des décors très soignés conçus par la cheffe décoratrice, Catherine Jarrier-Prieur, La Condition traite à la fois les rapports sociaux, dominant –dominé, les rapports imposés aux femmes par le patriarcat et le tabou de l’homosexualité. La caméra de Pascal Lagriffoul a su saisir les émotions des deux femmes superbement interprétées, filmant avec délicatesse les visages et les corps qui se découvrent. Quant à Swann Arlaud, il incarne avec justesse cet homme dont on découvrira le secret.

Annie Gava

La Condition sort en salles le 10 décembre

© Diaphana

[PRIMED] La promesse d’Imane

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Nadia Zouaoui a commencé à échanger avec Imane Chibane en 2015, après le meurtre de Razika Cherif dans la petite ville algérienne de Magra : un automobiliste furieux que Razika ait refusé ses avances, lui roule dessus à deux reprises. Le coupable n’est pas un déséquilibré, c’est même un très gentil garçon selon ses voisins. Il est le symptôme et le produit d’une société malade, le fils d’un pays qui n’aime pas les femmes, et les considère comme des mineures à vie. Imane a 20 ans. Et elle est en colère devant les violences et les injustices faites aux femmes. Telle empêchée d’entrer à l’université et de passer son examen pour une jupe trop courte, telle déboutée par la police complice de son harceleur, telle battue pour avoir fait un jogging avant la rupture du jeûne. Des manquements impunis, des brutalités excusées, une banalisation du harcèlement quotidien dans les transports en commun et l’espace public, qu’Imane, consciente du pouvoir des réseaux sociaux, décide de dénoncer systématiquement sur son blog. Architecte de formation, elle devient journaliste et militante. On la trouve morte en 2019 avec son fiancé et deux amies dans un appartement d’Alger, victimes tous quatre d’asphyxie par monoxyde de carbone. Elle a 26 ans.

Imane avait aimé le film de Nadia Zouaoui, Le voyage de Nadia (2006) co-réalisé avec Carmen Garcia, qui évoquait un mariage forcé, et un retour en Kabylie des années après pour voir si les choses avaient changé. Imane et Nadia s’étaient rapprochées et la cinéaste algéro-canadienne s’était engagée à documenter sa lutte.

De guerre jamais lasse

Ce film cherche à honorer cette promesse à titre posthume, dans la continuité des combats pour les droits des femmes. Pour la faire exister à l’écran, Nadia a peu d’images d’Imane. Deux interviews télévisées. Quelques photos de la jeune femme, c’est tout… Le portrait se fera donc à travers la mémoire de ses amies et de sa cousine Asma sur le chemin de Bejaia où elles doivent se retrouver en souvenir d’Imane. Dans l’émotion, les larmes réprimées, la joie des retrouvailles et des bons souvenirs aussi. Il se complètera avec les témoignages de celles qu’Imane a marquées pour toujours. Ludmila Akkache, documentariste, activiste féministe, Nisma Tigrine enseignante de tamazight, une génération qui continue le combat. La restitution collective proposée ici ne se contente pas de reconstruire le passé. Elle ressuscite Imane dans le présent, l’associe au futur des luttes. Car tous les discours concordent : Imane vit en chacune, leur donne de la force quand elles doivent affronter dans leur quotidien le sexisme, les conduites machistes ou le découragement. Ludmila Akkache parle d’un « burn out féministe » quand elle se dit qu’elle répare des poupées cassées mais ne parvient pas à casser la machine qui les fabrique. Mais a-t-on le droit d’abdiquer ? La présence d’Imane s’affirme à l’écran par la mise en scène de son blog. Nadia Zouaoui affiche ses pages, ses slogans, scénarise les faits divers collectés, montre des manifestations de femmes, et fait entendre les très beaux textes de la blogueuse, dont le dernier adressé à une fille future qu’elle ne connaîtra pas.

C’est un très beau mot « promesse » il recèle l’idée d’engagement, de fidélité, et parie sur l’avenir.

ELISE PADOVANI

Et le cœur ne s’est pas arrêté

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© Christophe Raynaud de Lage

Tout part d’une rencontre. Lors d’un voyage au Liban en 2021, François Cervantes, Catherine Germain et Xavier Brousse sont invités par le collectif Kahraba pour la création du second volet d’Arletti à l’étranger. Vient ensuite une envie de collaborer, donnant naissance à Et le cœur ne s’est pas arrêté. Dans une maison très ancienne, perdue dans un no man’s land, Younès et Sami vivent chez Tamara. La maison est grande. La guerre est proche. Dirigés par Catherine Germain, Éric Deniaud (Younès) et Aurélien Zouki (Sami) se révèlent dans des personnages clownesques, poétiques et remplis d’humanité. La création aborde le chaos, l’espoir mais aussi la fraternité, et amène chacun·e à trouver sa propre interprétation. Le public est embarqué non pas en simple spectateur, mais avec un véritable rôle à jouer.

Carla Lorang

9 décembre 
Théâtre Joliette, Marseille

Différence et répétition

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Vanessa Wagner © Marseille Concerts

On n’en revient pas lorsqu’à l’issue du concert, on jette un œil à sa montre. C’est pourtant bien une heure et demie qui s’est écoulée comme un souffle continu, sans jamais peser. Alors que la musique qualifiée de minimaliste ou encore de répétitive n’est pas réputée pour sa capacité à fasciner, elle possède pourtant le pouvoir de suspendre le temps, lorsqu’elle se voit interprétée avec un tel génie.

L’idée de mettre en regard ces deux compositeurs, souvent associés de loin par un certain dépouillement, mais rarement rapprochés avec une telle évidence, s’est révélée lumineuse. Plus cynique, plus dandy, Satie aime jouer avec les codes, les attentes, parfois même la provocation douce des titres absurdes. Un esprit dada avant l’heure, cousin lointain de Duchamp, ou peut-être plus proche de la vivacité d’un Cocteau. Pourtant, Vanessa Wagner n’en retient pas la dérision : elle en révèle la tendresse secrète, la ligne claire, une mélancolie de l’enfance tapie sous l’épure. Les Gnossiennes prennent sous ses doigts un balancement intime, une respiration souple : elles chantent, de même que sa célébrissime première Gymnopédie que l’on a l’impression d’entendre pour la première fois.


L’art de la filiation

Face à cela, Glass aurait pu paraître plus mécanique ou trop frontal. Il n’en est rien. Vanessa Wagner en tire une matière lumineuse, d’une transparence stupéfiante : les couches se superposent comme des voiles, les nuances s’y impriment avec une minutie extrême. De ces Études, qu’elle connaît intimement, la pianiste fait entendre le chant intérieur, la vibration nouvelle qui émerge sous l’infime variation. À force de revenir, les motifs se densifient, s’épaississent, se colorent. Les boucles deviennent obsédantes, mais jamais oppressantes : elles mûrissent, muent, se déplacent dans l’espace sonore.

En bis, avec Dead Things – thème de The Hours –, la pianiste rappelle combien Glass sait superposer les temporalités, comme le film de Stephen Daldry superposait les récits autour d’un même texte. Satie, lui aussi, ne faisait peut-être que cela : ouvrir des chemins parallèles. Différence et répétition ne sont, nous rappelait Deleuze, pas antagonistes, mais solidaires, liées par un même mouvement intérieur. De l’une à l’autre, Vanessa Wagner nous convie à un voyage musical qui, par son intelligence et sa douceur tenaces, réunit deux univers dans un même paysage. 

SUZANNE CANESSA

Le concert a été joué le 30 novembre au foyer de l’Opéra de Marseille dans le cadre de la saison Marseille Concerts

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[PRIMED] : Achille Lauro- The Terror Cruise

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C’était un 7 octobre, aussi. En 1985, quatre terroristes du Front de libération de la Palestine s’emparent du bateau de croisière l’Achille Lauro au large du port d’Alexandrie. Ils prennent en otages les 450 passagers de toutes nationalités et contraignent le capitaine à se diriger vers la Syrie. Ils réclament la libération de 50 prisonniers palestiniens détenus par Israël, menaçant d’exécuter à intervalles réguliers leurs otages. Yasser Arafat condamne le détournement et les tractations commencent entre l’Égypte, l’Italie et les États-Unis. Des divergences de stratégie apparaissent. Fort de sa flotte en Méditerranée, Reagan prône une intervention militaire, Bettino Craxi la diplomatie. Refoulé par les Syriens, le commando accepte la reddition négociée par l’Égypte et l’O.L.P.  Son exfiltration sera menée par Abu Abbas, -plus tard considéré comme le cerveau de l’opération. Alors que les preneurs d’otages sont en route pour Port Saïd, et que le président égyptien Moubarak compte les élargir vers la Tunisie, les croisiéristes sont libérés au soulagement général. Mais, on apprend soudain qu’un citoyen juif américain handicapé, Léon klinghoffer, manque à l’appel : abattu et jeté à la mer par un membre du commando.  L’accord est immédiatement remis en cause par les USA ouvrant la voie à une rocambolesque poursuite aérienne et une arrestation des terroristes par les italiens sur l’aéroport sicilien de Sigonella.

The terror cruise

Si l’affaire de l’Achillo Lauro -sans minimiser le traumatisme des otages ni la douleur de la famille de la victime, n’a pas été aussi tragique qu’elle aurait pu l’être, elle a profondément marqué les esprits. Dramatique avec ses unités de temps et de lieu, sa tension, ses rebondissements, digne d’un film d’épouvante, d’un blockbuster hollywoodien ou d’un thriller politique. Cinq ans après, d’ailleurs, Alberto Negrin en fait un téléfilm – Burt Lancaster au casting, Ennio Morricone à la BO, et John Adams lui consacre un opéra. Le documentaire de Simone Manetti, The Terror Cruise, arrive 40 ans après les faits et se garde bien de les romancer. Si la chronologie qu’il suit introduit un suspense auquel le spectateur même averti se laisse happer, le cinéaste table sur la sobriété, la clarté, l’efficacité. Son brillant montage croise, les témoignages des ex-otages, vieillis, saisis sur un plateau faiblement éclairé, ceux de leurs familles, à ceux du capitaine de l’Achille, du pilote d’avion en charge de l’interception finale. On entend l’épouse d’Abu Abbas… ou encore à visage découvert, un des membres du commando Abdellateef Fataier. Il a purgé sa peine en Italie, après sa condamnation. Il est désormais père de famille, retiré dans un endroit secret. Les images des camps de son enfance, du massacre de Sabra et Chatila, de l’enrôlement des enfants palestiniens dans la lutte armée, accompagnent son récit. Rien ne le dédouane mais il vient de là. De cette histoire-là, de cette misère-là, de cette haine-là. Une passagère de l’Achille dira que les terroristes étaient particulièrement gentils avec les enfants, comme s’ils en étaient très proches. Et un peu inconscients, l’un d’eux confiant une grenade à son fils comme jouet.

Les photos et vidéos privées se mêlent aux archives des télés, aux pages des journaux qui couvrent l’actualité à chaud. En multipliant les angles du récit : affects individuels, enjeux historiques, géopolitiques et juridiques, le cinéaste met en évidence la complexité et l’actualité de cet événement -pourtant entré dans l’histoire. Et, c’est passionnant !

ELISE PADOVANI

Au programme du 4 décembre 2025

Trio féminin à la galerie Zemma

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Caroline Weill Mucem II, Marseille, 2016 L'étincelle de l'aube, © Caroline Weill, 2025

L’étincelle de l’aube est le dernier chapitre d’une trilogie d’expositions féminines organisée à la galerie Zemma par la commissaire d’exposition Aude Ragouilliaux. Les racines des nuages, organisée à l’automne 2023 traitait de « l’importance d’être ancré à ses racines, pour pouvoir créer et avancer dans sa vie ». À l’automne 2024, La métamorphose des Élytres évoquait « la nécessité de transformer son environnement pour se libérer et ouvrir de nouvelles perspectives ». Ce troisième volet évoque « l’importance du lien aux autres, le renouveau et la promesse de changement ». 

Skyline

Traversant le long d’une ligne horizontale tout le grand mur de la salle principale, les photos argentiques de Caroline Weill, architecte-photographe documentent « un monde où les liens sociaux s’étiolent » ainsi qu’ «une humanité fragile mais persistante ». Une ligne d’horizon fragmentée, une skyline, constituée de photographies couleurs de différents formats, prises à différents endroits du monde (États-Unis, Vietnam, Marseille, …). Paysages naturels et urbains, panoramas et cadrages serrés, groupes de personnes, couples ou silhouettes isolées, en lien avec des espaces ou des objets architecturaux. Dans des scènes quotidiennes, touristiques, banales, parfois teintées d’humour, d’absurde ou de cruauté.

Jeux d’espaces 

Emilie Fayet, 2025, vue générale L’étincelle de l’aube, © Emilie Fayet

En face est accroché le travail d’Émilie Fayet, rythmant l’espace d’exposition de ses toiles bicolores, combinant deux motifs géométriques, lignes et cercles, s’inspirant notamment du noren, rideau japonais traditionnel. L’artiste travaille avec des teintures naturelles : ses toiles de coton sont teintes avec de la noix de galle de chêne et ses motifs sont peints à l’argile ferrugineuse. Des toiles proposant, avec ces deux teintes et ces deux motifs, des jeux d’espaces et d’équilibres entre vides et pleins, positifs et négatifs.

Courbes

Enfin, dans la salle en contrebas, Léa Bigot, qui se définit comme artiste-designer, revendiquant son attachement à la nature et à ses origines réunionnaises, propose une installation où l’on trouve des pièces de bois gravé et peint, posées au sol, et des sculptures en céramique polie. Des céramiques aux formes épurées, installées sur différents socles à différentes hauteurs, certaines suspendues ou accrochées aux murs. Objets blancs et abstraits, présentant courbes douces et pointes, formes pleines et creuses. Titrée Fort intérieur, il s’en dégage, entre apaisement et tension, formes épurées et matériaux bruts, quelque chose d’intime.

Léa Bigot, 2025. Vue générale L’étincelle de l’aube, © Emilie Fayet

MARC VOIRY

L’étincelle de l’aube
Jusqu’au 20 décembre
Galerie Zemma, Marseille

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Cannes fait danser la Côte et les States 

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Cie Paulo RIbeiro © Ana Rocha Nene

La Biennale de Danse de Cannes est devenue annuelle sous la houlette active de Didier Deschamps, auparavant directeur du Théâtre National de Chaillot, temple de la danse contemporaine. Dorénavant intitulée Festival de danse de Cannes, sa programmation s’étend vers la côte maralpine, englobe Carros, Antibes, Nice. Ainsi, il faudra aller vers la scène 55 de Mougins pour voir Maldonne de Leila Ka (le 6 décembre à 17h30). Mais les théâtres de Cannes ne sont pas en reste : La Licorne accueille hip hop (Isicathalo le 4 décembre à 19h30) et spectacle pour enfants (le très joli Le Petit B pour les bébé de Marion Muzac, à 9h30 et 11h le 6 décembre).

Sur la Croisette, au théâtre Marriot, le Ballet de l’Opéra Grand Avignon propose trois créations de chorégraphes américains (le 7 décembre à 17h). Le Palais des festivals concentre enfin les très grandes formes. On découvrira ainsi dans son Théâtre Debussy une première mondiale de Paulo Ribeiro : Louis Luis s’invente dans le rapprochement de deux compositeurs contemporains, Louis Andriessen et Luís Tinoco, interprétés en direct par l’orchestre national de Cannes. Et en clôture, dans son Grand auditorium, le Nederlands Dans Theatre II proposera trois autres créations de chorégraphes américains. Car la création chorégraphique américaine est plurielle et politique, mêlant intimement danses urbaines et mémoires classique et jazz. Elle vit des temps difficiles, et a besoin des scènes européennes.

AGNÈS FRESCHEL


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Le regard aiguisé des sciences 

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Planetes de Momoko Seto © Gébéka Films

Zébuline : Quelle est ligne de cette 16e édition ?

Serge Dentin : Toujours la même ! Nous sommes d’abord un festival de cinéma, et la ligne éditoriale de la sélection repose sur la singularité du regard, la mise en scène. Certains films ont des sujets passionnants, mais semblent essentiellement informatifs, trop formatés, au comité de sélection, qui ne les garde pas.

De qui est formé ce comité ? 

Ce sont 25 personnes, des enseignants-chercheurs et des réals qui dialoguent. Cette année on a reçu plus de 400 films, c’est un long travail de tout visionner. Mais le dialogue entre sciences et cinéma existe ainsi d’emblée : ils choisissent des films où il est question de sciences exactes, humaines, sociales, de philosophie aussi. De biologie : on a eu beaucoup de films écologiques cette année. On a des films expérimentaux qui travaillent les thématiques de la recherche, mais on prend soin qu’ils suscitent le dialogue avec le public, et avec le jeune public pour ceux qui leur sont présentés. On a une programmation internationale même si on a beaucoup de films français, et on veille à avoir  autant de réalisatrices que de réalisateurs. 

Vous décernez des prix ? 

Oui, cinq ! Nous avons un jury pour chaque format : très court, c’est à dire moins de 10 minutes, court en dessous d’une heure et long au-delà. Et une séance de courts destinée aux enfants, qui décernent leur prix à l’issue, et un prix du public pour le très court. 

Vous déclinez aussi des thématiques …

Oui, nos séances sont généralement composées d’un court, d’un long et d’une rencontre. Par exemple pour l’ouverture à la Baleine on a un film de 30 minutes de Phane Montet, partie en Laponie suivre le cheminement de Bilal Bereni, puis un documentaire de Pilar Arcila et Jean-Marc Lamoure tourné à l’hôpital psychiatrique de Valvert (de Marseille, ndlr). Sur l’hospitalité, les salles fermées. Qui veut ouvrir les portes, et retrouver le rapport entre hôpital et hospitalité. Les réals seront là, des psys de l’hôpital, pour réfléchir à la notion de Refuge, et de Chemin.

Vous avez également programmé une soirée Humain/Animal.

Oui, à l’Artplexe, avec le film Monologo Colectivo de Jessica Sarah Rinlan, qui a reçu le Grand prix du cinéma du réel et de nombreux prix internationaux. Elle s’est attachée à la souffrance animale dans les zoos d’Argentine, à la relation avec les soignants qui recueillent les animaux malades. Pascal Carlier, du labo Ethologie/Psychologie de l’IRD, débattra avec le public à l’issue du film 

Psychologie, encore, mais humaine, avec le thème Guerres, Secrets… 

Oui, avec un court de Violette Gleizer sur l’entourage disparu de sa grand-mère, rescapée de la Shoah. Et un long d’Isabelle Ingold, Les Recommencements, presque un film anthropologique sur un Yurok, Ali Moon, qui a fait la guerre du Vietnam et dont les angoisses refoulées remontent. 

Puis un samedi de clôture chargé… 

Qui commence avec une séance de courts sur le thème Famille le matin au polygone étoilée, puis  une conférence performée de Camille Goujon au Miroir, sur l’histoire de Marseille, où la réalisatrice remonte jusqu’à Phocée pour démonter le mythe et les réalités des migrations. Puis avec un très beau film de Marie Murat tourné avec des personnes, malades, guéries ou en rémission d’un cancer. Enfin, la séance de remise des prix, et la projection en avant-première de Planètes, un film d’animation et d’anticipation de Momoko Seto

Entretien réalisé par Agnès Freschel

Risc
Du 9 au 13 décembre
Divers cinémas, Marseille

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[PRIMED] Bosco Grande 

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Bosco Grande (C) Wendigo

Un avion qui atterrit à Palerme. Un coup de téléphone. C’est Giuseppe Schillaci qui vient rencontrer et filmer Sergione, Sergio Spatola , le protagoniste de son nouveau documentaire, Bosco Grande. Bosco Grande est un quartier populaire de la capitale de la Sicile et …de la maffia. C’est d’ailleurs contre l’emprise de de cette culture maffieuse dans les années 80 que Sergione, légendaire punk, a résisté. Giuseppe Schillaci , lui- même palermitain, décide de faire un nouveau documentaire sur sa ville natale et contacte Fabio Sgroi, un photographe qui avait été dans sa jeunesse guitariste d’un groupe punk, MG et qui a collaboré avec Laetitia Battaglia. « Je veux faire un film sur les années 80 à Palerme ». C’est ainsi qu’il rencontre Sergio et nous aussi : la première image de lui, assis dans un petit appartement est un choc ; il pèse 260 kg ! Il est tatoueur à présent et ne sort pas de chez lui. Grâce à Giuseppe Schillaci,nous allons approcher cet homme, comprendre son mal être et pouvoir le regarder sans dégoût, sans rejet au fil du film. Il se confie facilement, Sergio ; il parle de sa famille « un peu dans l’ambiance de la maffia » Il a vu des choses qu’il n’aimait pas. Battu par son père qui le traitait de bon à rien. Âgé d’à peine 13 ans,  il restait  parfois absent toute une semaine de chez lui et personne ne s’en souciait..  Sa mère lui répétait «  Ne rentre pas à la maison, si tu as pris des coups ! » Une mère qui ne se déplace pas pour le voir même quand in ne sort plus de son lit depuis 5 ou 6 mois. Il  a compensé le manque d’amour de sa famille en mangeant trop, beaucoup trop. Un séjour d’un mois dans un centre spécialisé pour l’obésité lui permet de perdre 35 kgs mais il s’en échappe au bout d’un mois. Il ne veut pas guérir.   « Je suis comme ces gens qui sont restés si longtemps en prison qu’à l’intérieur, ils sont quelqu’un, mais dès qu’ils sortent, ils ne sont plus personne. » confie –t-il

Giuseppe Schillaci revient le voir à plusieurs reprises filmant avec beaucoup de tendresse cet homme qui est devenu son ami,  nous permettant ainsi d’approcher un homme à qui la vie n’a pas souri. Il donne la parole à ses amis, mêlant images d’archives, photos, musique.

« Son énorme corps immobile est l’emblème de sa rébellion désespérée » confie le réalisateur. Le corps de Sergione devient décor et symbole, contre la culture bourgeoise et mafieuse, contre la violence, contre les valeurs patriarcales ; la caméra l’observe, tel un roi sur son trône, un roi prisonnier. Sergio qui est  resté punk et en a gardé la devise   « live fast – die young » Bosco grande est certes très inconfortable par moments mais permet de regarder autrement un homme atypique, fragile blessé par le manque d’amour et la solitude, un homme révolté.

Annie Gava

Primed du 29 novembre au 6 décembre