mardi 15 septembre 2026
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[Les Fadas du Monde] Au fil de l’eau à Martigues

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Isaya © X-DR

Ils n’aiment pas du tout qu’on dise « festival ». Les Fadas du monde ont été conçus, et restent un état d’esprit. Celui de la Venise provençale, qui construit son été au fil de l’eau, emmenée par l’esprit de ses canaux où le sel se mêle à l’eau douce, la vie ouvrière à celle des pêcheurs, des commerçants, des plaisanciers. Tous et toutes « fada·de·s » du monde, amoureux de la vie, qui savent mettre quelques grains de sable dans les rouages pour arrêter un peu la machine, et penser l’avenir.

Les Fadas du monde sont nés en 2019, après l’arrêt du Festival de Martigues, qui revisitait la notion de « folklore », cet anglicisme qui désigne en français les arts populaires liés à chaque terroir. Repéré et fédérateur, ce festival « danses, musiques et voix du monde » devait, pour la mairie, être remplacé « par une façon plus contemporaine de célébrer la culture populaire ». C’est dans cet esprit que la municipalité, communiste depuis 1968, a inventé les Fadas du Monde, qu’elle définit comme « une nouvelle démarche en faveur des droits culturels ».

Florian Salazar-Martin, maire-adjoint « non à la culture mais à une délégation transversale sur l’environnement, les transitions, l’aménagement du territoire et la culture » aime aussi relier les arts et leur pratique, leur fabrique, et l’esprit critique qu’ils suscitent lorsqu’on les partage dans l’espace public. Il a donc conçu les Fadas – terme choisi pour désigner « celles et ceux qui se laissent toucher par les fées », et bien sûr « pour la connotation provençale, et populaire » – comme « une nouvelle forme d’action publique avec les habitantes et les habitants », qui « couvre tous les champs artistiques » et « s’élabore avec tous et toutes tout au long de l’année. » Tout en « trouvant sa place en juillet et août », admet-il « au cœur des festivités estivales ».

Programmer local, penser global

Même s’il n’est pas facile de se repérer dans une programmation foisonnante qui se construit aussi au fil de l’eau, l’été des Fadas du Monde décline ses formes avec quelques constantes repérables !

Les Fadas de musique se retrouvent chaque lundi dans la Cour de l’Île. Cette année les artistes marseillai·ses seront particulièrement présent·es, et on retrouvera le reggae de Siska, le duo gémellaire Isaya, le duo dream folk Tessina, le Cabaret Cagole nomade, DJ Carlala et Liquid Jane ! On verra aussi le garage punk de La Flemme et la « pop ratée » de Le Bien. Sans oublier le flamenco Juan Carmona, d’Aubagne, et le gala des dix ans de Lyrique en Provence, emmené par la mezzo-soprano Sophie Pondjiclis, à la carrière internationale, mais formée au Conservatoire de Marseille et… martégale !

Ce soutien aux artistes de la région, qui se retrouve aussi dans les compagnies de théâtre programmées (Cie Janette) est pour Florian Salazar-Martin une évidence : il s’agit de « prendre soin de l’écosystème culturel », sans pour autant négliger de faire venir les voisins d’Occitanie ou le monde plus lointain (Lucas Santtana, Brasiliano, Bia Ferreira, figure du féminisme noir queer et antiraciste…).

D’autres rendez-vous ? L’ouverture le 30 juin avec La dernière (tournée) de Radio Nova, les ciné-fadas, qui s’arrêtent chaque jeudi dans un quartier avec des films tous publics, qui vont d’Astérix et Obélix de Chabat et Fureur de Bruce Lee à des films plus engagés, comme Kneecap, En fanfare ou Chien de la casse

Au village sans prétention

Ce non-festival d’été a même un temps fort, dans un espace village à la base nautique de Tholon. Les horaires et détails sont à découvrir sur place, mais tout s’y déroule chaque jour de 18 h à minuit, avec un marché des assos, des ateliers créatifs pour les enfants, des spectacles et des concerts chaque soir (Surcouf de la Cie Sacékripa, Les Josianes, circassiennes ardéchoises et féministes…), des scènes ouvertes et des jams sessions, un banquet aux saveurs martégales, des karaokés avec orchestre, des discussions et rencontres organisées et animées par Nora Hamadi, une Boum Boom, et la retransmission de la Coupe du monde de foot. Vraiment fada, fan de chichourle…

AGNÈS FRESCHEL

Les Fadas du monde

À partir du 30 juin

Divers lieux, Martigues

Le Village des Fadas

Du 7 au 12 juillet

Base nautique de Tholon, Martigues

Retrouvez nos articles Escapade Ici

[Musées de Nîmes] Peintures à l’huile et eau en peinture

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About the Face, 2023, oil on canvas, 200 × 150 × 5 cm.. Courtesy of Tursic & Mille © Tursic & Mille

Depuis leurs débuts à la fin des années 1990, sous des faux airs de barbouille nonchalante, la peinture virtuose du duo formé par Ida Tursic et Wilfried Mille est un champ d’expérimentation permanent, où les images se confrontent les unes aux autres, entre références à l’histoire de l’art, imagerie populaire, paysages en crise et prolifération visuelle contemporaine. Un espace de friction où se produisent les « dissonances » revendiquées par le titre de l’exposition, dont l’un des exemples paradigmatiques pourrait être Mélancolie, huile sur toile exposée dans la dernière salle du parcours : une femme assise sur un canapé, immobile et confortable, regardant le spectateur, tandis qu’une forêt brûle derrière elle.

Jeux de mots

Un autre paysage en feu, In Between, diptyque représentant une maison de banlieue consumée par les flammes sous un ciel rose délavé, se trouve également dans cette salle, nommée par les artistes Salle Mélancolie. Elle est précédée, dans le sens de la visite, par la Salle du bonheur, la Salle noire, la Salle obscénité, la Salle accident – et la Salle Lavis en rose : la plus vaste salle de l’exposition, avec une dizaine de grands tableaux, baignés d’un lavis rose qui agit comme un filtre uniforme. Et l’un des jeux de mots dont le duo semble assez friand : dans la Salle bonheur, un tableau représentant un gros lapin ahuri, rapidement brossé, aux deux pattes avant hilarantes, est titré Lapin Ture. Auparavant on aura croisé, sur le seuil de l’exposition, un Autoportrait, toile sur laquelle figurent : une auto -de facture enfantine, un porc -façon naturaliste rapide, et un trait noir horizontal -épuisé et vaguement dégoulinant. Auto-porc-trait.

Environnement pictural

De la Salle bonheur à la Salle Mélancolie, c’est toute une peinture à la fois farceuse et inquiète, à la vitalité détonante, qui se déploie, en faisant affleurer constamment le désordre du monde. Et qui, tout en jouant avec les images et les mises en abyme, à travers des tableaux de différents formats, du petit au très grand, présentés parfois en série répétitive, représentant des paysages, des portraits et des personnages dans différentes situations, affirme en permanence sa présence physique : tâches, dégoulinures, éclaboussures, épaisseur de la matière, accidents de surface, gestes visibles et traces de fabrication.

Dissonances à géométries variables

Jusqu’au 11 octobre

Carré d’art

Inscrite dans le cycle d’expositions « Eau, source d’inspirations », qui associe plusieurs établissements municipaux – le Muséum d’histoire naturelle, le musée des Beaux-Arts, le musée du Vieux Nîmes, le musée des Cultures taurines – l’exposition Lumières et ténèbres, la fascination de l’eau propose au rez-de-chaussée du musée des Beaux-Arts un parcours à travers plus de quatre-vingts œuvres, la plupart de la fin XIXe au début XXe siècle.

Des ténèbres vers la lumière

Le parcours est organisé en trois sections : « Monstres et tempêtes, entre réel et imaginaire », « Sources et ressource : l’eau salvatrice », « Effets et reflets, une beauté fascinante », auxquelles s’ajoute un espace consacré à deux vidéos de Sophie Calle, issues de sa série Voir la mer, pour laquelle elle a invité des habitants d’Istanbul, et pourtant n’ayant jamais vu la mer, à la regarder pour la première fois.

Une exposition qui se développe « à rebours », en partant des monstres, des tempêtes et des visions inquiétantes pour se diriger progressivement vers la lumière et les jeux de reflets.

Créatures

Au centre de l’espace de la première section est exposée un marbre léger et gracieux de Denys Puech, représentant une sirène ailée, qui sort des flots en emportant sur son épaule gauche un jeune homme, posé sur un socle-vitrine où se trouvent des fossiles d’ammonites, de poissons et de gouttes de pluie. Tout autour, en dessins, gravures et peintures, d’autres personnages (la Loreleï d’Adelaïde Salles-Wagner, le Laocoon de Paul Dardé), des scènes mythologiques (Daphnis et Chloé de Charles-Edouard Delort), des marines tempêtueuses (François Barry) des éditions anciennes sous vitrine, des projets de fontaines.

Dans la section « Source et ressources », l’eau est abordée sous l’angle de « la (re)naissance, la vie, la purification et la guérison ». On y trouve notamment des baigneuses (Laurens P.Aigul), des lavandières (Sarkis Diranian), des Danaïdes (Tony Robert-Fleury) et Le retour du troupeau au gué de l’Arc d’Émile Loubon.

Enfin dans la section « Effets et reflets », qui clôture le parcours, des rivières (Maison sur l’eau – Antoine Ponchin), des canaux (Venise – Louis Etienne Dauphin), des étangs (Pêche à l’épervier, Martigues – Félix Ziem) ou des bords de mer (Les rochers de la corniche et de la Pointe-Rouge – Raphaël Ponson), qui deviennent des laboratoires pour peindre la lumière, dans des tableaux souvent construits autour d’équilibres sophistiqués entre ciel et eau.

À noter que tous les espaces de l’exposition sont accompagnés par des propositions sonores conçues, au-delà des sons de vagues relaxantes émanant des vidéos de Sophie Calle, avec le Conservatoire de Nîmes, alliant récits et compositions musicales.

Lumières et ténèbres, la fascination de l’eau

Jusqu’au 17 novembre

Musée des Beaux-Arts

MARC VOIRY

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L’héritage Inca à Draguignan

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Bouteille sculpturale. Personnage zoomorphe Cupisnique 2007.16.11. Culture Cupisnique (1500-500 a.C.) Céramique modelée, peinte et gravée. 26,5 x 16,5 x 18 cm. Museo de Arte de Lima Donation Collection Petrus et Verónica Fernandini Photographe : Daniel Giannoni

235 œuvres, trois millénaires d’histoire et un voyage à plus de 12 000 km de la France. À Draguignan, l’Hôtel départemental des expositions du Var accueille l’exposition Incas : l’héritage sacré des Andes, du 20 juin au 27 septembre. Consacrée à l’histoire des civilisations anciennes dans cette région du Pérou, l’exposition se concentre sur la notion de sacralité. Un choix qui s’explique par l’importance du divin dans ces cultures, et qui a permis « aux Incas d’avoir autorité sur ce vaste territoire », nous apprend Carole Fraresso, commissaire de l’exposition et archéométallurgiste, experte de l’orfèvrerie andine et d’art précolombien.

Au programme de l’exposition : céramiques, textiles, plumasserie et orfèvrerie. Une sélection d’objets d’une grande diversité dont « l’état de conservation est étonnant », explique Carole Fraresso. L’ingénierie, qui a fait l’une des forces des civilisations incas, n’est pas non plus laissée de côté. Parmi ces innovations notables étudiées : les puquios, ces puits souterrains permettant la récupération d’eau venue des sommets enneigés.

Des quatre coins du globe

Si l’exposition devait à l’origine débuter le 13 juin, son lancement a été repoussé au 20 juin en raison d’une organisation titanesque. De nombreuses œuvres présentées arrivent directement du Pérou, et plus particulièrement du musée d’art de Lima et du musée Larco. « À eux seuls, ils représentent la colonne vertébrale de l’exposition », soit près de la moitié de l’exposition selon la commissaire. D’autres musées européens prennent aussi part au projet, parmi eux : le British Museum, le Quai Branly, le Musée des Amériques d’Auch et de Madrid. « Une exposition digne des grandes expositions parisiennes ou des capitales du monde par l’importance des objets et de leur provenance », se réjouit sa commissaire.

Carole Fraresso le rappelle, si la civilisation inca est célèbre, le mythe qui l’entoure depuis plus de cinq siècles dépend d’un regard chrétien et européen. En cause : « Les expéditions espagnoles du XVIe siècle et les rapports de ces chroniqueurs, seuls récits de cette époque ». L’exposition Incas : l’héritage sacré des Andes apportera certainement un nouveau regard sur cette civilisation.

FANTINE LAMBEY

Incas : l’héritage sacré des Andes
Du 20 juin au 27 septembre
Hôtel des expositions, Draguignan

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Sous le soleil sicilien

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Eté 1997. Un camp de vacances pas comme les autres, un lieu où se ressourcent de jeunes adolescentes, géré par l’hôpital qui les soigne. Exercices collectifs pour retrouver son corps. Une jeune fille, blonde, diaphane, toute de blanc vêtue, s’éloigne du groupe. Elle lit, se baigne dans la piscine, et est rejointe par la brune Irène. Dès les premiers regards, le courant passe entre elles. Ensemble, elles se promènent, partent à la découverte de la nature, des grottes. Il n’est pas question pour Irène à la fin du séjour de quitter Clara, qu’elle voudrait inviter chez elle pour les vacances. Impossible ? Elle va donc l’emmener… ailleurs.

Quoi de mieux qu’une île pour s’isoler du monde qui leur pèse, des traitements, de la routine. Les voilà parties sur l’isola di Favignana où elles s’installent pour vivre leurs vacances : l’eau turquoise où elles se sentent renaitre, ondines d’un été. Les grottes où l’on s’abrite du soleil qui peut brûler la peau fragile. La peau qu’on caresse en soignant. Ensemble puis bientôt au milieu des autres. Des jeunes comme elles, garçons et filles, du pays ou en vacances, avec lesquels se nouent des relations d’été. Comme pour tous les adolescents. Premiers baisers. La caméra Hi8 fixe ces moments où l’on oublie tout, les fixant pour toujours. Un véritable élan de vie malgré les cauchemars, les vertiges, les maux de tête. Sous le soleil sicilien, la maladie reste dans l’ombre.

Quell’estate con Irène, présenté dans la section Generation 14 plus de la 74e Berlinale est le deuxième long-métrage de Carlo Sironi après Sole. Ce film, précise le réalisateur, est né du désir de raconter ce moment où les premières impressions de la vie nous marquent fortement. « Cet été que nous n’oublierons jamais. Je voulais réaliser un film qui ait la texture d’un rêve éveillé et la précision chirurgicale des souvenirs fondateurs. » Un film dont il a eu l’idée en écoutant To Wish Impossible Things de The Cure.Un film sensuel, solaire remarquablement interprété par Noée Abita (Iréne) et Camilla Brandenburg (Clara)

ANNIE GAVA
À Berlin

Quell’estate con Irène, de Carlo Sironi

[LES ESCAPADES] Concerts et convictions

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La Louuve © X-DR

Voyager sans quitter la ville, c’est la promesse que tient chaque été le festival Les Escapades, qui compte bien renouveler cet engagement pour sa 16e édition. Organisé par le Théâtre Durance, Scène nationale de Château-Arnoux-Saint-Auban, le festival se réinvente cette année avec une troisième soirée de concerts. Du 18 au 20 juin, huit groupes aussi enchanteurs qu’éclectiques se succéderont sur le plateau des Lauzières, investi pour l’occasion par un village qui proposera de quoi boire et manger. Entre les différents concerts, le Buffet Sonore y déambulera avec sa caravane rouge. Au menu, des rythmes funk, afro et électro.

Le monde à l’honneur

La chanteuse ALA.NI ouvrira le bal le 18 juin avec ses influences soul, enrichies de deux ans en Jamaïque. Elle sera suivie de Mélissa Laveaux, qui raconte dans son dernier album la mort et la maladie, sans abandonner son registre folk pop et les sonorités haïtiennes qui lui sont chères.

La fête reprendra le vendredi 19 juin avec la performance de OTTiLiE [B], artiste des Hautes-Alpes qui quittera ce soir-là son univers post-numérique pour donner un concert acoustique. Le groupe de rock psychédélique Karma Sheen devait lui succéder, mais après une annulation de dernière minute, c’est finalement Atomic Pin Pong et sa « chanson world explosive » qui prend le relais. La DJ franco-algérienne La Louuve clôturera cette soirée avec du raï, du gnawa et de l’électro.

Pour la dernière journée du festival, le groupe franco-syrien Sarāb viendra faire résonner ses textes engagés dans un univers de post-punk aux sonorités arabes. C’est le quatuor féminin Friedberg, connu pour sa chanson Go Wild, qui mettra fin à cette nouvelle édition des Escapades dans un joyeux mélange d’indie pop, d’électro et de rock.

L’idéal social du festival

Fil rouge de cet événement, l’engagement assumé du festival. « On a une volonté d’amener une parole forte sur le plateau, et des artistes qui s’inscrivent dans des mixités de style, de genre, de pays », explique Élodie Presles, directrice du Théâtre Durance. Une décision qui ne se limite pas aux Escapades. « Tous les spectacles que l’on programme dans l’année sont très engagés. On veut montrer la complexité de la société par le prisme du regard des artistes. »

Le public est amené à découvrir une autre manière de célébrer. « On veut contribuer à alimenter la pensée critique, dans le contexte de simplification qui existe aujourd’hui ». En plus des artistes émergents programmés, c’est donc tout un monde inclusif que le festival crée : accessibilité du site aux personnes à mobilité réduite, dispositif d’aide à l’écoute pour les personnes malentendantes, prévention sur les risques de violences sexuelles et sexistes…

La spécialité du festival reste sa gratuité. « Ça nous a permis d’amener des gens qui ne seraient pas venus si c’était payant, et de rassembler les communes à proximité », raconte Élodie Presles. Elle ne cache pas sa crainte que la réalité économique les rattrape. « Mais on trouvera des solutions », conclut-elle.

IVANIE LEGRAIN

Les Escapades

Du 18 au 20 juin

Théâtre Durance, Scène nationale de Château-Arnoux-Saint-Auban

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[DESIGN PARADE] La Villa Noailles toujours en parade

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© Camille Calvo

L’année 2026 marque les 20 ans du festival consacré au design d’objet à Hyères et les 10 ans de la déclinaison toulonnaise dédiée à l’architecture intérieure. Organisé par la Villa Noailles, le festival se dédie depuis sa fondation au soutien à la jeune création internationale, tout en affirmant son rôle de laboratoire esthétique.

Au cœur de la Parade, deux concours, récompensés par différents prix, réunissent dix finalistes en design d’objet et dix en architecture intérieure. Leurs projets sont exceptionnellement, pour cette édition anniversaire, exposés tout l’été dans les espaces de la fameuse villa conçue par Robert Mallet-Stevens à Hyères.

Éco-conception

Sans thématique cette année, il est précisé dans le règlement que le concours design d’objet ne concerne ni le domaine du stylisme de mode ni celui du graphisme, que les projets éco-conçus, sans utilisation de matériaux non recyclables sont favorisés, et que seuls les objets pour le quotidien ou pour la maison sont pris en compte.

Parmi les designers retenus figure notamment Eduardo Altamirano, dont le travail mêle artisanat latino-américain et narration sculpturale. Tin Ayala développe quant à elle une recherche autour des fibres naturelles et des savoir-faire vernaculaires andins. Camille Calvo s’intéresse aux relations entre couleur, décor et espace domestique, tandis que Gaspard Fleury-Dugy explore les usages transformables et les formes modulaires. Maïté Seimetz travaille elle des objets à forte dimension tactile, attachés aux gestes artisanaux et aux textures sensibles.

Repenser « la pièce idéale »

Quant au concours d’architecture intérieure de Toulon, il a demandé à ses candidats d’imaginer « une pièce à vivre » au sein de la Villa Noailles, réalisable avec un budget de 1 500 euros TTC. En filigrane, une réflexion sur les nouveaux modes d’habiter et sur les formes contemporaines de l’espace intérieur méditerranéen.

Parmi les projets retenus, Valentin Bayoud développe une approche scénographique de l’habitat modulable. Boris Cojean travaille sur des ambiances immersives à travers les jeux de lumière, de texture et de perception sensorielle. Le designer coréen Jaemo Lee propose une installation minimaliste explorant la relation émotionnelle à l’espace. Simon Searle et Victoire Lesthevenon interrogent les nouveaux usages domestiques à travers une réflexion sur le décor contemporain et les matériaux.

Histoire de Génération(s)

Cette édition anniversaire est également marquée par l’exposition 20+10 : Génération(s) Design Parade. Conçue comme une traversée historique du festival, elle réunit designers, architectes d’intérieur et créateurs passés par la Villa Noailles, aujourd’hui devenus des figures importantes de la scène internationale.

Parallèlement, l’exposition Suivez le fil ! Design et Textile, présentée à l’Hôtel des Arts TPM, explore les liens entre textile, espace et architecture intérieure à travers des œuvres issues du Centre Pompidou, du Mobilier national, du Centre national des arts plastiques et du musée des Arts décoratifs.

MARC VOIRY

Design Parade

Festival du 25 au 28 juin, expositions ouvertes jusqu’au 30 août

Villa Noailles, Hyères

Suivez le fil ! Design et Textile
27 juin au 31 octobre

Hôtel des Arts, Toulon

20+10 : Génération(s) Design Parade

Jusqu’au 30 août
Médiathèque Chalucet Salle d’exposition (ancienne chapelle), Toulon

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[CRAC] Une fabrique du regard

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Vue de l’exposition « Lucy McKenzie : Plastic Newspaper », 2026, Crac Occitanie, Sète. © Useful Art Services.

Plastic Newspaper est la première exposition monographique de Lucy McKenzie en France, qui s’inscrit dans un projet itinérant passé en 2024 par le centre d’art Z33 à Hasselt (Belgique), et en 2025 par le fjk3 – Contemporary Art Space de Vienne (Autriche). Une artiste écossaise (née en 1977 à Glasgow) aujourd’hui basée à Bruxelles, qui s’intéresse particulièrement aux inventions culturelles flirtant avec le divertissement, transformant le quotidien en spectacle permanent. En faisant référence notamment aux panoramas peints et aux dispositifs muséographiques du XIXe siècle, où se mêlaient art, science et divertissement.

Théâtre d’illusions

Le titre Plastic Newspaper renvoie d’ailleurs à une notion élaborée par l’historienne Vanessa R. Schwartz pour désigner des formes médiatiques hybrides, combinant images, sons et espaces pour produire une représentation spectaculaire du réel.

Utilisant notamment sa maîtrise de techniques traditionnelles – trompe-l’œil, imitation de matières, peinture décorative – Lucy McKenzie propose ainsi dans les différentes espaces du Crac un ensemble d’installations immersives et d’objets hybrides.

Parmi les dispositifs présentés figurent une façade de magasin fictive grandeur nature (The Faux Sports Shop), interrogeant le shopping, des mannequins en fibre de verre, imitant des statues classiques en bronze, sur lesquels elle fixe le visage sculpté de Zoya Kosmodemyanskaya, icône de la résistance soviétique pendant la Seconde Guerre mondiale. Ou bien encore des cires anatomiques issues d’une collection médicale conservées à l’Université de Montpellier, qui étaient présentées sur un mode forain à Paris à la fin du XIXe siècle, entre instruction, science, curiosité et amusement.

Également présentées, des fresques monumentales (Mural Proposal for Jeffrey Epstein’s New York Townhouse (Filming of American Psycho)) et des installations évoquant des dispositifs anciens d’animation visuelle, notamment deux wagons de train dans lesquels on peut s’asseoir, discuter, s’embrasser et observer sans fin le paysage peint fixé sur un tambour mécanique (Moving Panorama (Trans Siberian)).

Trompe-l’œil 

Accompagné d’une critique féministe des structures de pouvoir, qui mobilise les codes de la mode, de la statuaire et de la culture de masse, un ensemble d’œuvres qui jouent sur la séduction visuelle, en révélant les mécanismes de construction des images et questionnant la manière dont les images produisent du désir, du pouvoir et de la croyance. Une exposition où le « trompe-l’œil » invite à interroger ce que l’on voit, et comment on le voit.

MARC VOIRY

Plastic Newspaper

Jusqu’au 6 septembre

Crac Occitanie, Sète

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Quand l’enfant grandit

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Gabin (C) Arizona Films

En  2013 Maxence Voiseux avait réalisé son premier court métrage, Des Hommes et des bêtes, où il filmait André Lourdel et son fils Hubert, éleveurs et vendeurs de bovins,  dans l’Artois.  Trois ans plus tard, il consacre son premier long documentaire, Les Héritiers, à Hubert  et ses deux frères qui travaillent tous dans les métiers de la viande. C’est lors de ce tournage qu’il  rencontre Gabin, âgé de huit ans, fils de Dominique, un des frères et de Christiane, sa femme. Il décide de filmer  cet enfant car «il était plus drôle et plus irrévérencieux que ses frères et ses cousins. Il osait déjà exprimer ses sentiments, ses volontés et pleurer, ce qui est rare dans cette famille. ». Ce qu’il va faire de 2019 à 2025. C’est le petit dernier d’une fratrie et pour Dominique, qui a consacré sa vie à sa boucherie, il est évident que Gabin prendra sa succession. Mais Gabin, lui, voudrait  faire un métier avec les animaux vivants.  Comment résister à cette pression paternelle ? Il n’est pas à l’aise à l’école. « Je me méfie, confie-t-il. On y fonctionne en bandes séparées. Je m’entendrais bien avec les filles ; les garçons ne comprennent pas les choses ! »…Gabin s’inquiète; sa mère s’est installée en 2012 mais malgré un travail acharné, la ferme est presque en faillite, confie-t-il à son amie, Lilou. « On n’a pas de  matériel, juste un tracteur et une remorque. Rien que de penser perdre les vaches, ça me fait mal au cœur ! »

Pour l’adolescent, la pression est forte. On le voit grandir entre les exigences de son père et l’affection de sa mère avec qui il a une tendre complicité.  A 14 ans il doit décider de son avenir .Quel lycée ? En internat ? « Du moment que tu bosses, je m’en fous » lui lance son père, déçu qu’il ne choisisse pas de s’orienter vers la boucherie. Ce sera un lycée agricole. On le voit avec ses camarades à l’internat, dans les alpages où il fait son stage, apprenant, avec un berger, à dresser un chien de troupeau. Le petit Gabin est devenu grand.  Il ira jusqu’au bout de ses rêves même si c’est dur de laisser sa mère, épuisée…Pour sortir de leur lassitude, Dominique et Christiane vont aussi faire des choix,  qu’on vous laisse découvrir. Des personnages attachants, des prés, les gestes du travail des champs, des visages, tout est filmé avec soin et justesse.

Si vous n’aimez pas la campagne, si vous n’aimez pas les paysages, si vous n’aimez pas les bêtes, n’allez pas voir Gabin ! Si non, courez- y et vous y rencontrerez des gens très attachants que vous quitterez à regret.

Annie Gava

Gabin sortira en salles le18 novembre

 © Arizona distribution

[FESTIVAL D’ÉTÉ DE CHÂTEAUVALLON] Papillon, œillets et cigarières

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Beauséjour © Christophe Bernard

Le site de Châteauvallon a été conquis par les Varois, qui ont construit l’amphithéâtre, soutenu la programmation du temps où le FN tenait Toulon, et ont vécu depuis 60 ans dans ce lieu des soirées intenses, mémorables, de musique, de danse, de théâtre. Programmer chaque année un festival à la hauteur de la beauté et de l’histoire du lieu est un défi, que la programmation 2026 relève avec brio… Ce sera la dernière de Charles Berling, qui prend sa retraite de directeur – mais pas d’artiste ! Il laisse à sa succession un théâtre créé pour lui à Toulon, et un Festival unique par son cadre, et son histoire.

La venue de Nelken dans l’amphithéâtre est certainement l’événement de cette édition 2026. La pièce, légendaire, de Pina Bausch, reprise par son Tanztheater de Wuppertal, se danse sur un épais tapis d’œillets roses. Elle est une des plus belles, des plus tragiques de la chorégraphe, celle où la fragilité des corps, des gestes, se violente, se menace. Les quatre dates (du 9 au 12 juillet) sont les seules en France de la tournée internationale. Des films sur Pina Bausch, dont le sublime Pina de Wim Wenders, seront projetés à 19 h.

Portraits de femmes

Mais comme les années précédentes le Festival débute avec lyrisme, en juin (26, 28 et 30 juin), par une grande production de l’Opéra de Toulon. Madame Butterfly est un opéra étonnant, parce que la musique de Puccini est sublime, mais aussi parce que le personnage de la Japonaise trompée et délaissée est de fait au centre de la musique. Ce papillon, incarné par Sunyoung Seo, soprano sud-coréenne, se brûle les ailes, détruite par la domination coloniale et masculine. Elle ne se révolte pas, mais dit, en renonçant, toute la violence d’une femme, puis d’une mère, dupée et arrachée à sa culture.

Les Résistantes, quant à elles, sont passées à l’action. Philippe Collin et Charles Berling, ainsi que Violaine Ballet à la création sonore, s’attachent au destin de Geneviève de Gaulle, Mila Racine et Lucie Aubrac, figures essentielles de la Résistance. Comme lors de leur dernière collaboration sur Léon Blum, le spectacle part d’un podcast de Radio France, regroupe musiciens et amateurs autour d’un plateau radio qui se transforme en scène du monde. Et aiguise notre conscience politique en rappelant les fondements de notre République, mais aussi l’invisibilisation de nos héroïnes (4 juillet).

Danser le désir et les générations

Autre femme, autre opéra, autre danse. Avec Carmen Abou Lagraa transforme l’opéra de Bizet et son féminicide en une danse aux Carmens multiples, où la gitane est incarnée par les femmes, et les hommes, du Ballet de Tunis. Un chant à la liberté des corps, qui ne retient de l’opéra que ses élans de désirs, de liberté et de plaisir, et non ses meurtres, possession et jalousies (24 et 25 juillet).

Mourad Merzouki, dans Beauséjour (16 et 17 juillet) fait dialoguer deux générations de danseurs autour du style souvent imité mais toujours singulier de sa compagnie Käfig. Le hip-hop défendu par sa génération a perdu de l’ampleur, mais pas sa joie !

C’est aussi de la danse qui conclura le festival, avec la création de No Mundo / En ce monde de Franck Micheletti : Kubilai Khan Investigations, KKI pour les intimes, se produira dans plusieurs espaces du site, pour huit performances en déambulation, poursuivant son investigation du corps déplacé, et de ses liens à la nature et au son (28 juillet).

AGNÈS FRESCHEL

Festival d’été
Du 26 juin au 28 juillet
Châteauvallon, scène nationale d’Ollioules

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Cartographie des marges

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Exposition Prête à partir d'Ahram lee © CAIRN

Présentée jusqu’au 16 août au Cairn – Centre d’art informel de recherche sur la nature, l’exposition Prête à partir conclue le travail de résidence mené par Ahram Lee depuis le printemps 2025. L’artiste y explore des espaces intermédiaires et des empreintes discrètes résultant de transformations diverses du paysage, en privilégiant « une économie de moyens propre à son vocabulaire plastique ». Son regard s’attache à ce qui manque, à ce qui disparaît ou demeure en périphérie du regard, les bords de route, les traces laissées par des usages anciens ou des transformations récentes : « l’envers d’une carte » en quelque sorte.

Arbres coupés et toponymie

Ainsi, au cœur de l’exposition, une série d’œuvres sur papier suspendues prend pour point de départ des souches d’arbres récemment abattus le long de la RN85. Des empreintes circulaires, réalisées à partir des coupes de troncs, qui composent une forme de cartographie flottante et fragile.

Sur les murs, une constellation de fragments de bois gravés où apparaissent des noms de rues de Digne-les-Bains qui ne renvoient pas à des patronymes, mais à des expressions, des lieux ou des usages liés au territoire. Comme la rue « Prête à partir », qui donne son titre à l’exposition : une alerte ancienne liée aux risques d’inondation provoqués par les crues des rivières environnantes. À travers cette proposition, l’artiste met en lumière une mémoire vernaculaire inscrite dans la langue même de la ville, liée à la géographie, aux catastrophes naturelles et aux usages du paysage.

MARC VOIRY

Prête à partir

Jusqu’au 16 août

CAIRN - Centre d’Art Informel de Recherche sur la Nature

Digne-les-Bains

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