jeudi 22 janvier 2026
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Le pouvoir des marionnettes

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Le Marché noir des petites utopies revient du 5 au 14 décembre, offrant « à la sauvette » un « marché d’utopies » : spectacles de marionnettes, théâtre d’objet, cinéma, ateliers et rencontres

Porté par la compagnie marseillaise Anima Théâtre, Le Marché Noir des Petites Utopies est un festival biennal né en 2013 autour de l’art de la marionnette contemporaine et du théâtre d’objet, deux laboratoires de la création contemporaine : en animant l’inerte – un corps de chiffon, un robot, un ustensile détourné – les artistes interrogent notre relation au vivant, à la technique, au pouvoir des récits. Un festival qui est aussi « un espace où la créativité devient un acte de défi face aux forces qui cherchent à uniformiser et à contrôler ».

Cinéma, karaoké et stop-motion

La soirée d’ouverture a lieu au cinéma Le Gyptis (5 décembre – à partir de 12 ans) avec la projection du film La mère de tous les mensonges de la cinéaste marocaine Asmae El Moudir. Un cinéma d’objets, mêlant témoignage personnel et mémoire collective, mensonges familiaux et histoire oubliée du Maroc. Projection suivie d’un pot d’accueil et d’un karaoké marionnettique festif, le Puppet Folizzz Show. Une petite dizaine d’autres films seront projetés à La Baleine (le 10 – à partir de 16 ans) lors d’une Soirée Stop-Motion présentée par Miyu Distributions de Montpellier.

Spectacles en parcours


Parmi la petite dizaine de spectacles programmés par le festival, certains sont proposés lors de deux parcours : celui de la rue Consolat (à partir de 9 ans – le 7 – Casa Consolat) avec Les sept péchés du capital, théâtre d’objet de L’Insomniaque compagnie, qui confessera deux péchés capitaux : la gourmandise, ode à la sur-consommation, et l’avarice, un hymne à l’évasion fiscale. Et avec Tout ou rien de la Compagnie la trouée, spectacle de marionnettes à partir d’un texte tiré des Dramascules de Thomas Bernhardt, au comique brutal.

Le parcours Friche (à partir de 14 ans – 12 et 13) sera lui constitué de Blue de la compagnie grecque Hop Signor et The Clusters de la compagnie japonaise Nao. Blue est, en théâtre d’objet, une série de saynètes centrées sur la police, mêlant fiction et situations inspirées du réel. The Clusters imagine des machines qui dansent, questionnant la frontière entre humain et mécanique, mouvement et artifice.

Escale au Muséum

Le 11 décembre, à partir de 6 ans, une Nuit au Museum propose au Muséum d’Histoire Naturelle deux spectacles créés par deux compagnies grecques. Sempreviva de Mara Kyriakidou, spectacle de marionnettes en hommage à celleux qui ont résisté, et celleux qui se battent encore pour un monde où chacun·e puisse trouver sa place. Et The girl with the little suitcase du Merlin Puppet Theatre, spectacle muet qui explore l’enfance, le passage à l’adolescence, la construction de soi et l’émerveillement.

Le Marché noir des petites utopies

Du 5 au 14 décembre

Friche la Belle de Mai et divers lieux, Marseille et Port-de-Bouc

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Du jazz… dans le Var aussi

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Poetic Ways © Lou Merie

Cette année, Châteauvallon, la Scène nationale d’Ollioules, fête ses 60 ans. Si l’on connaît aujourd’hui ce lieu pour la danse ou le théâtre, il n’a pas oublié que le jazz a lui aussi marqué son histoire, et il sera mis à l’honneur dans une soirée orchestrée par Raphaël Imbert. Le rendez-vous s’articule en deux temps, avec une conférence musicale suivie d’un concert. Raphaël Imbert, directeur du Campus art Méditerranée, mais aussi historien du jazz, il invite à redécouvrir l’histoire de Châteauvallon, notamment à travers le festival de jazz créé en 1970.

En seconde partie, il monte ensuite sur scène avec le groupe Poetic Ways. Ce quintet, né au départ d’un premier concert impromptu donné en direct sur France Musique en 2021, la formation est vite devenue emblématique de la scène jazz française. Il est composé de la chanteuse Célia Kameni, du batteur Pierre-François Dufour, du pianiste Pierre-François Blanchard et de la contrebasse de Pierre Fenichel. Entre tradition et modernité, ces cinq ami·es font dialoguer les mots de Baudelaire, Brel, Fauré et Nina Simone dans un même élan groove.

LAVINIA SCOTT

5 décembre
Châteauvallon, Scène nationale d’Ollioules

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The Tubs

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The Tubs © Robin Christian

Temple du rock à Marseille, L’Intermédiaire affiche une programmation ultra-fournie, avec des concerts presque tous les soirs, et auxquels il faut prêter une oreille attentive. C’est d’autant plus le cas quand il s’agit de l’association Humeur Massacrante à l’organisation. Après avoir fait jouer Andrew Savage, Dummy ou Juan Wauters ces derniers mois, elle accueille cette fois les Gallo-Londoniens de The Tubs. Une formation entre post-punk, folk britannique et jangle pop, à la douce énergie, et aux mélodies très Smith-iennes. En première partie, Le Bien, groupe local à découvrir si ce n’est pas encore le cas.

Nicolas Santucci

3 décembre 
L’Intermédiaire, Marseille 

Noëls savoureux… mais frileux

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Les Voix Animées © X-DR

Dans les Bouches-du-Rhône, la Tournée des Chants de Noël 2025, c’est parti. Cette année, l’édition amorce un repli sur la tradition, laissant moins de place aux créations

La Tournée des chants de Noël, à l’initiative du Département 13, a débuté le 1er décembre avec un concert à Notre-Dame-de-la-Gardeporté par l’ensemble Dulcisona d’Anne Périssé dit Préchacq.Ce Noël celte minéral, véritable voyage musical construit avec finesse, profondeur et sens historique, renoue avec l’esprit des longues veillées d’hiver des terres d’Irlande, d’Écosse et du Pays de Galles, lors desquelles les chants mêlaient ferveur, légendes et douceur à l’image du Wexford Carol, considéré comme l’un des plus anciens chants de Noël irlandais, dont les racines remontent au XIIᵉ siècle.

Si la qualité et le professionnalisme sont bien au rendez-vous de cette édition 2025, celle-ci, après plusieurs années marquées par la création musicale, signe un retour aux répertoires plus traditionnels, à l’esthétique conventionnelle, mais « avec toujours cette volonté réelle de s’ouvrir aux musiques du monde et au partage » explique Nicole Joulia, vice-présidente du département, déléguée à la culture, fière de cet « évènement populaire et familial qui existe depuis 1992 et touche 20 000 spectateurs jusque dans les plus petits villages qui n’ont pas toujours les moyens d’accueillir des spectacles».

Retour au « tradi »

Par le passé, la tournée s’était distinguée par des productions ambitieuses et une audace artistique louable pour un dispositif gratuit et itinérant. Sous l’impulsion de plusieurs structures comme Prodig’Art, les publics du territoire avaient pu découvrir de véritables créations musicales et contemporaines. On se souvient l’année dernière du répertoire de Noël, revisité avec inspiration par le compositeur et arrangeur Vincent Manac’h, mais aussi du flamboyant Festin de Noël de Vladimir Cosma en 2019 mêlant ses musiques de films culte et un répertoire de chants de Noël, ou du spectacle de l’édition 2020, confiés à Jean-Claude Petit, qui avait réuni sur scènes les petits chanteurs de la Major (dirigés par Rémy Littolff) et l’Orchestre symphonique de l’Opéra de Marseille.

Retour donc à du pur « tradi », peut-être lié à un affaiblissement des propositions – la programmation se fait par appel à candidatures – ou reflétant des choix institutionnels plus frileux : peu de prise de risque alors que les budgets se compressent, ou préférence assumée pour la carte de la sécurité et de l’identité. Pas de création originale donc – on le regrette – et un nombre de formations réduit à six ensembles, contre sept ou huit lors des précédentes éditions. Le volume global de concerts diminue également et indique clairement une contraction des moyens.

59 concerts

Dans ce contexte plus resserré, la tournée peut cependant s’enorgueillir de 59 concerts populaires et gratuits proposés dans 34 communes des Bouches-du-Rhône. Ils se dérouleront dans des églises, salles municipales et théâtres à travers tout le département, de Arles à Aubagne, de Martigues à Allauch, de Roquevaire à Marseille et jusqu’à des lieux emblématiques historique comme l’Abbaye Saint Victor.

Ils s’orientent désormais vers des formats plus modestes, recentrés sur la mise en valeur de traditions culturelles clairement identifiées sans grandes passerelles entre elles : aux côtés de Dulcisona, on pourra entendre le chœur Sahak Mesrop qui transmet les chants liturgiques et populaires arméniens, la chanteuse Françoise Atlan qui transporte son auditoire dans un itinéraire méditerranéen mêlant Provence, Italie du Sud, Espagne, Corse et Grèce, les Voix Animées, avec un programme de chants traditionnels et populaires. Diana Saliceti, auteure et compositrice, interprètera un répertoire entre profane et sacré, qui révèle la puissance du chant polyphonique corse. Enfin, place aux rythmes blues et groove avec le Massilia Sounds Gospel.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

La Tournée des Chants de Noël
Jusqu’au 21 décembre
Divers lieux, Bouches-du-Rhône

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Un marché de Noël de l’illustration à Marseille

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© Sandra Poirot Cherif

Le week-end du 6 et 7 décembre, le festival BIM invite le public à découvrir des créations graphiques marseillaises

Temps fort de la bande-dessinée et de l’illustration à Marseille au mois de juin, le festival BIM s’installe cette fois en plein hiver le temps d’un week-end au Quartier Général (28 allées Gambetta, Marseille). Au programme, un marché de Noël avec des stands explorant l’univers de la création graphique dans toute sa diversité : il y aura des affiches, BD, fanzines, mais aussi du dessin de presse et du livre jeunesse.

Des artistes du territoire

Influencée par les préoccupations écologiques et adepte de l’aquarelle, Estelle Cherel, originaire du Vaucluse, exposera des portraits, des aquarelles naturalistes et des séries végétales. Didier Gianella présentera ses créations à la fois esthétiques, revendicatives et politiques créées à partir d’outils numériques.

Le marché de Noël sera aussi le moment de lancer le numéro deux du fanzine Super Coude Mignon Musclé, consacré aux dessins d’enfants et publié par Bandits d’honneur. On retrouvera également les dessins de L’Atelier des Héroïnes et les actions de l’association Voilà Voilà, connue pour ses ateliers artistiques : tatouages éphémères, sérigraphie, fresques collectives, lectures… Un événement qui s’adresse aussi bien aux féru·es de bande dessinée qu’aux curieuses, une belle invitation à découvrir l’univers des créations graphiques marseillaises.

CARLA LORANG

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Cyril Benhamou prépare sa sortie

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Cyril Benhamou © Fabien Genais

Le musicien marseillais présente HOT, son nouvel album, au Théâtre de l’Œuvre (Marseille) ce 6 décembre

À un peu plus d’une semaine du concert de sortie de son nouvel album HOT (pour « Heart Of Town ») chez Binaural productions, Cyril Benhamou ne sait pas vraiment qui seront les invité·e·s pour le concert au Théâtre de l’Œuvre. Ni même s’il y aura des surprises.

: « C’est un peu comme la carte blanche que m’avait donné le Jazz des Cinq Continents ou bien, plus récemment, La Meson. », commente le musicien. La salle de la rue Consolat est d’ailleurs coproductrice de l’évènement dans le théâtre de Belsunce : « On ne peut pas faire plus au cœur de ville ».

Le centre de la cité phocéenne, le pianiste en avait déjà touché les cieux lorsqu’il animait, de 2023 à 2025, les bouillantes sessions du rooftop de l’Artplexe tous les mardis soir. Là c’est un nouveau pan de son univers musical qu’il vient présenter en jouant les morceaux de son nouvel album, aux côtés du batteur Jérome Mouriez et du bassiste Pascal Blanc, « deux piliers de ma galaxie qui connaissent bien mon univers », explique-t-il.

Influences multiples

Un disque alignant neuf compositions et une reprise – White Keys de Chilly Gonzalez. C’est pourtant à la fantasque Hiromi, aux deux Avishai Cohen (le contrebassiste et le trompettiste, surtout dans sa dimension électrique), ou encore à Tigran Haymasian (le virtuose des claviers aux inclinations très « rock ») qu’il fait référence lorsqu’il est question d’influences.

Les compositions lorgnent dans des directions démultipliées et pourtant évidentes, sont parsemées de tentations latines, d’inclinations méditerranéennes voire orientalisantes, ou même celtiques, sans jamais se départir d’un méchant sens du groove et de la mélodie.

Il s’agissait avant tout de « rester dans la chanson » tout en « pensant trio », en prenant en compte la personnalité musicale de ses compères. Moments de tensions et de relâchements alternent dans un maelstrom où la sensualité le dispute à la préciosité. Entre le fantasque Hip Hop des Kids sorti en premier single et l’onirique Estie’s Dream avec le violoncelliste Guillaume Latil, la palette de ce créateur made in Marseille déborde des couleurs de l’universel phocéen et même au-delà. Le public du Théâtre de l’Œuvre devrait en vibrer d’aise, voire davantage.

LAURENT DUSSUTOUR

Cyril Benhamou
6 décembre
Théâtre de l’Œuvre, Marseille

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Aden-Marseille, deux villes dialoguent

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Yémen, Brûle-parfum, 1er - 3e s., calcaire, Musée d’archéologie méditerranéenne, Marseille en dépôt au musée du Louvre, Paris, DAO 18

Le Centre de la Vieille Charité accueille Aden-Marseille. Du VIIIe siècle jusqu’à aujourd’hui, l’exposition plonge le public dans les relations entre les deux villes portuaires

À mi-chemin entre l’Inde et l’Europe, Aden, ville portuaire du Yémen, devient dès l’Antiquité un lieu central pour les échanges commerciaux. L’exposition présentée au Centre de la Vieille Charité de Marseille met en lumière un pan de l’histoire de cette ville et de ce pays qui connaîssent aujourd’hui une grave crise humanitaire, et explore les liens qui les unissent la cité phocéenne.

Sur les traces d’Aden

À l’origine de l’exposition, une collection de 25 pièces provenant du Yémen, offertes au Musée d’archéologie de Marseille au XXe siècle par des négociants. Mais pour cette exposition, s’y ajoute un prêt exceptionnel du musée du Louvre. Parmi ces prêts, il y a notamment cette magnifique dalle en albâtre provenant de la cité de Ma’rib du royaume de Saba, datant du VIIe siècle.

La première salle met également en évidence des inscriptions funéraires datant du premier siècle avant notre ère, un fragment de bas-relief représentant une déesse, des plaques dédicatoires ou encore des stèles funéraires. Des cartels explicatifs rapportent la place centrale que la religion occupait dans le sud de la péninsule arabique.

Des Européens à Aden

Changement de salle et d’époque. L’exposition plonge ensuite au cœur du XVIIe siècle. En 1644, un premier échantillon de café est rapporté à Marseille, et quelques années plus tard un premier débit de « moka » est ouvert par Pascaly Haroukian, un arménien installé à Marseille. L’exposition s’attarde d’ailleurs sur des collections de tasses importées, parfois venues de Chine, utilisées pour boire le café yéménite.

Le commerce des épices et du café, que les Yéménites ont progressivement internationalisé, ravive l’intérêt pour ce territoire, et les échanges commerciaux s’intensifient. À travers des figures comme celle du commerçant Antonin Bess, arrivé en 1899 à Aden, la ville est perçue comme un nouvel eldorado par les Marseillais.

Mais si d’un côté les occidentaux voient en la ville d’Aden une opportunité de s’enrichir à travers le commerce, le contraste est patent avec les Yéménites. Sous protectorat britannique depuis 1886, ils vivent au sein d’une société coloniale très hiérarchisée : le tableau de Raoul Du Gardier, représentant un marin yéménite en train de nettoyer le pont d’un navire occidental, en témoigne.

Et aujourd’hui…

Marseille-Aden rend hommage aux yéménites et à leurs ancêtres en prolongeant l’histoire à travers des témoignages de descendants de marins et de migrants. Tahar, et d’autres Yéménites installés à Marseille, témoignent de leur double culture dans des entretiens filmés. On apprend que la Joliette fut un ancien centre de vie de la diaspora yéménite. Aujourd’hui, des artistes se réapproprient les récits de leur pays, comme Nasser Al Aswadi, qui travaille autour de la répétition d’un mot ou d’une forme. Installé en France depuis 2010, il inscrit ses créations dans un dialogue entre « héritage et modernité ». Son travail clôt le parcours, avec notamment sa sculpture en inox Tolérance.

CARLA LORANG

Aden-Marseille
Jusqu’au 29 mars 2026
Centre de la Vieille Charité,Marseille

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Éclats d’un collectif

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© Koen Broos

Dès ses premières minutes, sur écran puis à la scène, le spectacle s’ouvre comme un irrésistible terrain de jeu. Chacun, appelé par son propre prénom, se débat avec la mémoire, l’élan collectif et les fantômes de Cassavetes et de son célèbre Opening Night, décliné ces temps-ci sur scène par le théâtre ou encore la danse. Mais le film n’est ici qu’un tremplin, un prétexte joyeux : ce qui compte, c’est l’énergie du plateau, le dérapage contrôlé, le plaisir évident d’un collectif qui accepte de se fissurer pour mieux rebondir. Le trou de Peter Van den Eede, le malaise de Joris Hessels, les ébranlements de Natali Broods, les agacements d’Annelore Crollet et les émois d’Annette Van den Eede composent une danse menée au bord du chaos, où l’amour et l’art affleurent précisément parce qu’ils se dérobent.

Joies du dérapage

Le collectif DE HOE cultive cette instabilité avec une précision vertigineuse. Le spectacle se réinvente sans cesse, rejoue ses ratages, transforme les crispations en moteur dramatique. Willy Thomas, auteur-metteur en scène épuisé, tente de tenir le fil alors que Peter, hanté comme lui par un ancien trou de mémoire, décide d’un geste radical : jouer sans texte, sans garde-fou, « pour la première fois », avant que Willy ne réplique, fataliste : « et pour la dernière ». 

Cette tension infuse une série de variations fulgurantes, où la répétition devient un sport de haute voltige. Dans cette mécanique qui tourne, déraille puis repart, émerge une émotion franche, brute, portée par une mise en scène collective d’une intelligence rare. Et, il faut bien l’avouer, une langue virtuose, d’autant plus étonnamment maîtrisée qu’elle est maniée par une distribution flamande qui s’empare avec une joie communicative du français – le spectacle, déjà créé et amplement récompensé en flamand, connaît ici une nouvelle vie dans sa mue francophone. On sort ainsi d’Opening Night un peu étourdi, conquis par un théâtre qui ose buter, bégayer et rebondir pour mieux se révéler.

SUZANNE CANESSA

Opening Night a été joué les 24 et 25 novembre au Théâtre du Bois de l’Aune, Aix-en-Provence.

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Festival d’Angoulême : La bulle va-t-elle éclater ? 

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C’est un festival à bout de nerf. Pas un jour sans qu’une nouvelle information ne vienne rebattre les cartes sur la tenue de sa prochaine édition. Libération, dans un article du 19 novembre, l’affirme : « Le festival 2026 n’aura pas lieu ». Dans la foulée, ou dans le déni, le festival dément. Puis c’est au tour du maire d’Angoulême, Xavier Bonnefont, accompagné d’autres collectivités, d’appeler à son annulation : « Il nous apparaît plus que compliqué d’organiser le maintien de l’édition 2026 ». Un impasse provoquée par la reconduction de la société 9eArt+ à la tête du festival. 

En février 2025 déjà, le festival s’était terminé en eau de boudin. Un vent de révolte avait soufflé sur la remise des prix, où presque tous les primés avaient dénoncé le comportement de cette société organisatrice, et de son directeur-fondateur Franck Bondoux. La raison : la publication d’un article dans L’Humanité quelques semaines plus tôt, qui levait le voile sur la direction mercantile du rendez-vous, son opacité financière, et surtout, la gestion inique d’un cas de viol dénoncé par une de ses salariés. 

Assez pour faire table rase du passé et relancer le Festival d’Angoulême sur de nouveaux rails ? C’est ce que beaucoup espéraient. Dès le printemps, une pétition d’appel au boycott des auteurs·ices avait réuni plus de 2500 signatures, dont celle d’Anouck Ricard, Grand Prix 2025. Pas suffisant pour l’association du Festival d’Angoulême, qui avait reconduit la société 9eArt+ pour les dix prochaines éditions. Plusieurs appels au boycott et prises de positions politiques plus tard, la situation semble de plus en plus compromise pour l’édition 2026, et peut-être au-delà.

« Chloé on te croit »

Ce n’est pourtant pas la première polémique qui touche Festival d’Angoulême version 9eArt+. En 2016, le rendez-vous affichait une liste de 30 noms composée uniquement d’hommes pour son Grand Prix… Quelques années plus tard, il offrait une grande exposition au dessinateur Bastien Vivès, accusé de faire l’éloge de la pédopornographie. Mais l’article de Lucie Servin, paru le 24 janvier 2025 dans L’Humanité, avait fini de jeter le trouble sur la gestion toxique de ce festival.   

L’article racontait l’histoire de Chloé*, salariée du festival en 2024, qui, soupçonnant avoir subi un viol chimique de la part d’un collègue, avait cherché de l’aide auprès de sa direction. En réponse, la DRH lui avait conseillé de prendre une pilule du lendemain, et un mois plus tard, Franck Bondoux l’avait convoquée pour la licencier pour faute lourde.  

« Tout le monde dans le public n’avait pas lu l’article de L’Humanité, alors dans l’espace des éditeurs indépendants, des pancartes “Chloé on te croit” avait été accrochées sur les stands » se rappelle Camille Potte, autrice marseillaise et lauréate du Fauve de la révélation en 2025 à Angoulême. 

Ces tensions qui animent les allées doivent trouver leur caisse de résonnance finale à la grande soirée de remise de prix. « Pendant la cérémonie, quasiment toutes les personnes lauréates se sont positionnées contre 9eArt+, contre Franck Bondoux et en soutien à Chloé », explique Camille Potte, elle aussi sur scène ce soir-là. Le Jury, présidé par le dessinateur Jul, avait également tenu à prendre la parole pour exprimer son trouble. Mais, surprise : pas de retransmission en direct de la cérémonie cette année-là… 

Dérive mercantile

Outre l’effarement devant la gestion du viol présumé de Chloé, beaucoup d’auteurs·ices et de syndicats dénoncent la dérive mercantile du festival, qui a trouvé son point d’orgue dans le partenariat signé avec une enseigne de fast-food. Le logo est accolé à celui du festival, et dans les rues d’Angoulême, on pouvait voir Lucky Luke en train de manger des burgers…  

Le Festival d’Angoulême, une machine à fric qui se goinfre, quand dans le même temps les auteurs·ices de BD connaissent une grande paupérisation ? « Le festival ne prend pas en compte que sans les auteurs·ices, il n’y a pas de festival. Iels ne sont pas du tout rémunéré·es, sinon des clopinettes pendant les rencontres avec le public », regrette Camille Potte.  

Une édition annulée

Reste que l’annulation du festival 2026 aura des conséquences certaines pour les auteurs·ices. « Pour ceux qui ont des livres en sélection c’est dur. J’ai eu un prix l’année dernière, et je vois l’impact que ça peut avoir sur les ventes et sur le reste de ta carrière. On connaît ton nom, on t’appelle pour d’autres projets…» 

Les maisons d’édition connaissent la précarité également : « C’est une situation difficile pour les éditeurs aussi. Je pense à des éditeurs ultra-marins qui avaient déjà réservé leurs billets d’avions, les locations… », poursuit l’autrice marseillaise. 

Si l’édition 2026 est déjà dans l’impasse, c’est la survie du festival lui-même qui est en jeu. Les syndicats des auteurs préviennent : si le festival ne repart par sur « un nouveau projet […] les auteurs ne reviendront pas, même en 2027. » 

NICOLAS SANTUCCI

*Son prénom avait été modifié au moment de l’article. Il s’agit d’Élise Bouché-Tran, ancienne responsable de la communication du Festival, qui a depuis pris la parole publiquement.  


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S’entre-connaître, pour une traduction plurielle et égale 

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Table Ronde "Prendre langue, traduire", animée par Chloé Leprince, journaliste à France Culture. Avec Barbara Cassin, Cécile Canut et Richard Jacquemond - La Criée, salle Déméter. Nouvelles Rencontres d'Averroès. 23 novembre 2025 Photographie © Baptiste de Ville d Avray

La  sociolinguistique est entrée en dialogue avec la philosophe Barbara Cassin (en visio), et le traducteur de l’arabe Richard Jacquemond.  L’occasion de revenir sur la façon dont les langues sont soumises à des normes qui font obstacle à leur transmission, leur diffusion ou encore à leur traduction.

La table ronde parcourt plusieurs sujets comme celui amorcé la veille par Souleymane Bachir Diagne autour du concept d’ « intraduisible », ces mots qui n’ont pas d’équivalent simple dans les autres langues, mais que l’on parvient à expliciter par des  expressions, variables selon les usages, en contexte. Il faut alors concevoir la traduction dans une temporalité infinie…  

Babel, chance ou malédiction ? 

Evoquant le mythe de Babel, le Coran  énonce :  
Nous avons fait de vous des Nations pour que vous vous entre-connaissiez
Comme le rappelle Richard Jacquemond, dans le monde arabe, les traducteurs sont aussi célèbres que les auteurs, tant leur rôle est apprécié dans sa fonction globale. Le châtiment évoqué dans le récit biblique contiendrait-il en fait le secret du trésor, le pluriversalisme de l’Humanité ?
La rencontre élargit le propos autour des pratiques langagières au-delà de leur fonction de communication.  Les représentations des langues n’échappent pas aux normes établies en contexte colonial, elles sont historiquement situées. C’est précisément ce qui illustre le concept de « Provincialiser la langue » titre de l’ouvrage de Cécile Canut dont l’approche s’inspire  de la démarche de Dipesh Chakrabarty, qui rappelle que les savoirs et catégories européennes sont situés, historiques, et non universels. 

Mais si les langues ne sont pas de simples outils de communication, que nous dit la traduction ?

Traduire aussi pour dominer

Dans un marché linguistique profondément asymétrique, la traduction peut être domination, avec des langues prescrites par leur fonction « professionnelle», d’autres en voie de disparition car leur usage ne serait d’aucune utilité… Pourtant, les langues résistent, ressurgissent, murmurent d’autres vocations, portant en elle une expression ontologique et poétique profonde. « Dans cette résurgence, s’exprime un contre don, une rencontre dans une humanité commune ». Le trait d’union du singulier et de l’universel. 

Dans son livre Provincialiser la langue Cécile Canut nous invite à regarde celle-ci non plus comme une entité fixe, homogène, normée et universelle, mais comme une réalité plurielle, hétérogène, en mouvement, façonnée par des histoires particulières et des pratiques diverses. Cela implique de faire émerger la pluralité des voix, des langues-marges comme le nouchi ou l’amazigh, souvent reléguées comme « dialectes » ou « sous-langues ». 

Combattre la domination linguistique impose de réinterroger les langues nationales comme norme unique et comme signe d’appartenance nationale et de « cultivation » sociale, excluant les autres formes langagières. Ainsi, résister à l’imposition de la langue nationale ou coloniale est possible : cela repose sur des conceptions locales spécifiques du langage, non standardisées par le modèle hégémonique ; cela suppose une humilité critique de la part des chercheurs pour se défaire des catégorisations naturalisées et des rapports de pouvoir inscrits dans la langue standard.

Ouvrir d’autres voix
Provincialiser la langue est une invitation à décentrer et historiciser la notion elle-même de langue, à reconnaître sa diversité et son inscription dans des rapports de pouvoir, notamment coloniaux. Cécile Canut invite ainsi à une démarche à la fois critique et constructive, pour ouvrir d’autres voix jusque-là marginalisées, à partir des marges du système dominant. Cette proposition ouvre un champ renouvelé en sociolinguistique critique, en dialogue avec les études postcoloniales et décoloniales. 

SAMIA CHABANI

Cette rencontre a eu lieu le 23 novembre à La Criée, dans le cadre des Nouvelles Rencontres d'Averroès

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