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Toulon célèbre l’école

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La scène nationale se met au rythme de la rentrée scolaire et lance son 50e Théma, Soif d’apprendre, qui interroge la transmission par des spectacles, une expo, des projections et des rencontres

Des Récréations tapissent les murs du Théâtre Liberté, photos de James Mollison réalisées entre 2009 et 2015 dans les écoles du monde entier. Prises en plans très généraux, incroyablement nettes dans la profondeur, travaillant sur des cadres semblables, interceptant des gestes et des regards, elles révèlent d’insupportables misères. Celle du surpeuplement de l’école de Nairobi, de la guerre à Gaza, mais aussi la pauvreté aux États-Unis, en Italie, en Angleterre. Les inégalités sautent aux yeux, mais aussi les points communs, les corps à corps, les groupes et les isolements, l’élan et la violence, l’énergie libérée. Un tour du monde qui révèle une humanité commune, complexe, celle de l’enfance.

C’est sous le signe du partage de la connaissance que ce Théma va se poursuivre jusqu’au 20 décembre, avec en octobre la création d’Alexandra Cismondi Il faudra que l’on s’aime, une conférence de Mickaël Laisney, neuroscientifique, sur l’apprentissage et l’inefficacité du par cœur, le très joli film de Nicolas Philibert Être et avoir, plongée dans la classe unique d’un instit de village…

Ouverture des murs

Mais la Scène nationale varoise n’a pas attendu son Théma pour parler à tous et toutes dès le lancement de saison : avec ses ateliers et son bal participatif à Châteauvallon, qui fête ses 60 ans de programmation et de résistance à l’extrême droite ; avec les compagnies qui font la fierté de Toulon, Kubilaï Khan Investigation et Hors Surface.

Franck Micheletti (KKI) présentait Post Panamax, un trio de popping, où les secousses saccadées des danseurs virtuoses interrogent le travail mécanique et épuisant des dockers. Damien Droin (Hors surfaces) reprenait Face aux murs, créée aux Salins de Martigues lors de la Biennale Internationale des Arts du Cirque 2025. Pour ses six acrobates, le metteur en scène a fait construire un agrès modulable qui sépare deux trampolines par une stucture métallique et un mur de plexiglas qu’il faut franchir, surmonter, pour se rejoindre.

Si les performances physiques sont impressionnantes, la pertinence et la beauté des images et du son construisent un spectacle qui va bien au-delà de l’épate : jeux d’ombres, de fumée, valse amoureuse qui rebondit, corps masculins immobiles que la trampoliniste parvient à animer de désirs… jusqu’au moment où les corps se croisent, à toute vitesse, franchissant ensemble tous les obstacles et transformant les murs en portes ouvertes, et les chutes en ascension vers le ciel. Une très belle allégorie, pour le plaisir de tous.tes !

Agnès Freschel
Récréations
Jusqu’au 20 décembre
Face aux Murs a été joué au théâtre Liberté, Toulon, les 30 septembre et 1er Octobre

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Une semaine entre nuance et complexité

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À Marseille du 11 au 18 octobre, la 17e édition de la Semaine de la Pop Philosophie fait « l’éloge de la complexité, face au simplisme et au populisme »

Quand on tape « complexité » dans Crisco, le fort pratique dictionnaire des synonymes en ligne de l’Université de Caen, ce sont les mots « complication, intrication, sophistication, enchevêtrement », ou encore « imbroglio » qui apparaissent. Pas les plus positifs des termes. Quant aux antonymes, « facilité, simplesse, simplicité », ils révèlent plus encore à quel point l’être humain rechigne à l’effort qu’impliquent les doutes et la nuance. Or, comme nous y invite Edgar Morin dans son message d’introduction à la Semaine de la Pop Philosophie, qu’il parraine cette année, il faut savoir se mesurer à la complexité. D’autant plus quand le mot, « absorbé par le discours médiatique et managérial, court le risque d’être aujourd’hui galvaudé ». Peut-être, pressent-il, « sommes-nous déjà entrés dans l’ère d’une certaine “post-complexité”, où elle doit être repensée, revitalisée. »

Complexifier, décomplexifier, qu’ils disaient…

Pour entrer dans le vif du sujet, la soirée d’ouverture de cette XVIIe Saison consacrée à « l’éloge de la complexité, face au simplisme et au populisme », portera sur un outil souvent accusé de réduire le débat démocratique à un « pour ou contre » instrumentalisé : le référendum. Le 11 octobre, deux sociologues, Michel Wieviorka et Magali Della Sudda, en détailleront les enjeux avec Antoine Chollet, chercheur au Centre d’histoire des idées politiques et des institutions de l’Université de Lausanne. Une rencontre animée par Rémi Baille, membre de la revue Esprit.

Décidément, dans la foulée du récent festival Allez Savoir, les graves emballements algorithmiques de la désinformation préoccupent la pensée contemporaine : le 13 octobre, aux Archives et Bibliothèque Départementales Gaston Defferre, Séverine Falkowicz, maître de conférence en psychologie sociale, et Alexander Samuel, biologiste, s’interrogeront sur l’auto-défense intellectuelle : « Quand la vérité ne triomphe plus : comment déjouer la mécanique des fausses croyances ? ». Le politiste Julien Giry décortiquera quant à lui l’expression « fake news » au prisme des sciences sociales.

Autre beau morceau de cette édition, trois conférences modérées par Jean-François Dortier, fondateur de la revue Sciences Humaines, le 15 octobre à la bibliothèque de l’Alcazar. Une approche de la complexité par la physique… et l’économie, avec Marc Halevy et Pablo Jensen. Il sera intéressant de voir les dessous du libéralisme, credo qui conçoit notre système « comme le produit spontané des actions individuelles, dont la complexité résultante dépasse notre entendement, et dont il faudrait déléguer la gouvernance aux marchés ». Point culminant de la soirée, l’intervention de Barbara Stiegler, qui s’exprimera avec l’esprit vif qui la caractérise sur La philosophie et la haine de la démocratie.

Revenir à l’essentiel

Et si, pour y voir clair dans un monde devenu illisible, où les crises – politiques, sociales, écologiques, humanitaires – s’imbriquent et s’exacerbent, il était urgent de revenir aux fondamentaux ? « Philosopher, c’est apprendre à mourir », affirmait Michel de Montaigne, dans un siècle où l’intolérance, notamment religieuse, atteignait aussi des niveaux spectaculaires. Un exercice de liberté pour « désapprendre à servir », puisque si nous entretenons la crainte de la mort, nous ne développons pas l’esprit critique qui nous fait aspirer à bien vivre, ensemble. Le 17 octobre, dans la belle salle lambrissée, aux parquets craquants, du Muséum d’histoire naturelle, non loin des animaux empaillés, il devrait être passionnant d’écouter le philosophe Stanislas Deprez échanger avec sa consœur Julie Beauté sur les promesses d’éternité du transhumanisme. Car si ce mouvement, entraîné par les « tech bros » de la Silicon Valley, revendique des bases scientifiques, il prospère plutôt sur un terreau puéril, pétri de religiosité.

L’élan vers une « humanité augmentée » a de forts relents eugénistes : cette conférence entrera donc fortement en résonance avec celle du 15 octobre, à la Villa Bagatelle (Mairie des 6e et 8e arrondissements de Marseille). Bernard Binétruy, directeur de recherche émérite à l’Inserm, dézinguera les thèses racistes qui circulent à nouveau dans les milieux d’extrême droite : la notion de race dans l’espèce humaine n’a pas de sens biologique. Il faut encore le dire…

GAËLLE CLOAREC
Semaine de la Pop Philosophie
Du 11 au 18 octobre
Divers lieux, Marseille

Marseille Web Fest- La jeune création en séries

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Le Festival international des séries courtes et des nouvelles créations audiovisuelles est de retour du 9 au 11 octobre

Le monde change, la création audiovisuelle aussi. Foin des formats mythiques “26”, ou “52 minutes”, bien calibrés pour la télé, la création ne passe plus forcément par l’industrie audiovisuelle classique, mais débarque sur internet comme et quand elle le souhaite. C’est en partant de ce constat que s’est lancé en 2011 le Marseille Web Fest, qui met en lumière la nouvelle création audiovisuelle : ses nouveaux auteurs·ices, ses nouveaux formats, ou modes de diffusion. Car outre ses trois compétitions, le festival, qui se tient cette année du 9 au 11 octobre au Théâtre Joliette et à La Coque (Marseille), c’est aussi un lieu de rencontres, qui analyse les évolutions de ce secteur.

Focus série

Le coeur du rendez-vous reste tout de même sa programmation de séries venues du monde entier. Elles sont classées en trois grandes sections : la sélection internationale, où l’on verra notamment la série iranienne Sam, réalisée par Yazdan Tabrizi. On y suit le parcours de trois jeunes femmes téhéranaises qui cherchent l’amour et la liberté sous le régime des mollahs. Ce film, tourné au téléphone portable pour contourner la censure, sera certainement un des principaux temps forts de la cuvée internationale 2025.

Une autre section célèbrera la création française. 10 séries, parmi lesquelles J’aurais dû lui dire de Patrice Anselme, qui s’intéresse aux harcélements ; ou Battle la Rényon, de Romuald Beugnon, qui suit une jeune femme tout juste sortie de dépression, enfin acceptée dans un crew de hip-hop.

Et enfin la sélection de web-documentaire, où l’on partira en road-trip en Algérie avec Pascal Brument ; dans l’histoire de la virilité avec Camille Juza et Matthias Vaysse ; ou encore en musique avec des artistes en situation de handicap, qui cherchent à trouver leur place dans la scène musicale (Talents extraordinaires, de Aguérine Zar, Margaux Deslandes et Sasha Trehorel).

Et des rencontres

Avant de se rendre à une des rencontres, il faut savoir qu’elles s’adressent en priorité aux pros, ou aux étudiants. Aussi, le public lamba ne sera pas forcément intéressé par la table-ronde “Optimiser la consommation de contenus, l’exemple de Canal+”, servie par Marylise Oger, la directrice digitale de la chaîne Bolloré en personne.

Mais d’autres rencontres pourraient susciter la curiosité. Et notamment celles sur la place que l’IA pourrait prendre très vite dans la production audiovisuelle. Deux rendez-vous s’y intéresseront : d’abord une keynote de Lionel Payet-Pigeon (producteur et directeur créatif), qui se demandera “Comment l’IA peut-elle ouvrir le marché des séries à davantage de créateurs de contenu ?” (9 octobre, 10h45, Théâtre Joliette). Ou encore le samedi, trois regards croisés – ceux de Thomas Coispel, Stephan Muntaner et Julien Tournissa – qui parleront de l’IA dans le processus de création.

NICOLAS SANTUCCI
Marseille Web Fest
Du 9 au 11 octobre
Théâtre Joliette, La Coque
Marseille

Laurence Equilbey célèbre les grands romantiques

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Bruch, Beethoven : l’Insula orchestra et l’Académie Insula Camerata font résonner un romantisme allemand pluriel

Sur un programme soigneusement pensé, alternant œuvres rares et monumentales, Laurence Equilbey et l’Insula Orchestraont mis en lumière le dialogue entre classicisme et romantisme.

L’ouverture de Die Loreley de Max Bruch déploie une douceur organique, presque contemplative. Les traits brillants des vents et des cuivres alternent avec les élans chantants des cordes, installant l’atmosphère légendaire de la sirène du Rhin. S’ensuit, signé du même compositeur, Double concerto pour clarinette et alto, créé en 1912 et quelque peu oublié depuis. La pièce devient un dialogue fascinant : Pierre Génisson fait danser la clarinette avec un éclat généreux et expansif tandis que Miguel da Silva, plus retenu, impose une musicalité et une personnalité hors normes, capable de tenir tête à la monumentalité généreuse de son partenaire. L’intermezzo fluide révèle la complémentarité subtile des timbres, et le final flamboyant illustre le lyrisme maîtrisé de Bruch, oscillant entre intimité et éclat orchestral.

Avec la Symphonie n°5 de Beethoven, la lecture d’Equilbey souligne combien le « classique tardif » peut préfigurer le romantisme allemand. Les motifs frappants et l’énergie Sturm und Drang sont articulés avec précision, les timbres métalliques des cors et la brillance des cordes – le choix des instruments anciens se révèle ici plus que pertinent – créant une dramaturgie tendue mais maîtrisée. L’orchestre, historiquement informé dans les instruments comme dans la lecture, rappelle que le romantisme n’est pas monolithique : le classicisme de Beethoven se teinte ici d’une intensité expressive qui éclaire de nouvelles perspectives.

Le bis, la Danse hongroise n °5 de Brahms, révèle l’ivresse et la virtuosité de l’ensemble. La jeunesse de l’Académie Insula Camerata, doublant ici les pupitres comme c’était, à l’époque, l’usage, apporte une fraîcheur et une énergie communicative qui enrichissent la couleur sonore. La soirée devient alors un hommage au romantisme dans toute sa richesse : pré-moderne chez Bruch, flamboyant chez Brahms, intense et cohérent chez Beethoven.

SUZANNE CANESSA
Le concert a été joué le 30 septembre au Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence

Les bonnes feuilles de l’automne

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Avec Automne en librairies, les Librairies du Sud ouvrent leurs portes en grand durant quatre jours

Manifestation attendue, Automne en librairiesrevient du 8 au 11 octobre pour sa dixième édition. Durant quatre jours, 27 librairies réunies dans l’association Libraires du Sud, de Vaison-la-Romaine à La Seyne-sur-Mer, de Carpentras à Marseille, vont accueillir douze autrices et auteurs. Au programme : lectures, ateliers, dédicaces mais surtout échanges, entre écrivains et lecteurs.

L’Arche, invitée d’honneur

Pour cette édition anniversaire, les éditions de L’Arche sont à l’honneur. Maison fondée en 1949, elle s’est illustrée par son catalogue théâtral de Brecht à Lorca, en passant par Thomas Bernhard, Strindberg ou Tchekhov. Aujourd’hui dirigée par Claire Stavaux, elle poursuit une ligne éditoriale exigeante, attentive aux écritures contemporaines. Depuis 2017, la nouvelle collection « Des écrits pour la parole », en hommage au texte de Léonora Miano et dans le sillage artistique de Kae Tempest, ouvre la voie aux oralités non genrées. Elle se définit comme une maison où la radicalité formelle se conjugue à la vitalité politique.

Une démarche que viendront incarner en librairie plusieurs de ses auteurs : Jessica Biermann Grunstein, écrivaine nomade passionnée par la langue et les territoires, la performeuse Rébecca Chaillon,qui fait partie du collectif RER Q, espace artistique et activiste féministe et queer, l’autrice Sonia Chiambretto pour Peines mineures, texte qui donne voix à des adolescentes enfermées dans des centres éducatifs fermés ou encore le dramaturge Fabrice Melquiot.

Voix multiples

Automne en librairies s’attache à mettre en valeur une diversité de genres et de sensibilités. On y croisera Diglee, illustratrice et autrice qui relie poésie, féminisme et bande dessinée ; la journaliste judiciaire Marion Dubreuil, qui dans Mazan, la traversée du Styx interroge la violence sexiste à travers les procès qu’elle a couverts ou encore Régis Jauffret, prix Femina et prix Goncourt de la nouvelle, venu présenter Maman, récit intime autour de la figure maternelle.

Le roman contemporain est aussi à l’honneur avec Ramsès Kefi, qui signe avec Quatre jours sans ma mère (Philippe Rey) un premier texte remarqué déjà sélectionné pour de nombreux prix, dont le Renaudot ou encore avec Séphora Pondi, pensionnaire de la Comédie-Française, dont Avale (Grasset, 2025) s’annonce comme l’un des premiers romans les plus marquants de l’année. La BD et la jeunesse ne sont pas en reste avec Clara Lodewick, qui poursuit son exploration du réel avec Moheeb sur le parking, consacré aux adolescents réfugiés isolés et la romancière Laurine Roux.

Née en 1998, l’association Libraires du Sud regroupe 89 librairies indépendantes en Région Sud : « Notre objectif est de mutualiser nos forces pour donner plus de visibilité aux librairies, mais aussi de créer une solidarité entre professionnels », explique sa directrice Christelle Chathuant. Ce réseau permet d’échanger, de monter des actions communes et d’attirer l’attention du public sur ces lieux essentiels de la vie culturelle. Cette année, deux nouvelles librairies sont venues enrichir la constellation : Les Sauvages à Marseille, et Ô bonheur des mots, à Saint-Bonnet-en-Champsaur.

ANNE-MARIE THOMAZEAU
Automne en librairies 
Du 8 au 11 octobre
Dans les librairies partenaires de la région

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La Bella Città

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À Avignon, la Semaine italienne devient une quinzaine, toujours avec une programmation riche en terme de musique, de théâtre et de découvertes

La 9e édition de La Bella Italia (ou Semaine Italienne) s’est ouverte ce week-end avec un spectacle de danse folklorique d’Emilia Romagna, et l’inauguration du marché italien. Cette année encore, l’évènement propose une programmation culturelle riche, notamment sur le plan musical.

Le Grand Opéra d’Avignon poursuit sa collaboration avec le Consulat Général d’Italie. Il accueille à ce titre Amore Sicilia, concert mêlant baroque italien et musiques populaires avec la Capella Mediterranea, dirigée par Leonardo García Alarcón (17 oct.), et Italia! De Vivaldi à Fellini, dans lequel l’accordéon de Théo Ould rencontre les percussions et l’harmonie de l’Orchestre National Avignon-Provence (18 oct.). Au Théâtre des Halles, Lillia Ruocco et Lachat proposent Un Caffè à Napoli, un voyage musical dans le Sud de l’Italie en forme de duo voix-accordéon (11 oct.)

La programmation théâtrale aborde des thèmes liés à l’héritage, culturel comme familial. Au Théâtre des Carmes, Le Trafic de Pantalone puise dans l’univers de la Commedia Dell’Arte pour traiter de la crise climatique et des injustices d’aujourd’hui (12 oct.). L’auteur et metteur en scène Mario Putzulu questionne les liens familiaux, entre immigration et transfuge de classe, dans La Lettre d’Italie (Théâtre du Chêne noir, 10 oct.) et la Cie ASMA donne Une Conversation en Sicile d’Elio Vittorini, une enquête intime dans le contexte de l’entre deux guerre (Théâtre Transversal, 16 oct.)

Découvertes avignonnaises

Un accent particulier est mis sur la découverte de l’histoire italienne, et des liens qui unissent l’Italie à Avignon. Ainsi, le guide conférencier Emmanuel Rofidal propose une visite de la ville intitulée La Petite Italie dans la Cité des Papes (9 et 11 oct.). L’histoire culturelle italienne n’est pas en reste, avec Simonetta, promenade pop au Petit Palais, dans laquelle Caterina Barone retrace la vie de Simonetta Vespucci, connue pour avoir été la muse de Boticelli (11 et 12 oct.). Enfin, l’historien Guido Castelnuovo donnera une conférence sur le moyen-âge florentin à partir du Decameron de Boccace.

CHLOÉ MACAIRE 
La Bella Italia
Jusqu’au 19 octobre
Divers Lieux, Avignon

Festival Panorama : La Infiltrada, femme en mission

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Le film est tiré d’une histoire vraie. L’avertissement du générique d’ouverture authentifie une fiction qui, imaginée par un scénariste, serait proprement incroyable. Monica (Carolina Yuste), 20 ans, tout juste sortie de son école de police d’Avila, est recrutée par le commandant Angel (Luis Tosar), alias l’Inhumain, pour infiltrer l’ETA ( Euskadi Ta Askatasasuna : Pays basque et Liberté).

On est dans les années 90. Attentats, exécutions égrenées par la presse et la télé de l’époque et en chiffres-bilan sur des cartons à la fin du film, ensanglantent le pays. La guerre est déclarée entre toutes les polices du pays et l’organisation nationaliste basque. Monica devient Aranzazu Berrade Marín, s’installe à San Sebastian, fréquente les cercles de gauche indépendantistes, gagne leur confiance jusqu’à être recrutée par l’ETA. L’infiltration durera 8 ans. Huit années que le film parcourt en ellipses et en scènes-clés, dans le vertige du sacrifice de la jeune femme.

Une infiltration, c’est le risque sans la reconnaissance. Si ça tourne mal, prévient Angel, c’est une balle dans la tête par un membre de l’ETA ou par un policier qui ignorera sa véritable identité. Si ça tourne bien, aucune gloire. L’opération devant rester secrète à jamais. Les lauriers reviendront aux chefs des polices entrés en compétition. Cynisme, calculs politiques et carriéristes à peine esquissés par la réalisatrice mais bien présents. L’infiltration est à la fois une pression psychologique permanente et une abnégation. C’est la maîtrise totale et vitale de chaque détail qui pourrait trahir l’infiltrée, le masque qui colle au visage jusqu’à l’effacer, la coupure d’avec sa famille, et une solitude affective absolue.

Arantxa n’a qu’un chat pour passer les jours de l’an devant la télé de son petit appartement. Sa condition se rapproche étrangement de celle de Kepa (Iñigo Gastesi) celui qu’elle combat et doit aider. Solitude du militant devenu assassin, pris dans l’engrenage d’un engagement armé qui justifie sa vie et dont il ne peut plus s’extraire.

Mise sur écoutes, filatures, poursuites en voiture, courses contre la montre pour replacer un dossier volé, le film gagne en tension jusqu’au paroxysme de la cohabitation forcée de huit mois entre la jeune femme et deux terroristes dont Sergio Polo (Diego Anido), un vrai « méchant » de cinéma dont la brutalité et la bassesse entacheraient n’importe quel idéal.

Les films policiers ou d’espionnage comme les Séries ont largement utilisé le thème de la taupe –Infernal Affairs ou the Wire, en modèles. La réalisatrice, maîtrise les codes du genre, et donne au sien une authenticité historique – non seulement dans les faits et les décors mais encore dans les mentalités. Machisme ambiant des policiers comme des terroristes. La Infiltrada, c’est un formidable portrait de femme incarnée par l’époustouflante Carolina Yuste – Goya de la meilleure actrice en 2025, saisie en plans serrés sur son secret et dont les cris ne peuvent être que muets.  

ELISE PADOVANI

La Infiltrada de Arantxa Echevarría est projeté le 9 novembre à l'Espace Robert Hossein, Grans dans le cadre du festival Panorama 

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[Canebière Film Festival] La Condition : Tout peut –il recommencer ?

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La Condition (C)Diaphana

Parmi les 6 longs –métrages en compétition, en avant –première, le dernier film de Jérôme Bonnell

L’amour parcourt les films de Jérôme Bonnell qui en explore toutes les facettes, de l’enfance à l’âge adulte depuis Le Chignon d’Olga (2002) jusqu’à sa série prévue pour 2026, Un jour on fera l’amour. Son nouveau film, La condition, qui avait pour titre au départ Tout recommencera, ne fait pas exception. Mais c’est la première fois que le cinéaste s’attelle à une adaptation : celle d’un roman de Léonor de Récondo, Amours (sic !) dont l’histoire se déroule au début du XXe siècle. Un film en costumes donc mais au thème très actuel, la situation des femmes face au patriarcat.

Mois d’avril 1908. Une grande maison bourgeoise. Une jeune femme qu’on habille, qu’on corsette ; c’est Victoire, (Louise Chevillotte, que Jérôme Bonnell avait déjà fait tourner dans Les hautes herbes) femme d’André (Swann Arlaud) un notaire, qui semble sûr de lui, imbu de sa personne mais au fond sous l’emprise de sa mère (Incroyable Emmanuelle Devos, méconnaissable). Alitée, ne parlant plus, véritable tyran, elle maltraite les employées de maison et sa bru.’ « C’est la méchanceté qui coule dans tes veines » lui jettera un jour un fils, excédé et que la frustration rend violent. Les deux époux font chambre à part et en bon patron, André s’occupe de la bonne, Céleste (Galatéa Bellugi  vue récemment dans L’Engloutie de Louise Hémon ) A la suite de ses assauts, Céleste se retrouve enceinte et n’a pas son mot à dire. Bien entendu, craignant de se faire renvoyer, elle cache sa grossesse durant six mois ; il est donc trop tard pour « faire passer » l’enfant. Victoire n’a sans doute pas eu son mot à dire non plus, avant d’être mariée à André et les rapports avec son mari ne leur ont pas donné d’héritier. Une solution est trouvée : Céleste ne sera pas renvoyée, mettra au monde l’enfant qui deviendra le fils des maitres. Cet arrangement, inhumain, terrible pour Céleste, va peu à peu rapprocher les deux « mères » : En secret, elles s’occupent ensemble du bébé ; leurs corps se rapprochent, faisant naitre une grande tendresse entre ces deux femmes que leur condition sociale opposait, maitresse et servante, et leur révélant peu à peu leur désir.. Tout peut –il recommencer ?

Dans une mise en scène classique, sobre et fluide, des décors très soignés conçus par la cheffe décoratrice, Catherine Jarrier-Prieur, La Condition traite à la fois les rapports sociaux, dominant –dominé, les rapports imposés aux femmes par le patriarcat et le tabou de l’homosexualité. La caméra de Pascal Lagriffoul a su saisir les émotions des deux femmes superbement interprétées, filmant avec délicatesse les visages et les corps qui se découvrent. Quant à Swann Arlaud, il incarne avec justesse cet homme dont on découvrira le secret.

Annie Gava

La Condition sort en salles le 10 décembre

© Diaphana

[Canebière Film Festival] Être ou ne pas être la femme de… ?

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La Femme de (C) Jour2fête

Une rue, la nuit. Une jeune femme qui se fait agresser, s’enfuit et monte dans un bus, l’air hagard. Un passager la regarde fixement. Cette séquence initiale du film de David Roux, La Femme de, adapté du roman d’Hélène Renoir, Son nom d’avant (1998) trouvera son sens plus tard.

La Femme de, c’est Marianne, la quarantaine (superbe Mélanie Thierry) qui arrive avec son mari, Antoine (Eric Caravaca) et leurs deux enfants, Laure une adolescente et le jeune Tim, dans une grande maison bourgeoise. La grand -mère vient de mourir et Antoine, le fils ainé, un riche industriel, gère le conseil de famille comme il dirige son entreprise et décide reprendre la maison, rachetant les parts des autres, malgré l’opposition de sa sœur Lili, qu’il chasse. Il faut que quelqu’un s’occupe du patriarche, impotent. Ce sera Marianne ! Dans cette riche famille catholique traditionnelle, on prépare la confirmation de Laure, on organise des repas. Tout repose sur Marianne à la disposition du grand -père, autoritaire, méprisant, dont elle doit s’occuper sans cesse dès qu’il la sonne ! Délaissée par Antoine, maltraitée par sa propre fille…Seul son beau- frère (Arnaud Valois) lui accorde attention et baisers… Peu à peu, Marianne se rend compte que cette demeure familiale est une prison dorée dans laquelle elle s’est laissée engloutir : obligations quotidiennes et sociales rythment sa vie. Un jour, un passé oublié ressurgit….

La caméra d’Aurélien Marra filme comme un véritable personnage cette maison aux multiples fenêtres, décorée avec soin par Chloé Cambournac; les plans de Marianne devant son bow-window révèlent tour à tour sa détresse et ses interrogations existentielles. On retrouve dans ce huis- clos l’atmosphère des films de Chabrol. Mélanie Thierry interprète à merveille cette femme au tournant de sa vie ; elle est de tous les plans et son visage exprime superbement sa blessure, ses doutes et ses questions sur l’avenir.
Un film qui met en question le pouvoir du patriarcat et donne l’espoir d’une émancipation.

Annie Gava

Cirque-théâtre au Théâtre des Calanques

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© X-DR

Au Théâtre des Calanques, la porosité des formes entre théâtre, danse, musique, opéra et cirque est une marque de fabrique. Dîners-spectacles sous chapiteau, propositions clownesques et formes hybrides investissent régulièrement les saisons, tandis qu’on trouve dans les créations théâtro-musicales de la compagnie une esthétique circassienne prégnante : déambulation, travestissement parades et mascarades, que ce soit dans La Porte d’Ensor (2024), Les Mariés de l’Apocalypse (2021) ou BaroKKo (2018). 

Inversement de la tendance avec sa nouvelle création, Un Rêve de Cirque, présentée en août dernier à Maussane-les-Alpilles dans le cadre des Inattendus de Maussane. Du « cirque théâtral » avec piste, numéros aériens, clowns, etc… qui accueille des récits, contes et compositions musicales, invitant à un monde burlesque et poétique.

Diva perchée 

L’entrée des différents artistes (Lucas Bonetti, Otto Camara, Patrick Cascino, Flavio Faciulli, Thibaut Kuttler, Claire Nouteau, Camille Noyelle, Jeanne Noyelle, Magali Rubio) sur la piste se fait à travers les volants écartés d’une robe à paniers de plusieurs mètres de haut, au sommet de laquelle trône une diva-musicienne-actrice-conteuse (Marion Coutris – qui signe la dramaturgie et le texte) annonçant ou accompagnant les numéros qui se déroulent à ses pieds ( scénographie et mise en scène de Serge Noyelle). On y voit « une danse de sabots de bois, des numéros aériens de sangles, de trapèze et de tissus, d’étranges palmipèdes, un petit chaperon rouge intrépide, une fille qui marche à l’envers au plafond, une diva perchée, un vélo azimuté, 3 petits clowns issus d’un songe Fellinien » qui font pencher le cirque « du côté des songes éveillés, de l’imaginaire et des désirs les plus loufoques ».

Le tout est accompagné des compositions musicales, à tendance jazzy, créées pour le spectacle, de Marco Quesada jouées en direct par les artistes

MARC VOIRY

Un Rêve de Cirque
11 octobre
Théâtre des Calanques, Marseille
À noter
Pour aller au Théâtre des Calanques, une navette gratuite part de la station de métro Périer à 19h15, sur réservation.
Le restaurant du Théâtre des Calanques sera ouvert à partir de 18h45 jusqu’à 20h.
Et pour le prix du billet, c’est vous qui choisissez : 1€, 2€, 5€, 10€, 15€, 20€, 30€, 40€… Un parti-pris de la compagnie qui invite ainsi chacun·e à témoigner, selon ses capacités, de son soutien au projet artistique du théâtre.

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