jeudi 26 mars 2026
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Alice Rende, l’échappée belle

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Fora, Alice Rende © Donatas Aliasauskas

Une boîte en plexiglas de 50 cm de côté, et de 2m50 de haut – à vue de nez. À l’intérieur, une danseuse-contorsionniste qui va tout faire pour s’en échapper. C’est l’excellente idée qu’a eu Alice Rende, pour son spectacle Fora, qui était donné à Marseille les 21 et 22 janvier à La Gare Franche (pôle du Zef) puis le 30 janvier au Sémaphore de Port-de-Bouc.

Que faire donc dans cet espace clos et resserré ? Pour le commun des mortels pas grand chose. Mais Alice Rende a beaucoup d’idées au centimètre carré, et c’est ce qu’on va découvrir pendant la durée du spectacle. 

Après un fondu au noir, l’artiste apparait dans cette boite qui était jusqu’alors présentée vide aux spectateurs. Tel un chat, Alice Rende appréhende ce nouvel espace. Elle touche, frappe les parois, se déplace comme elle peut, et cherche l’issue. Les gestes se font plus amples, puis prennent de la hauteur. Alice Rende enchaîne des mouvements saisissants, la tête en bas, les pieds en haut, et semble parfois en lévitation. Alice Rende ne s’arrête pas là, elle ajoute à ses gestes des jeux de lumières, de l’humour aussi, une poésie, tout en restant parfaitement synchronisée avec la musique qui l’accompagne tout au long du spectacle. 

Le spectacle, qui se veut être une métaphore de la liberté, de l’oppression des corps, a été créé au Bois de l’Aune en 2024, et multiplie les dates ces derniers mois. La petite boîte est en passe de devenir un petit tube du cirque contemporain.

NICOLAS SANTUCCI 

Fora a été donné  les 21 et 22 janvier au Zef, scène national de Marseille

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La mémoire palimpseste

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© Daddy MBoko

En 2021, le prix Goncourt est remis à Mohamed Mbougar Sarr pour son roman La Plus secrète mémoire de des Hommes. Dans cet ouvrage, il raconte la quête d’un jeune auteur sénégalais, Diégane Faye, qui se lance à la recherche de T.C. Elimane, un grand écrivain sénégalais, acclamé à la fin des années 1930 mais depuis tombé dans l’oubli. Odile Sankara et Aristide Tarnagda, le duo à la tête de l’important festival burkinabé Récréâtrales, condensent l’essence de ce roman dans une lecture théâtrale. 

Narration éclatante 

Les deux artistes s’attachent davantage au propos politique du roman qu’au voyage initiatique de Diégane Faye, bien que celui-ci en reste le point de départ. Ils assemblent pour cela des extraits tirés de différentes parties du roman, entre lesquels le lien n’est pas toujours explicite, ce qui crée une narration éclatée, faite d’aller-retours dans le temps et entre le Sénégal et l’Europe. On rencontre d’abord Diégane, puis l’écrivaine Siga, puis le père aveugle de Siga… une myriade de personnages qui prennent la parole sans vraiment être présentés, et dont les récits s’emboîtent pour reconstituer peu à peu l’histoire de T.C. Elimane. 

Odile Sankara et Aristide Tarnagda altèrent subtilement leur costume (par l’ajout d’un couvre-chef, d’une écharpe, etc.) et leur jeu pour signifier lorsqu’iels changent de personnage. C’est alors au spectateur de comprendre qui parle, à quelle époque et quelle est la place de ce personnage dans le récit, une tâche qui est parfois rendue ardue par la densité du texte de Mohamed Mbougar Sarr. 

Il faut accepter de se laisser porter par les talents oratoires d’Odile Sankara et Aristide Tarnagda. Leur interprétation d’une incroyable justesse donne vie aux histoires que narre chacun des personnages, au point où l’on en oublie la narration globale pour être entièrement avec celui qui parle sur le moment. Le sens du texte se révèle alors, car le vécu de chaque personnage révèle un rapport à la colonisation, au racisme, et à l’importance de la culture et la littérature. Captivant. 

CHLOÉ MACAIRE 

La Plus secrète mémoire des Hommes a été donné du 27 au 29 janvier au Théâtre Joliette, Marseille

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De l’inspiration à l’improvisation

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© L.S.

Le Conservatoire de Marseille organisait ce vendredi 30 janvier la deuxième Nuit du Conservatoire : Improvisez La nuit. Une soirée inédite, l’improvisation étant trop souvent négligée au profit d’un apprentissage « classique », pourtant intrinsèque, notamment, au répertoire baroque. Le programme brassait l’ensemble des disciplines qui sont enseignées au Conservatoire. Ses différents espaces, normalement fermés au public, étaient animés par de nombreux élèves, parents, jeunes, enfants et Marseillais curieux. Les nombreuses propositions se chevauchaient, dont certaines étaient très demandées – par exemple La Distinction, une proposition des élèves de théâtre et de jazz autour d’une œuvre de Bourdieu – si bien que le public s’est vu contraint de choisir un spectacle plutôt qu’un autre. 

Parmi ces représentations, on y croise les débuts de ces pratiques, notamment par les jeunes élèves du département des cordes qui présentaient le fruit d’une semaine d’ateliers auprès du violoncelliste Stann Duguet. Il initiait les élèves aux musiques improvisées à travers le cadre simple d’une gamme de Do majeur sur le mode dorien. Mais aussi des artistes affirmés, tels que le talentueux pianiste Mehdi Telhaoui, ancien élève du Conservatoire de Marseille passé par le CNSMD de Paris. Il invitait le public à rentrer dans la tête de l’improvisateur, et à suivre les Chemins de l’improvisation. Une performance participative, c’est le public qui devient son inspiration – à partir d’une série de notes, une histoire inventée sur le champ, dans le style de Bach, ou de l’œuvre audacieuse de Liszt : Les études d’exécution transcendante. Il joue avec ferveur et virtuosité, d’inspirations romantique, moderne et impressionniste, tel Stravinsky ou Prokofiev, où sont présents rythmes charnus et martelés, dissonances, et aigus cristallins. Le pianiste déploie ici l’étendue des jeux de son instrument, montrant la force d’une compréhension complète de l’histoire de la musique et du répertoire de ses grands compositeurs dans cet art de l’improvisation.

LAVINIA SCOTT

La soirée s’est tenue le vendredi 30 janvier au Conservatoire Pierre Barbizet de Marseille

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Un message d’amour et d’espoir

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Walid Ben Selim © AK. BERLIN

Zébuline. Vous passez au Festival Les Suds à Arles, accompagné de Marie-Marguerite Canot. Qu’allez-vous y présenter ?

Walid Ben Selim. Nous allons présenter ce que nous jouons habituellement : notre récital, Here and Now (2024), autour de la poésie arabe et soufie, avec des poètes que j’adore particulièrement, comme Mahmoud Darwich ou Abou Nawas. 

Comment ce projet est-il né ?

Le SilO, [Centre de création coopératif], m’avait donné carte blanche lorsque j’y étais artiste associé. Je voulais que cela reste inscrit dans la « musique du monde ». Étant marocain, je me suis dit que la musique du monde pouvait aussi être la musique occidentale. J’ai donc cherché quel instrument pourrait le mieux convenir. La harpe s’est imposée : c’est un instrument exceptionnel, assez sous-estimé, même dans le répertoire occidental. J’ai composé un répertoire et cherché un·e partenaire. J’ai rencontré Marie-Marguerite, qui a accepté l’aventure.

Que représente pour vous cet opus ? 

L’amour de la poésie. C’est une ode à la poésie arabe. Une langue exceptionnelle, avec des millénaires qui nous ont précédés. Quand on choisit un poème, c’est d’abord une histoire d’amour. Je parcours des recueils de poésie, et d’un seul coup on a un poème qui va utiliser une voix du XXIe siècle pour rebondir sur les siècles à venir. Il y a une forme de graine qui germe d’un siècle à l’autre.

Après N3rdistan, qui emprunte aux sonorités électro et aux influences hip-hop, vous opérez ici un tournant esthétique. Pourquoi ?

C’est avant tout une volonté d’épurer l’écriture musicale. Plus on diversifie son écriture, mieux c’est pour une carrière. J’ai toujours fonctionné ainsi : du métal au rap, du rap à l’électro, de l’électro à l’écriture d’un opéra. L’idée, c’est de s’amuser, qu’on puisse expérimenter.

Vous avez fait partie de la mouvance Nayda et vous êtes artiste engagé. Comment avez-vous réagi face aux récentes émeutes au Maroc et les mouvements portés par la Gen Z 212 ?

J’ai soutenu et je soutiens quoi qu’il arrive tous les mouvements d’expression. Ce n’est pas qu’au Maroc, c’est une réalité universelle, un phénomène cyclique : on le retrouve chez les poètes des VIIe ou IXe siècles. Les pays qui avancent sont ceux qui écoutent ces nouvelles générations, quel que soit leurs revendications. Je pense qu’il faut accueillir, comprendre et accompagner les jeunes générations et leurs volontés de changer le monde. C’est une problématique constante : écoute-t-on les jeunes ou non ? Je veux leur transmettre un message d’amour et d’espoir. Au-delà du temps et des siècles, c’est l’amour qui reste. La politique passe, les cités s’effondrent, tout sauf l’amour : l’amour d’une mère, d’un ami, de l’art. C’est éternel. 

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR LAVINIA SCOTT

Concert prévu le 8 février dans le cadre du festival Suds, Hiver à Arles

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Paillettes en famille

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© Marseille Concerts

Pantalons à paillettes, pattes d’éléphant et sourires francs : Family Business annonce d’emblée la couleur. Pas de démonstration écrasante ni de dispositif sophistiqué, mais le plaisir évident de faire de la musique ensemble. Les transitions sont parfois gentiment approximatives, comme dans une réunion de famille où l’on se passe la parole sans trop de formalisme – et c’est précisément ce qui rend la soirée attachante.

Le fil de la mémoire

L’émotion affleure évidemment lors de l’hommage à Michel Legrand, figure tutélaire et grand compagnon de route de la grande Natalie Dessay. You Must Believe in Spring, extrait des Demoiselles de Rochefort, chanté en quatuor, suspend le temps par sa simplicité et la qualité de l’écoute collective. Même exigence pour Night and Day de Cole Porter, donné a cappella : une splendeur de justesse et d’équilibre.

Le programme traverse les grandes pages de la comédie musicale : Guys and Dolls, mais aussi West Side Story et d’autres standards, abordés avec humour, sens du texte et un goût évident pour le récit. Le couple Laurent NaouriNatalie Dessay sur Send in the Clowns confirme qu’il reste de la voix lyrique et musclée sous le capot, mais aussi surtout une musicalité fine, attentive aux inflexions et aux silences.

Affaires de voix

Les moments à l’orée de l’intime jalonnent la soirée : You’ve Got a Friend, chanté par le frère et la sœur, touche par sa sobriété. Le duo mère-fille se métamorphose dans un morphing très réussi Happy Days Are Here Again / Get Happy, aussi fluide qu’efficace. Tom Naouri offre un joli moment avec Alone Again, révélant une belle musicalité et une maîtrise affirmée par ailleurs au saxophone, présent tout au long du concert.

La révélation vocale de la soirée reste toutefois Neïma Naouri. Présence scénique évidente, voix ample et incarnée, pleinement ancrée dans l’esthétique du musical, à distance assumée des timbres lyriques parentaux. Une personnalité déjà là – et l’impression qu’une étoile est en train de naître.

SUZANNE CANESSA

Le concert a été donné le 28 janvier à l’Odéon dans le cadre de la saison Marseille Concerts

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La voix qui brûle

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Luz Casal © X-DR

Silhouette sombre, presque punk, présence tendue, regard franc. Dès les premières minutes, Luz Casal s’impose avec densité et générosité sur la scène du Grand Théâtre de Provence. Ce concert sera affaire de chair, de souffle, de partage.

La voix frappe. Elle a évolué. Le timbre autrefois quasi lyrique s’est creusé, sombré, chargé d’un léger sanglot. Une voix désormais entre fièvre flamenco et vigueur rock, nourrie de lyrisme, de tensions, de soupirs. Les écarts de quart de ton, maîtrisés, donnent au chant une vibration groove instable, presque douloureuse.

Sur scène, tout dialogue. Les styles, les cultures, les âges de la vie. Star pop, diva rock, icône cinématographique, chanteuse de l’intime : tout cohabite sans jamais se contredire. La tenue noire des débuts laisse place, au cours du concert, à une robe rouge éclatante, comme une mue finale, et un hommage au cinéma d’Almodovar qui l’a révélée – boa autour du cou à l’appui.

Divas en miroir

L’un des autres moments les plus applaudis de la soirée reste l’hommage à Dalida. Luz Casal y met une tendresse grave, une admiration sans distance. À un poignant Fini la comédie succède un incarné Il venait d’avoir dix-huit ans entre espagnol et français, conclu sur une touche de nostalgie et d’humour. Sur ses doigts, la diva compte : elle n’a désormais plus deux fois, mais bien trois fois dix-huit ans. L’émotion affleure, sans pathos. Cette musique-là, marquée par la Méditerranée voyage sans peine entre les rives et les langues. Dans Historia de un amor, chanson espagnole passée par Dalida, la voix était déjà pop et tendre : drama queen, oui, mais sans ironie, avec une infinie délicatesse.

Autour d’elle, cinq musiciens forment un écrin solide et attentif – « sa famille », dit-elle. Les guitares électro-acoustiques et espagnoles de Borka Fernandez, Serrano Montenegro et Jorge Fernandez Ojea, la basse de Pedro Pablo Oto Aguilar et les claviers et piano de Jose Maria Baldoma Monesma. Luz s’adresse au public dans un français appliqué, soucieuse d’être comprise, de maintenir ce fil fragile entre la scène et la salle. Dans ce dialogue, quelque chose brûle encore – et ce longtemps après la dernière note.

SUZANNE CANESSA

Le concert a été joué le 31 janvier au Grand Théâtre de Provence

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Résister à l’effacement 

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Le Voyage En Ukraine. Institut Français, Institut Ukrainien, La Friche La Belle de Mai, 30.01.26 © Pierre Gondard

Le Gué, c’est en ukrainien la lettre « Ґ », une lettre dont la barre horizontale prolongée d’un crochet ascendant le distingue du « Г » russe. Lettre effacée en 1933 par l’impérialisme soviétique, retrouvée en 1990 à la faveur de l’indépendance. Le symbole d’une résistance sur lequel s’appuie le designer graphique Paul Gilonne, directeur artistique de UUS Studio, implanté à La Friche, pour concevoir cette exposition autour de lieux culturels en Ukraine qui continuent de faire vivre les arts et la culture « alors même que l’agresseur cherche à rendre à nouveau invisible l’identité d’un pays résolument tourné vers l’Europe, dans son espace de création, de pensée et de valeurs ». 

Artistes au front

L’exposition se déploie à travers un affichage aux résonnances plastiques constructivistes, utilisant les couleurs bleue et jaune du drapeau ukrainien, mêlant photographies et textes, intégrant quelques vidéos et exposant quelques livres.

La première partie met principalement en perspective la « Renaissance fusillée » par le pouvoir stalinien au tournant des années 1930, pour qui « l’ukrainisation du communisme », menée par des intellectuels et artistes russes, menaçait l’unité de l’URSS, avec l’implication depuis 2022 de nombreux artistes ukrainiens dans la guerre. Avec des focus, pour la « Renaissance fusillée », sur le linguiste et lexicographe Hryhorii Holoskevych, sur Mykhailo Semenko, théoricien du « pan-futurisme », ou Les Kurbas, fondateur de la troupe de théâtre Berezil, arrêtés, déportés et tués. Et pour aujourd’hui, sur le poète Maksym Kryvtsov, tué en janvier 2024 dans la région de Kharkiv, Anastasia Shevchenko, chanteuse et médecin de combat sur le front, ou Marharyta Polovinko, artiste qui, à la fin de l’année 2024, a rejoint les forces armées ukrainiennes, tout en continuant son cycle de dessin lié à la peur et à l’effacement, commencée au crayon et à la gomme, se poursuivant aujourd’hui avec du sang.

Abris 

Tout en parcourant cette histoire, l’exposition passe en revue une dizaine de lieux culturels très actifs. Tels que le Mystetskyi Arsenal qui accueille en ce moment l’exposition Vasyl Stus. Tant que nous sommes ici, tout ira bien dédiée à ce poète et figure de la résistance antisoviétique. La galerie The Naked Room, qui présentait dans son espace jusqu’au 8 janvier dernier The new frontiers of my body d’Elena Subach, artiste et photographe, autour de la rééducation aquatique de vétérans et de civils amputés.

Ou bien encore Izolvatsia, friche industrielle à Donetsk, devenue un lieu de référence pour l’avant-garde artistique dans le Donbass, qui en juin 2014, lors de l’occupation de la ville par des milices contrôlées par la Russie, a été saisi et transformé en un centre de détention. Aujourd’hui, la fondation Izolvatsia poursuit ses activités en exil à Kyïv et est notamment l’une des chevilles ouvrières de la saison Le Voyage en Ukraine en France.

Cœur et périphérie

On entre et on sort del’exposition devant un affichage présentant des photographies du drapeau européen, flottant sur des bâtiments officiels, à côté du drapeau ukrainien, accompagnées d’un texte L’Europe, à la recherche de son cœur signé Yevgen Satko – designer typographique contemporain, fondateur et directeur général de Rentafont, plateforme ukrainienne indépendante dédiée à la promotion des polices ukrainiennes. Il écrit que l’Ukraine n’est pas à la périphérie de L’Europe, mais au contraire « un miroir dans lequel L’Europe peut à nouveau voir son propre cœur ». 

MARC VOIRY

Le Gué – Culture sous guerre
Jusqu’au 1er mars
La Friche La Belle de Mai, Marseille

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Le Lac des cygnes 

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© X-DR

Au Grand Théâtre de Provence, Angelin Preljocaj reprend sa version de l’incontournable Lac des cygnes créée en 2020. Cette pièce chorégraphique est une revisite contemporaine de ce monument du répertoire classique – en termes de chorégraphie, évidemment, mais également en termes de narration et de musique. Le chorégraphe transpose la tragique histoire d’amour d’Odette et Siegfried dans un univers moderne, avec de enjeux actuels, faisant du sorcier Rothbart une sorte d’homme d’affaire, incarnation du monde de l’industrie et de la finance. La belle Odette, maudite par Rothbart, représente pour sa part la Nature. Preljocaj donne aussi aux parents de Siegfried une importance inédite dans le récit.  Cette réécriture est évidemment dansée sur la musique de Tchaïkovski, mais Preljocaj y apporte aussi sa touche en mêlant la partition originelle du Lac des cygnes avec des extraits d’autres œuvres de Tchaïkovski, et des morceaux d’électro. 

CHLOÉ MACAIRE

Du 10 au 14 février 
Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence 

Une « Leçon » à ne pas oublier 

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« La Leçon », texte d’Eugène Ionesco, mise en scène de Robin Renucci. Avec
Christine Pignet, Robin Renucci, Inès Valarcher. Assistant à la mise en scène : Sven Narbonne. Scénographie : Samuel Poncet. Création lumière : Sarah Marcotte. Création son : Orane Duclos. Costumes : Jean-Bernard Scotto. Une production de La Criée - Théâtre National de Marseille. Photographies de Vincent Beaume. La Criée - Théâtre National de Marseille, janvier 2026.

Qu’a donc aujourd’hui à nous dire La Leçon de Ionesco ? Ce texte, écrit en 1950, a été joué et monté des milliers de fois depuis sa création. Pour Robin Renucci, directeur de La Criée, s’attaquer à ce chef-d’œuvre aurait pu être vu comme de la facilité. Il n’en est rien. Robin Renucci s’attache au texte mais en fait une relecture froide, clinique, et  l’éclaire de son ombre la plus cruelle. 

La Leçon est une histoire de domination, de viol, de meurtre. Par le langage, par le corps, par le savoir. Certainement pas une comédie absurde, comme elle a  souvent été lue ou montée. Car c’est bien un drame qui se joue à trois : il y a ce Professeur, obséquieux et inquiétant. L’Élève, pétillante et déroutante. Et enfin la Bonne, fausse et complice. Tous les trois vont participer à un huis-clos effroyable, où les quelques accents comiques ne suffiront pas à atténuer l’intensité du drame qui se joue. 

Dans le triangle 

Robin Renucci a choisi pour décors des figures pop et géométriques. Du réconfort au milieu de la scène, pourtant entourée de piquets de bois, aux airs inquiétants de cimetière. C’est ici qu’entre l’Élève, à l’allure d’ado, Katy Perry à fond dans le casque. Premier choix fort du metteur en scène, avoir confié ce rôle à l’excellente Inès Valarcher, comédienne et circassienne, qui ponctuera son interprétation de pirouettes, sauts, avant que son corps ne s’affaisse, contraint par le piège qui se noue déjà.

Car arrive le Professeur, interprété par Robin Renucci. Grisonnant et allure austère, il accueille sa jeune élève avec toute l’amabilité du monde. La félicite chaleureusement quand elle réussit à additionner 1+1, gage d’une réussite future à son “doctorat total”. Pourtant, dès les premières minutes, Robin Renucci ne laisse planer aucun doute sur l’emprise qui commence déjà. Il est proche d’elle, la domine de sa taille, de son éloquence, de son savoir, lui tapote la joue avec incorrection. 

La suite n’est que glissement vers le tragique. Bien aidé par les lumières qui appuient les intentions de la mise en scène, et surtout par l’interprétation de Robin Renucci. Au départ guilleret, il s’assombrit en même temps que le plateau, et joue de son corps, de sa voix, comme d’un instrument maléfique. En face de lui, la jeune élève ne sautille plus. Elle est apathique, et se tord de douleur sous les assauts du Professeur. Puis arrive la scène finale, où le couteau devient sexe, et le meurtre devient viol. 

Une lecture contemporaine

En 1950, Eugène Ionesco avait choisi de ne pas nommer et définir ses personnages, leur offrant ainsi une dimension universelle. Un terreau fertile pour quiconque veut s’attaquer à ce texte. Robin Renucci a choisi d’en faire une lecture que l’on pourrait qualifier de contemporaine. Difficile de ne pas donner toute la force au texte dans ce qu’il dit des rapports homme-femme dans une société post-Metoo. Difficile aussi de ne pas voir en sous-texte le viol qui se joue dans cette pièce, ou la représentation phallique de ce couteau, arme du crime. Finalement, en appuyant là où le texte fait le plus mal, en lui projetant sa lumière la plus actuelle, Robin Renucci offre à la pièce sa plus féroce vigueur, peut-être pas si éloignée des intentions initiales de l’auteur.

NICOLAS SANTUCCI

La Leçon est donnée à La Criée jusqu’au 13 février
À venir
3 et 4 mars 
Théâtre du Bois de l’Aune, Aix en Provence
5 mars
Théâtre d’Arles
8 mars
Scènes et cinés, Istres
10 mars
Chêne noir, Avignon
7 et 8 avril
Scène nationale Châteauvallon, Ollioules

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Hercule en polyphonie

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© Musicatreize

Connu pour ses partitions orchestrales, opératiques et pour son travail d’écriture vocale contemporaine, Patrick Burgan signe une nouvelle œuvre chorale pour Musicatreize. Nous l’appellerons Hercule, commande de Roland Hayrabedian, sera créée au foyer de l’Opéra de Marseille avec les douze chanteurs de l’ensemble, le Chœur Attacca dirigé par Sébastien Bouin et la Maîtrise du Conservatoire d’Istres sous la direction d‘Alexis Gipoulou. Cet « Hercule » mobilise ainsi des forces vocales diverses, tissant une polyphonie où se mêlent voix d’enfants, choristes amateurs et chanteurs professionnels. Cette architecture sonore fait écho à l’universalité du mythe : Hercule appartient à tous.

Le compositeur puise son inspiration dans Amphitryon 38 de Jean Giraudoux. La pièce imagine Hercule né de deux pères : Zeus le dieu et Amphitryon l’homme. Cette filiation, divine et humaine, devient le point de départ d’une réflexion sur les héritages multiples – et souvent contradictoires – que nous portons. La figure du héros aux origines doubles devient métaphore de notre capacité à assumer nos contradictions entre puissance mythologique et fragilité terrestre, entre défis écologiques et humanité partagée. C’est aussi un plaidoyer à transformer l’hybridité en richesse. Burgan interroge : Hercule est-il l’enfant né ou l’enfant à naître ? Le premier porterait un héritage constitué, avec ses gloires et ses fardeaux, le second incarnerait le potentiel et l’incertitude. Cette tension, qui traverse la composition, fait du héros mythologique une figure de notre condition humaine et questionne la fatalité, le destin, le libre arbitre, le défi, les choix moraux et la persévérance.

Format « gigogne »

Après cette présentation dans sa version intégrale, chaque ensemble pourra reprendre indépendamment la partie qui lui est dévolue. Ce dispositif « gigogne » facilitera une circulation de l’œuvre en offrant plusieurs niveaux d’interprétation, du concert collectif à la pratique autonome.

Roland Hayrabedian, directeur de Musicatreize, poursuit avec cette commande son exploration du répertoire contemporain. Depuis près de quarante ans, l’ensemble vocal, s’est imposé comme une référence dans l’interprétation de la musique vocale actuelle, notamment à travers ses créations et ses collaborations avec des compositeurs vivants.

Le foyer de l’Opéra de Marseille accueillera cette première mondiale, offrant un cadre intime propice à l’écoute d’une œuvre polyphonique exigeante aussi bien musicale que philosophique.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Nous l'appellerons Hercule
8 février
Foyer de l’Opéra de Marseille

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