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Scènes et cinés sur le fil métropolitain

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Projet pour le Théâtre de l’Olivier par le cabinet d’architecte Wilmotte & Associés © Wilmotte & Associés

« Notre avenir est assombri par les problématiques budgétaires plus que significatives de la Métropole ». C’est par ces mots que Daniel Gagnon a commencé la conférence de presse de Scènes et cinés le 22 juin. Le maire de Cornillon-Confoux, membre du bureau de la Métropole Aix-Marseille-Provence et Président de Scènes et Cinés, rappelle que la régie culturelle « dépend à 80%, tout budget confondu, des contributions financières de la métropole ». En effet les villes du SAN (Syndicat d’agglomération nouvelle Ouest Provence), créé en 1972, ont délégué leurs compétences culturelles au Territoire Ouest Provence en 2006, puis à la Métropole quand les territoires ont disparu en 2015, fondus dans les presque 2 millions d’habitants d’Aix-Marseille-Provence. Une métropole désormais présidée par Nicolas Isnard, maire de Salon-de Provence qui, étant donné les difficultés budgétaires dont il héritait, l’a placée sous tutelle de l’État. Sans pour cela obtenir le rattrapage budgétaire qu’il espérait pour maintenir la collectivité à flot.

Constatant « les restrictions budgétaires particulièrement rudes souhaitées par le préfet », Daniel Gagnon rappelle que « les lignes budgétaires visées par la Chambre régionale des comptes et ensuite par le Préfet ont un impact immédiat sur les financements des structures culturelles du territoire ».

« C’est tout un écosystème culturel et artistique qui va être fragilisé avec ces demandes d’économies drastiques imposées par l’État ». Et autour de l’étang, entre ciel, fleuve et mer, parc naturel et industrie pétrolière, on sait combien les équilibres des écosystèmes sont fragiles.

Toute une histoire

Istres, Port-Saint-Louis-du-Rhône, Fos-sur-Mer, Miramas, Grans et Cornillon-Confoux. Depuis plus de 50 ans ces communes de taille variable se sont alliées pour le meilleur et pour le pire, menant ensemble un projet culturel cohérent et ambitieux depuis 20 ans, à destination des habitant·es. Chaque ville est équipée d’un théâtre et d’un cinéma, ou d’une salle accueillant les deux, et l’ensemble est labellisé par l’État à deux titres : scène conventionnée, cinéma art et essai. À ces équipements s’ajoutent L’Usine, scène de musiques actuelles à Istres, un réseau de 7 médiathèques, des conservatoires et écoles de musique …

Ces équipements sont plébiscités par les 100 000 habitant·es des 6 communes : 20% sont inscrit·es aux médiathèques, les abonné·es sont fidèles, les salles pleines. La programmation est artistiquement ambitieuse, l’éducation artistique ancienne et massive, et les tarifs très bas.

Changements politiques

Mais les dernières élections municipales viennent remettre en cause les équilibres. Le maire de Fos-sur-Mer, contrairement à d’autres maires RN de la région est, d’après Daniel Gagnon, « satisfait que Fos appartienne à Scènes et Cinés ». Il fait désormais partie du Conseil d’Administration de la régie culturelle avec son adjoint à la culture, au même titre que les 5 autres maires et adjoints.

En revanche, le changement politique à Istres a immédiatement bouleversé la donne. François Bernardini régnait depuis 2001 sur la sous-préfecture. Il attend désormais le résultat de son procès (délibéré le 7 octobre) pour détournement de fonds publics, favoritisme et prise illégale d’intérêts. Le Parquet a requis 2 ans ferme, son avocat Michel Pezet a plaidé la relaxe. La Ville d’Istres s’est portée partie civile contre son ancien édile. Continuera-t-elle sa politique culturelle ?

Istres, capitale culturelle de l’Ouest

La ville de 470 00 habitants concentre la plus grande part des équipements  culturels : un cinéma art et essai, la formation professionnelle Coline, un musée d’art contemporain, Polaris, la salle de musique actuelle L’Usine, la médiathèque René Char récemment ouverte qui s’ajoute à celle du quartier d’Entressen, le Festival les Élancées, essentiel dans le circuit des « arts du geste », et le Théâtre de l’Olivier.

Construit dans les années 1970 ce théâtre, vétuste, inadapté, contenait de l’amiante. Quand la Ville d’Istres s’est attelée à sa rénovation, l’État a conseillé de le détruire, pour construire un équipement neuf. Les travaux, au départ estimés à 17 millions, s’élèvent désormais à plus de 43 millions, et ont pris du retard, en raison, entre autres, de la défaillance d’une des entreprises, en charge de la plomberie.

Un coût que le nouveau maire, Robin Prétot, estime démesuré, tout comme Nicolas Isnard, nouveau président de la métropole. Mais les budgets et les travaux sont engagés, et Thierry Pariente, le nouveau directeur de Scènes et Cinés, assure que « le nouveau théâtre ouvrira, ce n’est pas une option, mais une certitude ». Son ouverture est prévue en octobre 2028. Et le bâtiment conçu par l’agence d’architectes Wilmotte & associés, est beau, tout en courbes et en ambitions.

« On ne peut que se féliciter de la réouverture d’un théâtre, dans un contexte où certains ferment. Ce sera un magnifique équipement, avec une grande salle modulable et insonorisée, plus une petite salle, un restaurant… » Mais un équipement ambitieux nécessite un financement de fonctionnement à la hauteur. Thierry Pariente rappelle que « le budget du Théâtre de l’Olivier existe »et que la régie« a toujours maintenu, pendant les années de fermeture, une programmation hors les murs, qui est financée. » Cela suffira-t-il au fonctionnement annuel du nouvel équipement, dans un contexte de crise ouverte à la Métropole et à la Ville ?

« Il nous faudra trouver un nouveau fonctionnement », explique Daniel Gagnon. « La métropole a constitué un groupe inter services en lien avec la direction de la régie pour explorer toutes les pistes qui permettront d’assurer son fonctionnement ». Une délégation de service public à un opérateur privé ? « C’est une option qui a été évoquée, mais nous voulons garder le Théâtre de l’Olivier dans le réseau de Scènes et Cinés ».

Remunicipaliser ?

L’heure n’est pourtant pas à une augmentation des budgets métropolitains. Et la remunicipalisation des équipements culturels est, d’après Daniel Gagnon, impossible. « La médiathèque de Cornillon-Confoux n’a que 5 000 documents, elle n’existe que parce qu’elle est en réseau avec les autres ». Quant à L’Oppidum, salle modulable de 100 places créée en 2019 dans sa petite ville de 1 600 habitants, il ne pourrait fonctionner sans la dynamique de Scènes et cinés, et le financement de la Métropole.

« On pourrait peut-être envisager de récréer les Territoires », avance en souriant le maire, sous couvert de plaisanterie, ou de test. Il n’est pas inutile de rappeler qu’avant la Métropole la vie culturelle des villes et des territoires fonctionnait plutôt mieux…

AGNÈS FRESCHEL

La conférence de presse de Scènes et Cinés s’est tenue le 22 juin au Château des Baumes, à Istres, au dernier jour, pure coïncidence, du procès de François Bernardini à Paris.

Retrouvez nos articles Politique culturelle ici

SOS Méditerranée, un soutien en musique

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© L.S.

« Si l’on ne peut pas faire de grandes choses, on peut faire de petites choses avec grandeur », confie Moussa, arrivé en France il y a dix ans après avoir été secouru par l’Aquarius de SOS Méditerranée, et présent ce soir sur la scène du fort Saint-Jean. Une maxime qui résonne avec l’esprit de cette soirée de concerts dont les bénéfices sont reversés à l’association européenne de sauvetage en mer.

Compagnon de route de SOS Méditerranée depuis 2015, le Mucem accueillait ce 20 juin un public nombreux pour célébrer les dix ans de l’ONG à travers un répertoire musical inspiré des cultures du bassin méditerranéen. La soirée conjugait le piano-voix inédit de Thomas de Pourquery, puis le chant occitan de Sam Karpienia avant le répertoire de Tarek Abdallah, composé autour d’un chant contestataire égyptien de Cheikh Imam, « Pourquoi la mer sourit-elle ? ». L’événement finit en danse avec Maryam Kaba puis le collectif Twerkistan et le DJ set de Matteo, co-fondateur du groupe Chinese Man.

Danse résistante

Ce sont des artistes engagés qui montent sur scène, comme Tarek Abdallah qui suit l’association depuis ses débuts. Artiste d’origine egyptienne installé à Marseille, il décrit le travail de l’association comme « une mission à la fois noble et essentielle de sauvetage ». Le compositeur, enseignant et interprète de oud proposait un trio avec ses élèves – la trompettiste Nicole Kolodziej et le chanteur-percussionniste Hassan Dakroub – sur un répertoire qui fait vibrer les mélodies du Liban à l’Egypte en passant par la Syrie. La voix envoutante de Hassan Dakroud transportait le public en Palestine, grâce au texte du poète Mahmoud Darwich, tandis que la trompettiste faisait résonner des effluves de notes en dialogue avec l’oud.

Une interlude magnifique, une ode à cette Méditerranée qui n’est « pas seulement une scène de drame mais aussi de circulation, d’échange et de partage », pointait Tarek Abdallah. Tout comme le répertoire de Sam Karpienia, artiste de folk provençal. Sa voix perçante et crue chantait avec émotion Terra de Crau, en rappelant que Marseille s’est bâti grâce aux populations qui viennent d’ailleurs.

En fin de soirée, place à la danse, comme une forme de résistance. Maryam Kaba emporte avec ses chorégraphies les centaines de personnes présentes dans le public. Un même sentiment de joie se retrouve lorsque l’équipage de l’Océan Viking monte sur scène pour témoigner de leurs actions. « On a beaucoup chanté en mer », souligne un membre de l’ONG. Au fort Saint-Jean, comme en mer, il prend son accordéon de manière improviste pour jouer le titre En pleine mer, de Karpatt. Un moment convivial où le public s’unit en chœur avec tout l’équipage, car en mer, comme face à la mer, la musique c’est une preuve de résiliance.

LAVINIA SCOTT

Concerts donnés le 20 juin au Mucem, Marseille.

Retrouvez nos articles On y était ici

Au Mucem, l’exposition Bonnes Mères s’ouvre aux tout-petits

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© X-DR

Ce samedi matin-là, comme chaque samedi depuis le mois d’avril, des enfants de 18 mois à trois ans s’attroupent devant La Maison de la Vierge de Guillaume Dubufe. Ils lèvent les yeux vers cette grande image claire, presque théâtrale : une Vierge à l’Enfant, un escalier, des fleurs, une colombe, un paysage déjà ouvert vers la Méditerranée. Lors de la séance du 20 juin, Baby Mamma Mia ne propose pas une visite miniature, mais une traversée sensible de l’œuvre. On ne regarde pas seulement le tableau : on y entre.

Conçue avec L’air de dire, la proposition accompagne les tout-petits dans un récit très doux, fait de sons, d’odeurs, de gestes simples. Des fleurs à sentir, de petits jeux à manipuler, des bruits qui déplacent l’attention : tout ramène l’art à hauteur de corps, de mains, de nez, d’oreilles. La scène de Dubufe, empruntée au musée d’Orsay pour l’exposition Bonnes Mères, devient moins une image pieuse qu’une maison ouverte, un espace où parler de lien, de soin, de présence. Et de l’universalité de la Mère Méditerranée.

Le dispositif laisse les enfants éprouver avant de comprendre, et les adultes redécouvrir ce que le musée peut avoir d’intime lorsqu’il cesse d’être intimidant – même s’il dure peut-être un peu trop, ou pourrait s’étendre d’une œuvre à l’autre. La proposition prolonge avec justesse l’exposition Bonnes Mères, dont on avait salué la manière d’interroger la maternité entre mythe, corps et politique. Ici, le discours se fait murmure, jeu, sensation. Et l’on peut ensuite poursuivre la visite en famille, porté par cette première approche.

SUZANNE CANESSA

Baby Mamma Mia, visite contée pour les 18 mois-3 ans, au Mucem, dans le cadre de l’exposition Bonnes Mères.

Prochaines séances jusqu’au 29 août, selon calendrier du musée, réservation conseillée.

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Voix suspendues

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L’ensemble EV’AMU © Vincent Beaume

L’abbaye de Silvacane est de ces lieux qui appellent l’épure : pierre nue, lumière retenue, résonance longue. Il fallait donc oser peu, mais juste. C’est ce que réussit Les Voix de Silvacane, deuxième volet d’un rendez-vous où Aix en juin affirme ce que l’on y chérit : la jeunesse à l’honneur, les passerelles entre pratique universitaire et exigence artistique, la création accueillie sans fracas dans le sillage du patrimoine.

Sous la direction attentive de Philippe Franceschi, EV’AMU, ensemble vocal d’Aix-Marseille Université né du partenariat entre AMU et le Festival d’Aix, impose d’emblée la singularité de ce projet. Le chœur ouvre le programme a cappella avec Clément Janequin, maître de la chanson polyphonique de la Renaissance, puis Harald Genzmer, compositeur allemand du XXe siècle, et Emilio Solé-Sempere, qui met en musique Federico García Lorca. La belle tenue collective, le sens de l’écoute partagé unissent les voix sans les durcir. Le chœur garde cette fragilité vivante qui donne au chant choral sa vérité.

La partie centrale, consacrée à l’univers d’Alessandra Soro, déplace le concert vers une Sardaigne de deuils, de berceuses, de rites et d’exil. Turinoise d’origine sarde, chanteuse, compositrice et arrangeuse, elle fait surgir une matière musicale d’une grande sobriété : peu d’effets, des tempi lents, des lignes qui épousent la respiration du lieu. Le minimalisme, ici, paie. Ses pièces originales, Duru duru, Accabadora – Sa Perda De S’Arregordu ou In Su Caminu, croisent des mélodies populaires sardes qu’elle arrange, comme Gotzos Pro Antonia Mesina. Figure mythique de la culture sarde, l’accabadora, femme qui accompagne le passage de la vie à la mort, fait ici office de mise en bouche sensible à l’opéra éponyme de Francesco Filidei, créé cet été au Festival d’Aix. Avec Abbentu, berceuse traditionnelle arrangée par Fabrizio Leoni, le programme poursuit ce travail de mémoire sans folklore appuyé. Les pièces semblent moins raconter l’île qu’en laisser remonter les ombres, dans une langue ancienne et pourtant présente.

À ses côtés, Pauline Fritz trouve une place essentielle. Son violoncelle ne commente pas : il accompagne, relie, veille. Il donne au programme une ligne de basse affective, comme un fil tendu entre les voix, la pierre et le silence. Dans les plus beaux moments, l’instrument paraît respirer avec le chœur, prolongeant les frottements harmoniques dans les voûtes.

La conclusion avec Earth Song de Frank Ticheli, compositeur américain né en 1958, pourrait sembler plus attendue. Mais après ce parcours entre amour, mort, enfance et consolation, l’appel à la paix retrouve une simplicité désarmée. On sort de Silvacane avec l’impression d’avoir traversé moins un concert qu’un seuil : un instant suspendu, modeste et précieux, où la création contemporaine se laisse porter par des voix encore jeunes, déjà habitées.

SUZANNE CANESSA
Le concert a été donné le 20 juin à 16h à l’Abbaye de Silvacane.

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Petits au grand chœur

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© Cité des Minots

L’association marseillaise Le Nomad’ pense à l’année des activités tournées vers l’accès et la découverte de la culture et des musiques par les plus jeunes. Si son festival Babel Minots est central dans le milieu du spectacle jeune public en France, elle est à l’origine d’une panoplie d’actions culturelles destinées aux enfants et adolescents marseillais. Au cœur des ces actions et de toutes les activités de l’association : la musique ! De l’éveil à la pratique, du journalisme au chant, de la maternelle au lycée, l’art musical s’ouvre, se décortique, se vit et se partage.

Parmi ses plus grandes actions, la Cité des Minots – créée en 2015 – qui vise chaque année à la découverte de répertoires communs par plusieurs centaines d’écoles élémentaires marseillaises. Le projet d’éducation artistique et culturelle est porté pendant sept mois par le Nomad’ avec la complicité de chef·fe·s de chœur et des instituteur·ices de classes du CE1 au CM2, qui accompagnent les enfants dans l’apprentissage de chants et chansons du monde entier, variant chaque année selon les artistes invités à imaginer ces répertoires.

En 2026, ce sont 800 écoliers de 15 établissements installés dans différents quartiers de Marseille qui répètent pendant plusieurs mois les chansons qu’ils interpréteront en chœur d’enfants sur la scène du Silo depuis le 23 juin et jusqu’au 25 juin, aux côtés de grands artistes.

Min’ô micros

Le 23 juin, 270 élèves ont ainsi accompagné la chanteuse et compositrice Lia Naviliat, qui a imaginé pour l’occasion un répertoire hommage à ses racines sud-américaines.

Ce 24 juin, Bruno Allary et la Compagnie Rassegna s’entourent d’autant d’autres minots, familiarisés cette année à des chants populaires de toute la méditerranée.

Vendredi 25, ce sont Rosemary Standley et Dom la Nena, du duo onirique Birds on a Wire, qui s’accompagnent des 270 derniers écoliers et de l’Orchestre philharmonique de Marseille pour un final multilingue autour de chants teintés d’imaginaire, de voyages ou des luttes populaires.

Ces concerts sont totalement gratuits (sur réservation), et leur portée est vaste ; les minots de Marseille découvrent l’art du chant, ainsi que la pratique collective, et sont au contact d’artistes de renom ainsi que de nombre de métiers du monde su spectacle. Une première scène au Silo, on s’en souvient !

LUCIE PONTHIEUX BERTRAM

La Cité des Minots
Jusqu’au 25 juin
Silo, Marseille

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Un été italien aux Variétés

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Habemus Papam de Nanni Moretti © Le Pacte

Au programme de ce nouveau cycle, qui se tient du 30 juin au 18 août, quatorze films à re-découvrir, du cinéma d’après-guerre jusqu’à nos jours. On verra notamment Hungry Jearts de Saverio Costanzo ; Palerme de Emma Dante ; Rome, ville ouverte de Roberto Rossellini ; ou encore Habemus Papam de Nanni Moretti.

Pour la soirée d’ouverture ce 30 juin, une rencontre à ne pas manquer. La réalisatrice Isabel Coixet sera en visio-conférence pour parler de son dernier film Trois adieux – avec Alba Rohrwacher, Elio Germano et Francesco Carril – présenté en avant-première au public marseillais.

N.S.

Cycle italien
Du 30 juin au 18 août

Les Variétés, Marseille

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La Roque d’Anthéron prend ses quartiers

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Lise Berthaud © Lyodoh Kaneko

Lancés le 8 juin, les concerts hors-les-murs pensés comme des préludes au festival se multiplient de part et d’autre du Pays d’Aix, des Bouches-du-Rhône et même des Alpes-de-Haute-Provence. C’est ainsi au Théâtre Jean le Bleu de Manosque que Nathanaël Gouin se plongera ce mercredi 24 juin dans une lecture de la Water Music de Haendel s’apparentant à une réécriture. Où l’art délicat et sublime de la transcription permettra au pianiste d’arpenter les rives du Westminster Bridge, mais aussi celles de la Vtlava de Smetana, La Vague et la Cloche de Duparc ou encore le Turandot de Puccini. Une belle ode au voyage !

Rendez-vous ensuite à Marseille le 26 juin pour un récital de Dmitry Masleev dédié au post-romantisme lyriquissime de Rachmaninov et Mendelssohn. Le même soir, du côté de Gordes, au Théâtre des Terrasses, Jean-Philippe Collard fera résonner lui aussi des pages lyriques et mélancoliques ; celles de Bach, de Ravel – Pavane pour une infante défunte et Oiseaux tristes, entre autres – et Rachmaninov, toujours. Le lendemain, toujours au Théâtre des Terrasses, Philippe Bianconi se plongera dans les pages les plus picturales de Liszt – Troisième Année de Pèlerinage, Saint François de Paule marchant –, de Ravel – Gaspard de la nuit – et de Schumann – Kinderszenen, entre autres.

Le 2 juillet, les Carrières de Rognes accueilleront un trio à tomber : Alexandre Kantorow, Liya Petrova et Lise Berthaud dans les plus belles pages de César Franck et Antonin Dvořák. Cap ensuite sur Lambesc les 6 et 7 juillet : le parvis de l’Église Notre-Dame de l’Assomption accueillera tout d’abord le Trio Owon sur des pages d’Haydn, Schumann, Schubert et Mendelssohn. Avant que ne lui succède Frank Braley et son programme soliste explorant Mozart, Beethoven, Schbuert et Debussy. Rendez-vous pour la suite des évènements, dès le 16 juillet, à l’emblématique Parc de Florans.

SUZANNE CANESSA

Préludes du Festival de La Roque d’Anthéron
Jusqu’au 7 juillet
Divers lieux, Provence

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Seuls les Rebelles gagnent : romance dans l’entre-deux

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© Easy Riders Films

Six ans après Une Passion Simple, adapté du roman d’Annie Ernaux, la réalisatrice française invente une histoire d’amour et propose un film politique en résonance avec nos temps troublés par les haines.

L’action se passe à Beyrouth. Impossible de tourner dans ce pays dont le sud est bombardé par Israël. Impossible pour la réalisatrice de créer un Liban de carton. Elle imagine alors un dispositif spécifique : les lieux sont filmés par une équipe sur place qu’elle dirige depuis Paris. Ces images rétroprojetées se combineront dans le plan, aux images réelles. Joli travail opéré avec la directrice de la photo Céline Bozon qui rend tangible la fragilité d’une ville que la réalisatrice craint de voir disparaître. Un artifice du cinéma ancien qui donne écrin au mélodrame façon Douglas Sirk.

Suzanne (incarnée magistralement par Hiam Abbass) est une Palestinienne installée depuis longtemps à Beyrouth. Elle est veuve, a deux enfants adultes et un petit-fils. Chrétienne, intégrée dans la société libanaise mais toujours dans le no man land de l’exil. Entre son pays d’origine et celui où elle a dû faire sa vie.

Osmane (Mohamat Amine Benrachid) est un émigré soudanais sans papier, qui veut gagner l’Europe. En transit, entre le pays qu’il fuit et celui qu’il espère. La rencontre de ces deux-là, est de hasard et de nécessité.

Elle le défend alors qu’il est agressé dans la rue. Scène ordinaire d’un racisme endémique, filmée en musique et en très gros plans dans une chorégraphie qui refuse le réalisme.

Suzanne a plus de 60 ans, il en a 27. Une histoire d’amour naît entre eux. Le jeune Africain s’installe chez elle au grand dam de ses voisins et de ses enfants. Pourtant jamais il ne profitera d’elle qui retrouvera par lui, sa rébellion originelle, constitutive de son histoire. Contre l’ostracisme, les préjugés, la mesquinerie, la bêtise. Contre l’obscurantisme d’une société libanaise fermée, les amants tissent une relation complexe et solaire, dansent sur l’abîme que promettent les informations à la télévision. « Un jour, tu ris, un jour tu pleures/ Un jour tu ris, un jour tu meurs » chante Julios Iglésias

Pour Danielle Arbid, peu importe que cet amour soit improbable. C’est sur une dualité, conflictuelle ou fusionnelle, que se construit son film auquel elle refuse un épilogue, heureux ou malheureux, le laissant en suspens.

ELISE PADOVANI

Seuls les Rebelles gagnent de Danielle Arbid

Sortie le 24 juin 2026

Le commun en toile de fond

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Kneecap © Wayna Pitch

Un Ours dans le Jura
Michel et Cathy, couple de pépiniéristes usé par les dettes autant que par l’érosion conjugale, ne se parlent plus vraiment. Jusqu’au jour où un accident absurde impliquant un ours – pas très commun dans le Jura –, deux cadavres et deux millions d’euros en billets usagés leur donnent soudain de bonnes raisons de se taire ensemble. La tentation est trop forte : les voilà malfaiteurs malgré eux, embarqués dans une mécanique de mensonges, de disparition de corps et de décisions de plus en plus calamiteuses. Hiver rude, gendarmerie locale dépassée, truands en embuscade, running gags et rebondissements en série : on se croirait chez les frères Coen. Et c’est pourtant Franck Dubosc qui signe cette comédie policière très drôle et très noire, où tout le monde finit par échouer au Cul Pidon, club échangiste tenu par une Emmanuelle Devos impayable. Laure Calamy y est formidable en femme au bord de l’explosion, Benoît Poelvoorde et Joséphine de Meaux composent un duo de gendarmes délicieusement dépassé, dans un film qui trouve son meilleur rythme lorsqu’il assume jusqu’au bout l’art du dérapage.
Mercredi 15 juillet
Square Gilabert
,Lavéra

En Fanfare
Avec En fanfare, Emmanuel Courcol fait de la musique un révélateur social autant qu’un possible lieu de réparation. Thibaut, chef d’orchestre reconnu, apprend qu’il a été adopté lorsqu’une maladie l’oblige à rechercher un donneur compatible. Il découvre alors Jimmy, frère biologique resté dans le Nord, employé de cantine et tromboniste dans une fanfare. Tout pourrait tourner à l’opposition facile entre grande musique et pratique populaire, réussite individuelle et vies modestes, élégance bourgeoise et gouaille ouvrière. Le film se révèle au contraire d’une grande finesse. Il regarde ce que les trajectoires sociales fabriquent d’écarts, de malentendus, de blessures, mais aussi ce qu’un collectif peut encore réparer. Dans la fanfare, comme au cœur d’un orchestre, on ne joue pas pour briller seul : on écoute, on reprend, on tient la note avec les autres. Benjamin Lavernhe compose un Thibaut fragile derrière la maîtrise, tandis que Pierre Lottin donne à Jimmy une présence à la fois butée, drôle et bouleversante. Sans renoncer aux ressorts de la comédie populaire, En fanfare touche lorsqu’il rappelle que le commun se travaille, se répète, s’accorde.
Mercredi 22 juillet
Maison de Saint-Julien-les-Martigues

Youssef Salem a du succès
Co-scénariste, entre autres, du Nom des Gens,
la réalisatrice Baya Kasmipoursuit dans Youssef Salem a du succès son exploration tendre et inquiète des névroses familiales. Derrière l’allure de comédie bien troussée, le film regarde ce qui se tait, se refoule, se transmet. Youssef, écrivain magnifiquement incarné par Ramzy Bedia, voit son roman Le choc toxique, inspiré sans ménagement de sa propre famille, sélectionné pour le Goncourt. Une consécration, certes, mais surtout une catastrophe possible : que se passerait-il si ses parents découvraient, sous la fiction, les secrets de leurs enfants, les désirs tus, l’homosexualité gardée secrète de sa sœur, les frustrations et les mensonges accumulés ? Portée par des dialogues vifs, l’énergie de Noémie Lvovsky en agente littéraire et la révélation Melha Bedia, formidable en cadette frondeuse, la comédie assume le burlesque sans esquiver la mélancolie. Kasmi y signe un film drôle, sensible, moins préoccupé par le regard communautaire que par le vertige intime du jugement familial.
Mercredi 29 juillet
Place Jean Jaurès
, Ferrières

Le Répondeur
Baptiste a du talent, mais peine encore à percer. Imitateur virtuose, il ne parvient pas à vivre de son art, jusqu’au jour où Pierre Chozène, écrivain célèbre en mal de silence, lui propose un drôle d’emploi : répondre au téléphone à sa place, avec sa voix, ses intonations, ses humeurs. Le dispositif pourrait n’être qu’un ressort de vaudeville ; Fabienne Godet en tire une comédie plus fine sur la délégation de parole, la reconnaissance et les vies qu’on traverse par procuration. Baptiste interprète, infléchit, invente, finit par prendre au sérieux ceux que l’écrivain tenait à distance. Salif Cissé donne à ce personnage en quête de légitimité une délicatesse incarnée, face à un Denis Podalydès parfaitement à l’aise en auteur absorbé par son propre prestige. Sous les quiproquos, Le Répondeur laisse également affleurer une jolie mélancolie, et même un certain vertige : celui des voix que l’on autorise, que l’on délègue, que l’on imite ou que l’on choisit de silencier.
Vendredi 31 juillet
Plage des Laurons

Kneecap
Biopic pas comme les autres signé par Ruch Peppiatt, Kneecap aussi nerveux que le trio dont il raconte la naissance. À Belfast, Naoise, Liam Óg et JJ, membres du vrai groupe Kneecap et interprètes d’eux-mêmes, arrachent le gaélique irlandais aux marges où l’on voudrait le cantonner pour en faire une langue de fête, de provocation et de résistance. Le film épouse leur énergie : montage heurté, humour sale gosse, drogues, slogans, concerts en surchauffe, refus obstiné de rentrer dans le rang. Mais derrière l’insolence, quelque chose de plus profond circule : le poids de l’histoire nord-irlandaise, la mémoire encore vive du conflit, la transmission familiale, la possibilité pour une génération de parler autrement que dans la langue du pouvoir. Michael Fassbender, en père républicain fantomatique, donne au récit une gravité souterraine. Un film indocile, drôle, furieux, où le rap devient moins une échappatoire qu’une manière de reprendre possession du commun.
Jeudi 3 septembre
Cour de L’Île
Dans le cadre du Festival Terre de Résistance

Tout le programme cinéma
Toutes les projections débutent à partir de 21h30 en juillet, et 21 h en août.

30 juin : La vie, en gros de Kristina Dufková - Cour de l’école Damofli, Saint-Jean
2 juillet : Un P’tit truc en plus de Artus - Maison de Carro
15 juillet : Un ours dans le Jura de Franck Dubosc - Square Gilabert, Lavéra
16 juillet : Paddington au Pérou de Dougal Wilson - Cour du gymnase Di Lorto
17 juillet : Sauvages de Claude Barras - entrée principale parc Paul Lombard, Figuerolles
21 juillet : Flow, le chat qui n’avait plus peur de l’eau de Gints Zilbalodis - Chapelle Sainte-Croix, La Couronne
22 juillet : En Fanfare de Emmanuel Courcol - Maison de Saint-Julien-les-Martigues
23 juillet : Sonic 3 de Jeff Fowler - devant le centre social Paradis Saint-Roch
28 juillet : Le Robot Sauvage de Chris Sanders - Maison de Saint-Pierre-les-Martigues

29 juillet : Youssef Salem a du succès de Baya Kasmi - place Jean-Jaurès, Ferrières
30 juillet : Dragons de Dean Deblois - Chapelle de la Miséricorde (Notre-Dame des Marins)
31 juillet : Le Répondeur de Fabienne Godet - Plage des Laurons, Terrain de sport
5 août : Dumbo de Tim Burton - place du Marché, La Couronne
6 août : L'Amour ouf de Gilles Lelouche - Théâtre de verdure, Ferrières
11 août : Linda veut du poulet de Chiara Malta et Sébastien Laudenbach - Parc des sports Julien Olive
13 août : Le comte de Monte-Cristo de Matthieu Delaporte - Théâtre de verdure, Ferrières
15 août : Flo de Géraldine Danon - port de Carro
20 août : La Fureur du dragon de Bruce Lee - Théâtre de verdure, Ferrières
21 août : Chien de la casse de Jean-Baptiste Durand - Place Mirabeau, L'Île
27 août : Astérix et Obélix : mission Cléopâtre de Alain Chabat - Théâtre de verdure, Ferrières
3 septembre : Kneecap de Rich Peppiatt - Cour de L’Île (dans le cadre du festival Terre de Résistance)

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Chien de la Casse

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Chien de la casse © Bac Films

Dans un petit village du Sud, Dog et Mirales traînent et divaguent ensemble depuis l’enfance. Le premier, taiseux et doux, semble toujours s’excuser d’exister ; le second, bravache, logorrhéique, brillant et insupportable de mauvaise foi occupe tout l’espace pour ne pas laisser voir ce qui le ronge. L’arrivée d’Elsa, dont Dog tombe amoureux, vient fissurer cette amitié faite d’habitudes, de domination tendre et de cruautés ordinaires. On a beaucoup parlé, à la sortie du film, de la révélation Raphaël Quenard, et de son énergie comique, imprévisible, presque épuisante. Mais Chien de la casse vaut tout autant par le jeu plus secret d’Anthony Bajon et de Galatéa Bellugi : lui dans une timidité bouleversante, elle dans une douceur qui n’a rien de décoratif. Jean-Baptiste Durand filme ainsi la jeunesse des villages, l’ennui, les liens qui enferment autant qu’ils sauvent. Un premier film drôle, mélancolique, d’une grande justesse sur ces amitiés masculines qui ne savent pas toujours comment devenir de l’amour sans se charger de violence.

Vendredi 21 août
Place Mirabeau - L'Île

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