mardi 28 juillet 2026
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« Ciné Palestine » : un projectionniste dans les lacets de l’histoire

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Habibi Hussein d’Alex-Bakri © Odeh Films

La cinquième édition marseillaise du festival Ciné Palestine s’est ouverte le 28 mai dans un climat tragique, empreint de la situation des cinéastes palestiniens. Et de prises de position malaisantes : la représentante de Culture en lutte 13 appelait à boycotter tout spectacle et tout film provenant d’Israël, mais aussi la venue de Joann Sfar le lendemain à la Criée dans le cadre de Oh les beaux Jours. Or le bédéiste n’est ni Israélien, ni financé par Israël, ni belliqueux. Mais il a bien signé une tribune demandant que l’État de Palestine ne soit pas reconnu par la France avant la libération des otages. Doit-il voir, pour autant, sa parole censurée ?

La minute de silence observée en hommage à Mohamed Bakri, réalisateur du documentaire Jenine Jenine interdit en Israël, avait plus de sens. D’autant que son très court métrage était projeté juste après : dans Le Monde, tourné quelques jours avant sa mort en décembre on voit l’acteur, aveugle et malade, quitter une fête qui se déroule devant une télé diffusant des images de la destruction de Gaza, devant des convives totalement indifférents.

Des épaisseurs d’échecs

Le film d’Alex Bakri (son cousin) est tout aussi subtil. Habibi Hussein ne parle jamais directement d’Israël. À Jenine les policiers sont palestiniens, et la bonne volonté de l’ONG allemande venue en 2010 reconstruire le Jenin, cinéma historique de la ville, s’avèrera très surplombante : « On ne va pas passer du Godard, ils aiment les films indiens et Bruce Lee ».

Concevant son documentaire comme une fiction ménageant ses effets narratifs, Alex Bakri met en scène les échecs superposés de l’ONG, de l’Autorité nationale palestinienne, et du vieux projectionniste Hussein dépassé par l’usure de son vieux matériel, et sa méconnaissance des appareils sophistiqués qui le remplacent.

La métaphore est profonde, complexe, et désespérante, puisque le cinéma Jenin sera, dans le réel, détruit en 2016. Non par les forces occupantes, mais faute de spectateurs. Quant au projectionniste, le « très cher Hussein », on le voit une dernière fois, les tempes blanchies, sur les décombres du cinéma qui fut sa vie. Il est, depuis, décédé.

AGNÈS FRESCHEL

Le Festival Ciné Palestine s’est tenu à Marseille du 27 au 31 mai.
Il se poursuit à Paris du du 5 au 14 juin.

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Le désert comme archive vivante

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© Kris Pothano

Présentée par Fraeme à la Tour de la Friche la Belle de Mai dans le cadre de la Saison Méditerranée, l’exposition d’Abdessamad El Montassir s’inscrit dans la continuité d’une recherche qu’il mène depuis plusieurs années. Une recherche autour des récits empêchés du Sahara occidental, d’où il est originaire, et objet de conflits depuis 50 ans entre Maroc et Algérie.

Le plus souvent représenté comme un lieu de silence, d’immobilité ou d’oubli, l’artiste envisage le désert, ses montagnes, ses plantes, son sable, ses pierres ou le vent comme des témoins capables de conserver des événements. Une approche liée notamment aux réflexions écologiques actuelles, qui repense les relations entre humain et non-humain.

Harratines

Tout l’espace d’exposition est plongé dans le noir, d’où rayonnent les halos lumineux des œuvres présentées en archipels par l’artiste. Un environnement dont le caractère immersif est accentué par la diffusion en continu de Athar Dakira, pièce sonore enveloppante, composée par l’artiste en collaboration avec Matthieu Guillin : « Une plongée dans les chants des Harratines, littéralement “les autres libres”, nom donné aux esclaves et affranchis dans le Sahara au Nord et à l’Ouest de l’Afrique, accompagnés de sons tirés de plantes et d’instruments façonnés à partir de la flore saharienne ». Pour l’artiste, un échange entre l’humain et la plante, « la terre et la voix se prolongeant l’une l’autre ».

Graines et perles

L’entrée de l’exposition est occupée par une série d’écrans présentant des images filmées en noir et blanc d’arbres. Intitulée Sadra Kodia, toute une forêt d’acacias, présences fantômatiques à travers laquelle on peut déambuler pour se diriger ensuite vers d’autres lumières : celles qui émanent notamment de 10 sculptures en verre soufflé réalisées par l’artiste au Cirva. Une série de formes oblongues, précieuses, fragiles, couchées à hauteur de mains sur des socles verticaux. Regroupées sous le titre Âabide l’kadia, il s’agit de « formes de graines du Sahara, connectées à celles de perles autrefois tressées dans les coiffures Harratines ». Des indices territoriaux qui permettaient à ces populations « de s’orienter, de se retrouver, et de transmettre des trajectoires de résistance ».

Terre de l’ouest

Juste à côté, des projections vidéo grand format : l’une est une triple projection simultanée sur un mur titrée Trab’ssahl, qui signifie la « terre de l’ouest » et désigne une large part du territoire Sahraoui. On y suit trois protagonistes « dont les vies sont façonnées par la distance et la discipline du silence » : des visages, des mains, des plantes, des paysages, des gestes, des objets domestiques modestes, une silhouette qui marche. L’autre vidéo présentée juste en face Galb’Echaouf (2021) se déroule autour de Khadija, née dans une famille nomade, qui s’est installée en ville pour échapper au conflit. Elle invite à être à l’écoute des ruines et des plantes, pour retracer des événements que les mots ne peuvent exprimer.

MARC VOIRY

Sur les ruines, les pierres fleurissent

Jusqu’au 27 septembre

Friche la Belle de Mai, Marseille

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Marseille : l’édition en plein Flip

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© X-DR

Zébuline. Comment est née l’idée de ce festival ?
Elsa Pradier. Il y a un peu plus de deux ans, on s’est rencontrés lors d’un salon du livre à Paris. On s’était dit qu’il y avait beaucoup de salons et de festivals qui se tenaient à Paris, et qu’il était plus rare d’en trouver ailleurs. Notamment des salons qui mettent en avant à la fois l’indépendance, les idées politiques et les petites maisons d’édition engagées.

Beaucoup de maisons d’édition marseillaises sont présentes.
Iris Delhoum. Il y a une grande richesse éditoriale à Marseille, qu’on trouvait intéressante à mettre en avant. Donc, sur les 30 maisons d’édition, quasiment un tiers sont marseillaises. Mais le but, ce n’est pas de faire uniquement un focus sur le terroir. C’est également d’avoir une ampleur nationale, parce que c’est là que se jouent les questions d’indépendance éditoriale.

Comment choisissez-vous les maisons d’édition ?
E.P. Les maisons d’édition qui viennent au Flip sont engagées sur l’environnement, la lutte écologique, le marxisme, la critique du capitalisme, le féminisme, les théories queer, etc. Certaines font des livres directement reliés à la thématique de cette année, à savoir le marxisme écologique.

Quels sont les moments forts du festival ?
I.D. Les tables rondes. L’année dernière, les retours ont été très positifs. C’était vraiment d’une grande qualité par rapport à la gratuité et à l’accessibilité. Ça crée une énergie collective avec les lecteur·ices, qui sont intrigué·es politiquement par ce qui se passe dans ce festival.

Pourquoi avoir choisi la thématique « environnement et lutte des classes » ?
E.P. Nous avions envie de renouer avec la critique marxiste. C’est quelque chose qui est assez important pour nous. Et la crise environnementale n’est pas vraiment prise en considération, notamment pour laisser plus de place à la militarisation et à la guerre. Donc il nous a semblé important de reparler de cette thématique, qui est souvent abordée comme un sous-enjeu.

FANTINE LAMBEY

Festival du livre indépendant et politique
6 et 7 juin
Soma et Brasserie Communale, Marseille

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André Péri : jouer et soigner

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© C.L.

Ce samedi 30 mai, la chaleur est étouffante dans l’enceinte de l’hôpital Édouard-Toulouse. Derrière les façades en crépi, les salles de commission et les espaces médicaux, difficile d’imaginer un théâtre. Pourtant, quelques centaines de mètres plus loin, au bord d’un espace de verdure, se cache l’Astronef. Une fois le pas de la porte franchi, l’air est plus frais. Assis sur un tabouret au centre de la scène, André Péri se prête à une séance photo avec une aisance relative. « Baisse les épaules, les mains sur les genoux, regarde droit devant, les yeux dans les orbites », lui lance le photographe d’un ton rieur. André obtempère, esquisse un sourire.

L’exercice n’est visiblement pas son terrain de jeu favori. Il faut dire qu’il n’est ni acteur professionnel ni modèle. Depuis plus de quarante ans, il est infirmier psychiatrique. Le théâtre, pourtant, il l’a dans le sang. En cette soirée de début d’été, c’est tout un public qui l’attend sur le plateau de l’Astronef, lieu qu’il dirige avec Marie Laigneau-Bignon. Il vient y présenter Placement libre, une vie passée à soigner, une création intime qui retrace quatre décennies passées dans les couloirs de l’hôpital psychiatrique.

Une vie à soigner

À 17 ans, ce fils d’ouvriers italiens rêve de devenir kinésithérapeute. Faute de moyens, il doit renoncer. Son professeur de philosophie lui fait alors découvrir Marx et Freud. Une idée germe :« Je me suis dit que si on ne prend pas soin des personnes les plus fragiles, qu’est-ce qu’on est comme société ? ».« L’utopie, c’est mon truc », confie-t-il. André Péri se lance alors dans la psychiatrie, mais également dans un combat constant contre des maladies souvent incurables, une technocratie déconnectée des enjeux de terrain et la stigmatisation associée à la folie.

La réalité est bien loin de ses idéaux, mais pour André son métier c’est avant tout sa colonne vertébrale. Dans les années 1980, il fait partie de cette nouvelle génération de soignants qui rêve de faire tomber les murs qui séparent les patients de la «société ». Avec d’autres, il lie sa vocation à sa passion en créant des ateliers de théâtre puis un carnaval. Mais pourquoi s’arrêter là ?« Quand je m’entraîne au foot, c’est pour faire un match », lui suggère un patient.

Alors les ateliers deviennent spectacles, et les spectacles quittent l’hôpital, se jouent dans des maisons de retraite, des festivals, jusqu’au Off d’Avignon. Faire avec les contraintes est devenu sa méthode : « On prend les contraintes et on voit comment les utiliser au mieux pour les patients. »Longtemps aux mains de l’administration, André Péri prend finalement la direction de l’Astronef en 2019. Avec des soignants, des artistes et des patients, il contribue à faire vivre ce lieu singulier où création artistique et psychiatrie se mêlent. Depuis cinq ans maintenant, l’équipe y organise ateliers, spectacles en tout genre, théâtre-forum et rencontres. Mais ce soir, les projecteurs sont braqués sur lui.

Raconter la psychiatrie

La veille encore, les technicien·nes terminaient d’installer le décor. Une scénographie volontairement sobre que le comédien décrit comme « le désordre de sa mémoire ». Pendant une heure, il invite le public à s’y perdre avec lui. Le spectacle n’a rien d’un bilan de carrière. « Ce n’est pas une méthode. Ce n’est même pas un témoignage. C’est simplement ce que j’ai vécu. » Sur scène, il déroule quarante années de psychiatrie à travers une série de portraits. Il raconte Marie, persuadée d’être un cyborg, ou encore JP et sa compagne, tous deux psychotiques, qui rêvent de construire une famille. Des histoires drôles, bouleversantes et toujours profondément humaines. Au terme de la représentation, lorsque les applaudissements retentissent, l’émotion est palpable dans la salle. Debout, le public salue autant le spectacle que l’homme qui le porte. Un infirmier, mais aussi un comédien désormais à la retraite, qui pendant quarante ans a tenté, à sa manière, de soigner.

CARLA LORANG

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Toustes dehors (enfin) !

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Hands Up ! © Leo Petersen

Tour de chauffe de cette 13e édition de Toustes dehors (enfin) ! le vendredi 5 juin, avec deux formes très différentes. Dès 16h30 en centre-ville, Adrien M & Claire B inventent avec Faune un jeu de piste virtuel, à reconstituer via 10 affiches grand format placardées sur les murs de la ville. Une application en réalité augmentée leur donnent vie, pour reconstituer une faune imaginaire. À 19 h, direction le stade Paul Givaudan pour une grande forme participative : le Ballet jogging ! Tout est dit, il vous appartient de vous en remettre au chorégraphe Pierre Rigal, qui impulse in situ une chorégraphie avec plus de 100 coureurs amateurs des Hautes-Alpes.

Les pépites

Aux petits matins, loin du tumulte, ce sont des pépites qui se révèlent, qu’elles soient des créations récentes, ou plus matures faisant partie du répertoire des arts de la rue. Dimanche à 9h30, sur le parvis du lycée, moment de grâce avec la compagnie Paon dans le ciment. Avec beaucoup de justesse, de pudeur et d’inventivité, le duo fait d’un escalier son espace scénographique. Prétextes à mille métaphores, les marches deviennent aussi terrain de jeu, entre souvenirs lointains, ascension sociale et rêves déchus. Suspendu aux pas du duo, comme à ses lèvres, on embarque dans l’histoire de ce binôme d’amis, que la vie séparera. Bien tourné, bien écrit, bien joué. Touché ! (Hune, les 6 et 7 juin).

En matinée aussi, dans la quiétude du jardin du Centre Diocésain, c’est avec ferveur qu’on retrouve les liturgies païennes d’Olivier Debelhoir. Seul en piste, l’acrobate très concentré s’attelle à l’accomplissement de son rituel, dans ses lointaines contrées imaginaires où il nous embarque avec une intense poésie très pince-sans-rire (L’Ouest loin, Compagnie d’un Ours).Quant à Nicolas Heredia, sa qualité est tout autre : tout aussi narquois, mais plus prolixe. Le comédien s’est fait une spécialité de décrypter la sémiologie du quotidien, pour nous rappeler combien tout est signifiant – de la relecture gonflée de L’origine du monde à l’art de légender un environnement pour des visiteurs de passage (Légendes à la gare Saint Charles en octobre 2025). Avec La Fondation du Rien, il propose cette fois de remplir notre planning… d’activités exclusivement annulées, pour nous rendre le temps que l’on nous vole incessamment (La Vaste Entreprise, Jardin du Centre Diocésain, en matinée les 6 et 7).

Cirque indiscipliné

Ailleurs en ville, on glanera des déambulations mêlant parkour et cirque indiscipliné, sur les pas de 5 acrobates et d’un musicien-sprinteur (Impact d’une course La horde dans les pavés) ; ou encore les envolés oniriques et fantaisistes du bluffant mentaliste Kurt Demey, qui s’adjoint ici les services du chorégraphe Christian Ubl, pour le mariage hautement improbable de la magie mentale et de la danse contemporaine sur gazon synthétique (Garden of Chance, Cour de l’école Porte-Colombe). Dans le parc de la Pépinière, des formes tous publics se succèdent durant tout le week-end : marionnettes à doigts sans paroles, donnant vie à d’attachants et ingénieux personnages – chien espiègle, danseurs de claquettes, chœur d’enfants (Hands Up !, Lejo) ; ballet tournoyant de deux acrobates à la roue Cyr, sur des notes de violoncelle (Solstice, Cie Contrepoint)… Toujours, le Kiosque de la Pépinière constitue le point de ralliement du festival, son coeur battant, où l’on se ressource et se restaure, avant un tour de chant le soir venu (buvettes, food trucks, espace jeux, lecture, concerts et DJ sets).

JULIE BORDENAVE

Toustes dehors (enfin) !
Du 5 au 7 juin
Divers lieux, Gap

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Les déambulations du jazz

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daoud © Tanguy Delavet

Il y a le festival Marseille Jazz des cinq continents, qui se déroule du 1er au 12 juillet dans différents lieux de la ville, et il y a le Parcours Métropolitain. Une vingtaine de rendez-vous musicaux, dans plusieurs villes de la Métropole Aix-Marseille-Provence, à découvrir jusqu’au 4 décembre. L’occasion de découvrir la scène jazz locale, « mais également des artistes internationaux venus partager leur propre vision et leurs inspirations », précise l’organisation.

Après une ouverture le 2 avril à Septèmes-les-Vallons, le parcours reprend ce 4 juin à Vernègues. Devant la chapelle Saint-Symphorien, Marie Carnage revisitera les plus grands tubes de la Nouvelle Orléans des années 1920. Entre jazz, swing et musique traditionnelle du sud des États-Unis, le collectif de 7 musiciens invite le public au cœur de la Louisiane dans une ambiance de carnaval.

En dialogue

Le 7 juin, le Parcours Métropolitain retourne à Marseille avec un passage au cinéma l’Alhambra. Le pianiste Benjamin Moussay et la trompettiste Airelle Besson y joueront une création originale, qui accompagnera le film muet En rade, réalisé en 1927 par Alberto Cavalcanti et projeté lors de ce ciné-concert. De cette histoire d’amour sur le port de Marseille, les deux musiciens, rejoints pour l’occasion par un clarinettiste et un batteur, créent un voyage émouvant et poétique.

L’itinérance se poursuivra le 12 juin à Cassis avec la rencontre singulière entre la chanteuse folk Awa Ly, la violoncelliste Lucie Cravero et le poète Souleymane Bachir Diagne. Le lendemain à Jouques, le trompettiste daoud présentera un mélange de jazz et de hip-hop. Jusqu’au 27 juin, les villes de Châteauneuf-les-Martigues, Aubagne ou encore Salon-de-Provence accueilleront divers groupes de musiciens aux univers éclectiques, mêlant aussi bien le jazz à la chanson française qu’à l’électro ou aux sonorités levantines. Le 1er juillet marquera le lancement du festival Marseille Jazz des cinq continents, avant la reprise du Parcours Métropolitain, le 5 juillet.

IVANIE LEGRAIN

Parcours Métropolitain

Jusqu’au 4 décembre

Métropole Aix-Marseille-Provence

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La belle semaine d’Oh les beaux jours

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Vincent Delerm © BDVA

Nos larmes

Séquence émotion du Festival que ce spectacle Nos Larmes imaginé par la chanteuse Maissiat. Les textes, fruits d’ateliers d’écriture organisés au Centre hospitalier Valvert, ont été restitués en musique par les patients eux-mêmes. À travers ces cascades de petites larmes, émouvantes ou cinglantes, on entend la tristesse mais aussi l’abandon, l’impuissance, la colère, le sentiment d’injustice, l’histoire qui se répète, la folie des guerres, les cris étouffés de ceux à qui on a répété « un homme ça ne pleure pas ». Quand la lumière s’allume, les larmes ne sont plus seulement sur la scène.

Siestes acoustiques
Assister à une sieste acoustique, c’est entrer dans une bulle de douceur et comprendre combien, dans un monde devenu virtuel, nous avons besoin de liens, de proximité et de confiance en l’autre comme celle d’accepter de s’endormir à côté d’un inconnu. Tandis qu’on ferme les yeux, Guillaume Poix – il vient d’obtenir le prix littéraire du barreau de Marseille – raconte la mer, les voiles et les criques du bord de mer, la journée qui commence, « la joie qui n’a d’autres regards que le temps pur ». Sa voix caresse les corps allongés dans la salle Billoud du Conservatoire Barbizet. Les musiciens Bastien Lallemant, Maissiat, JP Nataf, Maëva le Berre, illustrent en musique dans de doux Blues aux inspirations « bashungiennes ». Tiens, mais déjà certains ronflent et apportent une pulsation à l’ensemble. C’est chaleureux, enveloppant, consolant.

Les Voix de Camus
Fidèle à ses grands entretiens posthumes, le festival a choisi cette année de célébrer Albert Camus. Né en Algérie en 1913, l’enfant du quartier pauvre de Belcourt a puisé sur les rives méditerranéennes ce « tragique solaire » qui infuse sur toute son œuvre. Écrivain engagé, philosophe de l’absurde, Camus se définissait d’abord comme un artiste. C’est autour de cette vision que l’écrivain franco-afghan Atiq Rahimi (prix Goncourt 2008) et Rémi Baille (La Crique, éditions le Bruit du Monde) ont échangé. Ils nous ont parlé de « leur » Camus, découvert à l’adolescence mais qui les accompagne encore. L’occasion d’entendre la voix de l’écrivain grâce à des extraits radiophoniques et la lettre à son ancien instituteur Louis Germain, qu’il remercia, quelques jours après avoir appris qu’il recevait le prix Nobel de Littérature, de lui avoir permis d’obtenir une bourse pour poursuivre ses études. Une gratitude profonde qui a donné lieu sur la scène de la Vieille Charité à la lecture d’écrits de jeunes lycéens « à la manière de… »

Delerm en point d’orgue
Adolescent, Vincent Delerm n’aimait pas lire, au grand dam de son père Philippe, professeur qui venait tout juste de connaître le succès avec ses Petites gorgées de bière. Devenu adulte, pianiste et chanteur, Delerm film n’a cessé depuis de se glisser dans les livres et d’en faire des chansons qui ressemblent à des nouvelles. Pour cette soirée de clôture du festival, la nuit tombant sur le Fort Saint-Jean, Vincent a chanté son amour pour la littérature : celle qu’on chine sur un étal de bouquiniste au bord de la Seine, celle des délicats Modiano et Holder. Une soirée pleine de douce ironie et de nostalgie qui le ramène – et nous avec lui – à ces vendredis soirs, aux côtés des parents devant le sacro-saint Apostrophes de Bernard Pivot.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Oh les beaux jours s’est tenu du 26 au 31 mai à Marseille.
Verve aveyronnaise
Alain Guiraudie, bien connu pour son film L’inconnu du lac de 2013, a régalé le public avec sa verve aveyronnaise, son franc parler et les anecdotes cocasses sous lesquelles se cachent une « mâle gaité » et une profondeur d’une grande humanité. La conversation à bâtons rompus avec Chloë Cambreling a fait surgir des éclairages sur son œuvre qui passe sans arrêt du livre au film et inversement. Sa boulimie pour les mots et les histoires le fait imaginer des rencontres au cours d’errances des personnages, mélangeant rêve et réalité. Ainsi les fantasmes lui permettent de franchir des limites. Et il ne s’en prive pas. Il a été question des 1000 pages de Rabalaïre (2021) et de leur suite Pour les siècles des siècles (2024), avec un curé très particulier qui dort avec ses paroissiens, d’hommes nus dans les forêts… Et ce n’est pas fini. Notons que tous ses livres sont édités chez P.O.L.

Souvenirs d’enfance
Avale (Grasset), premier roman de Séphora Pondi, a déjà reçu 2 prix. Comédienne accomplie d’une grande intensité, le texte est tout autant ravageur que son jeu, repéré et inoubliable alors qu’elle était élève de l’Eracm à Marseille. Après son passage au TNS, elle est maintenant pensionnaire de la Comédie-Française. Soutenues par la musique d’Edgard Chenest, la voix et la langue se sont imposées. Deux personnages centraux, des souvenirs de l’enfance, des premières amitiés surgissent avec une certaine violence. Séphora a choisi de ne rien dévoiler sur le déroulement de l’intrigue et ne lit rien au-delà des cinquante premières pages. À découvrir.

Ne pas oublier Shaïna
Une émotion mêlée de révolte a traversé la grande salle de La Criée pendant la lecture de Negar Haeri, avocate de la famille de Shaïna, adolescente poignardée et brûlée vive en 2017. Elle avait d’abord été victime de viols en réunion, de chantage. Enceinte, elle voulait garder l’enfant. Son violeur avait alors organisé sa mise à mort. Cinq procès ont été nécessaires pour arriver à la condamnation. Negar Haeri n’a pas connu Shaïna, mais elle s’adresse à elle dans un texte sobre, voulant que le livre offre à la jeune fille « un tombeau à l’abri de la violence du monde ». Son livre porte le titre La jeune fille et la mort, emprunté au quatuor à cordes de Shubert exécuté en live par quatre musiciens remarquables. C.B.

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Danse, jeu et caméra

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(c) Ad vitam

Le18 septembre 2008 a eu lieu au Lyttleton, National Theatre de Londres la première mondiale de IN-I,un spectacle entre danse et théâtre, conçu par l’actrice Juliette Binoche  qui veut danser et le danseur Akram Khan qui veut jouer. « Si nous devions dire en un mot ce que nous souhaitons pour notre création In-I, nous choisirions le mot « ose ». Si nous pouvions en ajouter deux de plus, nous choisirions certainement: «le nouveau». Oser le nouveau, c’est pourquoi nous nous sommes dit oui. »

Marion Stalens, sœur de Juliette,  photographe et  réalisatrice, est venue filmer dans la salle de répétitions  pour réaliser ses deux courts documentaires , L’actrice et le danseur  (2008 ) et Juliette Binoche dans les yeux (2009) ; puis les 7 dernières représentations à Paris à la demande de l’actrice à qui  Robert Redford, séduit par la création, avait suggéré « Vous devez faire un film de ce spectacle !’  » C’est chose faite. Conçu en deux parties, En nous,  montre  en quelque sorte les coulisses de la création, la rencontre dans le travail de ces deux artistes, puis le fruit de mois d’apprentissages, le spectacle abouti, avec le plateau conçu par Anish Kapoor et la partition musicale de Philip Sheppard.

« Arrêtez tout, c’est de la merde! »

Nous sommes dans la salle de répétitions avec Juliette et Akram. Nous  assistons à leur rencontre : ils s’apprivoisent, s’initient mutuellement aux secrets de leur art, improvisent  et explorent avec leur corps, avec leurs mots, les relations entre un homme et une femme. Comment s’accorder avec son partenaire, et partager l’énergie de l’autre ? Les corps se cherchent, se rapprochent. Les visages sont parfois tendus, parfois soulagés d’avoir réussi, souvent épuisés, souriants et confiants. La coach Susan Batson, au franc parler, les guide, leur donnant  des conseils : chercher les corps ; aller vers la sensation ; créer un mouvement à partir de son état intérieur. Parfois elle crie quand les deux esquissent un pas de tango raté.  « « Bon arrêtez tout, c’est de la merde » On voit aussi Su-Man Hsu, une ancienne danseuse de Anne  Teresa De Keersmaeker, directrice des répétitions, les encourager  et recadrer avec calme.  On assiste aux essais pas toujours réussis comme celui où Juliette doit être collée au mur de scène, en hauteur, à l’aide d’un aimant et doit dire son texte  durant plus de 5minutes… On prend conscience des difficultés du travail de ceux qui montent un spectacle. Et quand, dans la deuxième partie du film, on assiste à la représentation, on découvre  tout le travail fourni, cherchant même à retrouver les moments où on a vécu tout près d’eux,  partagé les essais et vibré.

Alors pourquoi ce film, En nous, seize ans après : « Nous avons tous des désirs enfouis, qui n’ont jamais été réalisés, qui n’ont jamais vu le jour. Ce film est une invitation à croire que tout est possible. On peut peindre, écrire, jouer, composer ou réaliser, cuisiner, n’importe, le rêve est permis, tout rêve est permis, il n’est jamais trop tard. Il suffit d’y croire et de se donner. »  précise cette « jeune » réalisatrice qui, en tant qu’actrice,  a plus de 60 films à son actif, un Oscar, un Ours d’Argent, un Goya International et bien d’autres.

Un deuxième film après En nous. Peut être un film de fiction…

Annie Gava

Le  film sort en salles le 3  juin

© Ad Vitam

La Vieille Charité explore les fonds de la Méditerranée

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Aïcha Snoussi, Memorial to the drowned, 2021. Detail © Marc Domage

À la manière d’une archive, la Méditerranée conserve les traces laissées en son sein. Jusqu’au 30 août à la Vieille Charité, Ce que la mer garde – Mémoires de la Méditerranée le rappelle, en s’ouvrant sur une collection d’objets repêchés dans celle-ci et prêtés pour l’occasion par le Musée d’Histoire de Marseille. Une exposition montée en collaboration avec le département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines qui a supervisé le choix des objets, mais aussi avec des artistes contemporains amenés à revisiter leurs œuvres.

Rapidement, l’exposition bascule vers l’archéo-fiction avec la Sépulture aux noyé·es d’Aïcha Snoussi, faite de bouteilles contenant des messages et traces d’une civilisation que l’artiste nous invite à imaginer. L’installation prend la forme d’un rituel collectif, où le public lui-même peut déposer un papier dans une auge en hommage aux « noyé·es », redonnant une place aux anonymes de la Méditerranée. Elias Kurdy renforce ce recours à la fiction avec son œuvre Où sont parti·es les vivant·es. Spécialisé dans le faux, l’artiste crée des pièces qu’il patine pour leur donner une apparence ancienne. Une manière d’interroger la manière dont est écrite l’histoire des objets, et d’inviter le public à imaginer d’autres récits. Et si Carcinus, monstre de la mythologie grecque, n’en était en fait pas un ? Elias Kurdy brouille la frontière entre histoire et fiction, appelant à interpréter différemment les traces que la Méditerranée a gardées.

On dérive ?

Mais c’est précisément dans cette place laissée à l’imaginaire que l’exposition trouve sa limite. En construisant leurs propres mythologies, les artistes se détachent du réel et oublient ce que la mer a vraiment à raconter. À la fin de l’exposition, les installations d’Aurélie Darbouret et Jeff Silva, qui ont filmé pendant cinq ans la baie de Marseille, prolongent cette impression. Si cette dernière partie représente une Méditerranée plus concrète, avec ses filets fantômes, ses plongeurs et ses poissons, elle ne parvient pas à rattacher l’ensemble du parcours aux récits esquissés au début. L’exposition laisse ainsi ouvertes les questions sur ce que la mer garde réellement, sur ce qu’elle transmet, révèle et efface, sans en explorer toute la diversité.

IVANIE LEGRAIN

Ce que la mer garde – Mémoires de la Méditerranée
Jusqu’au 30 août
Centre de la Vieille Charité, Marseille

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LE Forum de Berre danse avec Cesária Évora

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© Thibaut Carceller

C’est sous les premières chaleurs estivales que les Berrois·es se sont donné rendez-vous ce vendredi 22 mai dans le jardin du Forum de Berre. Ce soir, le groupe Radio Mindelo monte sur scène pour une nuit en hommage à l’icône capverdienne, Cesária Évora. Quinze ans après sa disparition, le quatuor prolonge sa mémoire. « C’est une histoire qui est chargée de souffrance, de soumission et cette manière de transcender la douleur en quelque chose de beau, et cela nous touche », explique Armelle, chanteuse du groupe.

C’est aussi une histoire de génération : « Ce sont mes parents qui me l’ont fait écouter, Cesária Évora est très présente à la maison », se souvient Robin, trompettiste. Ce soir, ils jouent devant une centaine de personnes et ils comptent bien partager leur enthousiasme. Au fil des sonorités cubaine, espagnole et brésilienne, le célèbre morceau sodade – qui signifie le passage de la douleur à l’espoir – est repris par le quatuor, tandis que le public se laisse danser sur l’herbe.

THIBAUT CARCELLER

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