mercredi 14 octobre 2026
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Festival des cheminots

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Emballages d’André Benedetto © X-DR

À travers une programmation engagée, le festival donne une place importante aux récits qui interrogent le monde du travail, ses transformations et les rapports humains qui s’y construisent. Débrayage de Rémi De Vos, explore les fragilités des individus confrontés au harcèlement moral, à la peur du déclassement et aux pressions d’une société aux normes imposées. Dans Au bout du rouleau ! de Franck Didier, la comédie devient un miroir du monde de l’entreprise. Se déroulant lors d’un pot de départ à la retraite, le spectacle fait surgir secrets, conflits et inquiétudes autour d’une menace de délocalisation au Maroc. Avec Emballage d’André Benedetto, le festival revient sur une critique du capitalisme et la transformation de l’être humain en objet de consommation. D’autres créations prolongent cette réflexion autour des rapports de pouvoir, des ambitions personnelles ou des luttes face aux contraintes sociales.

Le festival ouvre aussi ses portes à la musique avec The Mullins et son rock aux accents irlandais, Nos dernières fois en cabaret chanté et la fanfare militante de la Conf’ du Pouêt. La jeunesse trouve également sa place avec des spectacles mêlant théâtre, cirque et musique et le projet Écol’lectif, porté par les enfants de Copains du Monde du Secours Populaire.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Du 4 au 18 juillet

Centre culturel des cheminots, Théâtre La Rotonde

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Patiente 66

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© X-DR

La compagnie Le Jardin d’Alice, de Carpentras, sait parler aux jeunes et intervient souvent en milieu scolaire. Elle a créé Patiente 66 en collège, mais le spectacle s’adresse à toustes, y compris aux adultes. Mis en scène par Laurent Eychenne et porté par trois comédiennes, c’est une adaptation de la pièce de Dorothée Zumstein, Patiente 66, une lobotomie américaine. Elle met en scène une très violente invisibilisation, qui persiste : la sœur de John Fitzgerald Kennedy, Rosemary, a été internée, lobotomisée, cachée, niée par sa famille. Patiente 66 pénètre dans l’hôpital, les archives, l’histoire, pour redonner une dignité à cette sœur encombrante. Comme l’était en France une Camille Claudel internée, pas loin d’Avignon, à peu près à la même époque. La condition féminine des années 1940 fabriquait des « folles » à la chaîne, que la lobotomie et les électrochocs achevaient de détruire.

A.F.

Du 3 au 24 juillet à 20h20

Les mardis, vendredis et dimanches

La Factory, les Antonins

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Gaza ô ma joie

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© X-DR

Comment écrire après la catastrophe ? La question s’est posée aux poètes après la Seconde Guerre mondiale. Pour Hend Jouda, il ne s’agit pas d’écrire après, mais d’écrire pendant la catastrophe. De l’écrire. Ce qu’elle fait. Et avec la même force que Char, Desnos ou Éluard ses mots traversent les consciences.

Hend Jouda dit « Je ne veux pas être poète en temps de guerre ». Et l’est pourtant. Réfugiée en Égypte avec ses enfants elle ne sait pas comment s’excuser d’être en vie, de « la possibilité d’une douche », face à des « enfants pâles après la mort ».

Son esprit n’a pas quitté ces « rues pulvérisées » et ses voisins morts, par milliers. Ni sa tente, piètre refuge sous les missiles qui sifflent, où le sable s’immisce et persiste, inarrêtable.

Hend Jouda parle, ajuste son foulard entre chaque poème, fait sonner son sourire et sa langue au-delà, au travers de la douleur. Elle fait sentir furtivement, douloureusement, la douceur du pied d’un enfant mort, la mer qui continue de sourire, contre la mort.

Peut-être la langue sublime des poètes pourra-t-elle enfin s’entendre, et agir dans les consciences en temps de guerre ?

A.F.

Du 13 au 21 juillet à 18h

Navette à 18h40

relâche le 16 juillet

La Manufacture, Château de Saint-Amand

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Arcanes

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© X-DR

Manon Worms (Cie marseillaise Krasna) porte à la scène les textes de Nelly Arcan, autrice québécoise à l’écriture intense qui questionnait dès les années 2000 les représentations du corps féminin avec un regard queer et radical. Son livre Folle commente avec rage et acuité son rapport à un monde dysfonctionnel qui accuse toute femme non soumise d’être folle, méduse ou sorcière, surtout si elle est trans ou lesbienne, pute ou asexuelle.

L’autrice s’est donné la mort en 2009, mais Manon Worms porte sur scène sa langue et son combat féministe et queer, entre théâtre et performance, destiné à toutes les Arcan·es en puissance. Les comédiennes Leo Vigouroux et Annaelle Hodet emmènent le public dans une plongée plastique où les corps muent. Une traversée sombre, immersive, dans la fabrique de la féminité, traversée par Loana, d’autres bimbos et quelques Méduses aux yeux trop clairs pour être vrais.

A.F.

Du 10 au 20 juillet à 19h45

Relâche le 15

L’Atelier, La Manufacture

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La maison bouge

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© Michal Flandrin

Michèle Addala et une pionnière du Off, et du théâtre. Une metteuse en scène avignonnaise qui travaille depuis 40 ans avec les habitants des quartiers populaires de la ville, et qui fabrique avec elleux du théâtre, du vrai, ancré dans le réel de son temps mais aussi dans des textes. Bien avant que le « théâtre participatif » existe, elle le pratiquait comme on respire.

Elle propose avec La maison bouge de sortir de son lieu, très actif durant le Off dans son accueil des compagnies voisines d’esprit et de latitude.

Sa compagnie Mises en scène quitte donc son Entrepôt le temps de créer son spectacle en s’immisçant dans les couloirs plus fastueux : ceux du musée Vouland. Pas pour une visite guidée, un atelier ou un détournement, mais pour une mise en scène de Home movie, de Suzanne Joubert. Une petite dystopie dramatique où des personnages étranges se sont invités au musée et revendiquent, furtivement, les œuvres qui l’ornent.

AGNÈS FRESCHEL

7 au 19 juillet à 11h et 18h30

Relâche le 13

Musée Vouland

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Festival Interférences

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L’Ensemble C Barré © A.-M.T

Organisé par la FEVIS – fédération professionnelle qui représente les ensembles musicaux indépendants, Interférences est un évènement musical au sein du Festival Off dédié à la rencontre de la musique avec les publics et les réseaux de salles pluridisciplinaires.

Des spectacles courts, mettent en lumière la création musicale au cœur de l’immense foisonnement artistique que représente Avignon. L’occasion de découvrir des productions venues de toute la France, du baroque au plus contemporain, sous forme de petits concerts . 11 en tout, dans les très belles salles de la Collection Lambert puis de l’Archivolte

qui reçoivent deux programmes de concerts qui se succèdent chaque jour. Les ensembles de la région seront bien représentés avec les Voix animées et C Barré dirigé par Sébastien Boin.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

du 8 au 12 juillet de 10h à 18h

Collection Lambert

du 13 au 17 juillet de 10hà 17h30

Archivolte, Chapelle du miracle

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Un Contrat

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© X-DR

Conduite de main de maître, la mise en scène de ce « thriller psychanalytique » transcende le huis-clos théâtral. Evidemment, un parrain de la mafia qui s’allonge sur le divan d’un(e) psychanalyste, on a déjà vu ça avec Robert de Niro et Mafia blues. Mais sous l’impulsion de Salvatore Caltabiano, latension dramatique grimpe à chaque réplique, maintenant le spectateur dans une apnée captivante jusqu’à l’ultime seconde.

Le travail du metteur en scène avignonnais réside dans l’art de ciseler le rythme, d’habiter les silences les plus éloquents et de guider les regards pour révéler la vérité nue des situations. Caltabiano bâtit un cadre d’une précision millimétrée où éclate la liberté des interprètes. Face au jeu puissant de Patrick Séminor en mafieux tourmenté et à la justesse de Dorothée Leveau, sa vision esthétique sublime le texte ciselé de Tonino Benacquista. Une création saluée à juste titre lors de l’avant-première avignonnaise sur le plateau de l’Atelier Florentin.

D.D-V

du 4 au 25 juillet à 18h10

relâche les 8, 15, 22 juillet

Collège de la Salle

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L’étrangère

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© Gilbert Scotti

Créé en 2025, L’étrangère de Jean-Baptiste Barbuscia revisite le roman de Camus sous l’angle de son personnage féminin. Mise en scène par l’auteur, cette joute oratoire et littéraire met en scène le face-à-face passionné entre un professeur de lettres et son unique élève. En apposant un « e » au titre du roman sur le tableau noir, la jeune femme bouscule les certitudes de l’enseignant et réhabilite le personnage de Marie Cardona, figure féminine lumineuse et oubliée de l’œuvre camusienne face à l’errance existentielle de Meursault.

La pièce est portée par les comédiens Fabrice Lebert et Marion Bajot, à l’ardeur tenace, qui incarne l’étudiante Maria qui cherche à comprendre Marie… la pièce transcende le cours magistral pour célébrer le dialogue intergénérationnel et le pouvoir émancipateur de la littérature.

D.D-V

Du 4 au 25 juillet à 13h30

Relâche les 9, 16 et 23 juillet

Théâtre du Balcon

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Le Syndrome d’Ulysse

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© Gilbert Scotti

Coécrite par Ali Babar Kenjah et Serge Barbuscia, la création 2026 du directeur du Théâtre du Balcon est une traversée poétique et musicale au cœur du déracinement. Face aux tragédies qui s’écrivent sur les rivages de la Méditerranée, en miroir de l’errance antique, la pièce transforme la figure d’Ulysse en celle, plus vulnérable, du migrant contemporain. Le spectacle donne ainsi un visage et une voix à ceux que l’on ne nomme plus que par leur absence.

Né d’une mémoire familiale entre Sicile et Tunisie, puis nourri par une résidence en Martinique sous le regard d’Édouard Glissant et de Derek Walcott, ce projet unit les rives de la Méditerranée et de la Caraïbe. Portés par Serge Barbuscia, Jérémy Bourges, Théodora Carla, Bass Dhem et Aïni Iften, les textes et les chants explorent cette fracture de l’âme, ce mal de terre que subit celui qui ne peut plus revenir. Une œuvre humaniste, à la langue haute, qui nous rappelle que chaque étranger porte en lui un fragment de notre propre histoire.

DANIELLE VERNA-DUFOUR

Du 4 au 25 juillet à 15h15

Relâche les 9, 16 et 23 juillet

Théâtre du Balcon

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Notre Histoire, Chroniques du Caire : Piano, politique, amour et ballon rond

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Le possessif du titre englobe le réalisateur égypto-autrichien, Abu Bakr Shawky, qui s’inspire ici de son histoire familiale et de l’Histoire de l’Egypte de 1967 à 1984.

Comme une urgence à faire exister ces petits moments intimes, à transmettre des récits qui se perdent si on ne les raconte pas. A les inscrire dans une légende se tissant avec celle des grands événements politiques du pays.

Notre Histoire est celle d’un microcosme. Elle commence en 1967. Dans un quartier populaire du Caire. L’été. Il fait chaud. Ahmed (Amir El-Masry) joue sur un vieux piano. Le voisin du dessus frappe le sol pour manifester son mécontentement. Le lustre se balance, les murs tremblent. Dehors des supporters de foot cherchent la bagarre. On s’invective d’un balcon à l’autre. Le chaos de la rue prolonge celui des intérieurs étroits. On reçoit les oncles, les voisins. A la télé, toujours allumée, outil de propagande gouvernementale, Nasser Hussein parle de la « grande nation arabe ». Le barrage d’Assouan se construit. Les hommes regardent les matchs de football, en respectant, par superstition, une place attitrée dans l’exigu salon. Le verbe est haut. On rit. On râle. Tout le monde se connaît et s’engueule. Chacun tient son rôle. Le père d’Ahmed, Ragheb (Ahmed Kamal), modeste fonctionnaire plante des arbres dans le désert et s’est peut-être compromis en prononçant à la télé le mot tabou de corruption. Sa mère Fairouz (Nelly Karim), s’occupe du foyer et de sa gazinière récalcitrante, elle est enceinte d’un quatrième fils qui naîtra le jour de la défaite de la guerre des six jours. Son frère jumeau Hassan ( Ahmed El Azaar) ne lui ressemble pas ; on le surnomme « Hasanov » parce qu’il aime l’URSS et apprend le russe ; il attend, inquiet, sa mobilisation pour partir à la guerre. Le cadet Sharaf (Khalid Mokhtar), peu doué pour le foot, est fan de ce sport et du club de Zamalek .

Ahmed rêve de devenir concertiste et correspond avec Elisabeth (Valérie Pachner), une jeune autrichienne. Muni d’une bourse, il ira à Vienne en 1973 la rencontrer. Un amour jugé impossible par le père autrichien, entre « un poisson et un oiseau ».

Dans le maëlstrom politique qui verra la démission d’Hussein, les émeutes contre les réformes libérales, l’assassinat d’El-Sadate en 81, et le début de l’ère Moubarak. Malgré les drames personnels, le deuil d’un frère soldat, la séparation, la concurrence de Sham (Karim Kassem) pianiste arriviste piétinant l’honnêteté d’Ahmed, cet amour-là tiendra avec ses rêves « parce qu’il n’est jamais trop tard. » Pour vivre un concert d’Ahmed radiodiffusé et la victoire du football égyptien.

Chapitrée en cinq volets, ces chroniques suivent au plus près des gens attachants que le réalisateur regarde avec une tendresse communicative. Les rides se creusent, la calvitie gagne. La télé prend des couleurs. La vie et la mort vont. On pense aux mélodrames égyptiens des années 50-60, à la comédie populaire italienne, parfois même à Pagnol pour les personnages typés, hauts en couleur, à la fois extravertis et pudiques. Un cinéma populaire sans que l’adjectif soit péjoratif, avec ces lieux communs du sentiment où chacun finalement se retrouve.

ELISE PADOVANI

Notre Histoire, Chroniques du Caire de Abu Bakr Shawky

En salle le 1er juillet