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Babel Music XP : Le monde de la musique se réunit

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Babel music XP 2025© Erioto

Diasporik. L’édition 2026 alterne concerts, rencontres professionnelles et speed meeting, quel est le contexte des acteurs de l’industrie musicale ?

Olivier Rey. La filière musicale, notamment du spectacle vivant, vit une situation complexe par la réduction des aides publiques, la concentration de multinationales privées, l’inflation des coûts généralisés et toute une série de facteurs qui font qu’aujourd’hui c’est une filière en pleine mutation. Face à la marchandisation de ce secteur, il y a un véritable enjeu sociétal, politique et économique à promouvoir la diversité musicale pour une meilleure représentation des cultures, pour éviter l’uniformisation portée par les cultures dominantes et favoriser l’émergence de talents émergents. Babel Music XP se positionne comme une manifestation d’intérêt général, ce lieu de rassemblement et d’échanges indispensable pour l’écosystème musical, cette plateforme nationale et internationale unique qui répond aux besoins des actrices et acteurs du secteur. C’est pour cela que 2000 professionnels de 72 pays viennent spécialement à Marseille pour participer à Babel Music XP du 19 au 21 mars.

Quelles sont les attentes en matière de professionnalisation ? Comment y répondez-vous ?

Babel Music XP repose sur 3 piliers qui sont un salon international, un programme de rencontres professionnelles et un festival planétaire ouvert grand public. Sur le salon et les rencontres, nous abordons plusieurs sujets sur la formation, la transmission, la professionnalisation et les compétences des métiers liés au secteur culturel et à son économie. Nous avons des pavillons, des débats et des conférences dédiés à l’ensemble de ces sujets.

Quels sont les talents émergents que vous mettez à l’honneur ?

Dans le cadre du festival, Babel Music XP propose 31 concerts d’artistes en provenance de 27 pays. Cette sélection officielle a été réalisée par un jury international indépendant parmi 2781 candidatures originaires de 117 pays. Ce chiffre vertigineux témoigne de l’intérêt majeur de l’événement et surtout le fait que Babel Music XP est devenu un accélérateur de carrière et un exceptionnel levier de développement de projets artistiques. Nous accueillerons donc de la pop tropicale de Colombie, de l’afro-punk de Kinshasa, de la musique classique avant-gardiste de Corée du Sud, de l’électro-orientale de Palestine, des mythiques chants diphoniques de Mongolie, du maloya fièvreux de la Réunion etc. Bref, un tour du monde de la création musicale mondiale.

Comment prenez-vous en compte le besoin de structuration des acteurs du Sud global (artistes, producteurs, éditeurs…) ?

Babel Music XP se définit comme un hub méditerranéen des musiques mondiales, ce qui convoque clairement la position géostratégique de Marseille comme ville à la croisée de plusieurs continents. Nous développons depuis 4 ans de nombreuses actions et partenariats avec des structures du Sud global, du compagnonnage avec nos camarades du Kongo Music Expo à Kinshasa, du mentorat auprès de la filière du Levant en Jordanie et au Liban, des projets de réseau méditerranéen de la musique entre les deux rives ou encore nous proposons, comme depuis 4 ans des tables rondes sur la structuration de la filière en Afrique subsaharienne avec notamment cette année, un réseau inédit de festivals des Grands Lacs, le directeur du Dakar Music Expo ou un dispositif de formation aux métiers de la musique en Centrafrique. Il faut se plonger dans le programme des rencontres professionnelles pour voir la densité de nos échanges internationaux. L’idée étant de positionner Babel Music XP comme cet espace de référence pour la filière internationale et un lieu de rencontre professionnelle sans équivalent entre le Nord et le Sud. Avec une vision durable des échanges et une dimension éthique au service des structures du secteur.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR SAMIA CHABANI

Sur scène

19 mars
Inner Spaces + Tengerton – Cité de la Musique
La Litanie des cimes & Mah Damba + Meryem Koufi & Mehdi Haddad - Alcazar

Broua + Celia Wa + Etenesh Wassié – Espace Julien

Ahmed Eif & Ilyf + Ducasse – Makeda

20 mars

Groov& – GMEM (Friche la Belle de Mai)
Rebecca Roger Cruz + L’Antidote + Grand ensemble Filos + Djazia Satour + Lavinia Mancuzi + Re#encouter + Sper Parquet + Lindigo + Isam Elisa + Sskyron & DJ Dan – La Plateforme

21 mars

Jawhar + Ondéla – Grand plateau Friche la Belle de Mai

Gregory Dargent + Miksi + By the Sket Quintet + Cocahna + Bandua + Sonoras Mil + Article15 + Etyen & Salwa Jaradat + Vitu Valera – La Plateforme

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Écrire le réel pour militer contre l’oubli

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Moi Elles © Chloé Azzopardi Francé © Lamine Diagne et Raymond Dikoume

Cinq semaines, 28 lieux marseillais et une cinquantaine de propositions… Le cru 2026 de la Biennale des écritures du réel s’annonce particulièrement dense. Et pour cause, la nouvelle équipe du Théâtre La Cité a choisi de la consacrer à un thème riche et universel, l’oubli, interrogé à travers trois axes : « Dire ce qui s’efface », « Passer sous silence » et « Transformer nos silences ». Une dialectique mémorielle qui invite à comprendre comment sont manufacturées nos mémoires, et à pallier l’oubli par l’art. Une nécessité, qui se fait particulièrement sentir dans le contexte actuel.

« Géographies de l’oubli »

Une grande partie de la programmation, notamment dans son premier mouvement qui est le plus fourni, est consacrée à ce que Magda Bacha, directrice adjointe du Théâtre La Cité, appelle des « géographies de l’oubli », c’est-à-dire les mémoires occultées ou minorées de pays colonisés.

Chrystèle Khodr et Nadim Deaibes reviennent sur le siège du camp palestinien de Tel al-Zaatar dans Silence ça tourne (20 mars, Théâtre Joliette). La rencontre-lecture Écrire contre l’oubli, qui réunit les auteur·ices Marwan Chahine et Lamia Ziadé (3 avril, Bibliothèque l’Alcazar), ainsi que le concert narratif Good bye Schlöndorff programmé le même soir au Théâtre de l’Œuvre, mettent en mots et en sons le souvenir de la guerre civile libanaise.

Dorcy Rugamba rend hommage à ses mort·es dans Hewa Rwanda, lettre aux absents (9 avril, Friche La Belle de Mai) comme le fait Gaël Kamilindi dans le film Didy (11 avril, Le Gyptis). À la Cité de la Musique, un ciné-concert met les Mémoires algériennes en perspective (28 mars), et aux Archives départementales, deux lectures performées partent Sur les traces des mémoires arméniennes (4 avril), deux jours après que Nicolas Lambert y aura présenté La France, Empire spectacle qui revient sur les faits du passé colonial français occultés par notre roman national.

Tu oublieras…

L’oubli est un sujet riche, foisonnant, qui structure autant les histoires collectives qu’intimes. La Peau des autres de Lauriane Goyet et Brûle Silence de la Cie T’as un truc entre les dents (respectivement les 7 et 8 avril, Théâtre La Cité)cherchent comment briser le silence organisé autour des violences intrafamiliales et l’inceste.

D’autres spectacles interrogent ce que chacun choisit d’oublier ou de garder pour construire son identité : des traditions avec Le dernier Aïd de Wacil Ben Messaoud (25 avril, centre social Del Rio), des blessures mal soignées avec Sola Gratia de Yacine Sif El Islam (24 mars, La Cômerie), ou même son nom avec Zola… Pas comme Émile (Face A) de Forbon N’Zakimuena (23 et 25 avril, Friche La Belle de mai). La création partagée Pour en finir avec ce vieux monde de la troupe Ces liens qui nous unissent, données les mêmes soirs au même endroit, met en danse cette même question.

Enfin, plusieurs propositions kaléidoscopent des mémoires intimes. Moi, elles, premier spectacle en français de WANG Jing, met en regard le parcours de trois femmes venues respectivement de Chine, du Mali et d’Iran (12 avril, Friche La Belle de Mai) ; dans Erdal est parti de Simon Roth (22 avril, Astronef) cinq comédien·nes se partagent le rôle et les souvenirs d’un immigré kurde ; et dans Frangines, Fatima Soualhia Manet rejoue sa vie et celle de Fanny Mentré, autrice du spectacle (20 avril, Théâtre des Chartreux).

CHLOÉ MACAIRE

Biennale des écritures du réel

Jusqu’au 3 mai

Divers lieux, Marseille
On a vu

Plusieurs spectacles programmés par la Biennale ont déjà été vu par Zébuline. Retrouver nos critiques de À la ligne, La Tête loin des épaules, Françé et M. Un Amour suprême sur notre site journalzebuline.fr

Trois spectacles à découvrir cette semaine

Minga de una casa en ruinas

Une « minga », ou « mink’a », du quechua « minccacuni », signifie « demander de l’aide en promettant quelque chose ». C’est une tradition andine millénaire, semblable à ce qu’on appellerait de nos jours une « économie collaborative ». Sur l’île de Chiloé, lorsqu’un habitant se marie ou change de lieu de vie, la communauté tout entière s’organise pour transporter, par la mer ou par la terre, ce qui faisait son foyer. Laissée derrière, la maison dont il est question tombe en ruine. Sur scène, il n’en reste que 700 bardeaux, fragments des souvenirs d’une vie passée. Ébana Garín travaille cette matière et tisse trois histoires d’exil, dont celle de sa mère. Un jeu d’ombres et de lumière dessine ses gestes, qu’accompagne une composition sonore de Damián Noguera Llanes. Proposée par le Colectivo Cuerpo cette performance documentaire se donne en Espagnol sous-titré français. P.L.

19 et 20 mars

Théâtre Joliette, Marseille

Vivement Léthé

L’eau de Léthé, fleuve aux portes de l’enfer, efface la mémoire des morts qui la boivent. Mais c’est aussi un élan de vie, et de légèreté, qu’évoque à l’oreille le titre. L’artiste-performeur Pierre Guéry et les étudiant·es de la L3 Sciences et Humanités d’Aix-Marseille Université mettent en scène une réflexion poétique sur l’oubli, la mémoire, la vie et la mort. Après une représentation d’une heure, la scène s’ouvre aux spectateurs·ices, à ceux qui voudront bien lire ou jouer leurs lettres, écrits intimes retrouvés et souvenirs qui, posés sur le papier, ne seront pas oubliés. P.L.

31 mars

Théâtre la Cité, Marseille

Passeports pour la liberté

Passeports pour la liberté est l’adaptation théâtrale de La France des Belhoumi - Portraits de famille (1977 - 2017), récit recueilli par le sociologue Stéphane Beaud. La pièce se concentre sur un entretien avec l’ainée de la fratrie, Samira Belhoum. Arrivée d’Algérie à l’âge de 7 ans, elle raconte l’histoire de son intégration dans la société française, les obstacles surmontés et la construction progressive de son identité. Mise en scène par Dominique Lurcel, la pièce, jouée depuis 2021 en milieu scolaire et universitaire, est pensée comme un outil d’éducation civique. S’en suivra une projection du documentaire Nos mères, nos daronnes de Bouchera Azzouz et Marion Stalens, qui donnent la parole à six mères issues d’un quartier populaire en banlieue parisienne, dont les histoires dessinent les contours d’un féminisme populaire. P.L.

29 et 30 mars

Mucem, Marseille

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Variations sur un imaginaire

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© X-DR

On l’aurait peut-être davantage attendue sur Schumann. Surtout pour cette heure au foyer dédiée, selon l’usage impulsé par Marseille Concerts, à un compositeur – ou une compositrice – en particulier. D’autant qu’Arielle Beck a consacré son premier enregistrement et nombre de ses concerts au plus littéraire des compositeurs, dont elle a su saisir la poésie sans jamais en forcer l’étrangeté.

Mais la jeune pianiste n’est plus à une prise de risque près. C’est ainsi à un autre célèbre romantique allemand qu’ellea dédié son récital, très attendu, au Foyer de l’Opéra de Marseille ce 15 mars. Mendelssohn qui, comme elle, n’était âgé que de 17 ans lorsqu’il composa l’ouverture du Songe d’une nuit d’été, qu’il complèterait quinze ans plus tard.

L’art de l’enchantement

Transcrite par Liszt, la partition retentit, dans ses variations sur la célébrissime marche nuptiale et sa jolie adaptation de la danse des fées, comme un hymne à l’enchantement. La technique est bien sûr étourdissante, de même que la clarté du jeu, la douceur des phrasés, l’étendue et la finesse du nuancier…

Mais c’est, peut-être plus encore, l’art du récit et de l’incarnation qui impressionnent chez cette interprète qui sait dénicher dans chaque œuvre un angle, une prise de vue qui en révèle sans effort une nouvelle facette. Les Romances sans paroles évoquent, bien sûr, l’art du Lied et ce goût de chant propres à Schubert ou à Schumann. Le Prélude et fugue en mi mineur convoque le thématisme cher à Bach qu’il augmente d’un sens du legato résolument romantique. Et les Variations sérieuses résonnent, dans leur versatilité, comme un pendant à l’espièglerie de Mozart.

En conclusion du concert, c’est à une série de variations de son propre cru que nous invite la pianiste, improvisatrice qui, partition à l’appui, se fait également compositrice. D’un thème évoquant Schumann, elle fait, d’une incursion à l’autre, advenir et dérailler un langage entre sérénité chorale, crue dissonance et tendres éclaircies. Sublime.

SUZANNE CANESSA

Le concert a été joué le 15 mars au Foyer de l’Opéra de Marseille, dans le cadre de la saison Marseille Concerts.

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La Danse des renards, l’adolescence par K.O

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Le bruit des coups portés, la danse des boxeurs sur le ring, le Bleu contre le Rouge, les consignes criées par le coach, puis au vestiaire, en selfie, les ados rieurs et chahuteurs : on entre dans le film de Valery Carnoy comme dans une arène, in media res.

On est dans un internat sport-études, entouré par une forêt où rodent les renards. Les jeunes « mâles » de l’établissement puent des pieds, parlent de sexe, et fanfaronnent. Camille, au prénom androgyne, a encore un visage d’enfant, le corps en devenir, une douce blondeur et une grande réserve. Il est la star de l’établissement. Champion de France dans sa catégorie, médaillé, sélectionné pour les championnats d’Europe, il est admiré – et sans doute jalousé, par ses camarades dont il porte sur ses jeunes épaules, le rêve. Il partage tout avec son meilleur ami, Matteo (Fayçal Anaflous) qui l’a amené à la boxe. Matteo cherche à échapper à son milieu, aux embrouilles de ses « cousins » voyous et Camille, on le comprend, cherche à échapper à un père violent en apprenant à se défendre. Ensemble, ils nourrissent les renards de la forêt en volant de la viande aux cuisines et se projettent dans l’avenir. Camille est différent par son statut de vedette, par sa sensibilité. Au Centre, il croise Yas (Anna Heckel), une taekwondoïste à la voix grave et au caractère affirmé, un peu « spéciale » elle aussi, qui joue du Charlier à la trompette.

L’univers de Camille bascule au propre et au figuré lorsque, poursuivant un renard, il tombe d’une falaise. Comme le remarquait Pascal Quignard dans Les Désarçonnés , ceux qui font une chute grave, naissent à nouveau – ou deviennent ce qu’ils sont. Le bras fracturé de Camille se répare mais la douleur qu’il porte en lui depuis longtemps sans doute, s’est réveillée et ne le quittera plus. Une douleur psychosomatique sans causes mécaniques, bien plus difficile à gérer. La longue cicatrice qui court sur sa peau et que Yas effleure du doigt est une ligne de faille.

Faire le poing

Si les séances d’entraînement sportif intenses, les codes de la boxe, les dures lois de la compétition, les relations avec leur intraitable coach Bogdan (Jean-Baptiste Durand) sont soigneusement décrits. Si la cinégénie et l’intensité de ce sport sont habilement utilisées. Si les rapports de classe de cette discipline populaire sont subtilement suggérés, Valéry Carnoy ne veut pas réaliser un « film de boxe ». Comme dans son court-métrage précédent Titan – où un jeune garçon de 13 ans se confrontait aux codes de la virilité, il s’intéresse aux injonctions qui pèsent sur des êtres en devenir, à leur mal-être, au rapport à la faiblesse, à la souffrance. A cette chape de plomb, allégée ici par une amitié adolescente, une rencontre avec une fille libre de ses choix, la compréhension d’un surveillant d’internat.

La caméra ne quittera guère Samuel Kircher qui incarne avec une grande justesse Camille- et dont on nous dit qu’il a suivi un entrainement particulièrement intense, pour rendre crédibles les scènes de combat. Le casting mêlant acteurs novices et expérimentés est particulièrement réussi. A ce naturalisme de fond se mêlent l’étrangeté intrinsèque à l’adolescence et un discret symbolisme. Le renard, figure de ruse, d’intelligence mais aussi d’isolement, et de marginalité, est celui qui souffre et est mis à mort.

ELISE PADOVANI

La Danse des Renards de Valéry Carnoy

Sortie : 18 mars 2026

Avee Mana : Une fusion en 33 tours 

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© Lenaïc Lannoy

On les a découverts à la fin des années 2010 dans les salles marseillaises et d’ailleurs. Un groupe à l’énergie furieuse naissait, et avait semble-t-il pour mission de décalaminer nos oreilles de leur trans-psychédélique jouée à fond les Twin reverb. Un groupe, un son, une expérience, qui s’est fait un nom, Avee Mana, et s’est imposé comme l’un des fers de lance de la foisonnante scène rock marseillaise. 

Une anomalie dans le parcours pourtant. Toujours pas d’album au compteur, malgré presque 7 ans d’exercice, et des centaines de concerts. On avait quand même pu écouter leurs pièces couchées sur bande avec deux premiers EP (en 2019 et 2023), mais les voici enfin avec un premier album, Layers. Un dix-titres qui confirme le virage pop du groupe – même si cette pop avait toujours été là, bien cachée derrière les décibels de la jeunesse. 

Exits, par ici l’entrée

L’opus commence par Exits, une première flèche qui donnera le ton du reste de l’écoute. La voix de Rémi Bernard (également à la guitare), droite et cristalline, transperce la rythmique engagée et les nappes de guitares, d’une mélodie accrocheuse, comme ce sera le cas sur tout le reste du sillon. On se perdra d’ailleurs à déceler dans certaines lignes de chant quelques cousinages avec Brian Wilson des Beach Boys. 

Derrière la voix, le reste de la formation s’exécute comme la machine parfaitement huilée qu’est devenu Avee Mana. Emmenée par Sylvain Brémont (batterie), Francky Jones (basse) et Julien Amiel (guitare), les titres s’enchaînent avec une impression de puissance et de fluidité. La rugosité rythmique et sonore s’alliant parfaitement avec les notes de légèreté du chant, ou des parties guitares. Avee Mana marque avec ce disque ce qui fait manifestement sa force et son originalité : un son de fer, un rendu de velours. 

NICOLAS SANTUCCI

Layers, de Avee Mana
Howlin Banana Records
Album disponible en disque vinyle, CD ou en version digitale.

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Rencontres des Ballets Junior Européens

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Cannes Jeune Ballet Rosella Hightower © Patrick Massabo

Après une ouverture tout en éclat [le Junior Ballet de l’Opéra de Paris lire ici],les rencontres organisées par le Ballet Preljocaj se poursuivent sur une deuxième édition particulièrement riche et alléchante au Pavillon Noir. Du 11 au 15 mars, six représentations de Near Life Experience, pièce d’Angelin Preljocaj créée en 2003 sur l’envoûtante musique du groupe Air, sera reprise par le Ballet Preljocaj Junior. Le 17 mars, le Royal Danish Ballet School, le Cannes Jeunes Ballet Rosella Hightower et le Ballet Junior de Bavière unissent leurs forces autour d’un extrait de la Kermesse in Bruges d’Auguste Bournonville, d’une création de Rubén Julliard – Soudainement, ici – puis d’une récente création de Margo Goecke, Devil’s Kitchen. Le 19 mars, le Junior Ballet de l’Opéra de Norvège avec Youth, création d’Alan Lucien Øyen, Inked, pièce d’Arno Schuitemaker interprétée par la formation Coline, et Minus 16, pièce d’Ohad Naharin reprise par IT Dansa, Jove Companyia de l’Institut del Teatre. L’occasion de (re)découvrir des pièces contemporaines portées par la fougue et la douceur de la génération de demain.

S.C.

Jusqu’au 19 mars
Pavillon Noir, Aix-en-Provence

Danser la relève

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Exigeant, contraignant, le répertoire classique attend de ses interprètes un dévouement rare. Porté par la jeunesse et la grâce du Ballet Junior de l’Opéra de Paris, il prend une ampleur inédite. Belle idée, donc, que d’avoir créé en 2024 cette troupe de danseurs et danseuses âgés de 18 à 23 ans, et faisant leurs premières armes sur des œuvres du répertoire. C’est donc sur le bien-nommé Allegro Brillante de Balanchine que s’ouvrent les hostilités. La silhouette et la gestique de Natalie Vikner et Davide Alphandery s’imposent avec finesse et élégance, un sourire radieux toujours aux lèvres. La coordination des danseurs et danseuses impressionne, de même que le sens de l’entente et du détail, sur une pièce certes datée, mais requérant une technique sans faille. 

La Cantate 51 de Maurice Béjart sollicite un effectif plus réduit mais une plus grande expressivité. La grammaire classique est toujours là, tout particulièrement chez les six danseurs et danseuses encadrant une scène marquée par l’art de l’icône et le sens des proportions – le travail tout en symétrie de Nuria Fernandes et Ève Belguet est à ce titre impressionnant. Mais les corps de l’Ange (Isaac Petit)et de la Vierge (Angélique Brosse) redessinent les contours d’un art en pleine mutation : lignes éthérées, tension entre mouvement et fixité. Et surtout l’intimité et la complicité inédites entre deux interprètes redéfinissant le pas de deux, dans un mouvement lent particulièrement poignant.

Rebattre les cartes

Central dans le Requiem for a rose d’Annabelle López Ochoa, le corps tout de chair vêtu de Shani Obadia rappelle celui de la Vierge, sur une tonalité certes plus funèbre mais également plus organique. La danse emprunte ici à un langage plus contemporain – surtout sur la partie solistes –, ses jeux de bras et de mains évoquant, entre autres, le baile. Enfin, la grande pièce de José Martinez Mi Favorita, invite tout le ballet à briller sur ses pas les plus techniques, tout en maniant l’ironie, le goût de l’outrance et du (faux) raté pour revisiter ses pièces les plus classiques : Petipa, Noureev et tous les autres … Belle incursion de l’humour dans un genre qui s’en est rarement soucié. Et jolie conclusion à un panorama enthousiasmant et rassembleur.

SUZANNE CANESSA

Le spectacle a été dansé du 8 au 10 mars au Grand Théâtre de Provence (Aix-en-Provence), en co-réalisation avec le Ballet Preljocaj dans le cadre des Rencontres des Ballets Junior Européens.

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D’amour

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D'amour © Frederic Iovino

D’amour ou d’amitié – chantait la jeune Céline Dion pour donner corps à des sentiments naissants et troublants. Grand amateur de chanson et de pop, Thomas Lebrun explore avec D’amour un répertoire s’étendant de Charles Trenet à Shy’m, en passant par Sheila et Lionel Richie, sur lequel il érige un langage chorégraphique pop, coloré et lyrique. Quatre interprètes s’y croisent : Sylvain Cassou, Élodie Cottet, Lucie Gemon et Paul Grassin apprennent à se connaître – et à s’aimer – sur des partitions archi connues et entêtantes. En postlude au spectacle, le Théâtre des Salins proposera à l’issue du spectacle un karaoké Sing or Die, un atelier parent-enfant le 14 mars et un cours tous publics le 15. De quoi célébrer le lien sous toutes ses formes – amoureux, mais pas que. 

S.C.

13 mars 
Les Salins, Scène nationale de Martigues

Draguignan : 10 ans de corps en commun

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Contre-nature © Patrick Imbert

Déjà dix ans de découvertes et de danses. Au fil des éditions, toujours attentive aux chorégraphes de la région, l’ImpruDanse  programme aussi bien  des artistes émergents que de grandes figures de la scène chorégraphique, et les danseurs en formation supérieure. Né sur quatre jours, le festival se déploie désormais sur trois semaines. Cette année, la programmation s’étend sur seize spectacles et mêle danse contemporaine, flamenco, cirque, théâtre et musique, avec l’ambition de célébrer la danse sous ses formes les plus diverses, jusqu’au plus participatives et inclusives.

Luttes et danses urbaines

La compagnie Ayaghma présente Un grand récit, une pièce qui explore la mémoire, le temps et le vivre-ensemble. Sur scène, neuf danseur·euses racontent les histoires des gens ordinaires dans une utopie brute et sincère qui invite à imaginer d’autres récits possibles. Une œuvre qui célèbre l’art comme un espace de résistance. Dans le même registre sur fond de musique électro-acoustique de Romain Dubois, le chorégraphe Kader Attou (Marseille) propose Prélude. Sur la scène du Théâtre de l’Esplanade, une dizaine de danseurs hip-hop investissent la scène dans un élan presque vital qui revisite le parcours de l’artiste, de son enfance en banlieue lyonnaise et la découverte de la boxe. 

Avec Tamjuntu, la compagnie Via Katlehong Dance (Johannesburg) et le chorégraphe brésilien hip-hop Paulo Azevedo font dialoguer l’Afrique du Sud et le Brésil. Sur des rythmes marqués, les styles se mélangent : passinho, samba, influences d’amapiano et de funk. La compagnie emblématique de l’Afrique du Sud défend notamment le Pantsula, danse née dans les townships pendant l’apartheid et devenue un symbole de résistance.

La musique donne le bal

Indissociable de la danse, la musique occupe une place centrale dans de nombreuses créations. Sandrine Lescourant propose Blossom, une performance participative, déjà créée à Cavaillon et à Marseille, réunissant les artistes de sa compagnie Kilaï et un groupe d’amateurs de chaque territoire. Guidés par la musique, ceux-ci mêlent voix et mouvements pour créer un moment de floraison commune.

À l’Auditorium Chabran, la musique est aussi de la partie. La  flamenca marseillaise Ana Perez s’associe en musique au guitariste José Sanchez pour revisiter le Stabat Mater. Entre flamenco et musique sacrée, leur création tisse une toile sensible entre la danse et la guitare dans une relecture de ce texte liturgique. Les deux artistes présenteront également Stans dans la même soirée. 

Avec Contre-Nature, Rachid Ouramdane (lire ici) livre une ode à l’impermanence. Dix danseurs évoluent entre sol et air dans un spectacle à la croisée de la danse et du cirque. Porté par la musique de Jean-Baptiste Julien et la scénographie de Sylvain Giraudeau, le spectacle compose des tableaux acrobatiques remplis de poésie. 

CARLA LORANG

L’ImpruDanse
14 mars au 4 avril 
Théâtres en Dracénie,Draguignan

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Quand l’art est en situation irrégulière 

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Fulu Miziki est un groupe largement identifié de la diaspora africaine. Créé par six amis d’enfance à Kinshasa, il s’est fait connaître pour sa musique inclassable jouée sur des instruments fabriqués à partir de matériaux de récupération, avec un message explicitement écologique. Repérés en 2019 par la maison de production marseillaise Bi:Pole, ils arrivent en France deux ans plus tard avec un passeport « Talent ». Ces titres, introduits en 2016, sont destinés « aux étrangers qui apportent une contribution au développement et au rayonnement de la France » dans différents domaines, notamment artistique ou littéraire. Ils permettent d’entrer et de séjourner légalement sur le territoire français, mais n’équivalent pas à un titre de séjour de longue durée. Les Fulu Miziki, doivent donc, chaque année, demander le renouvellement de leur titre de séjour, et affronter les dysfonctionnements administratifs des services de l’immigration. 

Un système dysfonctionnel 

Les artistes, comme toute personne souhaitant obtenir ou renouveler un titre de séjour, font face à des temps d’instruction de plus en plus longs, dépassant bien souvent les délais prévus et donc la validité de leurs attestations de prolongation d’instruction (API). Ces attestations, qui garantissent l’accès aux droits et l’autorisation de travailler dans un cadre légal, doivent en principe être délivrées et renouvelées automatiquement. 

Mais ce n’est souvent pas le cas, comme le dénonce une tribune intitulée « Ne suspendons pas la vie des artistes étrangers ! » publiée sur Mediapart le 5 mars et co-signée, entres autres, par Bi:Pôle et Friche La Belle de Mai. On peut y lire que la « diversité, souhaitée par nos publics et encouragée par la diplomatie culturelle, est pourtant de plus en plus difficile à faire vivre ». Ce 10 mars, c’est au tour du Syndicat Français des Artistes Interprètes et la CGT Spectacle d’interpeller l’administration dans un communiqué commun. Ils demandent notamment l’arrêt des radiations de France Travail et le renouvellement automatique des API.  

L’absence de titre de séjour entraîne automatiquement une radiation de France Travail, et donc du régime de l’intermittence. Les artistes ne peuvent alors plus cumuler les heures de travail leur permettant d’accéder à leurs droits, et il n’est pas possible de récupérer rétroactivement ces heures une fois la situation régularisée. Par exemple, l’un des membres du collectif a reçu fin février la fameuse API qui lui manquait depuis janvier, ce qui lui permet de réintégrer le régime de l’intermittence, mais pas de déclarer les heures travaillées durant ces deux mois.  

Pas possible non plus d’obtenir des visas pour voyager à l’étranger. Leur tournée à venir est donc compromise. Pour Sekembele, membre de Fulu Miziki, « la France est l’un des meilleurs pays pour les artistes » grâce au régime de l’intermittence, « mais le problème c’est l’administration ». « Quand on a plus les papiers, on perd nos droits automatiquement, mais quand tout est régularisé ça ne se remet pas en place automatiquement. » renchérit  Tché Tché, autre membre du groupe. 

Les associations alertent

Ces dysfonctionnements administratifs touchent toutes les personnes immigrées. Dans une lettre ouverte au préfet des Bouches-du-Rhône, La Cimade Marseille dénonce des « situations kafkaïennes […] du fait des dysfonctionnements de l’administration. » Les personnes sont « privées de documents attestant de la régularité de (leur) situation », ce qui entraîne une incapacité à travailler légalement et à percevoir les droits sociaux, tels que l’assurance maladie.

Aussi, les démarches administratives représentent une somme non-négligeable, car l’obtention ou le renouvellement d’un titre de séjour nécessite l’achat d’un timbre fiscal spécifique, et le prix de la carte en elle-même. Ce coût varie selon le type de titre de séjour, et une taxe peut s’y ajouter dans le cas d’une présence irrégulière sur le territoire (visa de régularisation). La loi de finance 2026 prévoit une augmentation de 50% de ces taxes et du droit de timbre. À compter du 1er mai, le prix d’un premier titre de séjour s’élèvera ainsi à 350 euros… dans le meilleur des cas. 

CHLOÉ MACAIRE 

On n’arrête pas la musique 
Ce 13 mars, un concert de soutien à Fulu Miziki est organisé au Petit Cab (Friche La Belle de mai), en début de soirée. L’occasion pour le groupe de lever des fonds et d’alerter sur leur situation, mais aussi de présenter de nouveaux morceaux sur lesquels ils travaillent depuis la fin de leur tournée en décembre dernier.
Ces nouveaux titres, qui devraient figurer sur un prochain album, sont justement inspirés par les différents groupes et sonorités qu’ils ont pu entendre dans les festivals internationaux auxquels ils ont participé. Ils ont donc innové, en fabriquant par exemple de nouveaux instruments, toujours avec la même démarche écologique qui a fait leur réputation. Car ils sont formels : leur message doit vivre malgré les difficultés qu’ils rencontrent actuellement. C.M.

13 mars
Friche La Belle de mai, Marseille