vendredi 25 septembre 2026
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Cirque déjanté, cabaret marseillais et vaudou-funk

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Cabaret Cagole Nomade © nai.iri

Surcouf donne le cap

Depuis plus de vingt ans, la compagnie Sacekripa, fondée en 2003 par Morgan Cosquer, Benjamin De Matteïs, Mickaël Le Guen, Etienne Manceau et Vincent Reversat, développe un univers de cirque plein d’acrobaties, de jongleries, de cascades et de clown. Arrivés en 2022, réfléchissant à une nouvelle création, ces acrobates, jongleurs, voltigeurs, porteurs se sont dit : « La rue, c’est fait. La salle de spectacle, c’est fait. Le chapiteau, c’est fait. Et pourquoi pas dans l’eau ? ». C’est ainsi qu’est né Surcouf, une proposition flottante, avec « du cirque, du risque, de l’humidité et une grande humanité ».

Le spectacle met en scène deux faux marins (Mikael Le Guen et Benjamin De Matteis), plus maladroits que redoutables, embarqués dans une aventure aussi épique que dérisoire. L’espace scénique se réduit à un radeau de 2m x 2m, avec, pour y accéder, une barque exiguë et instable. Le public se tient sur les berges et assiste au naufrage en cours.

Entre portés acrobatiques, combats improbables et situations cocasses, le duo détourne les codes de la piraterie pour en faire un terrain de jeu burlesque. Mais, sous les rires, se raconte aussi « l’instabilité, la grande nécessité de s’accrocher et de se soutenir, le besoin de garder le cap quand tout vacille sous le poids de l’incertitude ».

Cagole Nomade : Marseille en talents hauts

Changement d’ambiance pour le deuxième rendez-vous spectacle de la soirée avec le cabaret libre et participatif des Cagole Nomade, projet né en 2019 à l’initiative de deux jeunes marseillaises meilleures amies, Moranne Deroff et Lisa Billiard : « L’idée était la suivante : prôner, à travers ce projet, l’égalité des genres dans la liberté de se mouvoir, d’exister, de se revendiquer ». Organisatrice entre autres rendez-vous délivrés-libérés de La Saint Valentchoin ou du Cagole Paradise Festival, Cagole Nomade retourne le stigmate et revendique le mot « cagole » comme un étendard populaire : une manière d’assumer les accents, les excès, les paillettes et l’humour marseillais, tout en célébrant des figures féminines populaires.

Au menu de ce Cabaret joyeusement excessif donc, du chant, de la danse, de l’humour, du drag, et des numéros participatifs dans un esprit punk, LGBTQIA+ friendly et festif. Et une façon d’actualiser l’héritage des cabarets populaires, des revues marseillaises et des fêtes de quartier, en y injectant des questionnements contemporains sur les identités, le genre et le vivre-ensemble.

Vaudou funk

La soirée se concluera avec le groove made in Vaudou Game, groupe fondé en 2013 à Lyon par le musicien togolais Peter Solo, fusionnant les rythmes vaudou du Togo avec l’afro-funk des années 1970, hérité de James Brown, Fela Kuti et des Poly Rythmo de Cotonou.

Le guitariste et chanteur explique souvent que son objectif est de montrer la richesse spirituelle et musicale du vaudou, élément culturel et religieux majeur du Togo, loin des clichés occidentaux qui le réduisent à une image folklorique ou inquiétante.

Sur scène six musiciens, cuivres, guitares, claviers, chants en langue mina, percussions inspirées des cérémonies vaudou et lignes de basse très funk pour des morceaux qui montent progressivement en transe.

Une dimension festive qui n’empêche pas le groupe d’aborder des thèmes sociaux et politiques, dans la lignée des grandes formations afrobeat, invitant le public à la fois au « vaudou-funk » et à la réflexion.

MARC VOIRY

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Manger, rire, chanter

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Karaoké Orchestar © X-DR

Toutes les cultures font des banquets, ont des comiques, et des chansons populaires. Un universel qui se décline en une infinité de variations, qui vont trouver place au Village autour d’un grand banquet et d’un karaoké géant.

C’est toute la ville qui a composé le menu, quartiers par quartiers, retrouvant les saveurs provençales, celles de la mer et de l’étang, mais aussi toutes celles venues d’ailleurs, dans la diversité des cultures présentes à Martigues. Avec Althae à la guitare et au chant, la soirée commence ra tout en douceur et en partage d’émotion, et de saveurs.

Mamari prendra la suite : l’humoriste, qui sur Radio Nova réveille les ondes en démontant les relents racistes et LGBTQIphobes des discours publics, est tout sauf sinistre. Son spectacle, Trop drôle pour mourir, en témoigne. Femme, noire, exilée, survivante d’inceste, queer, handicapée … « en termes d’intersectionnalité, je suis le rond-point des Champs-Élysées ».

Puis les convives seront invité·es à chanter. Pas sur des vidéos enregistrées, mais avec des musiciens, ceux du Karaoké Orchestar, qui savent accompagner les amateurs, les rattraper et les attendre, et s’adapter à leurs voix. Et à leurs répertoires, venus d’ici, d’ailleurs ou d’il y a longtemps !

A.F.

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De l’intime, des chips tuiles et de la fête

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Se Sauver, Les Janettes © cie Les Janettes

Se Sauver, Les Janettes

Une soirée qui commence à 20 heures par un « Pot de départ » : celui de Se sauver de la compagnie Les Janettes. Il s’agit de boire un dernier verre pour dire adieu à trois femmes, personnages de fiction, qui se sont infiltrées dans la vie quotidienne de Martigues (rues, places, jardins, commerces…) pendant les trois jours précédents ! Trois femmes, qui ont fui leur quotidien et se sont retrouvées sur les routes, avant de débarquer au bord de l’étang de Berre : « La première s’est échappée de son mariage. La deuxième a tellement rêvé d’aventure qu’elle a fini par se lancer. La troisième a déserté son bureau ».

De la fiction faisant effraction dans la réalité, et une série théâtrale en plusieurs épisodes (surprises), interrogeant le désir universel de fuir une situation devenue insupportable, de rompre avec un destin tracé ou de retrouver une liberté perdue. Créés par une compagnie qui oriente ses recherches autour de l’abolition des frontières entre spectateurs et interprètes.

Tuiles, compagnie Atoll K

À 21 heures, c’est Tuiles, spectacle emblématique de la compagnie Atoll K, créée par les jongleurs Paul Rozaire et Fred Teppe,l’une des références du cirque contemporain, dont le travail est régulièrement présenté en France et à travers l’Europe. Entre jonglage, théâtre visuel et poésie burlesque, Fred Teppe incarne dans ce spectacle un personnage aussi attachant qu’imprévisible : un gourmand compulsif, « chips’opathe », qui tente désespérément de faire bonne figure, irrésistiblement attiré par les fameuses chips-tuiles qu’il engloutit à longueur de spectacle. Tandis qu’autour de lui, les objets prennent progressivement leur autonomie : un tabouret semble vouloir s’échapper, un étendoir à linge mute en créature étrange et les boîtes de chips (aux contenus improbables) se transforment en orchestre ! L’espace domestique devient un terrain d’aventures, où l’absurde, source permanente d’émerveillement, prend ses aises, manipulé par un jongleur virtuose, dans un spectacle qui revendique l’héritage du cinéma burlesque, en particulier celui de Jacques Tati et de Pierre Étaix.

Sharouh

Enfin, à partir de 22h30, la DJ et productrice Sharouh,l’une des figures émergentes des scènes électroniques méditerranéennes, installée à Madrid,proposera aux festivaliers un voyage musical très dansant entre Orient, Méditerranée et cultures électroniques contemporaines. Une artiste qui construit depuis plusieurs années un univers musical en reliant les traditions du Moyen-Orient, du Maghreb, de la Grèce et de la Turquie, en s’intéressant tout particulièrement au rôle joué par les femmes dans cet héritage, mixées aux sonorités électroniques contemporaines.

Musiques arabes, judéo-arabes, berbères ou mizrahi, Sharouh déniche des pépites et les fait dialoguer avec de l’électro, de l’acid et parfois même du punk. Le tout traversé par des prises de parole féministes, intégrées sous forme de samples.

MARC VOIRY

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Une ouverture entre résistance, engagement et célébration collective

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Bia Ferreira © Juh Almeida

Du spectacle de rue des Josianes au concert de l’artiviste brésilienne Bia Ferreira, jusqu’au DJ set électrique de la DJ marseillaise Carlala, cette première soirée au Village s’inscrit sous le signe de la résistance, de la curiosité, de la diversité et de la fête populaire.

Premier rendez-vous vers 20 heures avec le spectacle Josianes ou l’art de la résistance : un spectacle de la compagnie Les Josianes, née en 2020 sous l’impulsion de la chorégraphe Julia Spiesser, qui, après plus de vingt-cinq ans consacrés à la danse, a trouvé dans le cirque un nouvel espace d’exploration artistique, conjuguant « goût du risque » et « philosophie de l’audace ». Deux dimensions qu’elle associe à son engagement féministe et à son histoire familiale marquée par la mémoire de résistant·e·s.

Josianes ou l’art de la résistance est un spectacle de théâtre de rue qui convoque donc danse contemporaine, danse verticale, cirque et chant polyphonique. Sur scène quatre femmes (dont Julia Spiesser) racontent leurs aventures rocambolesques, en multipliant acrobaties, chorégraphies endiablées et situations burlesques. Mais derrière la fantaisie se dessine une réflexion sur les formes de résistance que les femmes inventent au quotidien, et sur les héritages transmis de génération en génération.

Voix d’un Brésil en lutte

Vers 21 heures, la chanteuse brésilienne Bia Ferreira prendra le relais.

Chanteuse, compositrice, multi-instrumentiste et militante, elle est devenue au fil des années une figure majeure des mouvements féministes, antiracistes et queer au Brésil et revendique le terme d’« artiviste » (contraction d’artiste et d’activiste).

Née dans l’État du Minas Gerais, elle a commencé l’apprentissage du piano dès l’enfance avant de construire un parcours indépendant qui la conduit désormais sur les plus grandes scènes internationales.

Ses chansons abordent les discriminations raciales, les violences sexistes, les droits LGBTQIA+ et les inégalités sociales qui traversent la société brésilienne.

Sa musique puise dans les traditions afro-brésiliennes, la soul, le reggae, le jazz ou encore les musiques populaires du Brésil. Plusieurs de ses morceaux sont devenues emblématiques des mouvements sociaux contemporains, notamment Cota Não É Esmola (« Les quotas ne sont pas une aumône ») qui défend les politiques de discrimination positive destinées à lutter contre les inégalités raciales.

« Pile électrique marseillaise »

Une soirée se clôturera avec Carlala, nouvelle tête de la scène électronique marseillaise, qui va transformer le Village des Fadas en piste de danse à partir de 22h30.

Une DJ et productrice et « pile électrique marseillaise » qui se fait remarquer depuis 2021 par des sets festifs, puisant dans la diversité culturelle de la ville. Reggaeton, flamenco, funk brésilien, bubbling, guaracha, bouyon ou encore drum and bass vont transformer le dancefloor en lieu de partage où se croisent les cultures populaires du bassin méditerranéen, de l’Amérique latine et des Caraïbes.

MARC VOIRY

7 juillet

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Juan Carmona et Sandrine Luigi : guitares méditerranéennes

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Sandrine Luigi © X-DR

Lundi 17 juillet, deux guitaristes virtuoses se donnent rendez-vous : Juan Carmona, figure de proue du flamenco, et la soliste classique Sandrine Luigi. Deux artistes aux parcours voyageurs.

Le premier, Juan Carmona, est issu d’une famille qui quitte l’Afrique du Nord pour Lyon, aux débuts des années 1960, où Juan va naître. 10 ans plus tard, son père place une guitare entre ses mains, qu’il apprivoise en autodidacte. Il s’imprègne pendant 9 ans du flamenco à l’état pur de Jerez de la Frontera, son berceau andalousien. Raffinée et poétique, sa musique se nourrit d’influences multiples et s’enrichit de sa soif d’apprendre, de ses rencontres et voyages. Aussi compositeur, sa Sinfonia Flamenca and Orillas est aujourd’hui interprétée par de nombreux orchestres à travers le monde.

Quant à Sandrine Luigi, elle a grandi dans le nord de la Corse et découvre la guitare classique à l’âge de 8 ans. Élève de Roland Dyens, elle mène un parcours brillant couronné d’une mention très bien au CNSMDP de paris. Elle joue régulièrement dans le cadre de festivals et de manifestations culturelles, en solo ou au sein d’ensembles de musique de chambre. Ses deux albums, Polaris (2018) et Ella (2024), l’affirment comme interprète et compositrice éclectique aux influences classiques et méditerranéennes. Son inspiration vient aussi de son île natale, qu’elle honore en produisant Canzone di Corsica, un ensemble d’arrangements d’airs traditionnels.

PAULINE LIGHTBURNE

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Top départ avec Isaya et Margaux Simone

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Isaya © X-DR

Du 6 juillet au 31 août, la programmation des Fadas de Musique promet de jolies découvertes, à commencer par la première soirée du 6 juillet où Margaux Simone et Isaya partagent l’affiche.

Isaya
Derrière Isaya se cachent en réalité Caroline et Jessica, deux sœurs jumelles originaires d’Aix-en-Provence qui sillonnent les scènes depuis maintenant plus d’une décennie. Après Dead or Alive, Go with Yourself ou encore ADN, elles reviennent cette fois-ci avec leur album Santiana et poursuivent leur exploration d’une folk à part, à la croisée du bluegrass, de la country et du blues américain. Inspirées par la Carter Family, Johnny Cash ou encore Robert Johnson, les deux sœurs développent un univers aux sonorités parfois mystiques, fait d’harmonies vocales envoûtantes. En plus de leurs voix singulières, Caroline et Jessica s’accompagnent à la guitare et à l’autoharpe.

Margaux Simone & The Guardians
Après la folk, place à la pop solaire de Margaux Simone. Originaire de Martigues, l’autrice, compositrice et interprète revient jouer à domicile à l’occasion des Fadas de Musique. Dans la Cour de l’Île, elle viendra présenter son nouvel album Avant que la nuit, sorti en mars 2026. Entre chanson française et influences anglo-saxonnes, elle offre un univers pop/rock nourri par les sonorités vintage des années 1970. Son écriture sensible explore des thèmes tels que l’attachement aux lieux, les départs, les retours aux sources et le temps qui passe. Accompagnée de ses fidèles compagnons de route, les « Guardians » : Philippe Bruguière à la basse, Giovani Gouvenaux à la guitare, Alexandre Siaud aux claviers et Luc Heller à la batterie, Margaux Simone promet de livrer un concert chaleureux porté par son timbre chaud et ses textes intimistes. Cette première soirée des Fadas de Musique laissera entrevoir deux univers aux contours différents, animés par le même goût pour la musique et le partage.

CARLA LORANG

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L’heure de La Dernière tournée

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Illustration par Mona Lobert

Zébuline. J’ai vu que non content d’écrire des livres, des bandes-dessinées, des spectacles… vous voulez désormais écrire une nouvelle constitution pour la France !

Guillaume Meurice. Tout à fait ! Mais je ne le fais pas tout seul, je le fais avec le peuple de France ! Au départ le projet est né sur Twitch [plateforme de streaming en direct, ndlr], avec Eugénie Mérieau qui est constitutionnaliste. Les gens font des propositions, on réfléchit ensemble, on rebondit. On vient aussi de lancer la wikiconstitution sur le site « ecrivonsla.fr » : les gens écrivent, débattent, ça marche tout seul. On va continuer, les gens ont beaucoup d’idées, c’est super enthousiasmant.

Désolé pour cette question faussement naïve, mais qu’est-ce qui ne va pas dans cette Ve République ?

Beaucoup de choses ! Le plus important, c’est le présidentialisme. Le pouvoir qui est donné au président est complétement fou. Il suffit d’aller lire la constitution et voir ses attributions. Il y a bien sûr l’article 16 qui peut lui donner tous les pouvoirs s’il décide que c’est la merde en France. Mais il y a plein d’autres trucs problématiques, notamment sur le plan local. En nommant les préfets, il peut placer ses pions, un peu comme dans le jeu de société Risk ! Mais ce n’est pas étonnant, cette constitution a été écrite par de Gaulle, un militaire. Il y a vraiment une stratégie d’occupation de territoire.

Votre première date de la tournée devait se tenir à Auray (Bretagne), avant que la nouvelle majorité municipale n’annule votre venue. Cette annulation est parlante du climat actuel en France : il y a une bataille culturelle qui se joue, et je crois que vous ne vous cachez pas de la mener.

Oui il y a une offensive réactionnaire. Nous, au départ, on est juste des clowns, pas des soldats dont le but est de mener une bataille. Mais il se trouve qu’il y a une offensive qui se joue contre nous. Je me suis fait virer de France Inter, et Pierre-Emmanuel Barré… je n’en parle même pas. Je croyais que la cancel culture était un problème pour les gens de droite, mais ça ne les dérange de nous cancel ! Donc on est plutôt en défense, pas en attaque.

Je ne sais pas si la bataille est gagnée, mais votre succès sur Radio Nova, et le succès de toute la station, est un bon signe non ?

Oui ! On est même écouté par des gens qui ne nous aiment pas, mais qui nous aiment bien quand même. Je viens de recevoir un message à l’instant qui disait : « vous êtes les gens les plus drôles du moment et pourtant je suis de droite ! »

Même Hanouna dit que vous avez beaucoup de talent !

J’ai vu ça oui ! Il est un peu obligé, puisqu’il fait de la pseudo-analyse de média, et qu’on parle pas mal de nous…

Faisons nous aussi un peu de pseudo-analyse de média. Comment explique-t-on votre succès ?

Je pense qu’il n’y a pas beaucoup d’émissions comme ça. Les gens qui aiment bien ce type d’humour n’ont pas tellement le choix. C’était le cas avant déjà. Les espaces de liberté ont toujours été assez cantonnés. Avant il y avait l’esprit Canal, ensuite France Inter a incarné ça pendant un temps, et maintenant ça s’est déplacé sur Nova. Il y a aussi une uniformisation des médias puisque c’est Cnews qui donne le la. Ils essaient tous de faire du sensationnalisme, des débats, du clash… on n’est pas vraiment là-dedans chez Nova. Peut-être que beaucoup de gens en ont marre du discours ambiant, et veulent entendre d’autres choses.

Dans cette bataille culturelle, l’extrême droite s’est attaquée à l’audiovisuel public lors de la commission d’enquête. En tant qu’ancien salarié de France Inter, et même si la station vous a viré pour une blague, vous êtes-vous senti solidaire des équipes ?

Oui bien sûr. Si je me suis fait virer de France Inter c’est à cause de ces mêmes gens. Si Pascal Praud ne parle pas de moi dans son émission je ne suis pas viré. Eux, leur objectif, c’est de privatiser l’audiovisuel public à leur botte. Donc ils continuent leur offensive.

Avant leur seul argument contre nous c’était de dire « c’est avec notre argent », mais maintenant qu’on est sur Nova [une station privée, ndlr], ils se sont niqués le seul argument qu’ils avaient !

Pourtant ce serait pas mal l’équipe de la Dernière dans une commission d’enquête non ? Toi ou Aymeric Lompret face à Charles Alloncle, on a tous envie de voir ça.

Moi aussi ! Il y a eu une rumeur comme quoi j’allais être convoqué. J’avais repassé ma chemise, et j’avais même mis un slip propre ! Mais non, ils ne sont pas allés jusque là.

Vous partez dans une tournée estivale, dans des villes de moins de 50 000 habitants. Vous voulez prendre le pouls de la France, un peu comme Gabriel Attal quand il va dans l’Aveyron ?

Oui c’est ça ! Mais on avait surtout envie de partir ensemble en colonies de vacances. C’est Juliette Arnaud qui a eu l’idée. À l’origine, on souhaitait aller seulement dans les petits bleds, et puis on s’est dit que c’était dommage de se couper de villes de banlieue, de préfectures… donc on a limité à 50 000 habitants. On voulait aussi que ce soit gratuit et en plein air. Un peu comme quand on était petits, il y avait les caravanes des plages, c’était Europe 1 qui faisait ça… avant que Bolloré ne rachète tout.

J’ai lu dans Ouest-France que vous alliez reprendre les micros-trottoirs. Vous allez donner la parole aux Martégaux le 30 juin ?

Oui c’est la bonne occasion. On arrivera dans chaque ville un jour ou deux avant l’émission, donc ça laisse le temps de discuter, de vadrouiller, et donc d’interroger les gens.

Connaît-on déjà les invités qui seront présents à Martigues ?

L’invité principale c’est Gwenola Ricordeau, une sociologue qui travaille sur les prisons, et qui va rester avec nous pendant deux heures. On aura aussi une des porte-paroles des Pilotes volontaires : une association qui prend des avions pour faire des rondes, des patrouilles, et repérer les bateaux de migrants en perdition dans la Méditerranée.

Quand on vous écoute, on ne sent jamais d’inquiétude pour la prochaine élection présidentielle. C’est juste de la façade ou vous êtes sincèrement optimiste ?

Je ne me pose pas trop la question. Si les gens ont envie d’avoir un facho à la tête du pays, ils verront ce que ça donne… Après ils seront déçu et ils diront : « je pensais qu’ils allaient mettre tous les immigrés dehors mais en fait il n’y a pas de budget ! » Je regarde aussi ce qu’il se passe à l’étranger. À part Trump, qui est complètement zinzin et qui a les moyens de sa folie, les autres dirigeants d’extrême droite, au bout d’un moment, la baudruche se dégonfle. J’ai peut-être un biais optimiste qui me fait dire : « on s’en sortira toujours ».

Les scores de l’émission démontrent aussi que ce n’est pas gagné pour les fachos. Plein de gens veulent résister à ça, entendre un autre discours, apprendre de choses, et ne pas être résigné. Ce qui est le plus surprenant, c’est les gens qui sont surpris. Un peu comme les pseudos-observateurs qui étaient étonnés du score du NFP aux législatives. Comme si aujourd’hui il n’y avait plus de gens favorables à plus d’égalité et plus de répartition des richesses. Oui ces gens existent encore, mais ils sont médiatiquement beaucoup moins représentés.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR NICOLAS SANTUCCI

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Comment ça va le monde ?

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Nora Hamadi © X-DR

Lorsque vous circulerez dans le Village des Fadas, guettez le Comptoir « Comment ça va… le monde ? ». Dans la continuité des deux précédentes éditions, la journaliste Nora Hamadi (passée par France Culture et Arte, désormais sur France Inter où elle assure la revue de presse de la matinale) a choisi de questionner cette année l’état de notre planète. Le format des échanges, entre témoignages spontanés, invités et prises de parole entre habitants-es, est propice à une réflexion collective. Nul doute qu’entre les crises géopolitiques, le changement climatique qui s’aggrave, les politiques migratoires qui durcissent, il y aura beaucoup à dire, et bien des espoirs de changement…

Autre occasion de faire fonctionner ses méninges à plusieurs, « l’apéro philo » avec Hélène Laulan, enseignante, membre de l’association Les Philosophes Publics. Ce collectif, comme son nom l’indique, considère la pensée philosophique comme un bien public qui se renforce lorsqu’il est partagé, et intervient dans tous les lieux où le débat peut exister. De préférence à l’air libre, car les Grecs de l’Antiquité l’avaient bien compris, sortir de chez soi, confronter ses idées avec celles d’autrui est un exercice indispensable pour les citoyens dans une démocratie. Là où les algorithmes nous enferment toujours plus dans des « bulles », exacerbent les crispations identitaires, se parler en direct permet de donner voix à la nuance et à la singularité. Un bon début si on veut améliorer l’état du monde.

G.C.

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Tessina, rock céleste

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© Tessina

Tessina est née à Santa Monica, d’une mère chanteuse iranienne qui a fui la révolution de 1979 et d’un père français. Bien que sa langue maternelle soit l’anglais, elle a grandi dans le Sud de la France, à Saint-Maximin-la-Sainte-Baume. Une enfance bercée par la musique, au milieu des bois. La nature et la musique sont ses lignes directrices. Elle apprend très jeune la guitare, le violoncelle, le oud… Mais surtout, elle chante. Ses compositions folk-rock, mêlées au jeu de batterie de Stella, sont d’une douceur sombre, puis s’emballent pour laisser apparaître une voix plus puissante, légèrement éraillée, comme dans weeping willow – dont elle a fait une session live tournée dans la forêt où elle a grandi. « J’ai commencé la musique par la folk se souvient-elle, mais j’ai toujours voulu faire du rock. Quand j’ai découvert la pédale de fuzz Big 9 [qui créé un son très gras, ndlr], je ne l’ai jamais lâchée ! », dit-elle en riant. 

Une voix d’ange et des sons de guitare rock très assumés : c’est la dualité du projet, que Tessina décrit comme du « rock céleste », en rapport à son amour pour le Soleil et la Lune. La Lune, surtout, est son inspiration.« C’est ma muse. J’ai par exemple écrit la chanson The Shadering lorsqu’une nuit, j’ai été réveillée par la dispersion de la Lune derrière les arbres. Quand je la regarde, j’ai envie de lui écrire des chansons. »

Des paroles qui viennent du cœur, avec une pincée de mystère. C’est le cas de son magnifique titre The Believing qui raconte l’abandon d’une dévotion. « If it’s not him » répète-elle dans ce titre à fleur de peau, accompagné d’une guitare folk et d’un simple tambour. Il en faut peu au duo pour faire passer des émotions complexes, grâce à l’écriture évidente de Tessina. Ses inspirations vont de Kate Bush à Radiohead et ses paroles sont toujours écrites en anglais. « Pour moi, le français est plus analytique. L’anglais, lui, me permet plus de liberté pour exprimer des émotions. »  

Du folk au rock

S’exprimer par la musique dans une scène rock très masculine, cela lui a demandé du temps. À Marseille, où elle a rencontré Stella, Tessina s’est révélée. « En tant que femme, on nous reproche souvent que notre rock est trop doux. Mais c’est dur de s’assumer sur scène, de parler fort, de crier. J’avais l’impression de déranger. Mais j’ai progressivement appris à montrer cette partie de moi. »Tessina vit aujourd’hui de la musique. Elle prépare une tournée d’été dans toute la France avec son nouvel EP, dont la sortie est prévue le 26 juin. À commencer par un passage au Festival Au Large à Marseille le 24 juin, suivi par sa date à Martigues dans le cadre des Fadas du Monde.« On va y jouer des nouveaux morceaux de notre EP que l’on a enregistré ces derniers mois en résidence à Cool Train Studio à Aubagne. » Le duo rock est à découvrir ou redécouvrir le 27 juillet sur la scène du Cour de l’Ile, et on y court !

MONA LOBERT

27 juillet - 21h 30

Cour de L'Ile

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[Lyrique en Provence] « Permettre à chacun de rencontrer sa voix »

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Sophie Pondjiclis © Célian Ramis

Avant de revenir fonder à Martigues un lieu de transmission, Sophie Pondjiclis a mené une carrière internationale d’une rare ampleur. Plus de quatre-vingt-dix rôles à son répertoire, de Mozart à la création contemporaine, chantés sur quelques-unes des plus grandes scènes lyriques : la Scala de Milan, Vienne, l’Opéra de Paris, Genève, Hong Kong, Bruxelles, Berlin, Munich, Pékin, Londres ou encore le Théâtre des Champs-Élysées… Une artiste de grand répertoire, donc, formée au Conservatoire de Marseille, et jamais assignée à une seule case.

Lyrique en Provence fête ses dix ans. Comment est née cette aventure ?
Nous avons commencé par l’Académie. L’idée était de permettre à de jeunes talents de venir se former auprès de nous, dans une logique de transmission de notre expertise. Au départ, il y avait cette académie vocale d’été, à Martigues, sur le site Pablo Picasso. Puis, peu à peu, cela a donné naissance à un mini-festival. Pour fêter ces dix ans, j’ai eu envie de réunir des musiciens présents dès le début, comme le pianiste Stéphane Petitjean, mais aussi Alexandre Beer-Demander à la mandoline, Fred Ladame au violon, et quatre chanteurs, dont moi-même. Les trois autres sont de jeunes talents que j’ai fait travailler au sein de l’Académie.

Votre parcours vous a menée sur les plus grandes scènes. Que représente ce retour régulier à Martigues ?
Je suis native de Martigues. J’ai fait mes études de piano ici, j’y ai ma maison, ma famille, mes amis, mes racines. Je vis depuis longtemps à Paris, mais aujourd’hui je considère que j’ai deux résidences principales. Martigues est une ville d’une richesse incroyable, par son territoire, sa population, ses publics. Il y a ici une forme d’ouverture aux autres à laquelle j’ai envie de contribuer. Lyrique en Provence n’est pas seulement un projet artistique : c’est aussi une manière de travailler en transversalité avec les personnes et les associations du territoire.

Quelle est la vocation de l’Académie internationale d’art lyrique ?
Elle accompagne la professionnalisation de jeunes artistes lyriques, mais elle s’adresse aussi à des amateurs. Nous organisons des masterclasses, notamment au Conservatoire, qui n’a pas de classe de chant. Ce qui m’intéresse, c’est de transmettre des outils. Je crois à deux universalités : celle du langage musical, et celle de l’instrument vocal, puisque nous avons tous une voix. C’est aussi pour cela que Lyrique en Provence propose, à la fin de l’été, un stage pour les amateurs : on leur donne les mêmes conseils, les mêmes outils que pour les professionnels. Il s’agit de permettre à chacun de rencontrer sa voix.

Cette année, l’Académie travaillera sur La Flûte enchantée pour sept voix. Pourquoi Mozart ?
Mozart est un fondamental. Et La Flûte enchantée s’inscrit exactement dans ce que nous défendons : désacraliser l’opéra, mettre la culture à la portée de tous. Lorsque Mozart compose cette œuvre, il écrit en allemand, pour un autre public, avec l’idée de déplacer l’opéra vers ce qu’il était : vers le peuple, et non vers une élite. C’est son dernier opéra. On dit même que la dernière phrase qu’il aurait fredonnée, en mourant, venait du duo de Papageno et Papagena. Cette œuvre a une dimension symbolique très forte, mais elle a aussi cette générosité immédiate, populaire, qui nous touche.

Pourquoi proposer une version réduite, “pour sept voix” ?
Nous cherchons des formats plus mobiles, plus pratiques, mais sans trahir les œuvres. L’an dernier, nous avions monté une Quintessence de Carmen : les principaux airs, les principaux ensembles, dans une version d’une heure et demie, mise en scène. Pour La Flûte enchantée, c’est la même idée : ne pas proposer un ouvrage de trois heures, mais garder ce qui est essentiel, les plus beaux moments, les lignes fortes. Les jeunes artistes reçoivent les coupures en amont, arrivent en connaissance du rôle, puis travaillent musicalement avec Franck Villard et moi-même, mais aussi vocalement, scéniquement. Il faut mettre un rôle dans les jambes, dans le corps. Un rôle doit rentrer dans les cellules, devenir quelque chose d’organique.

Le gala Voix & Passions ouvre donc cette année anniversaire. Que souhaitez-vous y faire entendre ?
Ce gala est une fête, mais pas seulement. Chaque année, j’aime ouvrir par un concert construit autour d’un thème précis, avec une vraie ligne artistique. Voix & Passions réunit des artistes confirmés et des jeunes chanteurs issus de l’Académie : c’est exactement l’esprit de Lyrique en Provence. Il y aura le plaisir du répertoire, la rencontre entre les générations, mais aussi cette idée que l’opéra peut se partager simplement, dans une proximité réelle avec le public.

Entretien réalisé par SUZANNE CANESSA

Voix & Passions
1e juillet
Site Pablo Picasso – L’Amphi

La Flûte enchantée pour sept voix
31 juillet et 1e août
Site Pablo Picasso – L’Amphi

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