mercredi 1 juillet 2026
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Saison Méditerranée : Du grand spectacle sur le grand port

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Le Grand port de Marseille, le J4 et le Mucem accueilleront de nombreuses propositions pendant la séquence d'ouverture de la Saison Méditerranée © N.S.

Zébuline. Comment l’idée d’ouvrir la Saison Méditerranée dans le Grand port de Marseille est-elle née ?  

Alexis Nys. C’est la première fois qu’une Saison ne s’inaugure pas à Paris. Julie Kretzschmar, sa commissaire générale, a proposé un événement populaire à Marseille pour montrer toute l’étendue des disciplines artistiques et des mélanges culturels qu’il peut y avoir dans cette ville, en lien avec la Méditerranée. Elle a voulu profiter de cet événement pour se mettre face à la mer, et construire un grand événement dans cet espace qui est d’ordinaire fermé aux Marseillais.

La particularité de cet espace, fermé au public, n’a pas été trop contraignant pour vous ? 

La Saison Méditerranée est impulsée par l’État, et le Grand Port maritime de Marseille (GPMM) relève lui aussi de l’État, donc il y a eu une fluidification des contacts. On a eu en juin dernier un rendez-vous avec Christophe Castaner [président du conseil de surveillance du port, ndlr], qui nous a affiché son souhait de participer à cet événement et d’ouvrir le port. Assez vite, le GPMM nous a proposé un espace, le Port Center [entre le J4 et le J1, il peut accueillir 5000 personnes, ndlr]. On y a vu une scénographie sur laquelle on pouvait travailler. La difficulté est sur l’artistique, c’est à dire de trouver des compagnies qui sont capables de travailler sur des formats de cette envergure-là. On a pensé à la compagnie Mécanique Vivante – et ses sirènes de pompiers qui évoquent les sirènes de bateaux –, et on a proposé au Conservatoire de Marseille de construire une forme sur-mesure, participative, en mobilisant plus de 200 musiciens amateurs qui vont intervenir pour ce moment-là [lire ci-dessous]. 

Il y aura de la musique mais pas seulement. 

La particularité de Lieux Publics est d’être pluridisciplinaire. On embrasse tout le spectre des disciplines à condition que ca ne se joue pas dans un théâtre. Il y aura de la danse avec Danser ma ville et Tarab, du théâtre avec Sébastien Kheroufi sur la digue du Large, et deux grandes installations plastiques.

Parmi les œuvres plastiques, il y a Re-Lighthouse, un phare qui va prendre place au bout du J4. Que pouvez-vous nous dire sur cette installation ? 

© Shareef Sarhan

C’est une œuvre de Shareef Sarhan qu’on  accueille depuis un an à la Cité des arts de la rue avec le programme Pause [programme national d’accueil en urgence des scientifiques et des artistes en exil]. Il vient de Gaza, mais il a eu la « chance » de ne pas y être au moment du 7-Octobre et de la réponse israélienne. Avec l’aide du collectif marseillais Maam for Gaza artists, on a ciblé Shareef car il avait envie de travailler dans l’espace public. Il avait construit ce phare à Gaza, qui avait été une « illumination » pour lui. Lui qui travaillait habituellement en galerie – pour de la photo notamment –, il a découvert la puissance de l’art en espace public. L’accueillir à la Cité des arts de la rue nous a permis de lui donner plus d’ouvertures sur les possibles de cette pratique, et de l’emmener vers la reconstruction de ce phare.

Un phare qui a été détruit par des chars israéliens sur le port de Gaza. On imagine l’émotion pour lui de le voir s’ériger à nouveau.

Oui, il dit qu’il se reconstruit lui-même en même temps qu’il reconstruit ce phare. Le projet c’est ensuite de le démonter et de le déplacer à Bordeaux et Montpellier cet automne, l’exposer à la Cité des arts de la rue, et un jour, quand ce sera possible, on l’emmènera à Gaza. Ce phare porte un récit puissant : l’art peut reconstruire, et il est plus fort que la guerre. 

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR NICOLAS SANTUCCI

Une nuit au Grand Port
Ce sera le point d’orgue de la séquence d’ouverture de la Saison Méditerranée à Marseille. Le 23 mai, le port se transforme en une grande scène où se mêleront spectacle vivant, danse et rencontres culinaires. Les mythiques carrioles de la Friche investissent le Grand Port afin d’offrir au public des créations culinaires venues des rives méditerranéennes : slata méchouïa, beignets d’anchois et autres délices. 
Les arts vivants feront aussi partie intégrante de la fête. L’alliance de Campus Art Méditerranée et de la compagnie Mécanique Vivante présenteront leur Symphonie portuaire, une « ode à la mer »dans une création musicale plurielle où fanfare intergénérationnelle, orchestre polyphonique, musicien·nes solistes, percussionnistes composent un grand tableau vivant. 
La soirée se clôturera avec Tarab, de la compagnie Shōnen, réunissant le compositeur Rayess Bek et huit danseur·euses originaires d’Égypte, du Liban et de Palestine. Pas question de rester assis : des danseur·euses complices (ils sont 200 !) embarqueront le public dans des danses sociales participatives, de la dabkeh à la taa’kib, jusqu’au bout de la nuit. C.L.

23 mai
Grand Port Maritime de Marseille, Marseille 
Symphonie portuaire © Jeremie Bernard

Taoufiq Izzediou va faire danser la ville
Le chorégraphe Taoufiq Izzediou est un pionnier de la danse contemporaine au Maroc, son pays natal. Dans le cadre de la Saison Méditerranée, le Théâtre Joliette et Lieux Publics l’invitent à recréer son projet participatif Danser ma ville, créé à l’occasion de la dernière édition de On Marche à Marrakech, cette fois à Marseille et avec des Marseillais·es.  
Une création dans l’espace public grand format, puisqu’il réunit près d’une centaine de personnes, de tout âge, toutes origines et tous types de corps sur l’esplanade Gisèle Halimi (à proximité du Mucem). C.M.

16 mai
Esplanade Gisèle Halimi, Marseille 
DANSER MA VILLE © Gabriela Carvalho

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Un Rhin à sec

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© Camille Rovera

On sait bien pourquoi l’Opéra de Marseille peut aisément remplir sa vaste salle avec L’Or du Rhin : Wagner suffit. Cette musique, inouïe, inimitable, qui charrie ses leitmotivs entêtants, ses sortilèges, ses poisons, son or maudit, cet univers à la fois redoutablement fascinant et, au fond, peu intimidant. Cet héritage politique plus que questionnable, également : mais le goût du compositeur pour le symbole et l’allégorie demeure toujours matière à réflexion et à création pour des metteurs et metteuses en scène de talent.

Sans attendre quoi que ce soit du travail souvent déroutant de Charles Roubaud, on était cependant loin de se figurer une mise en scène aussi effarante de bêtise. L’ouverture, transposée à la « Rheinbank », où Alberich devient technicien de surface, est le moindre de ses égarements. Car tout s’enchaîne dans un mauvais goût obstiné : Walhalla façon Trump Tower, vidéos monstrueuses puant l’IA, costumes impossibles, perruques blondes pour les Filles du Rhin, rousses pour les Géants, brunes pour les autres. A-t-on seulement considéré l’impensé que ces signes charrient ?

Le livret de Wagner est un champ miné : sexisme, antisémitisme, pulsions de domination, corruption du désir par la propriété. Il y avait là de quoi ouvrir l’espace, produire de la métaphore, installer une atmosphère vénéneuse. Rien. La mise en scène s’abandonne au premier degré, à cette vieille droite réactionnaire qui se rêve populaire parce qu’elle confond accessibilité et avilissement. Samy Camps, en Loge, est même le cas le plus rageant : la scène l’enferme dans une caricature sur-maniérée, quand la voix, elle, a tout du rôle – le nerf, la précision, l’éclat acide.

Le mythe n’est pas un décor

Reste la musique, heureusement. Michele Spotti, moins lyrique et langoureux que dans le Tristan dont il avait récemment sublimé le Prélude et la Liebestod, conduit ici l’Orchestre Philharmonique en très grande forme avec une tension remarquable, claire, tenue, attentive au drame plus qu’à l’effet. Le plateau vocal, largement francophone, tient lui aussi plus qu’honorablement.

Les Filles du Rhin – Amandine Ammirati, Marie Kalinine et Lucie Roche – forment un trio très complémentaire, où les timbres se répondent sans jamais se dissoudre. Élodie Hache en Freia et Marion Lebègue en Fricka sont impeccables, l’une droite et lumineuse, l’autre charpentée, souveraine. Quant à Zoltán Nagy, il impose un Alberich d’une densité superbe, assez mordant pour rappeler que la malice n’a pas besoin d’être grimée pour inquiéter.

SUZANNE CANESSA

L’Or du Rhin a été joué à l’Opéra de Marseille du 5 au 13 mai

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La poésie de Hend Jouda à Toulon

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Gaza ô ma joie - Hend Jouda © DR

Le Théâtre Liberté accueille la Palestinienne Hend Jouda, pour dire son poème, Gaza ô ma joie, qui a ému celles et ceux qui ont pu le lire et l’entendre. Elle a d’abord publié Que signifie être poète en temps de guerre sur des réseaux sociaux, et le long poème, écrit après le 7-Octobre et les attaques sur Gaza, est rapidement devenu viral. Puis a été traduit, lu sur plusieurs scènes, au Festival d’Avignon l’an dernier…

Il est bouleversant. Parce que le quotidien, les gestes qui doivent persister, les êtres aimés à protéger, la volonté d’écrire, la sororité, les sensations, nous sont familières, mais que les cadavres, le sifflement des bombes, les cris, les immeubles qui tombent, la faim, la douleur, la peur, la panique, la terreur, y deviennent d’autant plus palpables. Réels, insoutenables. 

Lorsqu’ on l’entend en français, la force des métaphores discrètes, le rythme des versets, est aussi le signe d’une grande écriture. En arabe, même lorsqu’on ne le comprend pas, sa musicalité apparait d’évidence. Gaza ô ma joie permet d’entendre le poème dans les deux langues : en arabe, par la poétesse elle même, qui vit désormais en Egypte avec ses enfants, mais continue de crier son amour pour Gaza ; en français, comme une traduction directe, par la poétesse marocaine Soukaina Habiballah. Comme si la douleur de Gaza trouvait ici une traduction, un écho, capable de tracer un avenir possible, si ce n’est une joie. A.F.

Les 18 et 19 mai
Théâtre Liberté, Scène nationale de Toulon

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« L’art est plus fort que la guerre »

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L’ouverture de la Saison Méditerranée à Marseille est un événement exceptionnel. D’une part parce que c’est la première fois qu’une de ces « saisons » culturelles, concoctées chaque année par le ministère des Affaires étrangères via l’Institut français, concerne un espace international plutôt qu’un pays. Et d’autre part parce que les enjeux ont changé depuis juin 2023. À cette date, Emmanuel Macron déclarait à Marseille qu’il voulait « mettre en valeur la jeunesse et les diasporas de toutes les rives » de la Méditerranée.   Aujourd’hui il s’agit, par des moyens diplomatiques, de maintenir ou rétablir un horizon de paix dans un monde qui s’est enflammé. 

Ainsi, cette « Méditerranée » est devenue un euphémisme :  cette Saison a prévu dès son origine de programmer des artistes venus de la rive arabophone de la Méditerranée. Plus précisément du Maroc, d’Algérie, de Tunisie, d’Égypte et du Liban, c’est-à-dire des pays qui ont un lien historique avec la langue française. Mais depuis le 7-Octobre et la sanglante riposte israélienne, depuis les tensions avec l’Algérie, ou entre l’Algérie et le Maroc, et les violences commises par la Tunisie contre les migrants subsahariens… la question des solutions diplomatiques se pose avec une acuité nouvelle. Plus encore depuis que le sud du Liban subit les représailles disproportionnées et aveugles de l’armée israélienne. Comme le dit Alexis Nys [Lire ici], comme l’espère Julie Kretzschmar, commissaire générale de la Saison, le dialogue des cultures et des arts est un outil puissant sinon pour arrêter les guerres, du moins pour soigner les sentiments des peuples. 

 La Méditerranée est ici

Le geste est donc politique, et c’est d’ailleurs la première fois qu’une Saison ouvre ailleurs qu’à Paris. La Ville de Marseille participe donc au financement de l’ouverture de cet événement « populaire et festif » qui ne s’attache pas aux artistes de la région, pourtant eux aussi méditerranéens. Les Corses, les Espagnols, les Italiens de Marseille sont aussi des Méditerranéens, comme les Provençaux et différents parleurs marseillais. Et les autres diasporas de Marseille, subsahariennes, iliennes, séfarades, ashkénazes, comoriennes, tchétchènes ou arméniennes, russes ou ukrainiennes, sont aussi méditerranéennes quand elles s’installent sur nos rives.

Au fond, c’est d’ailleurs cela, la Méditerranée. Un espace où les particularismes s’expriment mais où les communautés ont su, souvent,  s’entendre et se fondre. Un espace avec ses circulations, ses rencontres, ses échanges de poésie, d’artisanat, d’ornements et de musiques. Sur toutes ses rives, ses terres arides nourrissent difficilement, mais produisent des saveurs et des parfums charpentés et inoubliables.  Car cette mer qui ne reflue pas, découpe les côtes en calanques et dessine chacun de nos horizons avec un bleu constant qui rejoint, sans vague, celui du ciel. 

Cette Méditerranée commune, séculaire et offerte à tous ceux qui la rejoignent, est aujourd’hui une mer de mort, de bombes et de déchirements. De génocide, de noyade de masse, de guerres sans fin. Un espace qui divise violemment les peuples qui la constituent, qui la traversent. 

Mais… peut-être que les artistes, et tous les exilés de Marseille, peuvent construire ensemble une réponse aux impasses des guerres. Et le Fort Saint Jean redevenir un phare, pour Gaza. 

AGNÈS FRESCHEL

PS. Je finis d’écrire cet édito dans le train qui me ramène vers ma ville. Au sortir du tunnel de l’Estaque la rade éclate, la découpe de ses îles, son eau soudaine et ses scintillements. Les genêts et les bruyères mêlent leur rose et or au vert des pins, les coquelicots s’imposent, et les tags sur les murs ocres se joignent aux couleurs inouïes du paysage. Une Américaine assise à mes cotés murmure : It’s so beautiful. Ici, la Méditerranée n’est pas qu’une saison.


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Dodeskaden, la mémoire en partage

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Julie et Julien
@elise padovani

Zébuline : Dodeskaden, c’est quoi ?

Julien Chesnel : Dodes’ka-den, c’est le titre du premier film couleur d’Akira Kurosawa (1970) et l’onomatopée japonaise traduisant le bruit des engins sur les rails, répétée par le jeune héros qui s’imagine en conducteur. C’est aussi le nom de notre association hébergée depuis trois ans ici, au 90, bd des Dames. Dans une des « pépites patrimoniales » de la Ville. On est dans un superbe immeuble art déco, ancien fleuron de la compagnie maritime Paquet. Le choix de ce nom, ça évoque pour nous à la fois le train initiatique de la Ciotat en image tutélaire et la part de mémoire à conserver et partager.

Mais encore ?

Julien : Dodeskaden est né en 2012 à Lyon, dans un squat de la Croix Rouge. Expérience de quatre mois, animée par un collectif de passionnés. Programmation tous azimuts, ouverte à toutes les formes cinématographiques. Invitation de collectifs européens et français : une activité H24/ 7 jours sur 7.

Quelques participants après cette aventure éphémère se sont installés à Marseille, s’impliquant dans de nouveaux projets comme la création sur le Cours Julien du Videodrome2. Dodeskaden, collectif de programmateurs, enseignants, cinéastes, renaît en récupérant 1500 bobines, une partie du fonds de La Ligue française de L’Enseignement des Bouches du Rhône. Il faut savoir que des années 30 aux années 90, on comptait quelque 18 000 ciné clubs en France. 15 ans après la disparition relativement brutale de ces lieux de diffusion massive, qui ont marqué la culture de ces décennies et le rapport particulier qu’entretient la France avec le cinéma, les ligues se débarrassent de leurs encombrantes archives. Pour nous, ce fut d’abord un « jouet » répondant à notre désir de programmation dans des lieux comme le Videodrome, le MuCEM. Mais bien vite on a pris conscience de notre responsabilité face à ce trésor, porteur d’histoire(s). Et Julie est arrivée, forte de son expérience aux archives du Parti Communiste. Elle a contribué à structurer l’association, investie d’une mission de collecte, de préservation patrimoniale, de catalogage mais qui voulait conserver son ADN. La dimension archivistique s’articulant avec le réemploi des films dans d’autres contextes : l’éducation populaire l’animation d’ateliers dans les établissements scolaires ou les centres sociaux, l’accueil des chercheurs universitaires, les résidences d’artistes. Il s’agit de valoriser en les diffusant, les dépôts qui nous sont faits à l’instar du fonds que nous a légué l’ethnomusicologue Bernard Surugue, un collaborateur de Jean Rouch.

Comment allier conservation et circulation ?

Julie Cazenave : On s’adapte aux usages. Pour des actions de formation, on choisira des copies dont on a plusieurs exemplaires. Quand le film est plus rare ou presque unique, bien sûr, nous ne l’utilisons pas de la même façon. Il faut apprendre les précautions d’usage de l’archiviste. Transmettre la pratique. Quand on se rend dans une école, on emporte aussi le dispositif de projection qui correspond au film dans l’esprit du cinéma itinérant. Nous avons un grand nombre de films d’animation venus des pays de l’Est, des merveilles de techniques à faire découvrir aux enfants. Quand nous récupérons un fonds, nous récupérons aussi souvent les appareils de projection. Nous avons des films en 16 mm, en 35mm. Nous pouvons aussi projeter en numérique. Nous sommes ainsi dépositaires d’une histoire des techniques. Ici, on a une vieille table de montage, un scanner bricolé, des projecteurs de toutes sortes, toute une collection de supports visuels pédagogiques comme les films fixes en vogue jusque dans les années 60, les Pathéoramas…

Comment vous situez-vous face à la cinémathèque française qui va s’installer prochainement à Marseille ?

Julien : Il y a cinq ans, le président de la République Emmanuel Macron a annoncé la création de cette antenne régionale. Nous avons organisé un colloque sur le projet d’UNE cinémathèque et non de LA cinémathèque, en conviant tous les acteurs locaux qui travaillaient sur la question de l’archive cinématographique, à y réfléchir.

En fait, même si on partage des tutelles, il n’y a aucun projet concurrentiel entre la cinémathèque marseillaise moulée sur la parisienne et notre cinémathèque populaire qui se donne une mission de préservation patrimoniale et d’éducation populaire par un maillage territorial. Il y a un vrai travail de mutualisation avec les festivals comme AFLAM, RISC, FFM. Les associations comme La turbine des Ecritures, l’ARSSE, Lieux Fictifs… les compagnons de toujours du Polygone Etoilé…

Il s’agit aussi d’enrichir et de partager des bases de données comme le font déjà une vingtaine de cinémathèques. Et de se coordonner. Par exemple, PRIMITIVI qui produit des images de luttes sociales depuis des années, se retrouve producteur d’archives et a besoin de ce travail de cinémathèque.

Vous êtes hébergés ici à titre provisoire ?

Julien : On a plusieurs tonnes à déménager ; notre fonds compte dix mille bobines ! Avant d’être installés ici, on était au Grand Domaine, au 26 de ce boulevard au milieu d’ateliers d’artistes. L’immeuble du 90 est en passe d’être vendu par la Ville comme d’autres pépites architecturales. L’acquéreur a un cahier des charges précis qui peut nous inclure. Mais il y a d’autres pistes comme l’îlot du Château vert dans le cadre d’Euro méditerranée, où on pourrait travailler avec d’autres associations. Notre projet est de nous installer dans un lieu pérenne qui corresponde à notre projet : stocker dans de bonnes conditions, organiser des projections, accueillir du public, des chercheurs, des artistes comme aujourd’hui les musiciens du conservatoire travaillant leurs partitions spatiales dans notre acousmonium. Demeurer une « brigade d’intervention » dans les quartiers à la suite des instituteurs-ambulants d’antan portant leurs marmottes dans les écoles, mais pouvoir aussi accueillir des scolaires dans de bonnes conditions pour des projections ou des ateliers dans nos locaux.

Combien êtes-vous pour faire vivre l’association et quels sont vos financements ?

Julie : Le noyau « dur » est constitué de trois personnes : Julien Gourbeix, Julien Chesnel  et moi. Mais il y a en tout une douzaine de salariés avec des contrats différents. Pour le fonctionnement, c’est la Mairie de Marseille et le CNC. Les collectivités locales soutiennent nos projets.

Propos recueillis par Annie Gava et Elise Padovani

Electro, pop, rock… Orizon Sud a fait vibrer l’Espace Julien

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Zoon Kara © Asmephotographie

30 minutes. C’est le temps dont disposait chaque groupe et artiste, jeudi 7 mai, pour faire ses preuves sur la scène de l’Espace Julien. Organisé par le Makéda, l’objectif du tremplin Orizon Sud est toujours le même : révéler et accompagner les talents musicaux émergents de la Région Sud et du département du Gard. 110 au départ, ils n’étaient plus que cinq à se présenter face au jury et au public pour la grande finale. Après plus de quatre heures de spectacle, c’est finalement Zoon Kara, groupe « fraîchement débarqué de la planète X », qui remporte cette 16e édition du tremplin. Un duo composé de la voix soul de Chamdou et du looper de Gigila. La clé d’une musique électro aux rythmes entraînants.

Deuxième de la soirée à performer, dans une salle de spectacle jusque-là peu remplie, Zoon Kara a su attirer les foules, remplissant rapidement les lieux. Le public, visiblement conquis par la performance et leurs chansons Una lacrima ou Enfant timide, a chanté et dansé tout du long. Ils l’avaient annoncé dès le début : leur objectif était de « faire rentrer le public dans leur univers ». Un pari largement.

Une ambiance contrastée


Même engouement du public pour FireClub et Blasta Collective, deux groupes aux rythmes entraînants. Mathilde et Noé Extrat, deux artistes solo à la musique plus mélancolique, ont malheureusement dû faire face à un public bruyant et peu attentif. Un comportement regretté par l’organisation, qui a demandé à deux reprises le calme…

Si l’organisateur du tremplin a préféré garder le mystère quant à la récompense accordée au vainqueur, celui-ci bénéficie généralement de coaching scénique, de sessions d’enregistrement ainsi que de dates de concert. Les années passées, les gagnants ont notamment été programmés à la Fiesta des Suds et au Delta Festival.

FANTINE LAMBEY

La finale s’est tenue le 7 mai à l’Espace Julien, Marseille.

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Pas de CGT, telle était la voix des Molières

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C’est un discours traditionnel chaque année aux Molières, celui de la CGT spectacle, qui cette année n’a étrangement pas eu lieu. Du côté des organisateurs on avance une réponse tardive de l’organisation syndicale ; de l’autre on est surpris de cet argument puisque ce discours est inscrit de fait (et non de droit) chaque année dans le déroulé de la cérémonie. Les organisateurs arguent qu’ils n’avaient plus de place pour ce discours, alors que tous les journalistes ont pu le voir inscrit rouge sur blanc dans le programme qui leur a été distribué.

L’organisateur de cette cérémonie est Jean-Marc Dumontet, une des plus gros producteurs de théâtre privé parisien, proche d’Emmanuel Macron (son coach vocal en 2017 pour le slogan « Parce que c’est notre projet ! »). Dans cette cérémonie, qui est donc privée, la CGT est invitée tous les ans à s’exprimer – avec l’aval du service public de France Télévisons qui soutient et retransmet. Ces dernières années, elle a pointé la précarisation massive dans le spectacle vivant. Mais dans les grosses productions du théâtre on ne comprend pas toujours la revendication syndicale : les gros producteurs continuent à bien se porter, les productions à succès, consensuelles ou non, à tourner, alors pourquoi donner audience à un discours syndical ?

Rappelons que si le spectacle vivant existe c’est en grande partie grâce à la CGT Spectacle : tous les quatre ans depuis des lustres les organisations patronales s’attaquent au régime de l’intermittence ; tous les quatre ans la CGT Spectacle est (presque) la seule, en en tout cas la plus en force, à monter au créneau pour dire que les professionnels du spectacle vivant veulent vivre de leurs métiers. Et que sans acteur·ice·s, sans technicien·ne·s, dans des professions qui sont par nature intermittentes, il n’y a pas de spectacles ; et de rappeler, études économiques à l’appui, que le régime de l’intermittence ne coûte pas plus qu’un régime de chômage classique, le régime général.

FONPEPS et APAJ

Ce sont aujourd’hui des acronymes qui fâchent. Pourquoi cette censure de la CGT Spectacle cette année ? Parce qu’il ne fallait pas parler de ce qui mobilise la profession depuis des mois, à savoir le Fonpeps (Fonds national pour l’emploi pérenne dans le spectacle). Ce fonds a été mis en place en 2016 pour aider à l’emploi pérenne, à la création de CDD et CDI dans le secteur artistique. Il comprend plusieurs dispositifs : AESP (aide unique à l’embauche dans le spectacle), ADEP (pour les musiciens) et a été complété par un dispositif vertueux qui est l’APAJ, l’aide au plateau artistique dans les salles de petites jauges.

Grâce à ce dispositif, dans les salles de moins de 500 places, dès qu’un·e artiste joue et qu’il est déclaré, son cachet est soutenu. Un dispositif simple, efficace et pas cher. Des milliers de représentations bénéficient de ce fonds depuis sa création, des centaines de compagnies sont sorties de la précarité et ont pu salarier les artistes et technicien·ne·s. Au Festival Off d’Avignon, l’APAJ a signé la fin du Moyen Âge, et les jeunes compagnies rentrent dans le droit. Tout cela pour 15 millions  d’euros. Soit 0,5% du budget de la culture.

Mais le 31 décembre 2025, dans un bureau du ministère de la culture, quatre personnes se sont réunies pour réviser les critères de l’APAJ et le diviser par deux ! Un peu plus même : sans concertation, sans étude d’impact, il est passé de 15 à 7 millions.

Voilà ce que la CGT avait prévu de dire à la nouvelle ministre, Catherine Pégard, à savoir qu’elle héritait d’une immense injustice et bévue qu’elle pouvait réparer : restaurer ces 7 millions d’euros qui viennent soutenir tous les artistes qui jouent.

A-t-elle exigé en amont de ne pas être importunée dans cette soirée ?

Il n’y eu pas de discours de la CGT. En revanche 10 camions de CRS stationnaient devant les Folies Bergères où se tenait la cérémonie, et des dizaines de Robocop accueillaient les invités. Du jamais vu.

RÉGIS VLACHOS

Régis Vlachos, auteur et comédien, directeur de la Compagnie du Grand soir, est un collaborateur de Zébuline, dont il a été Président de 2011 à 2022.

Représentant des compagnies au CA du Festival Off d’Avignon et militant de la CGT-spectacle, il avait prononcé le discours aux Molières 2024, réclamant à Rachida Dati de rétablir les budgets de son ministère.

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[Saison Méditerranée] Taoufiq Izzediou va faire danser la ville

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DANSER MA VILLE © Gabriela Carvalho

Le chorégraphe Taoufiq Izzediou est un pionnier de la danse contemporaine au Maroc, son pays natal. C’est lui qui y fonde la première compagnie qui s’en réclame, et le premier festival dédié, On Marche, à Marrakech.

Dans le cadre de la Saison Méditerranée, le Théâtre Joliette invite Taoufiq Izzediou à recréer son projet participatif Danser ma ville, créé à l’occasion de la dernière édition de On Marche à Marrakech, cette fois à Marseille et avec des Marseillais·es.

Ce n’est pas la première fois qu’Izzediou travaille avec le public marseillais : en 2023, il présentait au Festival de Marseille Border Dance, une création dans laquelle six interprètes partageaient la scène avec une dizaine d’amateur·ices. Mais ce nouveau projet dans l’espace public est d’une tout autre ampleur, puisqu’il réunit près d’une centaine de personnes, de tout âge, toutes origines et tous types de corps sur l’esplanade Gisèle Halimi (à proximité du Mucem).

C.M.

Danser ma ville

16 mai

Esplanade Gisèle Halimi, Marseille

Une proposition du Théâtre Joliette.

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Clair obscur méditatif

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Vue d’atelier Mars 2026 © Julia Andréone

L’installation d’Adrien Vescosi va hisser des voiles monumentales dans la Chapelle et les coursives de Pierre Puget, transformant le monument en un poumon méditerranéen où le tissu respire la lumière.


Né en 1981 à Marseille, Adrien Vescovi, peintre et teinturier, puise dans le sol phocéen pour alchimiser ses toiles. Formé aux Beaux-Arts, il a rapidement abandonné l’académisme pour des teintures naturelles : herbes sauvages du Garlaban, écorces d’oliviers centenaires, épices des marchés d’Aix. Ses œuvres, exposées au vent salé ou au soleil zénithal, capturent l’éphémère et offrent un paysage qui mute, un temps qui se voile. Installations immersives, sculptures de lin patiné : Vescovi déconstruit le cadre pour libérer la couleur en migration poétique.

Le voile, seuil méditerranéen


Imaginez les voiles aux fenêtres des maisons du Panier, de Naples ou d’Alger : des linges tendus comme des paupières mi-closes, filtrant la réverbération du sirocco sur la mer cobalt. Ainsi, Vescovi investit la Vieille Charité de toiles cousues main, draps modestes gonflés d’histoires et teintes au chaudron dans son atelier de la Belle de Mai. Ces tissus, nés d’ateliers ancestraux où les femmes phrygiennes tissaient la trame du quotidien, protègent l’intime tout en livrant des bribes de monde. Fragiles comme un souvenir d’exil, robustes comme les mains calleuses des pêcheurs, ils incarnent la Méditerranée : seuil poreux entre dedans et dehors, ombre et éclat, silence et murmure des vagues.

Dans la chapelle aux voûtes baroques, ces voiles pendus oscillent, entre clair-obscur. Ils évoquent les chaux des façades marseillaises, les rideaux des riads tunisiens, les étendoirs de la Casbah d’Alger, qui dansent au gré du Mistral. Ils deviennent la peau du lieu : un épiderme tendu sur les os de pierre, marqué par le soleil, les embruns, les passages humains. Le visiteur, glissant entre ces parois souples, devient l’ombre projetée, le souffle qui les anime, une danse où le corps rencontre l’invisible.

L’inflexion solaire, alchimie chromatique


Soleil de Marseille, lame d’or qui incise l’azur : voilà le cœur battant de l’installation. Les pigments végétaux de Vescovi, safran ardent, garance sanguine, indigo des genêts, sont exposés dans des pots et réagissent à la lumière impitoyable. Chaque pli module les tons : du jaune zénithal au fauve du crépuscule, de l’ocre fané à l’indigo profond de la nuit tombée. La couleur vit, se patine sous l’œil du jour ; elle est mémoire gravée dans la fibre, écho des soleils qui ont teinté les toiles des caravelles.


La déambulation suit cette symphonie chromatique : les pas du visiteur font frémir les voiles, révélant des éclats cachés, aux détours des coursives. Ici, la lumière n’éclaire pas ; elle chante, elle infuse, elle transmue.

Laëtitia Olivier, responsable des expositions aux Musées de Marseille, orchestre cette invitation d’artiste avec une sensibilité rare, liant héritage et contemporanéité. Son regard curatorial fait de la Vieille Charité un vaisseau vivant, reliant l’histoire du lieu, ancien hospice, prison, agora culturelle, à la pulsation méditerranéenne de Vescovi.

SAMIA CHABANI, Diasporik

Dormir comme le soleil

Du 15 mai au 10 janvier

La Vielle Charité, Marseille

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Le Festival de la Camargue revient pour sa 18e édition

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© Hans Silvester
Derrière ses paysages splendides, la Camargue regorge d’une biodiversité foisonnante. Cette année encore, du 13 au 17 mai, le Festival de la Camargue affiche la volonté de sensibiliser le public aux sujets environnementaux. Entre sorties ornithologiques, découvertes des marais, projections, débats, expositions photo, et ateliers, la programmation se veut éclectique et en faveur du Vivant. Un éclairage particulier sera porté sur la réserve de biosphère de la Ciénaga de Zapata, à Cuba, invitant au dialogue entre deux territoires liés par des enjeux écologiques communs.
La programmation culturelle fera ainsi l’honneur à Cuba, avec une soirée d’inauguration (13 mai) ou les percussions cubaines rythmeront la fête, tandis que plusieurs vernissages viendront ponctuer cette ouverture. Parmi les invités, le photographe et militant écologiste Hans Silvester, revient sur les terres camarguaises qui ont vu naître ses débuts. Parrain de cette édition, il porte depuis près de soixante ans un regard singulier sur la Camargue et sur les liens entre l’Homme et la Nature. Le festival sera l’occasion de découvrir d’autres grands noms de la photographie : Éric Le Go et Olivier Larrey amèneront les visiteur·euses au cœur des grandes explorations polaires, tandis que Jean-Michel Lenoir transformera l’océan en un espace mystique et contemplatif.
C.L.

Festival de la Camargue
13 au 17 mai
Arles, Les Saintes-Marie-de-la-Mer, Port-Saint-Louis-du-Rhône, Camargue Gardoise

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