lundi 27 juillet 2026
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« Du seul des les yeux », Sébastien Kheroufi regarde l’exil en face

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Lyna Khoudri et Soso Maness © Ismael Bazri

Sébastien Kheroufi mène un projet au long cours, qui après Marseille se poursuivra au Théâtre national de la Colline avec la création de La mort du môme, puis trouvera son épilogue au Panthéon à l’automne 2026 avec la création des Enfants de la Patrie. Il s’agit de dessiner « une fresque politique, sociale et familiale » qui raconte, en ces temps où le racisme d’État veut s’installer, le vécu des Algériens partis en France, et de leurs enfants.

La mer en face, la ville dans le dos, les quelques centaines de privilégié·es venu·es par bateau sur la Digue du large, interdite d’accès depuis 25 ans, pour assister au premier volet de la saga, n’ont pas fait un voyage d’agrément. Même si le soleil et la mer étaient sublimes et les conditions d’accueil confortables, même si des stars du cinéma les attendaient loin du tapis rouge de Cannes, mais face à un horizon similaire.

L’exil est une mort

C’est un linceul commun qui les a recouverts à la fin, celui d’une mer qui tue, d’un trajet qui détruit, d’une arrivée qui plombe les exilés en les transformant en prolétaires épuisés, aussi peu désirés par la France que lorsqu’ils étaient colonisés. Du Sel dans les yeux dit la misère persistante, l’arrachement au pays, en huit nouvelles de huit auteurices aux écritures fortes, qui décrivent des histoires singulières, mais une expérience commune de l’exil. Le texte de Faïza Guène, chant incandescent d’une fille à son père, est magnifiquement porté par Lyna Khoudri, en véritable tragédienne. Face à elle Reda Kateb incarne ce père émigré, qui deviendra esclave du béton (Tant que je suis sur le bateau je suis à l’abri, d’Amine Adjina), et Soso Maness dit son propre texte, sur les fils, perdus dans le narcotrafic, parce que des récits n’ont pas été faits, des douleurs jamais soulagées : « des enfants vides/des femmes veuves/ nos vies détruites. »

Du Sel dans les yeux, celui de la mer, celui des larmes, fait éclore les récits qui ont tant manqué à la société française post-coloniale, qui commence à peine à décoloniser ses imaginaires. La Saison Méditerranée et le Ville de Marseille, en produisant ce spectacle, ouvrent enfin les portes de ces ports où les émigrés ont tant perdu, tant abandonné. Il reste à attendre que ce port demeure ouvert à toustes, comme la Digue du Large. Et que les récits de ces Algériens appelés « indigènes » par la France coloniale, se complètent des autres récits qui leur ressemblent : ceux des prolétaires de tous les exils, de tous les continents, de toutes les îles.

AGNÈS FRESCHEL

Du sel dans les yeux a été joué du 21 au 23 mai sur la Digue du Large, Marseille.

Le texte des huit nouvelles, édité aux éditions Tumultes, a été offert à chaque spectateur·ice.

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Une recette pour raconter le Liban

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© Cie aRam

« Connaissez-vous la vraie couleur du taboulé ? » Sa recette, dévoilée sur scène par la comédienne libanaise Jessy Khalil, devient un outil pour raconter son pays. Munie de son bouquet de persil qui lui confère sa fameuse couleur verte, elle le prépare en ajoutant à ce spectacle une touche de politique. Si la promesse du spectacle et la situation actuelle du pays peuvent laisser présager un spectacle dur ou pesant, il n’en est rien. À travers son monologue, Jessy Khalil use de l’humour pour conter l’histoire de ce pays qui se mêle à sa propre histoire. Une manière originale et ludique d’expliquer une situation politique des plus complexes.

Le plat, lui, n’a pas été choisi au hasard. Son association « fait écho au mélange chaotique que subit son pays », explique la comédienne. Alors quand vient le temps d’ajouter un à un les aliments dans sa préparation, la comparaison est toute trouvée : « on va mélanger à la libanaise, et ajouter un peu de guerre, de salisseurs et de politiques corrompues ». Selon ses mots, « la guerre et la politique au Liban, ce sont des taboulés », un mélange difficile à comprendre.

Impossible non plus de parler du Liban sans évoquer les dimanches où son taboulé est mis à l’honneur. Dans un pays fracturé par les guerres, ils représentaient l’une des seules trêves. « Un jour où on n’annonce pas de mauvaises nouvelles », raconte la comédienne avant d’ajouter : « pendant la guerre de 1990, on attendait le dimanche, seul jour où ils ne bombardaient pas ». Une réalité qui s’est perdue avec le temps et les guerres actuelles. Le spectacle balaie en effet une large période de l’histoire du Liban, de la présence française au XXe siècle à aujourd’hui. Une manière de redécouvrir le Liban à travers le récit de cette comédienne.

FANTINE LAMBEY

Spectacle vu le 21 mai au Couvent Levat, Marseille.

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Châteauvallon-Liberté a toujours la « Passion Bleue »

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La Mesure des choses de Patric Jean © X-DR

Depuis six éditions, Passion Bleue s’attache à questionner la place qu’occupe la mer dans nos vies et nos imaginaires, à travers des points de vue aussi bien onirique, que scientifique et politique. Cette année, le festival interdisciplinaire de la Scène nationale Châteauvallon-Liberté invite à imaginer un autre rapport à la nature et évidemment, aux milieux aquatiques et marins. Il propose à ce titre une approche métaphorique et poétique de ces questionnements en puisant dans la mythologie grecque où la mer occupe une place centrale. C’est par exemple le cas du ciné-rencontre programmé le soir de l’ouverture autour du documentaire La Mesure des choses de Patric Jean (27 mai), qui s’inspire de Dédale et Icare pour interroger la manière notre rapport à la mer, et la volonté de la contrôler. Mais aussi d’Ulysse, célèbre pièce chorégraphique de Jean-Claude Gavotta dans une version revisitée, qui clôturera Passion Bleue le 6 juin à l’amphithéâtre Châteauvallon.

Le thème mythologique de la métamorphose est particulièrement central dans la programmation. Dans L’Homme-Poisson (du 27 au 29 mai), le dramaturge et comédien David Wahl se rêve amphibien, tandis que le performeur Éric Arnal-Burtschy invite le public, installé dans des transats suspendus, à se mettre dans la « peau » d’un arbre ou d’une pierre, immobile et soumis aux éléments dans la performance immersive Je suis une montagne (du 27 au 30 mai).

Vue Sur Mer

Certains événements programmés dans le cadre du festival aborde la question par des angles plus ouvertement politiques. L’autrice et metteuse en scène Anaïs Allais Benbouali s’empare de la question de l’exil en partant de récit de rescapé·es de l’Ocean Viking, navire de sauvetage de SOS Méditerranée, et tente de mettre à portée d’enfant la complexité du sujet dans le spectacle musical Esquif (les 2 et 3 juin).

Le second ciné-rencontre du festival s’intéresse lui aussi à des bateaux et celleux qui travaillent dessus : Protéger réalisé par Eléonore Krempff (1er juin) propose de faire découvrir les différents métiers existant au sein de la Marine nationale, leurs missions à travers « un regard direct et incarné », dans un documentaire produit par la Marine nationale. Un choix détonnant, justifié par le quadricentenaire de la Marine et l’envie du théâtre de s’intéresser à tous les types de rapport à la mer.

CHLOÉ MACAIRE

Passion Bleue

Du 27 mai au 6 juin

Châteauvallon-Liberté, scène nationale d’Ollioules et Toulon

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Avec « Les Roches rouges » Draguignan fait de l’Esteral un laboratoire pictural moderne

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© M.V.

L’idée de l’exposition conçue par la commissaire Marine Roux, qui s’appuie notamment sur l’acquisition par le Musée en 2025 d’une toile de Louis Valtat Les Rochers Rouges – une contre-plongée immersive au cœur du massif – est de montrer comment les paysages varois du massif de l’Esterel, entre Saint-Raphaël et Cannes, reliefs volcaniques rouges, vert des pins, face au bleu cru de la Méditerranée, ont constitué, au tournant du XXe siècle, un lieu d’expérimentations esthétiques autant qu’un motif paysager pour de nombreux artistes. Un paysage peu étudié dans les récits de la modernité picturale (tournés plutôt vers les falaises d’Etretat de Monet, Arles et Saint-Rémy de Van Gogh, Aix-en-Provence et la Sainte-Victoire de Cezanne…) mais pourtant fréquenté, dans la foulée du développement touristique et la construction de la Corniche d’Or en 1903 à l’initiative du Touring Club de France, par une « colonie nombreuse et distinguée d’artistes », selon une formule des guides touristiques du début du siècle.

Promenade picturale

L’exposition rassemble une cinquantaine d’œuvres picturales (24 artistes), accompagnées de documents d’archives, guides touristiques, correspondances, photographies, cartes postales, le tout exposé dans une scénographie sinueuse et étroite, telle une corniche au-dessus de la mer, ou un sentier du littoral, donnant à la visite un air de promenade. À l’exception de Louis Valtat, peu de peintres ont d’ailleurs quitté le littoral pour pénétrer et peindre le massif. Valtat est d’ailleurs avec Armand Guillaumin l’artiste le plus présent dans l’exposition avec chacun une dizaine d’œuvres. Une seule femme en fait partie, Clémentine Ballot, avec trois œuvres : longtemps considérée comme une élève d’Armand Guillaumin, aujourd’hui oubliée, mais largement reconnue de son vivant pour son travail jusqu’à son décès en 1964. Le parcours est organisé en cinq parties : « Exploration et développement touristique », « Itinéraires d’artistes et points de vue privilégiés », « Points de vue en série », « Portraits de roches » et « Intégration de la figure humaine dans le paysage ».

Laboratoire pictural

La géologie du massif, ses roches porphyriques rouge sombre, minéral à la fois stable et changeant selon la lumière, ses falaises abruptes, les contrastes et complémentarités chromatiques entre mer, pins et pierre offrent à ces peintres de nombreuses possibilités plastiques. Géométrisation de la forme, profondeur, rapport d’échelle, vibrations de la matière, interpénétration roches et eau, fixité et mouvement…

Ils ne cherchent pas seulement à reproduire un panorama, ils expérimentent. Mais le parti-pris de l’exposition fait que les œuvres exposées dialoguent moins selon les mouvements picturaux de l’époque que par motifs communs : la baie d’Agay, les pointes de la Baumette, la pointe du Dramont, le cap Roux, le Trayas… Une série de trois toiles accrochées côte à côte d’Armand Guillaumin sur Le Rocher Gaupillat au Trayas permet notamment d’apprécier ses recherches sur le cadrage, la lumière et la matière.

Une exposition capable de séduire autant les amateurs de peinture moderne que les visiteurs curieux de redécouvrir l’Estérel autrement.

MARC VOIRY

Les Roches rouges. Éclosion artistique dans l’Estérel à l’aube du XXe siècle

Jusqu’au 31 octobre

Musée des Beaux-Arts de Draguignan

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Festival Explore: Sciences, ludiques et nécessaires

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Velo sciences 2025 ©CST-Grand

Le constat est constant, et partagé : les sciences ne sont pas le point fort de la culture publique française. Malgré l’excellence et la variété des laboratoires de recherche fondamentale et appliquée, des sciences exactes et humaines, et la volonté de la plupart des scientifiques de faire connaitre – on disait il y a peu vulgariser – leurs sujets de recherche, il reste des vitres opaques entre le peuple et les chercheureuses.

C’est à cette situation persistante que l’agence nationale de recherche (ANR) a voulu remédier. Depuis 15 ans, un appel à projet national vise à faire connaitre et promouvoir la « culture scientifique, technique et industrielle ». Le Festival Explore, proposé par Aix Marseille Université (AMU) depuis trois ans, est programmé dans ce cadre et ANR et AMU coproduisent une série d’évènements dans l’espace public marseillais depuis 2024.

Vélo, films et apéro

Cette troisième édition multiplie les formats courts et attractifs pour tous et toutes, et se déplace à la rencontre de chacun·e. Des enfants, avec le Vélo-sciences qui dans son cargo transporte le matériel ludique de Fotokino qui permet d’expérimenter, acte essentiel pour les scientifiques (12 animations dans 5 lieux de Marseille, du Parc Billoux au square Vallier). Des adultes qui le soir pourront se retrouver autour de Blind-Test scientifiques, où il s’agira de trouver le domaine de recherches des chercheureuses autour d’un apéro (à la Cômerie et au White Rabbit) ; ou dans la journée pour des speed dating plus sobres, entre chercheureuses et curieux·ses, à l’heure du marché, ou de la baignade (La Corniche, marché Sébastopol, marché du Vieux Port).

Ces rendez-vous itinérants et singuliers seront complétés par un Coin des minots et des stands sur la Canebière le dimanche après-midi, et un Ciné-sciences le samedi soir : programmée au Pathé Madeleine par Polly Magoo, la soirée propose une série de courts métrages sur les procès liés au dérèglement climatique et à l’engagement citoyen pour l’environnement. Parce que la science n’est pas qu’une fête, et qu’une conscientisation de ses enjeux actuels n’est pas qu’une question de culture, mais de survie.

AGNÈS FRESCHEL

Festival Explore
Du 29 au 31 mai
Vélo-Sciences
Du 29 mai au 14 juin
Divers lieux, Marseille

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Maud Revol, nous invite dans sa Casa

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Quatre titres comme autant d’esquisses sensibles entre ses souvenirs du Brésil et quelques paysages de la cité phocéenne. La voix de Maud Revol est un instrument. Elle en joue avec malice et superbe. Nantie d’un sens du time rare, elle la fait osciller dans une tessiture mezzo-soprano, à la fois légère et affirmée, modulant ses syllabes et phonèmes avec une fluidité évidente, chantant en français et en portugais avec la même ferveur habitée, jusque dans des onomatopées confondantes de musicalité. En particulier sur le titre Malmousque : « Pourquoi aurait-on besoin de paroles ? Les onomatopées, je les ai travaillées lorsque j’étais à l’Institut Musical de Formation Professionnelle, quand on nous faisait lire des pages et des pages de solfège rythmique. Autant j’aime m’exprimer sur des standards, autant j’avais envie de proposer une entité ».

Si elle donne le titre Casa Verde à l’ensemble de cet opus, c’est parce que son séjour brésilien, en 2019, a été déterminant dans la constitution de son identité de musicienne. « Dans cette maison verte, où je faisais du woofing dans une bibliothèque communautaire au cœur d’une favela, on chantait en dansant sur du côcô, une musique traditionnelle du Nordeste dont l’aspect transe m’a permis de trouver une joie intérieure. Cependant, je ressentais une sorte de malaise, parce que j’avais un passeport européen et que j’étais une personne blanche dans une communauté de personnes noires. J’étais dans une sorte de tourmente, dans une société que je trouvais très poétique et aussi un peu violente. »

Ces sensations sont particulièrement bien transposées sur le titre éponyme, qui se déploie comme un cadavre exquis, évitant le cliché thème-solos-thèmes, et proposant des tableaux dont émerge le mot « corazao ». Car Maud Revol a du cœur à revendre. Elle a conçu certains de ses textes à l’occasion d’ateliers d’écriture poétiques, comme Vanité, portrait au vitriol d’un ancien partenaire amoureux qu’elle finit par décrire comme un « coq vaniteux », ou encore Lila Blanc, décrivant un amour qui éclot puis se fane, basé sur une mélodie de Debussy convertie en bossa-nova.

Musicalement, les titres oscillent entre effluves brésiliens et quête de l’interplay. En leadeuse affirmée, elle a convié des musiciens qu’elle qualifie de « versatiles ». À la batterie, Jérémy Martinez, dont elle loue le grand sens de l’écoute – son jeu aérien déborde de générosité. Willy Quicko, quant à lui, est le bassiste idéal pour ce projet basé sur des harmonies inspirées de Fauré, Debussy et Wayne Shorter : elle loue « son attrait pour les musiques latines et sa connaissance des claves » ainsi que sa rigueur au point de « chambouler des mises en place, comme sur le pont de Casa Verde, qu’il a fini par transformer en une véritable polyrythmie ».

Elle n’a pas hésité à faire dialoguer le piano de Yann Delaunay – « un son moderne et un toucher léger » et la guitare de Luke Darlison – « un son très contemporain, avec des espaces mélodiques et harmoniques très originaux ». En confiant les arrangements à Max Parotto, issu comme ses compères de la classe de jazz du conservatoire de Marseille, elle a plus que réussi son pari : celui de proposer une création toute en émotions contrastées, avec un art de la créolisation qui ne pouvait éclore que dans la cité phocéenne.

LAURENT DUSSUTOUR

À venir
3 juin
Talus, Marseille

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Les artistes, « sujets de craintes »

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Clown Torture (I’m Sorry et No, No, No), 1987 Installation de deux vidéos, 60 min 2 s et 95 min 57 sPinault Collection© Bruce Nauman / Adagp, Paris, 2026

En février 1889, une trentaine d’arlésien·nes signent une lettre, adressée au maire de la ville, pour le pousser à en chasser Vincent Van Gogh. En cause ? Son mode de vie excessif et sa folie supposée qui sont un « sujet de craintes pour tous ». Si la démarche semble aujourd’hui insensée, tant la figure de Van Gogh fait rayonner Arles dans le monde, elle est la preuve que le maître était, en son temps considéré comme « suspect ».

Dans la nouvelle exposition de la Fondation Van Gogh, justement intitulée Suspects, Jean de Loisy et Margaux Bonopéra, les deux co-commissaires de l’exposition, s’intéressent à la manière dont le maître et de nombreux autres artistes s’inscrivent volontairement dans la marge, en interrogeant la représentation du « soi » en tant qu’artiste, en tant que « trickster» (littéralement « celui qui joue des tours »).

Toustes ces artistes sont largement postérieur·es à Van Gogh, car l’exposition prend pour point de départ chronologique l’année 1971, année où Pablo Picasso fit dont au musée des Beaux-Arts d’Arles de sept dessins dans lesquels il interroge sa place d’artiste, et dont quatre sont visibles dans l’exposition.

La première salle propose une interprétation au premier degré du sujet, avec de œuvres représentant les artistes comme suspects aux yeux des forces de l’ordre. Super Us de Maurizio Cattelan, par exemple, est composé de 48 portraits-robots de lui-même, réalisés par la police à partir d’autant de descriptions. Certains de ces tableaux, dont le très mélancolique Autoportrait clown/étoile de Nina Childress, puisent dans l’esthétique du clown, de l’arlequin, qui occupe une place centrale dans le parcours.

Question de valeurs

L’exposition met en regard l’autoreprésentation des artistes avec ce qui est attendu d’elleux et de leur art. La question de la valeur de l’art est ainsi rapidement soulevée, avec des œuvres telles que l’installation Heavy Burschi de Martin Kippenberger, composée de plusieurs reproductions de ses tableaux par un de ses élèves, et d’une benne dans laquelle sont entassés les originaux déchiquetés. Dans la même salle, on peut également voir Comedian de Maurizio Cattelan, la banane scotchée au mur qui a défrayé la chronique en étant vendue 6,2 millions d’euros en 2019.

Les deux autoportraits de Van Gogh présents dans l’exposition, Autoportrait à la pipe et Crâne de squelette fumant une cigarette révèlent sa défiance par rapport aux attentes qui pèsent sur les artistes. Le second en particulier, est une réponse sarcastique à ses professeurs qui le considéraient comme un peintre médiocre, incapable de réaliser des portraits anatomiques.

Clowneries et mauvais tours

La figure ambivalente du clown est très présente, et le plus souvent dérangeante comme dans Clown Torture de Bruce Nauman dans lequel des images de clowns paniqués sont diffusées en boucle sur deux écrans qui se font face. D’autres œuvres travaillent la représentation de la violence, de la torture, Aah… Youth ! de Mike Kelley, photographies de peluches défigurées par la violence des enfants, accompagné d’un autoportrait de l’artiste au visage tuméfié. Si elles rendent par moment l’expérience inconfortable, cela n’est pas gratuit : elles rappellent que la marge est aussi faite de douleur et de traumatisme.

CHLOÉ MACAIRE

Jusqu’au 18 octobre

Fondation Van Gogh, Arles

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Quand l’art contemporain investit l’Opéra de Marseille

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© M.V.

Une fois le contour du parvis de l’Opéra barriéré, la soirée débute par la performance de Luis Carricaburu Collantes. Passant un large tissu rectangulaire brun sur un piquet, il effectue une chorégraphie sur les larges plages de silence laissées entre trois déclenchements d’une sirène d’alerte, le tissu-drapeau devenant son partenaire. Au fil des évolutions, planant dans l’air de diverses manières, il se transforme en cape, lui masque le visage, ou l’enveloppe complètement, recroquevillé au sol, forme disparaissant sous le tissu. Un moment presque toréador, un autre dansant le piquet planté dans le ventre, amarré sur son nombril. Puis il enroule le tissu tout autour du piquet et le porte telle une lance vers les portes d’entrée de l’Opéra, le public s’inscrivant dans son sillage.

Pénombre

Dans le hall d’entrée, des cordes en nappes sonores, et sur le tapis rouge de l’escalier qui mène à la mezzanine, une silhouette noire, assise. Biro Soumare observe et bouge doucement ses bras, ses mains, le sol, fait mine d’expulser, de repousser, de ramasser. Il descend puis remonte toujours assis quelques marches, se recroqueville, puis va en se redressant jusqu’au premier palier, et continue sa danse sur un texte enregistré en slam, parlant de ses interrogations, doutes et certitudes, sur ce qu’est l’art, « don et malédiction », invitant le public ensuite, tout en continuant sa danse, à le suivre jusqu’en haut des escaliers, sur la mezzanine, plongée dans la pénombre. Trois apprenti·e·s du Ballet national de Marseille vont s’y frayer un couloir de danse au milieu d’un public compact, et proposer, sur une matière musicale électro-rugueuse, une danse en éclats intenses, déséquilibres, soubresauts, corps absorbants de façon synchrone des impacts rythmiques, débordant sans cesse des ronds de lumières des projecteurs.

S’enchainaient ensuite jusqu’à 23 heures une performance sonore de Kmar Douagi artiste et poétesse, puis musicale et lumineuse de Thomas Laigle, artiste sonore et visuel, ainsi qu’un concert de celine chiasera et Nosfera suivi d’un DJ set.

MARC VOIRY

La soirée de performances du Printemps de l’art contemporain à l’Opéra de Marseille a eu lieu le 21 mai.

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Avec Mossi, la mode s’invite au Mucem

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Planche de recherche, collection Printemps été 2025 © Studio MOSSI

Un an après Fashion Folklore, le Mucem ouvre à nouveau ses portes à une exposition de mode signée cette fois par Mossi Traoré. Avec Mossi Traoré, la mode aussi, le styliste entend « démocratiser le monde de la culture et de la mode ». Un souhait d’ouverture, qui fait écho à l’enfance de ce créateur qui a grandi dans le Val-de-Marne, et qui continue encore d’organiser ses défilés au cœur de son ancien quartier. Il est également le fondateur de sa propre école de haute couture, Les Ateliers d’Alix. Une formation dans laquelle il favorise l’entrée dans le milieu des jeunes de banlieue, des femmes et des personnes migrantes sans qualification.

Olive et Tom et Hassan Masoudy

Au programme de l’exposition : une dizaine de créations. Des tenues de foot imaginées par celui qui « rêvait de devenir footballeur », inspirées par son amour pour Olive et Tom, mais aussi pour l’OM. Quelques robes, dont l’attention est portée sur les drapés, clin d’œil aux robes du soir de Madame Grès. L’attention du styliste se porte également sur les matériaux réutilisés – résidus de lait, terre de chantier ou encore caoutchouc l’inspirent !

Mais si l’exposition parle de mode, elle en expose assez peu. Pour beaucoup, elle repose sur les sources d’inspiration de Mossi Traoré et ses lieux de création. Une invitation « dans la tête de Mossi », selon la commissaire de l’exposition. De Madame Grès à Hassan Massoudy, en passant par Lee Bul, les formes, les couleurs et les matières de ces artistes et de leurs œuvres laissent une empreinte sur le travail du styliste.

FANTINE LAMBEY

Mossi Traoré, la mode aussi
Jusqu’au 16 novembre
Mucem, Marseille

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« Jouer la montre » : la spirale infernale de Mona Benyamin présentée à la Friche

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© M.V.

De larges rideaux noirs dessinent dans les espaces de Triangle-Astérides, à la Friche la Belle de Mai, un parcours en spirale dans laquelle le visiteur avance. Et avec lui le rythme et de la mélodie insistante du Boléro de Ravel, arrangé façon orientale, avec chœur, caisse claire et violoncelle. Une musique qui provient de Dress Rehearsal, œuvre inédite de Mona Benyamin, cœur de l’exposition, diptyque vidéo projeté au bout de la spirale sur deux cimaises en angle : sur l’une, les musiciens et choristes interprètent le boléro revisité, sur l’autre deux septuagénaires, sa mère et son père – personnages principaux de toutes ses vidéos – sont prisonniers d’une boucle, au rythme du Boléro : ils sortent d’une voiture, marchent dans la rue de façon un peu chancelante, pénètrent dans un immeuble, montent de façon de plus en plus précipitée les marches et les étages, se retournant parfois d’un air très angoissé, visages livides, redescendent jusqu’à la rue, marchent, rentrent dans la voiture, avant de re-sortir pour recommencer.

Répétitions

L’aspect répétitif faisant monter angoisse et malaise est présent dans les trois autres vidéos présentées à l’intérieur de la spirale noire (avec casques audios), tournées en plans fixes, mais sur des registres différents : la première Trouble in Paradise (2018), qui reprend les codes de sitcom américaine, a été réalisée dans la maison des parents de l’artiste, visages impassibles, enfermés dans des routines domestiques répétitives, tout en faisant des blagues à l’humour noir sur les Palestiniens.

Présentée un peu plus loin, Moonscape (2020), est construite autour d’une chanson interprétée toujours en duo par les parents, dans un style variétés télévisées arabes des années 1990, accompagnée d’images d’archives de la Nasa et d’une ambiance à la « Twin Peaks ». Elle s’appuie sur l’histoire de Dennis Hope, un Américain qui, en 1980, déclara être propriétaire de la Lune et créa la société « Lunar Embassy » pour vendre ses terrains : le rêve d’acheter un territoire extraterrestre pour échapper à l’enfermement géopolitique. Enfin dans Tomorrow, again, (2023) l’artiste utilise les codes d’un journal d’informations télévisé, rythmé de flashs spéciaux, bulletins météo, débats de plateau, témoignages de rue. Mais tout se dérègle : les présentateurs éclatent en sanglots, les invités se mettent à hurler, les journalistes rient nerveusement sans fin ou restent muets face caméra.

MARC VOIRY

Jouer la montre 

Jusqu’au 27 septembre

Friche la Belle de Mai, Marseille

Une proposition de Triangle-Astérides

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