mercredi 14 octobre 2026
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Gaza ô ma joie

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© X-DR

Comment écrire après la catastrophe ? La question s’est posée aux poètes après la Seconde Guerre mondiale. Pour Hend Jouda, il ne s’agit pas d’écrire après, mais d’écrire pendant la catastrophe. De l’écrire. Ce qu’elle fait. Et avec la même force que Char, Desnos ou Éluard ses mots traversent les consciences.

Hend Jouda dit « Je ne veux pas être poète en temps de guerre ». Et l’est pourtant. Réfugiée en Égypte avec ses enfants elle ne sait pas comment s’excuser d’être en vie, de « la possibilité d’une douche », face à des « enfants pâles après la mort ».

Son esprit n’a pas quitté ces « rues pulvérisées » et ses voisins morts, par milliers. Ni sa tente, piètre refuge sous les missiles qui sifflent, où le sable s’immisce et persiste, inarrêtable.

Hend Jouda parle, ajuste son foulard entre chaque poème, fait sonner son sourire et sa langue au-delà, au travers de la douleur. Elle fait sentir furtivement, douloureusement, la douceur du pied d’un enfant mort, la mer qui continue de sourire, contre la mort.

Peut-être la langue sublime des poètes pourra-t-elle enfin s’entendre, et agir dans les consciences en temps de guerre ?

A.F.

Du 13 au 21 juillet à 18h

Navette à 18h40

relâche le 16 juillet

La Manufacture, Château de Saint-Amand

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Arcanes

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© X-DR

Manon Worms (Cie marseillaise Krasna) porte à la scène les textes de Nelly Arcan, autrice québécoise à l’écriture intense qui questionnait dès les années 2000 les représentations du corps féminin avec un regard queer et radical. Son livre Folle commente avec rage et acuité son rapport à un monde dysfonctionnel qui accuse toute femme non soumise d’être folle, méduse ou sorcière, surtout si elle est trans ou lesbienne, pute ou asexuelle.

L’autrice s’est donné la mort en 2009, mais Manon Worms porte sur scène sa langue et son combat féministe et queer, entre théâtre et performance, destiné à toutes les Arcan·es en puissance. Les comédiennes Leo Vigouroux et Annaelle Hodet emmènent le public dans une plongée plastique où les corps muent. Une traversée sombre, immersive, dans la fabrique de la féminité, traversée par Loana, d’autres bimbos et quelques Méduses aux yeux trop clairs pour être vrais.

A.F.

Du 10 au 20 juillet à 19h45

Relâche le 15

L’Atelier, La Manufacture

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La maison bouge

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© Michal Flandrin

Michèle Addala et une pionnière du Off, et du théâtre. Une metteuse en scène avignonnaise qui travaille depuis 40 ans avec les habitants des quartiers populaires de la ville, et qui fabrique avec elleux du théâtre, du vrai, ancré dans le réel de son temps mais aussi dans des textes. Bien avant que le « théâtre participatif » existe, elle le pratiquait comme on respire.

Elle propose avec La maison bouge de sortir de son lieu, très actif durant le Off dans son accueil des compagnies voisines d’esprit et de latitude.

Sa compagnie Mises en scène quitte donc son Entrepôt le temps de créer son spectacle en s’immisçant dans les couloirs plus fastueux : ceux du musée Vouland. Pas pour une visite guidée, un atelier ou un détournement, mais pour une mise en scène de Home movie, de Suzanne Joubert. Une petite dystopie dramatique où des personnages étranges se sont invités au musée et revendiquent, furtivement, les œuvres qui l’ornent.

AGNÈS FRESCHEL

7 au 19 juillet à 11h et 18h30

Relâche le 13

Musée Vouland

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Festival Interférences

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L’Ensemble C Barré © A.-M.T

Organisé par la FEVIS – fédération professionnelle qui représente les ensembles musicaux indépendants, Interférences est un évènement musical au sein du Festival Off dédié à la rencontre de la musique avec les publics et les réseaux de salles pluridisciplinaires.

Des spectacles courts, mettent en lumière la création musicale au cœur de l’immense foisonnement artistique que représente Avignon. L’occasion de découvrir des productions venues de toute la France, du baroque au plus contemporain, sous forme de petits concerts . 11 en tout, dans les très belles salles de la Collection Lambert puis de l’Archivolte

qui reçoivent deux programmes de concerts qui se succèdent chaque jour. Les ensembles de la région seront bien représentés avec les Voix animées et C Barré dirigé par Sébastien Boin.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

du 8 au 12 juillet de 10h à 18h

Collection Lambert

du 13 au 17 juillet de 10hà 17h30

Archivolte, Chapelle du miracle

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Un Contrat

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© X-DR

Conduite de main de maître, la mise en scène de ce « thriller psychanalytique » transcende le huis-clos théâtral. Evidemment, un parrain de la mafia qui s’allonge sur le divan d’un(e) psychanalyste, on a déjà vu ça avec Robert de Niro et Mafia blues. Mais sous l’impulsion de Salvatore Caltabiano, latension dramatique grimpe à chaque réplique, maintenant le spectateur dans une apnée captivante jusqu’à l’ultime seconde.

Le travail du metteur en scène avignonnais réside dans l’art de ciseler le rythme, d’habiter les silences les plus éloquents et de guider les regards pour révéler la vérité nue des situations. Caltabiano bâtit un cadre d’une précision millimétrée où éclate la liberté des interprètes. Face au jeu puissant de Patrick Séminor en mafieux tourmenté et à la justesse de Dorothée Leveau, sa vision esthétique sublime le texte ciselé de Tonino Benacquista. Une création saluée à juste titre lors de l’avant-première avignonnaise sur le plateau de l’Atelier Florentin.

D.D-V

du 4 au 25 juillet à 18h10

relâche les 8, 15, 22 juillet

Collège de la Salle

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L’étrangère

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© Gilbert Scotti

Créé en 2025, L’étrangère de Jean-Baptiste Barbuscia revisite le roman de Camus sous l’angle de son personnage féminin. Mise en scène par l’auteur, cette joute oratoire et littéraire met en scène le face-à-face passionné entre un professeur de lettres et son unique élève. En apposant un « e » au titre du roman sur le tableau noir, la jeune femme bouscule les certitudes de l’enseignant et réhabilite le personnage de Marie Cardona, figure féminine lumineuse et oubliée de l’œuvre camusienne face à l’errance existentielle de Meursault.

La pièce est portée par les comédiens Fabrice Lebert et Marion Bajot, à l’ardeur tenace, qui incarne l’étudiante Maria qui cherche à comprendre Marie… la pièce transcende le cours magistral pour célébrer le dialogue intergénérationnel et le pouvoir émancipateur de la littérature.

D.D-V

Du 4 au 25 juillet à 13h30

Relâche les 9, 16 et 23 juillet

Théâtre du Balcon

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Le Syndrome d’Ulysse

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© Gilbert Scotti

Coécrite par Ali Babar Kenjah et Serge Barbuscia, la création 2026 du directeur du Théâtre du Balcon est une traversée poétique et musicale au cœur du déracinement. Face aux tragédies qui s’écrivent sur les rivages de la Méditerranée, en miroir de l’errance antique, la pièce transforme la figure d’Ulysse en celle, plus vulnérable, du migrant contemporain. Le spectacle donne ainsi un visage et une voix à ceux que l’on ne nomme plus que par leur absence.

Né d’une mémoire familiale entre Sicile et Tunisie, puis nourri par une résidence en Martinique sous le regard d’Édouard Glissant et de Derek Walcott, ce projet unit les rives de la Méditerranée et de la Caraïbe. Portés par Serge Barbuscia, Jérémy Bourges, Théodora Carla, Bass Dhem et Aïni Iften, les textes et les chants explorent cette fracture de l’âme, ce mal de terre que subit celui qui ne peut plus revenir. Une œuvre humaniste, à la langue haute, qui nous rappelle que chaque étranger porte en lui un fragment de notre propre histoire.

DANIELLE VERNA-DUFOUR

Du 4 au 25 juillet à 15h15

Relâche les 9, 16 et 23 juillet

Théâtre du Balcon

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Notre Histoire, Chroniques du Caire : Piano, politique, amour et ballon rond

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Le possessif du titre englobe le réalisateur égypto-autrichien, Abu Bakr Shawky, qui s’inspire ici de son histoire familiale et de l’Histoire de l’Egypte de 1967 à 1984.

Comme une urgence à faire exister ces petits moments intimes, à transmettre des récits qui se perdent si on ne les raconte pas. A les inscrire dans une légende se tissant avec celle des grands événements politiques du pays.

Notre Histoire est celle d’un microcosme. Elle commence en 1967. Dans un quartier populaire du Caire. L’été. Il fait chaud. Ahmed (Amir El-Masry) joue sur un vieux piano. Le voisin du dessus frappe le sol pour manifester son mécontentement. Le lustre se balance, les murs tremblent. Dehors des supporters de foot cherchent la bagarre. On s’invective d’un balcon à l’autre. Le chaos de la rue prolonge celui des intérieurs étroits. On reçoit les oncles, les voisins. A la télé, toujours allumée, outil de propagande gouvernementale, Nasser Hussein parle de la « grande nation arabe ». Le barrage d’Assouan se construit. Les hommes regardent les matchs de football, en respectant, par superstition, une place attitrée dans l’exigu salon. Le verbe est haut. On rit. On râle. Tout le monde se connaît et s’engueule. Chacun tient son rôle. Le père d’Ahmed, Ragheb (Ahmed Kamal), modeste fonctionnaire plante des arbres dans le désert et s’est peut-être compromis en prononçant à la télé le mot tabou de corruption. Sa mère Fairouz (Nelly Karim), s’occupe du foyer et de sa gazinière récalcitrante, elle est enceinte d’un quatrième fils qui naîtra le jour de la défaite de la guerre des six jours. Son frère jumeau Hassan ( Ahmed El Azaar) ne lui ressemble pas ; on le surnomme « Hasanov » parce qu’il aime l’URSS et apprend le russe ; il attend, inquiet, sa mobilisation pour partir à la guerre. Le cadet Sharaf (Khalid Mokhtar), peu doué pour le foot, est fan de ce sport et du club de Zamalek .

Ahmed rêve de devenir concertiste et correspond avec Elisabeth (Valérie Pachner), une jeune autrichienne. Muni d’une bourse, il ira à Vienne en 1973 la rencontrer. Un amour jugé impossible par le père autrichien, entre « un poisson et un oiseau ».

Dans le maëlstrom politique qui verra la démission d’Hussein, les émeutes contre les réformes libérales, l’assassinat d’El-Sadate en 81, et le début de l’ère Moubarak. Malgré les drames personnels, le deuil d’un frère soldat, la séparation, la concurrence de Sham (Karim Kassem) pianiste arriviste piétinant l’honnêteté d’Ahmed, cet amour-là tiendra avec ses rêves « parce qu’il n’est jamais trop tard. » Pour vivre un concert d’Ahmed radiodiffusé et la victoire du football égyptien.

Chapitrée en cinq volets, ces chroniques suivent au plus près des gens attachants que le réalisateur regarde avec une tendresse communicative. Les rides se creusent, la calvitie gagne. La télé prend des couleurs. La vie et la mort vont. On pense aux mélodrames égyptiens des années 50-60, à la comédie populaire italienne, parfois même à Pagnol pour les personnages typés, hauts en couleur, à la fois extravertis et pudiques. Un cinéma populaire sans que l’adjectif soit péjoratif, avec ces lieux communs du sentiment où chacun finalement se retrouve.

ELISE PADOVANI

Notre Histoire, Chroniques du Caire de Abu Bakr Shawky

En salle le 1er juillet

Festivals d’Avignon, une pluralité assumée

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Maldoror, Julien Gosselin © Simon Gosselin

Le Off sous un autre angle

Le Off n’en finit pas de grossir et de confirmer, année après année, l’importance du théâtre pour des millions de Français

Affichant cette année 1780 spectacles, soit plus de 1250 représentations par jour, le Off est une énorme machine qui propose cette année 2,6 millions de billets à la vente. L’an dernier 1,6 millions billets ont été vendus, soit 22 millions d’euros de recettes.

Les retombées économiques directes des deux festivals pour le territoire sont estimées à 60 millions d’euros. Le Off a la part maigre des subventions publiques (voir encadré), et ses recettes proviennent très largement des recettes, partagées entre les théâtres et les compagnies. Un système qui enrichit certains théâtres, et appauvrit la plupart des compagnies. Pour autant le Off est-il essentiellement une affaire de gros sous ? Rien n’est moins sûr.

Moraliser le Off

Les festivaliers, artistes ou spectateurs, connaissent toustes les prix exorbitants des logements durant le festival, les salles improvisées, les conditions d’accueil indécentes de certains lieux qui s’improvisent théâtres, les « créneaux » trop chers, les prix qui augmentent aux terrasses des restaurants pour des assiettes médiocres, la cruauté des parades obligées pour conquérir quelques spectateurices putatif·ves sous un soleil de plomb…

Mais ces conditions économiques qui ruinent les compagnies les plus fragiles et raccourcissent les séjours des festivalier·es coexistent avec le meilleur : des spectacles bouleversants, engagés, ciselés, débordants, dans certains lieux, dont la qualité n’a rien à envier au In, parfois ; et la ferveur palpable de centaines de milliers de spectateurs pour le spectacle vivant, la pensée, l’écriture, le monde, les acteurs, qui se ressent à chaque coin de rue, dans chaque file d’attente qui s’étire.

Quant aux abus des marchands de plateaux et de sommeil, l’association AF&C (Avignon Off et Compagnies) tente depuis des années de réguler et moraliser les pratiques. Par la création d’un Label Off qui engage les salles ; par une rationalisation de l’affichage, conçue en accord avec la Ville ; par une mutualisation intelligente du transport des décors depuis Paris ; et surtout par son Fonds de soutien à l’émergence et à la création, nettement augmenté cette année : ce sont plus de 300 000 euros qui sont versés en 2026 aux compagnies lauréates qui créent un spectacle à Avignon.

Le travail d’AF&C

Les deux co-directeurs Raymond Yana et Laurent Domingos ont pris cette décision pour compenser en partie la forte réduction (-50%) du Dispositif de soutien à l’emploi du plateau artistique de spectacles vivants diffusés dans des salles de petites jauges, un fonds du Ministère destiné aux compagnies qui déclarent et payent les artistes et les techniciens.

C’est donc l’association AF&C qui compense le désengagement de l’État, par un système de reversement de 0,9% du prix des billets achetés sur Tickets off, le système de centralisation de la billetterie du Off qu’ils ont mis en place : acheter une Carte Off et prendre ses billets sur la plateforme permet donc, outre les réductions de 30% sur les spectacles, de financer les compagnies émergentes… Le Village du Off, propose également des débats et présentations de spectacles, et une programmation musicale festive, les Sons du Off, qui conclut les nuits. Quant au Village Tadamm ouvert l’an dernier, il est destiné aux familles, propose de courts spectacles et ateliers et édite un programme et des cartes de réduction pour les moins de 14 ans : 200 spectacles jeune public sont programmés au Off, ce qui en fait, aussi, le plus grand festival jeune public de France !

T’es In en 3500

AGNÈS FRESCHEL

Les subventions des Festivals

7, 75 M€ pour le In

4 470 000 € de l'État (Ministère, DRAC, Préfecture)

1 900 000 € de la Ville et du Grand Avignon

750 000 € de la Région Sud

630 000 € du Département

0,152 M€ pour le Off 

83 000 € de l'État (Ministère, Agence de la transition écologique, Préfecture)

27 000 € de la Ville et du Grand Avignon

42 000 € de la Région Sud (Projet Fret)

Retrouvez nos articles Politique culturelle ici

La Parabole du Seum est une tentative de survie 

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La Parabole du Seum, Rébecca Chaillon © Marikel Lahana

Zébuline :Votre parabole se situe sur les toits de Seine-Saint Denis, qui abritent des antennes paraboliques pointées vers un lieu lointain. Quelles sont les personnes qui ont participé à cette création ? 

Rébecca Chaillon :  C’est un spectacle en co-création avec Céline Champinot, la metteuse en scène. On compose aussi beaucoup les choses avec Élisa Monteil la créatrice son et Camille Riquier qui est la scénographe Elles travaillent avec moi depuis longtemps.

Les acteurices sont des personnes que j’ai auditionnées, pro et non professionnelles, qui avaient l’urgence de parler sur un plateau. Qui avaient un vécu autour de la survie, de par leur racisation, leur genre, leur orientation sexuelle, leur corps gros, ou bien marqué par la traversée de cancers, de transidentités… Je voulais que ces expériences vécues dans leur quotidien les désignent aussi comme de potentielles expertes de la survie à venir. Contre le fascisme qui vient.

Un des critères, c’était d’avoir un vécu dans le 93. Un territoire hyper criminalisé, hyper stigmatisé, dans lequel les gens projettent toutes sortes d’idées violentes, ont su y développer des stratégies. 

On sent que la Parabole du semeur est au cœur de cette création…

La Parabole du semeur d’Octavia Butler est effectivement un point moteur, mais ce n’est pas du tout une adaptation. Elle est la première à m’avoir mis dans le corps le fait qu’on allait devoir se préparer. La personnage qui prend conscience qu’elle va devoir faire un sac de survie à 14 ans m’a fortement marquée. Je me suis dit : « Y’a quoi dans mon sac à moi ? »  Ce qu’il y a dans ce sac, c’est le cœur du spectacle. Puis comme le fait Butler dans son livre, j’avais envie de questionner la croyance, de me demander sur quelle foi m’appuyer pour créer une utopie politique ou poétique. Où créer du désir. 

Je pense à Meg Elison, qui est une meuf grosse, pas noire, ou Roxanne Gay, qui mettent en jeu des histoires de corps gros, dans des situations de survie, qui arrivent à creuser dans ce qui fait peur, ce qui est violent et y mettre du désir. 

Quelle place avez-vous choisi de donner au corps gros dans cette création du désir, cette utopie politique ?

C’est nouveau pour moi, pas de me nommer grosse, mais de vouloir en faire quelque chose. Loulie Houmed qui est une des interprètes, qui est activiste anti-grossophobie, dit que le corps gros est toujours considéré comme un corps éphémère. Comme une responsabilité. 

Dans le groupe tout le monde ne se définissait pas encore comme gros. Mais il y a un truc avec leur identité, du fait qu’ils ont déjà dû développer des stratégies autour de ça, par le rire, la séduction. Et ceux qui sont vus comme gros de toute façon ont dû se battre, individuellement et inter-personnellement avec cette culpabilité qu’on leur fait porter. 

En termes de soins et d’adaptation, Loulie a animé des ateliers autour de la grossophobie pour l’équipe.  Et notamment grâce à Róise Goan, la dramaturge, directrice du festival de Dublin, avec qui j’ai eu la chance de travailler et qui est concernée, on a pu mettre en place entre 5 à 10% de sièges adaptés pour les personnes grosses, et s’assurer que les lieux qui nous accueillent préviennent aussi en cas d’impossibilité d’accès.

Comment avez-vous vécu la création de ce spectacle ?

Rébecca Chaillon : C’est le seum, c’est un spectacle un peu triste [rire] par rapport à d’habitude ! Mais j’’espère que les gens vont pouvoir y voir de la lumière et, j’espère réussir à ajouter un peu de sassiness, de piquant. C’était une création douloureuse pour moi. Je ne me suis pas autant amusée que d’habitude et je pense qu’il faut que je retrouve un peu de mordant !

Entretien réalisé par NEMO TURBANT

La Parabole du Seum

Du 4 au 12 juillet

Cloître des Célestins

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