Le paysagiste Gilles Clément et le chorégraphe Christian Ubl font alliance sur scène pour raconter le vivant. Une histoire présentée à travers les gestes du quotidien : cultiver, danser, combattre, cuisiner, marcher ou encore débattre. « Une proposition poétique et écologique s’inspirant de la nature, de la biodiversité et de la transmission intergénérationnelle », selon son créateur Christian Ubl. Les questions écologiques, au cœur du spectacle, sont abordées avec humour par le duo. Une manière plus légère de questionner le public sur ces thématiques. Une conférence dansée d’une heure où la danse devient le fil conducteur du propos. Le spectacle, joué depuis 2018, n’est pas la première collaboration pour les deux. Il y a dix ans, c’était sur la pièce A.U. que le chorégraphe et le paysagiste avaient collaboré.
Explorer le mensonge à travers le regard d’une petite fille. Dans ce spectacle, une enfant qui a menti va voir son mensonge prendre de plus en plus d’importance. Dans sa chambre, elle le retrouve matérialisé par la forme d’une boule qui grossit jour après jour, l’empêchant parfois même de respirer. Sa chambre devient alors la représentation de son espace mental dans lequel le mensonge devient de plus en plus pesant.
Chorégraphié par Catherine Dreyfus, ce spectacle s’inspire de l’album du même nom de Catherine Grive et Frédérique Bertrand. Sur scène, deux danseur·euse·s et une circassienne illustrent ce qu’une simple parole peut faire au corps et la manière dont un mensonge prend vie en nous. Un spectacle profond, ludique et comique à destination des enfants de 3 à 6 ans.
F.L. 13 mai Les Salins, Scène nationale de Martigues
Régulièrement programmé au Grand Théâtre de Provence au fil des années, pour le plus grand plaisir des familles aixoises, le Slava’s Snowshow y revient cette semaine pour sept représentations en cinq jours. Succès jamais démenti, ce spectacle emblématique de l’art du clown enchante les publics internationaux depuis sa création, il y a plus de 30 ans, par le russe Slava Polunin.
Le spectacle réunit huit clowns autour d’un attachant bouffon déprimé surnommé Yellow, dans un univers onirique et un peu fantasque. Ils y qui composent, avec douceur, des tableaux-pantomimes poétiques dans lesquels se croisent joie enfantine et profonde mélancolie, magie et humour burlesque, esthétique légère et émotions qui marquent.
Raimund Hoghe, décédé en 2021, a commencé son travail de chorégraphe et danseur à l’âge de 45 ans, après avoir été dramaturge pendant 10 ans pour Pina Bausch. Petit et bossu, il créait des chorégraphies épurées, avec peu d’éléments scénographiques, des actions simples (marcher, se tenir, déplacer un objet) et une temporalité étirée.
Emmanuel Eggermont, artiste de la Bande du Zef, a été l’un de ses derniers complices artistiques, pendant une quinzaine d’années. Le solo qu’il présente ce soir est sous-titré « élégie pour Raimund Hoghe ».
Everything must change
Le plateau vide est recouvert d’un linoleum blanc, dominé au fond par un portique en tissu blanc, encadrant un écran vidéo clôturant l’espace, sur lequel sont projetées, au début et à la fin du spectacle, les paroles douces-amères de la chanson de Peggy Lee Everything must change. Chanson qui est diffusée pendant que le danseur, habillé de noir, bras nus, vient disposer avec précautions au milieu de l’espace deux petits verres remplis de sable blanc, en s’allongeant doucement entre les deux. Il commence à bouger lentement, mouvement de bras et de mains, qui découpent au sol, autour de son corps, son contour, puis se relève.
Multiples tableaux
Dans les multiples tableaux qui vont ensuite se succéder, chacun lié à une chanson, un extrait de film, une musique (Joséphine Baker, Gene Kelly, Klaus Nomi, Judy Garland, Ravel, Tchaïkovski, …), agissant comme déclencheurs d’images, de gestes ou de souvenirs, le silence semble malgré tout toujours accompagner la danse. Les déplacements précis du danseur, toujours tiré à quatre épingles, dans des costumes différents, sont silencieux, aucun bruit de pas. Les mouvements de bras et de mains restent toujours très présents, vifs ou lents, tranchants l’espace, enveloppants, ou semblant le creuser. Parfois, sur certains morceaux – Singin’in the rain – on frôle le clown, avec des mouvements guignolesques.
Débordements
Outre les deux petits verres, dont le contenu de l’un sera dispersé au sol au-devant de la scène, de l’autre projeté en l’air, d’autres objets accessoires vont ponctuer les tableaux : une chemise blanche, une couverture grise, des talons aiguilles, une robe à bretelles, une jupe bouffante verte, un chapeau de bouffon noir. Traçant un chemin en pointillés avec ses vêtements, retirés un à un et laissés au sol, le danseur s’avance un moment vers la nudité. L’ensemble est mélancolique à souhait, mais sans aucun pathos. Une traversée élégante, une boucle ouverte habitée de souvenirs, aux débordements légers, prémédités et méthodiques.
Dès l’ouverture, sur la Place des Horizons de la Friche la Belle de Mai, City Life donnait le ton : celui d’un festival qui fait circuler les sons entre mécanique et organique, et où les bandes sonores n’ont rien de froid ou d’immatériel, où la répétition devient matière vivante, où l’espace, les corps, les échos travaillent autant que les instruments. Interprétée avec vigueur par l’OSAMU (Orchestre symphonique de l’université), l’œuvre de Steve Reich, avec ses boucles, ses pulsations urbaines, mais aussi sa science du silence et de la suspension, trouvait un prolongement heureux dans la présence des jeunes danseuses et danseurs de l’ENSDM (école supérieure de danse de Marseille). La ville, ici, ne se contente pas d’être bruitée : elle respire, trébuche, repart, se propage d’un geste à l’autre.
Mécaniques sensibles
Dans le Module du GMEM, Infinite Pendulums de Virgile Abela poursuit cette tension entre précision et abandon. Quatre grands pendules y deviennent instruments-performeurs, soumis à la gravité autant qu’à l’acoustique du lieu. L’installation a quelque chose d’hypnotique : on y regarde le son se fabriquer. Tout près, Sonobox propose une autre expérience, plus secrète encore : un écrin d’écoute solitaire, à réserver tant il est pris d’assaut, où plusieurs œuvres se découvrent par créneaux, diffusées par onze haut-parleurs. On y découvre, par séances de trente minutes, une constellation de commandes originales — de Particules e- d’Hervé Birolini à Fragments de piano… sur les traces d’Empédocle de Claudine Simon, en passant par Voix-Seuil d’Élise Dabrowski, Inception(s) de Julien Desprez ou À portée de voix d’Anne-Julie Rollet. Des installations accessibles à la Friche Belle de Mai tout au long du festival !
La soirée d’ouverture poursuit ce déplacement. Avec La Nòvia, autour de Conlon Nancarrow et Jessica Ekomane, les boucles, les répétitions, les engrenages rythmiques dialoguaient avec des intonations de chants populaires et folkloriques. Quelque chose de très juste s’y confirme en fin de concert le temps de quelques mots de remerciements : la musique de création n’a de sens que si elle accepte de se frotter aux cultures mises à l’écart, de leur laisser place, de leur donner voix. Plus tard, Julien Claire (Claire Gapenne, aux machines, et Julien Desprez à la guitare électrique) poussait le curseur vers une performance plus improvisée, bruitiste, percussive, travaillée par l’écho.
À l’Abbaye Saint-Victor, un chapitre plus ancien s’ouvre. Face au roi des instruments, la création se fait timide, presque révérente. Le départ pour la lune de Georges Boeuf, composé pour orgue et électroacoustique en 1972, offrait l’un des instants les plus suspendus de ce début de festival : une pièce où le son semblait quitter la pierre, s’allonger dans l’air, tenir le temps en apesanteur. Le programme faisait aussi entendre la trace de Messiaen dans Liber organi d’Henry Fourès, suite traversée d’impulsions, de souffles, de couleurs. Restait peut-être une limite : l’orgue de Saint-Victor, malgré son pouvoir d’élévation, manque parfois d’ampleur, de grain, de contrastes dans ses jeux pour marquer pleinement les identités successives de ces pièces du vingtième siècle en regard de la Toccata septima de Muffat ou des Variations sur un thème de Clément Janequin de Jehan Alain.
Vers le théâtre du son
Car Propagations tient justement à cette diversité de régimes d’écoute. Après Qui m’appelle ? de Maguelone Vidal pièce vocale et performative donnée le 5 mai au ZEF et fondée sur ce que nos prénoms et nos noms font à nos présences, le festival poursuit dès le 6 mai un tournant plus théâtral.
À La Criée, Un pays supplémentaire de Claudine Simon invite à suivre un petit train circulant parmi des objets venus du piano : théâtre miniature, cinéma pour l’oreille, voyage dans les frontières entre note, bruit, geste et imaginaire. Le même soir, Guêpes, Grenouilles et Monstres d’Aurélie Saraf et Alexandros Markeas promet une cantate décalée, entre harpe, électroacoustique, images et critique sociale, librement nourrie du bestiaire d’Aristophane.
Le 7 mai, Rage d’Anna Gaïotti prolongera ce passage du son au corps. Inspirée par La Rabbia de Pasolini, la performance annonce une danse-cri, où le texte, l’électronique et le souffle cherchent à faire surgir ce que les mots taisent.
Il y a décidément, dans cette édition, une belle manière de prendre les formes au sérieux sans les figer. Tout circule, tout insiste, tout cherche son passage.
Après un mois et demi à travailler les questions de mémoires et d’oubli [Lire ici], la Biennale des Écritures du réel s’est conclue sur plusieurs propositions consacrées à l’amour. Donnée au Théâtre La Cité, la soirée Capital sexuel mettait en dialogue deux performances s’intéressant aux rapports de domination dans la sphère romantico-sexuelle.
L’intitulé de cette soirée s’inspire du concept de capitalisme affectif, inventé par la sociologue Eva Illouz pour décrire la façon dont le domaine des émotions et le langage économique s’influencent mutuellement. Les deux performances font ouvertement référence au travail de la chercheuse, et le prolonge en un geste artistique.
La soirée a débuté par une sortie de résidence de la « créature drag » Giboulé de Marx pour son premier spectacle Nos intimités politiques. Dès le début de cette conférence drag, iel annonce la couleur : « on va parler politique et cul ». Vêtu·e d’un magnifique costume en tulle d’inspiration arlequin et installé·e derrière un grand bureau, Giboulé de Marx se lance dans une leçon sur l’histoire de la pénétration depuis la pédérastie institutionnelle en Grèce. « La pénétration est une question de statut » argumente-t-iel, dans les relations sexuelles hétéro comme homosexuelles, et peut à ce titre être analysé au prisme du rapport de classe. Notre conférencier·e drag conduit brillamment cet argumentaire avec humour et moult anecdotes, citant Marx et Illouz, et intercalant son cours avec des moments de performances ou de lip-sync.
Libération ou libéralisation ?
Après l’entracte, c’est au tour d’Anne-Laure Thumerel de prendre place sur scène avec next/autopsy d’un massacre amoureux. Lorsque le public revient dans la salle, l’autrice et comédienne court sur un tapis de course, en robe rouge à manche longue. Derrière elle sur un écran noir, une pluie de phrases décousues : « on n’allait pas se marier non plus », « les femmes se font souvent des films » et finalement, « on ne s’était rien promis »
Quand elle prend la parole, sans cesser de courir, elle s’adresse à un amant invisible, qu’elle décrit comme un « amoureux consommateur éternellement insatisfait » et appelle « mon amour », terme qu’il refuse. Il vient de la quitter… enfin pas vraiment, car ils n’ont jamais été ensemble. Face à un absent qui prétend ne pas vouloir restreindre son autonomie en l’enfermant dans un couple, elle ironise, décortique le langage pseudo-libérateur mais surtout transactionnel auquel il semble emprunter. L’écriture est piquante, précise, tout en allitération et en assonance. L’effort de son interminable course sur place l’essouffle, mais elle continue de courir : l’image est évidente, mais résolument efficace.
La comédienne change progressivement de position dans sa tirade et adopte une approche théorique de la situation. Elle lui – nous – fait littéralement la leçon sur ce qu’est le capitalisme affectif et sur le rôle qu’a joué la libération sexuelle dans son avènement.
CHLOÉ MACAIRE
Capital sexuel #1 et #2 ont été donné le 29 avril au Théâtre La Cité, Marseille
J’ai cette semaine entendu plusieurs fois des reproches sourds, et douloureux. Vous, lecteurs et lectrices fidèles et si précieux, trouvez votre Zébuline bien triste, et mes éditos très plombants. Or, vraiment, je vous assure, nous ne désirons rien davantage que de réjouir les artistes, les auteurices, tous ceux qui créent, pensent, militent pour nous sortir du tunnel terrifiant où nous semblons foncer à grande vitesse contre un mur inévitable (par exemple, ici, j’aurais dû trouver une métaphore moins désespérante et inéluctable). Est-ce que je dois, vraiment, continuer à relayer avec tant de gravité les images, d’une société qui s’enfonce dans la misère, le fascisme et la guerre ?
On pourrait relativiser : Trump ne durera pas toujours, l’élection de Bardella n’est pas certaine, la région Sud ne basculera pas forcément à l’extrême droite un an après, et la culture pourra peut-être survivre dans un monde d’extrême-centre qui lui coupe les vivres. Peut-être même que la gauche va se réveiller ? Et les extrêmes-riches cesser de croire qu’ils peuvent, sans conséquence, affamer le peuple pour quelques dividendes de plus ?
Cela peut advenir. Même la prise de conscience de certains extrêmes-riches. Nous espérons de toutes nos forces, de tous nos imaginaires suggestifs, que cela adviendra. Mais nos pages reflètent la réalité du monde. Soit, en ruralité vauclusienne, la nécessité de repenser l’économie agroalimentaire. À Arles, l’influence d’une héritière milliardaire sur l’art contemporain. Dans les Rotatives de la Marseillaise, le rappel des corps décharnés par la barbarie nazie.
Gare Alloncle
Nous tiendrons, autant que nous le pourrons. Autant que le système de distribution de la presse et ses financements n’auront pas implosé face aux assauts combinés d’un monde capitaliste qui veut concentrer les profits, et d’une extrême-droite qui achète les réseaux et les titres pour faire définitivement main basse sur l’opinion.
Les journalistes tiendront, tant que le pays résistera à l’idée que l’opinion prime sur les faits, que l’audiovisuel public est trop cher et doit laisser place à des chaînes d’opinion d’extrême-droite.
Nous tiendrons, tant que les forces démocratiques de la Nation résisteront aux assauts antidémocratiques en leur sein. Le rapport Alloncle sur l’audiovisuel public français, qui « coûte » 2,5 fois moins cher que l’audiovisuel public anglais et 3 fois moins cher que l’audiovisuel public allemand, a été publié par une Assemblée nationale qui reconnait pourtant l’ineptie de ses conclusions, et le scandale des présupposés et des questions posées durant les débats.
Il faut dire que les gouvernements successifs ont permis cette main basse sur l’opinion, qui a commencé en appauvrissant la culture, la presse, l’édition, la recherche et l’université, puis en dénonçant leurs déficits, leurs gabegies et leur islamo-gauchisme. Il suffit aujourd’hui de proposer des alternatives privées, portées par des fondations plus ou moins caritatives aux mains de capitalistes plus ou moins fascisants, pour accaparer définitivement ces biens publics.
Relisons Marx…
Pourtant, et c’est une leçon de base du marxisme que toute la gauche devrait connaitre : ceux qui veulent opposer une résistance au capital doivent s’emparer des outils de production. Un principe pas si révolutionnaire : il n’est pas question de s’en emparer par les armes ou par confiscation, mais simplement de remettre en cause les systèmes de reproduction sociale, d’augmentation des profits et de redistribution des dividendes, et d’inégalité devant l’impôt.
En se désintéressant des mécanismes économiques la gauche s’est laissé confisquer les seuls outils capables de maitriser l’opinion, presse et édition indépendantes, culture et audiovisuel public, université et recherche. La fondation Cartier s’installe au Palais royal, la fondation Vuitton fait monter la côte des artistes de la collection de Bernard Arnault, mais plus personne à gauche ne comprend que ces questions sont au cœur de la fabrique de l’opinion.
…et Alexis de Tocqueville
« La presse libre est, pour ainsi dire, la seule compensation de la démocratie », écrivait Tocqueville, effrayé par le poids de « l’opinion publique » dans le système démocratique américain. Il semble que Lagardère, Stérin, Arnault et Bolloré ont lu De la démocratie en Amérique, mais que les partis démocratiques français ont échappé à la leçon, négligeant de financer les seules forces indépendantes auxquelles ils doivent, aujourd’hui, leur survie.
Le Cosmos, dans la pensée grecque, désigne ce qui s’oppose au chaos ; dans notre imaginaire contemporain, c’est l’univers, ses mondes, ses étoiles. Le titre du film de Germinal Roaux, joue sans doute sur ces sens premiers mais renvoie aux fleurs de Cosmos, de la famille des astéracées, symboles d’harmonie, dont un des protagonistes fera un bouquet final. Il y a d’emblée l’association du Tout et de la partie, de l’universel et de l’intime, de l’aspiration à un équilibre menacé par nos peurs et une technologie arrogante et destructrice.
L’histoire se déroule dans un lieu qui semble hors du temps : le Yucatan, une terre maya. Forêt, palmeraie, herbes hautes balayées par le vent. Tout y est minimal et essentiel, abstrait et strictement concret. La photo, superbe, cadre avec soin les espaces, les objets, entre pénombre domestique et lumière extérieure en poudré gris saturé.
Le noir et le blanc, qu’adopte le réalisateur ne met pas seulement à distance le spectateur, pas plus qu’il n’est strictement esthétique mais permet comme il le précise « de raconter des histoires d’êtres humains pris dans des contrastes existentiels ». En voix off, un texte poétique parle de deux solitudes qui prennent rendez-vous dans une mémoire étrangère.
Leon, Lena et Bruno
Au cœur de ce territoire, Leon (Antonio Catzin) un paysan sexagénaire vit seul dans sa petite maison à pièce unique. Il garde près de lui un crâne humain, parle à ses deux poules et vit de peu. Illettré mais riche d’une culture ancienne où le rapport des hommes au monde n’est pas de force, de conquête, de violence. Où on a appris à respecter l’arbre, le vent, les nuages, les bêtes et à accepter la mort. On entre dans son existence de gestes et de silence, par de longues séquences en temps réel, hypnotiques. Sa demeure -sans titre de propriété, est sur le point d’être anéantie par la construction d’une route. Les bulldozers sont déjà là, arrachant les arbres, se rapprochant de lui. Face à ce « progrès » en marche forcée, il ne fait pas le poids. A l’occasion d’un rare déplacement à la « ville » la plus proche, puis par l’intermédiaire de Bruno, un chien au nom humain, et sans doute aussi par l’intervention des dieux tutélaires du destin, il rencontre Lena (Ángelina Molina). Elle est veuve depuis des années. Elle aussi, a dépassé la soixantaine. Très malade, elle est revenue de Mexico où elle menait une brillante carrière de femme de lettres et d’universitaire, pour mourir dans sa région d’origine. Elle habite seule avec son chien, une grande maison coloniale aux hautes portes et longues coursives qui accueille l’ombre, la lumière, et bientôt Leon. Ces deux-là que tout oppose vont se retrouver et s’entraider. Peu se passe. Peu se dit. Toute la culture de Lena ne lui a appris ni à calmer ses angoisses, ni à accueillir la mort. Leon, le paysan maya qui parle une langue oubliée, va le lui apprendre.
Germinal Roaux dit qu’il a gardé en tête les mots de Marceline Desbordes Valmore : « la poésie n’est pas une petite chose : elle est essentielle, elle est notre dernière chance de respirer dans le bloc du réel ». Avec Cosmos, c’est cette respiration qu’il cherche et parvient à nous faire partager.
Créé par Séverine Coulon, Filles & Soie, revisite trois grands contes classiques pour interroger la construction des normes féminines et masculines dès l’enfance. Entre théâtre d’objets, marionnettes et langue des signes, la pièce s’appuie sur une relecture de Blanche-Neige, La Petite Sirène et Peau d’âne, inspirée notamment par l’album Les Trois Contes de Louise Duneton. En revisitant ces histoires, Séverine Coulon a eu envie d’interroger, avec humour, les modèles transmis dès l’enfance. Les héroïnes deviennent les vecteurs d’une réflexion sur les normes sociales, l’image de soi, l’obsession des apparences et les rôles assignés aux filles comme aux garçons. En incarnant tour à tour ces personnages féminins, deux comédiennes, l’une sourde, la seconde entendante, accompagnées de la musique de Sébastien Troester, explorent un parcours d’émancipation invitant à se libérer des stéréotypes et à « être soi-même ».
Vu au Grand Théâtre de Provence en mars dernier, Le Roi et l’Oiseau confirme le talent d’Émilie Lalande pour faire danser les récits sans les réduire. Après Pierre et le Loup, elle s’empare de ce chef-d’œuvre du cinéma d’animation avec ce même goût pour la musique, la fantaisie et la lisibilité du geste. Ancienne recrue du Ballet Preljocaj, la chorégraphe compose une fable limpide et troublante, où l’élégance du geste, la précision des corps et le goût du théâtre ouvrent l’imaginaire autant qu’ils aiguisent le regard. Chez elle, la fantaisie n’adoucit pas le propos : elle donne à voir, avec grâce, l’amour, la peur, la tyrannie et le désir obstiné de liberté.