vendredi 6 février 2026
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TRIBUNE : Éducation aux Médias et à l’Information en PACA : une priorité sans moyens ?

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© X-DR

Depuis des années, les pouvoirs publics affichent une ambition : former à l’esprit critique, lutter contre la désinformation, accompagner les jeunes et moins jeunes en prise avec les nouveaux usages numériques. Mais dans notre région, en PACA, l’un des principaux dispositifs qui permettait de rendre ces objectifs concrets – l’Appel à projets en Éducation aux Médias et à l’Information (EMI) porté par la Direction Régionale des Affaires Culturelles – a soudainement disparu en 2025, sans un mot de l’institution. Sans doute présume-t-on que le sud n’a pas besoin d’EMI : les préjugés feraient déjà très bien le travail.

La suppression de ce dispositif a pourtant des effets immédiats : arrêt de dizaines d’ateliers prévus dans des structures sociales, éducatives et culturelles à travers tout le territoire, disparition de centaines d’heures d’intervention auprès de bénéficiaires, et pour certains opérateurs, perte jusqu’à plus de 50 % des budgets d’action en EMI, et interruption de programmes construits depuis des années. Ce recul touche particulièrement les zones rurales, les quartiers prioritaires et les lieux de relégation ou d’enfermement, où l’EMI joue un rôle unique, garantissant une présence sociale déterminante dans des espaces souvent éloignés des grandes institutions culturelles.

Cette décision par omission, prise à bas bruit en fin d’année suite à des revirements politiques et gels budgétaires successifs, n’est pas qu’un détail administratif : elle ôte un pilier structurant, fragilisant tout un réseau d’acteurs de terrain – associations d’éducation populaire, radios et médias associatifs, journalistes, éducateur·ices – qui mènent depuis parfois plus de vingt ans des actions régulières dans les collèges, lycées, bibliothèques, maisons d’arrêt, EHPAD, lieux de soin, centres sociaux ou structures de quartier en lien avec la population.

À cela s’ajoutent d’autres mesures qui, prises ensemble, sapent un écosystème déjà malmené par ailleurs : baisse drastique du Pass Culture, balayé comme un simple effet de mode après avoir été présenté un temps comme l’alpha et l’oméga d’une politique volontariste en matière d’éducation artistique et culturelle, menaces répétées sur la pérennisation du Fonds de soutien aux radios associatives, morcellement et risque de disparités régionales quant au Fonds de soutien aux médias de proximité, incertitudes sur les financements pluriannuels.

Ces éléments finissent par dessiner un paysage inquiétant, qui dans le même temps voit grandir l’écart entre des citoyen·nes de plus en plus défiants, pris entre un système médiatique toujours plus concentré et une accélération de flux informationnels où s’engouffrent les discours populistes. Dans ce vide grandissant, nous puisons pourtant la vigueur de poursuivre notre action dont la nécessité fait d’autant plus jour : en maintenant des projets qui s’appuient sur une pluralité d’acteurs professionnels, investis dans la durée auprès des publics pour renforcer la participation et la capacité d’agir.

Au-delà des objectifs décrétés sur un plan national – de « souveraineté informationnelle face aux ingérences étrangères » ou encore de « lutte contre la radicalisation et le complotisme » – notre travail patient, inventif, profondément ancré localement, construit chaque jour de la confiance : entre jeunes et médias, entre citoyen·nes et institutions, entre territoires et information.

L’éducation aux médias et à l’information ne se résume ni à des injonctions ni à des campagnes de communication. Elle se vit dans des ateliers où l’on apprend ensemble, où l’on crée des podcasts, des images, où l’on visite un média local, où l’on débat, où l’on rit, où l’on fabrique du commun et des formes médiatiques qui appartiennent et s’adressent à celles et ceux qui les produisent et les diffusent. Ces moments nourrissent une appétence, une écoute, une capacité d’analyse, une attention à l’autre, un plaisir de comprendre et de pratiquer l’expression collective, qui sont au coeur de notre démarche. C’est cela qui fait la différence : la présence, la créativité, et la continuité d’interventions cohérentes, suivies, construites avec les publics.

Face à une situation d’abandon paradoxale au regard de l’importance de ce champ d’intervention, pourtant essentiel à la vitalité démocratique, nous appelons les pouvoirs publics – État, Région et collectivités – à une prise de position claire et à un engagement réel. Cela implique un financement pérenne de l’EMI, enfin aligné sur les ambitions proclamées ; une politique coordonnée, permettant aux acteurs de travailler ensemble plutôt que dans un enchevêtrement de dispositifs mal assortis ; et un soutien affirmé aux pratiques de terrain qui créent du lien et donnent aux citoyen·nes les outils pour comprendre, pratiquer le monde de manière plus inclusive, et en transformer les représentations.

En s’engageant dans cette voie, nous aurions ainsi le choix, depuis le sud, de représenter une exception – cette fois pour le meilleur plutôt que le pire. Ou plus modestement, de nous mettre au diapason de la dynamique à l’oeuvre dans d’autres régions ; car sans cohérence publique, aucune avancée n’est durable pour la démocratie.

Pour signer cette tribune et vous tenir informe : collectif.emi.paca@gmail.com

Signataires :

Médias et structures :

15-38 Méditerranée
L’âge de faire
Ancrages – Diasporik
Anonymal TV
La Brèche
Com’etik Diffusion
Et Baam
Euphonia, producteur sonore à Marseille
Fake Off PACA
La FAP, organisme de formation de la Fédération de l’Audiovisuel Participatif
Ligne16.net, le média participatif et citoyen
La Ligue de l’enseignement des Alpes de Haute Provence – TEMA TV
Mouais
MODE 83 / Canal D
L’orage, association de documentaristes son à Marseille
Presse-Papiers, collectif de journalistes indépendants à Marseille
Qui vive, le média écolo fabriqué en Provence
Radio Grenouille
Radio Verdon
Rembobine, le média qui lutte contre l’obsolescence de l’information
Revue Silence
SPPP Syndicat de la presse pas pareille
Les Têtes de l’art
Tabasco Vidéo
Transrural initiatives
Urban Prod, association au service de l’inclusion et de la médiation numérique
Zebuline, association Culture et Pluralisme

Journalistes et éducateur·ices aux médias et à l’information :

Raphaël Badache
Sophie Bourlet
Samia Chabani
Coline Charbonnier
Luc Chatel
Gaëlle Cloarec
Tania Cognée
Malorie D’Emmanuele
Kevin Derveaux
Macko Dràgàn
Agnès Freschel
Lisa Giachino
Juliette Harau
Nina Hubinet
Jide
Caroline Langlois
Natacha Lê-Minh
Myriam Léon
Alexandra Lopis
Léonor Lumineau
Sandro Lutyens
Pierre Millet-Bellando
Jean-Baptiste Mouttet
Marius Rivière
Grégoire Triau
Timothée Vinchon
Valérie Vrel
Samuel Wahl

Van Gogh, hors des lignes

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Harold Ancart, Green, 2025 Oil on canvas,180 × 221 cm Gagosian Gallery © ADAGP, Paris

Peintre maudit, bohème, fou… que n’a-t-on pas déjà dit sur le célèbre peintre néerlandais. Mais s’attarder sur sa correspondance, au français et au style précis, n’est pas souvent chose faite dans les musées ou dans les ouvrages sur Vincent van Gogh. C’est oublier que c’est grâce à ses mots, à ses lettres, que le peintre a connu la célébrité à titre posthume, quand Johanna van Gogh – la femme de Theo, le frère – a mis en valeur son œuvre, en y accolant ses lettres. Dans celles-ci, il raconte ses pièces, sa vie, ses malheurs, ses errances, où l’on comprend que le petit peintre maudit était aussi et surtout un bourgeois bohème, quémandant de l’argent à son frère fortuné, persuadé que son art avait une valeur, quand tout le monde la lui refusait. 

À Arles, la Fondation van Gogh, sous le commissariat de Jean de Loisy et Margaux Bonopera, a ressorti des boites cette correspondance, pour la faire revivre à travers les œuvres d’une vingtaine d’artistes modernes et contemporains, vivants ou morts. Installées dans treize pièces – comme les treize desserts – promis le folklore s’arrête là – l’ensemble est une puissante célébration de la création contemporaine, qui sait autant s’approcher que s’éloigner de l’héritage peintre néerlandais, dans un parcours au récit particulièrement bien tissé.  

Sortir de la boite 

Un bon récit commence toujours par une belle accroche. Que dire de celle présentée dans la première salle de la fondation, avec les œuvres grandioses d’Harold Ancart. Dans ces paysages bleutés, où l’on croit deviner les collines provençales, ou pyramides de verdure à la géométrie assurée, le peintre belge joue des clins d’œil avec le génie hollandais, comme dans Living Somewhere, où un arbre en fleur résonne avec ses amandiers. Plus loin il y a les sculptures de Hans Josephsohn, à l’empâtement proche du coup de pinceau du peintre, dont on peut découvrir Tête de femme, réalisé à Anvers en décembre 1885, une pièce peu connue mais qui signe déjà la patte hors norme de l’artiste. 

Les allers et retours se poursuivent dans les prochaines salles, avec notamment les fusains d’Anselm Kiefer, qui a dans les années 1960 suivi les traces du maître jusqu’en Provence, où il a réalisé une série de portraits d’habitants de Fourques. D’autres portraits saisissants, ceux d’adolescents de Rineke Dikstra réalisé à la chambre et tiré à taille presque réelle. Van Gogh c’est aussi la lumière, que l’on retrouve dans les panneaux de verre d’Ann Veronica Janssens, dont les couleurs éclatantes changent selon l’endroit où l’on se place. 

Dans chaque pièce, une citation extraite de la correspondance du peinte est mise en exergue. Mais si le lien avec van Gogh est parfois évident, là n’est pas le plus important dans cette exposition. Après tout, le peintre hollandais était un avant-gardiste, curieux du monde et hors cadre. La fondation arrive à insuffler ce même élan de liberté dans cette grande exposition à découvrir. 

NICOLAS SANTUCCI

À Vincent : un conte d’hiver 
Jusqu’au 21 avril 2026
Fondation van Gogh, Arles 

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Le son intérieur

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La Planète sauvage par l'Orchestre national de jazz © P.MORALES

La création de ce ciné-concert de l’Orchestre national de jazz a eu les honneurs de La Criée grâce à la coproduction avec Marseille Concerts : un public plutôt adulte en soirée, plutôt enfant en matinée, a permis de (re)découvrir le chef d’œuvre d’animation de Roland Topor, La Planète sauvage (1973), une sorte de conte voltairien où les Oms sont les animaux domestiques de Draags très bleus et très grands, et désœuvrés. Un exemple de résistance à l’hégémonie grandissante de Disney dans ces années 1970, dont l’ONJ s’empare avec brio, fabriquant lui aussi un « jazz » non hégémonique qui reprend la bande son pop originale et triture son univers psychédélique de sons moins synthétiques, de créations instrumentales, de citations populaires… 

Le spectacle est emmené par la jeune comédienne chanteuse Manon Xardel à l’abattage impressionnant, qui campe la conférencière timide, la présentatrice survoltée, la cinéphile passionnée. Elle éclaire au passage les enjeux esthétiques, philosophiques, historiques de cette histoire de géants à la peau bleue qui a directement inspiré aussi bien Miyazaki que les Avatars de James Cameron : la proposition sort nettement du cadre du ciné-concert, pour devenir un spectacle indisciplinaire et indiscipliné. Comme Topor !

Leçon synaptique

Au Conservatoire de Marseille la proposition L’Odyssée musicale du cerveau proposée par le Rolling String quartet revisite aussi les codes du concert : métissé d’une âme conférencière et d’esprit cabaret, le spectacle repose sur un texte porté par Amélia Donnier, dotée d’un vrai talent de comédienne et d’une magnifique voix jazz, et explore le fonctionnement de la musique sur le cerveau. Elle retrace cette odyssée sous l’angle anatomique, de la décomposition du son par la membrane basilaire jusqu’à leur impact émotionnel dans le système limbique, mais rappelle aussi des faits anthropologiques : seuls les humains savent battre des mains en rythme et chanter en chœur, toutes les civilisations humaines apaisent leurs bébés par des berceuses, qui se ressemblent, et accompagnent leurs cérémonies, leurs fêtes et leurs manifestations de musique… 

Le quatuor, emmené par un premier violon (Steve Duong) virtuose et enthousiaste accompagne l’odyssée de sons frottés, de mélodies de timbres, de créations contemporaines qui jouent avec les rythmes et les mémoires musicales. Puis ils évoluent vers des musiques de notre répertoire commun, classique, jazz, brésilien, rock, qu’ils interprètent avec brio, et l’enthousiasme d’un public conquis par la musique, et le propos.

Agnès Freschel

La Planète sauvage a été créé à La Criée le 4 décembre. L’Odyssée musicale du cerveau a été joué au Conservatoire Pierre Barbizet les 5, 6 et 7 décembre
À venir
Tous en sons  
7e édition
Jusqu’au 21 décembre
Marseille, Pertuis, Aix-en-Provence, Venelles

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Marionnettes en goguette

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Tout ou rien © La Trouée

À l’Atelier Gouache, c’est du théâtre d’objet, avec deux des Sept péchés du capital de L’Insomniaque compagnie. À commencer par la gourmandise : une tragédienne masquée vêtue de noir apparaît sur fond de musique lyrique, petite boîte pâtissière à la main, qu’elle pose sur une table siglée « Delivrenoo ». La tarte à la fraise qui s’y trouve, touchée du bout d’une langue pendante et prudente, déclenchera tout un engrenage fatal, hamburgers, poulets, crèmes glacées, … fixés sur de petits tapis roulants, actionnés par le livreur « Delivrenoo », planqué sous la table. Qu’elle débusque, pour le dévorer. 

L’avarice : cette fois-ci la table est siglée « Shark International Club ». Une millionnaire et son conseiller fiscal se rappellent quelques opérations d’optimisation amusantes, en faisant des blagues : « Aux Bahamas, on brunit pendant que l’argent blanchit », « Dans la famille Cahuzac, je voudrais le fisc », … Derrière la table, sur un panneau, des figures passe-têtes d’où vont sortir le même type de plaisanteries, avant que diverses choses (cravate, fourrure, euros, relevés bancaires, requin, pieuvre,…) s’y introduisent et les étouffent, au fur et à mesure que leur yacht, dernière optimisation en date, ne coule. 

Les machinations morbides du capital moquées par la verve et les machineries vivantes du théâtre d’objet, réjouissant ! 

Grosses têtes

À La Mèson, c’était Tout ou rien de la Compagnie la trouée, spectacle de marionnettes à partir d’un texte tiré des Dramascules de Thomas Bernhardt.

La scène se passe à Frankfort, en 1981, sur un plateau télévisé où les trois « plus hautes personnalités de l’État », petites marionnettes en deux dimensions, sont invitées à une série d’épreuves absurdes par «L’Animateur », bavard omniprésent et mielleux, composé de la tête du marionnettiste et d’un petit corps en tissu porté en cravate. « L’Animateur » est accompagné d’une assistante-potiche à perruque bonde mal fixée qui chauffe la salle, donne le top des applaudissements, et manipule les trois marionnettes. Le tout est perturbé par un petit chien informe qui se nomme canapé. Une sorte de spectacle de guignol où on ne rit pas souvent. Le tout faisant naître plutôt une sorte d’ambiance malaisante, et penser à Trump.

À suivre

Le festival se poursuit encore toute la semaine. Parmi les rendez-vous : une soirée « Stop Motion » à La Baleine (à partir de 16 ans) ce mercredi 10 décembre. Une « Nuit au Museum » (le 11, à partir de 6 ans) avec Sempreviva de Mara Kyriakidou et The girl with the little suitcase du Merlin Puppet Theatre.
Un « Parcours Friche » (les 12 et 13, à partir de 14 ans) avec Blue de Hop Signor et The Clusters de la compagnie japonaise Nao, robots et danse.
Enfin, au Théâtre de la Mer, Novella de Chiara Caruso (le 14, à partir de 7 ans) conte musical et marionnettes.

MARC VOIRY

Le Marché noir des petites utopies
Du 5 au 14 décembre 
Friche la Belle de Mai et divers lieux, Marseille et Port de Bouc

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Pourquoi nous existons

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Notre installation dans nos nouveaux bureaux a été l’occasion, lundi, de faire le point sur les raisons de cette aventure singulière, associative, reconnue d’intérêt général, née de la volonté de quelques uns il y a 18 ans. 
Nous croyons profondément en l’importance de notre tâche. 
Etre un journaliste culturel, c’est éclairer, faire passer, susciter l’envie. C’est aussi tendre un miroir aux artistes, aux opérateurs culturels qui ont besoin de retours sur leur travail dans une société qui ne les pose plus en vedette ou en guide. 

Gérard Philipe sur les planches faisait la Une de tous les journaux. Aujourd’hui pour qu’un sujet culturel soit en Une il faut qu’il y ait un scandale, un appel à la censure, une contestation. 
Les œuvres ne font plus recette. 
Pourtant, on n’a jamais eu autant besoin des artistes, des cinéastes, des écrivains, dans leur diversité. L’assaut culturel de la sphère d’extrême droite est puissant, et efficace. L’édition, la presse, les parcs historiques privés, la production cinématographique, l’art contemporain, le patrimoine artistique, sont détenus majoritairement par des milliardaires d’extrême droite ou de droite extrême, qui influencent la pensée et fabriquent l’opinion, concentrent leur mécénat sur les opérations culturelles indolores, et lancent des opérations contre les humoristes qui quittent les ondes publiques. Des sphères qui se préparent, depuis qu’elles ont conquis les médias, à s’emparer du pouvoir politique. 

La culture est un combat…

Nous sommes entrés dans une ère nouvelle, qui signe aussi un changement du slogan de Zébuline. Nous restons Culturel, Populaire et Impertinent,  mais nous affirmons désormais les motivations de notre existence : la culture est un combat. Du moins la culture indépendante, émergente, dérangeante, polémique, plurielle, décoloniale, queer. Celle que l’on défend à Zibeline, puis Zébuline, depuis 2007. 

Ceux qui nous connaissent depuis 18 ans connaissent les raisons qui ont présidé à notre journal et à sa persistance, contre vents et marées. L’élection de Nicolas Sarkozy en 2007 a achevé de convaincre une bande de copains, persuadée que la culture publique est indispensable à la démocratie, qu’il fallait entrer en résistance, et défendre l’art et la pensée contre le bling bling décomplexé. 

Depuis la censure exercée sur les télés et les radios publiques, la concentration des industries culturelles, livres, presse, musique enregistrée, cinéma, jeux vidéos et créations numériques, dans les mains de quelques-uns, et le dénigrement systématique d’une culture publique jugée tour à tour élitiste ou woke, confirment jour après jour une reprise en mains culturelle qui n’a cessé de s’amplifier. Depuis, les subventions culturelles sont à la baisse, la décentralisation culturelle est mise en panne, et la culture publique régresse. 

De gauche à droite : Marc Poggiale (Directeur de publication de Zébuline), Agnès Freschel (Fondatrice et rédactrice en chef), Jean-Marc Coppola (Adjoint au maire de Marseille en charge de la culture), Nicole Joulia (Vice-présidente du Département 13 en charge de la culture), et un peu cachée, Samia Chabani (Directrice de l’association Ancrage et en charge de la rubrique Diasporik au sein de Zébuline). Photo prise lors de l’inauguration des locaux du journal Zébuline le 8 décembre 2025 © M.E.H

…que nous ne lâcherons pas

Aujourd’hui le combat continue, toujours aussi ambigu, de plus en plus difficile à décrypter. Sarkozy dédicace son autobiographie de détenu dans une librairie marseillaise, Bardella fait fortune avec son essai financé par Fayard, c’est à dire par Bolloré. L’extrême droite ne brûle plus les livres, elle les imprime. Et les soutient par une propagande appuyée dans ses réseaux de presse et sur des  réseaux sociaux qui  brouillent la donne et les esprits.

Dans ce contexte, le combat culturel que nous avons initié est plus pertinent que jamais. Dans une région où le Rassemblement national, c’est certain, va gagner des villes, des collectivités, et siéger dans les exécutifs, nous devons nous tenir les coudes. Travailler la mise en commun, veiller les uns sur les autres et refuser l’esprit de concurrence. 

AgnÈs Freschel


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Ce que l’on pèse, ceux que l’on touche

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© Sener-Yilmaz Aslan

Elle s’est installée en résidence de recherche et création depuis le 24 novembre et propose à l’occasion des terrains de jeux, d’expérimentation chorégraphique, des axes de rencontres où le public est invité à danser, à réécrire et réceptionner le mouvement.  « Le cœur de ce travail, c’est la question de notre masse, du fait qu’on pèse, sur Terre !  Il s’agit d’ouvrir à des relations où la rencontre se fait autour d’un don du poids et d’une réception du poids de l’autre. » 

Ce mois-ci, à Soma, elle invite à donc à habiter l’espace, à penser les relations au corps depuis le mouvement, sous la forme de performances participatives, de protocoles de jeux et d’improvisation. L’expérimentation ludique et l’improvisation chorégraphique, qui sont au cœur de son travail, questionnent le rapport au corps collectif, à la friction et à l’intimité. 

Relier et consentir

« L’œuvre d’art est là pour stimuler la relation sociale. Elle est là comme prétexte pour qu’il y ait une expérience qui se vive. Et là, en l’occurrence, l’objet de travail, c’est la relation. Regarder l’art de la relation comme un objet à choyer,  à regarder sous de multiples facettes. » 

Pour mettre en œuvre cette stimulation, Mathilde Monfreux propose à Soma des ateliers des jeux de rôles et de consentement et des cours de danse. 

Le temps fort de la résidence se déroulera l’après-midi du 13 décembre. Un spectacle-conférence où les performances  permettront d’expérimenter un temps d’activation  lent et collectif, qui observe l’histoire de la danse depuis une de ses marges, le contact-improvisation.  Car la compagnie Les Corps parlants de Mathilde Monfreux est formée de danseur·euses et performeur·euses impliquées dans la pratique du soin

« C’est à partir de l’étude de ces gens qui pratiquent le contact, que s’étirent aussi des questions sur le toucher : qui touche qui dans la société. » 

Quelles pratiques tactiles souhaitons nous, quel degré de tendresse, quels portés, quel toucher, quel contact possible et consenti désiré dans notre société patriarcale ?

Nemo Turbant

Somactivisme
La danse comme art relationnel

jusqu’au 20 décembre
Soma, Marseille

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Platon en partage

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Platon dans L’École d’Athènes de Raphaël (détail)

Zébuline : Quel est le point de départ de cette série de rendez-vous ?
Grégoire Ingold :
Le point de départ, c’est finalement la démarche de Platon dans La République. Il y a 2400 ans, Platon établissait le modèle d’une société vertueuse. La question, pour nous, n’était pas de repartir de son texte, mais de nous interroger aujourd’hui sur la question qu’il s’est posée : comment peut-on réfléchir au devenir de notre société ? Pour cela, nous avons choisi de travailler par thématiques, sans prétendre tout traiter, car le sujet est complexe et très vaste. Il s’agissait de faire un détour par le texte de Platon pour relancer les discussions et les réflexions au présent.

Ces rendez-vous mêlent philosophie, théâtre et participation citoyenne. Comment avez-vous imaginé l’articulation entre ces dimensions ?
Il s’agissait de mettre les moyens du théâtre, de l’acteur et de la représentation scénique au service d’un exercice citoyen auquel on convie le public. Le théâtre est un lieu dont la fonction est d’inviter les citoyens à emprunter les chemins de l’art, mais qui reste toujours tourné vers le réel. La scénographie crée un espace qui donne l’esthétique d’une assemblée. Ce n’est pas une parole frontale, mais un espace au milieu duquel la parole peut advenir. On traverse alors différentes séquences de prise de parole qui se tissent pour construire un parcours autour d’une même thématique.

Gregoire Ingold © X-DR

À l’heure où la démocratie se fragilise, que permet de questionner le texte de Platon ?
La République est un traité de philosophie politique ; elle interroge les formes de régime qui nous gouvernent. Ces formes n’ont pas réellement changé depuis 2400 ans, même si la démocratie athénienne n’est pas identique à la nôtre. Platon n’écrit pas un programme politique : il propose une réflexion féconde qui met en route les esprits pour ne pas capituler devant la violence du réel. Une réflexion qui maintient l’idée que, malgré tout, d’autres voies sont possibles.

Vous pariez ainsi sur une « transformation du réel  » ?
Le seul fait d’énoncer ensemble un diagnostic et des hypothèses vers lesquelles on pourrait tendre pour un avenir meilleur participe déjà d’un mouvement de transformation. Le fait que cela soit énoncé collectivement, réfléchi, prononcé à voix haute, crée un engagement. Le titre Dire une société désirable, c’est faire du théâtre un lieu du dire, un lieu de la parole proférée. Dire, c’est déjà une forme d’engagement, pour chacune et chacun, qui prépare ensuite à l’action.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR CARLA LORANG

Témoins platoniciens
À chaque rendez-vous, des « Grands témoins » sont présent·es. Anne-Lorraine Bujon vient échanger autour de L’éloge de l’injustice ; Barbara Stiegler et Marc Lazar s’attaquent à la question de la Décadence des régimes politiques ; et Dimitri El Murr interroge Notre naturel tyrannique. Christophe Pébarthe, lui, accompagne les trois rencontres. 
De nouveaux rendez-vous sont prévus du 4 au 6 mars. C.L.

10 au 13 décembre 
Théâtre La Criée, Marseille

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Noël en culture aux Rotatives La Marseillaise

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De Gauche à droite : Maurice Gouiran Gilles Del Pappas et Jean-Paul Delfino © X_DR

De la mémoire révolutionnaire au polar social marseillais, en passant par la poésie d’Aragon mise en musique, ces rencontres célèbrent une littérature militante, de celle qui ne renonce jamais au combat. Le 12 décembre à 18 heures, ouverture du bal avec Guillaume Quashie, historien et auteur de Haro sur les Jacobins, Essai sur un mythe politique français (XVIIIe-XXIe siècle)

Dans cet ouvrage qu’il présentera, Quashie interroge la manière dont la mémoire révolutionnaire est aujourd’hui instrumentalisée, occultée ou réinventée. Comment les figures jacobines, ces révolutionnaires radicaux de 1793, sont-elles devenues tantôt des épouvantails, tantôt des icônes que l’on invoque à tout propos ? Que sont donc ces fameux jacobins ? Ont-ils seulement existé ? s’interroge l’auteur, qui est parti à leur recherche pour les étudier dans leur époque et comprendre les références polémiques dont ils sont depuis l’objet. 

Le lendemain, la matinée sera consacrée à la rencontre avec des auteurs témoignant de la vitalité de la création littéraire régionale. L’occasion de préparer ses cadeaux de Noël en faisant dédicacer les livres par des auteur·rices en chair et en os. Parmi eux Martine Gärtner, dont les romans sociaux ont pour cadre une Allemagne où elle a enseigné vingt ans ; Bernard Ghirardi, connu pour ses ouvrages retraçant l’histoire locale ; Edmond Purguette, auteur du roman Drôles de bestioles (2022) qui s’inspire de son vécu dans l’enseignement et décrit des destins parfois difficiles d’adolescents. Mais encore Robert Rossi, trublion rock – il est le chanteur de Quartiers Nord – et historien qui a écrit une histoire de la Commune à Marseille et raconte dans ses livres les marges et les oubliés. 

On discutera aussi avec la poétesse Marine Saint-Persan et Laetitia Vivaldi, auteure du livre Les âmeutés, qui évoque la résistance d’un peuple face à un capitalisme destructeur. Seront aussi présents les « polardeux » qui interviendront l’après-midi durant la rencontre Massilia noire.

Le polar comme arme sociale

Celle-ci réunira sept figures du genre. Florence Brémier, qui écrit pour la jeunesse, le Martégal Jean-Claude Di Ruocco, Jean-Paul Delfino, l’écrivain-voyageur aux nombreux prix littéraires, qui affirme un goût pour les ancrages populaires, les lieux de friction sociale et de dérive morale. On retrouvera aussi Gilles Del Pappas, écrivain au grand cœur à la gouaille toute marseillaise dont les anti-héros – et en particulier Le Grec –, humanistes, refusent le cynisme et les compromissions des lieux et époques qu’ils traversent. 

Enfin, on entendra Maurice Gouiran, lauréat du Prix spécial du jury – Prix de l’Évêché 2025 pour son roman On n’est pas sérieux quand on a 17 ans et Pierre Dharréville, ancien député communiste des Bouches-du-Rhône, également romancier. Ce dernier, décidément homme aux multiples talents, proposera un moment musical autour de Louis Aragon et présentera le disque qu’il a réalisé avec le musicien Christian Vaquette, qui met en musique treize textes du poète, certains célèbres, d’autres moins connus du grand public. Avec des sonorités pop-rock, cette pépite offre une relecture contemporaine d’une œuvre aux textes intemporels. 

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Noël en culture
12 et 13 décembre
Les Rotatives La Marseillaise, Marseille
Entrée libre

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Marseille a la côte 

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Anonyme, les plages du PRado depuis le Roucas-Blanc (vers 1960, (AMM, 2 Fi 70)

À quoi ressemblait le littoral marseillais au XIIIᵉ siècle ? La côte marseillaise a été profondément modifiée au fil des siècles par l’impact humain. Du littoral sauvage des Calanques aux plages urbanisées du centre-ville, en passant par les bassins du port autonome, le littoral est complexe, et il existe mille et une manières de le raconter. 

À travers une sélection de 150 documents et objets – manuscrits, dessins, cartes, gravures, cartes postales – les Archives municipales de Marseille dépeignent le littoral de la rade nord à la rade sud, montrant sur près de 50 kilomètres, les évolutions de la côte à travers les âges.

Une promenade côtière

A l’image d’une balade en bord de mer, le parcours met en lumière des documents datant pour certains du XIIIᵉ siècle, comme des parchemins du Vieux-Port. Conçue comme une « exposition-promenade », Entre Terre et Mer fait le choix d’une scénographie légère et immersive. En première ligne de l’exposition, une carte géologique est prise comme point de départ des aménagements côtiers montrant l’importance de la nature des sols dans l’évolution et la transformation du littoral. 

C’est réellement à partir du XIXᵉ siècle que les transformations s’accélèrent : en 1848 a lieu l’aménagement du chemin de la Corniche, poursuivi par les bains du Roucas-Blanc au début du XXᵉ siècle, puis par les plages du Prado dans les années 1960. À l’image des lieux aujourd’hui qualifiés « d’instagrammables », l’histoire visuelle privilégie des sites iconiques – Vieux-Port, Corniche, plage du Prophète, Calanques- laissant d’autres zones peu représentées au sein de l’exposition. 

Les archives : un espace de réflexion

Donner au public des repères historiques, proposer des ressources pour comprendre et sensibiliser à l’histoire du littoral; derrière Entre Terre et Mer, les Archives municipales affichent l’ambition d’ouvrir le débat autour des aménagements futurs. Si les archives d’une ville sont parfois comme «un vieux tas de papier», elles sont en réalité un véritable outil de réflexion pour penser les transformations à venir et nourrir les réflexions citoyennes. Face aux conséquences du dérèglement climatique, il est essentiel d’éclairer le débat actuel sur l’avenir du littoral marseillais en tenant compte des évolutions historiques.

Carla Lorang

Entre Terre et Mer
du 6 décembre au 24 avril 
Archives municipales de Marseille

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À Aix, une histoire de regard

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© Culturespaces : Thomas Garnier

Le parti pris d’une exposition peut être monographique, chronologique, thématique. Elle peut aussi être la mise en lumière du travail d’un mécène, d’un riche collectionneur. La nouvelle exposition du centre d’art Caumont, à Aix-en-Provence, présente une sélection de la collection d’un riche industriel du caoutchouc, Oscar Ghez. 

Né en Tunisie il a constitué à partir de 1955 une importante collection, avant d’ouvrir en 1968, un musée dédié à Genève, le Petit Palais. Un tableau renvoie d’ailleurs à la figure du collectionneur, critique d’art en la personne de Thadée Natanson de la Revue blanche, peint par Vallotton. Et Ghez lui-même, dans la première salle apparait dans le tableau de Trèves comme figure tutélaire de l’événement.

Portrait avant tout 

Le choix des acquisitions dévoile des lignes de force : Ghez aime avant tout les portraits. Portrait de femmes, en liseuse chez Guillaumin, en dame horrifique à la voilette de Manet, en nu chez Vallotton, Lempicka ou Valadon, en pied chez van Dongen, en funambule poétique chez Marie Laurencin. 

Le portrait revient à l’intérieur de scènes familiales dans un jardin ou dans l’œuvre phare de Caillebotte, le pont de l’Europe. Ce grand format structure plusieurs éléments : des personnages isolés comme un ouvrier en blouse, un soldat dans l’arrière-plan et surtout un couple bourgeois qui avance dans la direction du visiteur, au premier plan, cachant en fait un autoportrait de l’artiste, en redingote et haut-de -forme. 

Ghez semble moins sensible au paysage, peu représenté dans la collection. Quelques réalités plus sociales apparaissent comme l’Aciérie de Maximilien Luce. Quant à au cubisme, l’abstraction qui ont marqué l’histoire de l’art des années contemporaines de la vie du collectionneur, ils sont quasiment absents. Le seul et unique tableau non figuratif, est une œuvre d’Artur Segal et les deux Picasso présents à la fin du parcours sont eux aussi rattachés à une représentation humaine, dont l’Aubade. Ghez est donc un collectionneur au goût sûr mais assurément pas un découvreur, ni un aventurier de l’art de son vivant.

MARIE DU CREST

Regards d’un collectionneur
Jusqu’au 22 mars 2026
Centre d’art Caumont, Aix-en-Provence

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