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Censure et boycott à Marseille

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Les Rencontres à l’échelle, posent avec acuité les questions du rapport politique entre les États et les peuples, et la concurrence des récits ; le Festival de Marseille, dont nous présentons la programmation dans les pages suivantes, propose de visiter la diversité du monde depuis ses quartiers, et fabrique un festival populaire avec les Marseillais·es ; la ville bouillonne de langues du nord et du sud, de touristes et de « venants », de réfugié·es et d’exilé·es. Pourtant, au même moment, la censure et le boycott des artistes et de la presse resurgissent et mettent en danger la démocratie culturelle dans sa diversité.

Une balle dans le pied

Le FID Marseille avait invité le cinéaste israélien, habitant en France, critique sans ambiguïté de la politique nationale et internationale d’Israël, Nadav Lapid. Il devait faire une masterclass à propos de son film, Oui, qui lui a valu les foudres du Gouvernement israélien, qu’il qualifie très clairement de fasciste, et dont il combat la politique colonialiste et génocidaire. 

La commission européenne avait d’ailleurs refusé de financer son projet de film, qu’elle a jugé « antisémite ». Mais cela importe peu : il s’agit pour quelques cinéastes programmés par le FID de boycotter tout le cinéma israélien. Pas de s’en prendre au Crif ou à l’ambassade d’Israël, aux relais médiatiques de la propagande israélienne, aux produits israéliens, aux États qui le soutiennent, mais aux artistes. Censure insensée : le Gouvernement israélien se réjouit du revers de son opposant, à qui cette polémique donne d’ailleurs une visibilité que le FID était loin de lui offrir. 

Quant à ses détracteurs boycotteurs, ils portent la responsabilité de l’escamotage qui s’opère, et détourne les regards des nécessaires sanctions contre l’état génocidaire, au profit de querelles franchouillardes qui crispent les positions dans une binarité délétère. Plus grave, ils désignent des boucs émissaires à la vindicte de celles et ceux qui s’identifient à la juste cause palestinienne. Si l’accusation d’antisémitisme, qui sert d’outil politique contre LFI, est la plupart du temps ridicule et extensible, les actes antisémites réels, les agressions, ne cessent d’augmenter, y compris dans les cours d’écoles.

Censurer la presse

Un autre établissement marseillais pratique la censure, dans un contexte plus anodin, et moins urgent. Il révèle pourtant la même volonté de faire taire les voix discordantes qui militent pour la diversité culturelle et la représentation de toustes. 

L’Opéra de Marseille refuse désormais la venue des journalistes de Zébuline, du moins à ses grosses productions contestables. Il faut dire que celles-ci se permettent d’être critiques de son fonctionnement, même si c’est aujourd’hui le seul opéra de France qui ne programme aucune femme cheffe, aucune compositrice, aucune musique contemporaine ou de création. 

Pas question non plus d’être critique de ses productions dispendieuses, qui ne tournent pas. Ni de remettre en cause ses mises en scène qui n’interrogent jamais les rapports coloniaux, la domination masculine, les préjugés de classe pourtant si présents, et si problématiques, dans les opéras du XIXe siècle. Qui constituent la quasi-totalité de ce que propose la maison marseillaise.  

Une journaliste émet un doute sur ces représentations problématiques du répertoire et ce refus caricatural de la parité ? L’Opéra de Marseille lui ferme les portes, et préfère inviter les critiques dithyrambiques qui ne parlent que des voix, et jamais de ce qu’elles chantent. 

Les valeurs réactionnaires qu’elles trimballent perpétuent, à grand renfort d’argent public, une culture de classe, patriarcale, dépassée. Qu’il ne s’agit pas de censurer, mais de remettre en cause, en débats, pour qu’elle évolue et se partage. Parce qu’à Zébuline, vraiment, on adore l’opéra… 

AGNÈS FRESCHEL


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Lézardons dans la rue

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How Much We Carry © Edouard Barra

Depuis dix ans déjà, Lézardons dans la rue anime les rues de Pertuis avec une programmation mêlant artistes locaux et compagnies venues d’ailleurs. Le festival vauclusien s’ouvre cette année le 18 juin avec l’Orchestre à l’école, qui réunit les élèves du Conservatoire autour des sons des saxophones, trompettes, tubas, trombones et percussions. Côté spectacles vivants, la compagnie arlésienne Le Gratte-Ciel détourne les codes officiels avec Fuego (18 juin), offrant un cirque de proximité ponctué de surprises explosives en tout genre. Avec How Much We Carry (19 juin), les acrobates Débora Fransolin et Marin Garnier proposent un cirque à la fois contemporain et immersif. Le festival se poursuit avec un road movie en Twingo, un hommage décalé à Céline Dion, ou encore une fresque autobiographique de Kader Attou…

C.L.
18 au 20 juin
Divers lieux,Pertuis
Un article complet est à lire dans notre magazine à paraître ce 12 juin.

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Les Flâneries d’art contemporain

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Fabrice Magné - Danseuse © X-DR

Les Flâneries d’art contemporain célèbrent cette année leur 20e édition. Au programme : arts plastiques, danse, musique et lecture s’entremêlent dans les jardins du centre ville historique d’Aix-en-Provence. Les jardins Mérindol, des Étuves et des Guerriers accueilleront peintres, sculpteurs, photographes, céramistes, musiciens, comédiens et danseur·euses. Parmi les temps forts, la venue du photographe suisse Peter Knapp, figure de la presse des années 1960-70, les œuvres de street-art de M. Chat, les fresques de César Malfi, ou encore les sculptures poétiques de Fabrice Magnée, réalisées à partir de vieux clous. Côté musique, Emmanuel Rossfelder, Vincent Beer-Demander et Jean-François Zygel se succéderont, tandis qu’un temps lecture permettra de découvrir les correspondances entre l’écrivaine Colette et l’actrice Marguerite Moreno ou encore entre Clémenceau et Monet.

C.L.
20 et 21 juin
Jardin Mérindol, des Etuves, des Guerriers, Aix en Provence

Un article complet est à lire dans notre magazine à paraître ce 12 juin.

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Aix en juin

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© X-DR

Du 12 au 30 juin, Aix en juin donne un avant-goût au Festival d’Aix-en-Provence avec trente-huit manifestations gratuites. Concerts, spectacles en tout genre, ateliers et cinéma investissent différents lieux emblématiques de la ville et de la région. Le 12 juin, le Panorama lancera la fête place des Prêcheurs avec les équipes du Festival et les artistes de l’édition 2026. Parmi les temps forts, le « Parcours initiatique » associera le Collectif Meute Passerelles et des musiciens de l’Orchestre des Jeunes de la Méditerranée dans une performance collective. Puis place à une parenthèse vocale les 19 et 20 juin, à l’abbaye de Silvacane, avec les Voix de Silvacane portées par Ana Silvera, Saied Silbak ; l’Ensemble vocal Aix-Marseille Université, Alessandra Soro et le récital de guitare d’Emma Fekete. Un prélude musical et festif qui donne le la à la suite des festivités.

C.L.
12 au 30 juin
Divers lieux
, Aix-en-Provence et environs
Un article complet est à lire dans notre magazine à paraître ce 12 juin

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Marsatac

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Théodora © Lea Esmaili

Marsatac célèbre sa vingt-huitième édition du 12 au 14 juin sur les pelouses du parc Borély. Fidèle à son ADN rap, le festival élargit tout de même ses horizons, en proposant afrobeats, shatta, dancehall, afro-caribéen, bouyon et brasilian funk. Parmi les têtes d’affiche figurent Niska, ElGrandeToto, La Mano 1.9, Meryl, Bamby ou encore la « Boss Lady », Théodora… La relève sera au rendez-vous avec Menace Santana, Juste Shani et Ino Casablanca. Tandis que la scène marseillaise mettra en lumière ses artistes locaux : Metah, Diez et Creamy G. Enfin, Le Calage mettra à l’honneur les cultures queer et inclusives avec Twerkistan, Wanda Witt, Feu Foulek, Claude Emmanuelle et le collectif Cagole Nomade.

C.L.

12 au 14 juin

Parc Borély, Marseille

Un article complet est à lire dans notre magazine à paraître ce 12 juin.

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Marina Gomes, la danse en lutte

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FdM2026 Nidal_Marina Gomes, Elias Ardoin©Barbara Buchmann-Cotterot

Zébuline. Pouvez-vous nous expliquer la genèse de cette création, que vous avez portée en lien avec un centre de détention ?

Marina Gomez. Nidāl en arabe signifie « lutte ». Cette pièce est co-chorégraphiée avec Elias Ardoin, qui est danseur et cascadeur. Dès le départ, on voulait parler de combat, de violence, mais aussi de manière plus spirituelle, la quête de la paix intérieure. Et finalement l’opportunité de travailler avec des détenus dans une prison est apparue. Pendant trois mois, deux à trois fois par semaine, nous sommes rentrés en création avec eux. Les détenus étaient principalement en fin de peine, ce qui était nécessaire car nous avons pensé le projet sur la durée. Notre pièce, et c’est très important, est une création, pas une médiation d’atelier. Sur scène, les anciens détenus sont accompagnés par des danseurs professionnels. Le public ne peut pas les distinguer, c’est très important pour mettre tout le monde au même niveau.

Comment avez-vous pensé la chorégraphie ?

La pièce parle de la violence physique, extérieure, mais aussi de la violence en soi. La première partie, ce sont de vraies scènes de bagarres. On a travaillé avec Elias de la même manière que des cascadeurs. Nous sommes très inspirés par le cinéma, tout comme Arsène Magnard, qui signe toutes les musiques de mes spectacles et qui compose pour des films. Lorsque je chorégraphie une pièce, je pense en plan, en séquence, comme une scène de film. Et c’est particulièrement le cas dans Nidāl. La seconde partie de la pièce parle du collectif comme moyen de trouver l’apaisement.

Cette pièce témoigne, comme dans tout votre travail, d’un engagement fort de votre part.

Mon engagement, c’est la lutte contre la déshumanisation. Que l’on vienne des quartiers, que l’on soit détenu, on a des choses à raconter. Quand on donne un espace de confiance, de prendre soin, on grandit ensemble. Ce qu’on défend dans cette pièce, c’est que le champ des possibles est beaucoup plus immense que celui qu’on imagine. Cette création est dans la continuité de mon travail, et je la rapprocherais presque davantage de ma prochaine pièce, qui s’intitule Plutôt le feu que les larmes, pensée pour douze femmes danseuses,qui parle de lutte. Elle est prévue pour janvier 2027.

Vous allez présenter un documentaire sur le processus de création de Nidāl, pouvez-vous nous en dire plus ?

En effet, la représentation sera suivie d’un documentaire de quinze minutes, réalisé par Camille Tonnerre, qui nous a suivis durant la création en centre de détention. Il donne la parole à certains des détenus qui ne pourront pas être avec nous.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR MONA LOBERT

Nidāl[dedans-dehors]28 et 29 juin

Klap - Maison pour la danse, Marseille

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30 ans et toutes ses danses

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FdM2026_XXL_Sofiane Chalal ©Monia Pavoni

Créé en 1996 par Apolline Quintrand, le Festival a toujours permis aux Marseillais d’accueillir les plus grand·es artistes du monde, surtout les chorégraphes, tout en ne négligeant pas la création régionale, et en produisant les artistes de la ville. En 20 ans les plus grands noms de la danse se sont succédé sur les scènes d’une cité qui a aussi appris avec son festival à faire de ses parcs, de ses musées, des lieux d’accueil public. Jan Goossens a repris le flambeau après 20 ans pour 6 éditions qui ont orienté les regards vers la création méditerranéenne et africaine, et proposé de grands projets participatifs ancrés dans une ville cosmopolite.

À la tête du Festival depuis 2022, Marie Didier poursuit le travail de démocratisation culturelle et d’échos du monde. Elle développe des actions culturelles à l’année auprès des étudiants et des scolaires, met en place une politique tarifaire à 10 € (1€ pour les places solidaires). Elle permet ainsi à tous et toutes de « faire » le festival, qui dure désormais près de quatre semaines, brasse tous les arts et propose 65 rendez-vous publics. Soit, en 2026, 31 propositions artistiques dont 23 spectacles, 4 films, 5 ateliers de danse et 3 DJ sets, sans oublier une sieste collective.

Reposant, comme depuis 30 ans, sur un équilibre entre propositions internationales et production locale, le Festival démontre que Marseille est une ville monde : les artistes marseillais, aixois parfois, s’appellent Éric Minh Cuong Castaing, Marine Relinger, Édith Amsellem, Taoufiq Izzeddiou, Marina Gomes, Oona Doherty, (La)Horde, Dorothée Munyaneza ou Chabana. Certains sont nés à Marseille, d’autres s’y sont installés depuis peu, par choix ou au terme d’un exil. À leurs côtés des artistes venus de 17 pays du monde, à la croisée de l’Europe et de la Méditerranée.

Un festival de créations

Si cette édition s’inscrit dans un principe de continuité et de développement, elle affirme quelques valeurs fortes : l’inclusivité, puisque la plupart des spectacles sont accessibles aux malentendants, et cinq aux déficients visuels, et que la question du validisme s’y décline en débats et en spectacle ( _pArc_ au Ballet de Marseille) ; l’égalité femme/homme, puisque la parité est atteinte « non seulement dans le nombre de spectacles créés par des femmes mais aussi dans les moyens de création qui leur sont attribués », comme le souligne Julie Chenot, présidente du festival ; dans le défense des œuvres nouvelles, puisque 20 créations seront présentées au festival, qui proposera aussi une re-création, 3 premières françaises, et 5 projets de co-créations impliquant plus de 500 personnes.

Un choix qui n’est pas anodin dans un secteur en crise économique. Il inscrit le festival dans le présent du monde. Car, comme l’explique Marie Didier : « sur le fond les œuvres n’évitent rien : elles regardent la dureté du monde en face, explorent nos fractures, interrogent nos clivages. » Mais sur les formes, toute revendicatrices qu’elles soient, sont éclatantes de vie : quand Sofiane Chalal veut lutter contre la grossophobie, il met en scène quatre danseuses XXL qui s’opposent aux insultes par la joie et la force des corps. Quand le projet Nouba-ti veut sortir les femmes méditerranéennes de l’oppression ou l’invisibilité, ce sont 10 artistEs qui s’unissent en collectif, affirment que c’est leur tour, et créent ensemble films, musiques, performances et textes.

Ces spectacles « opposent à la peur de l’autre la rencontre entre les cultures » et « hybrident les luttes et les formes, détournent les codes, ouvrent les brèches. » Elles construisent un formidable espace de convivialité, de liberté, et d’avenir.

AGNÈS FRESCHEL

Festival de Marseille
Du 14 juin au 8 juillet
Divers lieux, Marseille

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Festival de Marseille : le défilé libératoire d’Édith Amsellem

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FdM2026_Le Grand Défilé Edith Amsellem©Edith Amsellem et Marguerite Ruggirello

Qu’est-ce que la mode ? Génératrice des profits les plus extravagants des milliardaires français, elle se définit comme le goût passager d’une époque, et a codifié la cérémonie du défilé, c’est-à-dire l’exhibition de corps en mouvements, généralement féminins, sur un promenoir, dit catwalk, face à un public commentateurs snobs et d’acheteurs bien assis. Mais la mode inspire aussi les plasticiens, s’expose au musée, invente la slow fashion week [voir p.15] et permet à Édith Amsellem, de parler des corps exhibés, des corps oubliés, des corps minorisés.

L’artiste marseillaise a toujours fait sortir le théâtre de ses gonds habituels. Ses premières apparitions d’actrice ont pris place dans des taxis, dans la série d’Anne Pleis Taxis-Théâtre, qui avait pour décor Marseille, au début des années 2000. Avec la compagnie En rang d’oignon, créée en 2005, puis avec sa compagnie ERd’O, elle a créé des spectacles hors des lieux habituels, pour en faire surgir des sens inattendus mais pas incongrus, présents dans les textes. Ainsi jouer Les liaisons dangereuses sur des terrains de sport permettait de présenter chaque lettre, chaque scène, comme un combat, avec victoire et défaite de Merteuil ou Valmont. Jouer Yvonne princesse de Bourgogne sur des jeux d’enfants figurait l’immaturité des personnages et interrogeait l’imaginaire des princesses d’enfance.

Derrière les costumes

Depuis 2024, elle travaille sur le vêtement, et le défilé. Les Beautés, son premier essai, faisait parader des réfugiés affublés de bleu blanc rouge, de rêve de gloire, de récits d’exil, qu’ils livraient au gré de leurs changements de costumes. Les Superbes donnaient la parole, sur le même principe, à des jeunes gens qui faisaient circuler sur le catwalk leurs difficultés à se construire.

Le Grand défilé ne regroupe que des femmes, trans ou cis, et explore les stéréotypes de genre, dont le vêtement est le plus évident. Séparation des rayons dans les magasins, contraintes des talons, des jupes, de l’onglerie, du maquillage, du lissage, des bijoux, des tatouages, port pudique du voile, de la perruque et autres « couvrez ce sein que je ne saurais voir »… Ces modes, acceptées voire revendiqués et outrées par les femmes, parlent de nos soumissions et renoncements, de nos arrangements et contradictions. Qui vont défiler, portés par 12 femmes (3 pros, 9 amatrices) qui ont des choses à dire.

AGNÈS FRESCHEL

Le Grand défilé
Les 20 et 21 juin à 17h et 20h
Jeanne Barret, Marseille

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Au Festival de Marseille, Oona Doherty à fleur de cuir

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FdM2026_Leather Jacket_Oona Doherty (c) Luca Truffarelli

Tout est, chez Oona Doherty, affaire de choc. Choc des cultures, choc des genres, choc des esthétiques. Un goût du heurt et de la collision, puisé dans l’esthétique du bien-nommé bounce (rebond) qui lui permet de regarder autrement les gestes que l’on croit trop brutaux, trop vulgaires, trop masculins, pour y déceler une pure beauté. Depuis Hope Hunt and the Ascension into Lazarus, Hard to be soft ou Navy Blue, la chorégraphe nord-irlandaise – désormais installée à Marseille – travaille ce point de tension où la rage sociale devient grâce. Colère pure, mais beauté aussi, dans ces gestes cabossés qu’elle ne polit jamais : elle les tient, les écoute, les travaille jusqu’à ce qu’ils deviennent langue.

L’art du rebond

Avec Leather Jacket, la chorégraphe nord-irlandaise revient à une pièce fondatrice, créée il y a onze ans sous forme de solo. Elle en réécrit la matière pour un groupe, en plein air, au Théâtre de la Sucrière. Un passage du corps seul au chœur, de l’énergie intime à la contamination collective. Sans narration, sans texte ni décor, la pièce mise sur ce qui reste quand tout disparaît : les corps, les appuis, les souffles, le son direct du mouvement. On y retrouvera ces bounces, rebonds pratiqués chaque jour par Oona Doherty, et ces étirements poussés jusqu’à devenir rythme, rituel, presque transe. Puis la composition inédite de Luca Truffarelli et Federico Ortica, trempée dans la house et l’électro, fera monter l’ensemble vers une piste où la troupe claque, vibre, insiste, jusqu’à faire de la scène une piste, et de la troupe une « chorale physique ».

En amont, l’atelier gratuit proposé le 21 juin à la Friche aux danseur·ses professionnel·les et avancé·es permettra d’entrer dans cette grammaire brute, théâtrale et cinématographique. Le 4 juillet, la veste de cuir devrait moins blinder les peaux que les mettre à vif.

SUZANNE CANESSA

Leather Jacket
4 juillet
Théâtre de la Sucrière, Marseille

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« Quand on est fatigué, on est vrai »

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FdM2026 Border Dance Taoufiq Izeddiou © mohammed lamqayssi

Créée au Festival de Marseille, Border Dance prolonge la recherche de Taoufiq Izeddiou sur la transe, le geste partagé et la puissance politique des corps. Entre rituels gnawa, flamenco et danse contemporaine, le chorégraphe réunit professionnel·les et amateur·ices marseillais·es dans une traversée où le commun se danse.

Zébuline. Vous vivez entre Marrakech, Aix-en-Provence et Marseille. Comment cet ancrage nourrit-il votre travail sur le collectif ?
Taoufiq Izeddiou. Je suis installé à Aix-en-Provence depuis 2013, et j’ai beaucoup travaillé sur le terrain, avec ses besoins, ses attentes, ses inattendus. Ce qui continue à me passionner, c’est l’espace public, le rapport à l’autre, à sa ville, à sa communauté. Avec Danser ma ville, on a réuni beaucoup de monde. Cela répond à ce qui nous manque aujourd’hui : l’étreinte, le sourire, le contact, faire corps avec les autres, le toucher, le lâcher-prise. Beaucoup de gens habitent au même endroit et ne se rencontrent jamais. La danse permet de créer des communautés, des familles de sens. Elle propose un temps d’arrêt, de regard, d’écoute. Des personnes de langues, d’origines, de croyances différentes peuvent alors s’écouter et faire un pas de danse ensemble. L’écoute et le regard sont la colonne vertébrale de cette proposition.

La transe et l’épuisement traversent Border Dance. Qu’est-ce qui apparaît quand le corps fatigue ?
Ce qui m’intéresse dans la transe, c’est le lâcher-prise. Si ça lâche dans la tête, ça peut lâcher dans le corps. C’est une forme de dépassement. Quand on est épuisé, c’est là que ça commence pour nous : comment aller plus loin, laisser sortir des choses conscientes ou inconscientes ? La transe est un moteur pour faire apparaître des danses qui ne sont pas forcément écrites ou codées, mais qui s’appuient sur le vécu, la pensée, la mémoire. Pour moi, quand on est fatigué, on est vrai, très vrai. On n’est plus dans le spectaculaire, dans le fait de fournir de l’énergie, de la technique, de la présence. On est dans une autre présence. On se découvre autrement : debout, assis, parfois sans muscle. Et là, on passe d’un corps politique à un corps poétique.

Border Dance fait dialoguer gnawa, flamenco et danse contemporaine. Comment regardez-vous les danses traditionnelles ?
Border Dance est une suite logique après Danser ma ville, mais avec une pièce partagée entre danseurs professionnels et amateurs avancés. J’ai vu certains potentiels se révéler chez les participants, et j’ai eu envie de partager la scène avec eux. Tous ont des danses en eux. Quand on révèle leurs danses d’enfance, leurs danses d’origine, que ce soit celtique, tango, flamenco ou gnawa, quelque chose se décontracte dans le corps : une liberté, une libération. En même temps, je suis danseur contemporain, je suis dans une danse créative. Je cherche de nouvelles interprétations, parce que la danse se renouvelle sans cesse. J’arrive d’une trilogie autour de la transe, et je tombe ici dans une autre forme de transe : le flamenco. Il faut protéger les amateurs pour qu’ils ne soient ni décor, ni accessoires, ni figurants, mais présents entièrement. C’est un très beau challenge, un stress aussi, et un pas vers l’inconnu.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR SUZANNE CANESSA

Border Dance
26 et 27 juin
Théâtre Joliette, Marseille.

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