mercredi 21 janvier 2026
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Juan Carmona fête son anniversaire à l’Opéra

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Pour fêter ses 40 ans de flamenco, le guitariste et compositeur Juan Carmona investit ce 29 novembre l’Opéra de Marseille pour une soirée en deux temps. Le musicien, né à Lyon en 1963 dans une famille de gitans ayant fui le franquisme, a commencé la guitare à 10 ans, a donné son premier récital à Marseille à seulement quinze ans, puis s’est envolé pour l’Andalousie, où il s’est formé auprès des plus grands maîtres du flamenco. Sa curiosité et ses pérégrinations musicales et géographiques l’ont ensuite amené aussi bien vers le jazzman Pat Metheny, que la famille Chemirani, les musiciens gnawa, l’Ouzbékistan à l’Inde.

À l’Opéra, la première partie de son concert va donner à entendre une relecture de ses titres les plus emblématiques. Le guitariste sera accompagné de ses fidèles musiciens : la chanteuse et le chanteur Noemi Humanes et El Piculabe, le flûtiste Domingo Patricio, le bassiste Sergio Di Finizio, le percussionniste Isidro Suarez.

En seconde partie, sous la baguette de Miguel Pérez Iñesta, ce sera la Sinfonia flamenca, œuvre composée par Juan Carmona en 2006 : entre musique écrite et improvisation, la triade flamenco, guitare, chant et percussions va venir se frotter à l’Orchestre philharmonique de Marseille. Au programme : esprit manouche, envolées rythmiques, vélocité instrumentale, et crescendo hispanisants.

MARC VOIRY

Juan Carmona, 40 ans de flamenco

29 novembre

Opéra de Marseille

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Dessiner la violence de la chasse aux sorcières

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Dans le tome 2 de sa bande dessinée Ils Brûlent, Aniss El Hamouri poursuit l’histoire de Georg, Ongle, et Pluie, qui continuent de se débattre pour échapper au statut de sorcières

Aniss El Hamouri a un talent rare pour dessiner la violence. Jeune dessinateur et illustrateur franco-marocain installé en Belgique, il a bouleversé le monde de la bande dessinée avec Comme un frisson (Éditons 6 Pieds sous terre, 2023, paru initialement chez Vide Cocagne en 2017) qui contait la révolte, les doutes et les fragilités d’un trio de jeunes marginaux qui tente d’acquérir son autonomie. Il s’est ensuite lancé dans cette saga existentialiste intitulée Ils Brûlent, avec le tome 1 – Cendre et Rivière. Tout en bichromie froide, avec son trait brutal doublé d’une densité narrative épatante, cette œuvre teintée de dark fantasy est difficile à définir tant elle est unique.

Dans un monde médiéval hostile, Georg aide Ongle et Pluie, deux jeunes filles accusées de sorcellerie, à échapper à un impitoyable inquisiteur, qui les a brutalisées jusqu’à l’insoutenable et a cisaillé leur corps. Accompagné·es d’une rage incandescente tantôt contenue tantôt explosive, iels traversent des villages et des forêts avec perte et fracas. Dans ce deuxième volume, Ongle et Pluie sont séparées. L’une, livrée à elle-même dans la forêt, perd doucement pied avec le réel et le monde des humains. L’autre, prisonnière du Mage qu’on nomme Caphyre, s’attend à être tuée.

Emporté·es dans la psyché et les émotions des personnages qui luttent entre la vie et la mort, nous voilà stupéfait·es de ressentir corporellement, à la lecture, leur fureur de vivre et de survivre. L’auteur nous perd dans l’histoire (sciemment, on l’espère), tant elle est éclatée. La relation entre les trois protagonistes tient à un fil.

Les conséquences de la violence

Où fuir quand la violence a forcé l’entrée de notre corps ? Peut-on rendre coup pour coup ? Peut-on demeurer en colère toute une vie ? Comment se relier aux autres après avoir subi le pire ? Voici quelques questions brûlantes soulevées par ce récit mystique et poétique sur le traumatisme, la difficulté de guérir, l’amitié et l’identité… Une identité disloquée par la violence. Les corps ne sont plus ceux de jeunes filles, mais des corps-sutures, des corps-cri, des corps-feu.

Une identité fracassée par les mutilations qui dépasse la binarité de genre, tant elle se transforme pour devenir floue, androgyne et errante. Entre rêve et réalité, Georg, Ongle et Pluie poursuivent leur route sans véritable destination, en s’attachant à qui iels peuvent au gré de leurs rencontres, tentant de recréer une communauté et des amitiés qui sauvent. Iels élargissent les potentialités de lien en communiquant avec les non-humains, incarnés dans le personnage de Gris, esprit de la forêt qui prend vie sous la forme d’une roche, d’un arbre ou d’une louve.

Voici un vrai tome 2 qui ne donne pas de réponse mais propose plutôt une transition courageuse entre un premier volume introductif et une résolution possible dans le dernier volume à venir. Les personnages vont-ils s’en sortir en faisant usage de la violence… ou en cultivant l’amour ?

ELODIE MOLLÉ

Ils Brûlent, Tome 2 – Prison et ciel, de Aniss El Hamouri
Éditons 6 Pieds sous terre - 23,50 €

Nature et expérimentation

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Le festival Jest proposait un double concert ce 20 novembre avec la Forêt de Georgia Creek et le groupe de jazz Marsavril

La soirée intimiste et singulière, dans la salle du Théâtre de l’Œuvre, commençait avec La Forêt de Georgia Creek. Après quatre semaines de résidence avec l’AMI – Aide aux Musiques Innovatrices – Antoine-Aurèle Cohen-Perrot et Max Parato présentaient leur projet de recherche-création. À l’entrée, le public découvre un article intitulé Lutter Ensemble pour des Forêts vivantes écrit par Cohen-Perrot, Antoine Chopot et Camille Besbombes annonçant ainsi le propos du concert : l’état actuel des forêts en France, et le militantisme pour des forêts dites vivantes.

La Forêt de Georgia Creek est une création audiovisuelle mêlant des images tournées dans la forêt de la Sainte-Baume à des montages vidéo, qui suit un personnage fictif – Georgia Creek – animé par Marina Konther. Comme lors d’un ciné-concert, la musique suit les images, débutant par exemple avec le bruit de pas du personnage produit par la contrebasse. Ou ce synthé aux sonorités fantastiques pour accompagner les animations tantôt calmes, tantôt inquiétantes.

On observe une dystopie de déforestation massive, les panneaux solaires, les forêts mortes, les monocultures, le manque de vie. Ce chaos est restitué par des bruits métalliques et durs, notamment avec la batterie qui tape sur des cymbales smack stack. Même si la musique semble parfois manquer de substance pour traduire l’émotion et la gravité du sujet.

Place au jazz

La deuxième partie, distincte, vire au jazz avec les lauréats de Jazz Migrations #10 Marsavril. Le groupe formé en 2022 est composé de Mathieu Bellon (saxophone et claviers), Pierre Guimbail (guitare), Jasmine Lee (basse) et Benjamin François (batterie).

La formationest abondante de textures et d’effets qui rejoignent – bien que sans l’avoir voulu – le chaos des images de la première partie. Les chansons suivent un format similaire, planants au départ, presque minimalistes : des rythmes simples, l’utilisation du balai à la batterie, un saxophone mélancolique. Puis, le quatuor va crescendo vers un chaos contrôlé jusqu’à l’apothéose lors du dernier morceau.

LAVINIA SCOTT

Concerts donnés le 20 novembre
au Théâtre de l’Œuvre, Marseille.

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Rapprochement des peuples

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Une soirée entre musiques savantes et musiques populaires, c’est ce que propose le Grand Théâtre de Provence ce 29 novembre. Sous la baguette de la renommée Debora Waldman, l’Orchestre national d’Avignon-Provence et la talentueuse violoncelliste Astrig Siranossian interprètent un répertoire qui invite le public à voyager vers les terres du Caucase. Les deux compositeurs, Fazil Say (Turquie) et Aram Khatchatourian (Arménie) ont puisé inspiration dans le patrimoine folklorique et la beauté des musiques populaires – de par les timbres, textures, rythmes de ses chants et danses – pour transformer ces emprunts en musique savante mais nouvelle.

L.S.
29 novembre
Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence

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Comment reconstituer l’indicible

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LaVoix de Hind Rajab(C) Jouu2 fete

Le 29 janvier 2024, Hind Rajab, une petite Palestinienne de 6 ans est en voiture avec sa famille qui tente de fuir Gaza. Pris pour cible par l’armée israélienne, six membres de sa famille meurent et Hind Rajab reste coincée à l’intérieur du véhicule. Elle contacte par téléphone Le Croissant Rouge Palestinien, espérant être sauvée. Tout en essayant de la maintenir en ligne, ses interlocuteurs, Omar A. Alqam etNisreen Jeries Qawas font tout leur possible pour qu’une ambulance lui parvienne. En vain ! L’ambulance envoyée sur place, aussi, a été détruite et ses deux secouristes tués. Kaouther Ben Hania a fait de cette tragédie un film dont on sort en larmes. Un film qui laisse à tout jamais des traces dans notre conscience et dans notre cœur. Un film dont je ne ferai pas la critique : le geste de Kaouther Ben Hania est un acte de résistance, un geste face à l’impuissance qu’on peut ressentir devant une tragédie. A Cinemed, devant une salle comble, qui l’a longuement applaudie et où elle a obtenu à la fois le Prix du public et celui de la Critique,  celle qui en 2023 avait réalisé Les Filles d’Olfa (https://journalzebuline.fr/les-filles-dolfa-la-tunisie-dans-lentre-deux/) a expliqué avec émotion son projet et La Voix de Hind Rajab.

« J’ai entendu cette voix dont quelques extraits circulaient sur Internet et pendant une fraction de seconde, j’ai eu l’impression qu’elle me demandait de l’aider. Un sentiment d’impuissance m’a envahie : impossibilité de l’aider. Cette voix me hantait. J’avais appris que le Croissant Rouge avait enregistré toute la conversation. J’ai commencé à me dire que je devais faire un film face à ce sentiment d’impuissance. Je ne voulais pas que cette enfant devienne un numéro, je voulais lui donner un visage et une voix. J’ai joint le Croissant Rouge pour pouvoir écouter tout l’enregistrement et cela a été une des choses que j’ai écoutées, la plus dure de ma vie. J’ai contacté la famille de Hind et j’ai parlé avec sa mère qui était encore à Gaza, une personne admirable : « Ce film ne se fera que si vous le désirez. C’est votre décision » lui ai-je dit ; elle a été tout de suite partie prenante du film. J’ai rencontré les personnes du Croissant Rouge qui m’ont raconté leur journée et ont aussi  intégré le projet.

L’écriture du film

 J’ai envoyé le premier jet du scénario et on a beaucoup dialogué.  Idem pour les acteurs. J’ai écouté la voix en février, ai reçu l’enregistrement en juillet et on a tourné en novembre. Je sentais l’urgence de le faire. L’écriture n’a pas pris beaucoup de temps. Ils m’ont beaucoup parlé : c’était important de voir ce qu’ils avaient ressenti. Au cœur il y a la voix et il fallait trouver la bonne forme pour faire ce film ; j’ai croisé les différents éléments, la retranscription de la voix et les témoignages Je voulais quelque chose de vertigineux, comment retranscrire l’impuissance vertigineuse.

Les choix de mise en scène

J’ai souhaité faire appel à des comédiens. C’est un film de reconstitution ; il me fallait des interprètes ; je ne pouvais pas faire appel à eux pour qu’ils rejouent ce qu’ils avaient vécu. C’est un film en huit clos : je voulais raconter du point de vue de ceux qui ont reçu l’appel.  On les voit dans un open space. Et on a le son qui est le hors- champ, le bombardement, la voiture assiégée.  Les spectateurs sont là, avec eux avant que la mort n’arrive. On aurait pu la sauver. Pourquoi n’a-t-on pas pu ? J’aurais aimé ne pas faire de film mais cette histoire a eu lieu. On a tourné en Tunisie puisque l’espace du huis clos est un décor. Les comédiens (Saja Kilani, Motaz Malhees, Clara Khoury, Amer Hlehel) sont palestiniens et partagent cette tragédie. Il y a eu des moments si intenses qu’ils avaient du mal à jouer…

Fiction ou documentaire se demanderont peut-être certains. Un film qui en rejette les frontières, et surtout un film de résistance face à la barbarie. Un film indispensable.

Le public de la Mostra de Venise où a eu lieu la première projection l’a bien compris en faisant à Kaouther une standing ovation de 23 minutes. La Voix de Hind Rajab y a obtenu le Grand Prix du Jury et représentera la Tunisie aux Oscars 2026 

Annie Gava

En salles le 17 novembre

Nuba Nova 2

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Dans le cadre du festival marseillais Jest, la Cité de la Musique et l’A.M.I. invitent Nuba Nova 2, le nouveau projet porté par Meryem Koufi et Medhi Haddab. Spécialiste de la musique arabo-andalouse, Meryem Koufi est au chant et à la Kouitra – luth proche du oud – aux côtés de Medhi Haddab, virtuose du oud. Ils seront accompagnés par Skander Besbes à la guitare électrique ainsi que Bruno Ralle aux claviers. Ensemble, ils font vibrer l’art de la Nouba, une forme musicale héritée de la culture arabo-andalouse qui s’appuie sur la poésie, autour de thèmes comme la nature et l’amour. À l’origine art de cour, elle a été transformée et revivifiée par les pratiques populaires au fil du temps.

 L.S.
28 novembre
Cité de la Musique, Marseille

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Vanessa Wagner

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En collaboration avec Marseille Concerts, le Foyer Ernest Reyer de l’Opéra de Marseille accueille la pianiste Vanessa Wagner pour un récital en hommage à Erik Satie, dont on commémore le centenaire de la disparition. Figure singulière du paysage pianistique français, Vanessa Wagner s’est imposée par son éclectisme, son goût des passerelles esthétiques et une interprétation toujours empreinte de sobriété poétique. Pour cette matinée musicale, elle propose un dialogue entre Satie et le compositeur américain Philip Glass adepte des partitions minimalistes. Les Gymnopédies et Gnossiennes, pièces emblématiques de Satie, y côtoieront les 3 Pièces froides. En miroir, les 8 Études de Glass, épurées, déploieront leurs motifs répétés, leurs évolutions progressives et leur pulsation régulière presque hypnotique.

A.-M.T.
30 novembre à 11 h
Opéra de Marseille

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Nils Ostendorf

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Les ExtraMod sont des concerts surprises organisés par le GMEM en dehors de la saison habituelle des Modulations. Pour cet ExtraMod#5, trois musiciens venus d’Allemagne, de Norvège et de France vont se retrouver sur scène pour un mélange d’improvisation contemporaine, de jazz expérimental et de musique acoustique. Nils Ostendorf, trompettiste très actif dans la scène improvisée, aime transformer son instrument en laboratoire sonore. Le guitariste Fredrik Rasten utilise, lui, le réaccordage en temps réel et différentes préparations pour créer des résonances chaleureuses et fluctuantes. Enfin, le percussionniste Toma Gouband joue sur une batterie arrangée avec des pierres sonnantes et autres objets bruts qu’il glane. Un rendez-vous qui s’annonce plein d’imprévus.

A.-M.T.
29 novembre 
Friche la Belle de Mai, Marseille

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Sortilèges sonores pour les minots

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Du 2 au 21 décembre, la septième édition du festival Tous en sons ! mêle futur technologique, poésie scientifique, écologie et traditions revisitées

Et si l’IA était une nouvelle sorcière moderne mystérieuse et ambivalente, capable de soigner certes, mais aussi, détentrice de possibles maléfices ? Cette métaphore traverse toute la programmation de l’édition 2025 du festival Tous en Sons !, qui se tient du 2 au 21 décembre, dans les Bouches-du-Rhône et le Vaucluse. Elle relie entre eux des spectacles qui, chacun à leur façon, interrogent notre rapport à la technologie, au vivant et au sensible.

Au cœur de cette réflexion, le festival propose deux coproductions : HAL2000 donne voix à une intelligence artificielle qui, au contact d’un DJ humain, découvre l’amour, la peur, le doute (Espace culturel Busserine, Marseille, 10/12). Ce conte électro-pop résonne étrangement avec Métamorphose de la Compagnie Yokaï-So-6 (La Manufacture, Aix-en-Provence, 16-18/12), où les mots enregistrés par des adolescents deviennent, avec l’IA, des avatars visuels nourrissant une musique en constante évolution.

Deux expériences qui racontent, chacune à leur manière, comment le numérique influe sur nos émotions. Le festival multiplie les expériences où l’image et le son s’entrelacent. La planète sauvage, film mythique primé au Festival de Cannes (1973), est revisité par l’Orchestre national de jazz dans un ciné-concert évoquant autant l’utopie que l’écologie (La Criée, Marseille, 4/12). EKLA ! ouvre un livre pop-up géant où l’image animée rencontre une électronique bondissante. (Espace musical Hyperion, Marseille, 9/12 ; La Fruitière Numérique, Lourmarin, 12/12).

Futur et mémoire

Face à ces fictions futuristes, la programmation offre aussi des récits qui s’ancrent sur l’héritage et la mémoire. L’Aubrac Fantôme (Cité de la Musique, Marseille, 18/12) revisite les archives de la RCP Aubrac – vaste enquête ethnographique menée dans les années 1960 – pour imaginer une équipe de scientifiques en 2085, redécouvrant la vie rurale ancienne.

Ce dialogue entre passé et futur trouve aussi un écho dans Dondo (PIC–Télémaque, Marseille, 14/12), poème sonore de polyphonies vocales et d’électroacoustique nourri d’un glanage de berceuses traditionnelles. Dans le même lieu (21/12) la compagnie Après la Pluie,prolonge cette veine mémorielle en portant sur scène dans …TRACE… dix ans de récits – poignants mais aussi joyeux – d’enfants hospitalisés.

Musique et cerveau

Le rapport entre musique et cerveau est aussi interrogé. Le cabaret scientifique, L’Odyssée musicale du cerveau (Conservatoire Marseille, 5-7/12) invite un quatuor à cordes, une chanteuse et le public à naviguer d’une zone cérébrale à l’autre, tandis qu’Emmanuel Bigand, violoncelliste et spécialiste des neurosciences cognitives, décrypte les pouvoirs thérapeutiques du son lors d’une conférence (L’Étincelle, Venelles, 4/12).

Un pouvoir dont L’Orchestre des Colibris, qui réunit, dans un geste artistique, enfants sourds profonds, implantés ou appareillés, enfants entendants et musiciens professionnels, est la plus belle démonstration (L’Étincelle, Venelles, 2/12 ; Site Pablo Picasso, Martigues, 5/12).

Infiniment… grand et petit

La Médiathèque des Carmes (Pertuis) quant à elle, ouvre grand ses portes à l’imaginaire avec Griff et les Fabuloptères(6/12) qui nous emmène dans un univers miniature – dessiné en direct – à la découverte de la vie secrète des galeries souterraines et Allo Lola ?! (17/12) qui raconte avec humour comment les réseaux peuvent séparer – puis rapprocher – deux écoliers, l’un ultra connecté, l’autre toujours dans la lune. Poésie encore dans la Galaxie provisoire de la Compagnie Maguelone Vidal où bulles de savon lumineuses et saxophone dessinent un cosmos fragile et éphémère (Istres, 10/12 ; Théâtre Massalia, Marseille, 13/12 ; Mucem, Marseille, 17/12).

À ces belles narrations, s’ajoutent deux invitations à l’Opéra de Marseille : une visite guidée au cœur du théâtre à l’italienne et de ses secrets (8/12) et un concert pédagogique avec un trio issu de son orchestre philharmonique.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Tous en sons !
Du 2 au 21 décembre
Divers lieux, Bouches-du-Rhône et Vaucluse
Préserver son écoute
Cette nouvelle édition marque aussi, pour le festival, le lancement d’un plan de prévention pluriannuel avec un premier volet dédié aux risques auditifs. À l’occasion du week-end du 5 décembre, seront accueillis au Conservatoire de Marseille des rencontres professionnelles, des ateliers d’intelligence collective et de nombreuses associations. A.-M.T.

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Les documentaires prennent la mer

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Du 29 novembre au 6 décembre, l’Alcazar, la mairie du 1/7, le Mucem et l’Artplexe accueillent la 29e édition du PriMed,et offrent 30 heures de projections publiques et gratuites

Soutenu par la Région Sud et la Ville de Marseille, porté par le Centre méditerranéen de la communication audiovisuelle (CMCA), le PriMed, Festival de la Méditerranée en images, repose sur le travail de trois sélectionneurs : sur 548 films documentaires reçus venus du monde entier, 25 sont retenus, se déroulant dans 15 pays méditerranéens. Reposant sur un partenariat avec France Télévision, la Raï, l’Ina, l’Union des diffuseurs des États-Arabes, le PriMed remet chaque année douze prix.

Quatre sont décernés par un jury professionnel présidé cette année par Daphné Rozat. S’y ajoutent le prix du public pour le « court », trois prix à la diffusion remis par les chaînes télé, et le prix « Moi, citoyen méditerranéen » et le « Prix des jeunes de la Méditerranée » délivré par un jury de lycéens des deux rives. Ce projet implique 3 000 lycéens de la Région Sud, d’Egypte et d’Italie dans une action qui tient de l’éducation à l’image et à la démocratie.

Deux masterclass porteront sur les trois films de cette sélection : Algérie, section armes spéciales de Claire Billet qui revient sur l’utilisation par l’armée française de gaz toxiques en Algérie. À vol d’oiseau de Clara Lacombe où un immigré guinéen clandestin croise la route d’un ornithologue, et Born to fight de Ala’A Moshenitinéraire d’une championne de kickboxing tunisienne.

Les thèmes sont graves

La question israélo-palestinienne bien sûr. Holding Liat de Brandon Kramer suit une famille, fracturée comme la société israélienne entre laïques et religieux, dans son combat pour la libération de deux des siens, otages du Hamas. Ou, en regard, Life and death in Gaza, filmé par quatre familles gazaouies qui chroniquent leur quotidien sous les bombes.

Dire la guerre encore avec Green Line de Sylvie Ballyot à travers le traumatisme de Fida dans l’enfer rouge de Beyrouth. Ou découvrir le procès des soldats israéliens coupables du massacre de 49 paysans du village de Kafr Qasim en 1956 (The 1957 Transcript d’Ayelet Heller).

Il s’agit aussi de partager les luttes citoyennes contre la pollution d’une cokerie en Bosnie-Herzégovine (Le Ciel au-dessus de Zenica de Nanna Frank Møller et Zlatko Pranjić) Ou de constater la force des photos de Letizia Battaglia pour dénoncer les crimes de la Mafia sicilienne. De s’attacher au destin particulier d’une jeune fille mal aimée, filmée sur dix années parIsabelle Tent (Alice par ci, par là). Ou de rencontrer avec House with a voice, les Burrneshas d’Albanie, ces « vierges jurées » qui renoncent à la sexualité pour vivre comme des hommes. Dans tous les cas, ces films donnent le temps de construire une réflexion au-delà de l’actualité saisie par flashes.

Au programme également deux projections-débats : la première posera la question de l’apprentissage de la langue arabe dans les écoles françaises, autour du film de Jaouhar Nadi  : Mauvaise langue ; la seconde parlera des violences faites aux femmes, à partir du film de Nadia Zouaoui : La promesse d’Imane, féministe algérienne, blogueuse engagée, morte à 26 ans.

L’espérance est têtue

Mais la vie s’impose contre la fatalité du malheur, tel le Don Quichotte mis en lumière par le Mucem dans Je suis la nuit en plein midi de Gaspard Hirschle, flanqué de son écuyer, livreur de pizza, Sancho. Sus aux résidences fermées de Marseille, traduction du cloisonnement social !

Allégorie d’un idéal jamais vaincu, comme le gabian de la paix sur l’affiche de cette nouvelle édition du PriMed. Un gabian qui vaut bien une colombe.

ELISE PADOVANI

PriMed
Du 29 novembre au 6 décembre
Divers lieux, Marseille