mardi 22 septembre 2026
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Finir en beauté

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© TighriUzar

Dimanche, la grande scène du Village se clôturera par une soirée sous le signe de la danse et du partage avec, en tête d’affiche, un concert du trio kabyle Tighri Uzar

« De la musique orientale pour la clôture, c’est une couleur qu’on voit peu. » Mauve Ferry, chargée de projet à la direction culturelle de Martigues, se réjouit de la venue de Tighri Uzar et du collectif marseillais Twerkistan pour la clôture du Village des Fadas du Monde, le 12 juillet. De 18h à minuit, performances, concert et DJ set mettront le feu à la grande scène. Avec en ouverture la musicienne déjantée Anne-Laure Carette qui proposera un dance-floor junior mêlant musique, chorégraphies participatives et moments d’échanges. Les enfants pourront aussi s’essayer au théâtre, avec beaucoup d’humour. 

Les chants kabyles à l’honneur 

Pour cette soirée de clôture, la grande scène recevra les trois sœurs du groupe Tighri Uzar, accompagnées exceptionnellement par Karim Hennad au chant et à la mandole. Depuis 2009, Nadia, Samia et Naima reprennent des chants traditionnels kabyles.« Ces chants sont notre matrimoine. Transmis de mères en filles par l’oralité. En kabyle, neouech signifie “chant à cappella” » explique Nadia, percussionniste et chanteuse du groupe.

Le trio a joué sur de grandes scènes parisiennes, comme l’Olympia, la fondation Cartier, ou encore lors de la Journée de l’Amitié organisée par Mediapart. « Nous défendons des valeurs féministes, pour la liberté d’expression » continue l’artiste. Tighri Uzar signifie « la voie des racines ». Et en les écoutant, l’émotion de générations de femmes transparaît. « Ces chants nous viennent de notre mère. Elles parlent de la douleur des femmes, de l’exil, de l’attachement à la nature aussi, très important dans notre culture ». À Martigues, Tighri Uzar proposera un concert mêlant chants traditionnels festifs, compositions originales et moments d’échanges avec le public pour un moment qui s’annonce d’une grande intensité. 

L’heure du Twerkistan

Pour finir en beauté, la ville a choisi un collectif bien connu des soirées marseillaises : le Twerkistan ! Pour leur première fois à Martigues, ielles vont transporter le public avec leur énergie shatta, afro, hip hop… Kermittta, Pak Djeen ou encore DJ Nasty N vont enflammer la soirée pendant deux heures de show. Wahid, programmateur et membre du collectif, voit la soirée comme un « carnaval festif et organique », avec des déambulations dans le public.« Notre particularité, c’est de faire venir des gens sur scène, de les inviter à danser ! » Pour cette première, 800 personnes sont prévues devant la grande scène. « Et si c’est plus c’est encore mieux ! On a hâte de voir si les habitants de Martigues sont aussi chauds qu’à Marseille ! »Challenge accepté ? 


MONA LOBERT 

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Une semaine pour refaire le monde

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© atoll_K

Plus qu’un lieu, le Village est un moment de l’été où, depuis 2023, les Fadas du Monde se déclinent en ateliers artistiques et sportifs, en concerts, spectacles, rencontres thématiques, artistiques et culinaires, pour tous les âges ! Le programme se construit en amont, avec les propositions des habitant·es, des associations, des maisons de quartier et centres sociaux. Et il s’improvise encore sur place, durant toute la semaine, et permet de partager de bons moments en famille, entre ami·es et avec des inconnu·es.

Le lieu

La base nautique municipale de Tholon, habitée toute l’année par le Club de Voile de Martigues, est située au bord de l’eau, offrant des espaces naturels paisibles, arborés et ombragés.

Les inscriptions aux ateliers, à la scène ouverte, au banquet, aux missions quotidiennes pour les personnes volontaires, se font à l’accueil à l’entrée. 

La grande scène, la scène du bois et la scène du bord de l’eau permettent d’accueillir les différentes propositions à l’échelle qui leur est adaptée

Safe, responsable et partagé

Un espace est aménagé au bord de l’eau pour dîner : tables, bancs, foodtrucks et buvette associative, planchas en libre-service pour se restaurer en famille ou entre ami·e·s.

Il s’agit pour chacun·e d’être en sécurité : un dispositif de lutte contre les violences sexistes et sexuelles est mis en place avec application d’alerte et stand de prévention.

Des lave-vaisselles mobiles permettent de ne pas avoir de vaisselle jetable sur le site, qui est équipé de tri des déchets quadriflux.

Les activités quotidiennes

Le Marché des Fadas est installé au cœur du village. C’est une allée entière composée de stands en bois, façon guinguette, qui célèbre l’engagement et la créativité des associations et artistes de Martigues et ses alentours qui s’identifient aux valeurs des Fadas du Monde. Une invitation à la rencontre !

Les sports se pratiquent et se célèbrent : les terrains de pétanque sont en accès libre (boules disponibles à l’accueil), sept machines à jongler géantes, pour adultes et enfants, sont installée au bord de l’eau (du mardi au jeudi) et les matches de la Coupe du monde sont retransmis sur grand écran.

La détente aussi se pratique avec insistance : une Zone zen propose des ateliers d’art thérapie, un coin jeux est animé par la médiathèque et un expert des échecs et la Case à palabres propose d’expérimenter henné africain, thé vert et tresses brésiliennes…

Il sera aussi question d’éco-responsabilité avec l’association Neede, de culture scientifique avec l’association Les Petits Débrouillards, et de Plastoc-toc avec l’association Milvi.

L’espace des P’tits Fadas accueille les enfants de 6 à 12 ans, accompagnés d’un adulte, pour des ateliers de construction plastique, de dessin et peinture, en vue de l’élaboration d’une œuvre collective.

Le Village des Fadas du Monde

Du mardi 7 au dimanche 12 juillet

Tous les jours de 18h à minuit

Base nautique municipale de Tholon

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Fraises et cerises

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Très gros plans sur un vinyle qui tourne, sur une feuille de cannabis dessinée sur un mug et des mains tavelées. Un casque, un micro, le visage tanné de Philippe Rebbot. On est dans un studio radiophonique. Ambiance feutrée, intime, jazzy, le medium grave de la voix de l’acteur raconte l’origine. Serge Pomalovski qui ressemblait à Don Quichotte, a rencontré des années auparavant Jeanne Bergère, pourfendeuse d’injustices, guerrière comme Jeanne d’Arc, mais ni pucelle, ni royaliste. Elle a donné un micro à Serge qui ne l’a plus quitté. Amour fondateur, disparu mais qui sourit encore sur la photo, incarné par la jeune Ariane Ascaride en égérie des luttes. Pourtant les haut-parleurs diffusent le message : « Aujourd’hui, pas de météo : tout est gris, tout est noir au camping Le temps des Cerises ». On est en juin mais le printemps des utopies a du plomb dans l’aile. Les seuls auditeurs de cette radio libre très très locale, abritée dans un petit bungalow délabré, sont les six résidents à l’année qui vont être expulsés. Le lieu, niché en montagne près d’un lac idyllique va fermer pour laisser place à une base nautique de loisirs. Les activistes cagoulés en mode FNLC auprès desquels Serge, guidé par un drone diffusant tour à tour l’Internationale et la chevauchée des Walkyries, cherche de l’aide, le renvoient à sa ringardise.

On est dans un monde clos, à la marge, quoiqu’hétéronormé. Les personnages sont  précaires, fragiles et attachants : il y a le jeune Manu (Quentin Dolmaire) qui construit sa cabane en lisant La vie dans les bois d’Henri Thoreau. Lana del Vélo (Kim Higelin) la nomade qui « a quitté le troupeau » et dont Manu tombe amoureux comme autrefois Serge de Jeanne. Il y a Léa (Estelle Meyer) auxiliaire de vie dans un ehpad, enceinte de son compagnon Karim (Oussama Kheddam), un homme angoissé, passionné de biologie végétale qui ramasse les poubelles avec Raymond (Grégory Montel). Il y a surtout Jocelyne (excellente Florence Loiret-Caille), manutentionnaire dans une supérette, qui traîne sa jambe comme ses désillusions, et dont le cœur se voudrait de pierre face au tendre Raymond, « l’homme-camion », ancien humoriste, transi d’amour pour elle. Ce cœur qui fait boum boum et dont le battement se slamera triomphalement.

Les chevaliers des ondes

 A défaut de changer la société, ces personnages dans leur routine construisent un collectif, et dans l’adversité, retrouvent la force et la fierté d’être « les chevaliers des ondes » -plutôt positives et résolument libres. Leur choral se structure en chapitres, flanqués d’un prologue et d’un épilogue. Comme les différents morceaux d’un album. Les séquences se suivent, se superposent, patinent à l’instar des discours de vœux des présidents de la République successifs, vendus en DVD au supermarché. On revient en arrière. On mixe. Les dialogues au lyrisme assumé se font drôles, émouvants, décalés. Le réalisateur réinterprète la comédie romantique avec inventivité et espièglerie. S’aventure dans un La La Land en réfectoire. Son naturalisme social se mâtine de poésie, d’onirisme, d’un surréalisme d’irruptions incongrues.

La nostalgie ici n’est pas réactionnaire. Elle ouvre sur des utopies renouvelées. Le titre, hommage ouvert à l’inoubliable et étrange chanson de John Lennon Strawberry Fields Forever, célèbre la force de l’imagination et son éternité.

ELISE PADOVANI

Un Champ de fraises pour l’éternité d’ Alain Raoust

En salle le 1er juillet

Nightborn (YÖN LAPSI) : Lorsque l’enfant paraît

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©Pietari Peltola

 Saga (Seidi Haarla) et son mari Jon (Rupert Grint) arrivent par une route de terre à une maison abandonnée au cœur d’une forêt nordique : il est anglais, elle est finlandaise et enceinte. Fuck London ! ils ont décidé de fonder leur foyer là, en harmonie avec la nature. De construire une famille parfaite. Saga rêve d’avoir un enfant aussi adorable que sa nièce si blonde et si angélique. « Tu es trop romantique » ironisera la mère de Saga, aussi peu maternelle que possible et peu disposée à jouer la grand-mère.

Les désirs normés de Saga virent au cauchemar. Le bébé naît en la déchirant, se montre agressif, suce le sang de ses seins, produit des sons gutturaux, pleure à la lumière… Il est laid et poilu. La réalisatrice se garde longtemps de le montrer de face mais on perçoit la surprise gênée de la famille et des amis venus célébrer la naissance. Tous font comme si de rien n’était.

Pour expliquer le comportement de plus en plus étrange de Saga et de son fils, ils se réfèrent à la dépression postpartum – car « c’est toujours la faute de la mère ». Jon pourtant bienveillant craque. Le couple se défait. Et Saga se retrouve seule pour affronter la monstruosité de ce petit troll que la forêt environnante protège comme son fils.

 Né de la Nuit est un film de « mauvais genre » non dénué d’humour noir. Le sang gicle sur les visages, la viande se dévore crue. Le monde « civilisé » est pulvérisé par les forces occultes de la forêt. La maison, qui se transforme au fil des étapes du drame, et la chambre d’enfant « idéale », explosent. La peau de Saga se fait écorce. Les racines des arbres reprennent possession des lieux.

Horreur, gore et fantastique dynamitent les repères rationnels. Les contes de Grimm et d’Andersen ne sont jamais loin.

Mais Nightborn, c’est surtout une fable sur la maternité, sur la pression sociale que subit une néo-mère, sur la complexité de ses sentiments pour son bébé. Un être tiers qui déstabilise les relations du couple, un « étranger qui vient de l’intérieur », un être nouveau qui ne répond pas forcément aux attentes de ses parents et qu’on apprend peu à peu à connaître.

ELISE PADOVANI

Né de la nuit de Hanna Bergholm

En compétition officielle à la 76è Berlinale

En salle le 17 juin 2026

L’Etrangère

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@Tandem Films

L’eau, la nuit, les cris, la panique, les corps qui luttent pour ne pas se noyer, s’accrochent les uns aux autres. Puis, la fuite dans les bois devant les policiers et les chiens. L’Etrangère  commence, comme beaucoup de films sur l’immigration clandestine, par cette arrivée chaotique. La caméra suit Selma (Zar Amir Ebrahimi ), une Syrienne qui fuit le régime de Bachar al-Assad, laissant derrière elle, un mari dont elle n’a plus de nouvelles depuis son arrestation par les sbires du régime, sa mère et son petit garçon, Rami.

Arrêtée en Hongrie, Selma devrait selon les accords européens y rester. Mais professeur de français, elle a choisi la France. La voilà sans papier, cumulant les boulots non déclarés, à la plonge dans un resto bordelais, femme de ménage dans des bureaux, hébergée par des compatriotes qui la protègent autant qu’ils la surveillent. Étrangère, illégale, invisibilisée mais ne perdant jamais espoir. Déterminée à régulariser sa situation, à faire venir son fils auquel elle téléphone tous les jours, elle se soumet à des procédures que là encore les cinéastes nous ont rendu familières. La réalisatrice se démarquera de ces récits en traitant son sujet comme un mélodrame, une tragédie romantique et un parcours d’émancipation.

Selma rencontre Jérôme (Alexis Manenti), un avocat installé dans une confortable conjugalité bourgeoise qui ne le satisfait plus. Entre eux, naît un amour impossible, mais libérateur pour les deux. Se donner l’espace de vivre. S’autoriser le bonheur. Ou comme le mari de Selma (Amr Waked) revenu des terribles geôles syriennes, le soulagement coupable devant la mort d’un codétenu parce qu’il laisse plus de place pour déplier ses jambes. Le film explore le sentiment de l’exil, met en scène avec délicatesse et pudeur le déchirement de Selma entre son passé et son avenir, son mari et son amant. Une des plus belles scènes du film les met tous trois en présence. Sans éclat, par le truchement d’une traduction inutile, assurée par Selma, le mari entre arabe et anglais, malgré sa détresse, justifie au-delà de la culpabilité, ce besoin légitime de respirer.

Film pudique, délicat servi avec intelligence par la musique originale de Valentin Hadjadj, qui épouse le rythme de la narration et se glisse dans ses silences.

L’exil suppose un déplacement physique mais aussi un déplacement mental et émotionnel. Pour aller de l’avant, c’est sans doute Rami qui a la bonne solution. Il a laissé à Damas bombardé, Nani, l’ami imaginaire qui l’aidait à supporter confinement et solitude. A sa mère qui lui demande pourquoi il ne l’a pas emmené avec lui, Rami répond que Nani est mort sous les décombres du quartier.

ELISE PADOVANI

Le film en compétition officielle a été présenté le 2 avril 2026 au cinéma Artplexe en présence de Gaya Jiji et de Valentin Hadjadj

En salle le 17 juin

[VAR OPÉRA] Quand Le Barbier de Séville rase gratis

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Éléonore Gagey © X-DR

Initié par le Conseil départemental du Var en partenariat avec l’Opéra de Toulon, Var Opéra est désormais un rendez-vous populaire de l’été provençal. Cette année, c’est Il Barbiere di Siviglia de Gioachino Rossini qui est à l’honneur, sous le titre Figaro ci, Figaro là. Un programme d’extraits d’une heure, conçu pour les scènes à ciel ouvert, interprété par l’Orchestre de l’Opéra de Toulon et trois solistes, sous la direction d’Hélio Vida.

La tournée débute le mercredi 8 juillet à Saint-Maximin-la-Sainte-Baume, sur le parvis de la Basilique, cadre saisissant pour une ouverture en fanfare. Le lendemain, c’est Vidauban qui accueille le spectacle place Georges-Clemenceau. Saint-Paul-en-Forêt prend le relais le vendredi 10 juillet place du Champ de Foire, avant que Brignoles n’ouvre ses portes place Saint-Pierre le samedi 11 juillet. La tournée se poursuivra le 13 juillet à Cavalaire-sur-Mer sur l’esplanade Saint-Estelle et le 15 juillet au Castellet.

La direction musicale est confiée à Hélio Vida, dont la connaissance précise de la partition de Rossini et la capacité à faire sonner un orchestre en extérieur constituent des atouts évidents pour une tournée de ce format. Pianiste et chef d’orchestre originaire de Patos de Minas au Brésil, il dirige l’Opéra studio OperAvenir du Théâtre de Bâle, où il a forgé une réputation solide dans le répertoire rossinien.

Au casting

Le baryton Carlos Natale incarne Figaro, personnage central de l’œuvre, barbier débrouillard et maître de l’intrigue, dont l’aria Largo al factotum reste l’un des morceaux les plus célèbres du répertoire lyrique. Né à Buenos Aires, il a commencé à chanter dès l’âge de quatre ans avec l’orchestre de tango de son père avant de se tourner vers l’art lyrique. Il est depuis invité sur les scènes les plus importantes d’Europe.

Éléonore Gagey prête sa voix à Rosina, jeune pupille sous tutelle dont la verve et l’intelligence musicale font toute la séduction du personnage. La mezzo-soprano française a déjà incarné Rosina à plusieurs reprises et aborde le rôle avec une ligne vocale d’une grande élégance.

Enfin, le ténor néo-zélandais Zachary McCulloch complète le trio dans le rôle du comte Almaviva, prétendant dissimulé sous plusieurs déguisements tout au long de l’œuvre. Reconnu pour son lyrisme agile, il a chanté des rôles de bel canto avec les plus grandes compagnies d’Europe, et d’Amérique du Nord.

Les six concerts sont entièrement gratuits et sans réservation. Une occasion accessible à tous de découvrir ou retrouver Rossini dans des lieux de caractère, au cœur de l’été varois.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Var Opéra
Du 8 au 15 juillet
Saint-Maximin-la-Sainte-Baume, Vidauban, Saint-Paul-en-Forêt, Brignoles, Cavalaire-sur-Mer, Castellet

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[SAISON MÉDITERRANEE] La belle Saison

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La Boite Ouverte, 2018 par Kegham Djeghalian Jr

« Ne quittez pas la Méditerranée sans lui dire que vous l’avez aimée », écrivait la poétesse Etel Adnan. Ces mots résonnent avec cette Saison Méditerranée lancée le 15 mai dernier. Voulue par Emmanuel Macron en 2023, le commissariat confié à Julie Kretzschmar, cette Saison déploie une panoplie d’événements et d’expositions en tout genre sur tout le territoire national. L’idée : célébrer les liens qui unissent les deux rives mais aussi offrir aux artistes un espace où proposer leur regard sur une Méditerranée plurielle, traversée par les questions de mémoire, d’identité et de transmission. Pendant toute la Saison, expositions, photographie, arts visuels, théâtre, musique et danse s’entremêlent dans le paysage culturel.

Des expositions à foison

Symbole de cette union entre les deux rives, c’est à Marseille que s’est ouverte la Saison Méditerranée. Du 15 au 24 mai, la Cité phocéenne vernissait plusieurs expositions, dont beaucoup sont encore à visiter cet été. À commencer par l’installation Mar Nostro, du collectif UV LAB, dans les jardins du Palais du Pharo. Conçue comme une « coquille poreuse », inspirée des circulations entre les continents, cette installation célèbre à la fois les échanges, les migrations et toutes les cultures qui façonnent la Méditerranée.

À quelques pas de là, La Citadelle : Résistance et désobéissance prend comme point de départ l’emprisonnement d’Habib Bourguiba à Marseille entre 1939 et 1942 pour interroger les mémoires coloniales franco-tunisiennes. À travers archives, créations sonores et recherches artistiques, l’exposition questionne les héritages de cette histoire commune et leurs résonances.

À la Friche Belle de Mai, plusieurs expositions prolongent ces réflexions. Avec Les rêves n’ont pas de titre, Zineb Sedira transforme l’espace en décor de cinéma. Entre souvenirs personnels, histoire familiale et mémoire postcoloniale de l’Algérie, l’artiste rend hommage au cinéma militant des années 1960. Plus loin, Abdessamad El Montassir propose avec Sur les ruines, les pierres fleurissent une plongée dans les mémoires enfouies du Sahara occidental, à travers films, photographies, créations sonores et sculptures.

De la photographie

La photographie occupe une place importante dans cette Saison Méditerranée. Au Centre Photographique de Marseille, Photo Kegham de Gaza : une archive inachevable retrace l’histoire du premier studio photographique professionnel de Gaza, fondé en 1944 par Kegham Djeghalian. À partir de négatifs et de souvenirs retrouvés par son petit-fils, l’exposition compose une histoire visuelle et sensible de Gaza. À la Bibliothèque de l’Alcazar, Photographier le Liban (1864-1970) réunit 77 photographies anciennes issues de la Bibliothèque orientale de Beyrouth. Un voyage dans l’histoire du Liban à travers plus d’un siècle d’images.

La Saison Méditerranée s’invite également aux Rencontres d’Arles (6 juillet- 4 octobre), à travers des expositions qui explorent les liens entre mémoire et héritage coloniaux. Avec Le Roman algérien, un nouveau chapitre, Katia Kameli poursuit le dialogue engagé par Assia Djebar autour de la mémoire algérienne. Dans Goudron : Tanger- Le Cap, Bruno Boudjelal propose une traversée photographique du continent africain qui flirte entre les promesses et les désillusions des indépendances. Plus contemplative, Anne-Lise Broyer mêle photographie, littérature et archéologie dans Méditerranée – est-ce là que l’on habitait ?

Mais aussi des arts vivants

La Saison Méditerranée se vit aussi sur scène. Au Festival d’Avignon, Ahmed El Attar présente Salma, mon amour (5-8, 17-24 juillet) et retrace l’histoire d’une riche famille égyptienne dont le quotidien bascule après les événements du 7-Octobre. Le metteur en scène interroge les conséquences intimes des bouleversements politiques. «Qui paie le prix de la violence et de l’inhumanité ? Que se passe-t-il après l’horreur, la destruction, le traumatisme ? »

À Arles, le festival Les Suds place sa 31e édition sous le signe de Madre Nostrum (13-17 juillet) et met les femmes méditerranéennes à l’honneur ! Chants de femmes du Maroc rural, créations inspirées des traditions arabes donnent à entendre la Méditerranée. Dans la continuité, le chanteur et poète égyptien Abdullah Miniawy (3 juillet) sera l’un des temps forts de Marseille Jazz des Cinq Continents avec Peacock Dreams. Entre poésie arabe, soufie et jazz contemporain, il promet une expérience musicale envoûtante. Enfin, côté danse, à Marseille, la comédienne et chorégraphe libanaise Nivine Kallas présente SāHO (27, 28 juin) à La Criée. Une danse qui parle de l’enfance et de l’école mais aussi de silence et de contrôle au Liban. La Saison Méditerranée ne fait que commencer et se poursuit tout l’été jusqu’à l’automne, dans toute la région.

CARLA LORANG

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[LÉZARDONS DANS LA RUE] Festoyons dans le Vaucluse

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How much we carry, Cirque Immersif © Edouard Barra

Le festival cultive sa marque de fabrique : les ouvertures en musique, avec les forces vives locales. Le jeudi 18 juin, ce sont les enfants du Conservatoire qui tiennent le haut du pavé, avec saxophones, trompettes, tubas, trombones et percussions. La singularité, c’est qu’ici les élèves se forment directement à l’école – le Conservatoire vient à eux, et non l’inverse. Pour ses 10 ans, Lézardons dans la rue s’adjoint aussi les services de Gratte-Ciel : habituée, comme son nom l’indique, à tutoyer les sommets, la compagnie arlésienne imagine une forme de proximité pour l’occasion, venant chahuter le discours officiel à base de feux d’artifices et autres explosives surprises (Fuego, 18 juin).

Autre expérience de proximité : les acrobaties qui émergent au milieu du public, que ce soit sur le bitume de la rue Danton, ou dans la verdure du jardin Martine Fromont. Le bien nommé Cirque immersif décline ces nouvelles expériences stimulantes qu’offre le cirque contemporain, quand il abolit la distance entre artistes et spectateurs, faisant côtoyer les agrès les plus surprenants – ici, une perche en constant déséquilibre (How much we carry, le 19 juin).

La médiathèque des Carmes joue aussi le jeu : en ses spacieux rayonnages lumineux qui savent si bien accueillir le public au sein de cet ancien couvent du XVIe siècle, deux doux allumés revisitent Don Quichotte, et la fantaisie de Cervantes prend vie (Théâtre du vide poches, les 19 et 20 juin).

Réfugiés du quotidien

Citons enfin un road movie de deux pieds nickelés à bord d’une Twingo (Goodbye persil, L’arbre à vaches, les 19 et 20 juin), la relecture du répertoire de Céline Dion par deux ferventes fans (D’amour et d’amitié, Vraiment super, le 19 juin), une fresque autobiographique du danseur Kader Attou, puissante comme un uppercut collectif (Prélude Out, Accrorap, le 20 juin), et un final avec une compagnie atypique : T’es rien sans la terre. Fédérée autour des valeurs écologiques de sa fondatrice Aurélie Dauphin venue du Cirque du Soleil, la troupe réunit des acrobates d’horizons variés, formés dans la rue en Guinée ou en Thaïlande, comme dans de prestigieuses écoles marocaine, américaine, suisse ou espagnole. Pour Petit Frère, cinq artistes se font fi des frontières et des obstacles, explorant symboliquement la quête d’un avenir meilleur, faisant de la solidarité une valeur essentielle, pour la survie du circassien en performance comme de tous les réfugiés au quotidien.

JULIE BORDENAVE

Lézardons dans la rue
18 au 20 juin
Pertuis

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[FLÂNERIES D’ART CONTEMPORAIN] À Aix, l’art contemporain dans son jardin

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© X-DR

Fondée en 2002 par la comédienne Andréa Ferréol, ce rendez-vous adoré du public aixois, doit sa longévité à l’enthousiasme et à la détermination de sa fondatrice qui porte chaque année ce projet avec la même conviction : faire découvrir l’art contemporain en ouvrant au public les plus beaux jardins d’Aix-en-Provence, gratuitement.

Les 20 et 21 juin, trois jardins du centre historique – Mérindol, des Étuves, des Guerriers – accueilleront peintres, sculpteurs, photographes, céramistes, musiciens, comédiens et danseurs. La programmation de cette édition anniversaire est dense. Parmi les exposants, Peter Knapp, photographe et directeur artistique suisse, figure centrale de la presse des années 1960-1970, présente son travail au Jardin des Étuves. Le street-art est représenté par Thoma Vuille, connu sous le nom de M. Chat, dont le personnage jaune est devenu l’une des icônes du genre en France, et par César Malfi, dont les fresques – certaines, comme celle de 1300 m2 installées à l’aéroport de Nice, sont gigantesques – et puisent dans le répertoire de l’art antique. Au jardin Mérindol, les sculptures de Fabrice Magnée – des personnages assemblés à partir de vieux clous de parfois 800 ans d’âge –, qui avaient été déjà remarquées l’an dernier, s’exposent à nouveau avec leur imaginaire poétique.

Concerts et lectures

Les concerts jalonnent les deux journées. Le vendredi soir, le guitariste Emmanuel Rossfelder, Victoire de la Musique 2004, partage la soirée d’ouverture à La Manufacture avec le mandoliniste Vincent Beer-Demander. Le samedi, le pianiste Jean-François Zygel, dont les spectacles d’improvisations font la joie de la vie musicale française, se produit en fin d’après-midi au jardin des Étuves. Le dimanche, le duo piano-soprano Antoine Palloc et clôt la programmation musicale.

On pourra aussi entendre le pianiste Nans Bart, la harpiste Amelya Saad Wu et le violoniste Christian Fromentin. Les lectures occupent également une place importante. Béatrice Agenin et Andréa Ferréol liront des lettres entre l’écrivaine Colette et l’actrice Marguerite Moreno ; Samuel Labarthe et Pierre Santini donnent voix à la correspondance entre Clémenceau et Monet. Le dimanche, David Foenkinos, auteur de Charlotte et de La Délicatesse, prend la parole au jardin des Étuves. Enfin, Le G.U.I.D. du Ballet Preljocaj investit pour sa part le jardin des Guerriers avec des extraits du répertoire d’Angelin Preljocaj.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Les Flâneries d'art contemporain
20 et 21 juin
JardinsMérindol, des Étuves, des Guerriers
Aix-en-Provence

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[Les Fadas du Monde] Au fil de l’eau à Martigues

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Isaya © X-DR

Ils n’aiment pas du tout qu’on dise « festival ». Les Fadas du monde ont été conçus, et restent un état d’esprit. Celui de la Venise provençale, qui construit son été au fil de l’eau, emmenée par l’esprit de ses canaux où le sel se mêle à l’eau douce, la vie ouvrière à celle des pêcheurs, des commerçants, des plaisanciers. Tous et toutes « fada·de·s » du monde, amoureux de la vie, qui savent mettre quelques grains de sable dans les rouages pour arrêter un peu la machine, et penser l’avenir.

Les Fadas du monde sont nés en 2019, après l’arrêt du Festival de Martigues, qui revisitait la notion de « folklore », cet anglicisme qui désigne en français les arts populaires liés à chaque terroir. Repéré et fédérateur, ce festival « danses, musiques et voix du monde » devait, pour la mairie, être remplacé « par une façon plus contemporaine de célébrer la culture populaire ». C’est dans cet esprit que la municipalité, communiste depuis 1968, a inventé les Fadas du Monde, qu’elle définit comme « une nouvelle démarche en faveur des droits culturels ».

Florian Salazar-Martin, maire-adjoint « non à la culture mais à une délégation transversale sur l’environnement, les transitions, l’aménagement du territoire et la culture » aime aussi relier les arts et leur pratique, leur fabrique, et l’esprit critique qu’ils suscitent lorsqu’on les partage dans l’espace public. Il a donc conçu les Fadas – terme choisi pour désigner « celles et ceux qui se laissent toucher par les fées », et bien sûr « pour la connotation provençale, et populaire » – comme « une nouvelle forme d’action publique avec les habitantes et les habitants », qui « couvre tous les champs artistiques » et « s’élabore avec tous et toutes tout au long de l’année. » Tout en « trouvant sa place en juillet et août », admet-il « au cœur des festivités estivales ».

Programmer local, penser global

Même s’il n’est pas facile de se repérer dans une programmation foisonnante qui se construit aussi au fil de l’eau, l’été des Fadas du Monde décline ses formes avec quelques constantes repérables !

Les Fadas de musique se retrouvent chaque lundi dans la Cour de l’Île. Cette année les artistes marseillai·ses seront particulièrement présent·es, et on retrouvera le reggae de Siska, le duo gémellaire Isaya, le duo dream folk Tessina, le Cabaret Cagole nomade, DJ Carlala et Liquid Jane ! On verra aussi le garage punk de La Flemme et la « pop ratée » de Le Bien. Sans oublier le flamenco Juan Carmona, d’Aubagne, et le gala des dix ans de Lyrique en Provence, emmené par la mezzo-soprano Sophie Pondjiclis, à la carrière internationale, mais formée au Conservatoire de Marseille et… martégale !

Ce soutien aux artistes de la région, qui se retrouve aussi dans les compagnies de théâtre programmées (Cie Janette) est pour Florian Salazar-Martin une évidence : il s’agit de « prendre soin de l’écosystème culturel », sans pour autant négliger de faire venir les voisins d’Occitanie ou le monde plus lointain (Lucas Santtana, Brasiliano, Bia Ferreira, figure du féminisme noir queer et antiraciste…).

D’autres rendez-vous ? L’ouverture le 30 juin avec La dernière (tournée) de Radio Nova, les ciné-fadas, qui s’arrêtent chaque jeudi dans un quartier avec des films tous publics, qui vont d’Astérix et Obélix de Chabat et Fureur de Bruce Lee à des films plus engagés, comme Kneecap, En fanfare ou Chien de la casse

Au village sans prétention

Ce non-festival d’été a même un temps fort, dans un espace village à la base nautique de Tholon. Les horaires et détails sont à découvrir sur place, mais tout s’y déroule chaque jour de 18 h à minuit, avec un marché des assos, des ateliers créatifs pour les enfants, des spectacles et des concerts chaque soir (Surcouf de la Cie Sacékripa, Les Josianes, circassiennes ardéchoises et féministes…), des scènes ouvertes et des jams sessions, un banquet aux saveurs martégales, des karaokés avec orchestre, des discussions et rencontres organisées et animées par Nora Hamadi, une Boum Boom, et la retransmission de la Coupe du monde de foot. Vraiment fada, fan de chichourle…

AGNÈS FRESCHEL

Les Fadas du monde

À partir du 30 juin

Divers lieux, Martigues

Le Village des Fadas

Du 7 au 12 juillet

Base nautique de Tholon, Martigues

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