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Bleu nuit

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© X-DR

Publié en 2022, Bleu nuitde l’autrice Dima Aballah raconte le parcours d’un homme qui vit reclus depuis des années pour fuir ses souvenirs, jusqu’à ce qu’une mauvaise nouvelle, vienne le sortir de sa torpeur. Commence alors une vie d’errance dans les rues de Paris.

Le parcours du personnage inspire à Alexia Vidal, fondatrice de la compagnie avignonnaise Corps de Passage, une adaptation à la croisée du théâtre et de l’art de rue dont le dispositif est pensé en écho à l’ouvrage. Le spectacle, également intitulé Bleu nuit, débute ainsi en intérieur, avant que le comédien Kristof Lorion entraîne le public pour une déambulation dans l’espace public. Muni·es de casques audio les spectateur·ices sont alors plongé·es dans le monologue interne du personnage.

C.M.

3 et 4 avril

La Manufacture, Bollène

Dans le cadre de la programmation du Centre dramatique des Villages du Haut-Vaucluse.

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Kafka Fragments / Kata

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Kafka Fragments © Valentin Haas

À Klap, la soirée du 2 avril fait se croiser deux artistes qui se connaissent bien. Anna Chirescu et Clara Freschel, qui ont conçu ensemble La Sibylla, solo pour danseuse-chanteuse né d’un même intérêt pour la voix, le mythe et les puissances du corps. Ici, chacune signe sa forme et endosse le rôle de danseuse et de chorégraphe, À 19 h, dans le cadre intime et participatif de Question de danse, Clara Freschel présente Kafka Fragments avec le musicien Jean-Marc Montera : une traversée de Kafka où le chant, les berceuses yiddish et le mouvement fouillent l’intériorité. À 20 h, Anna Chirescu déploie Kata, solo où l’art martial, porté par la musique live de Grégory Joubert, s’érige comme un rempart face au trauma de la dictature de Ceaucescu. Deux écritures, une même question : quelle langue pour faire parler le geste ?

S.C.
2 avril
Klap - Maison pour la danse, Marseille

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Mencho

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Melchior « Mencho » Campos © X-DR

Dans le cadre du festival Flamenco Azul, Melchior Campos, dit « Mencho », embarque le public dans un voyage andalou entre les deux rives de la Méditerranée. Né à Montpellier au sein d’une famille gitane héritière de la prestigieuse dynastie des Montoya – grands noms du flamenco de Triana, à Séville –, ce chanteur puise dans ses racines pour livrer une interprétation personnelle du cante jondo. Formé dès l’enfance par une mère chanteuse et un père guitariste, inspiré par Camarón de la Isla, il débute sa carrière professionnelle à 17 ans et collabore depuis avec Vicente Amigo, Niña Pastori ou Enrico Macias. En 2021, il signe l’album solo De Sal y de Espuma. Entouré de Kuky Santiago (danse), deux guitares, percussions et chœurs, il déploie un large éventail de palos flamencos, mêlant tradition et touches expérimentales.

A.-M.T.
3 avril
Cité de la Musique, Marseille

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Le Western imaginaire de Cathy Escoffier

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« Du fait de mes origines italiennes, je suis une fan de Sergio Leone et du western spaghetti, en particulier de la psychologie des personnages, qui ont souvent comme un sens de la justice intérieure ». Le répertoire d’Ennio Morricone est d’ailleurs une source d’inspiration pour certaines compositions de Cathy Escoffier, en particulier sur le titre éponyme. Il commence comme une marche lancinante pour aller vers une cavalcade endiablée aux accents symphoniques, après un solo de piano fondant de délicatesse de la leadeuse, qui passe ensuite aux accords acidulés du Fender Rhodes. Les arrangements de l’octet réuni sur le disque, confiés à Christophe Dal Sasso, esquissent les portraits des personnages qui se succèdent au fil des plages, avec des contradictions soulignées par des délicats traits d’orchestre ou des échanges révélateurs de conflits intérieurs.

Le mercenaire et la justicière

Le premier titre, Proverbe amérindien, est construit autour d’une mélodie originale amérindienne. Quand il s’agit de tirer le portrait de Harry le mercenaire, c’est dans le métal progressif du groupe Messhuggah qu’elle a puisé son inspiration, un peu à la manière d’un Tigran Hamasyan, non sans partir d’une clave aux contours latins, sur laquelle se pose, dans une séquence éthérée, un fondant solo de clarinette, comme révélant la sensibilité d’un personnage faussement dur. Les morceaux sont d’ailleurs conçus pour exister indépendamment du texte.

« Dans notre société, on est un peu comme dans un western : on doit se tenir à nos principes. » Conçu dans une période de sa vie où le monde est bouleversé par la guerre en Ukraine, les conflits sociaux en France, et où sa propre vie devient un combat suite à des bouleversements dans sa vie familiale, elle conçoit le portrait de Serket, la justicière égarée comme une pièce autobiographique. Sur cette composition douce et angulaire, la flûte de Dal Sasso émerge comme un charme envoutant, et la pianiste déroule des accords d’une tendresse infinie. C’est d’ailleurs le dessinateur Laurent Pascal, concepteur d’un roman graphique de douze pages inspiré du récit écrit par Cathy Escoffier, qui a suggéré à cette dernière de renouer avec ce nom de justicière. Signalons qu’elle est signataire d’une tribune récente contre les violences sexistes et sexuelles encore trop présentes dans le milieu du jazz.

LAURENT DUSSUTOUR

Un Western imaginaire, de Cathy Escoffier

Le Mouton Atonal

Avec : Christophe Dal Sasso – flûtes & arrangements ; Chloé Cailleton – voix & narration
Thomas Savy – clarinettes ; Cécile Hardouin – basson ; Camille Lebrequier – cor d’harmonie ; Mathias Allamane – contrebasse ; Karl Jannuska – batterie


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[MUSIC & CINEMA] Sandbag Dam

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Un village traversé par une rivière. Une famille comme une autre. Marko (Lav Novosel ) aide à l’atelier son père qui l’entraine dur pour la prochaine compétition de bras de fer. Pas d’autre choix pour les garçons que d’être viril, et de parler avec ses muscles ! Marko a sa vie bien tracée, un métier qu’il n’a pas vraiment choisi, des copains braillards et une petite amie. Son côté tendre, c’est avec son frère, Fico (Leon Grgic), trisomique,  qu’il apparait. Marko l’aide à s’endormir, lui raconte des histoires dont celle du petit lapin qui a filé, sans même dire au revoir…car Fico a une passion pour les lapins qu’il soigne, nourrit, cajole, des lapins qu’il fait sortir de leur clapier, leur accordant un peu de liberté. Quand revient au village pour l’enterrement de son père, Slaven (Andrija Žunac), parti à Berlin trois ans auparavant- On saura plus tard pourquoi-  tout va changer. Regards furtifs, fuyants et gênés d’abord, puis retrouvailles de ces deux amis qui se sont aimés Ils jouent, ils s’inventent des histoires, ils prétendent qu’ils vont partir loin ensemble dans leur voiture imaginaire…

 Le village est menacé d’une crue et on aligne le long des berges des sacs de sable pour empêcher l’eau de déborder. Métaphore des murs érigés entre Marko et Slaven par la famille et les voisins. Non dits, regards qui accusent, insultes. L’homophobie ordinaire. L’eau  monte peu à peu, inexorablement comme le désir entre les deux jeunes hommes, filmé avec pudeur par la caméra de Marko Brdar,  comme ce plan magnifique sur leurs mains après l’amour qui donne à voir la force de leurs sentiments. La musique de  Domas Strupinskas, discrète au début, s’amplifie  au fur et à mesure que grandit le désir, que l’eau monte, que risquent de craquer les digues.

« La Croatie reste un pays très fermé d’esprit. Je ne m’en rendais pas pleinement compte avant de me lancer dans ce projet, précise la réalisatrice. On vit tous dans nos bulles, on se dit que la tolérance et l’acceptation vont de soi, mais c’est faux. En Croatie, même des parents très éduqués rejettent encore leurs enfants simplement parce qu’ils sont gais.Si Sandbag Dam pouvait aider ne serait-ce qu’une personne à ouvrir les yeux, ce serait déjà une victoire. »

Espérons que ce soit le cas pour ce premier film de Čejen Černić Čanak,  tout en retenue et fort réussi

Annie Gava

Les musiques bourgeonnent

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Michelle Blades © X-DR

Avec son grand marché, Hyères est toute l’année la capitale de la fleur. Mais au printemps, la ville bourgeonne encore plus. On le doit notamment au festival Faveur de Printemps, qui fait éclore une série de concerts pop/folk le temps d’une semaine dans la ville. Toujours porté par la Smac itinérante varoise Tandem83, cette nouvelle édition prend place du 4 au 11 avril, à l’église Anglicane, au Théâtre Denis, et à la Médiathèque de Hyères, avec une belle douzaine d’artistes invités.

Départ en douceur

Si le temps fort du festival se tient le week-end du 9 au 11 avril, un premier rendez-vous est proposé le 4 avril. Il y invite à la médiathèque de Hyères la soul/jazz de Louis LNR, artiste originaire de Grasse, installé à Marseille, qui s’était fait remarquer lors du tremplin Orizon Sud, grâce à qui il avait pu fouler la scène de la Fiesta des Suds quelques mois plus tard. Avant lui, une « chorale éphémère » ouvrira le bal avec l’artiste franco-brésilienne La Clara Sofia à la direction.

Place ensuite au cœur du festival, avec une première soirée 100% féminine le 9 avril. On y croisera d’abord la dark/pop de Geiste. Une artiste totale, qui, jeune, a laissé son violon pour le piano pour pouvoir chanter en même temps… Elle propose une musique à la poésie omniprésente, dans des textures pianistiques, où cordes et électro s’entremêlent. Le même soir, au Théâtre Denis, Faveur de Printemps invite Tessina, le vibrant duo marseillais à la musique folk et organique – qui sera présent aux Inouïs du Printemps de Bourges quelques jours plus tard –, et Whisper, connue notamment pour avoir collaboré avec le rappeur Disiz, qui vole désormais de ses propres airs.

Le lendemain, c’est encore trois artistes qui se partagent l’affiche. Il y aura Anthony Herbin, ex moitié du duo dream pop Boreal Wood, qui poursuit seul son aventure dans des sonorités folk au souffle lo-fi, saturé et analogique. Puis Michelle Blades et Tiago Caetano. La première, d’origine panaméenne, s’est installé à Paris et a bossé avec la fine fleur de la pop française : Flavien Berger, La Femme, et Pomme – rien que ça. Elle s’est depuis fait un nom, notamment grâce à son excellent nouvel album Where To ?. Le deuxième, Tiago Caetano n’est pas né en Amérique Latine, mais c’est bien la musique brésilienne qui l’anime, comme on peut l’entendre dans son album Eco de Baia.

Le festival se termine le samedi avec une soirée à l’affiche internationale. D’Irlande avec Ye Vagabonds et leur farandole d’instruments (guitares acoustiques, électriques, trompette, contrebasse, synthétiseur Moog, hamonium, bouzouki, et violon). De Nouvelle-Zélande avec la folk électro de Finnegan Tui. D’Italie avec Gaia Banfi et ses fusions entre chanson et expérimentations électroniques.

NICOLAS SANTUCCI 

Faveurs de Printemps
Du 4 au 11 avril
Divers lieux, Hyères

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Hercule, héros d’opérette

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Les Travaux d’Hercules © Musicatreize

Les Travaux d’Hercule de Claude Terrasse, créé le 7 mars 1901 au Théâtre des Bouffes-Parisiens, retrouve la scène dans une version réorchestrée et adaptée, aussi légère que politiquement mordante. Quand il compose Les Travaux d’Hercule, Claude Terrasse (1867-1923) est au sommet de sa gloire. Surnommé « Le Prince de l’opérette », cet enfant prodige entré au Conservatoire de Paris à douze ans a troqué l’orgue de La Trinité pour les planches, fréquentant Alfred Jarry – dont il signe la musique d’Ubu-Roi – et se liant d’amitié avec Erik Satie. Ses opérettes au ton absurde et corrosif conquièrent le Paris du tournant du siècle. Le compositeur a été considéré de son vivant comme le digne successeur de Jacques Offenbach. Pour ce titre, il s’est associé à deux librettistes : Robert de Flers et Gaston Arman de Cavaillet, dont le cercle d’amis comptait Proust, Zola et Anatole France. Ensemble, ils concoctent cette satire féroce sur les mystifications et les hommes de pouvoir.

Notre héros, Hercule, est un roi adulé. Vantard, sa popularité tient davantage à la communication, qu’aux travaux légendaires qu’il est sensé accomplir. Lorsqu’Augias, richissime homme d’affaires, le gifle en public, Hercule… se dérobe. Son épouse Omphale, lasse d’un mariage non consommé, succombe au charme d’Augias. C’est ce dernier qui, vêtu d’une masse et de la peau de lion dérobée à Hercule, terrassera les monstres de l’Hydre de Lerne au Taureau de Crète, tandis qu’Hercule, réveillé de sa sieste, récolte les acclamations sans comprendre pourquoi. La farce atteint son comble en Lydie, où Hercule est contraint d’accomplir un treizième travail pour le moins singulier.

Hercule moderne

Roland Hayrabedian, directeur et âme de Musicatreize, s’est visiblement bien amusé à adapter le livret pour ancrer la pièce dans notre époque tout en conservant l’esprit bouffe et satirique. Pour cette recréation, le compositeur Jean-Christophe Marti, déjà compagnon de route de Musicatreize, a taillé une orchestration sur mesure : un quatuor instrumental réunissant accordéon, percussion, clarinette et violoncelle – les musiciens de l’Orchestre BruMe –, autour duquel dix chanteurs de Musicatreize endossent à la fois les rôles solistes et le chœur. Patrice Balter campe un Hercule jouissif, Céline Bouchard une Omphale désabusée, Xavier de Lignerolles un Augias retors, Alice Fagard et Juan José Medina complètent la distribution. À la baguette : Hoviv Hayrabedian, fils de Roland, prend les rênes de l’ensemble, comme un geste symbolique de transmission cher au Centre National d’Art Vocal. Cette formule semi-scénique, sans décors lourds ni machinerie complexe, est conçue pour pouvoir, ensuite, tourner dans des lieux qui accueillent rarement la musique classique.

Ce spectacle fait écho au vaste cycle Les Douze travaux d’Hercule que Musicatreize déploie depuis 2023 : douze allégories pour la planète, commandées à douze compositeurs et compositrices, de Zad Moultaka à Edith Canat de Chizy, en passant par Ivan Fedele ou Benjamin Dupé. Les Travaux d’Hercule en est le pendant festif et populaire.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Les Travaux d’Hercule
2 avril
Théâtre de l’Odéon, Marseille

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Dystopie ou réalité ?

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Monde nouveau © Jean-Louis Fernandez

Zebuline. Avant Monde nouveau, vous vous êtes intéressé à deux personnages emblématiques de Shakespeare (Un Hamlet de moins et Institut Ophélie). Comment s’est fait le passage du diptyque shakespearien à votre nouvelle pièce ?

Olivier Saccomano. C’est une question de focale. Pour le diptyque précédent, nous étions partis de figures théâtrales qui nous hantaient. Elles nous ont amené à travailler la façon dont le passé (théâtral, historique) hante le présent. C’étaient des pièces pleines de fantômes. Dans Monde nouveau, notre sujet de départ était directement le contemporain, pris dans sa massivité, sa compacité, son aveuglement aussi. C’est une pièce-monde, une pièce-machine qui se règle et se dérègle à partir des forces (du passé et de l’avenir) qui agitent notre présent.

Vous décrivez un monde pris entre néolibéralisme et néofascisme : comment cela se traduit-il dans la langue ? Et sur scène ?
Par une sorte de glissement progressif. Le fascisme contemporain arrive après quarante années de néolibéralisme. Et de l’un à l’autre, il y a une continuité (un imaginaire de l’entreprise, du profit, de la rapacité commerciale), mais aussi une nouveauté, car il arrive à un moment où le capitalisme avoue qu’il n’a pas ou plus besoin de la démocratie. Apparaît alors, dans toute son obscénité, l’arbitraire d’un pouvoir brut, militaire ou financier. Dans un monde néolibéral où tout semble standardisé (tout le monde, du prof à l’entrepreneur, du facteur au médecin, doit remplir de données son petit tableau pour se faire évaluer et alimenter la machine qui va le détruire), surgissent alors des figures monstrueuses. Trump ressemble davantage à la Reine de cœur d’Alice au pays des merveilles qu’à n’importe quel chef d’État des années 1990 ou 2000 en Occident. La pièce et son langage se tiennent à ce point de bascule.

Vous identifiez les personnages de la pièce comme des « figurants anonymes de l’Histoire » : c’est-à-dire ?

Tous les rôles sont des sortes d’« agents » de la machine, à la fois sujets actifs des transformations de la machine et passivement assujettis à ces transformations. Ils n’ont pas de nom ni d’identité fixe. Sur la page, ils s’appellent tous « K » (K1, K2, K3, etc.), comme un lointain souvenir du Procès de Kafka (qui s’y connaissait en machines). Mais sur le plateau, ils ne se nomment pas, trop occupés qu’ils sont à muter en permanence. Ils sont ce que la machine veut qu’ils soient, à savoir interchangeables, remplaçables à loisir. La seule à se donner un nom, mais peut-être l’invente-t-elle sur le moment, est « Alice », qui fait sans doute écho à Lewis Carroll (Alice au pays du monde nouveau…).

Comment avez-vous travaillé sur le rapport au public dans cette proposition ?

Il est la plupart du temps frontal, mais médié par une foule de cadres en bois manipulables, dans une sorte d’analogie précaire de nos écrans quotidiens. Si bien que les rôles s’adressent au public, mais pas seulement. Ils s’adressent à qui veut bien les entendre, les écouter, les regarder, les croire. La frontalité est l’adresse favorite des marchands et des communicants. Mais cette frontalité, dans notre pièce, est comme redoublée. Elle n’est pas directe, pas en contact direct avec le public, tout comme les rôles sont rarement en contact direct entre eux. Notre époque est aussi celle du « sans contact ».

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR MARC VOIRY

Nouveau monde

Du 31 mars au 3 avril

Théâtre Joliette, Marseille 
En co-programmation avec le Zef – Scène nationale de Marseille

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À Marseille, il y a aussi le Moussem

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Ce sont de grandes fêtes, données plusieurs fois par an dans différentes régions d’Afrique de Nord, pour célébrer un événement religieux, les récoltes, ou un changement de saison. Le Moussem de Marseille, initié par Ancrages et Quai du Maroc, s’est tenu pour la première fois à La Cômerie ce 27 mars. Et s’il n’y a pas eu de tbourida (spectacle de cavalerie traditionnelle), l’événement proposait un concentré partagé de musique, d’histoire, d’arts et de saveurs.

La soirée s’ouvre dans la salle d’accueil avec l’atelier Timazighin animé par Raïssa Leï, artiviste engagée dans la transmission du matrimoine amazigh. Elle enseigne l’histoire et les usages des objets d’apparat, qu’elle cherche à faire revivre – coiffes, pendants, colliers, bagues, bracelets et fibules de sa propre collection – et propose un « habillage » aux volontaires, rituel de reconnexion avec leurs ancêtres.

Après une ouverture « officielle », chacun déplace sa chaise pour libérer une allée centrale. Les caftans de Sabrina Signature, portés avec prestance par les modèles, défilent sous les regards captivés du public. Changement d’ambiance, qui se fait plus studieuse : Samia Chabani [à l’initiative de cet événement et de la rubrique Diasporik] anime la table ronde « Enracinement sans déracinement, les Marocains en exil », et donne la parole à l’historienne de l’art Julie Rateau, l’anthropologue Rim Affaya, le sociologue Hicham Jamid et Driss El Yazami, Président du CCME (Conseil de la communauté marocaine à l’étranger). Ils reviendront sur les singularités de la diaspora marocaine en France, particulièrement à Marseille. Le travail photographique de Nadia Khallouki, exposé dans la salle d’actualité, fait écho à ces échanges.

Que la fête commence

Après un couscous et quelques lectures proposées par la librairie L’île aux mots, l’association Dar Gnawa se prépare pour une explosion d’énergie. Elle a invité Youssef Smarraï, maître du guembri et du chant rituel venu d’Essaouira. C’est peut-être le moment le plus fort de la soirée : les youyous fusent, tout le monde danse, se libère et transpire la joie.

De la musique, il y en aura encore en bas où le groupe Zawia Fama, connu pour ses mélanges de musique gnawa, rock, funk et blues,est déjà installé. Spontanément, tout le monde tire des chaises pour s’assoir, fatigués d’avoir dansé, et les premières notes de guitare dessinent la nouvelle atmosphère, suspendue et intimiste. Mais rapidement, le rythme s’accélère. Pas question de rester assis, on range ces chaises tout de suite et on danse. Pour ceux qui avaient encore de l’énergie à revendre, la soirée s’est prolongée avec le DJ set chaâbi de FRida Ka3lash.

En mêlant ainsi les arts, les générations et les ambiances, le Moussem rassemble des publics d’horizons divers et s’affirme comme un véritable espace d’échange et de rencontres. Une phrase de l’anthropologue Rim Affaya prononcée au cours de la table ronde résonne : « La fête aide à vivre la vie avec joie, sans oublier le rôle des rituels pour contenir la douleur et la tristesse. »

PAULINE LIGHTBURNE

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À défaut de contact

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Good sex © Alexandre Fytrakis

Sur scène, tout commence par un protocole. Oreillettes, indications en direct, coordinatrice d’intimité : Good Sex expose longuement les règles du jeu avant même de jouer. Le 26 mars, Paul Le Cluziat et Ahmed Fatta s’y plient avec précision et générosité, comme l’ensemble de la distribution permanente, solide, attentive, engagée : Josépha Sini et Nicolas Payet guident les interprètes à l’oreillette, et outrepassent avec délice leurs fonctions. Émilie Maquest joue les coordinatrices et cheffes d’orchestre avec une fantaisie certaine. Le dispositif intrigue, amuse visiblement le public – voir se fabriquer un baiser, un rapprochement, un geste hésitant. Mais très vite, la mécanique prend le pas sur ce qu’elle prétend révéler.

Car une fois l’argument posé – des acteurs guidés pour jouer l’intime sans se connaître – que reste-t-il ? Un texte qui accuse déjà son époque. Écrit par la troupe Dead Centre avec la romancière Émilie Pine dans le sillage des confinements, mis en scène et distribué internationalement par Ben Kidd, Good Sex cherche le contact perdu, la relation empêchée, le manque de peau.

Demi-molle ?

Mais ce manque, aujourd’hui, sonne étrangement creux, comme un écho déjà lointain. Ce qui pouvait faire urgence devient motif usé, et la tentative d’universalité glisse vers le lieu commun : relations finies, souvenirs persistants, impossibilité de tourner la page.

L’idée que le couple puisse être incarné indifféremment – deux hommes ici, ailleurs peut-être autrement – ouvre pourtant une piste intéressante. Mais elle reste peu creusée, comme si le spectacle préférait en rester à une neutralité consensuelle. Où se situe alors la limite entre le partageable et le déjà-vu ?

Reste le pari, assumé, d’un certain voyeurisme : voir des corps se rapprocher sous contrainte, tester les limites, provoquer un trouble. La salle rit, parfois nerveusement, face aux tâtonnements et aux flottements. Mais derrière cette promesse un peu racoleuse, l’écriture peine à tenir. Quelques moments de grâce affleurent : un regard, une suspension, une fragilité réelle. Sans suffire à déplacer l’ensemble. Entre dispositif habile et matière dramaturgique fragile, Good Sex donne à voir les conditions de fabrication de l’intime sans jamais vraiment y accéder. Et nous laisse sur une impression paradoxale : celle d’un spectacle qui parle du contact, mais ne touche pas.

SUZANNE CANESSA

Le spectacle a été joué du 24 au 27 mars au Théâtre Joliette dans le cadre de la saison Hors-les-murs du Théâtre du Gymnase.

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