jeudi 16 juillet 2026
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Le mur et ses revenants

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Derriere La Vitre 1996-98 © Ernest Pignon-Ernest - Courtesy Galerie Lelong

Ernest Pignon-Ernest sourit. Souvent. Notamment lorsqu’on évoque au sujet de ses collages le courant du street art, qu’il a « tout de même devancé d’au moins quarante ans ». Il faut dire que la nuance est essentielle : il ne s’agit pas pour l’artiste d’installer une image dans la rue, encore moins de faire de la rue « une galerie à ciel ouvert ». Mais bel et bien de « faire de la rue une œuvre », d’y « inscrire le temps, l’espace, la mémoire ».

C’est ce que déploie la superbe carte blanche du musée Ziem : près de soixante ans de dessins, sérigraphies, photographies, archives ; non pas les restes d’un art éphémère, mais ses traces vives. Car chez Ernest Pignon-Ernest, la référence n’est jamais citation savante ni hommage poli. Elle est choix actif, friction, résonance. Un corps de papier vient réveiller un lieu, et le lieu, à son tour, redonne au corps son poids d’histoire.

Faire résonner les morts

L’artiste le formule magnifiquement : « inscrire un élément de fiction dans le réel », pour « travailler la mémoire » du lieu, « révéler, perturber, exacerber » sa symbolique. Rimbaud, donc, n’est pas seulement Rimbaud : collé dans Paris, puis vers Charleville, il devient adolescence en fuite, mythe circulant, visage arraché au portrait de Carjat et rendu aux murs. Les gisants de la Commune ne commémorent pas : ils font remonter les morts à même les pavés. Pasolini, à Rome, porte son propre cadavre dans ses bras ; image christique, image politique, image littéraire, où Caravage, la Passion et la ville populaire se répondent.

Desnos, Nerval, Genet, Neruda, Darwich : les poètes chez lui ne décorent rien. Ils incarnent des pays, des blessures, des contradictions. À Haïti encore, les fantômes surgissent parce qu’un lieu les appelle. L’écrivain assassiné Jacques Stephen Alexis y occupe une place à part.

Retour aux sources

Martigues rend ce principe particulièrement lisible. Ernest Pignon-Ernest y revient parce qu’il y était déjà venu, au début des années 1980, invité lors de l’installation du musée Ziem dans l’ancienne caserne des douanes. Sur un mur demeure une rare empreinte pérenne : études anatomiques, objets archéologiques, silhouette de Prométhée, figure de la Martégale. Dans la ville, les collages dialoguaient avec les ruelles, les canaux, les usines pétrochimiques. Prométhée, inspiré d’Oppenheimer, y faisait résonner feu volé, science, puissance industrielle et menace atomique. La Martégale répondait aux collections du musée, mais aussi à une mémoire populaire, méditerranéenne, au centre de la plupart de ses explorations.

L’exposition a l’intelligence de ne pas figer cette disparition programmée. Elle montre les images, mais aussi les processus : ateliers de sérigraphie, diapositives, témoignages d’habitants, genèse des Arbrorigènes, nés à Martigues dans le dialogue avec le scientifique Claude Gudin. Et elle prolonge la résonance en confiant à Ernest Pignon-Ernest le rôle de commissaire dans les collections graphiques de Félix Ziem : d’un dessinateur à l’autre, du voyageur de lumière à l’arpenteur d’ombres.

Carpentras

Ironie du sort, ou du moins d’une étrange année d’élections : son amarrage provençal se dédouble. À Martigues, où l’exposition retrouve les traces d’un passage ancien ; à Carpentras, où l’Inguimbertine présente Ombres de Naples et devait accueillir une importante dotation de l’artiste. Mais là encore, Ernest Pignon-Ernest rectifie. Dans la « situation de Carpentras », désormais dirigée par le RN, il remet en cause ce don. Et rappelle qu’il s’adresse à une institution, à une histoire, à un territoire où s’est inventée une part de son travail, non à une conjoncture politique.

La précision dit assez la vigilance d’un artiste qui n’a jamais séparé les lieux des forces qui les traversent. De Martigues à Naples, de Naples à Carpentras, sa géographie reste donc une géographie de tensions : poétique, savante, populaire – et épidermiquement politique.

SUZANNE CANESSA
Carte blanche à Ernest Pignon-Ernest
Du 23 mai au 15 novembre
Musée Ziem, Martigues

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Juif, musulman… dans le regard de l’autre

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Elle a grandi à Paris, vécu à Tunis, appris l’arabe, et c’est à Marseille qu’elle a finalement posé ses valises, quelques mois après le 7 octobre 2023. Cléo Cohen, 32 ans, petite-fille de juifs tunisiens et algériens, n’en finit pas de renouer les fils d’une histoire familiale. Après son documentaire autobiographique Que Dieu te protège, sorti en 2021 qui partait d’une question personnelle : faut-il choisir entre être française, juive et arabe ? – pour y répondre, elle avait rendu visite à chacun de ses quatre grands-parents, juifs d’origine algérienne et tunisienne exilés en France dans les années 1960 – elle s’attaque à cette série radiophonique, commandée par le chercheur britannique Samuel Everett, dont la famille est elle aussi d’origine juive algérienne. Ensemble, ils ont voulu interroger ce que le 7-Octobre avait fait aux relations entre juifs et musulmans dans trois villes : Marseille, Manchester, Montréal.

Zébuline. Pourquoi avoir choisi Marseille ?
Cléo Cohen. Marseille s’imposait. C’est la dernière grande ville juive diasporique de Méditerranée marquée par les migrations comoriennes, nord-africaines, arméniennes. Notre parti pris a été d’interviewer seulement des personnes implantées depuis longtemps dans la ville, ayant des relations réelles avec l’autre communauté. J’ai découvert une histoire que je ne connaissais pas : celle de liens très profonds, bien expliqués par l’historienne Karima Dirèche, qui témoigne autant par son expertise que par le prisme de sa trajectoire personnelle.

Qu’est-ce qui vous a poussé vers ce projet ?
Deux chocs successifs. D’abord l’attentat de la Ghriba, en avril 2023, un pèlerinage juif sur l’île de Djerba, l’un des plus anciens du monde, où un garde en uniforme a ouvert le feu sur les fidèles. J’y assistais. Ça a réveillé un traumatisme familial très ancien : ma famille avait fui la Tunisie précipitamment après le 5 juin 1967, le jour où éclatait la guerre des Six Jours. Des émeutes avaient ravagé Tunis pendant deux jours, les magasins juifs pillés, la Grande synagogue incendiée. L’histoire se répétait. Puis le 7-Octobre est arrivé, et j’ai dû me résoudre à quitter Tunis pour Marseille, ville où je me sentais le plus de vivre.

Qu’avez-vous trouvé de différent à Manchester et Montréal ?
Les configurations sont différentes. À Montréal, les juifs sont en partie ashkénazes, mais il y a aussi beaucoup de juifs marocains émigrés. La question des peuples autochtones y est très présente, elle traverse les deux communautés. À Manchester, la population musulmane est majoritairement d’origine indienne ou pakistanaise, le lien à la Palestine est donc médiatisé autrement. Ce qui m’a frappée, c’est que dans chaque ville, interroger ces relations fait remonter les histoires coloniales propres à chaque pays. Le décret Crémieux, par exemple, cette loi imposée par la France en Algérie pour naturaliser les juifs mais pas les musulmans, stratégie délibérée de division, resurgit encore.

Quelle conclusion tirez-vous de l’ensemble ?
Je me méfie des conclusions générales. Mais une chose revient partout : la peur du soupçon désormais. Les juifs craignent d’être assimilés aux partisans de Netanyahou ; les musulmans, comme soutiens du Hamas. Chacun craint le regard de l’autre. En même temps, tous s’accordent à dire que les logiques politiques sont loin de leur vie quotidienne, du fait de partager un quartier, une cuisine, une histoire méditerranéenne commune. C’est cette tension fragile que le podcast essaie de tenir.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR ANNE-MARIE THOMAZEAU

Rencontres fragiles, épisode 1 (Marseille), disponible sur Radio Grenouille et toutes les plateformes de podcast. Les épisodes Manchester et Montréal suivront.

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Concert dans la grotte

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Les Itinerantes © X-DR

Le collectif Echo-in.live investit la grotte Sainte-Marie-Madeleine au Plan-d’Aups-Sainte-Baume, pour une soirée originale. Le trio vocal Les Itinérantes – Manon Cousin, Pauline Langlois de Swarte et Elodie Pont –, y présente Terra Mater, un concert a cappella en plus de trente langues, célébrant le féminin de Hildegarde von Bingen aux compositrices contemporaines, en passant par les chants orthodoxes et les hymnes à Marie-Madeleine. L’expérience débute dès 18h15 par une montée collective de 45 minutes à travers la forêt ancestrale. Après le concert, un verre de l’amitié avec les Vignerons de la Sainte-Baume précède une redescente nocturne. Prévoir chaussures de marche, lampe frontale et vêtements.

A.-M.T.
31 mai
Grotte Sainte-Marie-Madeleine, Plan d’Aups

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Comptes et légendes de famille

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Comptes et légendes de famille © X-DR

Quel héritage nous lèguent nos parents ? Ceux d’Émilie lui ont laissé une vieille carte postale des années 1960 et les clés d’une Volkswagen. Des souvenirs mystérieux qui vont l’emmener jusqu’à Scrupt, un village des Ardennes. Accompagnée de son compagnon Constant, elle se lance sur la trace de ses parents disparus, explore les secrets de cette famille qu’elle pensait connaître. Sur scène, le road trip prend la forme d’un cinéma et reprend les codes du tournage des films familiaux. Une caméra filme en direct, et le théâtre vivant se mêle à des projections vidéo. Toujours comique mais aussi intensément bouleversant, le spectacle, imaginé par Félicien Chauveau du collectif La Machine, crée un voyage poétique autour de la transmission familiale et de la recherche vertigineuse de sens.

I.L.

28 mai

Les Salins, Scène nationale de Martigues

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Tanguy de Williencourt

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Tanguy de Williencourt © Jean-Baptiste Millot

Après le week-end d’ouverture qui a accueilli Philippe Jarrousky puis Bruce Liu, le festival La Vague Classique fait sonnet la baie de Six-Fours en continuant d’inviter, chaque semaine, des grands concertistes. Tanguy de Willliencourt livrera, sans fioritures mais avec un sens exceptionnel du phrasé et du tempo juste, quatre sonates de Beethoven parmi les 32 qu’il a écrites pour le piano : deux sonates de jeunesse (opus 10) et deux de la maturité (opus 109 et 110.
Le lendemain Renaud Capuçon, Laurence Ferrari et leurs « friends » (de jeunes solistes virtuoses) livreront quelques pépites musicales pour les enfants : le Carnaval des animaux de Saint-Saëns et la Truite de Schubert.

 A.F.
28 et 29 mai
Maison du Cygne
, Six-Fours-les-Plages

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Hourvari

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Hourvari ©Ryo Ichii

Face aux bizarreries du monde, à ses dichotomies et ses contradictions, que faire ? Épouser le mouvement, suivre les lignes, ou bien défier les règles, les contester, voire les tromper. Du russe, « hourvari » fait référence à une ruse animale où le gibier revient sur ses traces pour tromper les chiens. Avec Hourvari, la voltigeuse et metteuse en scène Marie Molliens pousse le geste circassien, ruse, défie les règles et s’affranchit des codes, semant la confusion… Pas de narration, seulement des tableaux fragmentaires évoquant le passage du temps et la fugacité de l’existence. La création promet d’embarquer le public dans un cirque contemporain ; une aventure peuplée de corps marionnettiques, figures à la fois de désobéissance et de liberté. Acrobaties, voltige et accordéons porteront cette ode à la résilience.

 C.L.
30 et 31 mai
Chapiteaux de la mer,
La-Seyne-sur-Mer
Une proposition du Pôle, arts en circulation.

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L’écriture ou la vie

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L’Écriture ou la vie © X-DR

Qui porte la mémoire quand tous les survivants ont disparu ? Avec L’Écriture ou la vie, Jean-Baptiste Sastre et Hiam Abbass s’emparent du théâtre pour raconter l’expérience des camps et faire vivre cette mémoire sur scène. À partir des mots de Jorge Semprún, rescapé du camp de Buchenwald, le spectacle interroge l’indicible : comment dire la mort, raconter l’horreur ? En 2025, 25 jeunes français·es et autant de jeunes allemand·es ont joué L’écriture ou la vie à Buchenwald même, faisant de la création un véritable témoignage et acte de mémoire. Depuis, cette forme participative continue en impliquant des comédien·nes amateur·ices pour transmettre le récit Jorge Semprún et le faire résonner partout jusqu’au Salin. Un projet mémoriel pensé à la fois comme un espace de rencontre et de transmission.

C.L.
29 mai
Site Pablo Picasso, Martigues
Une proposition des Salins, Scène nationale de Martigues.

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À chœur ouvert

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Sébastien Daucé ©Jean-Baptiste Millot

À l’invitation du chœur Soléa et de l’association Cantatrix, dirigés par Anne Périssé dit Préjacq, le chef de chœur et claveciniste Sébastien Daucé animera à Marseille deux répétitions publiques. Figure majeure de la musique ancienne, Daucé a fondé en 2009 l’Ensemble Correspondances, formation de référence dédiée au répertoire baroque français des XVIIe et XVIIIe siècles. Son exigeante direction artistique lui a valu une reconnaissance internationale, couronnée récemment par une production de La Calisto de Cavalli au Festival d’Art Lyrique d’Aix-en-Provence saluée unanimement par la critique. Ces deux soirées offriront au public une occasion rare d’assister en direct au travail de répétition d’un grand chef, une plongée dans les coulisses de la création musicale.

 A.-M.T.
1er et 2 juin, 18h
Église Saint-Laurent, Marseille

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Köln concert

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Köln Concert © Reto Schmid

La célèbre improvisation de Keith Jarrett à Cologne, sur un piano dont il n’aimait pas la sonorité trop « classique », met en scène, de l’intérieur, par ironie, la fabrique du style sonore. C’est cette impro, entremêlée de mélodies de Joni Mitchell, qui accueille les sept danseureuses de Zürich sur sept tabourets de piano : la dernière création du chorégraphe américain Trajal Harrell, directeur artistique du ballet suisse, embrasse tous les styles contemporains : de toutes les rues, de toutes boîtes et de toutes les traditions, explorant le détail des figures, doucement. Ce Köln concert chorégraphique emmène vers la langueur lente et le détail, mais toujours dans l’ampleur et la profondeur du geste, du mouvement et du contact.

A.F.
28 mai
Pavillon Noir
, Aix-en-Provence

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En attendant Marcel

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En attendant Marcel © X-DR

Un condensé des répliques les plus connues de Marcel Pagnol. Le spectacle En attendant Marcel nous plonge au cœur d’un tournage de cinéma. Au programme : une troupe de techniciens et comédiens attendant l’arrivée du cinéaste Marcel Pagnol. Une attente qui laisse place à la discussion. Entre anecdotes de tournage et répétitions de scènes, le spectacle donne un aperçu des coulisses et permet au public de revoir les scènes de Marius, Manon des sources, Naïs ou La fille du puisatier… Créé par la compagnie La cour des grands, ce spectacle mis en scène par Olivier Cesaro prend la forme d’une randonnée théâtrale. Une manière de redécouvrir Pagnol au plus près de ses racines provençales.

F.L.

30 et 31 mai

Port-Saint-Louis-du-Rhône et Cornillon-Confoux

Une proposition de Scènes & Cinés.

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