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Marseille Jazz des Cinq Continents  : Quand la scène et le public ne font qu’un

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Ezra Collective © Clara Lafuente / Marseille Jazz des Cinq Continents

« Nous ne faisons tous qu’un dans l’amour » disait Awa Ly à la fin de son concert devant la foule présente ce soir-là au parc Henri Fabre. La chanteuse ouvrait la soirée de ce 9 juillet au festival Marseille Jazz des Cinq Continents, avant le trio britannique Mammal Hands, qui remplaçait en dernière minute GoGo Penguin, et le quintet emblématique, Ezra Collective. Une soirée portée par l’amour, qui finissait en danse et en célébration, avec un public qui ne voulait plus partir, emportée par cette énergie dansante d’un jazz qui unit. 

Venus d’Angleterre, c’était ensuite au tour de Mammal Hands – composé de Nick Smart, Jordan Smart et Rob Turner – ex-batteur de GoGo Penguin. Le trio fait vibrer une musique émotive, à travers des grandes envolées en crescendo et débutent par deux chansons de leur dernière sortie : Circadia. Fusionnant les genres, le piano joue des boucles répétitives qui relèvent du minimalisme et animent une tension émouvante et perpétuelle, accompagnées par une batterie texturée et un saxophone mélodique qui s’alimente de réverbération et de mélodies mystiques. 

Le jazz britannique se poursuivait avec le Ezra Collective,  le premier groupe de jazz à avoir remporté un Mercury Prize (2023), un quintet qui a « chamboulé le paysage du jazz » disait Hughes Keiffer. Femi Koleoso, le batteur et leader du groupe lance le show en demandant à chacun de se retourner pour dire « bonjour » à un inconnu, lui demander son prénom et d’où iel vient « parce que nous allons tous danser comme une grande famille ». S’en suivent leurs tubes comme Shaking Body qui font éclore une fusion afro-beats et jazz, ou encore No One’s Watching Me, devenu un hit avec la chanteuse Olivia Dean. 

Ife Ogunjobi d’Ezra Collective © Clara Lafuente / Marseille Jazz des Cinq Continents

Après dix ans de tournées ensemble, leur connivence est frappante : TJ Koleoso bouge les hanches tout au long au rythme de sa basse, et sourit de pair avec James Mollison au saxophone. Ife Ogunjobi apporte une ébullition jazz avec ses nombreuses improvisations à la trompette et aux claviers, Joe Armon-Jones, groove avec quiétude des envolées somptueuses. C’est lors de l’électrique Ajala que Femi impressionne avec un interlude de batterie en solo qui fait chavirer tout le monde. « C’est si puissant quand la scène et le public ne font qu’un : c’est comme ça que je me sens à cet instant, explique-t-il, l’énergie que vous ressentez sur scène est une énergie de gratitude ». 

TJ et James enjambent les rambardes pour s’insérer parmi le public. Et surprise, le collectif invite Yazmin Lacey sur scène pour l’emblématique God Gave Me Feet For Dancing. Comme sur leur pochette d’album, le quintet fait passer la danse au premier plan, et invite le public à oublier, le temps d’un concert, les aléas de la vie pour laisser place à l’émotion de la joie, ensemble et en grâce.

LAVINIA SCOTT

Miles Davis et le flamenco

À la Vieille Charité, le festival s’ouvrait avec un hommage à Miles Davis, autour de sa création A New Sketches of Spain. Un projet porté par Michael Leonhart et Israel Galvàn

C’est en 1960 que sortait l’album Sketches of Spain, signé par Miles Davis, avec des compositions écrites et arrangées par Gil Evans, qui est encore aujourd’hui considéré comme une des œuvres les plus accessibles de la légende du jazz. 66 ans plus tard, à Marseille, c’est au tour de Michael Leonhart et du célèbre danseur de flamenco Israel Galvàn de faire revivre ce monument, avec en introduction l’emblématique Concerto de Aranjuez de Joaquin Rodrigo suivi de Will O' The Wisp de Manuel de Falla qui fait sonner les cuivres.
Tout au long du concert, les pas de Israel Galvàn rythment la musique, ajoutant un élément percussif qui se mêle souvent, et dénote parfois, de l’improvisation à la trompette. Son jeu de pieds, ses pas rapides, équilibrés par des temps de silence fait briller le caractère avant-gardiste de Miles Davis. Emergent des improvisations en sourdine à la trompette, transformant le son pour le rendre rauque et une ribambelle de pas rythmés et tapés qui créent un chaos crescendo, parfaitement maîtrisé. Les draps d’Adrien Vescovi secouent dans le vent, entre les voutes de cette magnifique Vielle Charité, et le public est transporté dans la chaleur torride d’un été espagnol. L.S.
Classique soul et chant nouveau 

Le 8 juillet, au Parc Henri Fabre, Célia Kameni, José James et China Moses ont fait vibrer les voix soul pour finir avec le new jazz du batteur et MC Kassa Overall

Célia Kameni est certainement l’une des meilleures chanteuses françaises – elle a remporté les Victoires du Jazz en 2025 dans la catégorie artiste vocale. En introduction, elle fait surgir des aigus éthérées et opératiques, juxtaposés à une instrumentation expérimentale qui puise dans le rock, ou l’électronica, une rythmique libre et des effets qui saturent la voix. Pour finir, et de manière assez magique, des effets sont produits par le public lui-même lorsqu’elle demande à chacun de faire des chants d’oiseaux qui tapissent l’arrière-fond de sa performance. Le chant se poursuit avec José James et China Moses. Place au funk et à la soul de Marvin Gaye lorsque le duo interprète l’album mythique I want you, produit par Leon Ware. Les deux artistes ponctuent le show de compositions originales. José James délivre une impressionnante performance vocale imitant un disque rayé, parsemé de spoken word et de paroles chantées avec un débit rapide, à la lisière du rap. Et le duo finit avec une salutation à un autre grand chanteur de soul : Bill Withers et son Lovely Day. L.S.

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The History of Korean Western Theatre : Le prix de la modernité ? 

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The History of Korean Western Theatre, Jaha Koo © Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

En 2008, à Séoul, on célébrait les 100 ans du théâtre coréen. Jaha Koo, alors étudiant, assiste à cet étonnant anniversaire, dont l’existence que l’art peut avoir un âge. Cet étonnant implicite est au cœur de The History of Korean Western Theatre.

À ses côtés, dans une scénographie dépouillée, on retrouve Cuckoo, le cuiseur de riz parlant [Lire ici], qui informe, non sans humour, que contrairement à ce que le titre suggère, il ne s’agit pas d’une pièce documentaire. Ce qu’il ne dit pas c’est que la pièce ne porte pas non plus sur l’histoire du théâtre coréen : celle-ci est plutôt un prétexte, un point de départ pour aborder la notion de mémoire. Car comme l’explique le performeur et les images d’archives qu’il projette sur scène, le centenaire que fêtait le monde de la culture coréen était en fait celui d’une grande réforme, inspiré par la politique du Japon quand la Corée était alors sous protectorat. Le principe est simple : remplacer le théâtre traditionnel par des textes occidentaux pour « civiliser » et « rééduquer » la population.

Tradition intime 

En miroir de cette histoire, de cet effacement volontaire des mémoires collectives, Jaha Koo évoque sa grand-mère, aujourd’hui atteinte de la maladie d’Alzheimer. Celle-ci est restée très attachée aux traditions. Elle priait notamment Bibisae, esprit au visage de Gobelin capable de manger tout ce qu’il y a dans le monde. Celui-ci était aussi un personnage central des pièces traditionnelles, avant la réforme de modernisation. La tête du Gobelin apparaît sur l’écran. Le son sature. Inquiétant, l’esprit mangeur de souvenirs raconte sa propre disparition, et redevient ainsi personnage. 

Jaha Koo ressuscite ainsi des morceaux de culture « amputés et falsifiés » par la colonisation japonaise et l’influence occidentale, et son geste trouve un écho intime dans les enregistrements qu’il diffuse, dans lesquels sa grand-mère lutte contre l’effacement de ses propres souvenirs. Magnifique.

CHLOÉ MACAIRE 

The History of Korean Western Theatre a été donné du 6 au 9 juillet au Lycée Mistral, Avignon

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Festival d’Avignon : La jeunesse coréenne dans un auto-cuiseur

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Cuckoo, Jaha Koo © Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

Produit en partie par la Corée du Sud, le focus sur la langue coréenne révèle pourtant la contestation politique de la jeunesse et des classes populaires, en particulier dans ce solo performatif qui tourne depuis 2017 en Europe, et éclaire sur une histoire et un pays que l’Europe connait peu. 

La forme est simple, maline et très efficace : l’artiste, auteur et performeur, dialogue avec trois autocuiseurs, les seuls interlocuteurs qu’il a pu trouver dans son exil. Les « cuckoos » se disputent, et leurs défaillances sont drôles – celui qui parle le mieux ne sait pas du tout cuire le riz, et le seul qui le fait vraiment bien est muet. Une métaphore ? 

Jaha Koo, dans cette solitude habitée de robots absurdes, montre les images de révolte et de répression, de mise sous tutelle par le FMI, de faillites en cascades, de suicides en masse de la jeunesse. La Corée du Sud est un des pays au plus fort taux de mort par suicide, en particulier de suicides de mineurs et d’enfants. Une société malade, que les jeunes ne peuvent que fuir, et dont on sent à chaque instant qu’elle est marquée par son histoire, la guerre, la séparation, les répressions, la dictature. Et l’allié occidental qui continue à se comporter en colon économique…

 AGNÈS FRESCHEL

Cuckoo a été joué du 5 au 8 juillet au Gymnase du lycée Mistral

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Festival Phare : ciné, humour et polar

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Le festival Phare, comme tous les étés, revient avec une belle sélection de courts métrages à partager sous les étoiles, mais aussi de la musique, offrant, en clôture, le 31 juillet, un ciné-concert porté par Clément Doumic, un des musiciens de Feu ! Chatterton coréalisé avec Antoine Fabry : Tout un fromage. Un road trip gourmand à la recherche du producteur d’une exceptionnelle tomme de chèvre, arlésienne, bien sûr !

Au menu de ces cinq jours, la rencontre de cinéastes chevronnés mais aussi la promotion des créations de l’école du film d’animation MoPA. Deux thématiques structureront le programme : humour et polar. Ce sera d’ailleurs le sujet du ciné-causerie de Robert Pujade au Musée Arlaten, le 28 juillet.

Cette année focus sur Taïwan. En partenariat avec le Bureau Culturel de Taïpei à Paris, le prélude inaugural du 6 juillet proposera : The Egret River (Wan-Ling Liu), immersion dans une ville extensible de gratte-ciel et le doc expérimental, Amateur in the moon (Chunni Lin, Pang-Chuan Huang). Et la soirée d’ouverture, le 27 juillet, à l’Eden Cinéma de Fontvieille, laissera carte blanche au cinéma taïwanais.

Le 29, au Théâtre antique, projection du césarisé  Au Bain des dames de Margaux Fournier. Suivi par cinq autres films qui font sourire : Je veux danser de Lomane de Dietrich autour de l’art subtil de la séduction ; Veuillez patienter de Solal Bouloudnine autour du montage d’un berceau ; We were here de Pranav Bhasin autour du grand remplacement par l’IA. Un drôle d’accouchement d’ovaires (Ovary-Acting de Ida Melum) ou une double rencontre en forêt entre chienne-chien et maîtresse-maître (Saillie de Aude Thuries)

Le 30, toujours au Théâtre antique, ce seront six fictions explorant l’univers du polar et de l’humour noir : la comédie musicale Rose Tulipe et Pétunia de Rokhaya Marieme Balde. Ou Coffin Thérapy, la satire de Zéré Turlykhanova dont le personnage principal met en scène ses propres funérailles. Ou encore l’animation taïwanaise de Joe Hsieh, Prying Mantis qui imagine une mante religieuse mutante et ses obscurs secrets.

Cinq prix seront attribués : public, étudiants, cinéastes, prix Alice Guy et Prix de la Réplique ( interprétation masculine ou féminine) à l’issue de ce parcours cinéphilique et festif.

ELISE PADOVANI

4 heures et 17 minutes

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C’est un peu moins de la durée de Maldoror dans la Cour d’Honneur, un peu plus de celle du Deuil sied à Electre au jardin de Mons. À peine. C’est le temps qu’il faut à Total pour encaisser 10 millions de bénéfices nets. 4 heures et 17 minutes suffisent pour accumuler ce bénéfice exceptionnel, dû à la pénurie d’essence en mars 2026. 

10 millions, c’est le montant du surgel qui met en danger immédiat et inédit 28 établissements financés par l’État. Mais il n’est pas question en France de taxer le capital, même quand il est généré par des profits de guerre. 

L’État doit gagner plus, pas dépenser moins

Les finances publiques de la France sont en berne faute de recettes fiscales, parce que les plus riches, les entreprises florissantes, échappent à l’impôt et reçoivent même d’abondantes aides publiques. Les riches n’ont jamais été aussi riches en France, mais la seule recette du macronisme est l’austérité. Fermer tous les robinets des dépenses, peu importent les conséquences sur la vie des Français·es, sur l’économie réelle, sur le déficit des caisses sociales, sur l’éducation, la santé, la justice, la culture, l’information, la crise climatique, la disparition du vivant, les finances des collectivités en charge de tâches de plus en plus lourdes. Il faut fermer les robinets, quelles qu’en soient les conséquences réelles, pourvu que les comptables d’État, qui se prennent pour des économistes alors qu’ils n’ont pas lu Keynes (ni Marx évidemment) continuent de sévir en faisant des soustractions. 

Ceux qui nous gouvernent semblent ignorer qu’une crise budgétaire n’est pas une crise économique, et que la France reste un pays riche. Ils prennent le risque de nous plonger dans une terrible récession, en asséchant tous les services publics, les associations, les paysans, les commerçants, les artisans, tous ces emplois non délocalisables qui éduquent, soignent, informent, donnent de la joie, permettent l’échange. Sans eux, les inégalités vont se creuser davantage encore, la pauvreté toucher l’ensemble des classes dites moyennes, les étudiants souffrir de la faim, la délinquance et la criminalité exploser faute de juges, la souffrance psychique faute de soignants. Et le racisme, toutes les violences discriminatoires, vont augmenter, parce que les humains en souffrance, quand ils n’ont plus de recours, cherchent naturellement des boucs émissaires. 

Un pays sans culture publique est un pays mort

La manifestation de l’intersyndicale de la culture le 13 juillet à Avignon dépassait la volonté inquiète de préservation d’un secteur, pour entrer dans une phase de combat, enfin ressenti comme nécessaire et légitime, y compris de la part des directeurs nommés par le Ministère. Joris Mathieu, président du Syndeac, expliquait que défendre la culture devait se concevoir en grand, comme un sauvetage global des services publics, comme un projet de société auquel il ne faut renoncer à aucun prix. 

Ainsi, il faut obtenir le dégel immédiat des 10 millions, mais aussi un financement décent de la culture par l’État, à hauteur de 1% de son budget (actuellement de 0,7%). Il s’agit de faire entendre que le combat culturel se mène aujourd’hui sur deux fronts simultanés : contre l’extrême droite et sa nostalgie d’une France fantasmée, blanche, chrétienne et monarchique, ou pétainiste ; contre l’extrême-centre qui gouverne en piétinant les intérêts du peuple et en servant les milliardaires qui désindustrialisent le pays et accaparent ses richesses.

Les élus avec la culture

Les élus des collectivités locales, premiers financeurs de la culture en France, sont nombreux à signer, à droite comme à gauche, l’appel de l’intersyndicale de la culture pour refinancer la culture publique. Ils savent combien elle est indispensable à la vie économique de leurs territoires et à leurs habitants. Victimes de restrictions budgétaires insensées et intenables, les élus se tiennent aux côtés des acteurs culturels, dans une solidarité inédite entre la droite républicaine et la gauche, face à la folie destructrice d’un gouvernement à bout de souffle et de légitimité. 

AGNÈS FRESCHEL


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Marine Wallon, ouvrir le geste

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Oga, 2020, huile sur toile, 40x55cm, collection privée © Nicolas Brasseur, Adagp, Paris 2026

Les tableaux de Marine Wallon invitent à la contemplation : ici une plage bordée de falaises, là une forêt, ici un berger et ses moutons, ici encore, une barque sur l’eau calme. En témoigne aussi, son hommage au tableau Le voyageur contemplant une mer de nuage de Friedrich. Chez Marine Wallon, les couleurs sont franches, et ses tableaux portent un fort esthétisme. Son œuvre s’inspire notamment de peintres des années 1980 comme la Suédoise Mamma Andersson ou le Polonais Adam Adach. Chez Andersson, on retrouve l’esthétisme, les sujets naturels, les gammes de couleurs harmonieuses. Chez Adach, l’aspect brut du trait, les sujets humains en action. Son regard d’artiste, elle le doit aussi au cinéma, avec les œuvres de Pasolini ou de Godard. Un sens du cadrage et de la narration que l’on retrouve dans ses tableaux.

L’art et la matière

En utilisant des outils destinés à la construction, comme des brosses, des truelles, elle recrée des endroits souvent imaginaires. Le lâcher-prise de son travail, elle l’a trouvé au fil de longues recherches sur l’histoire de l’art. L’artiste de 41 ans, diplômée des Beaux-Arts de Paris en 2009, explore la peinture à l’huile depuis deux décennies. Son travail se situe à mi-chemin entre figuration et abstraction : des personnages se dessinent dans des paysages aux traits lâchés, vibrants, réalisés avec une grande maîtrise.

Chez Marine Wallon, saute aux yeux son travail des couleurs, savant mélange de chaos coloré et de maîtrise technique. « C’est sa première exposition dans une institution muséale, explique Elisa Farran, co-commissaire de l’exposition. Pour elle, c’est un symbole fort d’être exposée dans un lieu lié à van Gogh ». Marine Wallon avait déjà exposé au musée Estrine en 2023, lors d’une exposition collective. A peine trois plus tard, elle porte l’affiche toute seule, avec brio.

MONA LOBERT

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La création à domicile

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© C.L.

Gide, Cocteau, Dalí, Man Ray… La Villa Noailles a toujours été un repère d’artistes. Nichée sur les hauteurs de Hyères, la bâtisse conçue par Robert Mallet-Stevens en 1923 s’est, au fil du temps, imposée comme un lieu artistique incontournable. Si elle est ouverte au public depuis plusieurs décennies, l’année 2026 a une saveur particulière puisque la Design Parade, initiée par la Villa, fête un double anniversaire : 20 ans pour son volet design d’objet et 10 ans pour l’architecture.

Du 25 juin au 30 août, les vingt finalistes exposent exceptionnellement leurs projets, habituellement répartis entre Hyères et Toulon, dans les espaces de la Villa Noailles. Quatre femmes orchestrent cette édition, dont Sofia Lagerkvist et Anna Lindgren, du studio suédois Front, et présidentes du jury Design Parade objet. En laissant carte blanche aux artistes, la Villa promet un voyage aussi poétique que singulier.

Design et réflexion

Pokémon, commodes, chaises, lampadaires ou encore horloges : dans des salles aux tonalités colorées, l’exposition design d’objets donne à voir une multitude de créations. Dans une première salle rouge ocre, impossible de ne pas s’arrêter devant les statuettes Pokémon de Tin Ayala. À travers sa pièce Huacos, le chercheur et designer, lauréat du Grand Prix du Jury Design Parade objet, mêle pop culture, archéologie et céramiques précoloniales andines. Derrière ces figurines en céramique, il entend déconstruire l’idée selon laquelle mondialisation et cultures locales ne pourraient coexister.

À quelques mètres, LODMRYD (Que les anciens morts cèdent la place aux jeunes morts), Maïté Seimetz présente une série d’objets à la fois familiers et étranges. Ici, les chaises deviennent hostiles. Si son mobilier n’invite pas à prendre place, l’invitation est tout autre, il faut regarder. En mêlant artisanat, céramique et impression 3D, Maïté Seimetz questionne en réalité l’anthropocentrisme et la vision essentiellement fonctionnaliste du design. Chaque objet est une histoire, une interrogation, une réaction portée par un artiste.

Shahar Livne s’intéresse quant à elle au caoutchouc, omniprésent mais porteur d’un héritage colonial trop souvent oublié. De l’exploitation du Congo aux plantations d’Indonésie, son projet Le lait du Diable : histoires du caoutchouc naturel révèle la violence liée à cette ressource et interroge notre rapport aux matières premières. Puis, dans une pièce bleue qui rappelle la mer, d’autres œuvres dialoguent. Matisse Vrignaud et Lundja Medjoub revisitent les horloges à feu, anciens instruments de mesure du temps par combustion et posent la question : qu’avons-nous perdu lorsque le temps est devenu un outil de contrôle plutôt que de contemplation ?

Réemployer

Si le concours de design objet investit les grandes salles, celui d’architecture confie à chaque finaliste une pièce entière à aménager. Les dix lauréats transforment ainsi chaque salle en un véritable décor, réinterprétant les espaces historiques de la demeure. Chaque salle ouvre un nouvel univers, à l’image d’un décor de cinéma, mais avec des préoccupations bien éloignées des blockbusters hollywoodiens : écologie, Méditerranée et réemploi traversent une grande partie des projets.

La Maison jaune de Boris Cojean plonge le visiteur dans un paysage inspiré des peintures impressionnistes provençales, notamment de Vincent van Gogh. Réalisée en cire, matière éphémère et entièrement réutilisable, l’installation développe l’idée de transformation des matériaux.

Le réemploi est également au cœur d’Overflowed, du duo Carlotta Lagazzi et Yohann Hubert. À partir de coques, de voiles et de résidus issus du nautisme de plaisance, les deux artistes imaginent un salon de rêverie pour navigateurs à terre. Les déchets nautiques deviennent ici de véritables gisements de matériaux plutôt que de nouvelles ressources à exploiter.

Même constat avec Marion Moustey, qui imagine Le Bureau du Poète – co-conçu avec Ewerton Alves -, un espace intemporel conçu à partir des ressources du territoire méditerranéen. Épluchures de courgettes, pierre, bois de réemploi, lin, laine ou lavande composent un lieu où le temps semble s’être arrêter. Une invitation à regarder, écouter, écrire… et surtout ralentir. Si chaque projet réinterprète les espaces historiques de la villa et pose la question de : comment l’habiter ? En filigrane, une autre interrogation subsiste : comment habiter le monde de demain ?

CARLA LORANG

Design Parade
Jusqu’au 30 août
Villa Noailles, Hyères

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La danse des grands hommes

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Mycelium, Christos Papadopoulos © Agathe Poupeney Marie Albert, Jacqueline Bâby, Edi Blloshmi, Eleonora Campello, Katrien De Bakker, Abril Diaz, Jade Diouf, Alvaro Dule, Brendan Evans, Paul Grégoire, Jackson Haywood, Amanda Lana, Marco Merenda, Albert Nikolli, Leoannis Pupo-Guillen, Noëllie Riou, Anna Romanova, Raul Serrano Nuñez, Giacomo Todeschi, Kaine Ward, interprète Mycelium CHORÉGRAPHIE Christos Papadopoulos , ASSISTANT CHORÉGRAPHIQUE Georgios Kotsifakis , MUSIQUE Coti K. , LUMIÈRES Eliza Alexandropoulou , COSTUMES Angelos Mentis , Création 2023 - Ballet de l'Opéra de Lyon © Agathe Poupeney / Divergence-images.com - 07/09/2023 - Opéra national de Lyon - Lyon

La recette de Vaison Danses est simple : il s’agit de programmer les plus prestigieuses compagnies de danse. Dans une certaine variété d’esthétiques, même si toutes défendent une danse qui s’engage physiquement, dialogue avec la musique, et crée des spectacles à la hauteur du Théâtre antique, impressionnant de hauteur. Pas question de prendre de risques : les ballets accueillis doivent remplir l’amphithéâtre et satisfaire un public international de vacanciers réguliers qui attendent une belle danse, pas forcément transgressive, mais contemporaine, et léchée. Pour autant, l’absence de chorégraphe femme cette année dans le théâtre antique est choquant.

Pour fêter ces 30 années, le directeur artistique, Pierre-François Heuclin, a fait appel, le 10 juillet, à Jean-Christophe Maillot et son Ballet de Monte-Carlo. Core Meu, reprend et augmente une pièce créée en 2017 sur le sacrifice. Avec désormais 50 danseurs et un ensemble musical, c’est un hommage à Béjart qui reprend, en particulier, la ronde collective, épuisée, de son Boléro mythique.

Hofesh Shechter porte lui aussi une danse très physique, et des épuisements. Mais au geste parfait, ample et placé il préfère la vitesse débridée et le poing levé, l’ambiguïté, la blessure qui se combat par le choc et l’énergie. In the Brain, sa nouvelle pièce, est dansée le 15 juillet par son ballet II, 8 jeunes danseurs internationaux qui n’ont rien à envier à sa compagnie I. Et qui sont aussi virtuoses dans des contextes de rave ou de clubbing que lorsque les souvenirs de danses diverses, folkloriques, leur remontent dans le cerveau.

Le 18, place au ballet de l’Opéra de Lyon avec Mycelium, de Christos Papadopoulos, qui propose une danse inspirée des réseaux végétaux, des organismes collectifs, des mouvements cellulaires. Une danse du contact, douce et ample, avant l’arrivée du Ballet de Tunis, avec le Carmen d’Abou Lagraa, le 22 juillet. Ou plutôt les Carmens, femmes libres méditerranéennes, multiples, qui affirment leur désir et leur liberté jusqu’au face à face avec la violence des hommes.

C’est le Ballet Biarritz de Christophe Malandain qui viendra, le 25 juillet, clore le festival dans le Théâtre antique, pour une soirée exceptionnelle, puisque le chorégraphe quitte la direction du Ballet. Le programme Juste une dernière danse repose sur trois pièces classiques (Poulenc, Mozart, Ravel) dont son boléro, pour 12 danseurs.

Les femmes au Nymphée

À ces cinq soirées prestigieuses sans chorégraphes femmes s’ajouteront quatre soirs plus intimes, et un brin plus féminines, au Théâtre Nymphée : le 17 juillet de jeunes danseurs interprèteront du Mourad Merzouki, mais la scène partagée du 20 juillet reposera sur trois chorégraphes lauréat·es de concours internationaux, dont deux femmes. Celle du 11 juillet propose une pièce pour jeune public de Caroline Breton, Euphoria, drôle et colorée. Et le 13 juillet le Ballet junior Preljocaj reprendra Near Life experience, une très belle pièce du chorégraphe sur les limbes, le passage entre la vie et la mort, et l’inverse aussi, tissé par des bocaux et des fils rouges. Un équilibre F/H dans le petit théâtre, qui devrait pouvoir aussi s’inscrire au Théâtre antique ?

AGNÈS FRESCHEL

Vaison Danses
Du 10 au 25 juillet
Théâtre Antique et Théâtre du Nymphée, Vaison-la-Romaine

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« Mon travail, ce n’est pas le discours, mais comment le corps bouge »

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Angelin Preljocaj, Requiem(s) © Didier Philispart

Zébuline. Pourquoi reprendre cette forme à l’Archevêché ?
Elle est encore au répertoire de nos tournées, et l’Archevêché appelle de très grandes formes, par sa taille et son architecture. La pièce a été créée à la Villette il y a 2 ans, l’idée me travaillait depuis longtemps. Il y a toujours ce truc avec le requiem, cette forme qui a quand même produit tant de chefs-d’œuvre, qui donne envie d’y aller. Mais après vous pensez à Mozart, qui est mort en écrivant le sien, et si vous êtes un peu superstitieux…

Pour moi, il y a trois ans, il était temps. Mes parents sont morts à 6 mois d’intervalle, je me suis dit tu attends quoi ? De toute façon à ce moment, je ne pouvais parler que de deuil, de perte, de souvenirs et de ce manque que l’on éprouve quand on devient orphelin.

La pièce, pourtant, ne parle pas que de ce deuil intime…
Non. Requiem(s) est au pluriel parce que les morts sont multiples. Parce qu’elles ne sont pas égales. Quand un homme de 95 ans meurt, la peine de son fils est immense, mais consolée quand même, atténuée, rendue plus douce par le fait qu’il a eu l’espace d’exister. Quand un gamin de 8 ans meurt à Gaza sous les bombes c’est atroce, révoltant, insupportable. Le deuil aussi à ses nuances, le requiem pour un génocide, pour une guerre, ce n’est pas pareil. Le trajet de Requiem(s) c’est de passer de l’intime à la notion d’humanité. De faire ressentir intimement, aussi, les deuils à grande échelle que nous sommes en train de vivre.

Le rituel de la mort fait de nous des humains. Durkheim a montré que le rituel de l’enterrement, ou tout autre rituel d’adieu aux morts, signait l’entrée dans une société humaine. Il est commun à toutes, sous des formes diverses. On n’abandonne pas ses morts au bord de la route.

Requiem(s) est aussi au pluriel parce que plusieurs musiques s’y succèdent…
Oui. On y entend du Mozart, mais aussi System of a Down, ce rock lyrique, violent, métal, puissant et révolté, quand il est question de torture et de génocide. Aussi du Messiaen, parce qu’un requiem est aussi une messe et que des images chrétiennes sont présentes dans notre perception de la mort. Et des chants médiévaux, liés à la grande peste noire, une histoire qui nous guette avec les menaces virales actuelles.

Après, mon travail, ce n’est pas le discours, mais comment le corps bouge sur ces réalités physiques-là, de la violence, de la mort, du deuil, du souvenir. Le poids des corps présents et absents, comment cela se rejoint, fait corps commun ou isole. Comment on retrouve la joie aussi, après le deuil, comme augmenté de quelque chose.

Vous travaillez à une nouvelle création Soulèvement. Est-ce toujours une question de poids, de trace, de ce que les idées font au corps ?
Bien sûr. Soulèvement c’est l’idée de travailler sur une énergie, celle de se regrouper pour affronter l’injustice. C’est un mouvement aussi consubstantiel à l’humanité que le deuil. Le spectacle sera traversé par nos soulèvements, la Révolution française, le Front populaire, mais aussi par celui du Népal en 2025, de cette génération de jeunes qui a mis fin à la dictature. Évidemment, le « regardeur » peut en avoir une vision politique, et c’est lui « qui fait l’œuvre » disait Duchamp. Mais moi, je travaille sur l’énergie des corps, pour savoir ce qui les lie…

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR AGNÈS FRESCHEL

Requiem(s)
Du 28 au 30 juillet

Théâtre de l’Archevêché, Aix-en-Provence

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Une coquille loin d’être vide

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Paul Amar, LeTemple Religieux, 1986

« Ancien coiffeur et chauffeur de taxi, passant ses vacances sur les plages de Vendée, c’est en 1974, à l’âge de 55 ans, qu’il a découvert par hasard ce qui allait devenir son matériel unique de création : Les coquillages. » C’est ce qu’indique le cartel d’entrée du Musée d’art brut de Montpellier, ainsi que la quasi totalité des articles de presse consacrés au travail de Paul Amar.

Paul Amar a choisi de travailler le coquillage. Des coques, des palourdes, des huîtres, des moules, des bigorneaux. Il sculpte d’après des scènes qu’il garde en mémoire, provenant de cartes postales, de films, de souvenirs, de livres. Ses coquillages assemblés, recouverts de paillettes et de verni à ongles aux couleurs saturées sont agencés en bas-reliefs, en bustes, en portraits dans une esthétique à la limite du camp : un kitch fabuleux et une préciosité extrêmement sensible

Parmi ses œuvres, la vierge Fatima, sculpture à taille humaine d’une grande précision représentant une femme petite, drapée d’un long voile transparent, seul élément qui dénote de l’amoncellement unique de coquillage – seule pièce réalisée en collaboration avec sa femme et qui semble déroger à son protocole de travail.

« C’est le bulot universel »

Souvent agencés en symétrie parfaites et étonnante au vu du matériau, les sculptures de Paul Amar brosse un large éventail de thème : des souvenirs d’Algérie, d’illustration narratives, de masques précieux et effrayants, mais aussi des personnages fantastiques où la sexualité marquée s’émancipe et s’affirme. Chaque coquillage récolté par Paul Amar possède une forme unique.

Les polir, les modeler en symétrie parfaite transcende toute leur essence, et de fait, établit un protocole de lissage de l’imperfection qui s’inscrit à l’encontre des pratiques conceptuelles encensées par l’art contemporain. « Je suis un bon ouvrier, consciencieux, mais c’est tout, je ne suis pas un artiste » : « C’est le bulot universel » détermine donc le cartel.

« Je suis l’homme le plus heureux du monde à l’heure actuelle. Je ne pensais pas en arriver là, posséder une galerie à mon nom. C’était au-dessus de mes possibilités. Et maintenant qu’elle existe, bravo, soyez toujours les bienvenus dans la galerie Paul Amar où vous serez reçus comme des rois », disait-il aussi. Son travail, présenté à Montpellier, est effectivement une invitation qui ne se décline pas.

NEMO TURBANT

L’art brut, pour s’affranchir des codes
L’art Brut, dont on doit le terme à Jean Dubuffet, s’affranchit par définition des codes souvent élitistes et performatifs de l’art contemporain. Ses artistes, ou artisan·nes, créateur·ices, participant·es, selon leur appellation choisie par elleux même ou pas, sont ancrées dans des pratiques souvent populaires, faisant appel à des moyen fréquemment qualifiés de rudimentaires, dont l’expression plastique reste inaltéré par les techniques académiques transmises dans les milieux artistiques classiques. N.M.

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