lundi 23 février 2026
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Don Pasquale prend l’air du temps

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Don Pasquale - Opéra de Toulon © Aurélien Kirchner

Deux représentations de l’opéra Don Pasquale, écrit par Donizetti, ont été données au Zénith de Toulon pendant les Fêtes, en programmation hors les murs de l’Opéra de Toulon. La cheffe d’orchestre coréenne, Sora Elisabeth Lee, signait la direction musicale aux côtés de Tim Sheader à la mise en scène et une répartition solide des premiers rôles, avec David Bižić en tête d’affiche pour incarner un Don Pasquale dépassé par les événements.

Une belle distribution

Le rideau s’ouvre sur un « building » où est inscrit en grand « Pasquale » – on y devine les bureaux de son empire. La cheffe fait démarrer l’orchestre, d’un geste soucieux et précis. L’ouverture est marquée par un passage lyrique au violoncelle solo, repris par les flûtes, instaurant un climat presque cinématographique pendant qu’entre le docteur Malatesta, incarné par le baryton argentin, Armando Noguera

Celui-ci incarne à la perfection ce manipulateur rusé et charismatique qui manigance tout le complot, en jouant sur les désirs des uns et des autres. Il boit son café, observant l’immeuble comme si c’était le sien, puis surveille les employés qui entrent, dont la belle Norina, interprétée par Lauranne Oliva. La soprano brillera tout le long dans son rôle d’héroïne stratège et vive, avec une grande agilité dans la voix lorsqu’elle parcourt les mélodies rapides et pétillantes de Donizetti. Face à elle, l’arrivée d’un Ernesto hipster et babos, guitare sur le dos, écouteurs dans les oreilles, avec casquette et banane autour du torse. Il reste ici amoureux mais assez enfantin et naïf, et pourri gâté. La voix de Jonah Hoskins, ténor lumineux animé d’un beau vibrato, porte les différents états de son personnage. 

Mise en scène contemporaine

La scénographie repose sur un cube mobile et, de scène en scène, on passe de la devanture des bureaux où apparaissent les employés de bureau, tantôt au téléphone, tantôt devant leurs ordinateurs, même si les interprètes se retrouvent souvent au-devant d’un espace un peu trop étroit.

Puis apparaît la demeure luxueuse de Don Pasquale, ornée de lustres, d’artefacts et de trésors, un sol en marbre et une dernière disposition permet de voir le côté du building comme l’espace pause-clope des employés. Ici, on y retrouve la scène où Norina chante l’air So anch’io la virtù magica où elle se vante de son tempérament séducteur et de sa « larme trompeuse ». Lorsque Malatesta vient lui proposer le plan pour berner le vieux chef, elle lui démontre qu’elle sait parfaitement jouer le jeu en exerçant ses charmes sur lui. 

Dans un moment comique et contemporain, ils referment la porte du garage derrière eux et se se livrent à un acte sexuel. Cet ajout questionne le public sur les intentions de Norina, est-elle réellement amoureuse d’Ernesto ou cherche-t-elle, comme Malatesta, à renverser sa position de pouvoir ? On comprend par là également l’interprétation du metteur en scène, qui affirme trouver « tous les personnages antipathiques ». Une vision peut être cynique, mais qui paraît adaptée au drame.

LAVINIA SCOTT

Don Pasquale a été joué au Zénith de Toulon dans le cadre de la programmation de l’opéra hors les murs les 31 décembre et 2 janvier.

Retrouvez nos articles Musiques ici

Cette autre chose… 

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Cette autre chose de Bruno Meyssat © Jean-Pierre Estournet

Depuis près de 45 ans, Bruno Meyssat expérimente, au sein des Théâtres du Shaman qu’il a créés, une forme de théâtre singulière, fait d’écriture au plateau et ne reposant que très peu sur du texte. 

Dans Cette autre chose…, sa dernière création, Bruno Meyssat reconduit une nouvelle fois sa formule : presque pas de texte ou de mots, seulement un dialogue subtile et allégorique entre les comédien·nes et les objets avec lesquels ils interagissent. Ici, le metteur en scène pousse d’ailleurs cette formule à son paroxysme, car il n’y a même pas de sujet qui apparaît de manière évidente. Prémisses intrigants, qui  rendent nécessaires un rôle actif de la part des spectateurs·ices pour faire sens de cette narration abstraite.

CHLOÉ MACAIRE

12 et 13 janvier 
Théâtre du Bois de l’Aune, Aix-en-Provence  

La Plateforme du Rock

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Technopolice © X-DR

L’association Phocea Rock a toujours à cœur de réunir et mettre en valeur la vigoureuse scène rock de Marseille. Elle le fait au printemps – avec L’Intermédiaire – pour La Plaine du Rock. Elle le fait désormais en plein hiver à l’occasion de la Plateforme du Rock. Pour cette première édition, elle invite sept groupes : Jim Younger’s Spirit, Sovox, Binaire Oai Star, Avee Mana, Wake The Dead et Technopolice, tous réunis dans l’ancien Dock des Suds. De quoi faire une belle photo de la grande famille du rock phocéen.

NICOLAS SANTUCCI 

10 janvier
La Plateforme, Marseille 

Jean-Baptiste Doulcet

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International Competition Long-Thibaud-Crespin, piano category, semi-finals ( Salle Cortot ) and finals at the Auditorium of Radio France, under the artistic direction of Bertrand Chamayou and Martha Argerich, President of the Jury. November 8, 2019 to November 16, 2019. Concours International Long-Thibaud-Crespin, categorie piano, demi-finales ( Salle Cortot ) et finales a l’ Auditorium de Radio France, sous la direction artistique de Bertrand Chamayou et Martha Argerich, Presidente du jury. 8 Novembre 2019 au 16 Novembre 2019.

Marseille Concerts invite Jean-Baptiste Doulcet au Conservatoire de Marseille, pour un concert interactif dans la tradition de l’improvisation « dans les styles ». Le pianiste, pro de l’impro, invite le public à choisir son programme, et joue les thèmes qu’il propose en les adaptant aux styles et systèmes harmoniques de divers compositeurs, des bons vieux classiques aux plus jazzy, des minimalistes aux échevelés. Un exercice jubilatoire, virtuose, et complice, dont le public raffole.  Avec raison !

AGNÈS FRESCHEL

8 janvier 
Conservatoire Pierre Barbizet, Marseille
Dans le cadre de la programmation de Marseille Concerts

Abysses

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Abysses © Sylvie Granotier

Abysses est un texte de l’auteur sicilien Davide Enia, qui, marqué par ses nombreux séjours à Lampedusa, s’est intéressé à la manière dont la crise migratoire transforme le quotidien des habitant·es de l’île. Et a recueilli les voix des habitant·es, des sauveteur·ses, des pêcheur·ses et des médecins confronté·es chaque jour aux traversées dangereuses et aux vies bouleversées par l’exil. 

Sur scène, entre récit intime et matière documentaire, dans une mise en scène de Sara Amrous, Jacques et Léon Bonnaffé donnent vie à ce récit où se tisse le lien complexe entre un père et son fils, une relation faite de non-dits, de contradictions et de fragilités. Loin des grands discours, ce sont des histoires de survie, de solidarité et de détresse, qui questionnent profondément notre humanité.

MARC VOIRY

13 et 14 janvier
Théâtre Liberté, Scène nationale de Toulon

Les Nubians 

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Les Nubians © Nubiatik Music

En 2019, elles avaient fait l’ouverture du Makeda. 6 ans plus tard, elles sont de retour, dans cette même salle, qui porte le nom d’un de leur premier succès. Originaires de Bordeaux, Les Nubians est duo de chanteuses composé de deux sœurs, Hélène et Célia Faussart. Elles ont grandi entre la France, le Tchad et le Cameroun, ce qui a profondément marqué leur style, mélange de soul, r&b, jazz, hip-hop et sonorités afro. Un style que l’on retrouve dans leur premier tube, Makeda, sorti en 1998. En 2003, elles sortent leur deuxième album One Step Forward, qui finit d’asseoir leur renommée. Rares sur scène ces dernières années, elle n’avaient pas joué depuis presque trois ans – le 16 mai 2023 au New Morning (Paris) – leur passage à Marseille est donc un événement qui ne se loupe pas.

LANA ASTIC

8 janvier
Makeda, Marseille

Marseille au pays des merveilles

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© Ville de Marseille - Patrick Rodriguez

L’origine d’Aliçe et les drôles d’oiseaux se trouve du côté des jardins du Musée international de la parfumerie de Grasse à Mouans-Sartoux. C’est là que l’artiste Bernard Briançon a installé pour la première fois en 2023, en plein air, sous le titre Aliçe, ses sculptures inspirées par sa lecture du fameux roman de Lewis Carroll, tout en créant un parfum, en complicité avec le nez Corinne Marie-Toselo, le Mirlando (pays des merveilles en esperanto). Des œuvres qui se retrouvent aujourd’hui en compagnie de « drôles d’oiseaux » au musée installé au Palais Longchamp, pour lequel il s’agit de mettre en jeu quelques éléments et thématiques de ses collections sous le prisme de l’univers d’Alice au pays des merveilles, revisité par l’artiste. Car si Bernard Briançon a muni Aliçe d’une cédille, comme dans Briançon, c’est pour signifier que cette Aliçe là est à sa façon.

Boîtes

On est accueilli par des notes de piano en fond sonore, une farandole de cartes à jouer qui parcourent les cimaises et les socles noirs de l’exposition, dont de nombreuses sont glissées parmi les compositions d’objets présentées dans les vitrines, ou dans de petites installations où sont scénographiés des spécimens naturalisés du Muséum. Un espace d’exposition qui peut évoquer à la fois un salon de thé, un cabinet de curiosité ou une boite noire de magicien, de laquelle, comme on le sait, sort souvent un lapin blanc.

D’ailleurs, tout comme les cartes, les boîtes sont l’un des éléments récurrents des œuvres de l’artiste qui explique sur l’un des nombreux cartels de l’exposition : « J’aime l’idée que le socle de la sculpture soit aussi sa caisse de transport (…) Tandis qu’elle protège l’œuvre, la boîte devient son ombre, sa silhouette, son avatar jusqu’à devenir œuvre elle-même ».

On trouve aussi de nombreux plateaux d’échiquier, des tasses et des théières, et l’emploi du cuir de ballons décousus et façonnés en différentes figures évoquant une tête de lapin, une tortue, une silhouette humaine, des plantes…

Points d’appui

La première partie du parcours se déroule autour du parfum créé par l’artiste, dont on peut sentir les différents composants jusqu’à l’assemblage final. Tout autour sont présentées des planches d’herboristerie, et des sculptures de champignons du « myco-artiste » Jacques Frier. Plus loin, on nous montre et on nous parle dans différentes scénographies et vitrines infiltrées par les propositions de l’artiste du dodo, du loir, du flamand rose, du lori, du hérisson, des oiseaux de basse-cour, des tortues, des corvidés… 

On parle aussi de domestication des animaux, des animaux liminaires, des chimères, ou, s’appuyant sur les nombreux jeux de mots de Lewis Carroll dans son roman, sur les façons de nommer tout ce vivant foisonnant, qui, sous ses allures scientifiques n’est pas sans ambiguïté, confusions, etc… Le parcours se termine par une série de vitrines présentant les nombreux assemblages de l’artiste, associant objets, sculptures, textes, dessins, jouant avec les références à Alice au pays des merveilles

Une exposition à la fois ludique et réflexive, une sorte de théâtre d’images qui, en croisant l’approche narrative de Lewis Carroll, les propositions de Bernard Briançon et les pièces d’histoire naturelle invite le visiteur à s’interroger sur le passage du temps, la nature rêvée et la façon dont le réel et l’absurde parfois s’entremêlent. 

MARC VOIRY

Aliçe et les drôles d’oiseaux
Jusqu’au 8 mars
Muséum d’histoire naturelle de Marseille

Retrouvez nos articles Arts visuels ici

Jean-Marc Coppola  : Marseille, ville de cinéma ? 

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L'ancien Cinéma Le César © X-DR

Zébuline. Le César vient de faire l’objet d’un vote au dernier Conseil municipal. Que recouvre cette décision ?

Jean-Marc Coppola. Le Conseil municipal a adopté une délibération permettant la rétrocession du cinéma Le César à un porteur de projet. Pour rappel, Le César est un cinéma historique, inauguré en 1938 par Marcel Pagnol. En 2023, lors de la liquidation judiciaire, la Ville a préempté le fonds de commerce : sans cela, le lieu aurait changé de destination, les propriétaires étant en discussion avec une enseigne de restauration.

Nous avons ensuite lancé un appel à manifestation d’intérêt. Six candidatures ont été déposées, trois auditionnées, et nous avons retenu le projet le plus en adéquation avec notre cahier des charges : préserver un cinéma, mais en l’inscrivant dans une logique de pluridisciplinarité, car un cinéma seul n’était pas économiquement viable dans ce contexte de concurrence.

Le projet retenu est porté par des sociétés expérimentées : le Lucernaire, qui gère un lieu à Paris depuis quarante ans, et le Théâtre des Criques à Marseille. Il prévoit deux salles de cinéma, une salle de 200 places modulable pour le théâtre et le cinéma, une librairie et un espace de convivialité. Le bail est rétrocédé pour 29 000 €, les porteurs assurant l’investissement et environ 18 mois de travaux.

Vous insistez sur le mélange des pratiques artistiques. Pourquoi est-ce un fil conducteur ?

Parce que c’est la réalité du travail artistique aujourd’hui. Les comédiennes et comédiens passent du théâtre au cinéma, parfois à la musique ou à l’image. Cette porosité est une richesse.

On le voit à la Friche la Belle de Mai, qui accueille plus de 70 structures : avec l’arrivée de La CinéFabrique, future école nationale de cinéma, à proximité de l’Eracm, il y aura des interactions évidentes entre formation au jeu, à la mise en scène et à l’image.

C’est la même logique à La Plateforme à Bougainville [l’ancien Dock des Suds, ndlr], où cohabiteront une école du numérique gratuite, l’antenne de la Cinémathèque française, une salle de cinéma gérée par William Benedetto (L’Alhambra), et à terme le Nomade Café. Ces lieux partagés créent une émulation qu’on ne peut pas décréter, mais qu’on peut rendre possible.

Le site de La Plateforme actuellement en travaux doit accueillir l’antenne de la Cinémathèque Française à Marseille (photo maquette) © Encore heureux

L’éducation à l’image demeure comme un enjeu central. Comment la Ville s’y engage-t-elle ?

L’éducation artistique et culturelle est une priorité dès le plus jeune âge, et l’éducation à l’image en fait partie. Le Centre national du cinéma (CNC) y est très attaché, et nous aussi. Marseille dispose aujourd’hui d’un écosystème dense : La CinéFabrique, les Ateliers de l’Image et du Son, l’Ina, les formations universitaires comme la Satis à Aubagne, sans oublier les classes préparatoires. Cela permet à des jeunes de se former ici, sans devoir partir ailleurs.

La future antenne de la Cinémathèque française, qui ouvrira à La Plateforme, aura trois missions : diffusion de films, actions pédagogiques et expositions. L’objectif est clair : une antenne ancrée à Marseille, avec ses spécificités, et non un simple copier-coller de Paris.

Marseille est aussi devenue un territoire très attractif pour les tournages. Comment l’expliquez-vous ?

La Ville n’a pas de compétence sur la production cinématographique : cela relève du CNC et de la Région. En revanche, elle joue un rôle clé dans l’accueil des tournages via la mission cinéma : autorisations, logistique, accompagnement.

Les retours sont excellents. Marseille est aujourd’hui saluée pour la qualité de son accueil. Les tournages génèrent environ 90 millions d’euros de retombées économiques, dont près de 30 millions réinjectés dans l’emploi local.

Les équipes apprécient aussi les conditions de travail : proximité des lieux, qualité des techniciennes et techniciens sur place, ambiance générale. Certains projets ont refusé des propositions plus avantageuses ailleurs pour rester ici. Cela montre que le cinéma à Marseille n’est pas seulement une question d’attractivité économique, mais aussi de projet culturel.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR SUZANNE CANESSA

Le cinéma à Marseille en chiffres (source CNC/2024)
- 13 établissements
- 72 écrans 
- 1 fauteuil pour 77 habitants (c’est 59 en France). La deuxième commune de France est ainsi 88e au classement des 122 communes de plus de 50 000 habitants équipées de salles de cinéma
- Prix moyen du ticket : 8,86 euros 
- 2,33 millions d’entrées
- 2,66 entrées par habitant
- Seulement quatre cinémas (30,8 % du parc marseillais) et 10 écrans (13,9 % du parc marseillais) sont classés Art et Essai en 2024. Sur l’ensemble du territoire, le parc Art et essai représente 62,8 % des établissements et 45,0 % des écrans

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Manu, t’as fait philo ? 

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Comment vous souhaiter une bonne année 2026 alors qu’elle commence par une agression de la première puissance économique et militaire mondiale sur un pays en déroute qu’elle a systématiquement appauvri, et affamé, par 20 années de sanctions économiques et 10 années d’embargo ? Est-ce à dire que les États-Unis d’Amérique n’ont jamais renoncé à l’extension de leur empire, de l’Amérique centrale au Groenland, considérant qu’il est naturel que les « grands » pays aient des « zones d’influence » ? Ils consacrent ainsi un principe d’inégalité entre les Etats-Uniens et les autres Américains et s’alignent sur les politiques d’annexion de la Chine, de la Russie et d’Israël. Bref, ils transforment leur impérialisme économique en impérialisme militaire.

De fait, depuis le 3 janvier un nouvel ordre mondial s’affirme. Le président français se réjouit dans un tweet de la chute d’un dictateur, sans mesurer que cette approbation irresponsable bafoue un Droit international que la France a contribué à inventer. L’Europe aussi joue la timorée, tandis qu’une partie de la gauche semble oublier la répression madurienne et l’exil massif des Vénézuéliens (8 millions) fuyant un régime qui s’accroche au pouvoir.  Et la difficulté pour la Colombie et Cuba, eux-mêmes dans l’œil du cyclone trumpien, d’accueillir ces réfugiés.  

Les Lumières contre la force

Il ne s’agit pas, entre ces deux déraisons, de définir une position médiane, mais d’en appeler à une pensée dialectique  et de rappeler des principes. Ceux du droit international et des démocraties modernes, établis par des siècles de réflexion philosophique sur la force et la loi. 

Que Trump n’ait jamais lu ces textes n’étonnera personne, mais le président de la république française ne saurait les ignorer, puisqu’ils ont fondé la Nation qu’il gouverne, et représente internationalement.

Première leçon de philosophie pour Manu, niveau début de Terminale. On commence par le plus simple, Rousseau, parce qu’il écrit sans ironie et sans passer par la fiction.

« La force est une puissance physique ; je ne vois point quelle moralité peut résulter de ses effets. Céder à la force est un acte de nécessité, non de volonté ; c’est tout au plus un acte de prudence. En quel sens pourra-ce être un devoir ? »

 Et encore, toujours dans Le Contrat social.

«  Sitôt que c’est la force qui fait le droit, toute force qui surmonte la première succède à son droit. »  

Pour Rousseau, non seulement le pouvoir acquis par la force n’a pas de légitimité, mais il engendre une succession de rapports de force, de renversements et de coups d’état, établissant un cercle vicieux dont on ne peut sortir que par l’établissement d’un droit reposant sur « la vertu ».

Une notion chère à Montesquieu, qui anticipait aussi la notion de « bien commun » dont le souci doit animer le législateur. Un bien commun qui ne peut découler de la force, mais que les armées  (les forces « armées » par la loi) et les polices (les forces de la polis, la cité) doivent au contraire protéger. 

Les Classiques sans procès

Un siècle avant lui, plus enfoncés dans une monarchie absolue et très loin d’un horizon démocratique, Pascal et La Fontaine posaient, par la fable ou la pensée, les rapports existants entre la force et la loi. Ou plus exactement, avec la force sans la loi. 

«  La raison du plus fort est toujours la meilleure », disait le fabuliste, mettant en scène un agneau innocent qui raisonnait parfaitement, et inutilement, face à un loup qui n’a aucun droit pour lui mais qui « l’emporte et puis le mange /  sans autre forme de procès » au bout de la fable. Fin brutale et logique pour les proies que ne protège pas encore un « contrat social ».

 Car « La justice sans la force est impuissante, la force sans la justice est tyrannique ».  La pensée de Pascal, si simple, lue souvent comme une justification de l’usage de la force par les « forces de l’ordre », n’affirme qu’une chose, révolutionnaire en ces temps arbitraires : il faut que la force soit du côté de ce qui est juste, pour que l’on puisse envisager d’édifier et de maintenir une société non tyrannique. 

Les limites de la démocratie

Le Venezuela de Maduro est une tyrannie parce qu’elle s’est maintenue par la force, contre une autre force, économique, états-unienne, qui veut accaparer ses richesses. Celle-ci, plus forte, légitimée par la « tyrannie de la majorité » que Tocqueville redoutait pour la démocratie américaine a élu Trump, et renversé Maduro comme le prédisait Rousseau, en bafouant le droit international, et la constitution américaine elle-même. 

Rien de juste ne pourra en sortir, à moins que la société américaine, qui a inventé le référendum d’initiative populaire, que l’Union européenne, créée pour protéger les démocraties et garantir la paix,  que l’ONU, fondée après le traumatisme de la Seconde guerre mondiale, ne retrouvent le seul chemin qui a pu, un jour, les rendre grands : celui d’un bien commun mondialisé, défendu par la diplomatie.

Le discours d’investiture de Mamdani peut nous le faire espérer : cette Amérique aussi existe,  portée par la flamme commune de la Liberté que la France a offerte à la République américaine qui ouvrait ses bras aux migrants.

Agnès Freschel 


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Une légende plus vraie que nature

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Lea Arthemise ©Julia Marois

L’île de la Réunion, anciennement nommée île Bourbon, reste inhabitée jusqu’au milieu du XVIIe siècle, avant d’être progressivement peuplée par des colons français et des esclaves venus d’Afrique. Elle est alors aussi un repaire pour de nombreux pirates qui sillonnent l’océan Indien, et dont certains sont encore bien vivants dans la mémoire des Réunionnais.

À partir de la figure centrale de Léone, dite le diab (diable), et de son époux Jo, chasseur infatigable du trésor mythique d’un célèbre pirate nommé « La Buse », Léa Arthémise dresse le portrait d’une famille réunionnaise en marge de la bienséance imposée.

L’autrice aborde de manière indirecte les problèmes politiques et sociétaux qui imprègnent l’île : les tentatives de « blanchiment » des femmes créoles dans le but de monter dans la hiérarchie sociale, la violence inouïe des stérilisations forcées dans les années 1960 et 70, « l’exotisation » des personnes créoles dans l’Hexagone encore aujourd’hui.

L’originalité de l’ouvrage tient à sa langue, poétique et sensible, mêlée de créole, ainsi qu’au va-et-vient constant entre l’histoire et la fiction, le passé et le présent, l’île regrettée et l’Hexagone rêvé. Le lecteur est bercé, souvent remué, par ce flux et reflux qui transforme les légendes en histoire et la réalité en mythes.

GABRIELLE BONNET

Une île à l’envers, Léa Arthemise
Héliotrope - 18 €