mardi 11 août 2026
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Danse, jeu et caméra

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(c) Ad vitam

Le18 septembre 2008 a eu lieu au Lyttleton, National Theatre de Londres la première mondiale de IN-I,un spectacle entre danse et théâtre, conçu par l’actrice Juliette Binoche  qui veut danser et le danseur Akram Khan qui veut jouer. « Si nous devions dire en un mot ce que nous souhaitons pour notre création In-I, nous choisirions le mot « ose ». Si nous pouvions en ajouter deux de plus, nous choisirions certainement: «le nouveau». Oser le nouveau, c’est pourquoi nous nous sommes dit oui. »

Marion Stalens, sœur de Juliette,  photographe et  réalisatrice, est venue filmer dans la salle de répétitions  pour réaliser ses deux courts documentaires , L’actrice et le danseur  (2008 ) et Juliette Binoche dans les yeux (2009) ; puis les 7 dernières représentations à Paris à la demande de l’actrice à qui  Robert Redford, séduit par la création, avait suggéré « Vous devez faire un film de ce spectacle !’  » C’est chose faite. Conçu en deux parties, En nous,  montre  en quelque sorte les coulisses de la création, la rencontre dans le travail de ces deux artistes, puis le fruit de mois d’apprentissages, le spectacle abouti, avec le plateau conçu par Anish Kapoor et la partition musicale de Philip Sheppard.

« Arrêtez tout, c’est de la merde! »

Nous sommes dans la salle de répétitions avec Juliette et Akram. Nous  assistons à leur rencontre : ils s’apprivoisent, s’initient mutuellement aux secrets de leur art, improvisent  et explorent avec leur corps, avec leurs mots, les relations entre un homme et une femme. Comment s’accorder avec son partenaire, et partager l’énergie de l’autre ? Les corps se cherchent, se rapprochent. Les visages sont parfois tendus, parfois soulagés d’avoir réussi, souvent épuisés, souriants et confiants. La coach Susan Batson, au franc parler, les guide, leur donnant  des conseils : chercher les corps ; aller vers la sensation ; créer un mouvement à partir de son état intérieur. Parfois elle crie quand les deux esquissent un pas de tango raté.  « « Bon arrêtez tout, c’est de la merde » On voit aussi Su-Man Hsu, une ancienne danseuse de Anne  Teresa De Keersmaeker, directrice des répétitions, les encourager  et recadrer avec calme.  On assiste aux essais pas toujours réussis comme celui où Juliette doit être collée au mur de scène, en hauteur, à l’aide d’un aimant et doit dire son texte  durant plus de 5minutes… On prend conscience des difficultés du travail de ceux qui montent un spectacle. Et quand, dans la deuxième partie du film, on assiste à la représentation, on découvre  tout le travail fourni, cherchant même à retrouver les moments où on a vécu tout près d’eux,  partagé les essais et vibré.

Alors pourquoi ce film, En nous, seize ans après : « Nous avons tous des désirs enfouis, qui n’ont jamais été réalisés, qui n’ont jamais vu le jour. Ce film est une invitation à croire que tout est possible. On peut peindre, écrire, jouer, composer ou réaliser, cuisiner, n’importe, le rêve est permis, tout rêve est permis, il n’est jamais trop tard. Il suffit d’y croire et de se donner. »  précise cette « jeune » réalisatrice qui, en tant qu’actrice,  a plus de 60 films à son actif, un Oscar, un Ours d’Argent, un Goya International et bien d’autres.

Un deuxième film après En nous. Peut être un film de fiction…

Annie Gava

Le  film sort en salles le 3  juin

© Ad Vitam

La Vieille Charité explore les fonds de la Méditerranée

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Aïcha Snoussi, Memorial to the drowned, 2021. Detail © Marc Domage

À la manière d’une archive, la Méditerranée conserve les traces laissées en son sein. Jusqu’au 30 août à la Vieille Charité, Ce que la mer garde – Mémoires de la Méditerranée le rappelle, en s’ouvrant sur une collection d’objets repêchés dans celle-ci et prêtés pour l’occasion par le Musée d’Histoire de Marseille. Une exposition montée en collaboration avec le département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines qui a supervisé le choix des objets, mais aussi avec des artistes contemporains amenés à revisiter leurs œuvres.

Rapidement, l’exposition bascule vers l’archéo-fiction avec la Sépulture aux noyé·es d’Aïcha Snoussi, faite de bouteilles contenant des messages et traces d’une civilisation que l’artiste nous invite à imaginer. L’installation prend la forme d’un rituel collectif, où le public lui-même peut déposer un papier dans une auge en hommage aux « noyé·es », redonnant une place aux anonymes de la Méditerranée. Elias Kurdy renforce ce recours à la fiction avec son œuvre Où sont parti·es les vivant·es. Spécialisé dans le faux, l’artiste crée des pièces qu’il patine pour leur donner une apparence ancienne. Une manière d’interroger la manière dont est écrite l’histoire des objets, et d’inviter le public à imaginer d’autres récits. Et si Carcinus, monstre de la mythologie grecque, n’en était en fait pas un ? Elias Kurdy brouille la frontière entre histoire et fiction, appelant à interpréter différemment les traces que la Méditerranée a gardées.

On dérive ?

Mais c’est précisément dans cette place laissée à l’imaginaire que l’exposition trouve sa limite. En construisant leurs propres mythologies, les artistes se détachent du réel et oublient ce que la mer a vraiment à raconter. À la fin de l’exposition, les installations d’Aurélie Darbouret et Jeff Silva, qui ont filmé pendant cinq ans la baie de Marseille, prolongent cette impression. Si cette dernière partie représente une Méditerranée plus concrète, avec ses filets fantômes, ses plongeurs et ses poissons, elle ne parvient pas à rattacher l’ensemble du parcours aux récits esquissés au début. L’exposition laisse ainsi ouvertes les questions sur ce que la mer garde réellement, sur ce qu’elle transmet, révèle et efface, sans en explorer toute la diversité.

IVANIE LEGRAIN

Ce que la mer garde – Mémoires de la Méditerranée
Jusqu’au 30 août
Centre de la Vieille Charité, Marseille

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LE Forum de Berre danse avec Cesária Évora

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© Thibaut Carceller

C’est sous les premières chaleurs estivales que les Berrois·es se sont donné rendez-vous ce vendredi 22 mai dans le jardin du Forum de Berre. Ce soir, le groupe Radio Mindelo monte sur scène pour une nuit en hommage à l’icône capverdienne, Cesária Évora. Quinze ans après sa disparition, le quatuor prolonge sa mémoire. « C’est une histoire qui est chargée de souffrance, de soumission et cette manière de transcender la douleur en quelque chose de beau, et cela nous touche », explique Armelle, chanteuse du groupe.

C’est aussi une histoire de génération : « Ce sont mes parents qui me l’ont fait écouter, Cesária Évora est très présente à la maison », se souvient Robin, trompettiste. Ce soir, ils jouent devant une centaine de personnes et ils comptent bien partager leur enthousiasme. Au fil des sonorités cubaine, espagnole et brésilienne, le célèbre morceau sodade – qui signifie le passage de la douleur à l’espoir – est repris par le quatuor, tandis que le public se laisse danser sur l’herbe.

THIBAUT CARCELLER

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Les Nouveaux Ateliers n’arrêtent pas leurs fresques

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© Daniela Guerreiro

Il y en a déjà 60. Des fresques réalisées par des artistes invités par Les Nouveaux Ateliers à Port-de-Bouc, cet événement porté par la municipalité et l’agence Lartmada. À partir du 1er juin, c’est une dizaine de nouvelles créations qui vont consteller les rues de cette cité portuaire, qui devient, année après année, un des plus grands musées à ciel ouvert d’Europe.

Iels viennent de France, d’Espagne, des Etats-Unis, de Croatie, de Grèce… les artistes invité·e·s cette année « reflètent la diversité et la vitalité de la scène contemporaine de l’art urbain » explique l’organisation. Parmi eux, la « peinture hyperréaliste inspirée de scènes de vie captées dans l’espace public » de la Barcelonaise Slim Safont, les œuvres cartoonesque de Stom 500 ou les« portraits intimes et sensibles » de Daniela Guerreiro qui explorent la « beauté et la force de corps souvent invisibilisés par les normes sociales ». On découvrira aussi les œuvres de Emilio Cerezo, Adventis, Christine Sejean, Primal Graphic, Daev Momo, et Tea Kvar.

À côté de ces créations dans la ville, Les Nouveaux Ateliers proposent également une série de rencontres artistiques : des rando-croquis avec Axelle Pérot, des ateliers graffiti avec le collectif Lartmada, ou une performance déambulatoire de Gilles Viandier

NICOLAS SANTUCCI

Les Nouveaux Ateliers
Du 1er au 6 juin

Sur les murs de Port-de-Bouc

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« Du seul des les yeux », Sébastien Kheroufi regarde l’exil en face

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Lyna Khoudri et Soso Maness © Ismael Bazri

Sébastien Kheroufi mène un projet au long cours, qui après Marseille se poursuivra au Théâtre national de la Colline avec la création de La mort du môme, puis trouvera son épilogue au Panthéon à l’automne 2026 avec la création des Enfants de la Patrie. Il s’agit de dessiner « une fresque politique, sociale et familiale » qui raconte, en ces temps où le racisme d’État veut s’installer, le vécu des Algériens partis en France, et de leurs enfants.

La mer en face, la ville dans le dos, les quelques centaines de privilégié·es venu·es par bateau sur la Digue du large, interdite d’accès depuis 25 ans, pour assister au premier volet de la saga, n’ont pas fait un voyage d’agrément. Même si le soleil et la mer étaient sublimes et les conditions d’accueil confortables, même si des stars du cinéma les attendaient loin du tapis rouge de Cannes, mais face à un horizon similaire.

L’exil est une mort

C’est un linceul commun qui les a recouverts à la fin, celui d’une mer qui tue, d’un trajet qui détruit, d’une arrivée qui plombe les exilés en les transformant en prolétaires épuisés, aussi peu désirés par la France que lorsqu’ils étaient colonisés. Du Sel dans les yeux dit la misère persistante, l’arrachement au pays, en huit nouvelles de huit auteurices aux écritures fortes, qui décrivent des histoires singulières, mais une expérience commune de l’exil. Le texte de Faïza Guène, chant incandescent d’une fille à son père, est magnifiquement porté par Lyna Khoudri, en véritable tragédienne. Face à elle Reda Kateb incarne ce père émigré, qui deviendra esclave du béton (Tant que je suis sur le bateau je suis à l’abri, d’Amine Adjina), et Soso Maness dit son propre texte, sur les fils, perdus dans le narcotrafic, parce que des récits n’ont pas été faits, des douleurs jamais soulagées : « des enfants vides/des femmes veuves/ nos vies détruites. »

Du Sel dans les yeux, celui de la mer, celui des larmes, fait éclore les récits qui ont tant manqué à la société française post-coloniale, qui commence à peine à décoloniser ses imaginaires. La Saison Méditerranée et le Ville de Marseille, en produisant ce spectacle, ouvrent enfin les portes de ces ports où les émigrés ont tant perdu, tant abandonné. Il reste à attendre que ce port demeure ouvert à toustes, comme la Digue du Large. Et que les récits de ces Algériens appelés « indigènes » par la France coloniale, se complètent des autres récits qui leur ressemblent : ceux des prolétaires de tous les exils, de tous les continents, de toutes les îles.

AGNÈS FRESCHEL

Du sel dans les yeux a été joué du 21 au 23 mai sur la Digue du Large, Marseille.

Le texte des huit nouvelles, édité aux éditions Tumultes, a été offert à chaque spectateur·ice.

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Une recette pour raconter le Liban

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© Cie aRam

« Connaissez-vous la vraie couleur du taboulé ? » Sa recette, dévoilée sur scène par la comédienne libanaise Jessy Khalil, devient un outil pour raconter son pays. Munie de son bouquet de persil qui lui confère sa fameuse couleur verte, elle le prépare en ajoutant à ce spectacle une touche de politique. Si la promesse du spectacle et la situation actuelle du pays peuvent laisser présager un spectacle dur ou pesant, il n’en est rien. À travers son monologue, Jessy Khalil use de l’humour pour conter l’histoire de ce pays qui se mêle à sa propre histoire. Une manière originale et ludique d’expliquer une situation politique des plus complexes.

Le plat, lui, n’a pas été choisi au hasard. Son association « fait écho au mélange chaotique que subit son pays », explique la comédienne. Alors quand vient le temps d’ajouter un à un les aliments dans sa préparation, la comparaison est toute trouvée : « on va mélanger à la libanaise, et ajouter un peu de guerre, de salisseurs et de politiques corrompues ». Selon ses mots, « la guerre et la politique au Liban, ce sont des taboulés », un mélange difficile à comprendre.

Impossible non plus de parler du Liban sans évoquer les dimanches où son taboulé est mis à l’honneur. Dans un pays fracturé par les guerres, ils représentaient l’une des seules trêves. « Un jour où on n’annonce pas de mauvaises nouvelles », raconte la comédienne avant d’ajouter : « pendant la guerre de 1990, on attendait le dimanche, seul jour où ils ne bombardaient pas ». Une réalité qui s’est perdue avec le temps et les guerres actuelles. Le spectacle balaie en effet une large période de l’histoire du Liban, de la présence française au XXe siècle à aujourd’hui. Une manière de redécouvrir le Liban à travers le récit de cette comédienne.

FANTINE LAMBEY

Spectacle vu le 21 mai au Couvent Levat, Marseille.

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Châteauvallon-Liberté a toujours la « Passion Bleue »

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La Mesure des choses de Patric Jean © X-DR

Depuis six éditions, Passion Bleue s’attache à questionner la place qu’occupe la mer dans nos vies et nos imaginaires, à travers des points de vue aussi bien onirique, que scientifique et politique. Cette année, le festival interdisciplinaire de la Scène nationale Châteauvallon-Liberté invite à imaginer un autre rapport à la nature et évidemment, aux milieux aquatiques et marins. Il propose à ce titre une approche métaphorique et poétique de ces questionnements en puisant dans la mythologie grecque où la mer occupe une place centrale. C’est par exemple le cas du ciné-rencontre programmé le soir de l’ouverture autour du documentaire La Mesure des choses de Patric Jean (27 mai), qui s’inspire de Dédale et Icare pour interroger la manière notre rapport à la mer, et la volonté de la contrôler. Mais aussi d’Ulysse, célèbre pièce chorégraphique de Jean-Claude Gavotta dans une version revisitée, qui clôturera Passion Bleue le 6 juin à l’amphithéâtre Châteauvallon.

Le thème mythologique de la métamorphose est particulièrement central dans la programmation. Dans L’Homme-Poisson (du 27 au 29 mai), le dramaturge et comédien David Wahl se rêve amphibien, tandis que le performeur Éric Arnal-Burtschy invite le public, installé dans des transats suspendus, à se mettre dans la « peau » d’un arbre ou d’une pierre, immobile et soumis aux éléments dans la performance immersive Je suis une montagne (du 27 au 30 mai).

Vue Sur Mer

Certains événements programmés dans le cadre du festival aborde la question par des angles plus ouvertement politiques. L’autrice et metteuse en scène Anaïs Allais Benbouali s’empare de la question de l’exil en partant de récit de rescapé·es de l’Ocean Viking, navire de sauvetage de SOS Méditerranée, et tente de mettre à portée d’enfant la complexité du sujet dans le spectacle musical Esquif (les 2 et 3 juin).

Le second ciné-rencontre du festival s’intéresse lui aussi à des bateaux et celleux qui travaillent dessus : Protéger réalisé par Eléonore Krempff (1er juin) propose de faire découvrir les différents métiers existant au sein de la Marine nationale, leurs missions à travers « un regard direct et incarné », dans un documentaire produit par la Marine nationale. Un choix détonnant, justifié par le quadricentenaire de la Marine et l’envie du théâtre de s’intéresser à tous les types de rapport à la mer.

CHLOÉ MACAIRE

Passion Bleue

Du 27 mai au 6 juin

Châteauvallon-Liberté, scène nationale d’Ollioules et Toulon

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Avec « Les Roches rouges » Draguignan fait de l’Esteral un laboratoire pictural moderne

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© M.V.

L’idée de l’exposition conçue par la commissaire Marine Roux, qui s’appuie notamment sur l’acquisition par le Musée en 2025 d’une toile de Louis Valtat Les Rochers Rouges – une contre-plongée immersive au cœur du massif – est de montrer comment les paysages varois du massif de l’Esterel, entre Saint-Raphaël et Cannes, reliefs volcaniques rouges, vert des pins, face au bleu cru de la Méditerranée, ont constitué, au tournant du XXe siècle, un lieu d’expérimentations esthétiques autant qu’un motif paysager pour de nombreux artistes. Un paysage peu étudié dans les récits de la modernité picturale (tournés plutôt vers les falaises d’Etretat de Monet, Arles et Saint-Rémy de Van Gogh, Aix-en-Provence et la Sainte-Victoire de Cezanne…) mais pourtant fréquenté, dans la foulée du développement touristique et la construction de la Corniche d’Or en 1903 à l’initiative du Touring Club de France, par une « colonie nombreuse et distinguée d’artistes », selon une formule des guides touristiques du début du siècle.

Promenade picturale

L’exposition rassemble une cinquantaine d’œuvres picturales (24 artistes), accompagnées de documents d’archives, guides touristiques, correspondances, photographies, cartes postales, le tout exposé dans une scénographie sinueuse et étroite, telle une corniche au-dessus de la mer, ou un sentier du littoral, donnant à la visite un air de promenade. À l’exception de Louis Valtat, peu de peintres ont d’ailleurs quitté le littoral pour pénétrer et peindre le massif. Valtat est d’ailleurs avec Armand Guillaumin l’artiste le plus présent dans l’exposition avec chacun une dizaine d’œuvres. Une seule femme en fait partie, Clémentine Ballot, avec trois œuvres : longtemps considérée comme une élève d’Armand Guillaumin, aujourd’hui oubliée, mais largement reconnue de son vivant pour son travail jusqu’à son décès en 1964. Le parcours est organisé en cinq parties : « Exploration et développement touristique », « Itinéraires d’artistes et points de vue privilégiés », « Points de vue en série », « Portraits de roches » et « Intégration de la figure humaine dans le paysage ».

Laboratoire pictural

La géologie du massif, ses roches porphyriques rouge sombre, minéral à la fois stable et changeant selon la lumière, ses falaises abruptes, les contrastes et complémentarités chromatiques entre mer, pins et pierre offrent à ces peintres de nombreuses possibilités plastiques. Géométrisation de la forme, profondeur, rapport d’échelle, vibrations de la matière, interpénétration roches et eau, fixité et mouvement…

Ils ne cherchent pas seulement à reproduire un panorama, ils expérimentent. Mais le parti-pris de l’exposition fait que les œuvres exposées dialoguent moins selon les mouvements picturaux de l’époque que par motifs communs : la baie d’Agay, les pointes de la Baumette, la pointe du Dramont, le cap Roux, le Trayas… Une série de trois toiles accrochées côte à côte d’Armand Guillaumin sur Le Rocher Gaupillat au Trayas permet notamment d’apprécier ses recherches sur le cadrage, la lumière et la matière.

Une exposition capable de séduire autant les amateurs de peinture moderne que les visiteurs curieux de redécouvrir l’Estérel autrement.

MARC VOIRY

Les Roches rouges. Éclosion artistique dans l’Estérel à l’aube du XXe siècle

Jusqu’au 31 octobre

Musée des Beaux-Arts de Draguignan

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Festival Explore: Sciences, ludiques et nécessaires

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Velo sciences 2025 ©CST-Grand

Le constat est constant, et partagé : les sciences ne sont pas le point fort de la culture publique française. Malgré l’excellence et la variété des laboratoires de recherche fondamentale et appliquée, des sciences exactes et humaines, et la volonté de la plupart des scientifiques de faire connaitre – on disait il y a peu vulgariser – leurs sujets de recherche, il reste des vitres opaques entre le peuple et les chercheureuses.

C’est à cette situation persistante que l’agence nationale de recherche (ANR) a voulu remédier. Depuis 15 ans, un appel à projet national vise à faire connaitre et promouvoir la « culture scientifique, technique et industrielle ». Le Festival Explore, proposé par Aix Marseille Université (AMU) depuis trois ans, est programmé dans ce cadre et ANR et AMU coproduisent une série d’évènements dans l’espace public marseillais depuis 2024.

Vélo, films et apéro

Cette troisième édition multiplie les formats courts et attractifs pour tous et toutes, et se déplace à la rencontre de chacun·e. Des enfants, avec le Vélo-sciences qui dans son cargo transporte le matériel ludique de Fotokino qui permet d’expérimenter, acte essentiel pour les scientifiques (12 animations dans 5 lieux de Marseille, du Parc Billoux au square Vallier). Des adultes qui le soir pourront se retrouver autour de Blind-Test scientifiques, où il s’agira de trouver le domaine de recherches des chercheureuses autour d’un apéro (à la Cômerie et au White Rabbit) ; ou dans la journée pour des speed dating plus sobres, entre chercheureuses et curieux·ses, à l’heure du marché, ou de la baignade (La Corniche, marché Sébastopol, marché du Vieux Port).

Ces rendez-vous itinérants et singuliers seront complétés par un Coin des minots et des stands sur la Canebière le dimanche après-midi, et un Ciné-sciences le samedi soir : programmée au Pathé Madeleine par Polly Magoo, la soirée propose une série de courts métrages sur les procès liés au dérèglement climatique et à l’engagement citoyen pour l’environnement. Parce que la science n’est pas qu’une fête, et qu’une conscientisation de ses enjeux actuels n’est pas qu’une question de culture, mais de survie.

AGNÈS FRESCHEL

Festival Explore
Du 29 au 31 mai
Vélo-Sciences
Du 29 mai au 14 juin
Divers lieux, Marseille

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Maud Revol, nous invite dans sa Casa

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Quatre titres comme autant d’esquisses sensibles entre ses souvenirs du Brésil et quelques paysages de la cité phocéenne. La voix de Maud Revol est un instrument. Elle en joue avec malice et superbe. Nantie d’un sens du time rare, elle la fait osciller dans une tessiture mezzo-soprano, à la fois légère et affirmée, modulant ses syllabes et phonèmes avec une fluidité évidente, chantant en français et en portugais avec la même ferveur habitée, jusque dans des onomatopées confondantes de musicalité. En particulier sur le titre Malmousque : « Pourquoi aurait-on besoin de paroles ? Les onomatopées, je les ai travaillées lorsque j’étais à l’Institut Musical de Formation Professionnelle, quand on nous faisait lire des pages et des pages de solfège rythmique. Autant j’aime m’exprimer sur des standards, autant j’avais envie de proposer une entité ».

Si elle donne le titre Casa Verde à l’ensemble de cet opus, c’est parce que son séjour brésilien, en 2019, a été déterminant dans la constitution de son identité de musicienne. « Dans cette maison verte, où je faisais du woofing dans une bibliothèque communautaire au cœur d’une favela, on chantait en dansant sur du côcô, une musique traditionnelle du Nordeste dont l’aspect transe m’a permis de trouver une joie intérieure. Cependant, je ressentais une sorte de malaise, parce que j’avais un passeport européen et que j’étais une personne blanche dans une communauté de personnes noires. J’étais dans une sorte de tourmente, dans une société que je trouvais très poétique et aussi un peu violente. »

Ces sensations sont particulièrement bien transposées sur le titre éponyme, qui se déploie comme un cadavre exquis, évitant le cliché thème-solos-thèmes, et proposant des tableaux dont émerge le mot « corazao ». Car Maud Revol a du cœur à revendre. Elle a conçu certains de ses textes à l’occasion d’ateliers d’écriture poétiques, comme Vanité, portrait au vitriol d’un ancien partenaire amoureux qu’elle finit par décrire comme un « coq vaniteux », ou encore Lila Blanc, décrivant un amour qui éclot puis se fane, basé sur une mélodie de Debussy convertie en bossa-nova.

Musicalement, les titres oscillent entre effluves brésiliens et quête de l’interplay. En leadeuse affirmée, elle a convié des musiciens qu’elle qualifie de « versatiles ». À la batterie, Jérémy Martinez, dont elle loue le grand sens de l’écoute – son jeu aérien déborde de générosité. Willy Quicko, quant à lui, est le bassiste idéal pour ce projet basé sur des harmonies inspirées de Fauré, Debussy et Wayne Shorter : elle loue « son attrait pour les musiques latines et sa connaissance des claves » ainsi que sa rigueur au point de « chambouler des mises en place, comme sur le pont de Casa Verde, qu’il a fini par transformer en une véritable polyrythmie ».

Elle n’a pas hésité à faire dialoguer le piano de Yann Delaunay – « un son moderne et un toucher léger » et la guitare de Luke Darlison – « un son très contemporain, avec des espaces mélodiques et harmoniques très originaux ». En confiant les arrangements à Max Parotto, issu comme ses compères de la classe de jazz du conservatoire de Marseille, elle a plus que réussi son pari : celui de proposer une création toute en émotions contrastées, avec un art de la créolisation qui ne pouvait éclore que dans la cité phocéenne.

LAURENT DUSSUTOUR

À venir
3 juin
Talus, Marseille

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