dimanche 8 février 2026
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Transform ! se transforme

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Le festival de création queer marseillais commence dans le Var et s’associe au festival Risco de São Paulo, pour une 6e édition portée par Idem, collectif d’activistes et d’artistes queer. Rencontre avec Sarah Saby, sa directrice

Zébuline. Cette nouvelle édition propose une grande nouveauté.
Sarah Saby
. Pour cette édition Transform s’est associé au festival Risco à São Paulo autour d’un projet intitulé « Marseille-São Paulo, Pratiques Transverses » qui décline les enjeux du vivant dans les dynamiques de la création contemporaine. La curatrice de Risco, Nathalia Mallo viendra avec Maria Beraldo, musicienne accompagnée par ce festival brésilien dans la production de ses disques.

Les artistes sont toutes les deux invitées dans le cadre des résidences croisées qu’on met en place avec ce partenariat, une artiste Transform et une artiste Risco,et les deux curatrices des festivals respectifs. Elles viennent en octobre et nous, on va chez elle en décembre. 

Transform commence aussi dans le Var pour la première fois…
Oui, la programmation se déroule sur deux semaines. Une première semaine à Correns, la deuxième à Marseille. Correns, village très actif culturellement, nous paraissait le bon endroit pour accueillir cette résidence. On va donc faire une expo de Euphorbia peregrina, à La Maisonnée, qui a notamment des espaces d’accueil pour artistes en résidence. Puis on fait une rencontre autour du dynamisme culturel à la campagne qui se déroulera dans le petit café du village, La Petite Corrençoise.

La première sortie de résidence d’Euphorbia aura lieu au Fort Giron, dans la salle Somer, avec une installation à découvrir dès 16 heures. Puis à partir de 18 heures, elle est activée par une performance de l’artiste. On termine la soirée en faisant un concert à la Petite Corrençoise par Maria Beraldo, qui aura passé la semaine, elle aussi, en résidence de création. 

Puis vous venez à Marseille…
Oui, à partir du lundi 20. Maria commence sa résidence de musique au studio de l’A.M.I., qui nous avait accueilli l’année dernière. Et avec Euphorbia peregrina, il va y avoir des propositions de balades, de cueillettes, pour inviter à découvrir l’espace périurbain et l’espace de campagne proche de Marseille. On fait une rencontre au Centre LGBTQIA+ autour de la question « qu’est-ce que des festivals queer peuvent apporter à une communauté locale ? » en mettant aussi en question la collaboration des festivals.

Le 23 c’est la sortie de résidence de Maria Beraldo avec un concert qui est donné au Labo Box, à la Friche de la Belle de Mai. Il y a aussi une première partie avec Myrrh wa Saphira, qui est un duo marseillais.

Le 24, c’est la journée de restitution de l’ensemble de la résidence, qui se passe aussi à la Friche de la Belle de Mai, au Labo Friche. Elle sera modérée par Sarah Diep et Soizic Pineau, de Manifesto 21. Il y aura une occupation de l’espace avec les travaux d’artistes, notamment de Euphorbia. 

Cette journée-là, se conclut à 19 h avec une rencontre entre Romy Alizée, et Myriam Bahaffou, qui sera modérée par Constant Spina de Manifesto 21. 

Est-ce que les enjeux fondateurs du festival ont eux aussi évolué avec ce changement de format ? 
Cette année est particulière, elle s’articule autour de cette résidence croisée, et concerne surtout deux artistes, l’une trans, l’autre lesbienne. Mais quelle que soit la forme donnée, notre festival de créations queers a toujours à cœur de visibiliser les identités minorisées, et d’adresser comment elles questionnent la création contemporaine, comment on regarde et on donne à voir leur façon de travailler et d’interroger la subsistance et la survie. Ça nous semble vraiment un outil de lutte ce festival, de visibilité qui nous appartient, qui a été créé par nous, pour nous.

NEMO TURBANT
Transform !
Du 14 au 24 octobre
Correns, Marseille

Le TPA repart en balade

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Du 17 octobre au 1er novembre, l’association Aix’Qui propose une série de six concerts dans les villes de Provence. Et associe têtes d’affiches et scène émergente

De Martigues à Aubagne, en passant par Salon-de-Provence, Miramas, Aix-en-Provence et Beaurecueil, le festival TPA (Terre de Provence Amplifiée) revient pour sa 27e édition itinérante, du 17 octobre au 1er novembre. Au programme : du rock, du reggae acoustique, de la fonkademia, du blues, du ragga electro rap et du punk. Une initiative qui, tous les ans, permet de mettre en avant des nouveaux·elles artistes du département et d’animer le territoire.

Comme chaque année, le TPA reste fidèle à sa philosophie et propose de découvrir de jeunes artistes dans sa programmation. L’idée : associer des têtes d’affiche avec des lauréats issus de Class’EuRock, le dispositif de l’association Aix’Qui, qui permet de repérer, accompagner et programmer des artistes émergents.

La fête débutera vendredi à Salon-de-Provence par la venue de Bijou, groupe de rock mythique des années 1970. La soirée continuera dans une ambiance garage rock à l’américaine avec The Needs et In A Daze, deux groupes formés tous deux dans la région.

Le 24 octobre, la salle des fêtes de Beaurecueil accueillera quant à elle une soirée reggae, avec comme tête d’affiche Vanupié. Il sera accompagné par Léo Achenza et Alba, lauréate de Class’Eurock 2025.

La tournée se termine avec une très belle soirée à la Halle de Martigues. Deux formations rap de la région, Chasseur Tie et La Marmité, ouvriront la soirée pour Soom T, et son reggae-soul toujours flamboyant.

CARLA LORANG
TPA
Du 1er octobre au 1er novembre
Martigues, Aubagne, Salon-de-Provence, Miramas, Aix, Beaurecueil

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Culture Pescadou

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Le Château de la Buzine accueille jusqu’au 8 mars 2026 Marsiho e la Mar – Marseille et la mer, exposition patrimoniale qui évoque tout un mode de vie et une culture marseillaise liée à la mer

Après L’Usine de Films Amateurs de Michel Gondry qui s’est clôturée le 31 juillet dernier, la nouvelle exposition temporaire du Château de la Buzine poursuit la volonté affichée par la Ville de Marseille, propriétaire du lieu depuis 1995 mais gestionnaire récent de l’ensemble des activités artistiques et culturelles, de renforcer la programmation culturelle du lieu : expositions, cinéma, masterclasses, ateliers, etc.

Marsiho e la Mar – Marseille et la mer a été élaborée en partenariat avec des associations locales (L’Escolo de la Mar, Le Musée Provençal, Alargo Mazargo, Lei Bouscarlo de Marsiho, Lei Pescadou de l’Estaco…) sous le commissariat d’Alexandre Mahue Deloffre, directeur du Musée Provençal de Château-Gombert.

Du Vieux-Port

L’exposition rassemble plus de deux cents œuvres et objets : tableaux, gravures, lithographies, céramiques, étoffes, objets du quotidien, cartes postales ou encore photographies anciennes.

Le visiteur est invité à suivre le long de cimaises et d’estrades peintes en bleu, un itinéraire thématique en plusieurs étapes, qui commence par le Vieux-Port : sous une reproduction monumentale de la peinture L’Intérieur du Port de Marseille vu du Pavillon de l’horloge du Parc, peint en 1754 par Joseph Vernet, représentant un port cosmopolite, fourmillant d’activités, se trouvent les premiers objets de l’exposition, faisant écho à certains représentés dans le tableau : des cordages, des jarres à huile, une chaise à porteurs, des paniers en osier tressé, un tonneau, et deux coffres de marin décorés.

« La calanque, ça aimante »

Juste à côté, la salle de projection accueille un documentaire, Marseille au fil des ports, élaboré par les associations partenaires, et réalisé par François N’Guyen. On va de l’Estaque à Morgiou en passant par le Vieux-Port, les Catalans, le vallon des Auffes, La Pointe-Rouge, la Madrague de Montredon, les Goudes, Sormiou, accompagnés de témoignages sur le trempage des filets, les différentes sortes de bateaux, les tabliers en voile de bateaux et les bijoux en corail des poissonnières de la Criée, la géologie des poudingues, la pêche à la palangre, les règlements de pêche, et la vie dans les calanques. Le tout entrecoupé de brèves reconstitutions jouées en costumes et images en filtre sépia.

« Femmes de caractère »

S’ensuivent les sections autour des poissonnières, « Femmes de caractère », avec une dizaine de mannequins habillés de différents costumes, munies de balances romaines, représentées également dans diverses gravures et photographies anciennes, ainsi que sur des objets en céramique sous vitrine. On passe ensuite aux pêcheurs et à leur matériel de pêche, épuisettes, nasses et paniers en osier exposés tout autour d’une barquette, le fameux pointu marseillais, accueillant un mannequin en costume de pêcheur. Sur les cimaises des gravures, photographies anciennes représentant pêcheurs au travail et vues du port, accompagnées de quelques maquettes de barques et bateaux.

« Monument gastronomique »

La suite est consacrée à la bouillabaisse, terme qui apparaît à la fin du XVIIIe siècle sous la plume d’un savant marseillais, Claude-Francois Achard, qui la décrit ainsi dans son dictionnaire de 1785 : « Bouilhe-baisso : Terme de pêcheur, sorte de ragoût qui consiste à faire bouillir du poisson dans l’eau de la mer. L’on dit bouilhe-baisso, parce que dès que le pot bout, on le tire du feu. On l’abaisse. »

De nombreuses céramiques dédiées à ce monument marseillais sont présentés sous vitrine, accompagnées sur les cimaises de recettes d’époque et de gravures et photographies de repas de pêcheurs dans les calanques ou sur une terrasse.

Le parcours se termine par une section consacrée aux cabanons du littoral marseillais, aux promenades et loisirs qui s’y sont développés, illustrée par des photographies anciennes.

Fin du parcours avec des photographies du marseillais Florian Jayet, tirées de sa série De fil en aiguille, photographies couleurs grands format, s’amusant d’anachronismes : des modèles en costume folklorique mis en scène sur un paddle, ou tenant des ballons baudruches poissons face à la mer, ou bien encore tel un santon grandeur nature, rangé dans une réserve à côté de skate-boards.

MARC VOIRY
Marsiho e la Mar - Marseille et la mer
Jusqu’au 8 mars
Château de la Buzine, Marseille

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De la musique jusqu’Au bout !

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Ce dimanche, c’est Au Bout la mer Musique ! La Canebière sera animée par des concerts qui reflètent la mixité culturelle d’une ville ouverte sur la Méditerranée

La mairie 1&7 propose une nouvelle édition d’Au bout de la mer programmée par La Clique production. Dimanche, la ville sera animée par des spectacles et des concerts, ainsi que des marchés et ateliers tout au long de la journée. Pensées comme un parcours artistique, les festivités se déploient sur la Canebière jusqu’au Vieux port en passant par le parvis de l’Opéra et la Place Charles de Gaulle. La programmation brasse un large éventail de musiques de la cumbia, à la musique traditionnelle sicilienne ou encore l’afro-punk futuriste et le raï-électro.

Rivages, Horizons, Au large

C’est sur Les Rivages, au port antique, que les concerts débutent avec les polyphonies des vingt femmes d’Arteteca. Ensuite, Spartenza occupera la scène avec les traditions vocales de Sicile. La voix de Maura Guerrera se mêle à la mandole et au guembri – instrument à cordes pincées de l’Afrique du Nord – de Malik Ziad. Le duo est rejoint par Manu Théron, instigateur du renouveau des musiques vocales traditionnelles, notamment du chant occitan. En parallèle, la scène Horizon, à l’angle de la rue Saint-Ferréol, accueille le duo franco-chilien de Chu Chi Cha pour de l’électro-cumbia. Ils sont suivis d’un autre duo – Benzine. Puisant leur inspiration dans la poésie bédouine d’Algérie, ils multiplient les rythmes traditionnels avec l’électro et les sonorités rock ou de musiques actuelles.

Une troisième scène Au Large, située face au Palais de la Bourse, fera entendre l’afro-punk futuriste de Fulu Miziki. Leur son tisse un lien entre afro disco-house et post-soukous, musique congolaise de danse au tempo rapide. Le groupe fabrique ses propres instruments à partir de matériaux recyclés faisant part de conscience écologique ainsi qu’un message panafricain de libération artistique. Place après à Deli Teli qui propose un rock’n’roll infusé des tubes du Laïko, musique populaire grecque née dans les années 50.

Espace public et partagé

Des déambulations musicales animeront également les rues tout au long de la journée. Parmi elles, la chorale de cumbia et rythmes latino-américains – Calle Sol, ainsi que les chansons napolitaines de Nannanì et deux fanfares : les rythmes syncopés des côtes colombiennes avec Brass Koulè et le jazz-funk de Mudanza.

Côté spectacles, la Mesón invite le public au parvis de l’Opéra pour un atelier d’initiation aux danses populaires andalouses – la sévillane et la rumba – menée par Isabel Gazquez et Josele Miranda. Puis le Collectif Minuit 12 organise une restitution chorégraphique participativeavec les marseillais·es autour d’un message pour la préservation de l’Océan intitulé Récifs, suivie d’une représentation qui mélange danse contemporaine, hip-hop et waacking.

Au Bout la Mer prévoit aussi des spectacles pour un jeune public à la Place Général de Gaulle, commençant par le conte musical des sœurs Paloma et Alma – un Voyage au-delà des mers – pour sensibiliser les enfants au respect de la nature. Un peu plus tard, la Cie Archibald Caramantran organise Le Bal des Poissons, une parade marionnettes géantes où se dansent la rumba, la salsa et le calypso.

LAVINIA SCOTT
Au Bout la mer, Musiques !
19 octobre à partir de 11h
La Canebière, Marseille

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Naissances du geste

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Le temps fort Question de danse se décline en deux doubles soirées

Vingt ans que Question de danse rend visible l’invisible : le travail en train de se faire, la pensée en mouvement, la création chorégraphique dans sa plus vive fragilité. Pour Michel Kelemenis, initiateur il y a 20 ans d’un format devenu fréquent dans les centres chorégraphiques, « la rencontre avec le public agit comme un accélérateur d’idées». Dans ces soirées de partage, les artistes livrent leurs projets en cours avant d’entrer en conversation avec la salle : un espace de création et d’écoute rare, où la parole, la danse et l’imaginaire se répondent et se confrontent.

Corps en chantier

Cette édition anniversaire s’ancre plus que jamais à Marseille, en donnant la parole à celles et ceux qui façonnent aujourd’hui la scène chorégraphique du territoire. Le 17 octobre, Michel Kelemenis présentera L’Amoureux de Madame Muscle, un nouveau volet de son répertoire jeune public. Successeur et renversement de L’Amoureuse de Monsieur Muscle, créée en 2008, cette fantaisie ludo-anatomique fait danser une bande dessinée vivante. Trois personnages — l’Amoureux sensible, la puissante « Madame Muscle » et le mystérieux maître de cérémonie Anatom’ — évoluent dans un décor de muscle, de peau et de tendon, aux costumes acidulés signés Agatha Ruiz de la Prada. Sur une bande-son pop composée par André Serré, le spectacle mêle humour, poésie et curiosité du corps pour le jeune public. Avec humour et tendresse, le chorégraphe revisite la puissance du corps féminin et invite l’enfance à se penser en action.
La soirée se poursuivra avec Ana Pérez, accompagnée du guitariste José Sanchez, pour Stabat Mater, les voix du corps. Une relecture profane et contemporaine de la douleur et de la mémoire, où flamenco réinventé, voix et guitare tissent une architecture vibrante autour de la puissance du féminin.

De chairs et de sangs

Le jeudi 23 octobre, place à Flora Détraz seule en scène dans Gorgo. Entre concert-performance et rituel incantatoire, la chorégraphe explore les figures monstrueuses du féminin par la voix, la métamorphose et la défiguration : un manifeste poétique et sauvage, entre rire et effroi. Le monstrueux y devient jeu, outrance, satire : rires, cris, toux, fantaisies vocales se mêlent dans ce solo où l’horreur flirte avec le grotesque.

Enfin, Bastien Charmette clôturera ce second temps fort avec L’Écluse, pièce pour deux danseurs et un musicien où s’entrelacent mécanique et chair. Inspiré par la symbolique du passage, il compose une partition fluide, entre eau et métal, où le geste devient traversée.

SUZANNE CANESSA
Les 17 et 23 octobre KLAP, Maison pour la Danse, Marseille
Entrée libre sur réservation

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Citadelle grecque

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La deuxième édition du Salon du livre métropolitain se tient du 17 au 19 octobre à Marseille

Après l’Espagne l’an dernier, le Salon du livre métropolitain dédie cette année sa programmation à la Grèce. L’événement accueillera plus de vingt-cinq rencontres et plus de cinquante auteurs et traducteurs venus d’Athènes, Thessalonique et de différentes régions du bassin méditerranéen. Trois jours de littérature ponctués de conférences, d’ateliers d’écriture, de spectacles, d’expositions et de musique animeront la Citadelle de Marseille, du 17 au 19 octobre. Tout au long du week-end, la littérature se mêlera à tous les arts pour plonger le public dans un voyage culturel au cœur du pays des Hellènes et l’invitera à explorer toutes les différentes facettes de la Méditerranée.

Parmi les moments forts, l’ouverture du Salon, avec le grand cinéaste franco-grec Costa-Gavras qui participera à un entretien animé par Hugo Pinatel. Il reviendra sur son parcours et son engagement politique et social. Le programme musical promet également de belles découvertes, entre danses traditionnelles grecques, le concert du Haïdouti Orkestar et la voix envoûtante de Dafné Kritharas.

Du livre mais pas que

Différentes rencontres littéraires mettront en avant des auteur·ices dont Émilie Papatheodorou qui partagera son regard sur une littérature en mouvement constant. Enfin, un banquet littéraire offrira des discussions ponctuées de dégustations autour de la cuisine grecque, orchestrées par Julia Sammut et plusieurs chef·fes invité·es.

Trois expositions de photographie seront aussi à découvrir. Une première sur les rivières d’Athènes de Sylvain Maestraggi, la deuxième de Jean-Paul Olive, portera sur Athènes et ses îles, et enfin la troisième sera dédiée aux voyages d’Astérix.

L’année dernière, l’Espagne avait été mise à l’honneur et le premier prix de 2024 avait récompensé Alana S. Portero, autrice trans, pour son roman La Mauvaise Habitude, une œuvre brisant les codes du roman d’apprentissage pour déployer une vision féminine ouvrière, urbaine et trans.

CARLA LORANG
Salon du livre métropolitain
Du 17 au 19 octobre
Citadelle de Marseille

Raconter les effondrements

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En octobre et novembre, La Criée programme 65 rue d’Aubagne de la Cie du Cri, dans différents théâtres de la Métropole. Entretien avec Mathilde Aurier, autrice et metteuse en scène

Zébuline. L’écriture de cette pièce est partie de votre rencontre avec une survivante des effondrements de la rue d’Aubagne, Nina, et a donné lieu à un travail d’enquête auprès d’associations, d’autres survivant·es…

Mathilde Aurier. D’autres survivants, non. J’ai rencontré des personnes délogées, des associations, les riverain·es, enfin toutes les paroles que j’ai pu recueillir. Mais comme survivante, seulement Nina, dont l’histoire reste le fil rouge de toute la narration. Ce qui m’intéressait était d’articuler un récit très intime et des voix collectives, une mémoire collective qui gravite autour de cela. Il y a des voix, des paroles, d’autres histoires qui se mêlent. C’est un récit assez choral finalement.

Comment cette narration fragmentée se traduit-elle en termes de mise en scène ?

Son lit est tout ce qui lui reste après les effondrements, c’est son dernier refuge. J’aime beaucoup cette idée du lit, qui est selon moi le cœur de l’intimité. C’était donc évident de partir de ça. Tout autour gravitent d’autres espaces, notamment une façade derrière elle, qu’on devine être celle du 65, mais qui a été texturée et pensée pour rappeler la dent creuse qu’il y a aujourd’hui rue d’Aubagne. On a aussi des éléments extérieurs qui arrivent, une teuf, la mairie, la plage… Toute sa vie fragmentée est retracée visuellement et dans la mise en scène autour d’elle.

Vous pratiquez un théâtre « documenté » et non pas documentaire. Quelle part la fiction a-t-elle dans cette pièce ?

J’ai fictionnalisé le personnage, certaines scènes qui auraient pu se dérouler… Quand j’ai rencontré celle qui m’a inspiré le personnage de Nina, il y a des choses qu’elle m’a racontées que j’ai prises un peu pour moi, et je me suis un peu, comment dire…

Projetée ?

Non, pas projetée, mais il y a des choses qui ont fait écho. Moi aussi, je suis une jeune marseillaise, Nina a peu près le même âge que moi.

Pour moi, c’était important d’aller dans cet aspect de pièce documentée parce que ça me permettait d’amener aussi mon univers théâtral, ma langue, mes sensibilités, ma vision de ce que ce drame a été et est encore aujourd’hui. Sa traversée tout au long de la pièce est parsemée de cette fiction-là.

Pourquoi avoir décidé de travailler avec la Jeune Troupe de La Criée ?

C’était une proposition de La Criée. Pour moi, amener des comédien·nes de ma compagnie, et travailler aussi avec des acteur·ices fidélisés avec La Criée, ça faisait complètement sens pour ce projet, car c’est un spectacle sur lequel La Criée et ma compagnie allions vraiment nos forces.

La Criée programme votre pièce dans différents théâtres de la Métropole. Comment cela a-t-il été pensé ?

Dès le début, on a eu la volonté de faire tourner ce spectacle sur le territoire des Bouches-du-Rhône, et de vraiment pouvoir aller à la rencontre des publics. On aura aussi une tournée des centres sociaux, dans lesquels on va faire des ateliers avant et après le spectacle.

Pour nous il fallait aussi avoir cette version plus itinérante du spectacle où tout rentre dans une kangoo et on peut partir faire découvrir cette histoire qui traite des effondrements de la rue d’Aubagne mais aussi du mal-logement, de l’insécurité, de la violence administrative, du deuil, de la reconstruction, de la solidarité… C’était une proposition de la Criée, comme le fait de travailler avec les apprentis, ça fait totalement sens qu’on puisse amener ce projet dans plein d’endroits différents.

Avec une scénographie plus réduite, donc ?

C’est ça. Une création lumière plus réduite aussi, de même pour la création sonore.

Et c’est cette version qui sera présentée à l’Astronef ?

Tout à fait.

PROPOS RECUEILLIS PAR CHLOÉ MACAIRE 
65 rue d’Aubagne
Du 15 au 17 octobre
Astronef, Marseille

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Une création mondiale pour Musicatreize

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C’est au foyer de l’Opéra de Marseille, que l’ensemble vocal interprétera ARK, œuvre de Luca Antignani rendant hommage à la mémoire collective des chants populaires

Le projet ARK s’inscrit dans une lignée ouverte par Luciano Berio (1925–2003), l’un des plus grands compositeurs italiens du XXe siècle, connu pour son approche expérimentale, son travail sur la voix, et sa capacité à mêler tradition populaire et avant-garde musicale. Les Folk Songs (1964) – que l’on pourra entendre lors de ce concert, chacune interprétée par un chanteur de l’ensemble – avaient marqué une étape fondatrice dans la réappropriation de la tradition orale en musique savante. À travers onze pièces pour voix et ensemble instrumental, Berio revisitait des chants traditionnels de différentes cultures avec une sensibilité profondément moderne.

Soixante ans plus tard, à la demande de Roland Ayrabédian, directeur artistique de l’Ensemble Musicatreize, Luca Antignani prend le relais. Il ne s’agit ni d’imiter le travail de l’immense prédécesseur ni d’illustrer le folklore, mais bien d’en rechercher l’âme, de lui redonner souffle et sens à travers l’interprétation contemporaine d’un ensemble vocal et instrumental.

Âmes musicales des peuples

ARK est un mot issu de la tradition védique (Inde ancienne), signifiant à la fois parole, chant et voix sacrée. C’est précisément ce que la musique populaire représente pour Antignani : une voix collective, anonyme, mais enracinée dans l’histoire d’un peuple ; une matière musicale transmise de génération en génération, et qui véhicule les émotions et les récits fondateurs des communautés.

Les douze pièces d’esthétiques variées mêleront voix solistes féminines et masculines, duos, chœurs et ensemble instrumental (Ensemble Unitedberlin). On y retrouvera des réminiscences de chants d’Italie du Sud, de Sicile, d’Ukraine, entre autres.

Facétieux, Berio avait glissé dans ses Folk Songs, au milieu de chants traditionnels authentiques, deux pièces de sa composition : « La donna ideale » et « Ballo ». Pour sa part, Antignani en aurait, nous dit-on, inséré quatre. Saurez-vous deviner lesquelles ?

ANNE-MARIE THOMAZEAU
Chants Populaires
19 octobre
Foyer de l’Opéra de Marseille

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Pirouettes à petits pas

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Une belle fournée de spectacles à découvrir lors du festival jeunesse En Ribambelle !, jusqu’à la fin novembre

Et c’est parti pour six semaines pleines de marionnettes et de théâtre d’objet ! Le festival En Ribambelle ! est de retour du 15 octobre au 29 novembre, réparti sur dix-sept structures culturelles en Provence. Voilà qui promet une rafale d’émotions positives, tellement bienvenues dans cet automne si instable politiquement qu’on croirait à un mauvais scénario de série Z. Joie, de pouvoir apprécier la grande variété et vitalité des spectacles destinés au jeune public. Enthousiasme, d’aller vers l’inconnu ou de retrouver certaines compagnies, dans la continuité de leur fil artistique. Suspens, de découvrir leurs nouvelles créations.

Vingt-deux œuvres au programme

Marjan, le dernier lion d’Afghanistan, spectacle de la Cie Hasards d’Hasards qui a déjà pas mal tourné en région, sera au Comœdia d’Aubagne le 15 octobre, pour l’ouverture des festivités. Une heure pour conter aux enfants de 8 ans et plus l’histoire du vieux gardien de zoo de Kaboul, confronté aux talibans. Et si vous l’avez raté là, il sera toujours temps de le voir à Grans et Port-Saint-Louis, en novembre.

Au Massalia, co-fondateur du festival, il y aura l’embarras du choix. Les forces rondes, pour les petits dès 2 ans, du théâtre d’ombre recommandé par Émilie Robert, sa directrice : « autour de la mue de serpent, pas l’animal qu’on chérirait le plus, une belle métaphore des cycles de la vie par la Cie Melampo ». Ou encore Magnéééétique Face A et Face B, les deux propositions des Nouveaux Ballets du Nord-Pas de Calais, dont on avait vu et apprécié Scoooootch. Sur la cassette audio comme métaphore des liens humains, ils déclinent deux versions : l’une tirant vers le clown pour les + de 7 ans ; l’autre vers la danse pour les + de 3 ans.

Parmi les artistes les plus attendus, ceux de la Cie du Kaïros. Ils seront les 12 et 15 novembre à La Criée, autre co-fondateur de la manifestation, qui avait accueilli leur précédente pièce, J’ai trop d’amis. Ils y reviennent avec Je suis trop vert. L’histoire d’une classe verte de collégiens en milieu rural, où devrait éclater la jubilation des mots propres au dramaturge et metteur en scène David Lescot. À ne pas manquer, enfin, le spectacle Heureuse qui comme Armelle, promis pour réjouir autant les enfants de 6 ans et plus que les adultes les accompagnant. Au Théâtre de Fontblanche (Vitrolles, le 5 novembre), la Cie Gorgomar revisitera l’Odyssée d’Ulysse dans un style évoquant… Les Deschiens. Soit beaucoup d’énergie burlesque, et des soldats-pommes de terre qui finissent en purée, au sens littéral.

GAËLLE CLOAREC
En Ribambelle !
du 15 octobre au 29 novembre
Marseille, Aubagne, Vitrolles, Berre-L'Étang, Martigues, Port-de-Bouc, Fos-sur-Mer, Port-Saint-Louis, Istres, Cornillon-Confoux, Grans, Miramas

[CINEHORIZONTES] : Romería

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Après Été 93 en 2017, qui mettait en scène une fillette dont les parents mouraient du Sida et quittait Barcelone pour vivre chez son oncle, tante et cousine, dans la campagne catalane. Puis Nos Soleils, Ours d’or berlinois en 2022, qui chroniquait les difficultés d’une famille paysanne à Alcarràs, Carla Simón clôt sa trilogie autobiographique avec Romería où la protagoniste revient en Galice dont son père est originaire.

Marina (Llúcia Garcia) a 18 ans.  Elle a été adoptée très jeune et vit à Barcelone. A l’occasion d’une démarche administrative pour obtenir une bourse et intégrer une faculté de cinéma, elle s’aperçoit que son père biologique ne l’a pas reconnue. Elle doit alors reprendre contact avec ses grands parents pour qu’ils authentifient devant notaire cette filiation.

Marina entreprend le voyage vers Vigo, pour obtenir cette légalisation, mais surtout, guidée par le journal intime de sa mère écrit en 1983, pour reconstituer l’histoire d’amour de ses parents et comprendre pourquoi, alors qu’il est mort bien après sa naissance, son père n’est jamais venu la voir.

Elle rencontre ses oncles, tantes, cousins. Se confronte aux récits contradictoires de chacun sur ce père inconnu. Bute sur les non-dits, la rigidité du grand père, ancien directeur d’un Chantier naval, patriarche tout puissant et sur le déni de sa femme paralysée par les préjugés.

A l’écran, s’égrène le calendrier de ce séjour, ponctué par les grandes questions que se pose Marina : cinq jours de l’été 2004 pour les résoudre.

Les images instables tournées en DV par Marina rencontrent celles plus léchées de la réalisatrice. Scènes familiales où elle excelle à isoler la jeune fille et à se glisser dans son regard. Scènes presque documentaires de fêtes votives dans cet été galicien. Scènes fantasmées, épurées dans une lumière domptée par la chef op Hélène Louvart quand le film bascule et que la narration se fait presqu’exclusivement du point de vue de la mère. Les années 80, s’immiscent alors dans le présent. La soif de liberté postfranquiste. La drogue, le sexe puis le séisme du sida. L’époque de Marina et celle de sa mère se font écho dans les mêmes paysages. Le duo qu’elle forme avec son cousin se superpose au couple de ses parents.

La mer elle est agitée ou calme mais ça reste la mer

Cette phrase tirée du carnet maternel qu’en voix off Marina lit ou se remémore, introduit et conclut le film. L’élément marin, est omniprésent dans Romería.

Dans le prénom de l’héroïne, dans sa double ascendance : océan Atlantique par le père, mer Méditerranée par la mère. Dans le décor : port, barque, bateau, crique.

La mer, lieu des jeux joyeux entre cousins, paradis originel. La mer, riche de symboles : mer-mère, surface miroitante et profondeur secrète, baptême et renaissance. La mer où les dauphins des dernières images semblent comme leurs ancêtres mythiques reconduire l’âme des morts vers l’au-delà.

Oui, le bleu infini est paysage et élément constitutif du film de Carla Simon. Le pèlerinage ( sens du mot espagnol « Romeria »)  est aussi une navigation avec, comme amer, l’immeuble où les parents de l’héroïne ont habité et de la terrasse duquel ils voyaient l’horizon et les îles Cies. Il faudra à Marina se repérer dans l’espace – faire au sens propre des « repérages » comme la cinéaste qu’elle est en train de devenir. Se repérer encore dans le temps, faire coïncider les dates, se glisser dans le regard des défunts ou, vêtue d’une robe rouge taillée dans un vêtement paternel, se glisser dans le corps de sa mère à laquelle, on le lui répète, elle ressemble tant !

Le film construit autour d’une douleur, consacre la naissance solaire de Marina en cinéaste débutante et témoigne de la subtilité de Carla Simón en cinéaste confirmée.

ELISE PADOVANI

Romería, de Carla Simón

en salles le 8 avril

Ad Vitam