lundi 10 août 2026
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Esprits de corps

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HHH ©LTruffarelli

Entre ce mercredi 18 et ce samedi 21 mars, Klap – Maison pour la danse propose une fiction aquatique et queer, puis une soirée méditative sur les règles visibles ou invisibles qui façonnent gestes et identités. Ce sera ensuite une exploration de la façon dont une œuvre se transforme au fil de sa transmission, et un solo introspectif et vagabond.

Abysses et transformations


Dans Panaches (le 18 à 19 h), le chorégraphe et interprète Pau Simon plonge dans l’imaginaire des abysses et s’inspire des créatures marines et de leurs métamorphoses, pour interroger les formes contemporaines de la famille. Une pièce qui s’appuie sur une création sonore de Clément Vercelletto et un dispositif scénique fait d’objets et de matières évoquant un univers sous-marin.

La proposition de Thibaut Eiferman se présente elle comme une soirée composée de deux pièces complémentaires (le 18 à 20 h). La première, TERRE 1, est un solo dans lequel le danseur dialogue avec trois toiles conçues par l’artiste plasticienne Alice Vasseur, en ouvrant une réflexion sur la gravité, la chute et l’élévation. La seconde, HHH (pour Hand, Heart, Head) met en scène trois interprètes et un mannequin, symbole de la norme corporelle : une pièce qui interroge les pressions sociales liées au corps idéal et explore les tensions entre conformité et transformation.

Transmission et passage du temps

Artiste installée à Marseille, formée à la Salzburg Experimental Academy of Dance, Sati Veyrunes place, dans son premier projet personnel, MOTOR UNIT (les 20 et 21 à 19 h) l’interprète au centre. Deux chorégraphes, l’Islandaise Erna Ómarsdóttir et la Hongroise Adrienn Hód, ont transmis à l’interprète, c’est-à-dire Sati Veyrunes, des fragments de leur répertoire. En rejouant ces écritures à travers son propre corps, la danseuse interroge la mémoire du geste, et la manière dont une œuvre chorégraphique se transforme au fil des transmissions.

Le passage du temps est également à l’œuvre dans Danses vagabondes de Louise Lecavalier (les 20 et 21 à 21h). L’ex-interprète emblématique de la compagnie canadienne La La La Human Steps a choisi de revisiter les gestes accumulés au fil de sa carrière, en mêlant souvenirs chorégraphiques et nouveaux élans. Un parcours à travers le temps où le corps devient un « archive vivante », et où mémoire et mouvement se rencontrent.

MARC VOIRY

Panaches

18 mars à 19 h

TERRE 1 // HHH

18 mars à 20 h

MOTOR UNIT

Les 20 et 21 mars à 19 h

Danses vagabondes

Les 20 et 21 mars à 21h

Klap - Maison pour la danse, Marseille

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Flamenco Azulenflamme le Sud

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Luna Negra © Juan Conca

Pour cette édition, Flamenco Azul fait coexister tradition et avant-garde, maîtres confirmés et jeune génération. Coup d’envoi le 22 mars à l’Espace Pluriel à Avignon, avec un atelier de bulería signé María Pérez, fondatrice du Centre Soléa, pionnière du flamenco à Marseille et créatrice du festival. La bulería, ce palo explosif, festif, imprévisible, sera au cœur de deux autres stages à la Bastide Granet (Aix-en-Provence) avec Teresa Deleria et Raquel Sierra.

Côté spectacles, de très beaux noms sont attendus. À la Friche (Marseille), Yoel Vargas, jeune bailaor catalan, lauréat du prix El Desplante 2023, présentera Óbito, création sur le deuil, mêlant flamenco, écriture contemporaine et musique classique et Ana Morales, lauréate du Prix national de danse d’Espagne, son solo Más que baile : une chorégraphie organique portée par une présence magnétique.

Un état d’esprit

Mais si le flamenco est une danse, c’est aussi une musique, un chant et un état d’esprit d’ouverture sur le monde. À la Manufacture (Aix) Ana Crismán, unique harpiste flamenca, donnera un concert entouré de voix et de percussions. C’est une fusion que nous propose El Amor Brujo, concert dirigé par le chef Rafael Lamas, qui réunira musique classique et danse flamenca avec l’orchestre de l’IESM, Mely Zafra au chant et Raquel Sierra à la danse.

Au Forum de Berre, le guitariste Juan Carmona et son quartet célèbreront la Méditerranée et Melchior Campos investira la Cité de la musique de Marseille pour une interprétation du Cante Jondo, chant le plus profond du flamenco, qui exprime la souffrance de la condition humaine.

Mais le festival ne s’enferme pas dans les théâtres. Le 6 avril, une journée aura pour cadre la Gare de Niolon, tiers-lieu réhabilité par l’association T’Cap 21 composée de jeunes adultes trisomiques, avec paella géante, tablao et bal sévillan face à la mer. Le 4 avril à Peña el Boleco (Istres), la soirée « Flamenco en héritage » mettra à l’honneur de jeunes danseurs de 13 à 16 ans. Ils rendront hommage aux gitans avant un tablao mère-fils d’Isabel et José Fernández.

Enfin, on attend avec impatience au Théâtre de la Mer (Marseille) la sortie de résidence des cycles d’ateliers proposés par Olga Magaña ouverts à une cinquantaine de femmes migrantes ou en détresse sociale. A pulso est un périple où on parle d’identité, de nomadisme, d’héroïsme et durant lequel la confiance en soi et en son image se construit.

Le grand rendez-vous reste le stage au Centre Soléa, avec José Maldonado, danseur-chorégraphe barcelonais au style fulgurant. Il sera aussi en tablao les 10 et 11 avril pour deux performances flirtant avec la danse contemporaine. Le festival se clôturera le 18 avril par une scène ouverte aux amateurs et une conférence de Joaquín Zapata, directeur du Festival du Cante de las Minas (La Unión), référence mondiale du flamenco minier, né au XIXe siècle dans les régions de Murcie et d’Almería. Les mineurs – souvent gitans et andalous – y ont créé leurs propres palos pour exprimer la dureté du travail, la peur de la mort et l’exil loin de chez eux.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Flamenco Azul
Du 22 mars au 18 avril
Divers lieux, Bouches-du-Rhône et Vaucluse

Babel Music XP : Le monde de la musique se réunit

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Babel music XP 2025© Erioto

Diasporik. L’édition 2026 alterne concerts, rencontres professionnelles et speed meeting, quel est le contexte des acteurs de l’industrie musicale ?

Olivier Rey. La filière musicale, notamment du spectacle vivant, vit une situation complexe par la réduction des aides publiques, la concentration de multinationales privées, l’inflation des coûts généralisés et toute une série de facteurs qui font qu’aujourd’hui c’est une filière en pleine mutation. Face à la marchandisation de ce secteur, il y a un véritable enjeu sociétal, politique et économique à promouvoir la diversité musicale pour une meilleure représentation des cultures, pour éviter l’uniformisation portée par les cultures dominantes et favoriser l’émergence de talents émergents. Babel Music XP se positionne comme une manifestation d’intérêt général, ce lieu de rassemblement et d’échanges indispensable pour l’écosystème musical, cette plateforme nationale et internationale unique qui répond aux besoins des actrices et acteurs du secteur. C’est pour cela que 2000 professionnels de 72 pays viennent spécialement à Marseille pour participer à Babel Music XP du 19 au 21 mars.

Quelles sont les attentes en matière de professionnalisation ? Comment y répondez-vous ?

Babel Music XP repose sur 3 piliers qui sont un salon international, un programme de rencontres professionnelles et un festival planétaire ouvert grand public. Sur le salon et les rencontres, nous abordons plusieurs sujets sur la formation, la transmission, la professionnalisation et les compétences des métiers liés au secteur culturel et à son économie. Nous avons des pavillons, des débats et des conférences dédiés à l’ensemble de ces sujets.

Quels sont les talents émergents que vous mettez à l’honneur ?

Dans le cadre du festival, Babel Music XP propose 31 concerts d’artistes en provenance de 27 pays. Cette sélection officielle a été réalisée par un jury international indépendant parmi 2781 candidatures originaires de 117 pays. Ce chiffre vertigineux témoigne de l’intérêt majeur de l’événement et surtout le fait que Babel Music XP est devenu un accélérateur de carrière et un exceptionnel levier de développement de projets artistiques. Nous accueillerons donc de la pop tropicale de Colombie, de l’afro-punk de Kinshasa, de la musique classique avant-gardiste de Corée du Sud, de l’électro-orientale de Palestine, des mythiques chants diphoniques de Mongolie, du maloya fièvreux de la Réunion etc. Bref, un tour du monde de la création musicale mondiale.

Comment prenez-vous en compte le besoin de structuration des acteurs du Sud global (artistes, producteurs, éditeurs…) ?

Babel Music XP se définit comme un hub méditerranéen des musiques mondiales, ce qui convoque clairement la position géostratégique de Marseille comme ville à la croisée de plusieurs continents. Nous développons depuis 4 ans de nombreuses actions et partenariats avec des structures du Sud global, du compagnonnage avec nos camarades du Kongo Music Expo à Kinshasa, du mentorat auprès de la filière du Levant en Jordanie et au Liban, des projets de réseau méditerranéen de la musique entre les deux rives ou encore nous proposons, comme depuis 4 ans des tables rondes sur la structuration de la filière en Afrique subsaharienne avec notamment cette année, un réseau inédit de festivals des Grands Lacs, le directeur du Dakar Music Expo ou un dispositif de formation aux métiers de la musique en Centrafrique. Il faut se plonger dans le programme des rencontres professionnelles pour voir la densité de nos échanges internationaux. L’idée étant de positionner Babel Music XP comme cet espace de référence pour la filière internationale et un lieu de rencontre professionnelle sans équivalent entre le Nord et le Sud. Avec une vision durable des échanges et une dimension éthique au service des structures du secteur.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR SAMIA CHABANI

Sur scène

19 mars
Inner Spaces + Tengerton – Cité de la Musique
La Litanie des cimes & Mah Damba + Meryem Koufi & Mehdi Haddad - Alcazar

Broua + Celia Wa + Etenesh Wassié – Espace Julien

Ahmed Eif & Ilyf + Ducasse – Makeda

20 mars

Groov& – GMEM (Friche la Belle de Mai)
Rebecca Roger Cruz + L’Antidote + Grand ensemble Filos + Djazia Satour + Lavinia Mancuzi + Re#encouter + Sper Parquet + Lindigo + Isam Elisa + Sskyron & DJ Dan – La Plateforme

21 mars

Jawhar + Ondéla – Grand plateau Friche la Belle de Mai

Gregory Dargent + Miksi + By the Sket Quintet + Cocahna + Bandua + Sonoras Mil + Article15 + Etyen & Salwa Jaradat + Vitu Valera – La Plateforme

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Écrire le réel pour militer contre l’oubli

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Moi Elles © Chloé Azzopardi Francé © Lamine Diagne et Raymond Dikoume

Cinq semaines, 28 lieux marseillais et une cinquantaine de propositions… Le cru 2026 de la Biennale des écritures du réel s’annonce particulièrement dense. Et pour cause, la nouvelle équipe du Théâtre La Cité a choisi de la consacrer à un thème riche et universel, l’oubli, interrogé à travers trois axes : « Dire ce qui s’efface », « Passer sous silence » et « Transformer nos silences ». Une dialectique mémorielle qui invite à comprendre comment sont manufacturées nos mémoires, et à pallier l’oubli par l’art. Une nécessité, qui se fait particulièrement sentir dans le contexte actuel.

« Géographies de l’oubli »

Une grande partie de la programmation, notamment dans son premier mouvement qui est le plus fourni, est consacrée à ce que Magda Bacha, directrice adjointe du Théâtre La Cité, appelle des « géographies de l’oubli », c’est-à-dire les mémoires occultées ou minorées de pays colonisés.

Chrystèle Khodr et Nadim Deaibes reviennent sur le siège du camp palestinien de Tel al-Zaatar dans Silence ça tourne (20 mars, Théâtre Joliette). La rencontre-lecture Écrire contre l’oubli, qui réunit les auteur·ices Marwan Chahine et Lamia Ziadé (3 avril, Bibliothèque l’Alcazar), ainsi que le concert narratif Good bye Schlöndorff programmé le même soir au Théâtre de l’Œuvre, mettent en mots et en sons le souvenir de la guerre civile libanaise.

Dorcy Rugamba rend hommage à ses mort·es dans Hewa Rwanda, lettre aux absents (9 avril, Friche La Belle de Mai) comme le fait Gaël Kamilindi dans le film Didy (11 avril, Le Gyptis). À la Cité de la Musique, un ciné-concert met les Mémoires algériennes en perspective (28 mars), et aux Archives départementales, deux lectures performées partent Sur les traces des mémoires arméniennes (4 avril), deux jours après que Nicolas Lambert y aura présenté La France, Empire spectacle qui revient sur les faits du passé colonial français occultés par notre roman national.

Tu oublieras…

L’oubli est un sujet riche, foisonnant, qui structure autant les histoires collectives qu’intimes. La Peau des autres de Lauriane Goyet et Brûle Silence de la Cie T’as un truc entre les dents (respectivement les 7 et 8 avril, Théâtre La Cité)cherchent comment briser le silence organisé autour des violences intrafamiliales et l’inceste.

D’autres spectacles interrogent ce que chacun choisit d’oublier ou de garder pour construire son identité : des traditions avec Le dernier Aïd de Wacil Ben Messaoud (25 avril, centre social Del Rio), des blessures mal soignées avec Sola Gratia de Yacine Sif El Islam (24 mars, La Cômerie), ou même son nom avec Zola… Pas comme Émile (Face A) de Forbon N’Zakimuena (23 et 25 avril, Friche La Belle de mai). La création partagée Pour en finir avec ce vieux monde de la troupe Ces liens qui nous unissent, données les mêmes soirs au même endroit, met en danse cette même question.

Enfin, plusieurs propositions kaléidoscopent des mémoires intimes. Moi, elles, premier spectacle en français de WANG Jing, met en regard le parcours de trois femmes venues respectivement de Chine, du Mali et d’Iran (12 avril, Friche La Belle de Mai) ; dans Erdal est parti de Simon Roth (22 avril, Astronef) cinq comédien·nes se partagent le rôle et les souvenirs d’un immigré kurde ; et dans Frangines, Fatima Soualhia Manet rejoue sa vie et celle de Fanny Mentré, autrice du spectacle (20 avril, Théâtre des Chartreux).

CHLOÉ MACAIRE

Biennale des écritures du réel

Jusqu’au 3 mai

Divers lieux, Marseille
On a vu

Plusieurs spectacles programmés par la Biennale ont déjà été vu par Zébuline. Retrouver nos critiques de À la ligne, La Tête loin des épaules, Françé et M. Un Amour suprême sur notre site journalzebuline.fr

Trois spectacles à découvrir cette semaine

Minga de una casa en ruinas

Une « minga », ou « mink’a », du quechua « minccacuni », signifie « demander de l’aide en promettant quelque chose ». C’est une tradition andine millénaire, semblable à ce qu’on appellerait de nos jours une « économie collaborative ». Sur l’île de Chiloé, lorsqu’un habitant se marie ou change de lieu de vie, la communauté tout entière s’organise pour transporter, par la mer ou par la terre, ce qui faisait son foyer. Laissée derrière, la maison dont il est question tombe en ruine. Sur scène, il n’en reste que 700 bardeaux, fragments des souvenirs d’une vie passée. Ébana Garín travaille cette matière et tisse trois histoires d’exil, dont celle de sa mère. Un jeu d’ombres et de lumière dessine ses gestes, qu’accompagne une composition sonore de Damián Noguera Llanes. Proposée par le Colectivo Cuerpo cette performance documentaire se donne en Espagnol sous-titré français. P.L.

19 et 20 mars

Théâtre Joliette, Marseille

Vivement Léthé

L’eau de Léthé, fleuve aux portes de l’enfer, efface la mémoire des morts qui la boivent. Mais c’est aussi un élan de vie, et de légèreté, qu’évoque à l’oreille le titre. L’artiste-performeur Pierre Guéry et les étudiant·es de la L3 Sciences et Humanités d’Aix-Marseille Université mettent en scène une réflexion poétique sur l’oubli, la mémoire, la vie et la mort. Après une représentation d’une heure, la scène s’ouvre aux spectateurs·ices, à ceux qui voudront bien lire ou jouer leurs lettres, écrits intimes retrouvés et souvenirs qui, posés sur le papier, ne seront pas oubliés. P.L.

31 mars

Théâtre la Cité, Marseille

Passeports pour la liberté

Passeports pour la liberté est l’adaptation théâtrale de La France des Belhoumi - Portraits de famille (1977 - 2017), récit recueilli par le sociologue Stéphane Beaud. La pièce se concentre sur un entretien avec l’ainée de la fratrie, Samira Belhoum. Arrivée d’Algérie à l’âge de 7 ans, elle raconte l’histoire de son intégration dans la société française, les obstacles surmontés et la construction progressive de son identité. Mise en scène par Dominique Lurcel, la pièce, jouée depuis 2021 en milieu scolaire et universitaire, est pensée comme un outil d’éducation civique. S’en suivra une projection du documentaire Nos mères, nos daronnes de Bouchera Azzouz et Marion Stalens, qui donnent la parole à six mères issues d’un quartier populaire en banlieue parisienne, dont les histoires dessinent les contours d’un féminisme populaire. P.L.

29 et 30 mars

Mucem, Marseille

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Variations sur un imaginaire

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© X-DR

On l’aurait peut-être davantage attendue sur Schumann. Surtout pour cette heure au foyer dédiée, selon l’usage impulsé par Marseille Concerts, à un compositeur – ou une compositrice – en particulier. D’autant qu’Arielle Beck a consacré son premier enregistrement et nombre de ses concerts au plus littéraire des compositeurs, dont elle a su saisir la poésie sans jamais en forcer l’étrangeté.

Mais la jeune pianiste n’est plus à une prise de risque près. C’est ainsi à un autre célèbre romantique allemand qu’ellea dédié son récital, très attendu, au Foyer de l’Opéra de Marseille ce 15 mars. Mendelssohn qui, comme elle, n’était âgé que de 17 ans lorsqu’il composa l’ouverture du Songe d’une nuit d’été, qu’il complèterait quinze ans plus tard.

L’art de l’enchantement

Transcrite par Liszt, la partition retentit, dans ses variations sur la célébrissime marche nuptiale et sa jolie adaptation de la danse des fées, comme un hymne à l’enchantement. La technique est bien sûr étourdissante, de même que la clarté du jeu, la douceur des phrasés, l’étendue et la finesse du nuancier…

Mais c’est, peut-être plus encore, l’art du récit et de l’incarnation qui impressionnent chez cette interprète qui sait dénicher dans chaque œuvre un angle, une prise de vue qui en révèle sans effort une nouvelle facette. Les Romances sans paroles évoquent, bien sûr, l’art du Lied et ce goût de chant propres à Schubert ou à Schumann. Le Prélude et fugue en mi mineur convoque le thématisme cher à Bach qu’il augmente d’un sens du legato résolument romantique. Et les Variations sérieuses résonnent, dans leur versatilité, comme un pendant à l’espièglerie de Mozart.

En conclusion du concert, c’est à une série de variations de son propre cru que nous invite la pianiste, improvisatrice qui, partition à l’appui, se fait également compositrice. D’un thème évoquant Schumann, elle fait, d’une incursion à l’autre, advenir et dérailler un langage entre sérénité chorale, crue dissonance et tendres éclaircies. Sublime.

SUZANNE CANESSA

Le concert a été joué le 15 mars au Foyer de l’Opéra de Marseille, dans le cadre de la saison Marseille Concerts.

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La Danse des renards, l’adolescence par K.O

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Le bruit des coups portés, la danse des boxeurs sur le ring, le Bleu contre le Rouge, les consignes criées par le coach, puis au vestiaire, en selfie, les ados rieurs et chahuteurs : on entre dans le film de Valery Carnoy comme dans une arène, in media res.

On est dans un internat sport-études, entouré par une forêt où rodent les renards. Les jeunes « mâles » de l’établissement puent des pieds, parlent de sexe, et fanfaronnent. Camille, au prénom androgyne, a encore un visage d’enfant, le corps en devenir, une douce blondeur et une grande réserve. Il est la star de l’établissement. Champion de France dans sa catégorie, médaillé, sélectionné pour les championnats d’Europe, il est admiré – et sans doute jalousé, par ses camarades dont il porte sur ses jeunes épaules, le rêve. Il partage tout avec son meilleur ami, Matteo (Fayçal Anaflous) qui l’a amené à la boxe. Matteo cherche à échapper à son milieu, aux embrouilles de ses « cousins » voyous et Camille, on le comprend, cherche à échapper à un père violent en apprenant à se défendre. Ensemble, ils nourrissent les renards de la forêt en volant de la viande aux cuisines et se projettent dans l’avenir. Camille est différent par son statut de vedette, par sa sensibilité. Au Centre, il croise Yas (Anna Heckel), une taekwondoïste à la voix grave et au caractère affirmé, un peu « spéciale » elle aussi, qui joue du Charlier à la trompette.

L’univers de Camille bascule au propre et au figuré lorsque, poursuivant un renard, il tombe d’une falaise. Comme le remarquait Pascal Quignard dans Les Désarçonnés , ceux qui font une chute grave, naissent à nouveau – ou deviennent ce qu’ils sont. Le bras fracturé de Camille se répare mais la douleur qu’il porte en lui depuis longtemps sans doute, s’est réveillée et ne le quittera plus. Une douleur psychosomatique sans causes mécaniques, bien plus difficile à gérer. La longue cicatrice qui court sur sa peau et que Yas effleure du doigt est une ligne de faille.

Faire le poing

Si les séances d’entraînement sportif intenses, les codes de la boxe, les dures lois de la compétition, les relations avec leur intraitable coach Bogdan (Jean-Baptiste Durand) sont soigneusement décrits. Si la cinégénie et l’intensité de ce sport sont habilement utilisées. Si les rapports de classe de cette discipline populaire sont subtilement suggérés, Valéry Carnoy ne veut pas réaliser un « film de boxe ». Comme dans son court-métrage précédent Titan – où un jeune garçon de 13 ans se confrontait aux codes de la virilité, il s’intéresse aux injonctions qui pèsent sur des êtres en devenir, à leur mal-être, au rapport à la faiblesse, à la souffrance. A cette chape de plomb, allégée ici par une amitié adolescente, une rencontre avec une fille libre de ses choix, la compréhension d’un surveillant d’internat.

La caméra ne quittera guère Samuel Kircher qui incarne avec une grande justesse Camille- et dont on nous dit qu’il a suivi un entrainement particulièrement intense, pour rendre crédibles les scènes de combat. Le casting mêlant acteurs novices et expérimentés est particulièrement réussi. A ce naturalisme de fond se mêlent l’étrangeté intrinsèque à l’adolescence et un discret symbolisme. Le renard, figure de ruse, d’intelligence mais aussi d’isolement, et de marginalité, est celui qui souffre et est mis à mort.

ELISE PADOVANI

La Danse des Renards de Valéry Carnoy

Sortie : 18 mars 2026

Avee Mana : Une fusion en 33 tours 

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© Lenaïc Lannoy

On les a découverts à la fin des années 2010 dans les salles marseillaises et d’ailleurs. Un groupe à l’énergie furieuse naissait, et avait semble-t-il pour mission de décalaminer nos oreilles de leur trans-psychédélique jouée à fond les Twin reverb. Un groupe, un son, une expérience, qui s’est fait un nom, Avee Mana, et s’est imposé comme l’un des fers de lance de la foisonnante scène rock marseillaise. 

Une anomalie dans le parcours pourtant. Toujours pas d’album au compteur, malgré presque 7 ans d’exercice, et des centaines de concerts. On avait quand même pu écouter leurs pièces couchées sur bande avec deux premiers EP (en 2019 et 2023), mais les voici enfin avec un premier album, Layers. Un dix-titres qui confirme le virage pop du groupe – même si cette pop avait toujours été là, bien cachée derrière les décibels de la jeunesse. 

Exits, par ici l’entrée

L’opus commence par Exits, une première flèche qui donnera le ton du reste de l’écoute. La voix de Rémi Bernard (également à la guitare), droite et cristalline, transperce la rythmique engagée et les nappes de guitares, d’une mélodie accrocheuse, comme ce sera le cas sur tout le reste du sillon. On se perdra d’ailleurs à déceler dans certaines lignes de chant quelques cousinages avec Brian Wilson des Beach Boys. 

Derrière la voix, le reste de la formation s’exécute comme la machine parfaitement huilée qu’est devenu Avee Mana. Emmenée par Sylvain Brémont (batterie), Francky Jones (basse) et Julien Amiel (guitare), les titres s’enchaînent avec une impression de puissance et de fluidité. La rugosité rythmique et sonore s’alliant parfaitement avec les notes de légèreté du chant, ou des parties guitares. Avee Mana marque avec ce disque ce qui fait manifestement sa force et son originalité : un son de fer, un rendu de velours. 

NICOLAS SANTUCCI

Layers, de Avee Mana
Howlin Banana Records
Album disponible en disque vinyle, CD ou en version digitale.

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Rencontres des Ballets Junior Européens

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Cannes Jeune Ballet Rosella Hightower © Patrick Massabo

Après une ouverture tout en éclat [le Junior Ballet de l’Opéra de Paris lire ici],les rencontres organisées par le Ballet Preljocaj se poursuivent sur une deuxième édition particulièrement riche et alléchante au Pavillon Noir. Du 11 au 15 mars, six représentations de Near Life Experience, pièce d’Angelin Preljocaj créée en 2003 sur l’envoûtante musique du groupe Air, sera reprise par le Ballet Preljocaj Junior. Le 17 mars, le Royal Danish Ballet School, le Cannes Jeunes Ballet Rosella Hightower et le Ballet Junior de Bavière unissent leurs forces autour d’un extrait de la Kermesse in Bruges d’Auguste Bournonville, d’une création de Rubén Julliard – Soudainement, ici – puis d’une récente création de Margo Goecke, Devil’s Kitchen. Le 19 mars, le Junior Ballet de l’Opéra de Norvège avec Youth, création d’Alan Lucien Øyen, Inked, pièce d’Arno Schuitemaker interprétée par la formation Coline, et Minus 16, pièce d’Ohad Naharin reprise par IT Dansa, Jove Companyia de l’Institut del Teatre. L’occasion de (re)découvrir des pièces contemporaines portées par la fougue et la douceur de la génération de demain.

S.C.

Jusqu’au 19 mars
Pavillon Noir, Aix-en-Provence

Danser la relève

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Exigeant, contraignant, le répertoire classique attend de ses interprètes un dévouement rare. Porté par la jeunesse et la grâce du Ballet Junior de l’Opéra de Paris, il prend une ampleur inédite. Belle idée, donc, que d’avoir créé en 2024 cette troupe de danseurs et danseuses âgés de 18 à 23 ans, et faisant leurs premières armes sur des œuvres du répertoire. C’est donc sur le bien-nommé Allegro Brillante de Balanchine que s’ouvrent les hostilités. La silhouette et la gestique de Natalie Vikner et Davide Alphandery s’imposent avec finesse et élégance, un sourire radieux toujours aux lèvres. La coordination des danseurs et danseuses impressionne, de même que le sens de l’entente et du détail, sur une pièce certes datée, mais requérant une technique sans faille. 

La Cantate 51 de Maurice Béjart sollicite un effectif plus réduit mais une plus grande expressivité. La grammaire classique est toujours là, tout particulièrement chez les six danseurs et danseuses encadrant une scène marquée par l’art de l’icône et le sens des proportions – le travail tout en symétrie de Nuria Fernandes et Ève Belguet est à ce titre impressionnant. Mais les corps de l’Ange (Isaac Petit)et de la Vierge (Angélique Brosse) redessinent les contours d’un art en pleine mutation : lignes éthérées, tension entre mouvement et fixité. Et surtout l’intimité et la complicité inédites entre deux interprètes redéfinissant le pas de deux, dans un mouvement lent particulièrement poignant.

Rebattre les cartes

Central dans le Requiem for a rose d’Annabelle López Ochoa, le corps tout de chair vêtu de Shani Obadia rappelle celui de la Vierge, sur une tonalité certes plus funèbre mais également plus organique. La danse emprunte ici à un langage plus contemporain – surtout sur la partie solistes –, ses jeux de bras et de mains évoquant, entre autres, le baile. Enfin, la grande pièce de José Martinez Mi Favorita, invite tout le ballet à briller sur ses pas les plus techniques, tout en maniant l’ironie, le goût de l’outrance et du (faux) raté pour revisiter ses pièces les plus classiques : Petipa, Noureev et tous les autres … Belle incursion de l’humour dans un genre qui s’en est rarement soucié. Et jolie conclusion à un panorama enthousiasmant et rassembleur.

SUZANNE CANESSA

Le spectacle a été dansé du 8 au 10 mars au Grand Théâtre de Provence (Aix-en-Provence), en co-réalisation avec le Ballet Preljocaj dans le cadre des Rencontres des Ballets Junior Européens.

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D’amour

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D'amour © Frederic Iovino

D’amour ou d’amitié – chantait la jeune Céline Dion pour donner corps à des sentiments naissants et troublants. Grand amateur de chanson et de pop, Thomas Lebrun explore avec D’amour un répertoire s’étendant de Charles Trenet à Shy’m, en passant par Sheila et Lionel Richie, sur lequel il érige un langage chorégraphique pop, coloré et lyrique. Quatre interprètes s’y croisent : Sylvain Cassou, Élodie Cottet, Lucie Gemon et Paul Grassin apprennent à se connaître – et à s’aimer – sur des partitions archi connues et entêtantes. En postlude au spectacle, le Théâtre des Salins proposera à l’issue du spectacle un karaoké Sing or Die, un atelier parent-enfant le 14 mars et un cours tous publics le 15. De quoi célébrer le lien sous toutes ses formes – amoureux, mais pas que. 

S.C.

13 mars 
Les Salins, Scène nationale de Martigues