mardi 10 février 2026
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Le Festival dans tous ses états 

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© Margot Laurens - Association Jean Vilar

Au Festival d’Avignon, la règle veut qu’à la fin de son mandat, chaque Président·e fasse don de ses archives à la Maison Jean Vilar. Les sept président·es qui se sont succédé à la tête du Festival ont ainsi créé au fil des années un fond d’archives important et précieux. Ce sont ces archives, témoins physiques de l’histoire du Festival, qui sont au cœur de la nouvelle exposition de la Maison Jean Vilar, Les Clés du Festival.

Pour la première fois, il s’agit d’une exposition permanente, qui restera ouverte à l’année, ce qui représente un élargissement de la mission de transmission et de mémoire de la Maison Jean Vilar. L’objectif affiché est de permettre à tous les publics, y compris les moins connaisseurs, de découvrir l’histoire et la spécificité du Festival d’Avignon. Antoine de Baecque, commissaire de l’exposition, a brillamment relevé ce défi en concevant un parcours thématique, à la fois pédagogique et complet. 

Parcours thématique 

L’exposition est séparée en quatre espaces, chacun dédié à une spécificité du Festival d’Avignon. À commencer par l’aspect technique : le premier espace, intitulé « La Fabrique du Festival » dévoile à travers des photos et des documents professionnels, le processus de transformation annuelle de lieux non-dédiés – la Cour d’honneur en tête – en espaces de théâtre. 

Au fur et à mesure du parcours, on découvre l’expansion du Festival dans la ville, comment  Jean Vilar (à qui les deux dernières salles sont consacrées) l’a façonné et fait évoluer, grâce à des archives on ne peut plus variées : vidéos, photos, correspondances, carnets, feuilles de salles, maquettes de décors, costumes… entre autres. 

La salle consacrée au Festival comme lieu de création est particulièrement impressionnante : des photos et vidéos de chaque spectacle créé à Avignon depuis 1948 et La Tragédie de Richard II par Jean Vilar y sont projetées sur un écran de tulle, derrière lequel sont exposés des éléments de décor et des costumes. Derrière les gradins sur lesquels on peut s’installer pour regarder cette rétrospective, un espace est consacré à Saïgon, spectacle créé en 2017 par Caroline Guiela Nguyen… pour le moment. Chaque année, ce recoin de l’exposition sera remanié pour mettre en avant un spectacle différent, créé au Festival. 

Une démarche au premier degré

Soucieux de capter au mieux l’essence du Festival et d’immerger les visiteur·ices dans son ambiance, Antoine de Baecque a fait le choix d’une scénographie très littérale, confiée à Claudine Bertomeu. Ainsi, devant l’entrée de l’exposition se trouve un écran sur lequel défilent des images du public entrant dans la Cour d’honneur à différentes époques. Aux murs de l’espace consacré au Festival Off, de nombreuses affiches de spectacles superposées comme elles le sont dans les rues, et un quiz. Dans les dernières salles consacrées à Vilar, des haut-parleurs diffusent des enregistrements de certains de ses spectacles… 

Chaque détail de cette scénographie a son importance, jusqu’au petits haut-parleurs qui permettent d’écouter individuellement les vidéos, qui faisait initialement partie du premier dispositif de sonorisation de la Cour dans les années 1970. De fait, le premier degré assumé de l’exposition n’a rien de simpliste, au contraire, il rend compte d’une connaissance fine de l’histoire du Festival, d’un amour pétri d’admiration pour celui-ci… et d’une volonté de mise en partage, conforme aux ambitions premières de Vilar. 

CHLOÉ MACAIRE 

Les Clés du Festival a été inaugurée le 5 juillet à la Maison Jean Vilar, Avignon

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Gagarine, bien vivant à L’Estaque

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gargarine
© Thibaut Carceller

L’Espace Mistral de L’Estaque se transforme en véritable piste de décollage ce jeudi 12 juin pour l’avant-dernière représentation de Gagarine is not dead. Un spectacle signé des Cie Les Sanglés et En corps En l’air, qui propulse petits et grands explorateurs vers les étoiles. Les quatre membres d’équipage mêlent technologie et rêverie, à la rencontre d’un public en quête d’imaginaire, le temps d’une déambulation d’une soixantaine de minutes. Dans ce théâtre de rue antigravitationnel, l’homme et la machine sont plus que jamais soudés dans un univers où le temps s’arrête pour laisser place à l’émerveillement. 

Nuage de poussière et fumée, c’est dans un esprit d’aventure que les « Gaganautes » s’élancent dans l’inconnu. Bien décidés à marquer l’histoire de la conquête spatiale, ils ont plus d’un tour dans leur sac, rampe métallique, capsule volante et bien d’autres, de quoi tomber à la renverse. Viser la lune, ça ne leur fait pas peur, le quatuor illustre cette envie d’accomplir de grandes choses. Ce spectacle était proposé par l’association Karwan, dans le cadre du RIR, le Réseau Inter-régional en Rue.

THIBAUT CARCELLER

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Du spectacle vivant dans l’Enclave 

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© Thibaut Carceller

Pendant dix jours, ce rendez-vous incontournable du spectacle vivant réunit théâtre, danse et cirque, en itinérance au sein des communes de l’Enclave des Papes – Valréas, Grillon, Visan et Richerenches – mais aussi une dizaine de villages alentour. Créé en 1965 par René Jauneau dans l’esprit de l’éducation populaire, le festival a su évoluer sans renier son héritage. Organisé par le Centre Dramatique Des Villages du Haut Vaucluse, il clôt chaque saison avec une programmation accessible, pensée « au plus près des habitants », selon son directeur Frédéric Richaud. Cette année, 15 spectacles et 52 artistes égayeront places de village, salles des fêtes réaménagées ou sites à ciel ouvert.

L’événement s’ouvre avec Gagarine is not dead, des compagnies locales Les Sanglés et En corps En l’air, un spectacle gratuit très attendu. Parmi les temps forts : Les Trois Mousquetaires, création en trois épisodes portée en coopération avec la Scène nationale de Cavaillon, dont l’épisode 2 sera présenté à Valréas le 20 juillet par le collectif 49 701 Andromak, réinterprété par la compagnie parisienne Kourtrajmé ; et Jules et Marcel, une correspondance théâtralisée entre Pagnol et Rémy.

Une démarche engagée

Pour la deuxième année, le festival accueille une résidence de création pendant l’événement, avec la compagnie de cirque contemporaine Guirlande installée sous chapiteau à Valréas. Ateliers, visites et rencontres rythmeront les trois semaines de présence avant la première du spectacle le 26 juillet.

Soucieux de démocratiser l’accès à la culture, le festival maintient une politique tarifaire douce et des actions comme l’analyse chorale, gratuite, qui invite le public à discuter les œuvres vues, à exercer son regard et son esprit critique.

À cela s’ajoute une initiative solidaire originale : des sacs confectionnés à partir de bâches recyclées sont vendus au profit de billets offerts aux publics précaires. Une façon concrète de prolonger l’héritage humaniste de Jauneau tout en intégrant des bénévoles à la vie du festival.

Entre mémoire et renouvellement, Les Nuits de l’Enclave affirment cette année encore son identité : un festival de territoire, populaire et profondément vivant.

MANON BRUNEL

Les Nuits de l’enclave 
Du 18 au 27 juillet
À Valréas, Grillon, Visan et Richerenches

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La culture au cœur des enjeux politiques

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© X-DR

Municipales 2026, de quelle culture parlera-t-on ? Le débat, organisé par le SYNDEAC -Syndicat National des Entreprises Artistiques et Culturelles- pose la question de façon remarquablement directe, et politique : « Qui défendra une culture émancipatrice et vivante dans la campagne de 2026 ? ». Reste aux candidats, aux partis politiques, à se positionner clairement.

Le Syndeac, premier syndicat des entreprises du spectacle français, regroupe plus de 500 entreprises du spectacle, pour moitié des compagnies, pour moitié des lieux, essentiellement des Centres Dramatiques Nationaux (CDN) et des Scènes Nationales. Les représentants nationaux et régionaux sont les directeurs de ces lieux et des compagnies, aux prises avec les décisions politiques, et en particulier avec celles des villes, qui sont souvent leur premier financeur. Mais leur débat invite le SYNAVI et la CGT, qui représentent davantage les salariés, permanents et intermittents.

Que peuvent les villes ?

Face aux baisses de dotation de l’État et à l’affaiblissement économique des municipalités, face à l’augmentation des coûts qui altèrent gravement le financement des compétences obligatoires des municipalités (des crèches au commerce, en passant par la protection des inondations et des incendies et l’aménagement urbain), rares sont les municipalités qui misent sur une stabilité, une indexation sur l’augmentation des coûts, et rarissimes celles qui ont augmenté ces budgets en 2025.

Cette question budgétaire est essentielle, d’autant que toutes les politiques d’État sont en régression. Celle du ministère de la Culture directement, mais aussi les emplois aidés, les politiques de la ville,   les politiques anti-discrimination qui financent aussi, indirectement, la culture. Comme les actions culturelles dans les établissements pénitentiaires, les écoles et les établissements de santé.

Mais le débat municipal ne s’arrête pas à la question budgétaire, et la question politique, qui est clairement posée en termes d’« émancipation », devra aussi aborder les visions politiques qui sous-tendent les choix politiques. Il est une droite qui défend les racines chrétiennes de la France, qui taxe de wokisme la décolonisation culturelle, qui refuse d’envisager la pluralité des cultures. Il est une gauche qui taxe d’élitiste tous ce qu’elle ne comprend pas. Et il est, entre les deux, tous ceux qui n’admettent pas l’importance de la culture publique, ou ne l’envisagent qu’en termes de retour sur investissement touristique.

Pour répondre à ces problématiques, 2h30 de débats sont prévus : Michaël Delafosse, maire de Montpellier, Emmanuelle Gourvitch déléguée générale du Synavi (Syndicat national des arts vivants), Claire Guièze directrice adjointe du CDN de Dijonc, Claire Serre-Combe secrétaire générale du Synptac CGT, Isabelle Vincent adjointe à la culture de Chartres, seront à la tribune, pour un débat animé par la journaliste Nora Hamadi qui donnera largement place à la salle, où de nombreux élus ont été invités.  

Agnès Freschel

Municipales 2026, de quelle culture parlera-t-on ?
11 juillet à 10h
Opéra d’Avignon

Le hors les murs au zénith 

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Nouvelles de Noone © Cie 1Watt

En 10 ans, Résurgence a poli son positionnement : point d’orgue d’une saison portée par la Communauté de communes Lodévois et Larzac, le festival d’arts de la rue vient la clôturer de quatre jours de spectacles en plein air. Cette année encore, du 17 au 20 juillet, la programmation ne déroge pas à la règle : piocher dans le meilleur de la création hors les murs pour alterner communions de haut vol et moments intimistes. La journée de spectacles se ponctue chaque soir par un moment fédérateur, grand format au pied de la cathédrale ou concert des guinguettes, sans oublier l’imparable Karaoké mobile de C’est pas commun, qui enflamme le parquet de sa caravane. 

Parmi la vingtaine de propositions présentées cette année, citons l’atypique marionnette lémurien de la Compagnie Traversant 3, qui élit domicile dans une pompe à essence. Auto-proclamé « manuel de consentement entre le Vivant et le Béton, à l’usage des humains », le spectacle Sale Bête initie un dialogue inédit entre cet animal sauvage et son humaine de compagnie, pour envisager de concert des lendemains qui (dé)chantent. Plus légères, les fantaisies des deux acrobates en pyjama du Poil flou déploient dans 15m2 une ode poétique à la procrastination en espace réduit – autour d’un lit, d’une étagère et de quelques livres –entre complicité et rivalité.

Cirque et danse

Au rayon grandes formes fédératrices, le cirque contemporain revisite quelques agrès traditionnels. Acrobate versé dans l’introspection à ses heures, le taquin Sidney Pin remet sur le devant du bitume un sport extrême inventé en Estonie dans les années 1990 : le kiikingconsiste à réaliser un tour complet sur la plus grande balançoire possible. Avec la complicité du public, invité à tester l’agrès, l’artiste soliloque autour de son rapport avec le virilisme, la politique ou la pop culture (La balançoire géanteLa volte cirque). 

Avec LOOPS, le trampoline rond devient prétexte à explorer le thème de la boucle pour Cyrille Musy, entre répétitions et mouvement cyclique, libération et aliénation. Comme à son habitude, la Compagnie Kiaï étoffe sa scénographie d’un travail de mapping vidéo pour une expérience immersive. Lodève est aussi l’écrin adéquat pour (re)découvrir quelques pépites atypiques, comme en recèlent parfois le secteur. Absolument bouleversant, Nouvelles de Noone revient sur trois décennies de carrière partagée entre Pierre Pilatte et sa partenaire Sophie Borthwick : en déambulation à travers la ville, ce récit dansé condense tout ce qui fait la singularité de la compagnie 1 Watt à travers les âges. Terriblement punk sans en avoir l’air, follement poétique, diablement attachant : une vraie leçon de doux ensauvagement de l’espace public. 

On tendra aussi l’oreille au solo dansé de Maryem Dogui autour des paroles décoloniales (Le prénomLa colombe enragée), ou encore à l’inattendue histoire d’une femme morte depuis 43 000 ans (HypothèsePudding Théâtre).

JULIE BORDENAVE 

Résurgence
Du 17 au 20 juillet
Divers lieux, Lodève

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Tickets et papiers s’il vous plaît 

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© Thibault Carceller

Danser, chanter, faire la fête, voilà à quoi ressemble un été culturel. Mais cela n’est possible que sous certaines conditions : fouilles des sacs, barrières, agents de sécurité… une situation pesante pour les festivaliers et les organisateurs. Les attentats de 2015 et 2016 ont entraîné un durcissement de la sécurité : 68% des organisateurs de festivals adhérents du Syndicat des musiques actuelles (SMA) notent une hausse des dépenses de sécurité en 2024 par rapport à l’année précédente. Pour une grande structure comme le Festival d’Avignon, la directrice administrative Eve Lombard, explique que « la sécurité représente un peu moins de 10% des 5 millions d’euros du budget technique ». Soit près de 500 000 euros dédiés à la sécurité, autant qui n’est pas investi dans l’artistique. 

Dans les lieux fermés, comme les théâtres, la sécurité a aussi un coût. Au Théâtre de La Criée, le budget annuel de sécurité se situe entre 80 000 et 90 000 euros. Un budget qui n’a de cesse d’augmenter depuis l’instauration du plan Vigipirate. « On est toujours en Vigipirate élevé, cela nous a poussés par exemple à mettre en place une vidéosurveillance en 2015 » explique Alexandre Madelin, directeur administratif du théâtre marseillais. Il questionne l’utilité de telles pratiques et assure que « même avec les fouilles, le théâtre n’a jamais refusé un spectateur ». 

Aucun des organisateurs contactés n’a fait face à des incidents. Pourtant, les réglementations « n’ont jamais diminué et des fiches sont mises à jour régulièrement par la préfecture mais difficiles à interpréter » explique Alexandre Madelin, administrateur du théâtre de La Criée. 

Par exemple, deux circulaires ont été mises en place pour réglementer la sécurité des événements dans l’espace public. Une première en 2018 par Gérard Collomb, une deuxième en 2022 par Gérald Darmanin. Elles confèrent notamment le pouvoir aux préfets et aux services de police de décider des dispositifs de sécurité nécessaires, ainsi que leur facturation aux organisations culturelles, augmentant leurs dépenses sécurité. Pour autant, elles ne s’appliquent qu’aux événements à but lucratif. « Lucratif », un terme flou pour la plupart des associations culturelles organisatrices. Certains organisateurs soulignent d’ailleurs la volonté des préfectures, comme celle de Vaucluse, de ne pas appliquer les directives à un monde culturel aux budgets déjà exsangues.

Une liberté artistique sous conditions 

Des réglementations qui mettent parfois en péril la tenue de certains événements. En 2018, le festival Microclimax n’a pas pu tenir sa première édition. Quand il avait un budget total de 18 000 euros, la seule sécurité lui en aurait couté 19 000. La préfecture voulait déployer 40 gendarmes pour 450 festivaliers – et c’est à l’organisation d’en payer la facture. « L’équation est à la limite de l’insoluble. Nous, on veut rester dans une culture accessible à tous, mais la sécurité est plus chère, tout comme les cachets des têtes d’affiche », explique Aurélie Hannedouche, directrice du SMA. 

Pour contourner ces hausses de coûts, certains opérateurs culturels font preuve d’imagination. «On choisit des lieux déjà sécurisés » où les forces de l’ordre sont déjà présentes en permanence, afin de mobiliser moins d’agents de sécurité explique Alexis Nys, directeur de Lieux Publics, spécialiste du spectacle de rue à Marseille. Autre manière de réduire les coûts, « programmer des événements le mardi à 19 h plutôt que le week-end. Cela rassure les autorités car il y a moins de “chances” que le rassemblement dégénère. »

Pour David Mossé, directeur technique indépendant chez De Visu, « le théâtre de rue est un acte militant », et ces nombreux dispositifs sont un frein à la liberté de création. « Le 18 mai pour le Festival Bleue, on me dit au dernier moment qu’il faut six personnes de plus pour sécuriser. Il a fallu que je les trouve la veille pour le lendemain et là, on s’endette. Je ne suis pas prêt de refaire une déambulation [dans l’espace public] » regrette-t-il. 

Si ces règles sont un poids les organisateurs, il savent aussi qu’en cas de problème, ils seront les premiers tenus responsables : « Du point de vue d’un organisateur qui aime la liberté, c’est trop de sécurité. Mais s’il y a le moindre problème, ça nous retombe dessus, on est responsable donc c’est une position peu évidente » explique Hugues Kieffer, directeur du Marseille Jazz des Cinq Continents.

Des budgets sécurité qui augmentent

Toutes les structures interrogées se voient dans l’obligation de faire appel à des agents de sécurité par le biais d’une entreprise privée pour respecter la législation. Un coût pour les organisateurs qui peut parfois dépasser celui du spectacle en lui-même. En 2023, le budget sécurité de la représentation de Mirage de la compagnie Dyptik, donné dans le centre ville de Marseille, « représentait deux fois le prix du spectacle » se rappelle Alexis Nys

Un cas loin d’être unique. Depuis 2003 et jusqu’en mai 2018, Sirène et midi net, également organisé par la Cité des Arts de la rue, a rythmé le parvis de l’opéra. Chaque premier mercredi du mois, au son des sirènes d’alerte, les artistes proposaient des performances artistiques. Mais au fil des années et de l’intensification des règles de sécurité, le rendez-vous marseillais s’est arrêté.David Mossé était le directeur technique de l’époque : « L’artiste va toucher 500 €, alors qu’à côté, t’en as pour 5 000 € de sécurisation. Donc ça n’a plus de sens. » explique-t-il. 

Des budgets dans la culture qui baissent, des coûts sécuritaires qui augmentent, des délais très courts, et beaucoup d’autorisations qui peuvent décourager la création… Le constat rappelle combien le secteur culturel vit en surchauffe, alors même que la menace n’est pas plus grande pour les événements culturels que dans d’autres lieux accueillant du public. Un paradoxe avec lequel conclue Alexis Nys : « Un spectacle sur la liberté ne peut pas être encerclé de cage. »


LOLA FAORO ET MELYNE HOFFMANN–BRIENZA

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Un été haut en couleurs 

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Moussu T e lei Jovents © X-DR

À La Ciotat, l’été s’annonce riche en spectacles sur la scène du Théâtre de la Mer. La municipalité y propose une série d’événements, dans un cadre enchanteur entre ciel et mer, au bout du vieux port, sur le quai François Mitterrand Prolongé.

Côté concerts payants, le Festival Musique en Vacances célèbre ses 30 ans le 24 juillet avec le spectacle Movies & Live du groupe Utah, suivi le 27 juillet du récital du ténor Vincent Niclo. Le lendemain Moussu T e lei Jovents et Wallace joueront au profit de la SNSM, une association dont la principale mission est de secourir bénévolement et gratuitement les vies humaines en danger, en mer comme sur les côtes. Le 5 août, place à l’humour avec le festival stand-up Tarpin Drôle et une brochette de talents de la région tels que Malik Fares ou encore Sandra Miso. Enfin, le Jazz sur la Baie prendra le relais du 11 au 13 août, avec notamment Edith Darasse QuartetGérard Murphy et Claudie Meyer.

À portée d’oreilles

Côté gratuit, la saison s’ouvre le 14 juillet avec One night of Elton John par Eltonology. Le 16 juillet, aura lieu un ciné-concert autour des musiques de films et séries par le quatuor Bowstroopers. Puis, quatre projections en plein air rendent hommage aux 130 ans de Gaumont avec AlineLe Sens de la fête ou encore Les Tontons flingueurs.

En août, le Fest’in Port promet trois soirées festives avec, entre autres, Black-Out et Marteen & The Soultunes. Les arts vivants seront aussi à l’honneur : Faites vos jeux avec le Cabaret Lumière le 7 août avec Partouche, danse avec la Vergari Ballett Compagnie le 9 août, concours de chant les 10 et 17 août, et enfin une soirée 100 % humour le 21 août avec TitoffPhilippe Roche ou encore Julien Mameli. Le Théâtre de la Mer promet ainsi un été plein de découvertes et de partage, entre rire, musique et émotion, les pieds dans l’eau.

MANON BRUNEL

Théâtre de la mer
Du 14 juillet au 21 août
Scène du Théâtre de la mer, La Ciotat 

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Marseille vibre au rythme de l’Italie 

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Maria Chiara Argiro © X-DR

Né en 2021 à Marseille, Ciao Moka est toujours fidèle à son esprit : créer un pont entre lesscènes artistiques italienne et marseillaise. Gratuit et accessible à toutes et tous, ce festival unique dans le Sud de la France revient du 18 au 20 juillet, avec une programmation mêlant musique, cinéma, danse, gastronomie, littérature et patrimoine. Au total 22 artistes sont invités, que ce soit des musiciens, intervenants ou encore encadrants de stage. 

Chaque journée a son identité propre : une première soirée sous le signe des cultures populaires italiennes au parc Longchamp – qui accueille le festival pour la première fois –avec notamment la chanteuse romaine Lavinia Mancusi et une ronda di pizzica participative. Le tout clôturé par la projection en plein air du film Les Merveilles d’Alice Rohrwacher.

Le samedi 19 juillet, direction le toit-terrasse de la Friche Belle de Mai pour une immersion dans la scène électro-jazz italienne. Maria Chiara Argiro, figure montante du jazz européen, ouvrira la voie au trio expérimentales Fuera et les sons méditerranéens de DJ Costegno.

Enfin, le dimanche 20 juillet, sur la Place des quais de la Friche la Belle de Mai, une balade historique à la découverte de la migration italienne à Marseille, ateliers culinaires et jeux pour enfants, échange de livres en italien, avant un concert de clôture très attendu par le groupe afro-funk Savana Funk.

Un festival engagé

L’événement met un point d’honneur à valoriser la parité et la diversité dans sa programmation, en soutenant à la fois des artistes émergents et des talents confirmés, souvent présents pour la première fois en France. Cette année, deux nouveaux partenaires rejoignent l’aventure : les festivals Ciné Plein air et Hip-Hop Non Stop, avec un concert à venir d’une rappeuse piémontaise prometteuse le 5 septembre.

Porté par l’association Sonica Vibes, avec le soutien de la Ville de Marseille, du Consulat Général d’Italie et de l’Institut Culturel Italien, Ciao Moka incarne l’Italie d’aujourd’hui : moderne et festive, en étant à Marseille, toujours populaire.

MANON BRUNEL 

Ciao Moka
Du 18 au 20 juillet
Divers lieux, Marseille

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Les Marseillais à l’agachon 

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© Alexandra Polina

Certes, la mer est là, mais elle ne résout pas tout ; cuire sur la plage a ses limites… Et nombre de Marseillais n’ont pas les moyens de quitter la ville en été, comme en est bien conscient le maire, Benoît Payan : « Dans un contexte où l’inflation fragilise les ménages, où partir en vacances reste un luxe pour beaucoup, notre responsabilité est de faire en sorte que personne ne soit laissé de côté ». 

Alors que les canicules se multiplient sous l’effet du réchauffement climatique, il devient de plus en plus pénible de vivre dans des logements mal isolés. Raison pour laquelle avoir accès aux équipements municipaux, tels que les piscines, ou les médiathèques dotées de climatisations, devient crucial pour garder le moral. 

La culture a un rôle immense à jouer dans ces temps difficiles, quand les températures échauffent les esprits (plusieurs études scientifiques ont montré que la chaleur joue sur la santé mentale, rend plus agressif, amplifie les risques de suicides*). Il est d’autant plus important de trouver de quoi s’occuper, se cultiver, expérimenter, et tout simplement de vivre des expériences ensemble. Ce à quoi s’applique L’Été Marseillais, dont la programmation s’étoffe d’année en année.

Sur le Vieux-Port et dans chaque quartier

Temps fort de la saison estivale, la Scène sur l’eau résonnera puissamment les soirs de week-end, jusqu’au 3 août. Installée Quai du Port, avec vue imprenable sur la Bonne Mère, là où l’an dernier le groupe Massilia fêtait ses 40 ans par un concert mémorable, elle prendra cette année des accents corses, avec I Muvrini le 20 juillet, et le joyeux trio ajaccien Bande à part. Le 25, les fans de Hatik pourront reprendre en cœur Angelaaaa, son tube majeur, les airs de Rim’K ou ceux de Soumeya, artiste émergente de la scène rap marseillaise. Quant aux illustres anciens, Imhotep, Faf LaRageBouga and Co, ils mettront le feu le 1er août.

La commune de Marseille compte 16 arrondissements et 111 quartiers. L’objectif de L’Été Marseillais est de déployer sa programmation dans tous les secteurs, pour que chacun puisse trouver de quoi faire près de chez lui. Le 25 juillet, direction L’Estaque pour une soirée dédiée au stand up : six humoristes introduits à l’Espace Mistral par Sliman Kaïsa. Les séances de cinéma en plein air ausi, du 10 juillet au 28 août, iront aussi aux quatre coins de la ville, de l’hippodrome Borely (8e arr.) à la Busserine (14e arr.), en passant par le Panier (2e arr.).

Chercher la fraîcheur

Cette 6e édition de L’Été Marseillais est placée sous le signe de l’eau. Du 7 juillet au 29 août, un Village de la biodiversité marine s’installe tour à tour place Villeneuve-Bargemon, au stade nautique Florence Arthaud et à la Porte d’Aix pour développer la culture maritime des enfants de 3 à 12 ans. Des visites flash de l’exposition Mers et océans sont aussi prévues au Muséum d’histoire naturelle, tandis que de multiples activités nautiques (voilier, kayak, paddle, aviron, aquagym…) sont annoncées au stade Florence Arthaud (8e arr.) et à la base de Corbière (16e arr.).

Sur terre aussi, on peut trouver de la fraîcheur. Plus il y a d’arbres, moins il fait chaud (et là aussi, preuve a été faite par la science de leurs bienfaits sur la santé mentale : ils réduisent le stress, abaissent la tension artérielle, améliorent l’humeur). Si Marseille est mal lotie (selon l’Insee, les espaces verts représentent seulement 1,3 % de la superficie de la ville, loin derrière Paris, Lyon et Bordeaux), elle compte tout de même de beaux parcs où il fera bon s’aérer. Avec de nombreuses activités proposées, pour tous les âges. Les mercredis, traditionnelle journée des enfants, reviennent notamment les tournois enflammés de Doito**, un jeu de plateau inspiré du foot, qui consiste à marquer des buts à la pichenette.

`Les bibliothèques, à travers les dispositifs Partir en livre (manifestation nationale, jusqu’au 20 juillet, sur le thème cette année « Les animaux et nous ») et Lire au parc (du 29 juillet au 28 août, dans les parcs Bougainville et de la Porte d’Aix) s’installeront avec un choix d’ouvrages et proposeront des lectures à voix haute, ateliers créatifs et jeux, en continu, les matins ou en fin d’après-midi. Le Livrodrome, parc d’attractions littéraires itinérant, pour les adolescents de 11 à 18 ans, fera quant à lui étape à Marseille le 11 juillet, avec une ribambelle d’auteurs attendus au parc Bougainville, tels que Matthias Picard et Kim Consigny, des ateliers BD, des livres géants, une bibliothèque sonore et une cabine d’ordonnances littéraires. À ne pas rater !

GAËLLE CLOAREC

* Voir notamment le site de L’Observatoire européen du climat et de la santé mentale 

** Doito s’inspire de « Droit au but », la devise de l’OM

Été Marseillais
Jusqu'au 14 septembre

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Le rap des Alpes 

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© Withtom

C’est le grand retour d’un événement pas comme les autres. Unique festival de rap des Alpes-de-Haute-Provence, Cyclone revient pour sa 4ᵉ édition le 18 juillet, de 18 h à 2 h, à l’hippodrome d’Oraison. Après une pause d’un an, le temps de s’installer dans ce nouvel espace bien plus grand, le festival retrouve la scène avec une énergie décuplée, porté par les membres du collectif – et groupe de musique – La Marmite, enfants du département même s’ils sont désormais installés à Marseille.

Créé pour « prouver que le 04 a toute sa place sur la carte du rap en France », Cyclone est bien plus qu’un enchaînement de concerts. C’est une déclaration artistique et politique, un acte de transmission culturelle. L’ambition est claire : revaloriser la culture hip-hop, connecter les territoires et offrir un espace d’expression aux talents trop souvent invisibles.

Dans la vallée 

Cette année, le festival accueille dix artistes aux styles variés, allant du rap classique à l’afro groove. Parmi eux, Ekloz, figure féminine montante du rap marseillais, Balla Bangoura, voix du 04 entre rythmes africains et flow engagé, ou encore BaddackMélina4tmosDeskiNemoMali, sans oublier les jeunes pousses marseillaises Anan et Mehdi Miklo. Un line-up éclectique, pensé pour refléter toute la diversité du rap francophone.

Mais Cyclone, c’est aussi des ateliers gratuits ouverts à toutes et tous : breakdance, graffiti, open mic ou encore espaces ludiques pour les enfants. Une véritable immersion dans l’univers hip-hop, pensée comme un lieu de partage, de création et d’inclusion.

Pour La Marmite, qui terminera ici sa tournée régionale de 15 dates, ce festival est un aboutissement. Depuis leur victoire au tremplin Class’EuRock en 2022, les huit amis enchaînent les scènes et les collaborations. Porte-drapeaux hip-hop du 04, ils veulent faire du festival Cyclone un pont entre les départements, une scène ouverte où souffle un vent de liberté.

MANON BRUNEL

Cyclone
18 juillet
Hippodrome d’Oraison

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