Chorégraphe et metteur en scène britannique, Ben Duke fonde la compagnie Lost Dog en 2004 après une formation en théâtre et littérature, complétée à la London Contemporary Dance School. Cette double origine marque durablement son écriture : une danse traversée par le texte, où le récit est sans cesse interrogé. Ses pièces s’appuient sur des figures connues – mythes antiques ou classiques – pour en déplacer les lignes. Dans Juliet & Romeo (créé en 2018 à Londres et vu, entre autres, au Pavillon Noir en octobre dernier), il imaginait les amants survivants, confrontés au temps et à l’érosion du sentiment, révélant déjà son goût pour les mythes déconstruits et rejoués.
Narrateurs non fiables
Ruination. The True Story of Medea prolonge cette recherche de recréation se doublant d’un dispositif critique – à visée humoristique, mais pas que. Médée, après sa mort, est convoquée aux Enfers pour être jugée. À partir de ce cadre, les récits se multiplient, se contredisent, rejouant les épisodes connus sans jamais en fixer le sens. Cette structure permet de déplacer la question du crime vers celle du récit : qui parle, et au nom de quoi ? Ruination interroge la fabrication des figures héroïques et monstrueuses tout en brouillant les frontières entre tragique et comique. Avec, une fois de plus, un désir de déconstruire les figures repoussoir de femmes tenues pour « difficiles ». On sait bien, depuis, entre autres, Christa Wolf et Heiner Müller, combien Médée incarne à la fois l’ordre et celle qui le détruit. Une manière de faire apparaître, derrière la solidité apparente de mythes fondateurs, leur grandissante part d’incertitude.
SUZANNE CANESSA
Ruination. The True Story of Medea
29 et 30 avril
Les Salins, Scène nationale de Martigues
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